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7 janvier 2018

Jumanji : Bienvenue dans la jungle

Un vrai cinéphile ne regarde pas souvent les bandes-annonces, car il sait qu'elles sont le plus souvent trompeuses (dans le bon sens comme dans l'autre), gâchent généralement le plaisir de la découverte en résumant le film de A à Z, et ne sont pour tout dire, par les temps qui courent, qu'un ramassis de merde. Mais parfois le vrai cinéphile ne peut pas se retenir, est incapable de s'en empêcher. Comment résister à l'envie de se faire le trailer de Yumanyi 2 aka Yumanyi : Bienvenue dans la jungle, quand on tient le premier du nom pour un chef-d’œuvre du jeu de plateau à l'allemande ? Donc le vrai cinéphile regarde cette bande-annonce. Et le même vrai cinéphile pleure une fois qu'il l'a regardée, pendant des heures, en position du fœtus, par terre, avec une photo ou une statuette de Robbie Williams serrée contre le cœur.


Jumanji : Bienvenue dans la jungle de Jake Kasdan avec The Rock, Jack Black et Kevin Hart (2017)

12 octobre 2012

God Bless America

Sorti en salles ces jours-ci, le nouvel opus de Bobcat Goldthwait, God Bless America, a totalement anéanti les tout petits espoirs que j'avais placés en cet obscur cinéaste suite au plutôt sympathique World's Greatest Dad, film qui devait décidément beaucoup, pratiquement tout, à son acteur principal, Robin Williams. Rien de très engageant à l'affiche de God Bless America, où l'on retrouve Joel Murray, un acteur inconnu au bataillon qui pourrait tout à fait incarner Porky Pig sans maquillage, et Tara Lynne Barr, une adolescente au regard imbécile qui aura tôt fait de vous énerver. Mais, naïf comme je suis, j'espérais tout de même une comédie satirique capable de me faire rire quelques fois. Hélas, Bobcat Goldthwait m'a véritablement trahi. Devant les premières minutes de son nouveau film, dont j'ignorais à peu près tout, j'étais assez surpris et très satisfait. Nous y suivons Frank (Joel Murray), un pauvre type vivant seul dans une maison de banlieue qui pète progressivement les plombs face à la connerie ambiante. Tout ce qui l'entoure et qu'il subit au quotidien le rend fou : des émissions télé qu'il regarde comme un zombie affalé sur son canapé, impuissant, aux engueulades de ses voisins qu'il écoute comme fasciné par leur débilité, en passant par ses collègues de bureau, amorphes et stupides, dont il suit les conversations idiotes, hébété. On prend alors totalement fait et cause pour ce personnage dont nous ne comprenons que trop bien l'exaspération. Un beau matin, Frank finit par vider calmement son sac face à l'un de ses collègues, dans un monologue tétanisant qui lui fait perdre son job dans la seconde. Ainsi se termine un premier quart d'heure sans temps mort et assez savoureux, qui nous invite à penser qu'on tient là un film lucide et prometteur. 




Et puis d'un seul coup, tout s'effondre. Dans un revirement aussi lamentable que regrettable, le film devient aussi con que tout ce qu'il prenait soin de dénoncer. Voire plus. N’ayant plus rien à perdre et apprenant en outre qu'il est atteint d'une tumeur incurable au cerveau, Frank s'achète un fusil à pompe chez l'épicier du coin et se met à assassiner méthodiquement toutes les personnes les plus viles et stupides qu'il croise sur son chemin. Roxy (Tara Lynne Barr), une lycéenne révoltée, se prend d'admiration pour sa cabale ridicule, et lui propose son aide. Le duo se lance alors dans une équipée sauvage, sanglante, grandguignolesque et... interminable ! J'étais sur le cul en voyant la direction déplorable que prenait le film et j'ai vite coupé court, me demandant comment on pouvait d'abord pointer du doigt la crétinerie ambiante, et notamment celle de ces émissions de télé-réalité racoleuses et violentes, avant de se vautrer complètement dans tous les travers précédemment dénoncés, en proposant un spectacle d'une connerie à toute épreuve et, surtout, d'un cynisme vraiment morbide. Affreusement binaire et maladroit, son film apparaît donc au bout du compte comme un pur produit de la société déviante qu'il prétend attaquer. Bobcat Goldthwait se veut tellement trash et subversif qu'il finit par ne rien être du tout et par simplement agacer. Sa démarche idiote et schizophrène rappelle le célèbre dialogue d'Audiard sur cette particularité qui serait commune à tous les cons. Hasard du calendard, on pense aussi beaucoup au très récent Super, le film signé James Gunn sorti l'an passé, où le porcin Rainn Wilson s'alliait à la concupiscente Ellen Page pour rétablir l'ordre de façon tout aussi radicale dans une Amérique dégénérescente. Nul doute que Tarantino pourrait placer ces films-là dans son top annuel en vantant leur jusqu'au-boutisme corrosif et tous leurs soi-disant mérites. En ce qui me concerne, je ne peux que vous déconseiller God Bless America de toutes mes forces, et noter tout de même que ce film parviendrait presque à faire passer Super pour un chef d'oeuvre du genre, nettement plus recommandable.


God Bless America de Bobcat Goldthwait avec Joel Murray et Tara Lynne Barr (2012)

11 octobre 2012

World's Greatest Dad

On est fan de Robin Williams ou on ne l'est pas ! Ce film réalisé par le délicieusement nommé Bobcat Goldthwait permet de distinguer les vrais adorateurs de l'acteur des faux. Il y a d'un côté ceux qui vont télécharger le divx de World's Greatest Dad et se l'infliger en version originale non sous-titrée (aucun fan ne s'étant jusqu'à présent montré assez altruiste pour créer des sous-titres), et ce plutôt deux fois qu'une, pour mieux apprécier la performance de la star et la faire partager. Et de l'autre, il y a donc ceux qui se contentent de trouver l'acteur impeccable dans Will Hunting et qui le méprisent doucement pour presque tout le reste, et notamment pour avoir dansé avec d'étranges bulles vertes rebondissantes dans Flubber et s'être grimé en robot distributeur de capotes pour incarner L'Homme bicentenaire ou en vieillarde travelo libidineuse dans Madame Doubtfire. Si j'écris ces lignes, c'est évidemment parce que je fais partie de la première catégorie. Ne me demandez pas pourquoi, ça ne s'explique pas vraiment. La tronche de Robin Williams m'est infiniment sympathique, peut-être plus encore que celle de Paul Giamatti. Le voir ici aux prises avec un ado obscène et des plus revêches, à la répartie terriblement affutée, durant toute la première grosse partie du film, est un vrai régal, un pur plaisir qu'il me serait impossible de refuser, impensable de bouder !




Robin Williams campe donc un prof de littérature dans un lycée tranquille de banlieue. Comme tant d'autres personnages principaux de ce genre de films indé ricain, il est également un écrivain raté, en panne d'inspiration, qui n'a jamais connu le succès. Son morne quotidien est fait de désillusions systématiques et d'humiliations intériorisées. Celui-ci nous est présenté durant les vingt premières minutes de ce film, qui sont de loin les plus agréables, et où l'on assiste, assez tétanisés, aux premiers accrochages verbaux avec son fils, cet infâme adolescent à problèmes, affreusement crédible et obsédé sexuel de son état, que Robin Williams surprend dès la première scène en train de se masturber de la même façon que le regretté David Carradine, une cravate très solidement nouée autour du cou, plongé dans le noir, le regard fixé à l'écran de son ordinateur. Lors de cette introduction rondement menée, nous découvrons ensuite que Robin Williams s'envoie la MILF de son lycée (Alexie Gilmore, plutôt charmante), l'une de ses collègues, et qu'ils ont entre eux des petits jeux assez comiques. Son bonheur est toutefois loin d'être total puisque la jeune dame ne souhaite pas rendre publique leur relation pour un motif bien peu valable, ce qui, très tôt, en dit assez long sur la confiance que l'on peut accorder à ce personnage versatile dans l'entreprise qui devra nécessairement mener notre si charismatique héros vers le plein épanouissement.




Dans cette même optique, Robin Williams ne pourra donc pas compter sur son fils, incarné par un acteur prometteur (Daryl Sabara) qui trouvait peut-être là le rôle de sa vie et auquel j'attribue sans hésitation le mérite de parfaitement nous communiquer tout le plaisir qu'il prend à débiter les horreurs que le réalisateur-scénariste survolté a inventées pour son personnage. Les échanges entre lui et Robin Williams offrent des passages très savoureux, pour la plupart immortalisés par quelques fins limiers sur Youtube. Ces scènes y sont pour beaucoup dans la petite réputation appréciable que se taille progressivement le film, diffusée par les rares spectateurs qui s'y sont risqués. La meilleure est sans doute celle où Robin Williams, légèrement stone après s'être régalé d'un joint sur son balcon, va voir son fils dans sa chambre et lui demande, assis sur son lit, un sourire bienveillant collé au visage, ce qu'il aimerait faire comme sortie ou activité en sa compagnie le lendemain. Après quelques boutades amusantes, son ado de fils finit par lui répondre qu'il aimerait tout simplement passer la journée à regarder des culs et des vagins. Robin Williams réagit alors d'une superbe façon, riant à la vulgarité outrancière de son gosse, dans un instant de complicité miraculeux et d'un naturel désarmant. En tant que fan de l'acteur, on ne peut que se repasser cette scène une paire de fois, pour mieux goûter sa drôlerie et mesurer tout son talent comique, encore intact.




La seconde partie du film, consécutive à la mort accidentelle de l'adolescent, propose nettement moins de moments délectables de cet acabit. Le film prend alors une tournure bien plus laborieuse et attendue. Il se traîne un peu et tombe hélas beaucoup plus régulièrement dans les très gênants petits travers du cinéma "indie" américain actuel, alors que jusque-là, nous passions sans souci l'éponge sur quelques musiques un peu trop présentes. Nous avons ainsi droit à des interludes musicaux autrement plus lourds et dont on se serait fort bien passés, durant lesquels la mise en scène s'essaie aussi à quelques effets faciles assez lassants. Cette conclusion, forcément difficile étant donné la voie sans issue vers laquelle le film s'était engouffré à partir grosso modo de la soixantième minute, offre heureusement un sort très satisfaisant à notre acteur fétiche : nous le voyons, au ralenti, courir tout sourire dans les couloirs de son bahut, retirer chemise, pantalon et caleçon, dans un élan prodigieux, pour finir, nu comme un ver, par risquer un plongeon terrible dans la piscine couverte du gymnase. Le film se termine ainsi sur une bonne note, et malgré ses vilains défauts, d'autant plus frappants après un commencement mené tambour battant, il faut tout de même reconnaître qu'en plus de parvenir à être plusieurs fois réellement marrant, ce World's Greatest Dad sait parfois faire preuve d'une audace très surprenante et trop rarement de mise dans les comédies américaines du moment ; en cela, il s'agit d'un film que l'on peut très bien saluer. 


World's Greatest Dad de Bobcat Goldthwait avec Robin Williams, Morgan Murphy, Daryl Sabara et Henry Simmons (2009)

23 août 2012

Jumanji

A la mi-août, quand on a déjà fait tous les trucs sympas à faire pendant les vacances et qu'on se retrouve un peu à court d'idées, on finit souvent autour d'un jeu de plateau. Paradoxalement c'est cette activité-là qui nous fait le plus suer alors qu'on vient de passer l'été à jouer au beach soccer, à faire des parties de ping-pong endiablées et à essayer de cacher sa gaule sur la plage. Lors de ces après-midi où le temps paraît s'être arrêté et où le soleil semble coincé à son zénith, bien décidé à nous griller la caboche, on a tous forcément rêvé d'échanger notre gros monopoly (aux billets de banque marqués au feutre par un tonton un peu à part qui a essayé de faire des mauvais coups à la boulangerie du coin) contre le jeu de plateau ultime : Jumanji (à prononcer "You-man-yee"). Quel est le nom du messie qui a réalisé le film du même nom et premier "film de plateau" de l'histoire du cinéma ? Est-ce que quelqu'un est capable de citer son patronyme sans chercher nulle part ? Nous on misait sur Chris Columbus, le yesman des 8/12 ans. En réalité ne cherchez pas c'est Joe Johnston, un saint homme, un sous-Columbus, un gros colombin. Homme de main de Spielberg, Johnston, contrairement à Robert Zemeckis, n'est pas à proprement parler son "poulain", Joe Johnston c'est de la pure main-d’œuvre, un ouvrier à la petite semaine, de la chair à canon. Spielberg l'envoie toujours sur les projets les plus bancals, et parfois banco ! Comme là.


Quelle famille, sur la route des vacances, ne s'est pas arrêtée sur le bas-côté pour boucler vite fait une partie de jeu de plateau ?

En 1995 on allait au cinéma deux fois l'an, une première fois pour mater Madame Doubtfire (le saviez-vous : le film devait d'abord s'intituler "Mademoiselle Doubtfire" pour coller au titre original "Misses Doubtfire", mais quand les distributeurs français ont maté le scénario de plus près pour s'apercevoir que c'était une vieux trans pédophile qui jouait le rôle ils ont viré de braquet pour mettre "Madame", ce qui ne change certes strictement rien), une autre pour voir Jumanji (combien de "i" et combien de "j" dans "Jumanji" ?). Quand les deux séances ciné de l'année c'est le Madame Doubtfire de Chris Columbo et le Jumanji de Joe Johnston, on peut parler d'une année noire et surtout se demander comment on a pu devenir les cinéphages numéro 1 de la région PACA après ça... En revanche rien d'étonnant à ce qu'on soit devenu des fanas de Robin Williams, qui était sur le toit du monde à l'époque.


Robin Williams était loin de se douter à l'époque que cette image du film résumerait bientôt son propre engloutissement dans une filmographie d'outre-tombe.

Après s'être séparé du groupe Take That (prononcez "Tik Tak"), Robin Williams a enchaîné les tubes et les hits au hit parade et au box office. En 91 il joue la fée clochette dans Hook de tonton Spielby, en 92 il obtient le Golden Globe du meilleur acteur pour son rôle de pécheur à la ligne dans Fisher King, la même année, celui qu'on appelait "la voix de génie" prête sa voix au génie d'Aladdin pour rester à jamais connu pour sa voix du génie. En 93 il explose dans Doubtfire où il ridiculise Pierce Brosnan d'un coup de pied dans le cul qui propulse James Bond droit dans l'eau, en 95 il s'écroule en jouant dans Neuf mois aussi, le remake ricain du chef-d’œuvre de Patrick Bradoué, mais il refait surface aussi sec dans un projet à priori peu engageant, basé sur un jeu de plateau, qui finira pourtant par emporter le morceau, j'ai nommé le fameux Jumanji. Il sombre après ce succès en prêtant ses "rides du rire" au prequel precog inversé de L’Étrange histoire de Benjamin Button dans le Jack de Coppola, mais se relève avec l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle grâce à Will Hunting avant de définitivement manger la poussière avec Flubber, le biopic américain de Gustave Flaubert, mais aussi avec Docteur Patch et mille autres films où on voit bien que l'acteur y met du cœur, sauf qu'au bout d'un moment ça ne suffit plus pour sauver les meubles.


La fameuse séquence de l'attaque des singes ! On ne s'en rend pas bien compte aujourd'hui mais ça à l'époque c'était le renouveau des effets spéciaux. Même s'il fallait faire un petit effort pour y croire, cf. ci-dessus.

Jumanji a également offert son premier gros rôle à Kirsten Dunst dans le rôle du dé à coudre sur le plateau de jeu. Pour incarner la vieille godasse trouée, un jeune acteur, Bradley Pierce, qui depuis joue encore à Jumanji mais sans caméras autour de lui, seul dans son grenier, matez sa page allociné, y'a de quoi faire déprimer un mort. Feu cet acteur connaît par cœur les règles du jeu de Jumanji, et pour cause puisque comme le personnage principal du film il est coincé dans un monde parallèle en pleine jungle, attendant que quelqu'un daigne jeter le dé et faire un six. Tout comme lui, nous attendons que Joe Johnston ou un autre trimard de base à son image relance les dés et nous ponde le Jumanji 2 que la fin très ouverte de l'original laissait espérer et que nous attendons depuis 17 ans maintenant. Selon google la suite existe bel et bien, réalisée par Jon Favreau, et s'intitule Zathura. Si c'est vrai, quelle idée de changer le nom ?! C'est comme si un type tournait la suite d'Avatar et l'appelait "Gros Bâtard", ou si le deuxième Memento s'intitulait "Agenda". C'est du Favreau dans toute sa splendeur... Bref, pour revenir au film et en dire quand même quelques mots, sachez que si on attendait à ce point une suite c'est qu'on l'avait forcément kiffé au ciné. On ne l'a pas revu depuis l'âge de huit ans mais à l'époque on avait pris un pied terrible. A cette époque où on ne voyait la lumière du jour que deux fois par an et où nos parents nous faisaient crécher dans le grenier, accrochés à un piquet avec une gamelle d'eau pour tout hobby et les côtes du jambon hebdomadaire pour tout amuse-gueule, croyez-nous, on attendait la suite de Yu-man-yee. J'espère qu'on vous a bien fait ressentir à quel point on avait aimé ce film, pas juste parce qu'il était sympa du coup, aussi parce que c'était un peu de lumière.


Jumanji de Joe Johnston avec Robin Williams et Kirsten Dunst (1995)

4 janvier 2012

Blackthorn

Nous étions tentés de mettre ce film dans nos tops de fin d'année, dans l'espoir de le faire un peu mieux connaître tant il est plaisant. Mais ça n'aurait pas été très honnête parce que Blackthorn n'est pas un grand film, c'est un film modeste et réussi et qui donne envie d'en retenir les nombreuses qualités quitte à faire l'impasse sur de menus défauts qui nous rappellent que c'est un presque premier film. Premier long métrage américain de Mateo Gil, Blackthorn part de l'incertitude quant à la mort de Butch Cassidy pour élaborer une fiction sur ce qu'aurait pu être la fin de sa vie. Pour incarner cette légende du Far West, Sam Shepard, avec sa vieille tronche burinée, son profil d'aigle aiguisé par les années qui force le respect, trouve un rôle à sa mesure auquel il donne toute sa prestance. C'est un vrai beau rôle de vieil acteur, et y'en a pas tant que ça*. Shepard, heureux comme un pape, se laisse aller à pousser gaiement la chansonnette, interprétant dans son intégralité "Sam Hall", ce classique de la country que Johnny Cash nous avait rendu agréable, et il donne une vraie gueule à un Butch Cassidy sur le retour, embarqué dans une course poursuite aux côtés d'Eduardo Noriega, l'acteur espagnol abonné aux rôles de petites frappes.




Porté par le charisme de Sam Shepard et d'un casting du reste très bien choisi (Ed Noriega donc, idéal dans les rôles de petites frappes, Dominique McElligott, une splendide Etta James, et Stephen Réa, le fameux producteur de jus d'orange), Mateo Gil réalise un western droit dans ses bottes, respectueux du genre, qui chatouille le mythe et lui donne de l'ampleur, qui prend son temps pour installer personnages et récit, doté en outre d'une histoire prenante et très efficace. Tout cela nous fait dire que si nous avions vu le film plus jeunes, nous en aurions été putain de fans. C'est pas la meilleure phrase de l'article mais on est là pour vous donner envie. Le plaisir que prend Mateo Gil à fabriquer un destin humain à une légende de l'ouest est très communicatif. Et quand on donne au réalisateur le Salar de Uyuni, le plus grand lac salé asséché (qui évoque le Gerry de Gus Van Sant), pour une journée, il en profite un max pour signer la plus belle scène du film**, celle qui a inspiré l'affiche et dont on se souviendra à coup sûr toute notre vie quand on entendra dans la rue le mot "Blackthorn", ce qui n'arrivera malheureusement jamais.




Pour quand même dire un mot sur les petites maladresses du film, elles résident principalement dans l'usage du flash-back. Le film est régulièrement entrecoupé de retours en arrière sur les derniers temps de la grande épopée de Butch Cassidy et sa bande, dont le kid (que j'imaginais plus petit), ce qui n'est pas réellement gênant, d'autant que l'acteur choisi pour interpréter Cassidy jeune est très bien trouvé et que le réalisateur évite de faire du spectaculaire en filmant les moments supposément glorieux de l'histoire du héros. Mais ces flash-backs ne sont pas non plus très intéressants et donnent au film un aspect parfois un peu conventionnel. Les flash-backs qui gênent davantage sont ceux qui parsèment la séquence où Stephen Rea, qui joue le type qui a poursuivi Cassidy toute sa vie et qui le retrouve vingt après son soi-disant décès, explique à sa proie de toujours qu'il a fait la connerie de s'acoquiner avec une petite frappe interprétée par Eduardo Noriega, lequel prétend avoir volé un grand exploitant de mines malhonnête à la Jean-Michel Aulas alors qu'il a en réalité dérobé les lourdes économies d'un groupe de villageois mineurs dont c'était l'unique richesse et la raison de vivre. Cette explication arrive un peu tard dans le film et prend les atours un peu regrettables d'un twist, mais elle est intéressante car elle montre à quel point Cassidy est resté coincé dans le passé, soucieux de jouer aux grands voleurs en volant les puissants d'abord, puis fidèle à ses principes et son honneur quand il décide de rompre son pacte avec Eduardo Noriega, et de rompre ses ligaments croisés par la même occasion, à la Eduardo justement, étonnant joueur Croate à 99% brésilien, trop pourri pour être à la Seleçäo, trop blessé pour jouer dans tous les cas. Sauf que sur cette explication donc, le cinéaste choisit de monter en flash-back des images où Cassidy aidait Noriega en flinguant des paysans revanchards à tout-va, autant d'images inutiles qui nous rappellent que Mateo Gil signe là ses quasi premiers pas derrière la caméra et qu'il est peut-être soucieux, à tort, d'emporter l'adhésion des spectateurs et de sur-dramatiser la scène d'une façon un peu grossière. C'est là le principal défaut de ce film qui n'en compte pas beaucoup d'autres quand bien même on sent que son inspiration visuelle n'est pas constamment à la hauteur de ses ambitions.




Mateo Gil est désormais une moving target under the radar, autrement dit, on regardera son prochain film avec intérêt. Après avoir été le co-scénariste et l'assistant réal des premiers films d'Alejandro Gonzalez Amenabar (ce qui lui aura quand même valu de rencontrer le diable, aka Eduardo Noriega, son acteur fétiche pour les rôles de petites frappes), après s'être donc levé du pied gauche dans sa carrière, Mateo Gil vient d'apporter une belle pierre à l'édifice du film de cozboys en signant un western ni classique ni crépusculaire, un western passé à l'étape suivante, apaisé et serein, dont le héros bien que légendaire n'est ni un surhomme ni un anti-héros déclinant, juste un vieillard passé à autre chose ou presque, qui exploite sa petite ferme et qui n'aspire qu'à une chose, aller retrouver son fils puis mourir au pays.


* RIP Al Pacino et Rest in Peace Bob De Niro avec tes rôles comiques foireux, va chier Morgan Freeman, l'abonné aux voix off avariées, idem pour Dustin Hoffman qui rejoue tous les jours Rain Man dans un asile pour vieux chiasseux, Robin Williams est son Docteur Patch attitré, Jean Rochefort, toujours perdu dans la Mancha, nous rend fou avec l'expression "A ma guise", Christobal Walken, à deux doigts du trépas, joue à la roulette russe tous les matins au ptit déj en souvenir du bon vieux temps et il finira pas se faire sauter la caisse entre deux pétales de Chocapic.

** Quand il y a une note de bas de page il en faut forcément deux pour être crédible. La voici. Juste pour dire que dans cette scène le réalisateur a su donner toute sa valeur au cheval en tant que moyen de locomotion noble et vital dans le Far West. Habituellement, dans les westerns, quand un cow-boy paume son canasson il s'en tape, et dès le plan suivant il en a un autre sous le cul, le frère jumeau de sa jument. Le cheval est alors réduit au statut de tas de viande méga utile mais peu précieux, comme les flingues qui, à peine déchargés, sont jetés au sol sans plus d'égards. Alors qu'ici, Mateo Gil nous fait éprouver la nécessité de posséder un cheval. Le perdre, dans le plus grand désert salé du monde, ce n'est pas un événement anodin, c'est un véritable cauchemar pour le futur piéton qui parcourt ce paysage morbide. Et pour qu'on retienne un tel détail, c'est que la scène est épique. Banco Mateo (Gil).


Blackthorn de Mateo Gil avec Sam Shepard, Eduardo Noriega, Stephen Rea et Dominique McElligott (2011)

26 février 2011

Never let me go

Never let me go est le nouveau film de Mark Romanek, un réalisateur américain peu prolifique et plus connu pour ses nombreux clips remarqués (dont Closer de Nine Inch Nails). C’est à lui que l’on doit Photo Obsession, un sympathique thriller où un Robin Williams transfiguré, aux abois et plus inquiétant que jamais, incarnait un psychopathe accro du polaroid qui s’en prenait à une petite famille trop tranquille. Ayant apprécié ce film, j’étais curieux de découvrir le nouveau rejeton de Romanek qui s’est cette fois-ci attaqué à l’adaptation d’un bouquin dystopique de Kazuo Ishiguro apparemment très apprécié, sorti en 2005 dans son pays et un peu plus tard en France sous le titre Auprès de moi toujours. J’avais également envie de voir ce film du fait de son pitch mystérieux. L’histoire démarre dans l’Angleterre des années 50, nous suivons trois enfants d’un pensionnat où, dès leur plus jeune âge, nous leur apprenons qu’ils sont de simples clones avec une espérance de vie très limitée puisque leur existence est seulement destinée à donner des organes à l'ensemble de la population dans le cadre d'une organisation gouvernementale.


L'un de mes cousins issus de germain est le sosie parfait d'Andrew Garfield, sauf qu'il a presque 50 piges, travaille chez Bouygues et a appelé sa fille Sebulba

Le film est découpé en trois parties, comme le livre j’imagine. La première se déroule donc pendant l’enfance de ces trois personnages ; la seconde, durant la fin de leur adolescence et leur passage à l'âge adulte. La troisième et dernière partie correspond à celle à partir de laquelle notre trio est enfin séparé, et où chacun devient soit un « accompagnateur » soit un « donneur ». Un « donneur », je présume que vous aurez deviné ce que c’est, inutile de vous faire un dessin... Quant à un « accompagnateur », c’est quelqu’un d’un peu privilégié qui peut vivre légèrement plus longtemps parce qu’il a été choisi pour aider les donneurs à être « utiles » jusqu’au bout, en leur permettant d’effectuer le nombre maximal de dons tout en les accompagnant dans leur souffrance passive et jusqu’à leur mort inévitable. Glauque de chez glauque, tout ça, en effet… Mais le film est pourtant intriguant dans le sens où il est d’une certaine légèreté et n'est pas spécialement plombant malgré l’histoire très cafardeuse qu’il nous raconte. Il se laisse facilement regarder, tout intrigués que nous sommes face à ces destins tragiques qui nous sont décrits en détails et face à ce monde injuste qui nous est quant à lui dépeint tout en zones d’ombres, de façon très partielle. Devant le film, on n’a donc aucun mal à croire que le bouquin de base doit être intéressant et sans doute très chouette. Mais pour ce qui est du film à proprement parler, c’est plus difficile à dire… S’il n’est pas mauvais, il manque à l'évidence quelque chose. Il y a déjà un manque de rythme évident, mais il y a d'autres choses que je ne saurai étrangement pas précisément décrire qui font de ce film une légère déception ; et si on regarde tout ça sans jamais souffrir, on a tout de même bien du mal à véritablement se passionner pour ce qui se déroule à l’écran, et notamment pour la romance contrariée assez lourdingue qui nous est contée.


Les jeunes ont le droit de se balader dans la campagne anglaise à condition de porter des bottes

En réalité, s’il y a bien une chose qui brille tout particulièrement dans ce film, c’est son actrice principale : Carey Mulligan. Certes, je la trouve plutôt jolie, mais ça n’est pas là où je veux en venir et je tenterai pour une fois d'être un peu plus original que ça, car ça n’est pas seulement son charme singulier, aussi discret qu'éclatant, qui est tout à fait frappant dans Never let me go. L’actrice apparaît ici parfaitement choisie. Il y a quelque chose d’assez fascinant qui se dégage de son visage sans âge, à la fois presque enfantin et proche de la vieillarde typiquement anglaise. Elle est idéale dans ce rôle où, à moins de trente piges, elle semble avoir connu toutes les peines du monde, et être déjà, de fait, à la fin de sa vie. La jeune actrice anglaise porte littéralement le film sur ses frêles épaules, alors qu'elle n'est pourtant que la troisième étoile d'un casting de choix, puisque l'on trouve à ses côté Keira Knightley, qu'on ne présente plus, et Andrew Garfield, au sommet de sa gloire naissante depuis son rôle dans The Social Network et futur Spider-Man. Si ces derniers ne font pas tache et sont également très bien choisis, ils sont quelque peu éclipsés par Carey Mulligan. C'est bel et bien elle qui nous captive et nous permet de suivre ce film de bout en bout. De là à dire qu'elle tient même auprès du spectateur son rôle d'accompagnateur, il n'y a qu'un pas... Un film finalement assez peu mémorable, dont la plus belle idée réside dans le regard intense et doux, désespéré et innocent, de son actrice principale pour qui l'avenir, contrairement à son personnage, s'annonce des plus radieux.


Never let me go de Mark Romanek avec Carey Mulligan, Andrew Garfield et Keira Knightley (2011)

4 juin 2009

Jack

J'ai vu ce film quand j'étais dans le Lubéron chez ma grand-mère avec mon frère et mon cousin, qui est devenu schizo depuis (c'est pas drôle mais c'est vrai). Un soir que mémé avait rencard avec son groupe d'anciens résistants-collabos, elle nous a embarqués dans sa bagnole pour qu'on aille louer le film de notre choix à Pertuis, quarante kilomètres plus loin. On est revenus chez ma grand-mère avec le dvd de Jack, suite à un douloureux compromis entre mon frère, mon cousin et moi. On voulait tous les trois un film différent, et ces trois films étaient disposés dans les étalages de telle façon qu'ils formaient un triangle, au centre duquel trônait le Jack de Coppola. Et ma mémé a tranché, elle qui connaissait un brin de cinoche et qui avait reconnu le blaze de Francis Ford. Quand on ne loue qu'un dvd par an et que le dvd en question c'est celui de Jack, on peut parler d'une année de merde.

Je crois vraiment que c'est ce soir là que la schizophrénie de mon cousin Sam s'est manifestée pour la première fois. Il a passé le plus clair du film à imiter Jim Carrey dans Dumb & Dumber en relevant ses jambes derrière ses oreilles pour péter le cul en bombe sur la flamme d'un briquet idéalement placé par mon frère et moi pile devant ce qu'on peut nommer "son étoile noire". Jack vieillissait à vue d'œil sur l'écran de la téloche pendant que mon cousin pétait tout son méthane et foutait le feu aux broderies en soie de mémé.



Pour quand même dire un mot du film, il s'agit d'une pierre angulaire dans la filmographie de Coppola puisqu'il réunit ses thèmes favoris: le temps qui passe, le vieillissement, l'âge, le poids des années, la fuite du temps, les éphémérides, les temps qui changent, les époques formidables, les illusions perdues (avec le temps), l'écoulement des années, le sablier du temps qui se fait la malle, les premières rides, la chute des cheveux, le blanchissement des perruques, le tassement des os, la chute des chicots d'argent, les articulations qui se coincent, la rate qui se dilate, la cellulite sur les joues de sa mère et ainsi de suite. Jack a effectivement une maladie très rare, son vieillissement est d'une rapidité fulgurante. Il croupit quatre fois plus vite que la moyenne et à dix ans, il en paraît donc soixante. Qui choisir pour incarner Jack ? La question ne se pose même pas. Robin Williams est un éternel adulescent, un bambin à jamais enfermé dans la peau d'un vieillard prof de philo. Robin Williams est né et il mourra "entre deux âges". L'acteur n'a rien à se reprocher dans ce film. Il apporte sa fraîcheur et son enthousiasme naturels pour faire de cette œuvre autre chose qu'un naufrage, ou disons un naufrage à peu près doux à l'œil.

Mais que dire de Coppola, qui, dans le making-of de son dernier film en date (L'Homme sans âge), interviewé chez lui au coin du feu, tente vainement avec son énorme bide de camoufler sa dvdthèque ikéa dans laquelle Jack côtoie Apocalypse Now et la trilogie du Parrain, et même Virgin Suicides, qu'il revendique et qu'il semble s'être approprié en bel opportuniste qu'il est, cafi de gras. Ce réalisateur, grand nom incontournable du cinéma contemporain, semble ne pas être totalement en harmonie avec son passé. Il n'a pas l'air d'être en paix avec lui-même. C'est bel et bien lui qui a choisi Jennifer "The Butt" Lopez pour incarner une prof de littérature. Jennifer Lopez. Littérature. Jennifer Lopez. Littérature. J-Lo. Littérature ! Ces deux mots ne vont pas ensemble.



Une chance qu'il fût plus inspiré dans sa jeunesse en choisissant Bob Duvall et Marion Brando dans Apocalypse Now. S'il l'avait tourné aujourd'hui on aurait retrouvé Justin Timberlake et Eminem sur les plages Vietcong. Si Coppola avait tourné Le Parrain dans les années 90 c'est Elton John qui aurait joué le rôle titre avec des cotons dans les gencives, et la star à paillette Prince, aussi appelé "Prince of Persia, la gangrène de la pop et la reine des gang bang", aurait remplacé Al Pacino. Coppola a beau être le roi du cinoche italo-américain contemporain, on est bien obligé de considérer sur un pied d'égalité toutes les composantes, voulues et existantes, de son œuvre.


Jack de Francis Ford Coppola avec Robin Williams et Jennifer Lopez (1996)

24 mai 2009

Babel

J'ai enfin vu Babel (prononcez "Babeul-è"), le chef-d’œuvre de Alejandro González Iñárritu, réalisateur d'Amours chiennes, que je n'ai pas vu mais que j'aime déjà comme un gros chien, et de 21 grammes, qui ne pesait pas plus lourd que ça. En fait je l'avais déjà vu ce Babel. C'est le seul film que Félix m'ait raconté plan par plan. Au début j'ai cru qu'il me faisait le coup du Psycho de GVS, mais pas du tout. C'était un résumé fidèle et complet, pas une réécriture, de la paraphrase parfaitement chiante. Il m'a raconté le film dans sa totalité et dans les détails. Et le film dure cent trente cinq minutes. J'ai vraiment cru que notre amitié s'éteignait sous mes yeux impuissants. On était comme les deux doigts de la main depuis une belle et longue année quand il a commencé à me faire ce résumé IRT ("In Real Time"). Arrivé à la moitié du script je me faisais tellement chier que j'ai commencé à m'épiler les jambes avec une pince, pour faire passer le temps et puis pour déplacer la douleur. C'est ce jour-là que j'ai commencé à me raser les guiboles, depuis je continue, pour éviter que ça ne repousse encore plus dru. J'ai commencé à ressembler à une femme précisément ce jour-là. Aujourd'hui tandis que j'écris ces lignes, j'en suis à chercher sur un autre onglet l'adresse d'un site de vente en ligne d'implants mammaires. Je rêve de faux nibards. Je ne vais pas non plus m'éterniser là-dessus, vous aurez compris le mal qui me rongeait les sens en écoutant le récit machinal et envoûtant de mon meilleur ami. J'avais des papillons dans l'estomac. Mais malgré tout j'ai décidé, plus de trois ans après, de voir ce film de mes yeux vu. Je suis un peu comme ça, je dois l'avouer... Tantôt je vais me plaindre corps et larmes à l'idée d'enjamber la dune du Pyla, tantôt je vais me lancer à l'assaut de l'Everest en slip avec une demi bouteille d'eau non-potable.



Mais bon... comme je dis souvent, dans la vie on n'a que les plaisirs qu'on se donne. Cette philosophie-là c'est un peu l'apanage des violeurs de gosses et des braqueurs de banques, mais c'est aussi la mienne. Je me suis donc lancé à corps perdu dans le Babeulè d'Iñárritu. Je n'ai pas été surpris par la façon de filmer du Mexicain, digne des pires sitcoms américaines. Le cadreur est à n'en pas douter celui qui officie sur la série Heroes, ou d'ailleurs sur n'importe quelle autre série télé vu qu'elles sont toutes filmées par des fèces humains. Je n'ai pas non plus été surpris par son montage ahurissant, comme quand il filme des enfants arabes qui viennent de tirer sur des touristes et qui fuient dans les montagnes de sable pour raccorder sur des enfants américains qui jouent à cache-cache et courent se cacher derrière les canapés en marbre de leurs parents. C'est très fin, c'est très malin, c'est moins que rien, c'est d'un niveau sous-marin, c'est le degré zéro du cerveau humain, c'est le cinéma à la portée des chiens. Mais c'est très efficace pour montrer ce qui tient tant à cœur à Alejandro González Iñárritu. Il n'a jamais filmé que ça : les liens tacites mais ténus entre les gens du monde entier, l'unicité du monde, l'Histoire et les histoires comme une boucle bouclée. Le film montre plusieurs tableaux qu'apparemment tout distingue et qui sont en réalité tous intimement liés par quelque chose d'infime et de précis.



Babel, film multiculturel, multi-ethnique, film couteau-suisse des nations unies, présente donc plusieurs planches. D'abord deux enfants berbères dont le père achète un fusil pour le leur confier afin qu'ils tirent sur les chacals qui menacent son troupeau de chèvres. Puis Brad Pitt et Cate Blanchett en vacances dans un pays Arabe, pour peut-être reconstruire leur couple. Leurs enfants gardés par une bonniche mexicaine. Gael Garcia Bernal qui conduit comme un chauffard parce qu'il est en retard pour l'anniversaire de son chien. Robin Williams qui rate systématiquement la date de son mariage pour terminer ses expériences dans son laboratoire scientifique et qui finit par créer une substance pleine d'énergie et indestructible qu'il nomme le "Flubber". Une adolescente Japonaise sourde qui rêve de perdre sa virginité. Et ainsi de suite.



Au début du film les deux petits Arabes s'amusent à tirer au fusil sur un bus, et sans trop le vouloir ils blessent gravement Cate Blanchett à l'épaule. Les répercussions vont toucher tous les protagonistes. Exceptée la petite japonaise, dont l'histoire n'a strictement rien à voir avec le reste du film. Mais à la fin du "métrage", comme on dit quand cherche un synonyme du mot "film" et qu'on a un cerveau putréfié, Alejandro González Iñárritu nous montre le fusil vendu au paternel des deux petits arabes accroché au mur chez le père de l'adolescente nippone en quête de verges. C'est ce maudit Japonais qui a vendu son 22 long rifle au Touareg, et la belle et innocente Américaine de passage est évidemment victime de ce commerce d'armes à feu qui a lieu sur le vieux continent, loin du grand pays de l'Oncle Sam. Tout est donc bel et bien lié. Tout se recoupe. C'est d'ailleurs dommage qu'Iñárritu n'aille pas au bout de son idée en racontant aussi l'histoire du type qui a vendu le fusil au Japonais, celle du type qui a fabriqué le fusil, du gars qui a fabriqué la cartouche précise qui a blessé Blanchett, des trois cents bonhommes qui ont fabriqué les trois cents cartouches vendues avec le fusil aux éleveurs de chèvres arabes. C'est dommage de s'arrêter en si bon chemin... Sans doute une question de temps, et d'argent.



En tout cas voilà qui est vraiment passionnant. C'est l'idée fixe d'Alejandro González Iñárritu. Son truc c'est de relier les gens par un objet. Son dada c'est le film choral dont les protagonistes sont rapprochés sinon physiquement en tout cas dans leurs destinées, et toujours par un objet singulier. Dans le premier court métrage du Mexicain c'était un pétard, un joint, qui circulait entre plusieurs individus dont le dernier chopait un gros herpès et des hallucinations surpuissantes dues au mélange de la ganja qu'il avait fumée et du champignon hallucinogène qui venait de lui pousser sur la lèvre et qu'il grignotait sans s'en rendre compte. Dans 21 grammes c'était un cœur, encore sanglant et encore battant, que Sean Penn, Naomi Watts et Charlotte Gainsbourg se refilaient de main en main comme une patate chaude. Dans Babel, c'est un fusil qui soude les destins inévitablement tragiques des protagonistes aux quatre coins du globe. La rumeur circule comme quoi Alejandro González Iñárritu ferait en réalité une partie géante de Pyramide. Il nous fait deviner des mots. En deux, non en quatre ! Joint, cœur, fusil, et à la fin des fins tous les mots réunis feront une phrase qui nous révélera les véritables intentions du plus fameux des metteurs en scène portugais, le très chouette Alejandro González Iñárritu. Peut-être veut-il simplement énumérer les éléments les plus importants de sa vie. Ce qui fait de lui un camé cardiaque et meurtrier.


Babel a obtenu le Prix de la mise en scène ainsi que le Prix du Jury Œcuménique au festival de Cannes. J'ignorais qu'il y avait à Cannes un jury composé exclusivement de châtrés. Qu'on y crée un jury d'handicapés ne m'aurait pas surpris. Après tout ça aurait un peu fonctionné comme les jeux Para-lympiques, ou les compétitions d'Handisport. Sauf qu'on aurait parlé d'Handicinéma, ou de Handifilms, ou encore de Handigarcia. Ils auraient pu juger les films de certains handicapés notoires, comme Michel Gondry, Quentin Tarantino ou Gaspar Noé. Mais un jury d'eunuques je trouve ça chelou. Bref ! Ce film fut aussi le 31ème film remaké par Steven Soderbergh, surnommé à l'époque à Hollywood "L'assassin qui crèche au 31", et qui renomma le projet Bubble, remplaçant les acteurs par des poupées, choix qui s'avéra très probant vu que ça reste vachement plus facile de faire se croiser des poupées sur un coffre à jouets que des acteurs payés au lance-pierre venus de tous les pays du globe.


Babel de Alejandro González Iñárritu avec Brad Pitt, Cate Blanchett et Gael Garcia Bernal (2006)

18 avril 2008

Un Secret

Le secret de ce film, c'est la véritable identité de son réalisateur. Un jeune inconnu tout droit sorti de l'HIDEC s'est vu proposer de mettre en scène ce script adapté d'un roman à succès. Craignant de flinguer sa carrière avant de l'avoir lancée avec ce projet particulièrement glissant, notre quidam a pensé prendre un nom d'artiste pour couvrir ses arrières. Il a choisi pour sobriquet un nom français banal et sans prétention. Notre novice toujours anonyme a donc choisi le prénom Claude en référence à son film de chevet Madame Claude, et le patronyme Miller en guise de clin d'œil à Miller's Crossing des frères Coen, palmé d'or à Saint-Tropez. Et voilà que l'illustre réalisateur français Claude Miller, le vrai, celui de L'Effrontée et de La Petite Lili, a vu en traînant un soir sur IMDb s'ajouter à sa filmographie cette nouvelle œuvre obscure.



Les procès étaient déjà en cours quand Claude Miller, le vrai, est allé louer le film dans son vidéo-club fétiche et il s'est avéré que ce long métrage lui convenait plutôt pas mal, lui qui n'avait encore jamais traité la France de Vichy, lui qui n'avait encore jamais serré la main de Patrick Bruel et qui n'avait encore jamais eu recours à des effets minables très spéciaux pour raconter une histoire sans queue ni tête. Certaines mauvaises langues ajoutent que Claude Milos Forman aurait renvoyé son avocat en apprenant devant le journal de 13h que ce film était nominé aux Césars pour la récompense ultime du meilleur maquillage, bien décidé à enfin poser son cul au beau milieu de la grande famille du cinéma français.



Le film se déroulant sur plusieurs décennies, le vieillissement des personnages est une des clés de voûte scénaristiques de l'intrigue. Pour ce faire, le réalisateur a par exemple filmé Patrick Brucknel dans les coulisses de l'Olympia avant son set, pour incarner son personnage en 1955, âgé de 30 ans, puis post-gig et post groopie-gang-bang, pour interpréter ce même personnage en 1985, soit près de 30 ans plus tard. On n'y voit que du feu. Autre personnage, autre technique, c'est là qu'entre en scène la dynastie Depardieu. 1955, Julie Depardieu incarne la bonne amie de Pathos Bruel ; 1962, Guillaume Depardeüs prête son corps unijambiste affublé d'un tablier de bonne ainsi que son visage marqué par la vie recouvert d'un couvre-chef plus que féminin au même personnage un peu plus âgé(e) ; 1985, Gérard Depardieu et ses 200 kilos de viande interprètent sans faillir et grimés d'une queue de cheval directement chipée à un canasson (ce même cheval à qui il manque une crinière à l'affiche de Danse avec lui, aux côtés de Mathilde Seigner, l'unique cheval chauve de l'histoire du 7ème art), Depardieu Gérard donc, joue la même amie de Platoche Brunel avec l'aisance d'un Robin Williams dans Madame Doubtfire. Une fois de plus, l'effet nous prend à la gorge, et l'on se surprend à y croire à mort, en tout cas jusqu'au générique de fin où apparaît en face du nom du personnage de la bonne : Depardieu/Depardieu/Depardieu.


Un Secret de Claude Miller avec Patrick Bruel et Cécile de France (2007)

18 février 2008

30 jours de nuit

Vous vous demandez sans doute ce que peut signifier ce titre. C'est très simple. Il y a des endroits sur Terre où il ne vaut mieux pas élire résidence. Par exemple l'Alaska. L'Alaska se situe sur un décan tel qu'à une certaine période de l'année la région toute entière se retrouve plongée dans la nuit noire trente jours d'affilée. Un autre film avait déjà été fait là-dessus : Insomnia, de Christobal Nolan, avec Robin Williams et Al Pacino, un thriller un peu raté où l'idée avait déjà montré ses limites. 30 Days of night est l'adaptation d'un comic dont l'auteur, Steve Niles, avait trouvé là un bon prétexte pour renouveler le mythe des vampires. Il aurait déclaré au journal Ciné Live à la sortie du film : "Putain, quand j'ai appris qu'il faisait pas jour pendant trente jours dans cette région pourrie du Canada, j'ai immédiatement repris mon fusain et mon papier cançon pour pondre un comic de merde !" Deux jours plus tard il devait croire bon de rajouter dans Studio : "La neige, blanche. La nuit, noire. Le sang, rouge. J'ai tout dessiné en noir et blanc".




L'idée de base était de donner une nouvelle jeunesse au mythe des vampires, en balayant tout ce qui faisait sa grandeur et son romantisme (le côté hors du temps des goules, le fait qu'ils soient en de nombreux points supérieur aux hommes et qu'ils ne les perçoivent pas comme de la simple nourriture), en faisant de ces créatures de simples animaux, bêtes et méchants. Une relecture synonyme de transformation et de simplification du mythe qui a, en plus, déjà été faite mille fois par le passé. Dommage...




Malgré tout, les studios choisissent l'occulte David Slade pour adapter ce comic au cinéma. Pour ce qui est de l'histoire : comme l'indique son titre elle se déroule sur deux journées et il fait nuit. Le reste n'a rien d'original ni d'intéressant. Les vampires tuent les gens, les gens cherchent à survivre, etc. Josh Hartnett et Melissa George campent les premiers rôles. Le premier continue de fusiller sa carrière à bout portant tandis que la seconde poursuit sa spécialisation dans l'horreur. Ils font tous les deux assez pitié, même si certains ne seront pas insensible au charme de l'actrice blonde aux lèvres en forme de débouche chiotte. 




L'ennui avec un film comme ça c'est que si on me propose de le revoir demain, je dirais oui vu que je me souviendrai plus l'avoir vu.


30 jours de nuit (30 Days of Night) de David Slade avec Josh Hartnett et Melissa George (2007)