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20 janvier 2022

Last Night in Soho

Croyez-le ou non, je n'ai pas passé un si mauvais moment devant le dernier film d'Edgar Wright, Last Night in Soho, que j'ai pourtant regardé à reculons, n'ayant jamais éprouvé aucune sorte d'intérêt pour la filmographie du bonhomme. Mais, parce qu'il nous a été vendu comme un film d'horreur, ce qu'il est bel et bien, ma curiosité m'a quand même poussé à lui donner une chance. En réalité, je m'attendais à mille fois pire, j'ai donc été agréablement surpris. Le film se tient à peu près, les nombreuses influences qui l'ont façonné, de Dario Argento à Roman Polanski, aboutissent à un gloubiboulga ma foi digeste. Le scénario, qui prend son temps à démarrer car il a au moins le mérite de correctement planter son personnage principal – une jeune étudiante passionnée de mode qui se retrouve seule à Londres et se réfugie dans ses fantasmes d'une époque passée, les Swinging Sixties, qui vont progressivement prendre une tournure cauchemardesque – tente assez grossièrement de capter l'air du temps, finit par se mélanger les pinceaux et tombe un peu dans le n'importe quoi, mais il captive néanmoins et surprend régulièrement. Les actrices, Thomasin McKenzie et Anya Taylor-Joy, se mettent au diapason de l'énergie que veut insuffler la mise en scène hit & miss du cinéaste anglais. Bon, il y a des choses visuellement dégueulasses, certes, mais aussi beaucoup d'audace et, par moments, une jolie fluidité. Toute la fin est truffée d'effets à gerber, OK, mais le film témoigne d'une certaine volonté d'essayer, d'innover et d'aborder le genre avec sérieux et respect. Après avoir survécu miraculeusement à la longue et laborieuse mise en place, j'ai donc fini par trouver ça plutôt réussi, pas désagréable, presque rafraîchissant. C'est qu'il n'en sort pas si souvent, des films d'horreur aussi osés. Alors autant ne pas tomber à bras raccourcis sur celui-ci.


Thomasin McKenzie, dans une tenue faite de papier journal qu'elle a elle-même conçue.
 
Et puis il faut dire que, peu de temps après avoir vu le film, j'ai fait par hasard la rencontre fortuite d'Edgar Wright. Il m'est apparu comme quelqu'un de tout à fait sympathique et charmant. C'était pendant les vacances de Noël dans le cadre d'un trajet en blablacar pour revenir de chez mes parents, entre le 26 et le Jour de l'An. Au moment de sélectionner mon covoiturage, j'avais le choix entre deux propositions de trajet postés par deux profils bien distincts. "Tueur en série toujours en liberté, j'utilise blablacar pour commettre mes méfaits. Vous serez seul à mes côtés car c'est ainsi bien plus facile à gérer. Avec moi, pas de blabla, le silence est roi" disait la présentation de l'un ; "Jeune cinéaste anglais, j'utilise blablacar quand je roule dans vos contrées. Je ne prends jamais qu'un seul passager car, à l'arrière, c'est buffet à volonté. Vous aussi, vous aimez la musique ? Tant mieux, notre voyage sera supersonique !" annonçait l'autre. Bizarrement, le deuxième me donnait plus envie, c'était donc vite réglé. Il faut croire que le réalisateur est proche de ses sous, n'empêche que, believe it or not, c'est bel et bien Edgar Wright que j'ai retrouvé sur le parking du GIFI, ce dimanche après-midi de fin décembre, et qui m'a ouvert la porte avec tact avant de me proposer le siège passager de sa modeste Fiat Punto dans un français parfait. J'ai mis du temps à le reconnaître mais, en utilisant discretos l'application IMDb sur mon smartphone, j'ai fait le rapprochement : le doute n'était plus permis. C'était bien lui. Il me semblait bien avoir déjà croisé ces cheveux bruns filasses, cette barbe clairsemée de 33 jours et cette trogne en biais sur des photos de tapis rouges, aux côtés des plus grandes vedettes actuelles : Simon Pegg, Mary Elizabeth Winstead, Michael Cera ! Alors, de nature timide et réservé, je me suis tout de même risqué à rompre le silence, qui devenait un peu pesant, et à l'interroger. "Êtes-vous Edgar Wright, le réalisateur du délicieux Salsa Fury ?". Il m'a répondu avec cette simplicité et cette sincérité qui allaient être de mise pour l'ensemble de nos échanges à venir durant ces 4 heures de voiture que je ne suis pas prêt d'oublier. "Oui, je suis bien Edgar Wright, mais ce n'est pas moi qui ai réalisé le délicieux Salsa Fury".


Anya Taylor-Joy dans un photogramme que l'on croirait issu de L'Enfer de Clouzot.
 
Il m'a fait promettre de ne rien dire, je lui ai juré que le secret resterait bien gardé. J'ai fait part de mon étonnement de me retrouver dans la voiture d'un si célèbre cinéaste que j'imaginais plutôt basé à Londres, New York, Dubaï ou LA, et non en train de sinuer incognito sur les routes du Sud Ouest de notre beau pays. Il m'a expliqué que la France est sa terre d'adoption, qu'il aime y passer son temps libre, entre deux tournages. Les rencontres réalisées par le biais de blablacar alimentent ses scénarios. C'est une source d'inspiration indispensable pour lui. Il y puise ses meilleures blagues, ses trucs les plus farfelus. La tant adulée "Blood and Ice Cream Trilogy" doit paraît-il beaucoup au site de covoiturage. Shaun of the Dead, Hot Fuzz et Le Dernier Pub avant la fin du monde : tous correspondent à une période où l'auteur anglais arpentait les routes, à la recherche d'idées neuves. Nos discussions ne portaient pas seulement sur le cinéma, loin de là. Curieusement, nous n'avons pas dit un mot de Last Night in Soho. En vérité, on a surtout causé boustifaille car, malgré les apparences, c'est un sacré gourmand. Son teint cireux et son allure malingre dissimulent un régime draconien qu'il met entre parenthèses lorsqu'il part en congés dans nos régions si riches en matières grasses. Un large éventail de fromages et de charcuteries de premier choix étaient à ma disposition, sur la banquette arrière. Et, croyez-moi, je n'ai pas donné ma part aux chiens.


Edgar Wright chècke les rush au combo, entouré de ses acteurs, Anya Taylor-Joy et ?
 
Il a passé du bon reggae, la fameuse compile, que je vous conseille chaudement, intitulée Young, Gifted and Black : 50 Classic Reggae Hits! On a pas mal déliré sur le morceau Elizabethan Reggae du grand Boris Gardiner, qu'on s'est remis en boucle une bonne quinzaine de fois. C'est devenu, en quelque sorte, l'hymne de notre nouvelle amitié. Gentleman, il m'a plusieurs fois proposé de balancer ma propre zik en bluetooth, mais sa playlist était si parfaite que je n'ai pas osé interférer. Il régnait une bonne ambiance dans l'habitacle de sa Punto, l'esprit de Noël était encore parmi nous. Je précise en outre que l'auteur de Baby Driver ne conduit guère comme il filme : jamais il ne file la gerbe au volant. Il a une conduite sûre et prudente, presque féline, je ferais volontiers de lui mon chauffeur particulier. Il a même réussi un brillant créneau, du premier coup, pour me déposer, très gentiment, juste en bas de chez moi. Je n'ai pas pu m'empêcher de le complimenter pour sa maîtrise totale de son engin, moi qui suis incapable de réussir la moindre manœuvre et panique à l'idée de me garer. Après m'avoir aidé à retirer ma valise du coffre de sa petite voiture, il m'a filé son 06 et m'a dit, avec une élégance british inimitable et un accent à couper au couteau, "la prochaine fois passe pas par Blablacar", accompagné d'un clin d’œil qui ne m'a guère laissé indifférent. C'était très touchant. Je lui ai tendu la main, par pur réflexe, en dépit des gestes barrière actuellement en vigueur. Il l'a repoussée, avec une délicatesse déconcertante, pour mieux me prendre chaleureusement dans ses bras. Le contact de sa veste en velours contre la peau de mon cou était d'un douceur inattendue. C'était un moment assez intense, je dois vous l'avouer. Son dos a ensuite retrouvé sa courbure naturelle, celle d'un homme qui passe trop de temps sur les écrans ou au volant, et il a regagné son véhicule tandis que je restais là, planté au milieu de la chaussée, trop ému pour m'éloigner. Avant de redémarrer, je l'ai vu prendre soin de changer l'ambiance musicale, il a opté pour un air plus mélancolique que j'ai immédiatement reconnu : All my happiness is gone, du regretté David Berman. Il m'a adressé un dernier geste amical de la main, et je l'ai longtemps regardé s'éloigner, jusqu'à ce qu'il disparaisse de mon champ de vision... Il s'en allait, m'avait-il confié, du côté de Castelnaudary pour y goûter "le fameux cassoulet", avant de remonter vers Gérardmer, où il était attendu, avec de nombreuses escales culinaires prévues en chemin. 
 
Il est reparti comme il est arrivé, seul. J'espère tout de même qu'il a passé de joyeuses fêtes. Je lui présente en tout cas mes meilleurs vœux pour la nouvelle année. 
 
 
Last Night in Soho d'Edgar Wright avec Thomasin McKenzie, Anya Taylor-Joy, Terence Stamp et Diana Rigg (2021)

11 janvier 2021

Birds of Prey (et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn)

Au risque de perdre toute espèce de crédibilité au sein de l'impitoyable blogosphère ciné, je dois vous avouer avoir bien aimé Birds of Prey. Je le dis tout timidement, je ne vous invite guère à vérifier la qualité de la chose par vos soins, craignant trop le retour de bâton... Je suis le premier étonné d'avoir passé un agréable moment devant ce film dont je n'attendais strictement rien. La raison est d'ailleurs peut-être là. Pourtant nettement plus agréable que le tout-venant des productions super-héroïques qui nous inondent depuis des lustres, le film de Cathy Yan s'est fait laminer à sa sortie, en particulier par la presse américaine, elle qui est d'ordinaire si encline à faire l'éloge de daubes XXL plus ou moins apparentées (Black Panther, Wonder Woman et compagnie). C'est plutôt cruel et injuste pour ce film sans grande prétention qui renoue humblement avec les divertissements US des années 90, flirtant régulièrement avec le buddy movie, et n'aborde pas du tout le genre avec le sérieux si plombant trop souvent de mise ailleurs. Il y a certes de sacrées lourdeurs et quelques fautes de goûts, avec notamment des scènes d'action pas assez bien fagotées pour être aussi longues, mais l'ensemble est à mes yeux sauvé par cette modestie et cette légèreté affichées d'emblée, par une énergie bien présente de la première à la dernière minute et, surtout, par une bande de comédiennes sympathiques, à commencer par la meneuse du groupe, Margot Robbie.




Également productrice, l'actrice australienne porte clairement ce film sur ses frêles épaules, elle y insuffle toute son énergie, elle a l'air d'y croire à fond. Elle atteste d'un abattage comique évident qui donne très envie de la revoir dans de plus pures comédies, dans des rôles carrément burlesques, de chtarbée finie. Elle constitue à l'évidence, et de très loin, le meilleur effet spécial de cette production au budget avoisinant les 100 millions de dollars. L'actrice, qui visiblement s'amuse beaucoup, est parvenue à me rendre son plaisir ludique contagieux. Elle est d'une expressivité de chaque instant, faisant preuve d'une précision dans son jeu, dans sa diction par exemple, qui donne tout son intérêt à ses scènes (à vrai dire, on pourrait même effacer du film sans grand regret les rares scènes où elle n'apparaît pas oui, même celles avec MEW, cette actrice attrayante qui, d'habitude, focalise notre attention et se retrouve ici reléguée au second plan). On dirait un personnage de dessin animé dont chaque détail aurait été pensé au préalable et aurait pu être parfaitement maîtrisé dans son exécution. Il y a aussi une autre raison, dans la performance de Margot Robbie, qui explique sans doute pourquoi elle m'a autant plu là-dedans, moi le nostalgique inconsolable de l'âge d'or de Jim Carrey*...



 
Pendant la promotion du film, une émission de télé américaine a confronté l'actrice à Jim Carrey. Ce dernier a alors eu une blague un peu déplacée, ou en tout cas maladroite, en disant avec une ironie pas assez évidente pour les twittos du monde entier que le succès de Margot Robbie devait beaucoup à sa plastique si agréable. L'actrice a alors souri et rougi, rendant le compliment encore plus frappant, et n'a montré aucun signe de vexation, ayant sans doute saisi la gentille taquinerie du trublion Carrey, plus charmeur qu'autre chose. Aussi, il me semble évident que la star d'Ace Ventura et Dumb & Dumber devait être le principal modèle de l'actrice pour son jeu désinhibé dans Birds of Prey, sa plus grande source d'inspiration. Dans sa gestuelle si calculée et parfois outrancière, son bagout dans toutes les circonstances, sa façon d'investir à fond un personnage invraisemblable, son explosivité pas toujours retenue, son contrôle absolu de chacun de ses muscles faciaux, etc. etc., Margot Robbie se présente elle aussi comme une toon à visage humain. Elle qui était déjà le seul intérêt de Scandale, voire de Moi, Tonya, confirme qu'avant d'être un idéal de beauté au sourire enchanteur, elle est d'abord une actrice très douée. On espère que ses choix futurs l'amèneront plus souvent à explorer ce registre comique et, surtout, à sortir de ces productions super-héroïques que, d'ordinaire, j'évite comme la peste. Quoique si elle revient bientôt en Harley Quinn, je devrais sans doute répondre présent...




*il faut d'ailleurs lire à son sujet le superbe livre d'Adrien Dénouette qui vient de paraître aux éditions Façonnage, Jim Carrey ou l'Amérique démasquée, dont la lecture, passionnante de bout en bout, est un pur régal.
 
 
Birds of Prey (et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn) de Cathy Yan avec Margot Robbie, Mary Elizabeth Winstead et Ewan McGregor (2020)

17 juin 2018

La Famille Hollar

La curiosité est un putain de vilain défaut ! Suite au succès étonnant du film d'horreur Sans un bruit (Without a Single Sound en vo) outre Atlantique, j'ai voulu m'intéresser à ce que John Krasinski avait réalisé auparavant. C'est ainsi que j'ai fini devant son précédent long métrage en tant que réalisateur, La Famille Hollar. Je ne sais pas ce qui m'a pris... Tous les voyants étaient au rouge, tout m'indiquait un énorme étron estampillé Sundance, j'aurais donc dû me fier à mon instinct et m'éviter un tel supplice. Hélas, la curiosité d'un blogueur ciné n'a guère de limite... Et il y avait la présence au casting de Mary Elizabeth Winstead, dont je suis la carrière de près, sans parler de ce modeste running time de 88 minutes qui me faisait les yeux doux. Je raffole en effet des films ne dépassant pas l'heure et demi. J'adore le cinoche mais faut pas pousser... Je fonçais donc tête baissée dans La Famille Hollar, prêt à m'en vouloir à mort et à prendre la raclée du siècle !


Le gars a MEW à ses pieds mais préfère mettre en cloque Anna Kendrick.

Apparemment, on appelle ça une "dramedy". On peut aussi dire que c'est de la merde, tout simplement. The Hollars contient strictement tous les ingrédients de ces saloperies "indie". Il en sort des dizaines chaque année des comme ça. John Krasinski est un tocard de première mais c'est aussi un bon élève car il n'a rien oublié de la petite recette et s'applique à la suivre à la lettre. Il a pensé à tout, son produit est calibré au millimètre, on a droit à tous les poncifs. On suit donc ce grand dadais informe au sourire et au regard idiots retourner dans sa ville natale car sa maman est à l'hosto et n'en a vraisemblablement plus pour longtemps. Il retrouve ainsi sa petite famille : son père (Richard Jenkins, épouvantable), dépassé par la situation et dont l'entreprise est en faillite, et son grand frère (Sharlito Copley, pour son premier rôle sans armure), un raté qui ne s'est toujours pas remis de son divorce. Il retrouve aussi de vieilles connaissances, pour l'inévitable galerie de personnages décalés qu'il va falloir se farcir. En bref, c'est le scénario classique d'un "return home", comme on nous en a proposé des tas ces dernières années. Certains sont réussis, je pense par exemple à Lonesome Jim, mais c'est bien rare et la plupart sont comme celui-ci : ils ne valent rien.


Crève...

Car le problème, c'est évidemment qu'on a beaucoup trop vu tout ça et que c'était pourri dès le départ. John Krasinski a bien vingt ans de retard, l'équivalent d'une ère géologique pour le cinéma ricain. Garden State date de 2004. A l'époque, ça marchait du tonnerre, ça faisait le buzz et ça réussissait même à gratter quelques récompenses tout à fait injustifiées. Aujourd'hui, ça ne sort même pas en salles et le monde ne s'en porte pas plus mal. La Famille Hollar n'est sorti qu'en Russie, le 22 septembre 2016, et c'est bien là la preuve que la Guerre Froide n'est pas tout à fait terminée. Ce film laisse songeur... On se demande bien ce qui anime quelqu'un comme John Fitzgerald Krasinski. Le gars réalise peut-être là son rêve, en étant la star de son propre film ; le résultat est cette immondice infecte. Krasinski s'est en effet attribué le beau rôle puisqu'il incarne John Hollar, le fils prodige de la famille Hollar, dont le seul défaut, un léger manque de confiance en soi, n'en est pas vraiment un puisqu'il s'agit en réalité d'une trop grande humilité (celle qui l'empêche, voyez-vous, d'envoyer ses bandes dessinées merdiques à un éditeur alors qu'il a un talent fou, tout son entourage en est convaincu !...). Quand il revoit son ancienne petite-amie du lycée, MEW, celle-ci, encore accro à lui, retombe illico dans ses bras, l'agressant presque sexuellement. Non mais sans rire... John Hollar profite aussi de son passage en ville pour donner des petites leçons de vie à tout le monde, à commencer par son frère. Des baffes je vous dis !


MEW montre à son ancien petit-ami qu'elle n'a pas si mal vieilli.

J'ai immédiatement souffert. De la première à la dernière seconde, éprouvant un sentiment de haine tenace pour tous les acteurs impliqués là-dedans. Même pour Dick Jenkins ! C'est la première fois que je ressens du mépris pour Dick Jenkins que je considère comme un ami et qui d'habitude surnage même dans les pires daubes. Monsieur Krasinski a accompli ce miracle. A leurs côtés, on retrouve aussi l'abominable Anna Kendrick, la femme enceinte de notre héros national. Regardez donc le faciès de cette actrice. Moi je ne peux pas. Je suis désolé. Je sais qu'il ne faut pas s'attaquer au physique, mais la laideur du visage de cette actrice me fascinerait presque. Quand elle sourit, tout s'assombrit. Il est rare de dégager autant de bêtise et de disgrâce en dévoilant un simple râtelier de canasson. Cette femme esquinte toutes les vidéos dans lesquelles elle apparaît.


La tonte de la mère par son fils chéri donne lieu à une scène abominable... Mais Krasinski a l'air content de lui, c'est bien l'essentiel. 

Krass'inski mêle les rires et les larmes, les moments d'émotion à gerber et les scènes plus comiques qui tombent à plat, le tout rythmé par la gratte et la voix dégueulasses de Josh Ritter, un songwritter miteux au caractère "indé" au moins aussi puissant que cette abomination de film. Il faut s'enquiller ce moment terrible où les deux fils et leur con de père se mettent à chanter en chœur dans une chorégraphie timide en guise d'adieu à leur énorme mère, juste avant qu'elle passe sur le billard pour l'opération fatidique (spoiler : elle y laisse la vie et on en est RA-VIS !). Il faut s'infliger cette scène où l'affreux Krasinski sort une dernière fois sa daronne de l'hosto en la poussant à fond les ballons sur son fauteuil roulant, toujours accompagné d'une musique merdique à souhait. Des envies de meurtre... On a vraiment l'impression de revoir la dernière crotte de Zach Braff. John Krasinski lui ressemble sur bien des points, c'est encore un acteur venu de la série télé comique qui a décidé de s'en prendre frontalement au cinéma, et nous pond d'infâmes produits sans âme de l'indiewood. Bien avant Sans un bruit, Krasinski avait donc réalisé un film d'horreur bien plus effrayant sans doute... Avis aux amateurs ! En tout cas moi j'ai bien les boules devant ça.


Pas de quoi être fier, en effet.

C'est dommage car je n'avais rien contre John Krasinski jusqu'à présent. Je l'aimais plutôt bien dans The Office, nos rapports s'en étaient arrêtés là et ça m'allait très bien. J'ai vu qu'il a depuis essayé de changer de registre, de casser son image de grand glandu, de manière tout à fait ridicule. Sans un bruit doit participer à la même démarche putride. Le type est allé se sculpter un corps de catcheur pour les besoins d'un film de guerre minable signé Michael Bay, 13 Hours. Bien vu l'artiste ! Jim Halpert, héros de film d'action ? On aura tout vu... Si l'on en croit les critiques, 13 Hours n'est pas le pire de Michael Bay, ce qui n'éclaire en rien, mais ça a fait un four, et c'est tant mieux. Cela n'empêche pas John Krasinski de se vanter à longueur d'interviews d'avoir désormais un "8-pack" qui plaît drôlement à sa chérie, Emily Blunt. On est franchement contents pour eux. Pourquoi ne profitent-ils pas de la vie en n'en glandant plus une, en prenant leur distance avec le cinéma ? On leur en serait très reconnaissant. Il faut savoir s'arrêter au sommet de sa gloire, comme Platoche et Zidane !


La Famille Hollar de et avec John Krasinski (2016)

10 février 2018

The Cloverfield Paradox

Netflix a cru nous faire une jolie surprise en sortant le nouveau film de la saga Cloverfield quelques heures seulement après avoir diffusé sa première bande-annonce lors du Super Bowl. Il y avait en effet de bonnes raisons de frétiller d'impatience et de regarder en vitesse ce nouvel épisode qui fait suite à deux films plutôt intéressants qui exploraient chacun de manière assez originale des genres différents, en s'inscrivant dans un même univers, dévoilé peu à peu. Cloverfield premier du nom est l'un des rares found footage à être réellement efficace, il constituait un film catastrophe assez bas du front mais, pour les amateurs, une expérience qui valait la peine d'être vécue. 10 Cloverfield Lane était quant à lui un thriller en huis clos magnifié par son actrice principale et une conclusion ma foi très réussie. Qu'allait donc nous réserver la suite ?




A y regarder de plus près, si nous étions dénués de tout a priori négatifs, on pouvait tout de même nourrir quelques doutes... A la réalisation de The Cloverfield Paradox, un inconnu nommé Julius Onah qui, après quelques recherches menées sur internet, s'avère être un jeune cinéaste au statut envié puisque régulièrement cité dans d'obscures listes recensant les metteurs en scène américains à suivre et sur le point d'exploser. A l'écriture, Oren Uziel, qui travaille sur une histoire initialement intitulée God Particles depuis des années mais dont on ne sait rien d'autre. Et à la production, fidèle au poste, JJ Abrams, dont on pourrait penser qu'il est le vrai cerveau de l'entreprise. Or, force est de constater, après quelques minutes de film seulement, que de cerveau, il n'y en a pas !




Le triste JJ Abrams a simplement dû signer le chèque permettant la mise en branle de cet abject projet et, par la même occasion, l'arrêt de mort de la saga. Dénué de la moindre imagination et nous proposant une mise en scène exécrable digne d'un très mauvais téléfilm, Julius Onah a effectivement explosé et perdu illico son statut de jeune réalisateur under the rader pour gagner les rangs trop bien garnis des purs zonards à éviter absolument. Quant au scénariste, dont la place est en détention provisoire ou en hôpital psychiatrique, il serait le premier à être poussé vers l'échafaud tant son script infâme dégage une odeur de pet dégueulasse.




Essayons de faire bref : nous sommes donc dans un futur indéterminé et la Terre, en proie à une crise énergétique sans précédent, est dans une merde noire, au bord d'un conflit mondial qui pourrait acter la fin de l'humanité. Pour sauver la situation, des scientifiques et des techniciens issus des pays les plus influents du moment (Russie, Allemagne, Grande-Bretagne, USA, Chine, Brésil et... Irlande) sont envoyés en mission sur une station spatiale en orbite autour de la planète bleue afin de créer une source d'énergie inépuisable à l'aide d'un accélérateur de particules géant. Malgré les mises en garde d'un illuminé assurant que l'utilisation de l'accélérateur pourrait engendrer des catastrophes spatio-temporelles inédites et irréversibles, tout ce petit monde s'active pour réussir enfin le lancement de la machine. C'est alors qu'une surcharge se produit suite à laquelle les scientifiques découvrent avec stupeur que la Terre a tout bonnement disparu des radars. D'autres événements étranges vont alors se produire au sein de la station, mettant en danger l'ensemble de l'équipage.




Ce n'est pas pour m'envoyer des fleurs, mais sachez que je raconte beaucoup mieux que Julius Onah et son scénariste dont l'horrible rejeton, d'une laideur et d'une bêtise étonnantes, est un supplice du début à la fin. D'emblée, on essaie de nous intéresser à des personnages qui n'existent à aucun moment, d'infects clichés ambulants. On s'amusera de la perfidie du Russe, forcément le plus infréquentable de la bande. On pleurera aux répliques supposées être humoristiques de l'irlandais incarné par le très pénible Chris O'Dowd, notamment quand toute la fine équipe se rend compte que la Terre a disparu (ce qui donne des dialogues épouvantables et grotesques comme "La Terre ne peut pas disparaître aussi facilement...", "Je t'assure, j'ai vérifié deux fois, je ne la retrouve plus", "T'as bien cherché partout, t'es sûr ?", "La Terre a juste putain de disparu !" ; il faut vraiment entendre tout ça pour y croire). On sera rapidement fatigué par les péripéties de plus en plus débiles auxquelles doivent faire face les membres de l'équipage. Devant ce vaste n'importe quoi, on se demande même s'il ne s'agit pas là d'un film ouvertement comique, d'une sorte de parodie, d'un délire entre potes, d'une blague qui a mal tourné ou que sais-je.




Le scénario est si idiot et prévisible dans sa bêtise qu'il annihile tout espèce d'intérêt que l'on pouvait avoir pour la franchise Cloverfield, et celle-ci aura bien du mal à s'en relever. Des univers parallèles sont ainsi sordidement mêlés par l'arrogance humaine, l'humanité faisant appel à une technologie qu'elle ne maîtrise pas pour sortir d'une impasse vers laquelle elle a foncé tête baissée, pour se dépêtrer d'une situation qu'elle a elle-même provoquée. Mais, là encore, je vais bien trop loin, le film ne développe aucun discours, aussi basique soit-il, ressemblant à ça, il ne propose aucune de ces critiques et mises en garde traditionnellement véhiculées par les récits de science fiction. C'est cette faille créée entre des univers parallèles qui aura donc notamment entraîné l'apparition d'une bestiole immense défonçant tout sur son passage. Avant de déclencher l'ultime essai de l’accélérateur de particules, l'un des tocards de la station prévient pourtant tout le monde dans un éclair de lucidité, il lève le doigt poliment et déclare "Au fait, vous savez que si l'accélérateur de particules dysfonctionne, on peut peut-être ouvrir une faille entre des dimensions parallèles, et faire venir des créatures, des monstres venus d'ailleurs ? Ouf non ? J'dis ça j'dis rien !".




En réalité, on tient là une sorte de croisement bâtard entre des films qui étaient déjà eux-mêmes de sacrées merdes. On pense ainsi aux derniers immondices impardonnables de Ridley Scott, Prometheus et Alien Covenant, pour cette façon de dynamiter un univers, qui jusque là se tenait bien et cultivait intelligemment un certain mystère, par des révélations misérables dont tout le monde se serait bien passé. On pense également à des trucs médiocres mais beaucoup moins offensants tels que le récent Life : Origine, qui avait pour lui le mérite de se prendre pour ce qu'il était, à savoir un simple et bête film de monstre à l'ancienne, et guère autre chose. Tout est à jeter dans The Cloverfield Paradox. En plus d'être con, c'est désagréable à la vue, avec entre autres ses plans obliques ignobles, incapables de générer la moindre tension, et cette station dont on n'arrive même pas à comprendre la géographie. 10 Cloverfield Lane était un huis clos et parvenait grosso modo à nous le faire ressentir, à nous transmettre une impression d'enfermement, une certaine tension. Cette suite n'y parvient pas une seconde et n'est qu'un enchaînement de conneries terribles.




Nous suivons, en parallèle, les mésaventures du petit-ami de la britannique, resté sur Terre et confronté aux conséquences du dérèglement global. Une partie dont on a appris de la bouche d'un JJ Abrams honteux qu'elle avait été tournée après coup, pour sauver l'ensemble. C'est effectivement moins abominable à suivre que ce qui se déroule dans la station spatiale, mais c'est tout de même inintéressant au possible. Tout est à jeter je vous dis. Ils auraient bien mieux fait de réaliser un prolongement direct à 10 Cloverfield Lane, en nous proposant tout simplement de voir Mary Elizabeth Winstead, dans sa combinaison de fortune, affronter les aliens et essayer de survivre dans un monde apocalyptique. Il n'en faut pas plus pour faire un bon film de genre ! On aurait maté ça avec bien plus de plaisir...




Comme trop souvent hélas, les plus malins dans cette histoire étaient sans doute ceux qui ont orchestré la campagne marketing, tout simplement basée sur l'entretien du mystère par le silence et l'effet de surprise final avec l'arrivée soudaine du film. Cela a en effet permis à cette gigantesque daube de bénéficier d'un buzz retentissant sur les réseaux sociaux et d'être certainement vue par bien des curieux. Une fois que les premiers l'avaient subie, ce buzz s'est aussitôt transformé en "bad buzz" puisque le film s'est fait descendre de toutes parts. Ce lynchage en bonne et due forme était tout à fait mérité. Les quelques défenseurs du produit, parmi lesquels des maniaques passionnés et des fous dangereux, échafaudant des théories reliant les trois films sur des forums à éviter, existent bel et bien mais ils doivent se sentir très seuls. Pour eux aussi, la Terre a disparu. The Cloverfield Paradox anéantit tout ce que la triste bande menée par JJ Abrams a essayé de faire et envisageait de faire. Pire encore, cela fait même relativiser les très minces qualités des deux premiers épisodes qui étaient déjà bien peu de chose. Une sacrée arnaque. 


The Cloverfield Paradox de Julius Onah avec une bande de tocards terrible (2018)

14 mars 2017

10 Cloverfield Lane

De films en films, Mary Elizabeth Winstead confirme tout son talent, toute son audace et toute sa beauté. Lecteurs fidèles, vous savez que nous suivons sa carrière de très près. Poulpard (aka "Brain Damage") et moi-même répondons en effet toujours présent pour saluer chaque performance de l'actrice. Celle-ci n'hésite jamais à apporter sa renommée grandissante à des projets modestes mais ambitieux, que ce soit pour le petit ou le grand écran, avec un penchant évident pour l'horreur, le fantastique et la science-fiction, ce qui n'est pas non plus pour nous déplaire. Lorsqu'elle joue la fille apeurée, nous fondons. De désir... Lorsque, malgré elle, elle se retrouve en petite tenue, enchaînée dans une pièce exiguë, des sentiments abjects nous inondent et nous comprenons l'attitude osée de son kidnappeur. La jeune américaine multiplie les choix de carrière judicieux et se retrouve ici en tête d'affiche de l'un des rares bons films de genre sortis au cinéma cette année. Quel nez (qu'elle a mutin) !




Huis-clos post-apo, 10 Cloverfield Lane n'est qu'un prétexte pour admirer Mary Elizabeth Winstead et assister à l'éclosion d'un personnage fort que l'on espère revoir très vite. En dehors du contexte d'une prétendue invasion extraterrestre qui aurait décimé toute l'humanité et n'aurait laissé que quelques survivants, MEW réalise les petits gestes du quotidien : se doucher, aller aux toilettes, manger des pâtes, déblatérer, jouer au pictionnary avec son ravisseur et assister, impuissante, à des drames (nota bene : ne pas jouer avec une arme dans un espace réduit). Nous suivons tout cela sans déplaisir. La fin du film, très réussie, érige Mary Elizabeth Winstead en une nouvelle icône de la science-fiction, en digne héritière de Sigourney Weaver. Le réalisateur parvient alors à saisir de véritables images bâtissant la légende d'une femme en action dans une combinaison de fortune confectionnée à partir d'un rideau de douche fantaisiste et d'un masque à oxygène (de loin la meilleure idée du film !). Une tenue colorée à l'impact visuel étonnant, qui tranche avec l'ambiance sombre et tendue de cette scène finale et que ne pouvait pas mettre en valeur n'importe qui. Souple, élégante, étalant face à la caméra toute sa force de caractère et son courage, MEW réussit à éviter le piège tendu par des aliens belliqueux sans jamais perdre de son sex-appeal. Les dernières minutes du film nous laissent rêver d'une future saga, en espérant que celle-ci soit pour Mary Elizabeth Winstead ce que Alien a été pour Sigourney Weaver. On attend de pied ferme 11 Cloverfield Lane !




Par ailleurs, nous vous conseillons l'Instagram de Mary Elizabeth Winstead. Il est assez facile de trouver des photos de sa jolie frimousse et de se délecter de son regard affûté sur la vie politique de son pays. Vous pourrez également constater, si vous croisez les informations de son compte Twitter, qu'il s'agit d'une personne simple et engagée, loin des paillettes et autres boules à facettes, ayant choisi une vie de couple posée plutôt qu'une débauche orgiaque que lui permettraient son corps et sa condition de femme. Le sous-homme qui partage sa vie et a réussi à lui passer la bague au doigt est soit le plus gros veinard de la galaxie soit le nouvel Einstein mais qui aurait non pas choisi de devenir expert en physique théorique mais en physique féminin, à la recherche de la femme idéale.


10 Cloverfield Lane de Dan Trachtenberg avec Mary Elizabeth Winstead et John Goodman (2016)

26 janvier 2016

Faults

Prestation coup de poing de Mary Elizabeth Winstead dans un film coup de pied signé par son mari, Riley Stearns. L'actrice, sans aucun artifice, totalement investie dans son rôle par amour conjugal, incarne Claire, une jeune femme enrôlée dans une secte dont les parents essaient de l'en sortir en faisant appel à un spécialiste du désindoctrinement, le Dr Ansel. On se rend compte au début du film que le Dr Ansel est sur la pente descendante de sa carrière, pas loin d'un virage en épingle à cheveux longé d'un mur de parpaings bien épais. Entre conférences sordides pour tenter de vendre son dernier bouquin que personne ne veut et magouilles minables pour grappiller un repas gratuit, le Dr Ansel doit aussi faire face à son créancier qui lui réclame 20 000$ (dolleurs USD!). C'est à ce moment-là qu'un couple de sexagénaires en détresse le supplie de sortir leur fille Claire de la secte dans laquelle elle a été enrôlée quelques mois plus tôt. Le Dr Ansel saute sur l'occasion en pensant faire d'une pierre deux coups et demande donc 20 000$ pour son intervention qui consiste à kidnapper la fille, la séquestrer pendant 5 jours dans une chambre d'hôtel et la ramener par le dialogue et d'autres méthodes plus inavouables vers son ancienne vie.




Le Dr Ansel se fait aider de deux guignols pour kidnapper Claire. Le kidnapping est globalement un succès même s'il est teinté de quelques accrocs (tentative de fuite avortée, baffe reçue gratuitement...). Commence alors un huis clos tétanisant dont l'issue ne sera pas du tout celle à laquelle le Dr Ansel s'attendait. Je ne vous révèle rien de plus pour vous préserver le suspense mais je vous conseille fortement ce film si vous avez un petit faible pour MEW. Pour les plus aveugles d'entre vous, cette jeune femme pourrait vous paraître plutôt quelconque et banale. Mais détrompez-vous, elle est tout simplement irradiante de charme naturel et de beauté simple. Si on la comparait à une bagnole : ok, certaines gonzesses sont des Ferrari ou des Lamborghini ; elle, elle serait plutôt la Dodge Challenger de Vanishing Point. Élégante, racée, et pour laquelle il faut attendre de faire tourner le moteur et d'appuyer sur l'accélérateur pour constater que l'on a affaire à une putain de bombe. Tout le contraire d'une Megan Fox. Victime d'aucune retouche esthétique disgracieuse, Mary Elizabeth Winstead a mis derrière elle les blockbusters dégueulasses type Die Hard 4 ou The Thing et a décidé de tourner sa carrière vers la musique et le cinéma indépendant, de vrais films à petits budgets portés par une ambition d'auteur dans la lignée de Sound of My Voice. En plus de son investissement dans le ciné indé américain, elle s'essaye aussi aux séries, fuyant décidément la créativité aux abois d'Hollywood, et nous lui souhaitons de trouver rapidement un rôle à sa (dé)mesure. Ces choix l'honorent.




Avec Faults, MEW se met au service de son compagnon dans la vie et c'est pour cela qu'elle donne véritablement tout. Sur un nuage depuis que MEW lui a donné la clé de sa porte des plaisirs, Riley Stearns s'essaye au cinéma expérimental dans une atmosphère lynchéenne à souhait : panoramiques survoltés pendant une discussion sans enjeux, lents travellings quasiment imperceptibles à l’œil nu durant les scènes les plus tendues, cadrages osés à ras la raie des fesses de sa dulcinée, gros plans angoissants sur des boutons de portes, effets de lumière déconcertants... Pour son premier long métrage, Riley Steams est littéralement "on fire", transcendé par le fait d'avoir pour vedette de son film sa propre femme, au zénith de sa beauté de jeune maman. Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, Faults n'est pas un chef-d’œuvre, simplement un premier film modeste, aux nombreuses qualités et plein de belles intentions. Un must-see pour les fans de MEW !


Faults de Riley Stearns avec Mary Elizabeth Winstead (2015)

13 janvier 2014

The Spectacular Now

James Ponsoldt, retenez ce nom ! Et surveillez-le de près. Il pourrait, un jour, réaliser un bon film. The Spectacular Now est son troisième long métrage et on y trouve des qualités trop rares dans le cinéma indépendant américain actuel. Je veux parler ici de ce cinéma adoubé par Sundance, et c'est le cas de ce film, couronné chez Bob Redford. Smashed laissait déjà entrevoir ces modestes qualités. Le film était porté par la prestation étonnante de la mignonne Mary Elizabeth Winstead dans la peau d'une irrécupérable alcoolique. James Ponsoldt, vous saurez écrire son nom convenablement après avoir lu cet article, est un directeur d'acteurs certainement assez doué. Ou plutôt, un directeur d'actrices doué. Dans son nouveau film, c'est la jeune Shailene Woodley, déjà vue dans The Descendants, qui apporte un peu de fraîcheur et de vérité à son personnage. Son partenaire, Miles Teller, sorte de sosie du Chandler de Friends (période bouffi par la coke), est clairement en deçà, et c'est dommage, car il incarne le personnage central d'un film qui pourrait porter son nom : Sutter.




Sutter est un adolescent drôle et charmant (vous me signalez quand ça se voit trop que je copie directement le pitch d'Allociné) qui ne vit que dans l'instant présent. Sa perception du monde évolue tout doucement lorsqu'il rencontre Aimee, une jeune fille timide totalement différente de lui, dont il sera le premier amour. Hélas, leur relation est gâchée par le manque d'amour propre et l'attitude autodestructrice de Sutter, très porté sur la boisson... Les plus vigilants d'entre vous l'auront déjà remarqué : James Ponsoldt a un problème personnel avec l'alcool. Cela fait trois films de suite qu'il accorde à la bibine une place prépondérante dans l'histoire racontée. Son premier film, Off the Back (Back off out of my back en VF), mettait en scène le vétéran Nick Nolte, et je pourrais m'arrêter là, car l'acteur ne jouait pas vraiment un rôle de composition. Son second film nous narrait donc la lutte de la très sympathique MEW contre un alcoolisme qui mettait son couple en péril.




Dans The Spectacular Now, l'alcool est simplement l'épée de Damoclès que le personnage principal trimballe du début à la fin au-dessus de sa vieille ganache. L'expression de "vieille ganache" n'est pas gratuite puisque l'acteur approche tout de même de la trentaine et joue ici un élève de Terminale S (je déduis qu'il s'agit de la filière scientifique en raison du rôle décisif joué par le prof de maths bigleux, incarné par un étonnant Manu Katché). C'est un peu gênant, mais personne ne l'a remarqué tant nous nous sommes tristement habitués à cela dans les films américains. Enfin quand même... Dans notre cher pays, on a au moins le mérite de choisir une actrice qui n'a même pas encore obtenu son bac pour interpréter une jeune femme découvrant son homosexualité, pour assurer des scènes hot sans souci, avant de devenir une institutrice expérimentée, sans que l'on ne cesse d'y croire, 3 heures durant. Là, dès qu'on voit le dénommé Miles Teller se balader dans les couloirs de son bahut, on commence à tiquer. Son sac à dos à l'air tout riquiqui par rapport à l'envergure de ses épaules ! On n'est pas taillé comme ça à 18 piges ! A moins d'avoir du sang wallisien... Shailene Woodley est bien plus crédible, elle qui n'a que 22 ans en réalité. L'actrice devrait toutefois s'inquiéter de son acné...




Par ailleurs, sachez que James Ponsoldt a de bons goûts et aime les étaler. Mais il le fait tout de même assez discrètement, car il est plus élégant et subtil que la plupart de ses congénères indie. On entend seulement l'introduction de la sympathique chanson de Kurt Vile, Wakin' on a pretty day, aussitôt coupée net, James Ponsoldt se contentant d'avoir su la glisser-là. Nous avons donc au moins un artiste en commun sur nos comptes Last.fm et ça me fait une belle jambe. De la chillwave quelque peu obsolète occupe le reste de la bande son, mais ce n'est jamais rien d'autre qu'une tapisserie sonore et seules les plus fines oreilles sauront tagguer les chansonniers concernés.




Beaucoup ont été bouleversés par ce film souvent décrit comme la dernière pépite du cinéma indépendant US. A ceux-là, il ne faudrait pas montrer La Vie d'Adèle, ils risqueraient de ne jamais s'en remettre... Peut-être ai-je un cœur de pierre, je ne sais guère, mais je ne pense pas. La preuve : je dois reconnaître avoir marché dans la combine pendant une petite demi-heure, je dirai, et c'est déjà pas rien. Durant cette première partie, où James Ponsoldt se concentre sur la romance naissante entre ces deux personnages, le film atteint son but, évite la plupart des clichés et dégage une certaine fraîcheur, pas déplaisante, il faut bien l'avouer. Quand il aborde le thème du premier amour, le film fonctionne à plein régime et son efficacité est bien réelle. On est très loin de l'infâme 500 Days of Summer, écrit par les mêmes scénaristes et mis en avant sur l'affiche. On se dit donc que le cinéaste n'y est pas pour rien. Celui-ci nous montre des choses inhabituelles, que l'on croise rarement sur grand écran. La mise en place du préservatif, lors du premier rapport sexuel des deux tourtereaux, par exemple. C'est hors-champ, mais c'est tout de même bien long et on entend des bruits que j'aimerais oublier. Il y aurait d'ailleurs une thèse à écrire sur le rôle du hors-champ dans le cinéma de James Ponsoldt. En général, est hors-champ ce que le cinéaste ne veut guère nous montrer. Dans l'exemple évoqué, cela lui permet d'éviter la censure ou le classement dans la catégorie "film pornographique". C'est donc très habile de sa part. Il y a d'autres moments qui étonnent un peu, et devant un tel film, il est toujours agréable d'être étonné. Cela arrive une ou deux fois, mais au point où on en est, ça suffit pour être relevé...




Quand, ensuite, le cinéaste se focalise entièrement sur le personnage de cet adolescent en crise se lançant à la recherche de son père disparu (lui aussi alcoolo, vous l'auriez deviné), le film se désagrège complètement. Tout devient très attendu, médiocre, tout tombe à plat. On finit même par prendre sérieusement en grippe cette enflure de Sutter capable d'éjecter sa douce girlfriend de sa bagnole au beau milieu de l'autoroute. Celle-ci finit logiquement par se faire emporter par la première voiture qui passe, lors d'une scène qui provoque, bien malgré elle, des éclats de rire nerveux. C'est là que l'on se rend compte du fossé qui sépare le début du film, où l'on souriait presque vaguement devant ces deux lycéens qui se tournaient autour puis se découvraient, de cette dérive lamentable, où l'on a très hâte d'en finir. Le Bukowski du ciné indé espère alors muer en Salinger en tentant de saisir le profond mal-être adolescent. Ça se règle en deux bouffes que le garçon reçoit sans moufeter, plaqué par sa mère (Jennifer Jason Leigh, méconnaissable !) contre le gigantesque frigo de la cuisine, et c'en est terminé.




Sérieusement, il y a d'infimes chances pour qu'un jour, James Ponsoldt réussisse un film. Il a 36 ans tout juste, il a donc encore du temps devant lui, pour apprendre et se perfectionner. Serai-je encore parmi vous quand sortira son chef d’œuvre ? Je l’ignore, je suis son cadet mais j'ai bien des soucis. Son 30ème film sera peut-être le bon. En attendant, il faut faire preuve de patience. En ce qui me concerne, j'éviterai sans doute ses 29 prochains films. Je vais laisser pisser un moment, si vous le voulez bien...


The Spectacular Now de James Ponsoldt avec Miles Teller, Shailene Woodley, Brie Larson, Jennifer Jason Leigh, Kyle Chandler et Mary Elizabeth Winstead (2014)

1 mai 2013

Une Créature de rêve

La série Code Lisa a bercé notre adolescence. Quand nous avons appris qu'un remake du film de John Hughes à l'origine de la série et tourné en 85 était en branle, nous nous sommes dits qu'il était temps d'enfin le regarder ! On connait tous l'histoire (en tout cas Poulpard et moi) : Gary et Wyatt, deux nerds, risées de leur bahut, n'arrivent à rien avec les filles. Rien de rien ! Un soir d'ennui, ils décident donc d'inventer la femme de leur rêve sur l'ordinateur surpuissant à 1Mo de RAM de Wyatt. Après moult éclairs, une sublime créature débarque alors dans leur chambre comme par magie, exauçant tous leurs vœux, même les plus humides...

C'est donc à John Hughes, le fameux spécialiste du cinéma adolescent américain des années 80, que l'on doit cette idée ma foi toute bête mais diablement excitante, une variation du mythe de Frankenstein, revue et corrigée à la sauce teens et sexy. Le film, hélas, a terriblement vieilli, à l'image de son actrice principale, devenue une sorte de tract vivant anti chirurghie esthétique. Une Créature de rêve (en VO : Weird Science) a de bien nombreux défauts, liés en partie à son époque. La garde-robe des années 80 est une infamie, notamment sur une femme bien faite lorsque la tenue se veut aguichante. Le film est mal rythmé et trop rarement marrant, à l'exception d'une ou deux répliques surprenantes de vulgarité et du personnage de Chet, ici campé par un Bill Paxton sous tension (autre star au casting : Robert Downey Jr. en loubard très laid). A partir de son idée de départ, le scénario part dans tous les sens, quitte à nous perdre complètement en route, et se conclut n'importe comment. En bref, on est très très loin du meilleur de John Hughes, même si nous sommes contents d'avoir comblé cette lacune. 

Malgré cela, il faut reconnaître à John Hughes qu'il connaît bien son sujet. Il tient plutôt compte des réalités adolescentes, dans les limites imposées par une comédie tout public. Les ados du film n'ont que deux idées en tête : faire la fête et triquer. Son film est très tendancieux et n'occulte rien des envies sexuelles des personnages envers la femme créée. La première chose que font Gary et Wyatt après l'apparition de Lisa est de prendre une douche avec elle pour mieux la contempler dans son plus simple appareil. On devine alors qu'ils ont le sexe tellement dur qu'il pourrait fendre un chêne centenaire. D'autres allusions équivoques et des détails clairement craspecs parsèment le film et nous font régulièrement relever la tête à l'heure où les comédies pour adolescents sont tout ce qu'il y a de plus sage, totalement aseptisées et sans aucun esprit transgressif.

La série produite dans les années 90 et diffusée par France 2 était quant à elle tout ce qu'il y a de plus politiquement correct. Elle donnait cependant suffisamment d'idées pour mettre un adolescent en ébullition. Il faut dire que Vanessa Angel était une vraie tigresse. L'actrice avait trouvé le rôle de sa vie (on ne la recroisera ensuite que chez les frères Farelly). La série proposait un véritable festival sons et lumières pour tout amateur de belles pépés. Vanessa Angel apparaissait dans les tenues les plus affriolantes et plaçait la plupart des épisodes sur orbite, en particulier ceux de la première saison. Face à ça, on ne pouvait que serrer les dents et les poings en pensant à Wyatt qui, astuce scénaristique ridicule car pas du tout crédible, avait décidé de mettre des gardes fous pour empêcher tout abus d'ordre sexuel avec ou sur la créature. Bien conscient d'ailleurs qu'il s'agissait d'une question à vite évacuer, Lisa apparaissait nue mais censurée dès le tout premier épisode. Les scénaristes étaient ainsi immédiatement soulagés et délestés d'un épineux problème. Poulpard, quant à lui, maudit encore ces maudites barres noires...

Joel Silver, qui produira le remake, nous a promis une comédie interdite au moins de 18 ans, comme Very Bad Trip et 21 Jump Street. De quoi faire peur dans notre époque sclérosée, sachant que les deux comédies suscitées sont aussi subversives qu'un disque de Laurent Voulzy. Nous n'en attendons donc rien. Mais nous sommes tout de même curieux de connaître l'identité de celle qui sera condamnée à nous faire fantasmer et devra nécessairement correspondre aux rêves adolescents de son époque. Qui succédera à la sympathique Kelly LeBrock et à l'inoubliable Vannesa Angel ? On redoute Mila Kunis, Jennifer Lawrence ou Megan Fox, qui feraient perdre tout espèce d'intérêt au projet, et on conseille d'autres noms comme Amber Heard ou Jean Galfione. Petite requête perso : MEW... Mais dans le fond, on sait bien qu'un tel remake aurait plutôt dû être réalisé par Marc Dorcel ou John B. Root pour XXIst Sextury...


Une Créature de rêve de John Hughes avec Anthony Michael Hall, Kelly LeBrock, Ian Mitchell-Smith et Bill Paxton (1985)

11 avril 2013

Smashed

Allez, je vous l'avoue d'emblée : je n'aurais sans doute jamais regardé ce film si Mary Elizabeth Winstead ne campait pas le rôle principal. Je préfère jouer cartes sur table ! Rassurez-vous, je n'ai sur mon disque dur aucun dossier caché consacré à quelques photos volées de l'actrice, ni rien d'autre de ce genre. Mais, simplement, le petit charme dont elle dispose est largement suffisant pour me motiver à passer 81 minutes devant un film dont elle est la force centripète, un soir où je n'ai pas la tête à m'envoyer une œuvre plus exigeante ou de qualité forcément supérieure. Il m'en faut peu ! Il n'y a pas de honte à avoir ni à se justifier... MEW m'est visuellement sympathique. Elle doit, sans le savoir, posséder ces proportions tant recherchées et convoitées, celles qui annoncent une fitness maximale. D'instinct, son corps appelle à pratiquer l'acte sexuel, avec l'assurance d'un grand succès reproducteur. Cette jeune fille a exactement mon âge. Et c'est peut-être notre seul point commun... Je ne suis pas le seul à être sous son charme. Mon frère Poulpard, aka Brain Damage, l'est aussi. Quand je lui ai demandé de m'expliquer pourquoi cette jeune femme au faciès agréable mais ma foi assez quelconque avait ce pouvoir sur nous, il m'a simplement répondu "Elle sent la queue". Sur ce, je me sens obligé de passer au paragraphe suivant.




Toujours habillée comme un sac, without makeup, la starlette apparaît ici sans artifice, comme si on l'avait tirée de force de son plumard avant chaque prise. On est loin de sa tenue affriolante de cheerleader dans le Death Proof de Quentin Tarantino. Avec Smashed, la jeune actrice passe un test bien connu de l'actorat américain, un test récemment carbonisé par Denzel Washington dans Flight : celui consistant à jouer le rôle d'un alcolo qui essaie d'abandonner son addiction à la bouteille. C'est donc l'occasion pour la brunette de faire ses preuves, elle qui n'a jamais été véritablement amenée à devoir démontrer ses supposés talents d'actrice et qui s'est le plus souvent appuyée sur son joli minois. Le verdict est étonnant, car il faut bien reconnaître que Mary Elizabeth Winstead s'en tire avec les honneurs et les félicitations de mon pubis, évitant toujours d'en faire trop, faisant réellement vivre son personnage et, surtout, s'extirpant avec la grâce d'une funambule des scènes les plus risquées, c'est-à-dire toutes celles où elle débloque complètement, sous l'emprise de l'alcool, allant jusqu'à faire pipi dans une supérette.




Pour la première fois de sa carrière, la jeune femme joue une scène de coït. Mais elle y garde malheureusement tous ses habits. On se souviendra donc plutôt de cette scène où l'actrice doit faire face au terrible aveu d'un alcoolique anonyme devenu son ami, mais également tombé sous son charme. Ce dernier reconnaît d'abord avec une belle sincérité les sentiments qu'il éprouve pour elle, et termine ce qui commençait comme une déclaration d'amour tout à fait digne par un affreux "J'aimerais goûter à ton onctueuse chatte". Ce dialogue totalement inattendu m'a rappelé le meilleur moment du par ailleurs très pénible Hesher, celui où Natalie Portman doit faire face aux vulgarités de Joseph Gordon-Levitt. Comme Natalie Portman, MEW fait partie de ces jeunes et mignonnes actrices qu'on a envie de voir secouées par quelques horreurs incongrues qui contrastent avec la douceur et l'apparente innocence de leurs traits juvéniles.




Mary Elizabeth Winstead est donc la grande attraction de Smashed, et pratiquement son unique intérêt. Reconnaissons tout de même au jeune James Ponsoldt, qui signait seulement là son second long métrage, une certaine habileté : ce réalisateur a une réelle capacité à nous dépeindre les caractères de ses personnages, les liens qui les unissent ou les tensions qui les éloignent progressivement, en quelques traits, sans jamais tomber dans les lourdeurs qui sont trop souvent de mise dans le cinéma indé américain actuel. La relation de MEW avec son boyfriend est ainsi adroitement brossée, sans surlignage inutile. Smashed reste cousu de fil blanc et je ne le conseillerais pas vraiment, mais il faut bien lui reconnaître ces modestes qualités. Elles en font un film indé tout à fait matable, dont je peux comprendre qu'il ait su se faire remarquer, et dont on se demande bien pourquoi il n'a pas eu l'honneur de sortir sur nos écrans.


Smashed de James Ponsoldt avec Mary Elizabeth Winstead et quelques figurants (2013)

29 octobre 2012

The Thing (2011)

J'ai vécu ce que tout cinéphile peut désormais s'attendre à vivre un jour. J'ai vu naître le remake de l'un de mes films cultes. Comment ai-je vécu ça ? Comment m'en suis-je remis ? Je suis là pour vous en parler, pour vous faire part de mon expérience qui, sans doute, sera familière à bon nombre d'entre vous. Bien sûr, tout a commencé dans une sorte d'indifférence protectrice, toutefois mêlée à une curiosité malsaine, déplacée, celle-là même qui m'a personnellement amené à éventrer les sacs poubelle de mes voisines ou, pour prendre un exemple plus parlant et trivial, celle qui nous fait régulièrement checker les comptes Facebook de nos exs. Je ne voulais rien savoir de ce projet blasphématoire et à la fois je me tenais au courant, de loin et l'air de rien, des dernières infos. J'ai d'abord su qu'il s'agirait en réalité d'un prequel. D'un remake prequel. Un prequake. Appelez ça comme vous voulez. Ils doivent faire ça quand ils ont une très mince idée pour une histoire se déroulant avant les évènements du film en question, mais pas suffisamment de suite dans cette idée pour torcher à partir d'elle un vrai film à part entière. Bref. Déjà, c'était mauvais signe. Cela aurait pu être pire, bien sûr, ils auraient pu vouloir faire une suite. Mais non, ça, tout de même, ils n'ont pas osé. Peut-être bientôt, qui sait...


MacReady découvrant ce que devait être le dénouement de The Thing (2011).

The Thing version 2011 allait donc nous raconter ce qu'il s'était passé dans la station scientifique norvégienne, celle que visitait Kurt Russell au début de l'original de Carpenter lors d'une fabuleuse scène d'investigation à la lampe à pétrole. Nous allions ainsi savoir ce qui était arrivé à ces curieux scientifiques après leur découverte incroyable de cette Chose venue de l'espace et endormie dans la glace, qu'ils eurent la sale idée de réveiller... Ok, pourquoi pas, les quelques balises laissées par le film de Carpenter sur ces évènements antérieurs permettaient aux nouveaux scénaristes de ne pas trop se fouler tout en les incitant d'une certaine façon à créer et inventer à partir de cela. Ou pas. Première innovation : le casting de ce remake ne serait pas purement masculin, contrairement à l'original, puisque le premier rôle allait être tenu par Mary Elizabeth Winstead, dans la peau d'une paléontologue américaine venue prêtée main forte à ces norvégiens incapables et ignorants.


Mary Elizabeth Winstead, dont le dernier tweet, "Sucking some dicks in toilets", a fait le buzz.

Mary Elizabeth Winstead aka MEW (soit, en français, "MIAOU") est l'un des premiers noms qui fut attaché au projet et l'annonce de cette nouvelle provoqua la gronde des nombreux fans de l'original. Les plus intégristes d'entre eux, ardents nostalgiques de Kurt Russell, reprochaient principalement à MEW de ne pas pouvoir porter de barbe. Loin de ces considérations assez terre-à-terre, le choix de cette actrice, au physique de baby-sitter rêvée, révélait surtout la véritable nature du public désormais visé par ce remake horrifique : la tranche des 12-16 ans, ni plus ni moins. Entr'aperçue en tenue de cheerleader dans le méprisable Death Proof de Tarantino, héroïne de l'épisode 87 de la saga Destination Finale, petite fille de John McClane dans le ridicule Die Hard 4 et fantasme humain de l'insupportable Michael Ceara (dont le frère est ailier gauche au Paris Saint-Germain) dans Scott Pilgrim, MEW n'a jamais rien fait de plus qu'incarner un faire-valoir, un attrape-ados et un hameçon à adultes lubriques, à commencer par mon frère le Poulpe aka "The Human Wound". The Thing 2011 permettrait à la jeune actrice d'incarner pour la première fois le rôle d'une femme en doudoune, lourdement vêtue, et personne n'avait réellement hâte de voir ça. Le reste du casting serait composé de rescapés du petit écran et du monde du porno.


Il n'existe pas de photo de Matthijs van Hejiningen Jr, j'ai donc choisi de mettre celle d'un tocard lambda.

J'ai ensuite appris le nom du "réalisateur" (notez les guillemets) : Matthijs van Heijningen Jr. Alors là... Personne n'a d'explication. J'ai d'abord pensé qu'ils avaient choisi d'embaucher un norvégien pour plus facilement filmer ses semblables. Mais pas du tout, son nom a plutôt un fort arrière-goût d'edam... Engager un hollandais rêvant d'Amérique pour filmer des américains se prenant pour des suédois, à quoi bon ? Je me suis ensuite dit que, pour l'effet prévu au générique d'ouverture, il leur était peut-être utile d'avoir un réalisateur dont le nom contient plusieurs fois les lettres "t", "h", "i", "n" et "g" afin de fondre ensuite tout cela dans le titre du film, qui pourrait éclater à l'écran de la même façon qu'en 1982. Mais cette hypothèse, bien qu'assez maligne, ne tenait pas la route et, surtout, ne pouvait justifier à elle seule le choix de ce vidéaste débutant. Je n'ai pas d'exemples qui me viennent à l'esprit, mais ce type-là ne doit pas être le seul à proposer un tel infernal combo alphabétique.


Un étonnant petit caméo d'Alexandre Astier, victime de la Chose, devenue si propre en 2011...

Et puis évidemment, il y a eu la bande-annonce, brillamment décortiquée sur le vif par notre collègue Arnaud. Elle m'a surtout permis de constater, à la vue des SFX hideux utilisés pour les apparitions de la créature, que l'on a souvent plus d'imagination quand on est techniquement limité. Le film de Carpenter propose parmi les effets spéciaux les plus réussis et estomaquant (c'est le cas de le dire) de l'histoire du cinéma d'horreur, des effets d'une inventivité rare qui n'ont toujours pas pris une ride justement parce qu'ils ont été faits de façon artisanale, sans ces images de synthèses qui, à l'époque, n'auraient pas du tout autorisé la même débauche. Des effets, il faut aussi le préciser, rendus possibles par le talent inouï d'un Rob Bottin complètement allumé, qui termina le tournage à l'hosto, à bout de forces (je place ici une anecdote que je connais), et bien évidemment magnifiés par le style inimitable de John Carpenter. Ce nouveau film a quant à lui naturellement choisi de tout faire par ordinateur, proprement, sans trop s'embêter, et à l'écran, ça donne euh... ça donne quoi ? J'ai vu le film il y a quelques jours et je ne m'en souviens déjà plus ! La Chose n'a plus grand chose à voir avec celle d'il y a 30 ans, elle n'a pas l'air réel ou palpable un seul instant. La bande-annonce nous apprenait donc déjà qu'il n'y aurait rien à attendre de ce côté-là, c'est-à-dire du seul où l'on aurait pu espérer un peu, avec curiosité, puisque ce faux prequel devait logiquement nous montrer la Chose dans son état initial.


Il n'y a que dans les films qu'on tient les lampes-torches de cette façon. Je me suis toujours demandé pourquoi...

Quoi d'autre ? On apprend que la Chose, quand elle imite les personnes dont elle s'est emparée, rejette les plombages et autres éléments non-organiques de ce genre qu'elle ne peut reproduire. Du coup, l'inoubliable scène du test sanguin est remplacée par un moment de cinéma des plus ridicules qui aura l'air tout à fait banal pour nos amis orthodontistes : MEW fait ouvrir grand la gueule à chacun des personnages pour inspecter leurs dentitions à tour de rôle. C'est à pleurer ! A la fin du film, la Chose essaie de manger MEW en prenant la forme d'une énorme teucha. Faut-il y voir un message ? Une réponse à ceux qui considèrent que le seul personnage féminin du premier film est la Chose elle-même ? Je ne crois pas, je pense qu'il s'agit simplement d'une nouvelle facétie des gros geeks malades qui faisaient encore office d'experts en effets spéciaux, coutumiers du fait (cf. le monstre final de Prometheus). Cette transformation en immense sexe de femme est en tout cas le passage le plus étonnant de ce film de monstre finalement très basique ressemblant à mille autres, les plus mauvais, et qui s'applique à démolir le mystère du chef d’œuvre de Carpenter. Ne faites pas comme moi, ne le regardez pas, c'est inutile. Regardez plutôt ce que je considère comme le meilleur remake de Carpenter réalisé à ce jour : la version de The Thing signée Lee Hardcastle !


The Thing de Matthijs van Heijningen Jr avec Mary Elizabeth Winstead, Joel Edgerton et Ulrich Thomsen (2011)