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16 août 2021

Top 2019-2020

  

Pourquoi 12 films plutôt que 10 ? Parce que 12 travaux d'Astérix, parce que 12 cavaliers de l'Apocalypse, parce que 12 merveilles du monde, parce que 12 plaies d’Égypte, parce que 12 samouraïs, parce que 12 sept nains. Douloureuse phrase pour un top espéré depuis deux ans et demi par nos lectrices et lecteurs qui attendaient notre feuille de route, notre feu vert pour découvrir les titres les plus marquants de deux années déjà oubliées.

6. The Irishman
8. Adolescentes
11. Énorme
13. Asako I et II


Ne vous fiez pas trop à l'ordre, déterminé par Wheel Decide. Grand absent, Uncle Gems des frères Safdie, que le monde entier a découverts grâce à Netflix, mais dont le monde entier se foutait totalement quand ils torchaient déjà des films très corrects voire meilleurs dans les rues de New York sans un dollar en poche et qu'il fallait bouger son gros cul du canapé pour aller les soutenir en salles. 
 
 

 
Même topo pour Emmanuel Mouret, qui continue son bonhomme de chemin sans démériter. Mais nous n'avons pas attendu 2020 et son dix-huitième long métrage pour le découvrir et le saluer enfin. On était là depuis le début. Et ce film, très plaisant, à son image, manque d'un petit quelque chose (peut-être une scène très gore).




On peut aussi citer Rabah Ameur-Zaïmeche (qui est un ami à nous), dont le dernier film, Terminal Sud, a bien des qualités et met en avant un Eric Judor très crédible en victime ouïghour, mais s'avère fort plombant et cafardeux, surtout vu au cinéma un dimanche soir, le lendemain de la projo du Gloria Mundi de Guédiguian (qui est un ami aussi), hyper plombant également et formidablement anxiogène. Deux œuvres qui n'auront pas permis de faire de ce week-end a moment to remember.
 
 

 
Pas de parasite dans nos pages. Ni de pet-flamme qui tourne mal. Les gens en ont assez entendu parler. Le buzz autour des films de Grang-Bong et Sciamma-Sutra a fait son petit chemin. On a contribué au petit bouche à oreille en ne parlant pas du tout de ces films sur nos pages (puisque c'était par bouche à oreille), c'est bien assez. 
 
 

 
Constat qu'avec l'âge nous nous adoucissons. Vous l'avez remarqué, nos pages sont de plus en plus des morceaux d'amitié, de bonheur et d'amour, bref, de douceur. Or, un sentiment particulièrement agréable à ressentir, c'est celui de la réconciliation, de l'abandon de tous nos griefs contre quelqu'un qui les avait bien cherchés, qui a longtemps été notre bête noire et qui aurait mérité d'être montré du doigt sur place publique pendant un temps : Noah Baumbach. Avec les années, on a choisi de kiffer. Et c'est vrai que son Marriage Story est plutôt mieux que tout ce qu'il a fait depuis qu'il est né. Sans pour autant mériter les honneurs de notre top.
 
 


Quelque ingratitude envers nos grands cinéastes vieillissants. On sait peut-être que les mouches ont changé d'âne, que l'essentiel a déjà été dit, que l'auto-commentaire guette. C'est ce qui éjecte Douleur et gloire, pourtant douloureux et glorieux film de Pedro Almodovar, de notre classement. Alea Jacta Est. Idem pour la victime collatérale Clint Eastwood, dont La Mule et Le cas Richard Jewell sont des derniers films encourageants, mais qu'on a déjà trop longtemps pratiqué.




Au rang des absents. Pour rester dans les calanques, en terre hippique, dans la péninsule arabique, évoquons Eva en août de Jonás Trueba, véritable bol d'air frais découvert en plein mois de décembre, et authentique rafraîchissement, surtout en plein hiver. 
 
 

 
Quant à Sébastien Liveshit, il faut préciser d'abord que, pour ce qui nous concerne, nous avons fait du confinement un cloisonnement documenté et apprenant, nous intéressant particulièrement à la veine documentaire du cinéma mondial (témoin notre engouement pour La Cordillère des songes et le cinéma de Patricio Guzman). C'est ainsi que nous avons découvert le très intéressant Histoire d'un regard ou encore le beau Petite fille du génie du mal Sébastien Liveshit, dont nous avons cependant préféré honorer Adolescentes. Vivement la sortie de son diptyque Femme adulte / Vieillardes, dont le tournage a été interrompu pour raisons sanitaires.
 
 

 
Rendez-vous fin 2022 pour un beau top 2021. Il a osé !, l'OM, même combat : à jamais les premiers.


18 août 2017

Que Dios Nos Perdone

Madrid, été 2011. Sous une chaleur écrasante et dans une ville en pleine effervescence, deux flics que presque tout oppose enquêtent sur une série de viols et de meurtres de vieilles femmes isolées. Ils comprendront rapidement qu'ils ont affaire à un serial killer au profil bien particulier. Une véritable traque s'engage alors dans des rues agitées, théâtre de manifestations contre la crise et de la visite du pape : un contexte qui permet au tueur d'agir dans l'anonymat, loin du regard des médias. Le jeune cinéaste espagnol Rodrigo Sorogoyen plante rapidement le décor et suit au plus près, souvent caméra à l'épaule, l'enquête des deux flics, réussissant en quelques minutes à mettre en place une atmosphère singulière et à nous tenir en haleine. Les deux personnages principaux sont eux aussi très vite caractérisés et bien campés par un duo d'acteurs irréprochables, à commencer par Antonio de la Torre, dans la peau d'un flic bègue solitaire, très doué mais manquant cruellement d'assurance. A ses côtés, le charismatique Roberto Alamo, récompensé d'un Goya pour sa prestation et déjà croisé chez Pedro Almodovar dans La Piel que Habito, incarne une brute épaisse capable de coups de sang imprévisibles, à la vie familiale tendue.





Les deux hommes sont très différents mais doivent collaborer, ils n'ont en commun que leur détermination à arrêter coûte que coûte le tueur avant qu'il ne commette un nouveau crime. Nous espérons longtemps que les deux personnages se rapprochent et finissent par tisser des liens d'amitié, en vain. Seule une estime mutuelle parviendra tout juste à poindre progressivement au cours de l'enquête. Le quotidien des deux hommes, leurs vies non-professionnelles, leurs déboires amoureux et leurs failles personnelles, qui les rapprochent de celui qu'ils pourchassent, nous sont dépeints en détails. Rodrigo Sorogoyen a peut-être le tort d'avoir un peu trop chargé la barque, avec ces portraits ambigus et terriblement noirs de ces deux hommes malheureux, sur la corde raide, sacrifiant leurs vies pour leur boulot. Mais, malgré un léger manque de finesse dans ces traits, il faut reconnaître une réelle efficacité dans la mise en place de ces personnages et dans la conduite du récit.





On prend un vrai plaisir à suivre leur enquête, un plaisir familier, que l'on reconnaît assez tôt, mais auquel nous goûtons trop rarement ces temps-ci. Ce plaisir tout simple que l'on peut prendre devant un polar très efficace, haletant et ma foi plutôt habile. Rodrigo Sorogoyen tire ici judicieusement partie du contexte politique et social dans lequel il choisit de situer son scénario. Il n'épargne guère l'église catholique, peu coopérante avec la police pour retrouver le taré et plus soucieuse d'apaiser le climat pour la venue du pape. En outre, plutôt que de faire inutilement monter le suspense et de gonfler superficiellement le mystère quant à l'identité du tueur, celui-ci est très intelligemment introduit dans le récit avant le dernier acte. Et si Rodrigo Sorogoyen reprend des schémas connus et n'invente certes pas l'eau tiède, il nous propose deux heures de thriller de très bonne facture, surpassant facilement le récent La Isla Minima, dernière référence ibérique du genre. Les amateurs seront amplement satisfaits !


Que Dios Nos Perdone de Rodrigo Sorogoyen avec Antonio de la Torre, Roberto Alamo et Javier Pereira (2017)

8 janvier 2017

Bilan 2016





http://ilaose.blogspot.fr/2016/03/un-jour-avec-un-jour-sans.html
1. Un jour avec, un jour sans de Hong Sang-Soo


2. Toni Erdmann de Maren Ade


http://ilaose.blogspot.fr/2016/03/bone-tomahawk.html
3. Bone Tomahawk de S. Craig Zahler


4. L'avenir de Mia Hansen-Love


5. Rester vertical d'Alain Guiraudie


http://ilaose.blogspot.fr/2016/12/personal-shopper.html
6. Personal Shopper d'Olivier Assayas


7. The Assassin de Hou Hsiao-Hsien


 8. Carol de Todd Haynes


9. The Neon Demon de Nicolas Winding Refn


10. Victoria de Justine Triet


11. Julieta de Pedro Almodovar


12. La Loi de la jungle d'Antonin Peretjatko


13. The Strangers de Na Hong-jin


http://ilaose.blogspot.fr/2017/05/paterson.html
14. Paterson de Jim Jarmusch


http://ilaose.blogspot.fr/2017/01/in-valley-of-violence.html
15. In a Valley of Violence de Ti West


On était à la bourre sur 2015, mais on est à fond sur 2016 (19 films de 2016 critiqués sur le blog à ce jour, record de la blogosphère !). On a vu de nombreux longs métrages cette année (d'où le peu de critiques, on était souvent en salles...), et on veut aider notre prochain. On sait trop ce que c'est de passer les fêtes de fin d'année entre deux téléviseurs pour rattraper le retard et boucler un top d'au moins 10 titres onze mois plus tard. Que dire de ce bilan (outre la giga surprise de cul de classement) ? Nous n'avons eu aucun mal cette année à dresser un top satisfaisant pour l'un comme pour l'autre, chacun a pu placer ses pépites sans démoraliser l'autre (ou preeeeeesque), et en fion de classement on a juste mis un film qu'on a vu tous les deux... un film qui tombait à pic pour éjecter Elle, poids-lourd de l'année qui n'a pas du tout fait l'unanimité au sein de la rédac' (aucun de nous n'est maso, contrairement à Elle, le personnage éponyme, et pourtant nous avons échangé pas mal de coups et de blessures à propos de ce film). Vous retrouvez dans le trio de tête Bone Tomahawk, qui est là pour dégoûter tous les Quentin Tarantino et compagnie, pour leur rappeler qu'avec un peu d'humilité (trois chevaux, un mec qui boîte et un bone tomahawk), on peut encore réaliser un western qui tienne la route et qui sente la poussière. A ce titre, on peut peut-être saluer Claude Lelouch (c'est rare dans nos pages, première fois ever, et dernière), qui était président du jury à Gérardmer et qui a su distinguer le grain de l'ivraie en couronnant le film de ce cher Bone Tomahawk (un réalisateur à suivre), le préférant à The Witch, film d'horreur indé couvert d'éloges réalisé par un petit faiseur hipster qui méritait qu'on le renvoie à son brouillon. Au top de ce top, une excellente soirée pour l'autre, un grand film pour l'un, venu de Corée et signé du sosie officiel de l'un d'entre nous. A part ça, d'autres bons films. Et puis il y a des absents, par exemple Homeland et Le Bois dont les rêves sont faits, que nous n'avons pas vus et qui n'ont pas leur place ici puisqu'il s'agit de mockumentaires, de même que nous n'avons pas cité Stranger Things ou Ma Loute, qui sont des séries télévisées et n'ont donc rien à foutre dans un top ciné. Nous ne pouvons pas tout voir, n'ayant que 4 yeux. Nous sommes aussi passés à côté d'Aquarius et de Toni Erdmann, le film tant acclamé de Maren Ade, que l'on a quand même mis en 2, pour la crédibilité du classement (même si du coup on vient d'annihiler toutes nos chances à ce niveau-là).

29 septembre 2012

La Piel que Habito

Ce film, le meilleur de Pedro Almodovar à ma connaissance, marque un virage étonnant dans la carrière de son auteur, un changement quasi complet de style et de ton pour un cinéaste à la filmographie balisée pour ne pas dire répétitive qui, contre toute attente, a su se renouveler de beaucoup. Tout en convoquant un certain nombre de références, à commencer bien sûr par le roman Mygale de Thierry Joncquet dont il est adapté, et un film en particulier, Les yeux sans visage de Georges Franju (dont je vous avais brièvement parlé dans notre dossier sur les meilleurs films d'horreur, et dans lequel un chirurgien (Pierre Brasseur) kidnappait des jeunes femmes pour voler leur visage et tenter de le greffer sur celui de sa fille (Edith Scob) défigurée par un accident), Almodovar réalise une œuvre qui non seulement ne ressemble pas tellement à ce qu'on connaissait de lui mais qui en prime ne ressemble pas à grand chose d'autre dans le cinéma contemporain.




Le film raconte l'histoire (assez complexe et que je vais tenter de largement simplifier) de Robert Ledgard (Antonio Banderas dans son meilleur rôle, qui passe d'éminent docteur à scientifique fou en un simple changement de coiffure et de port de tête), un chirurgien plasticien spécialisé dans la greffe du visage dont la femme est morte brûlée dans un accident de voiture et qui depuis travaille à la création d'une peau artificielle capable de remplacer la peau humaine et de lui être plus solide bien que tout aussi sensible. L'invention de cette peau de rechange obsède le chirurgien pour trois raisons : d'abord parce qu'elle aurait pu sauver sa femme, Gal, qui s'est suicidée par défenestration quelque temps après son accident en découvrant son visage détruit dans le reflet d'une vitre, ensuite parce qu'elle va lui permettre de la ramener à la vie en la recréant sur le corps d'un cobaye, enfin parce que la résistance de cet épiderme de substitution pourrait empêcher ledit cobaye d'attenter à ses jours. Car lorsque la fille unique de Robert, Norma (Blanca Suarez), est agressée sexuellement (du moins le croit-elle) par un jeune homme sous l'emprise de drogues dans une fête mondaine, et quand elle sombre dans le traumatisme de ce viol au point de se suicider comme sa mère, le chirurgien kidnappe le soi-disant coupable du viol, Vicente (Jan Cornet), et l'enferme avant d'opérer sur lui une vaginoplastie pour le transformer en femme et le modeler de pied en cap en Vera (Elena Anaya), une copie conforme de sa défunte.




Pour qui n'a pas vu le film, le résumé peut légitimement faire peur. Même pour un film de genre, fantastique en l'occurrence, l'histoire est particulièrement alambiquée pour ne pas dire légèrement tirée par les cheveux. C'est pour le coup un trait habituel du cinéma d'Almodovar, qui aime à entrelacer les trajectoires de ses nombreux personnages et à les dénouer par de multiples retours en arrière à lourde portée psychologique (rappelons-nous de son précédent film, le trop tordu et très moyen Étreintes brisées). Mais ici, même si l'on retrouve le goût pour l'enchevêtrement d'histoires de notre auteur et si le scénario porte indéniablement sa patte, avec entre autres une forte dimension mélodramatique, tout un discours sur l'influence des origines et sur la cruciale question du genre (sexuel), la construction narrative d'Almodovar s'affine, se précise et se montre d'une efficacité étonnante qui tend vers une totale limpidité. Sans compter que tous les éléments qui composent le récit et participent de son intrication convergent pour faire sens et former un tout cohérent : les répétitions narratives (avec le double suicide à l'identique de l'épouse et de la fille), et la construction retorse du canevas scénaristique revenant sur lui-même via de longs récits (Marilia (Marisa Paredes), la mère de Robert et complice de son crime, expliquant à Vera le parcours de son geôlier) ou de longs flash-backs (tout le drame de Norma et la capture de Vincente nous sont racontés par le biais d'un rêve du chirurgien), font directement écho au thème central du double, de la copie, de l’œuvre d'art plastique créée à l'image d'une autre antérieure et hantée par son souvenir. Robert, qui reproduit Vera sur Vicente, est le double fictionnel d'un Pedro Almodovar qui reprend le film de Franju à son compte cinquante deux ans plus tard et qui tente de le reproduire tout en le travestissant, dans une œuvre façonnée par les mêmes découpages et collages qui caractérisent le travail du docteur Robert "Frankenstein" Ledgard.




Le film d'Almodovar, s'il ne cache pas ses emprunts et rend un hommage évident au grand classique de Franju, s'en démarque néanmoins et trouve sa singularité dans l'adaptation de la trame du scénario aux thèmes favoris du cinéaste espagnol et dans un montage compliqué mais propice à l'instauration d'un suspense redoutable, emballé dans les scènes clé par la musique géniale d'Alberto Iglesias. Almodovar fait par ailleurs preuve d'un certain génie thématique dans son art de questionner la problématique identitaire, non seulement dans le script lui-même mais dans les appréhensions successives que nous en donne l'évolution du récit et le dévoilement progressif des interrogations qui l'entourent. Le cinéaste tourne par exemple une séquence d'une rare ambiguïté quand Vicente, déjà transformé en Vera, se fait violer par "le Tigre", Zeca (Roberto Alamo), le frère du chirurgien, braqueur de banque coupable du meurtre de son complice ayant profité d'un carnaval pour se rendre chez sa mère Marilia (et donc chez son frère Robert) incognito, déguisé vous l'aurez compris en tigre. C'est le seul personnage excessif du film, almodovarien dans le mauvais sens du terme. Car la mère, femme aimante, froide et dissimulatrice, prête à seconder son fils dans ses pires exactions, dévorée par la culpabilité et les remords mais prompte à se confesser, est typiquement un autre type de personnage-repère du cinéma d'Almodovar, bien qu'ici interprété tout en retenue et utilisé a minima. Il n'y a pas dans ce film, et c'est ce qui le rend si détonant vis-à-vis de la petite musique habituelle d'Almodovar, le pittoresque auquel nous a habitués le cinéaste, cette truculence de protagonistes toujours plus ou moins exubérants et grotesques, sauf donc à considérer le personnage du Tigre qui cependant n'apparaît pas longtemps et s'illustre dans une scène par ailleurs plus improbable que lui-même : après avoir découvert que Vera est enfermée à l'étage de la maison grâce aux caméras de surveillance de Marilia et après avoir pris la jeune femme pour Gal, l'épouse de Robert, qui fut sa maîtresse par le passé, le Tigre décide aussitôt de faire des pieds et des mains pour pénétrer dans la chambre cellulaire de Vera et la prendre de force.




Quand nous assistons au viol de la jeune femme, nous ne savons pas encore que Vera est Vicente, un jeune homme donc, caché sous les traits et dans le corps d'Elena Anaya. Comment ne pas s'étonner alors que la belle prisonnière ne réagisse pas quand le Tigre déchire sa combinaison, quand il la lèche puis la pénètre ? Et on s'indigne presque qu'elle se laisse apparemment faire en commentant sa douleur vaginale sur un ton neutre et détaché. La séquence est un immense mystère pour nous, et presque un choc. Mais quand on sait enfin la vérité, bien plus tard - même si Almodovar nous a donné quelques indices, notamment avec ce plan génial où Vicente, encore intègre, est enchaîné au fond d'une cave et lavé au jet par Robert, son t-shirt détrempé collant à son dos et son torse et ressemblant déjà à la seconde peau dont il sera bientôt recouvert - quand on sait une fois pour toutes la vérité, on y repense et tout s'éclaire. On comprend alors que Vera ne réagissait quasiment pas à l'insupportable brutalité du Tigre uniquement parce que ce n'était pas son corps qui était violé, et que Vicente, qu'on a vu précédemment, déjà transformé en femme, lors de sa séquestration, regarder des vidéos lui apprenant à vivre dans une bulle mentale dont le corps serait dissocié et qu'on a vu dessiner sur le mur de sa chambre un corps humain surmonté d'une maison en lieu et place de la tête, n'était pas atteint par son viol pour la "simple" raison qu'il concernait une enveloppe charnelle étrangère à lui. Dès lors on peut s'interroger sur les rapports entre corps et esprit, sur la possibilité d'une fracture totale entre les deux, question vertigineuse à l'ère de la chirurgie plastique, des greffes à tout va, du clonage et de la robotique. A quoi tient une identité ? Un nom ? Un sexe ? Une mémoire ? Pas (ou plus) forcément au corps en tout cas, trop vulnérable et donc altérable, voire destructible.




La force du film est de nous poser la question indirectement, à nous spectateurs, de nous mettre à l'épreuve de ce vertige dès lors que nous découvrons le supplice enduré par Vicente et la véritable nature de Vera, corps svelte et féminin au possible sur lequel le film s'ouvrait pour le soumettre à notre admiration. Car nous ne voyons plus l'enveloppe charnelle de la sublime Elena Anaya, ni l'ensemble de sa personne d'ailleurs, comme nous le voyions au début du film dès lors qu'elle est identifiée à un homme. Almodovar nous rappelle d'ailleurs par là que le cinéma n'a rien perdu de sa force de persuasion et que nous ne peinons pas davantage qu'avant à suspendre notre incrédulité : nous sommes à ce point immergés dans le récit du film que nous observons le corps de l'actrice Elena Anaya, pourtant filmé tel quel, en y voyant un homme… et un homme si violemment attaqué dans sa chair que notre éventuel désir initial, provoqué par la mise en scène d'Almodovar, qui a filmé et avec quel brio son actrice vêtue d'une combinaison moulante couleur chair et qui l'a filmée comme une Olympia ou comme une Vénus du Titien, ne saurait perdurer au-delà de la terrible révélation de l'identité enfouie dans ce corps parfait (pour nous en tout cas, le professeur Ledgard parvenant quant à lui à aimer une image et à lui faire l'amour quitte à tendre pour cela vers une étrange homosexualité déguisée).




La fin du film achève d'accomplir ce prodige de persuasion quand Vicente, après s'être débarrassé de Robert, rentre chez lui, dans la boutique de vêtements de sa mère dont la vitrine est décorée d'un paravent orné de minuscules petites maisons noires et blanches entassées les unes sur les autres, comme les lignes de mots superposés évoquant son for intérieur, sa maison mentale, que Vicente avait dessinés sur les murs de sa cellule. Le jeu d'Elena Anaya n'est pas pour rien dans la beauté de cette séquence finale d'une admirable sobriété, où Vera annonce à sa mère qu'elle est Vicente, ce dont nous sommes nous-mêmes absolument convaincus, et où l'on sent bien que la mère l'avait deviné, comme si une fois de plus le corps n'entrait pour rien dans la reconnaissance identitaire, même si son altération, pour ne pas dire son abolition, paraît difficilement surmontable. A la première vision, on peut avoir peur pour le film, qui marche sur un fil et fait montre d'une audace risquée, peur qu'il ne s'embarque dans un grand n'importe quoi, peur d'une certaine outrance, peur d'un ventre mou aussi qui, comme les autres peurs, se dissipe complètement dès la deuxième vision, quand on sait où nous mène le cinéaste avec confiance et tranquillité. Son film, qui n'est jamais répugnant malgré un scénario qui s'y prêtait, parvient à faire passer un profond malaise, d'ordre intellectuel aussi bien que sensoriel, sans rien montrer d’écœurant, quand bien même les corps sont si présents. Almodovar a su réaliser une quasi-reprise parfaitement originale de l’œuvre de Franju, un film à la fois intemporel et qui interroge directement certaines des plus grandes préoccupations de notre époque, une œuvre enfin qui aborde de nombreux thèmes, adopte de nombreux tons, soulève de nombreuses questions et fait tout cela avec le même talent.


La Piel que Habito de Pedro Almodovar avec Antonio Banderas, Elena Anaya, Blanca Suarez, Jan Cornet, Marisa Paredes et Roberto Alamo (2011)

10 janvier 2012

Bilan 2011


Le temps est venu pour nous de dresser le bilan de cette année cinématographique, toujours un peu en retard par rapport au reste du monde mais un peu moins que l'an passé quand même. Mais débarrassons-nous d'abord du gros morceau que nous avons en exclu. On ne vous a pas souhaité un joyeux Noël sur le blog, alors on vous fait en retard un gros cadeau de Noël, à savoir la liste des meilleurs films de 2011 selon Quentin Tarantino, traduite de l'américain par nos soins, qu'on a pu choper en avant-première :

TARANTINO'S TOP MOVIES OF 2011 AND ALL TIME


Warrior de Gavin O'Connor
The Fighter de David O. Russell
Attack the block de Joe Cornish
Detective Dee de Tsui Hark
Super de James Gunn
50/50 de Jonathan Levine
The Artist de Michel Hazanivicius
How do you know ? de James L. Brooks
Somewhere de Sofia Coppola
Mission Impossible 4 : Ghost Protocol de Brad Bird
La Planète des singes : les origines de Rupert Wyatt
Real Steel de Shawn Levy
Kung fu panda 2 de Jennifer Yuh
Steak de Quentin Dupieux
Hesher de Spencer Susser
The Tree of life de Terrence Malick
Drive de Nicolas Winding Refn
Hanna de Joe Wright
Soul Surfer de Sean McNamara
Le Flingueur de Simon West

Le contact américain qui nous a transmis la tant attendue liste du grand Tarantino n'a pas pu nous dire si les titres sont rangés dans un ordre de préférence. Il semblerait quand même que l'ordre alphabétique soit respecté, sauf pour quelques titres, comme Warrior qui apparaît en premier, mais les conventions anglophones ne sont pas exactement les mêmes que les nôtres. Pour ce qui est de la qualité ou de la cohérence des films sélectionnés par le grand manitou de Los Angeles, on vous laisse juges. Il pourrait y avoir Les Adoptés si Tarantino se rappelait du nom de Mélanie Laurent, idem pour Requiem pour une tueuse, dans lequel il a cru reconnaître quelqu'un et qu'il a bien aimé mais pas assez pour le mettre dans son top.

Comment passer après le maître à jouer du ciné ? Pourtant il faut bien qu'on s'adonne, comme tout le monde, comme tous bons blogueurs ciné qui se respectent, à l'exercice annuel des Tops de janvier. On est en retard par rapport aux blogueurs en général, c'est un fait, et encore plus par rapport à nos voisins très éloignés de Nouvelle Calédonie et autres Wallisiens revêches, qui sont toujours les premiers à croquer dans l'année et qui ne nous laissent que les miettes. D'un autre côté, on peut pas tout avoir, une force herculéenne des âges farouches, des palmes à la place des pieds, un sourire bright, une montre qui avance de beaucoup et des films qui sortent au cinéma... Le seul film programmé là-bas cette année était L'Ordre et la morale, le film de Kassovitz sur la prise d'otages d'Ouvéa, qui a fait un flop retentissant pour notre plus grand bonheur (cette fois-ci Kassovitz n'a pas pu tout mettre sur le dos de son acteur vedette, Vin Diesel, qui a préféré briller de mille feux dans Fast and Furious 5) et qui a finalement été censuré sur l'île concernée, dont les habitants ont dressé leurs tops vides avant tout le monde. Mais revenons au sujet, par pitié. Voici venir les Tops 10 2011 de vos deux fidèles serviteurs qui, cette année, ont un peu plus aimé le cinéma que l'an passé, mais un peu moins que l'an prochain :

NOS TOPS
(Rémi/Félix, par ordre de préférence)



























































































































L'un comme l'autre, nous avons très envie de retenir le positif d'une année fournie en films de grande qualité, qui a su nous contenter de bien des façons, la preuve en est que nous n'avons eu aucun mal à établir un top 10 et que nous aurions pu aller jusqu'à 15 lauréats sans difficulté et sans fouiller les fonds de tiroir (sauf Félix). Autre point positif pour ce bilan de l'année, on peut facilement y déceler une cohérence, des échos, une sorte de corpus sur les angoisses les plus actuelles, bien éloignées des sottes apocalypses et autres élégies cosmiques grandiloquentes de Malick et Von Trier, à savoir une terreur plus tangible, plus ancrée dans nos réalités quotidiennes, et qui précède peut-être la peur cataclysmique que Take Shelter (sorti au cinéma en ce début d'année 2012 mais découvert à Cannes en mai dernier) a su saisir avec brio, l'angoisse de l'absence de guide et de direction pour des êtres sans idéologie et sans valeurs sûres, un peuple précaire et condamné, qui ne songe qu'à survivre en avançant dans le vide et le doute. Cette angoisse fut cristallisée très notoirement par des films tels que La Dernière Piste, Habemus Papam et Essential Killing, voire le sublime L'Apollonide ou le fascinant La Grotte des rêves perdus, de diverses et admirables manières. Voila qui suffirait à faire de 2011 une remarquable année de cinéma, et ce serait sans compter sur les films prodigieux de Manoel de Oliveira, de Werner Herzog, des frères Dardenne, d'Asghar Farhadi, de Pedro Almodovar, Darren Aronofsky, Emmanuel Mouret et quelques autres.



Mais trêve de suspense, passons au TOP DES LECTEURS dans lequel nous n'avons pas introduit le classement de Tarantino parce que nous n'avons pas la prétention de le considérer comme un "lecteur". Vous avez été très nombreux à participer aux votes pour établir cette liste, beaucoup plus nombreux que l'an passé où, il est vrai, nos familles respectives et nos propres frères, tous fans de Nicolas Cage, avaient un peu donné le ton des grandes tendances de 2011. Nous sommes depuis tous les deux brouillés avec nos familles, aussi ce classement reflète-t-il assez nettement les véritables goûts de notre lectorat, parmi lesquels se comptent un certain nombre de blogueurs ciné. Voici donc les dix meilleurs films de 2011 selon VOUS :


1) Black Swan de Darren Aronofsky

2) Drive de Nicolas Winding Refn

3) Melancholia de Lars Von Trier

4) The Tree of Life de Terrence Malick

5) Une Séparation d'Asghar Farhadi

6) La Piel que habito de Pedro Almodovar

7) J'ai rencontré le diable de Kim Jee-Woon

8) L'Apollonide, souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello

9) Habemus Papam de Nanni Morreti
10) Hugo Cabret de Martin Scorsese

La seule chose notable que l'on puisse véritablement souligner dans ce beau classement (hormis la pluralité des styles et des horizons convoqués), c'est l'écart entre les deux premiers du top et leurs poursuivants. En effet deux films se sont réellement et nettement détachés du lot : Black Swan et Drive, deux œuvres séduisantes et fédératrices, très codées et dont les auteurs assument un vaste héritage cinématographique tout en se démarquant de leurs influences par une patte personnelle indéniable, signature qui leur avait déjà valu une solide base de fans avant la sortie de ces nouveaux films. Il n'est donc pas étonnant que de nombreux jeunes cinéphiles, dont nous, s'y retrouvent et placent leurs espoirs sur des cinéastes en herbe mais déjà confirmés qui ont leur carrière devant eux et que l'on peut aisément considérer comme énergiques et prometteurs.



De façon plus générale, et ce classement contribue à le vérifier, cette année a été très vivante et marquée par des enthousiasmes très forts autour de certains films qui ont violemment divisé les spectateurs, tels que The Tree of Life et Melancholia que vous avez majoritairement plébiscités et que, il faut bien l'avouer, nous n'avons pas aimés, ou encore Drive qui a suscité des réactions contrastées jusqu'au sein de notre équipe rédactionnelle. Il faut dire que cette année beaucoup de "films-expériences" ont crevé l'écran, des films pour lesquels ça passe ou ça casse, typiquement les trois films déjà cités mais aussi J'ai rencontré le diable voire Essential Killing, autant de films qui peuvent aussi bien transporter leur public que l'insupporter au plus haut point. Si bien que, même en ayant possiblement détesté le film de Malick, celui de Von Trier et d'autres, on ne peut pas nier que ces films, qui ont fait le "buzz" cette année, sont des films originaux, qui ont tenté quelque chose, qui ont proposé du cinéma et qui ont le mérite d'avoir pris des risques, de véritables risques, non pas de vaines tentatives suffisantes et irrécupérables telles que celles de nos deux réalisatrices prodiges insupportables, Maïwenn et Donzelli, qui Dieu merci n'apparaissent pas dans le haut du panier de vos préférences. A une époque où près de 20 millions de spectateurs vont en salles pour découvrir un pur téléfilm tel qu'Intouchables, voir le "grand public" se déplacer aussi en nombre pour aller voir The Tree of Life et ses propositions artistico-mystiques fumées n'est pas triste, et mieux encore, voir se remplir les salles de L'Apollonide ou d'Une Séparation est, disons-le, très heureux.



Car enfin parlons des grands films de l'année, ceux que nous avons autant aimé que vous, à commencer par Black Swan : quand le titre est en gras ET en rouge, c'est un lien pour la critique, donc nous n'en dirons pas plus. Passons à autre chose. Évoquons par exemple les cas de cinéastes qui nous ont étonné en bien ou en mal. Au rayon des come-back ratés et des fades déceptions : John Carpenter et son très pâle The Ward, Monte Hellman et son si faible Road to Nowhere, Roman Polanski et sa moitié de film Carnage ou David Cronenberg avec son tout juste honnête A Dangerous Method. Un mot sur l'improbable ménage à trois Duncan Jones, Céline Sciamma et Kelly Reichardt, les trois métro-sexuel notables de l'année : le premier a brisé l'espoir que nous-mêmes et son propre père placions sur son nom avec Source Code, la seconde au contraire a su passer à la vitesse supérieure en réalisant Tomboy, la troisième nous a carrément foutus sur le cul après nous avoir fait pioncer avec ses films précédents sur des airs de Yo la Tengo grâce à La Dernière piste (à chaque fois, cliquez sur le titre). Il y a également de quoi se foutre sous la dent du côté des vieillards qui ont su se renouveler en signant des films détonants : Almodovar et Morreti, qu'on croyait rangés des bagnoles et qui ont réalisé deux des plus beaux films de l'année, contrairement à Woody Allen qui, avec l'indigent Minuit à Paris, continue à fumer des mauves pépère, à l'instar de Wes Craven et de son misérable Scre4m (le cinéaste est un amour dans le civil mais il est en mode pilote automatique depuis trop longtemps). On aurait pu écrire un paragraphe sur les cinéastes reconnus, approuvés par le métier et habitués à sortir un bon film honnête tous les dix ans, qui ont cru bon de pointer du doigt 2011 sur leur calendrier pour sortir leur nouveau bébé, mais Peter Weir, avec The Way Back, est le seul cette année de cette catégorie, donc on s'en tiendra là. Il y aurait peut-être Jean-Michel Ocelot, l'auteur des Contes de la nuit, mais ça n'a rien à voir d'une part, et d'autre part nous sommes un peu passés à côté de ce film, comme à chaque fois avec Ocelot dont les ombres chinoises africaines n'ont jamais su nous choper réellement.



Il y a aussi eu beaucoup d'OVNIS observés dans le ciel cette année. Sur Il a osé "OVNI" est simplement synonyme de "documentaire" ou de "film pas normal". Parmi les Objets Volants Non Identifiés, les principaux restent : The Troll Hunter, docu incomplet sur les trolls, Pater, méta-docu-fiction-de-mes-deux, Pina et La Grotte des pas perdus, ou quand la 3D, utilisée par les Allemands W&W&W&W, Wim Wenders et Werner Werzog, se met au service de l'art avec un grand A (les ballets de la Pina Bausch et les gribouillis des hommes de Cro-Magnon), pour changer un peu des culs bleus d'avortons (certes assez craquants) que nous avait servis Cameron l'année dernière. Et que dire de I'm Still Here, le vrai faux vrai canular de Colin Farrell sur la carrière musicale de Ben Affleck. On avait été habitués à plus croustillant avec les précédents films de Colin Farrell, tous dispos en POV sur Spankwire...



On vous a également demandé un Flop, exercice toujours compliqué vu qu'on est tenté d'y nommer les films qui nous ont asphyxiés, du genre The Tree of Life, Sleeping Beauty, Somewhere, Sucker Punch, Polisse ou La Guerre est déclarée, comme les films qui sont vraiment des merdes infectes (y'a pas d'autre mot) du type Ma Part du gâteau, Les Femmes du 6ème étage, La Conquête, Rien à déclarer, L'Elève Ducobu, La Guerre des boutons, La Nouvelle Merde des gloutons ou encore Les Schtroumpfs, qui a déçu tout le monde, y compris les Schtroumpfophiles. Et puis il y a tant de saloperies qui sortent chaque année que la somme de vos classements éclectiques est assez disparate et finalement peu concluante. On peut toutefois remarquer que le cinéma à grand spectacle hollywoodien a une fois de plus exaspéré plus d'un cinéphage avec des immondices portant les noms de Green Lantern, Green Hornet, Comment tuer son boss ?, La Planète des singes : les origines, Thor, Numéro 4, Thor, Conan, The Thing, Bad Teacher, Paul, Thor et l'indétrônable Cowboys et envahisseurs, qui a quand même su se détacher et remporter quelques suffrages notoires dans le grand bain de vos coups de gueule. On se payera le cas Jon Favreau d'ici peu sur le blog, faîtes-nous confiance. Cette année fut aussi celle de tous les remakes, reboots, prequels, sequels et compagnie, dont on a cité un bon paquet d'exemples ci-dessus. Seule bonne nouvelle : à ce rythme-là, des scientifiques ont prouvé, d'après des calculs fournis par les meilleurs ordinateurs de la Nasa, que d'ici 36 mois il ne restera plus aucun film à remaker, et on a hâte d'y être. Autre triste tendance, dans le cinéma mondial cette fois-ci, on regrettera la mode des films en "able" : Expendables, (Les) Impardonnables, Présumé coupable, Intouchables, et ainsi de suite, autant de films à ne pas voir, tout simplement.



Voila pour le bilan de cette fière année 2011. Oublions vite les déceptions et autres navetons de toutes catégories pour ne nous rappeler avec bonheur que des grands films sortis cette année, qui sont assez exceptionnellement nombreux et que nous n'avons pas fini de revoir et d'aimer à qui mieux mieux. Nous ne sommes pas nombreux à le penser, bizarrement, mais n'y allons pas par quatre chemins : 2011 fut un grand cru cinématographique et si 2012 en prend de la graine nous accueillerons la soi-disant fin du monde avec un smiley. D'ailleurs l'année commence plutôt très bien avec Take Shelter, excellent film de Jeff Nichols, un jeune cinéaste déjà important et qu'il faudra suivre de près dans les années à venir. Et nous pouvons compter sur un certain nombre de gros titres annoncés dans le courant de l'année qui nous font déjà saliver. Pour ne citer que quelques noms, nous verrons bientôt sur nos écrans les nouveaux films d'Alain Resnais, Alexander Sokourov/Payne, Arnaud Desplechin, Abbas Kiarostami, Olivier Assayas, Lucas Belvaux, Werner Herzog, David Cronenberg, Hirokazu Kore-Eda, Chantal Akerman, Abel Ferrara, Arnaud Des Pallières, Wang Bing, Tarantino, Coppola, Spielberg et tant d'autres...



Rendez-vous tout au long de l'année pour de nombreuses critiques de tous ces films et, comme d'habitude, de quelques vieilleries en tous genres. Mais pour commencer, dans les temps qui viennent nous éplucherons les films-phares de 2011 passés à l'as et nous réglerons nos comptes avec pas mal de ceux qui nous ont retiré quelques points à chaque œil. Rendez-vous aussi en janvier prochain pour un autre bilan, et on peut d'ores et déjà vous annoncer que tout le monde sera dans la merde vu que le nouveau Tarantino est prévu pour le 26 décembre 2012 ! Les blogueurs devront attendre au moins jusqu'à cette échéance pour poster leurs classements tranquilles, et nous serons peut-être un peu moins ridiculement en retard que d'habitude. En attendant nous tenons à remercier chaleureusement tous ceux qui ont participé aux votes pour établir le classement des meilleurs films de 2011. Nous remercions aussi particulièrement Fredastair ; Rick et Pick ; Nightswimming ; Donc Acte ! ; L’univers et le reste ; Blake ; Pausanias ; Gendar ; Chroniques du cinéphile stakhanoviste ; Cinedingue ; Ca flim ; Lexou ; Zombiatarian ; Brozkinos ; Une fameuse gorgée de poison ; C'est entendu ; Géotoine ; Thibault ; Erwan (si on a oublié quelqu'un, qu'il se manifeste et nous excuse !). Et pour finir, sentez-vous libres de poster vos tops personnels, commentés ou non, dans les commentaires de cet article, pour élargir le débat !