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3 août 2018

Mother !

Il y a déjà un souci avec le titre. Je ne l'écrirai pas "mother!" comme le souhaiterait Darren Aronofsky. Je commence par une majuscule, parce que l'on met une majuscule aux titres. J'accepte, difficilement, de le ponctuer d'un point d'exclamation, mais je le précède d'un espace. Car en France, c'est comme ça, nous n'avons pas les mêmes règles de typographie que nos amis anglo-saxons : nous mettons un espace entre le mot et la ponctuation quand celle-ci est un point virgule, un point d'interrogation, un double-point ou un point d'exclamation. Je suis en cela étonné que les québécois aient traduit par "mère!", c'est un laisser-aller inhabituel de leur part. C'est peut-être une question d'habitude, mais je préfère nos règles, je les trouve plus claires et agréables à la lecture. Mother ! Autre difficulté, et non des moindres : comment fallait-il prononcer le titre lorsqu'on se présentait à la caisse au ciné ? Cela ne m'a pas encouragé à me déplacer... Bref, pour moi, ce titre est une source de problèmes importante. Sans parler de son manque absolu d'originalité... En cela, il est vrai que seule la ponctuation participe à le rendre un tant soit peu unique.




Il faut aussi reconnaître à ce titre une autre qualité, plus inattendue. Une qualité discrète mais essentielle qui réside justement dans ce point d'exclamation et, plus exactement, dans sa façon d'apparaître à l'écran au tout début du film. Le mot "mother" s'écrit sous nos yeux, dans cette écriture caractéristique, puis surgit le point d'exclamation, accompagné d'un petit motif sonore digne d'un dessin animé qui rompt d'emblée avec le sérieux et la noirceur annoncée. C'est cette fantaisie, cet esprit plaisantin, qui vient sauver Darren Aronofsky du naufrage complet. Visiblement, le cinéaste s'amuse et veut nous emporter dans son délire. Ça ne fonctionne pas du tout, mais il a le mérite d'essayer, le sourire aux lèvres, quand d'autres que lui font ça avec un sérieux infiniment plus plombant et méprisable. Cela invite à un peu plus de bienveillance à son égard.




En nous dépeignant les mésaventures de cette jeune femme, incarnée par Jennifer Lawrence, qui habite seule avec son mari, Javier Bardem, écrivain en panne d'inspiration, dans une immense baraque et voit celle-ci être progressivement envahie par des inconnus, Mother ! prétend être une allégorie assez finaude que l'on pourrait s'évertuer à interpréter de plusieurs manières (au moins quatre, d'après les nombreux sites ayant décrypté le film, bien que l'une d'elles me paraisse un brin plus évidente — en gros, la maison = la Nature, brillant...). Le résultat à l'écran n'est hélas pas à la hauteur de l'ambition du cinéaste, dont on sent un peu trop qu'il veut absolument signer une œuvre clivante, vouée à devenir culte. Son film pèse des tonnes et peine à nous captiver malgré sa progression crescendo dans l'horreur et l'intensité.




Nous ne nous intéressons pas une seconde au personnage central, quand bien même l'actrice fait tout son possible et ne démérite pas, avec une caméra qui la colle de très près. Cette femme paraît vide et désincarnée, tout comme son agaçant époux. Ils ont simplement l'air d'être là pour servir et illustrer les petites idées du cinéaste, simples pantins, tristes rouages de sa machine pas si bien huilée. Quand arrivent les invités, joués par des revenants comme Ed Harris et Michelle Pfeiffer, cet effet est d'autant plus fort. Il est toujours agréable de revoir le trop rare Ed Harris mais, ici, nous voyons justement "le trop rare Ed Harris", au charisme intact, venir nous faire un petit coucou dans un film de Darren Aronofsky, et strictement rien d'autre. On constate les nouvelles rides apparues sur son front, on espère que sa santé est au beau fixe, mais on ne croit en rien à son personnage.




En outre, si Aronofsky paraît faire tous les efforts du monde pour rendre son film organique, lui donner de la chair, du corps (les murs suintent, les corps souffrent, les parquets s'ouvrent, tout est susceptible de saigner, s'effriter, se casser, s'inonder), il échoue cette fois-ci totalement dans cette entreprise (il y avait pourtant excellé dans Black Swan et The Wrestler). La faute notamment à des effets spéciaux ratés, beaucoup trop lisses, sans âme. En cela, Mother ! nous rappelle les dérapages visuels de quelques uns de ses précédents films comme The Fountain ou Noé (sans doute le plus proche voisin de Mother ! de par les thèmes abordés). C'est parfois d'une laideur assez gênante. C'est bien dommage car, à côté de ça, il y a tout de même quelques idées. J'aime que le seul décor du scénario, cette maison qui se veut un personnage à part entière, d'abord cocon familial accueillant, se transforme tour à tour en un lieu de culte, en un espace de débauche puis, littéralement, en zone de guerre. Tout cela dans un mouvement fluide et naturel, Aronofsky ne filmant pas en plans-séquences mais parvenant à nous en donner l'impression. Hélas, la maison aussi manque de réalisme et paraît ne pas exister, on se croit dans un studio en carton et nulle part ailleurs... Comment peut-on croire, d'ailleurs, que la frêle Jennifer Lawrence est censée l'avoir retapée entièrement ?!




De nouveau hanté par le cinéma de Roman Polanski (on pense assez inévitablement à Répulsion et Rosemary's Baby), sans ce coup-ci lui arriver à la cheville, Mother ! apparaît en fin de compte comme une pitrerie plutôt inoffensive, non totalement dénuée d'intérêt mais à des années lumière de l'effet escompté. La pirouette finale, en forme d'ultime pied de nez, appuie cette impression. Malgré tout, Darren Aronofsky continue son petit bonhomme de chemin et poursuit sa carrière de manière cohérente. On doute, cependant, qu'il revienne un jour à des œuvres plus humbles et maîtrisées comme l'étaient The Wrestler ou Black Swan, mais on continue d'espérer. 


Mother ! de Darren Aronofsky avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris et Michelle Pfeiffer (2017)

15 mai 2018

Kodachrome

Une création originale Netflix. Toujours un beau moment de rigolade ! Elizabeth Olsen déclarait lors d'une récente interview que la plateforme VOD devait servir à "mettre en lumière et donner une chance à des films issus du cinéma indépendant". La bonne blague... Kodachrome est un étron indé comme il en sort en pagaille, au cinéma, en VOD ou ailleurs. Le très mauvais épisode d'une série télé qu'on stopperait net, sans se poser de question. Un tel film met donc encore à mal la crédibilité de Netflix que l'on aimerait effectivement pouvoir considérer comme un distributeur nécessaire, participant effectivement à offrir une plus large audience à des propositions risquées et surprenantes. On est bien loin du compte. Le bilan est à ce jour très négatif et ce minable Kodachrome en est une nouvelle preuve affligeante. Mark Paso signe ici son deuxième long métrage et ne nous donne guère envie de nous intéresser à son premier, pourtant auréolé d'une assez bonne réputation, ni de lui jeter quelques pièces si nous le croisions un triste jour au coin d'une rue. Il met en image le plus platement du monde un scénario qui aurait mérité d'être jeté au feu, un scénar d'outre-tombe qui s'appuie sur un article du New York Times consacré à l'arrêt définitif du développement des pellicules Kodachrome paru en 2009. Passionnant.




Ed Harris incarne Benjamin Ryder, un photographe de renom atteint d'un cancer du colon en phase terminale. N'ayant plus que quelques semaines à vivre, il demande à son fils Matt (Jason Sudeikis), par l'intermédiaire de son infirmière (Elizabeth Olsen), de l'accompagner jusqu'au dernier laboratoire traitant encore le film Kodachrome, au fin fond du Kansas, afin d'y faire développer de vieilles pellicules. En très mauvais termes avec son père, qu'il n'a pas vu depuis plus de 10 ans, Matt refuse mordicus de faire le voyage. Mais la charmante infirmière insiste, trouve un stratagème et, après un quart d'heure d'hésitation au suspense insoutenable, Jason Sudeikis accepte, la mort dans l'âme, bien décidé à profiter du voyage pour envoyer chier son vieux père à la moindre occasion. Et nous voilà partis pour un road trip de la pire espèce aux côtés de trois personnages dont on aimerait voir la route coupée nette par un camion-citerne lancé à pleine vitesse. Hélas... Tout est cousu de fil blanc, du début à la fin, et le film ne surprend strictement jamais. Oui, Ed Harris et Jason Sudeikis finiront par se rabibocher avant la mort du premier. Oui, Jason Sudeikis réussira à s'envoyer Elizabeth Olsen avant qu'ils se fâchent pour mieux se remettre ensemble à la toute fin. Un programme putride et trop bien connu, suivi à la lettre par Mark "Old El" Paso.




Tout est à chier là-dedans. On se demande bien ce que le pauvre Ed Harris vient foutre là. Il pète la forme, ça se voit, il a le regard vif et le poil soyeux, il n'est pas crédible une seconde en vieux malade aux portes du trépas. Il est pathétique à plus d'une reprise, notamment quand il sort de grands discours moisis, l'un sur le fait que tous les vrais artistes sont soit des connards, des dépressifs, des drogués ou que sais-je (ceci pour se justifier d'être lui-même une ordure) ; l'autre sur la photographie et la nécessité de capturer le temps qui passe blablablabla. Quel poète, quel philosophe... Elizabeth Olsen montre quant à elle toutes les limites de son acting misérable, on croirait une zonarde de sitcom qui a eu pour seules profs de comédie Jennifer Aniston et ses petites sœurs jumelles camées. Elle singe chacune des pires postures et des intonations ridicules de la star de Friends. Et quand elle copie également son look et son style vestimentaire, à savoir ce long tie and dye qui traîne, ce débardeur blanc un peu lâche et ces seins qui pointent, elle achève de nous exaspérer. Mais le pire élément de ce trio de malheur est évidemment le si pénible Jason Sudeikis. Avec lui, c'est viscéral. Je ne peux pas. Depuis le premier regard... Je n'aime pas sa tronche. Il me sort par les yeux. Il roule tout le temps des mécaniques, se prenant pour un bogoss, c'est insupportable. Ici, il joue un agent de label musical, sur la sellette, à la recherche de nouveaux talents. Sur le point de se faire virer au début du film, où les emmerdes lui tombent sur le coin de la gueule en cascade, il demande à son patron pour lui rappeler sa valeur : "Et cette cassette de démo de Coldplay que je vous ai passée en 99 et que vous n'avez pas daigné écouter ?", "Et ce groupe, nommé Arcade Fire d'après mes souvenirs, que j'avais vu en live et que je vous avez conseillé en 2001 ?". Le gars est visiblement très fier d'avoir repéré avant tout le monde les plus gros groupes de merde actuels, le premier polluant toutes nos ondes radio, le second ayant accéléré la mort du rock indé. Joli.




Question musique, le moment le plus douloureux du film survient sans doute dans la chambre d'adolescent de Jason Sudoku, où l'un de mes groupes fétiches se voit traîné dans la boue par le simple fait d'être cité dans un tel immondice. Sudeikis et Olsen échange sur la musique, la véto-pour-vieux inspectant le bac à vinyles du tocard-en-chef (il faut croire qu'à 15 ans, notre mélomane de pacotille s'était déjà mis au microsillon, mais bien sûr...). "Pearl Jam, Nirvana, Radiohead... tu étais un ado torturé ?" demande la jeune femme, avec un ton insupportable de psychiatre inquiète. Quelques minutes plus tard, Sudeikis se veut séducteur et s'impose l'idiot défi consistant à tenter de deviner ce qu'Olsen écoutait dans sa jeunesse. Il cite de la chienlit pour la provoquer, en lui suggérant qu'elle devait écouter des trucs "mainstream" (rappelons qu'il est super bien placé pour se montrer condescendant, lui qui regrette des guignols comme Coldplay et Arcade Fire, c'est un expert en la matière). Avec une moue boudeuse qui pourrait rendre violent n'importe qui, Olsen fait la maligne en lui répondant "Tututut, moi j'adulais les Smiths, les Pixies... ça c'était mon truc, ma came". Faux pas notable pour Sudoku. Dans son élan, Olsen continue à fouiller le bac à vinyles et en sort un disque de Galaxie 500, This is Our Music. Bonne pioche, crevarde. "Oh, Galaxie 500..." dit-elle, et Sudeikis d'ajouter simplement "Obscur...". Qui a écrit ces dialogues ?! Puis la zonarde met un morceau au hasard. Quelle souffrance ! Dean, colle un procès à tous ces cons !




Un peu plus tard, les trois clowns diaboliques vont assister au concert d'un groupe que Sudeikis espère faire signer sur son label : les Spare Sevens, ou les Seven-Up, ou les Seven Plaies d’Égypte, bref, je ne sais plus, un nom à la con en tout cas. Le groupe est infâme, jouant une mélasse à gerber à un public en transe, une musique de stade de bas étage, vraisemblablement inspirée par les pires hymnes miteux d'Arcade Fire. La foule tend des briquets solennellement, Sudeikis et Olsen se regardent le sourire aux lèvres, en lâchant un commentaire puant tout en dodelinant de la tête en rythme. "Ils sont bons hein ?", "Ouais ils sont bons"... Un supplice. Plus tard, nous verrons Sudeikis et Olsen chanter du +LĪVE+ à tue-tête, un groupe ultra ringard mais qu'il est désormais trop cool de kiffer, au second degré. A ce moment-là, le film creuse encore davantage, on a vraiment envie de se tirer une balle. Le passage chez le frère d'Ed Harris s'éloigne de la scène musicale mais atteint aussi un autre abîme dans l'horreur. Également en froid avec son cadet, le vieux Edgar Harris ne trouve rien de mieux à faire que de lui révéler, en plein repas dominical, qu'il s'est tapé sa bonne femme, sous les yeux éberlués de celle-ci, ne démentant guère l'énormité des propos tenus. "Et elle en redemandait, la salope...", précise le réalisateur de Pollock, habitué à se servir de son cobra comme d'un pinceau inspiré. Juste après, Sudeikis, au bon goût de brebis, faisant la vaisselle à l'écart, sort alors le seul dialogue un peu censé du lot "Le fait de crever bientôt ne donne pas tous les droits à ce vieil enfoiré ! Il est encore plus con qu'avant, lui qui a toujours été un déchet humain. J'ai honte d'être issu de ses vieilles couilles, elles ont fait tant de dégât...". Charmant... Ed Harris essaie ensuite lamentablement de sauver les meubles en déclarant "Rooooooh, mais c'était pour le charrier, c'est tout !". Trop tard, son frère est déjà sorti de table, il se tient debout, dehors, devant sa grande baraque, les mains sur les hanches, contemplant l'horizon, essayant de digérer tout ça. J'ai eu la même réaction après m'être enfilé cette saloperie de film. J'suis sorti, j'ai pris l'air, j'ai essayé de décompresser, de penser à autre chose. L'effet Netflix quoi.


Kodachrome de Mark Paso avec Jason Sudeikis, Ed Harris et Elizabeth Olsen (2018)

26 octobre 2015

Creepshow

Creepshow est un film d’horreur à sketches réalisé par George A. Romero en 1982, d’après un recueil de nouvelles de Stephen King, The Crate and Weeds. C’est en travaillant sur l’adaptation pour le cinéma des Vampires de Salem (qu’il abandonne quand il devient question d’en faire une mini-série et qui atterrit dans les mains de Tobe Hooper, pour le beau résultat que l’on sait), que Romero sympathise avec Stephen King. Ils montent alors ce projet, Creepshow, scénario sur lequel ils travaillent sans doute à quatre mains puisque le film rend directement hommage aux comics dont Romero a toujours été friand (d’ailleurs son dernier « film », Empire of the Dead, a vu le jour sous forme de bande-dessinée). L’hommage aux E.C. comics passe d'abord par le prologue du film.




Dans le prologue, un père de famille complètement con interdit à son bambin de lire les comics horrifiques dont il raffole, aussi, après avoir reçu la visite d'un fantôme, le gamin aura l'idée de se venger à l'aide d'une poupée vaudou. Mais King et Romero s'inspirent également de la bande dessinée pour les transitions entre chacune des cinq histoires de leur film : chaque histoire apparaît résumée sur une planche, puis la première case, via un fondu enchaîné, passe du dessin au "réel", s’incarne sous nos yeux et prend vie. L’idée s’avère finalement assez anecdotique, mais à vrai dire peu importe, car ce sont les sketches qui comptent et ils sont, pour la plupart, assez sympathiques.




Le premier segment, « La Fête des pères », est ceci dit l’un des moins réussis. En cause, des personnages peu fouillés et guère attachants. Pure chair à canon, ils ne sont là que pour se faire trucider, l'un après l'autre, généralement hors-champ, par un zombie sorti de sa tombe. C’est bien de lui dont on se souviendra, ce squelette répugnant qui, d’une voix métallique sortie des tréfonds, ne cesse de répéter « I want my cake » (l’individu fut en effet empoisonné le jour de la fête des pères, et il veut son gâteau, qui prendra finalement la forme d’une tête coupée surmontée de quelques bougies assez sommairement disposées - on ne lui en veut pas trop). La créature a une sacrée allure, et sauve l’épisode. D'autant que cette façon de demander un truc à manger avec une voix qui fout les j'tons m'a personnellement rappelé mon ancien colocataire. Le seul problème est qu'on ne côtoie pas suffisamment ce mort-vivant et que l’on se fout totalement de ceux à qui il s’en prend. Pourtant cela inclus ce cher Ed Harris, qui n’a pas ici l’occasion de marquer la pellicule comme il en sera capable ailleurs.




La deuxième histoire, « La mort solitaire de Jordy Verrill », a le mérite d’être plutôt originale et mémorable. On y retrouve, seul devant la caméra, Stephen King en personne (peu avare en caméos dans les adaptations de ses bouquins, il tient ici le « premier » rôle, dans un film qui certes en compte plusieurs). Il incarne le héros éponyme de l’affaire, un fermier complètement décérébré. King passe le sketch à loucher comme un abruti, et le gazon qui se met à lui pousser dans les trous de nez ne lui donne l'air qu'à peine plus crétin. Le personnage, au début de l’épisode, est tout jouasse d'apercevoir une météorite qui vient s’écraser dans son champ. Malheureusement, le caillou réagit vivement quand il le touche et contamine tout ce qui l'entoure. Drôle de contamination du reste, qui consiste à faire pousser une végétation luxuriante et légèrement envahissante tout autour du point de chute, soit sur le domaine de Jordy Verrill, et sur Jordy Verrill lui-même, qui a posé le doigt sur la pierre extraterrestre. Le fermier trépané finit donc par ressembler à un buisson humain. Bizarre, cette histoire, au fond, mais suffisamment surprenante pour marquer les esprits. Stephen King, qui a me semble-t-il eu la main lourde, quelques fois, sur la question de l’écologie, met ici les pieds dans le plat et à vrai dire c'est plutôt réussi !




Le troisième sketch, « Something to Tide you Over » (que les distributeurs français ont tenté, non sans difficulté, de traduire sans tout perdre du jeu de mot original par « Un truc pour se marrer »), est le ventre mou du film. Un peu trop long, un rien banal, c’est l’épisode le moins réussi (car le premier a le mérite de nous présenter une créature sympathique). On y découvre Leslie Nielsen dans un rôle à contre-emploi de mari jaloux et meurtrier. Il enterre sa femme d’abord (Gaylen Ross, actrice principale de Zombie), puis l’amant de sa femme ensuite (Ted Dansen, l'un de ses premiers rôles), dans le sable, sur la plage, à quelques kilomètres de distance, ne laissant dépasser du sol que leurs têtes, tournées face à la marée montante. Puis il installe une caméra ainsi qu’un poste émetteur en face de chacune des victimes afin qu’elles ne ratent rien de leurs morts respectives. Les amants sont engloutis, et le mari psychopathe, tout satisfait, va dormir sur ses deux oreilles. Du moins le croit-il, jusqu’à ce que ses victimes reviennent le hanter, sous forme de cadavres bleus trempés de la tête aux pieds, increvables en bons zombies (deux segments sur cinq leur font la part belle, Romero a dû y être sensible), et bien décidés à lui rendre la pareille. La mise en place du double meurtre est trop laborieuse et le retour tant attendu des deux morts-vivants nous laisse sur notre faim, car ils n’ont rien de bien effrayant, ni dans leur allure ni dans leurs déplacements. Histoire cousue de fil blanc et rythme paresseux aident cependant à d’autant mieux apprécier ce qui suit.




Le quatrième récit, « La Caisse », est selon moi, et malgré son titre peu avenant, le meilleur du film, en tout cas celui que j’aurais bien vu s’étaler sur la durée d’un long métrage entier (à condition bien sûr de donner plus d’épaisseur qu’ils n’en ont déjà aux personnages). Le concierge de l’université de Carnegie-Mellon découvre, en faisant le ménage un soir dans le lieu déserté, une gros caisse, planquée sous un escalier, sur laquelle est inscrit quelque chose comme : « Expédition en Arctique, juin 1834 ». Il dérange Dexter Stanley, un éminent professeur d’université, en pleine garden party, pour le prévenir de sa découverte. L’autre rapplique et les deux hommes tirent la lourde caisse poussiéreuse de sa cachette pour découvrir ce qu’elle contient, et qui semble se mouvoir à l’intérieur… La scène de l’ouverture de cette fameuse boîte de Pandore est particulièrement réussie, tandis que les deux hommes entreprennent de desceller le couvercle, retirant un par un les vieux clous qui maintiennent le secret enfermé. Le concierge, croyant apercevoir un regard qui le toise du fond de la caisse, est mal avisé d'y plonger un bras : il se fait aussitôt engloutir par la créature tapie à l’intérieur. On pense à la fois à The Thing et à la séquence d’introduction de Jurassic Park. Sauf qu’à l’intérieur de la boîte ne se trouve ni un virus alien, ni un raptor, simplement une sorte de singe avec une tronche pas possible. Les personnages parleront de diable de Tasmanie, mais la chose, surnommée "Fluffy" par Romero, ressemble plutôt au Big Foot du film éponyme. A ceci près qu’elle est dotée d’une rangée de crocs terribles dont elle sait faire bon usage. La créature transforme rapidement les couloirs de l’université en marre de sang. Le piquant survient quand un autre prof, Henry Northrup (interprété par Hal Holbrook, le prêtre dans Fog), auquel Dexter Stanley est venu raconter, horrifié, ce qu’il a vu, décide de profiter de cette aubaine pour se débarrasser de son insupportable épouse (qu’interprète la sur-bustée Adrienne Barbeau, par qui l’on rejoint Carpenter à nouveau, dont le nom est d'ailleurs mystérieusement inscrit sur la fameuse caisse, cf. image ci-dessus).




Le dernier épisode, « Ça grouille de partout », est le plus sérieux de l’ensemble, le plus détaché de cet humour noir qui gouverne la série de sketches, mais il n’est pas sans saveur. On y retrouve ce bon vieux E.G. Marshall, dans le rôle d’Upson Pratt, PDG d’une grande entreprise, qui méprise ses subalternes et reste cloitré chez lui, dans un appartement d’un blanc immaculé, ne communiquant avec l’extérieur qu’à travers téléphone et ordinateur. Maniaque paranoïaque, Pratt fait assez vite la rencontre d’une blatte, puis d’une autre. Les premières sont faciles à exterminer, et Pratt semble y prendre son pied, mais l’invasion prend vite une certaine ampleur, le film en annonçant un autre, tourné quinze ans plus tard par William Friedkin : Bug, qui jouera aussi de la polysémie du mot.




Sauf erreur de ma part, Romero n’a adapté qu’un seul autre roman du King après ce Creepshow. Il devait initialement signer l’adaptation de Simetierre, sur laquelle il travailla pendant un an, mais il quitta le navire suite à un différend avec les producteurs, au bénéfice de Mary Lambert (la dame récidiva d'ailleurs avec Simetierre 2, et vous avez cité pratiquement toute sa carrière, pas si dégueulasse, quand vous avez prononcé ces deux titres). Dix ans plus tard, Romero remet donc le King sur le couvert, avec La Part des ténèbres, gros échec à sa sortie, plus ou moins réhabilité aujourd’hui, et que j'ai personnellement découvert il y a quelques mois sans déplaisir, même si je serais déjà bien incapable de vous en dire quoi que ce soit. Il existe par ailleurs un Creepshow 2, tourné en 1987 par Michael Gornick, avec Romero au scénario, que j'ai de côté depuis longtemps et dont je vous parlerai peut-être quand je l'aurai vu. Une chose est sûre, Romero a bien assuré sa reconversion derrière la caméra, et c'est tout à son honneur quand on voit ce qu'est devenu son acolyte de toujours, Bebeto, qui a fini sa carrière au Al Ittihad Djeddah, en Arabie saoudite, en 2002, et qui depuis taille des pipes sur la 113 (je l'ai croisé, du moins je crois bien que c'était lui).


Creepshow de George A. Romero avec Ed Harris, Stephen King, Leslie Nielsen, Ted Danson, Hal Holbrook et E. G. Marshall (1982)

24 octobre 2015

Le Bazaar de l'épouvante

Parmi les très nombreuses adaptations de Stephen King, il y en a une que l'on oublie trop facilement quand il s'agit de citer les plus réussies : celle réalisée en 1993 par le dénommé Fraser Clarke Heston, Le Bazaar de l'Epouvante. Je n'ai pas lu le livre et j'ai vu ce film il y a des années, quand internet n'existait pas et que je scrutais de près les programmations des fameux Jeudis de l'angoisse d'M6 pour m'offrir quelques frissons, mais j'en garde un si bon souvenir que j'ai bien envie de vous en dire quelques mots. Déjà, ça n'est pas dans toutes les sombres adaptations du King que l'on croise un tel casting. Jugez du peu : Ed Harris, auquel il restait encore quelques cheveux et qui avait à l'époque toute l'étoffe d'un héros, Max Von Sydow, l'incontournable acteur bicentenaire qui a parcouru tout l'éventail du cinéma mondial, Bonnie Bedelia, la  femme de John McClane qui était alors au top de ses formes et au zénith de sa carrière, et enfin Amanda Plummer, fille et sosie de Sir Christopher Plummer, rien que ça. Derrière la caméra, et derrière un abominable nom à rallonge, se cache en réalité le fils de Charlton Heston, un type peu intéressé par le cinéma mais qui comptait bien profiter des ficelles de papa pour concrétiser son rêve d'enfance : mettre en image son bouquin préféré.





Dès les premières minutes du générique, on est dedans. Je me souviens de ces plans flottant autour d'une énorme Mercedes noire en route vers Castle Rock. A l'intérieur, un conducteur pour l'instant invisible derrière les vitres teintées mais dont la présence se fait déjà menaçante car accompagnée d'une musique grandiloquente qui en envoie plein les tympans. Ce n'est pourtant qu'un vieil homme apparemment sympathique et inoffensif que l'imposant carrosse amène. Un antiquaire de métier, bien décidé à installer son petit commerce dans la ville mythique du King. Son enseigne, "Needful Things", est le titre original du film et du bouquin. Chaque habitant de la ville y trouvera son bonheur, l'objet rêvé et recherché depuis longue date, pour une somme dérisoire. Au lieu d'argent, l'as de la brocante demande souvent un petit service à son client, un simple tour à jouer, un petit message à déposer à un autre habitant du village... Mais sous leurs apparences anodines, ces petits tours (saloper le linge étendu du voisin, pisser sur le seuil de sa porte, poster des commentaires insultants sur son blog ciné...) dressent progressivement les habitants les uns contre les autres et ravivent des tensions enfouies. Seul le shérif, Ed Harris, se méfiera des ruses de cet antiquaire obnubilé par l'idée de foutre la merde partout où il passe car il n'est autre que... le Diable himself !





Avant d'accepter ce rôle, Max Von Sydow avait déjà pratiquement tout joué. Tout. Un exorciste, un chevalier, un chien, un aveugle, une pelle, un joueur d'échec, un druide, un paysan, un loup, un chien d'aveugle... Bref, tout. Mais jamais Max Von Sydow n'avait incarné le Diable en personne. L'acteur au mille visages estimait qu'il tenait là une belle occasion pour rompre définitivement avec son image d'exorciste efficace qui lui collait à la peau. Il faut savoir qu'à l'époque, le grand Max recevait tous les jours des coups de fil de parents impuissants et désespérés lui demandant de pratiquer son art dans la chambre de leurs enfants possédés. Celui que l'on surnomme "le Caméléon immortel" n'a pas hésité une seconde quand Fraser Heston lui a proposé ce rôle, c'était une main tendue, inespérée. Avec sa petite mine innocente, son sourire en coin, tantôt malicieux tantôt incrédule, il était le choix idéal pour incarner Lucifer. Rien ne laisse à penser qu'il est le Mal incarné, si ce n'est ces ongles dégueulasses et interminables qu'il se plaît à frotter un peu partout et lui permettent d'aller chercher des crottes de nez de concours. Max Von Sydow est un des grands atouts du film, il faut bien le souligner.





On aime à penser que le Diable roule en Mercedes et n'a rien de mieux à foutre qu'aller se paumer dans des petits villages pour y semer patiemment la discorde. Comme ça, modestement. Par petites touches. La prochaine fois, il s'attaquera peut-être à une agglomération dépassant le millier d'habitants, qui sait ? C'est typique du King une idée comme ça. C'est terriblement con mais on accroche ! Et comment parler de ce film sans passer par son meilleur moment : la toute fin. Le Bazaar de l'épouvante a la chic idée de finir en apothéose, ce qui était une qualité à laquelle j'étais tout particulièrement sensible quand j'étais adolescent. Le final est explosif. Après que l'on ait découvert la réelle identité de l'antiquaire, en fouillant notamment dans son grenier où traînait un tas d'archives louches comme des unes de vieux journaux célébrant l'Anschluss ou la victoire de la RFA en 82 contre la bande à Platoche, un habitant de Castle Rock voit rouge et décide de faire sauter la boutique. Mais Max Von Sydow ressort indemne de l'incendie. Les dernières minutes nous le montrent surgir des flammes, narguer la foule de villageois venue admirer le feu d'artifices, puis annoncer, le poing levé, "24 octobre 2015. Retenez bien cette date. A cette date, je rappliquerai de nouveau, et ça sera pas du propre... Ma parole, je jure, la prochaine fois, je vous fais la miiiiiiiiiiisère. Vous pourrez pas dire que je ne vous avais pas prévenu !". Après ce discours riche en menaces, le Diable claudique vers sa grosse Mercedes noire, la démarre laborieusement, et met les voiles. Si la fin est la même dans le bouquin de 666 pages du King, on peut avoir la rage. Mais au bout d'un petit film d'horreur sans prétention, l'effet est garanti !


Le Bazaar de l'épouvante de Fraser Clarke Heston avec Max von Sydow, Ed Harris, Bonnie Bedelia et Amanda Plummer (1993)

29 septembre 2014

Dos au mur

Après une journée fatigante, j'éprouvais le besoin naturel mais difficilement avouable de me "vider la tronche" devant un film peu exigeant intellectuellement parlant. J'ai donc fait le pari Dos au mur en espérant avoir affaire à un thriller efficace et divertissant. Hélas j'ai encore une fois assez rapidement regretté mon choix. Malgré un pitch a priori correct et des retournements de situation parfois un brin inattendus au début, Dos au mur est un vrai faux caper movie qui peine très vite à maintenir l'attention. On imagine pourtant aisément qu'il y a quelques années, ce scénario basique mais astucieux aurait pu accoucher d'un film honnête et capable de nous faire passer un bon moment. S'il avait été réalisé dans les années 80 ou 90, Dos au Mur aurait sans doute été porté par un acteur charismatique et cool, d'une part, et il aurait forcément été ponctué par quelques touches d'humour bienvenues, que le doublage français aurait su magnifier. Aujourd'hui, on a simplement droit à un thriller mollasson et ultra premier degré, qui se prend au sérieux du début à la fin et échoue totalement à nous scotcher au fauteuil.




Niveau casting, on se tape le si fade Sam Worthington dans le rôle principal du couillon agrippé et la toujours transparente Elizabeth Banks dans celui de la négociatrice chargée de lui faire quitter sa corniche. Gravitent autour d'eux des personnages sans saveur campés sans conviction par l'effroyable Jamie Bell, le navrant Edward Burns et le pauvre Ed Harris (subir ce film est d'ailleurs uniquement la triste occasion de constater que ce si sympathique acteur a pris un sacré coup de vieux récemment). Un top model latino apparemment peu intéressée par le 7ème art, nommée Génesis Rodriguez, tente aussi d'apporter une petite touche sexy à ce long métrage et ne cesse d'agiter ses seins devant la caméra. Avec un peu de discernement, on notera que la taille de ses deux atouts est considérablement grossie par des Wonderbra surpuissants qui me feraient moi-même passer pour une bombe. A part ça, circulez, il n'y a rien à voir.




Petit retour sur le titre : Dos au mur, en version française, Man on a ledge, "l'homme sur un rebord", en version originale. Désormais, à Hollywood, les titres sont à l'image des films : tout ce qu'il y a de plus terre-à-terre et premier degré. Il n'y a aucun aspect métaphorique ou imagé à y déceler. Quand il y a un double-sens possible, il paraît totalement fortuit. Un film ayant pour titre "L'homme sur un rebord" nous mettra forcément en présence d'un homme passant tout le film sur le rebord d'un bâtiment, littéralement. A la belle époque, il aurait pu s'agir d'un superbe film noir, qui sait. Sam Worthington est ici suspendu sur la corniche du 36ème étage d'un building de Manhattan et menace de se jeter dans le vide. Il passe près de 2h à faire des petits pas chassés très disgracieux et à s’agripper à l'aide de ses bras, s'abîmant les ongles au passage, par des mouvements assez ridicules, dignes d'une petite bestiole apeurée, comme si l'acteur craignait réellement pour sa vie. En VF, "Dos au mur" respecte tout à fait l'esprit du titre original puisque Worthington passe également tout le film dos au mur. Rien de plus logique. Pour être totalement fidèle au scénario, le film devrait même avoir pour titre complet "L'homme dos au mur sur un rebord" ou "Man back to the wall on a ledge". Et pourquoi pas ?




Ces titres idiots ont au moins le mérite d'être tout à fait à l'image des films. Pas de place pour la complexité et encore moins pour la poésie. Non, il faut tout de suite annoncer aux spectateurs de quoi il s'agit exactement, pour ne jamais prendre le risque de le tromper sur la marchandise. Dans Buried, on suivra les mésaventures d'un type enterré. Un exemple choisi parmi tant d'autres.* C'est tout de même dommage. Vous imaginez si Die Hard, aka Piège de Cristal, s'était appelé "Barefoot and stuck with terrorists in a building" ? Quequoi... Ce n'est que lorsqu'il s'agit de remakes que le risque de désorienter le public en changeant le titre du film freine les décideurs et prend l'avantage sur la règle consistant à coller au plus près du scénario. Ainsi, And Soon the Darkness n'a pas bougé, alors qu'il aurait cette fois-ci été sans doute plus judicieux de l'intituler "Two hot curvy babes in bikinis sugaring the pill get chased by morons" et être pour le coup totalement fidèle au déroulé de l'histoire. C'est un peu long, certes, mais avec un titre pareil, moi je suis installé au premier rang dès l'avant-première du film, les lunettes 3D solidement vissées sur le nez !




*A ce propos, si vous connaissez d'autres exemples, justement, n'hésitez pas à me les communiquer, soit en commentaire à cet article, soit en me les envoyant par mail à l'adresse électronique indiquée sur la page "A propos". Vos nouveaux apports me permettront d'étayer un peu mon propos, d'appuyer et renforcer mon argumentation. Cette petite note est un appel à l'aide.


Dos au mur d'Asger Leth avec Sam Worthington, Elizabeth Banks, Jamie Bell, Genesis Rodriguez et Ed Harris (2012)

25 mai 2014

The Hours

Nouvelle variation sur la vie et l’œuvre de l'écrivaine Virginia Woolf, après le fameux biopic Woolf avec Jack Nicholson, mi-écrivaine mi-loup-garou, dans le rôle titre, The Hours raconte et entremêle le parcours de trois femmes. Virginia Woolf en personne, écrivaine soi-disant folle et carrément dépressive (incarnée par Nicole Kidman à l'époque bénie où le plastique et la laideur sur son visage étaient encore à peu près amovibles) ; une lectrice (Julianne Moore) de son grand roman Mrs Dalloway, bien décidée à abandonner son mari (John C. Reilly), son fils et son petit pavillon de banlieue sous peine d'y crever d'ennui ; et enfin une incarnation moderne de ladite Mrs Dalloway (Meryl Streep), new-yorkaise homosexuelle pleine de regrets, et notamment sentimentaux, vis-à-vis d'un peintre (Ed Harris) lui-même homosexuel et sur le point de décéder du sida. Allons-y Alonzo, dans le merdier existentiel, et crescendo !




Stephen Daldry, adaptant le roman d'une femme sur une femme, et à travers elle sur toutes les femmes, n'a peut-être cru s'adresser qu'aux femmes, et a sans doute jugé judicieux de ce fait de ponctuer un certain nombre de ses séquences parfaitement académiques de nombreux inserts sur des gestes de cuisine. Tel dialogue tendu entre Virginia et sa cuisinière est ainsi rythmé par un gros plan sur un oeuf cassé sur le bord d'un récipient, tel dialogue entre Meryl Streep et Jeff Daniels fait soudain place à une autre coquille d’œuf que l'on jette à la poubelle, et ainsi de suite. On a parfois l'impression de regarder Top Chef avant l'heure, et que ce qui relie les femmes par-delà les époques tient non seulement dans leur farouche envie de mourir mais aussi dans l'omelette.




Certes le noble projet de Woolf était de faire tenir l'existence d'une femme dans une seule journée, et la cuisine devait (forcément et tristement) y tenir une bonne place, mais on peut s'interroger, concernant l’œuvre de Stephen Daldry, sur ces inserts à répétition et sur la récurrence du motif de l’œuf cassé. Cette lubie du cinéaste est à la fois le signe d'un esprit relativement cohérent, de l'ordonnancement pépère d'un film trop sage, et l'unique manifestation d'une forme de folie au sein de ce carcan de propreté. Le montage fragmenté, qui passe d'une femme à l'autre, au lieu de rompre le classicisme de l'ouvrage, le renforce. On a l'impression pénible de suivre une de ces séries contemporaines qui n'ont de cesse de passer d'un portrait à un autre, d'une névrose à la suivante, d'un bloc de féminité vérolé à son voisin, pour satisfaire la tentation du zapping et noyer l'esprit dans un flot parfaitement continu d'images plates reliées entre elles par leur platitude même et par une musique constante et mélancoliquement galopante signée Philip Glass (comme elle aurait pu être signée Danny Elfman, mais c’eût été pire... alors que les Baha Men étaient frais et dispo avec leur tube Who let the dogs out ? Woolf, Woolf Woolf). L'horripilant Desperate Housewives est loin malgré tout, notamment parce que nous sommes en présence de trois vraies et belles actrices en lieu et place des cataplasmes vulgaires de l'ignoble série star des années 2000, parce qu'en outre le propos sur les tourments féminins, humains, venant en bonne partie d'une grande écrivaine, est autrement pertinent, et parce qu'à la fin, quand même, une brève mais réelle émotion pointe enfin.


The Hours de Stephen Daldry avec Nicole Kidman, Julianne Moore, Meryl Streep, Ed Harris, Jeff Daniels et Claire Danes (2001)

9 septembre 2013

Pain & Gain

Avec seulement 20 millions de dollars en poche, Michael Bay s'essaie au film d'auteur indépendant d'art et essai underground. Ses acteurs, très impliqués dans le projet, ont accepté un paycheck anormalement maigre, à commencer par Marky Mark Wahlberg, dont l'amitié avec Michael Bay est telle qu'il est déjà annoncé dans les prochains Transformers. L'acteur semble se faire un malin plaisir à malmener le cinéphile qui a reconnu quelque chose en lui et qui cherche à le cerner depuis maintenant près de vingt ans, ce cinéphile qui l'a croisé dans quelques bons films, notamment chez James Gray, James Gray qui a dit un jour que l'acteur était d'une intelligence supérieure et que l'on n'avait pas fini de découvrir toutes les facettes de son talent. Ce même cinéphile qui pleure en suivant le fil RSS consacré à la star bodybuildée, jamais lassée d'enchaîner les projets testostéronés avares en propositions de cinéma tels que le Pain & Gain dont il est ici question. Wahlberg et The Rock y incarnent deux abrutis obnubilés par le sempiternel "rêve américain" et bien décidés à le vivre de toutes les façons possibles. Et Michael Bay, pas plus malin que ses personnages, se plaît à nous rappeler, à chaque nouvel épisode plus débile que le précédent des aventures de Tête de nœud et Tronche de con, que tout cela est tiré d'une histoire vraie. Rappelez-vous que le cinéaste avait voulu utiliser la même technique de persuasion dans Bad Boys 2 et dans Transformers 3, jusqu'à ce que son ami et tuteur Jerry Bruckheimer lui dise : "Là ça ne passera pas, y'a que toi qui y crois".




Le film durant 2h20 (rassurez-vous il y a 20 minutes de générique de fin, nouvelle tendance du cinéma de merde hollywoodien, Star Trek Into Darkness est un autre exemple), on pense d'abord avoir affaire à ce qu'on peut typiquement appeler un "plaisir coupable", volontairement régressif et bête, où les acteurs s'en donnent à cœur joie. En ce sens, Mark Wahlberg confirme son aisance dans le registre comique après Very Bad Cops, et montre qu'il est capable d'asséner avec le plus grand sérieux du monde des répliques d'une débilité achevée. Il faut aussi reconnaître quelques lueurs de génie à The Rock (qui avait justement côtoyé Wahlberg sur le tournage de Very Bad Cops, où il n'était pas le dernier à donner dans l'autodérision de bon aloi), permettant de pouffer une fois ou deux. On aimerait voir ces acteurs dans une vraie comédie (sauf si c'est pour subir Ted 2, le premier, à pleurer, étant bien loin de la folie comique de Will Ferrell), car le film de Bay se révèle vite tourner en rond (à l'image de ces travellings circulaires, seul outil de la grammaire cinématographique maîtrisé par Bay, qui en use et en abuse), et se contente de montrer des débiles de façon débile, avec à la clé quelques effets de manche bien pitoyables baignés par des voix-off incessantes. On s'ennuie ferme devant ce chapelet de connards imbuvables, pourtant presque attachants au départ, et on mate sa montre en attendant que ça passe, tristes de croiser Ed Harris dans un tel taudis, un merdier de film dont on n'a aucune envie de gratter le fond d'idéologie rance et gerbante (car étant donné la manière qu'a Michael Bay de dépeindre les femmes, les juifs et les homosexuels, on se dit qu'on ne l'inviterait pas à dîner tous les dimanches, parce qu'il ferait sacrément la paire avec tonton Scefo le gros facho). On imagine très bien ce film trôner fièrement au sein du top 2013 de Quentin Tarantino aux côtés de Pacific Rim, Young Adult, Django UnchainedThe Bling Ring, Hobbo with a Shotgun et quelques autres merdes.


Pain & Gain de Michael Bay avec Marc Wahlberg et The Rock (2013)

10 juin 2011

Les Chemins de la liberté

Peter Weir est un cinéaste qui prend son temps, et c’est une denrée de plus en plus rare à Hollywood. Dans la vie et dans ses films, c’est à l’évidence un type qui n’aime pas se presser. Le réalisateur australien, officiant aux Etats-Unis depuis maintenant près de 30 piges, a donc mis 8 ans avant de sortir un nouveau film après son fameux Master and Commander. Si ce dernier n’avait pas été un franc succès, on aurait ainsi pu dire que le cinéaste a vécu une longue traversée du désert, à l’image, littéralement, de son groupe de personnages dans le film qui marque son retour tant attendu : Les Chemins de la liberté (The Way Back en vo, soit Le Demi-Tour en québécois). Peter Weir retrace en effet le périple d’une bande de prisonniers échappés d’un camp de travail sibérien en 1940 et bien décidés à regagner un pays où ils seraient libres. D'où le titre, astucieux. Ces hommes, partis du nord de la Sibérie, se donnent ainsi pour objectif d’aller à pieds jusqu’en Inde, après avoir constaté avec effroi que la Mongolie était désormais une alliée de l’Union soviétique et ne constituait donc plus une terre d’accueil en accord avec leurs désirs de liberté. D'où le titre, là aussi astucieux. Plus tard rejoints par une jeune fille de 15 ans mais qui ressemble déjà à une catin avec 15 ans d'expériences sexuelles intenses, ces grands randonneurs devant l’éternel traverseront quasiment tous les types de paysages possibles, des montagnes enneigées de la Kolyma à l’étendue désertique de Gobi, en passant par les steppes arides d’Asie centrale et les eaux limpides du Lac Baïkal, offrant ainsi à Peter Weir l’occasion de nous croquer avec un savoir-faire évident des images de toute beauté, sans jamais aller jusqu'à la véritable contemplation.


Peter Weir, l'homme au béret, se mime ici en train de palper le cul de Saoirse Ronan, aux côtés d'un conseiller, spécialiste en climatologie et en culs juvéniles. Vieux pervers.

Évadés de leur camp en pleine tempête et dans un froid polaire, les personnages devront en outre faire face à quasiment tous les grands types de climats enregistrés sur le sol terrestre, puisqu’ils devront aussi affronter la chaleur la plus extrême ainsi que des ours libidineux au cours de leur folle randonnée. On raconte que le vétéran Peter Weir a passé tout le tournage du film avec un manuel de géographie physique sous un bras et le livre controversé de Slawomir Rawicz, A Marche forcée, sous l’autre. Bien qu’il prenne quelques libertés avec le second, le réalisateur natif de Sydney illustre le premier avec application et passe strictement tous les climats en revue, à l’exception des climats tropicaux et subtropicaux. Le metteur en scène aux allures de vieux prof de lycée fatigué nous livre donc un film pluridisciplinaire à recommander à tous les enseignants d’Histoire-Géographie, ces derniers pourraient le diffuser en classe pour tuer le temps en attendant les grandes vacances.


Communiste à la ville comme à l'écran, l'acteur n'a pas souhaité retirer son tatouage bien qu'on lui ait dit que le camarade Staline n'a pas fait que du bien à son idéologie chérie.

Avec un classicisme élégant, efficace mais rarement surprenant, Peter Weir s’attarde surtout à nous dépeindre les caractères de ces personnages auxquels on s’attache progressivement. Comme c’est désormais rarement le cas dans les films américains, ces individus et leurs secrets nous sont dévoilés sans hâte et avec subtilité, ce qui participe à rendre le film captivant du début à la fin, bien qu’il dépasse les 2 heures. On peut toutefois reprocher au héros, le meneur de la troupe, d’être un peu lisse. Il est d’ailleurs incarné par un acteur dont le nom m’échappe (d'après l'affiche, je dirai qu'il doit s'agir de Jim Sturgess). Peut-être aussi est-il légèrement éclipsé par celui campé par le charismatique Ed Harris, impeccable dans le rôle d’un vieux briscard simplement guidé par son instinct de survie, et par le personnage le plus haut en couleurs du film, le chien fou de la bande, sous les traits de l’imprévisible Colin Farrell. L’acteur irlandais marche ici sur des œufs avec ce personnage difficile de bandit endurci, fervent communiste malgré son séjour au goulag, arborant sur le torse un impressionnant tatouage à l’effigie de Staline et Lénine. Colin Farrell parvient à ne jamais tomber dans la caricature, et cela serait de mauvaise foi de dire qu’il n’est pas crédible dans le rôle de cet impitoyable criminel russe croyant encore en son pays. Ces personnages sont si bien dessinés que lorsque l’un d’entre eux vient à mourir, à bout de force, sa mort est toujours poignante. La mise en scène discrète de Peter Weir brille particulièrement dans ces moments émouvants, toujours traités avec délicatesse, recul et simplicité, sans effets faciles et tire-larme comme c’est en général la règle dans les productions américaines.


Colin Farrell aurait affirmé que pour lui, Ed Harris était l'exemple à suivre. Cette déclaration amicale envers l'acteur-réalisateur pose problème lorsqu'on se rend compte que Farrell apparaît souvent derrière lui, tentant de l'imiter du mieux qu'il peut. Sur ce plan, c'est quand même pas mal réussi.

Peter Weir s’applique aussi à nous décrire la survie de ces personnages au cours de leur interminable périple, sans toutefois rentrer dans les détails ni s’approcher d’un style documentaire. Pourtant, on aimerait parfois bien en savoir plus, connaître le menu de chacun de leurs repas, les endroits où ils choisissent de dormir, etc. Et cela est davantage une preuve de la réussite du film que d’une insuffisance quelconque. Le cinéaste met aussi de côté son penchant réaliste lorsque notre bande de taulards se retrouvent nez-à-nez avec une jeune fille fraîchement échappée d’une ferme collective et désireuse de faire la route à leurs côtés. En réalité, nul doute que la jeune fille subirait les assauts de ces ex-taulards qui n’ont pas vu le moindre cul si joliment bombé depuis des années ! De la même façon, on pourra également trouver les randonneurs un brin grassouillets...


Magie du cinéma : pas une seule seconde du film n'a été tournée sur le territoire russe.

La fin du film, trop rapide et maladroite, déçoit quelque peu. On ne peut s'empêcher de penser que Peter Weir aurait dû stopper son film un quart d'heure avant (dans la hutte tibétaine, où les survivants échangent sur leurs projets, avec l'assurance que le pire est derrière eux), ou qu'il aurait carrément dû enchaîner sur une heure supplémentaire nous dépeignant la traversée de l'Himalaya (ici croquée en quelques secondes !), mais au risque de lasser. Peut-être aussi que le cinéaste n'a pas pu faire tout ce qu'il souhaitait... Bien qu’il manque un je-ne-sais-quoi pour faire de ce film une réussite totale Les Chemins de la Liberté est tout de même une œuvre hautement recommandable, surtout par les temps qui courent. Après l’avoir vue, vous jurerez avoir marché pendant deux plombes ! Sacré Tuper Ware !


Les Chemins de la liberté de Peter Weir avec Ed Harris, Colin Farrell, Jim Sturgess et Saoirse Ronan (2011)

12 novembre 2010

Swing Vote

Je n'ai pas vu ce film. Je ne le verrai jamais. Pourquoi ? Parce que j'en ai rien à foutre, comme tout le monde. C'est sûrement une comédie dramatique sportive comme seuls les ricains en ont le secret, un petit navet des familles destiné à remplir les bacs les plus mal achalandés sur le marché de Moissac le mardi matin, un pur "direct to dvd". Donc je le ne verrai pas et je n'en parlerai pas non plus. Dans ce cas pourquoi l'avoir choisi comme prétexte à cet article en forme d'éloge à Kevin Costner ? Pour son affiche. Visez un peu cette star du troisième âge qui fait la sortie des collèges au volant de sa Fiat Punto pour ramasser tout ce qui bouge. Avec une pareille gueule d'ange on lui donnerait le Bon Dieu sans confession alors que c'est le dernier des taulards. Jetez de nouveau un œil à ce sourire de gendre idéal, de papa poule, de grand-père à tomber par terre. Qui ne rêve pas de coucher avec lui ? Qui n'a jamais rêvé de se l'envoyer ? Moi j'en ai déjà rêvé et j'en rêve encore. J'aimerais me le "faire". Comme tout le monde. Ma petite sœur de 7 ans et ma mémé Visite (c'est son prénom) de 95 balais rêvent idem de se faire marrave par ce mec. Et moi itou. Preum's !



C'est de lui dont je veux parler et quitte à trouver un film étendard pour en causer autant prendre Swing Vote, dont le poster met si bien Costner en avant. Kevin Costner est une des mes idoles, et elles se comptent sur les doigts de la main. Je dirais que si mon majeur est Mel Gibson, l'idole parmi mes idoles, mon annulaire doit être Kevin Costner. Le reste de mes crayons se partagent la vedette entre Eric Rohmer, Marcel Proust et Shaggy. Si j'ai choisi le majeur et l'annulaire pour Mel Gibson et Kevin Costner, c'est que ces deux doigts-là sont particulièrement liés. Essayez de remuer votre majeur sans faire trembler votre annulaire : impossible. Ne le faîtes pas trop longtemps quand même, c'est l'erreur qu'a commise Claude Lelouch et depuis ses mirettes continuent de faire l'aller-retour. Pour en revenir à mes crayons, Mel Gibson a droit au plus grand de mes doigts, certes, celui que je tends à qui mieux mieux, mais Costner s'en tire avec le doigt qui porte l'alliance, et quand je parle de Costner je pense carrément à l'Allianz Arena, le stade multicolore du Bayern München. Si Gibson et Costner sont liés, c'est qu'ils ont suivi sensiblement le même parcours. D'abord stars de cinoche addicts aux tapis rouges qu'ils ont l'habitude de fouler en high heels, objets de tous les fantasmes sexuels de la planète, véritables godes humains, ils ont ensuite su passer à la mise en scène, et avec audace. C'est chose rare... Qui d'autre ? Clint Eastwood ? Michel Blanc ? Clint Eastwood ? Dany Boon ? Guillaume Canet ? Mais dans le cas de Gibson/Costner, ça n'est pas vain. Parce que leurs films, joués ou réalisés, sont de petits voire de grands chef-d'œuvres.



Kevlar Costner... Tout ce que je peux dire c'est wow. Kevin Costner définit le mot "acteur". Je veux dire, jetez un œil à ses sept derniers chef-d'œuvres. Il est LARGEMENT meilleur que n'importe quel autre acteur. Je supporterais pas d'être n'importe quel autre acteur quand Kevin est à l'affiche. Il a mis un sacré paquet de gens au chômage après une si belle carrière. Et le petit roi du comeback fracassant frappe encore ! J'ai pas vu Swing Vote mais sa performance dans Coast Guards était clairement sa meilleure depuis Waterworld. Ce film m'a fait aimer les gardes-côtes comme Bodyguard m'avait fait aimer les noirs. Souvenez-vous de la phrase de Hugh Grant sur le tapis rouge, qui déclarait : "Je vous demande de faire chapeau bas devant un professionnel prêt à jouer avec ces gens-là". Une fois par mois, je grille une après-midi de clebs devant les 4h30 de la version longue de Dances with wolves. J'allume un feu de camp au milieu de mon appart', j'éparpille un peu de foin autour de moi, je m'assieds sur une cagette et je laisse venir. J'admire Kevin dans ce film plus que dans tout autre, tantôt barbu tantôt lisse comme une couille, sympathisant avec les natifs Sioux et autres Pieds-tendres du Nord de l'Amérique. Costner a eu l'idée de ce film en renversant une famille d'indiens (la famille de Wes Studi) avec le pare-choc pare-buffles de son 4X4 Cherokee lors d'une virée de pêche à la grenade sur le territoire sacré d'une réserve d'Apaches. Le résultat, c'est une fresque inoubliable sur la conquête de l'Ouest et sur le génocide des indiens d'Amérique avec la musique inoubliable de John Barry pour requiem. Avec son premier film derrière la caméra, Costner s'inscrivait directement dans la lignée d'Howard Hawks et sa Captive aux yeux verts, à la suite du Little Big Mac d'Arthur Penn, dans la course à la vérité historique sur le massacre sans procès des Indiens par l'envahisseur blanc violent et xénophobe. Peut-être le plus beau film de l'histoire du cinéma ? Sept oscars à la clé, de quel droit le Titanic en méritait-il quatre de plus ? De quel droit ? D'où ?



Que dire qui n'ait pas déjà été dit sur Postman ? Tout, puisque rien n'a jamais été écrit sur ce film. Et pourtant c'est un excellent film. Pour sa seconde réalisation, Costner fait encore plus ambitieux puisqu'après s'être retourné avec brio sur la genèse d'une nation ("birth of a nation", en anglais) il s'aventure dans l'anticipation futuriste d'un monde où l'homme se fait rare et où un général d'armée auto-consacré gouverne en despote. Tel est le pitch de Postdam. Sur fond de décor futuriste et apocalyptique à la Mad Max, Kevin Costard nous raconte en fait une fois de plus la naissance d'une nation, la sienne, avec l'invention à retardement du Pony Express. Kevin "hard-boiled" Costner a encore frappé. Je sais que je dois être le seul, mais j'aime Postamn.



Open Range, le film suivant de notre étoile, m'a complètement largué. J'ai adoré le gameplay de Max Payne mais adapté au far west et sans pouvoir prendre les manettes je n'ai pas été séduit outre mesure. En fait ce qui me déçoit dans ce film c'est que Costner retourne à ses premières amours, le western, mais son nouvel opus fait très pâle figure comparé à son tout premier masterpiece. Et pourtant y'a Bob Duvall au casting. Néanmoins, même quand il foire complètement, Costner sait ravir ses fans et je suis le premier sur la liste. Au beau milieu du film il y a une scène d'averse dans la petite bourgade où nos cow-boys séjournent le temps de siffloter une bière bien tassée et sans faux col à la terrasse du saloon. Il pleut, il pleut et les chemins de terre qui servent de rue sont vite détrempés pour se transformer en énormes torrents de boue. Un fleuve rouge remplace alors les petites artères calmes du bourg et nos héros sont contraints de démonter le saloon pour en récupérer les planches qui leur serviront de ponts afin de passer d'un trottoir à l'autre sans se noyer dans le fleuve merdeux créé ex-nihilo par une averse imprévue qui sépare désormais les deux côtés de la rue pour aller se jeter directement dans le pacifique. Costner est si inventif ! Il est si débordant d'imagination que c'est une folie furieuse de création qui s'empare de lui à la moindre occasion. Ou quand une simple averse permet à Costner de faire un remake déguisé du célèbre Et au milieu coule une rivière, réalisé quelques années plus tôt par son rival et modèle dans la conquête du cœur des dames et des mecs : Robert Redford. Mais la séquence nous évoque aussi Titanic. Encore et toujours l'ombre de ce vieux James Cameron qui plane sur notre idole, l'enflure qui a volé 4 oscars à Costner en 1990.



Kevin Costner est mon idole. Je n'ai pas encore vu Modoc, son dernier rejeton, qui n'est pas encore sorti. Il s'agirait d'un biopic sur la vie du peintre Pollock. Ed Harris (autre grand acteur/réalisateur), ayant déjà tourné le biopic de l'artiste-peintre, Kevin Costner a semble-t-il décidé de ne pas renoncer et de mettre en scène sa vision personnelle de la vie du fameux artiste qui peignait avec ses doigts en changeant le titre pour de simples questions de copyright. Ou bien s'agit-il d'un préfixe semblable à celui de "mocumentaire" ? Costner aurait mis en scène une charge contre l'illustre peintre qui peignait littéralement avec ses mokos ? Autre exemple de la hardiesse de Costner, il choisit le titre "Modoc" malgré les conseils de ses distributeurs français, qui l'ont averti des dangers de choisir un titre pareil, triste synthèse des mots "Médoc" et, précisément, "Moko", jugés par le CNC comme faisant partie des 10 mots les moins vendeurs en tête d'affiche des cinémas multiplexes de l'hexagone, juste derrière "vié", "teuch" et "zgegos" (aux États-Unis une enquête prouve que les mots bannis des frontons des multiplexes sont "black", "booty" et  "on wheels").



Je vous demande de vous lever pour cet icône du cinématographe, cet homme qui résume à lui seul le 7ème Art, ce prix nobel du sexe et de la paix : Cabin Costner, l'homme qui, dernière défiance, ose tourner le dos et son gros cul d'enfer (taffé en salle de muscu pour être immortalisé dans le plus beau plan de Danse avec les leups) à ce cinéma-là qui l'a fait, pour se consacrer corps et âme à sa gratte, à son banjo et à son gros micro.


Swing Vote de Joshua Michael Stern avec Kevin Costner (2008)

11 mai 2009

Séraphine

Il ne s'agit pas d'un remake de Seraphim Falls, ni d'un biopic de Marat Saphin. Pas de court, pas de filet, pas de "let", pas de smash, pas d'ace, pas de 40-A ni de tie-break en perspective. Par contre un gros silence de rigueur, comme à Roland-Garros pendant chaque balle. Sauf que la balle de match dure 2 heures. Deux plombes pour raconter la vie d'une peintre, Séraphine. Elle est peintre, pauvre, femme de ménage, elle en chie pas mal, elle est laide, elle est farfelue, solitaire, malaimée, taciturne, illuminée, simple, naïve, inspirée, bref range ta caméra Yolande, ton film je l'ai déjà vu et il me fait déjà chier.

On sent bien que Yolande Moreau a voulu faire un truc dans un certain genre. Son film c'est un peu la rencontre entre Lady Chatterley et Van Gogh. Normalement ça finirait en 69, mais là c'est juste un film. On sent bien que Moreau a été touchée et inspirée par la façon qu'avait Pascale Ferran de filmer la nature et ses petites merveilles. Sauf que dans Lady Chatterley il s'agissait d'une découverte permanente, et de l'éclosion d'une nature de femme. Là, la femme, parlons-en. Comment parler d'éclosion quand on parle de Yolande Moreau. La semaine dernière chez mes parents j'ai bouffé une grosse fondue suédoise (Munster, Gorgonzola, et Cottage), et à un moment j'ai sorti de l'appareil à fondue un gros truc qui franco ressemblait comme deux morceaux de fromage à Yolande Moreau.



C'est un film fait par des gros citadins abonnés aux palaces et aux paillettes, rois du Fouquets et si habitués aux limos qu'ils ignorent qu'il y a un métropolitain à Paris. Ces gens qui vont 7 jours dans l'année se frotter à la campagne dans un Sofitel high-tec et qui se barrent en courant sans payer au bout de 3 jours, pris du "mal du pays" et du manque de wifi. Ces gens-là qui ne supportent pas la pluie. Ces gens-là qui une fois tous les trois mois vont au parc Monceau et voient un rai de soleil percer à travers la cime d'un arbre bercée par une brise légère, et qui alors se rappellent ce que c'est que le printemps, l'herbe, la terre. Et alors on les voit, ces gens-là, tout émerveillés, pour un rien. Et tout émus. Avant de vite retourner se faire foutre dans leurs paradis bétonnés. Ces gens-là filment volontiers une table en bois sur laquelle se battent en duel les aliments idéaux d'une nature morte plus vraie que nature, une grosse miche de pain, un gros brie fondant, un pichet de rouge taché et un panier de légumes rassis qu'on garde de mois en mois pour torcher une recette de grand-mère à base de légumes cramés par le temps, à savourer avec du kéfir. Moi c'est mon putain de quotidien cette tablée là. Pour moi ce plan-là, ce plan de décorateur à la manque, il n'est pas "beau". Il est plutôt méga laid. C'est ma vie sur cette table. C'est mes dimanches après-midi passés entre quat'zieux avec ma mémé aveugle et mon pépé facho. Je la hais cette table-là fabriquée par mon oncle menuisier qu'on appelle Edgard aux mains de plomb. Je la gerbe tous les soirs. Mais pour ces gens-là elle est belle, parce qu'ils n'ont jamais eu à se la farcir tous les jours en priant le Bon Dieu pour un simple Bic Mac. Si je devais tourner un film y'aurait de "beaux" plans sur des tables ikéa couvertes de Big Mac et de sauce Deluxe.



A un moment dans le film on voit Yolande Moreau (qui elle au moins ne promet rien avec son nom, suffit d'entendre son blaze pour savoir qu'on aura un truc face à soi) qui va pisser dehors, debout, tout sourire, jambonneaux écartés, s'en foutant la moitié sur le tablier, regardant en l'air les rayons du soleil qui transpercent les feuilles d'un grand chêne centenaire. C'est le résumé le plus net et précis jamais porté à l'écran de ma chienne de vie. Chaque jour je vais pisser dehors, sous un grand peuplier. Et croyez-moi même en levant la tête aux cieux vers les feuillages ou les nuages, c'est loin de me faire marrer. J'hume l'air de la nature et il pue la pisse que j'ai retenu en moi toute la journée pour pas interrompre mon labeur de merde. Je fais une sale allergie au pollen et je m'arracherais bien les mains qui tiennent mon vit pendant que j'urine pour me gratter le haut de la raie de mon énorme cul enflammé par les floraisons printanières. Y'a rien de beau dans ce tableau-là. Cet arbre qui me fout le nez comme une pastèque, je chie dessous depuis tout jeune, et ce sont mes selles séchées par le soleil, fumier hors-pair fascinant Yolande Moreau, qui l'ont fait pousser cet enfoiré de peuplier. Ce film est idéal pour tous les cons qui aiment la nature au point de la garder sur dvd rangée dans leur meuble en tec. C'est aussi le seul biopic de peintre fait pour tous les allergiques de la gouache. Faut attendre une heure et demi pour voir Moreau tremper ses doigts dans son propre cul pour gicler sa merde sur la toile façon Ed Harris dans Pollux.


Séraphine de Martin Provost avec Yolande Moreau (2008)