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31 mars 2021

Uncut Gems

Janvier 2020. Le monde du cinéma découvre les frères Safdie. Août 86. Nous nous mettons d'accord pour nous lancer dans le blogging ciné au moment même où les frères Safdie décident de se lancer dans la vie. 2008. Joshua Safdie, enfin décollé de son frère siamois après une opération d'envergure qui est aussi une première mondiale, tourne The Pleasure of being robbed et nous sommes les seuls à le repérer. 2009. Les deux frères se retrouvent et tournent leur premier long métrage ensemble, l'un tenant la caméra de la main gauche (d'où les cadrages foutraques et le tremblotement permanent de l'image), l'autre la perche de la main droite (le son n'est pas dégueu). Ainsi naît Lenny and the kids, dont nous assurons toute la promo, de A à Z, sur les pages de ce blog. Nous sommes très contents, ne vous méprenez pas, que les frères Safdie aient percé leur trou, soient enfin connus du très grand public. Attention, ce qu'on écrit là, c'est aussi une première mondiale, c'est de l'exclu, du off, on ne le déballe pas en soirées pour se faire mousser, comme tous ces producteurs parisiens qui étalent leur carnet d'adresse à la première rencontre, fiers comme pas deux d'avoir un jour serré la main moite de Tarsem Singh ou de Tar Tampion, on n'est pas là pour parader, mais c'est vrai qu'on a eu le flair sur leur cas un peu avant l'heure grâce à notre état de veille permanente sur le cinéma mondial (fiction et non-fiction confondus). Bon ça peut avoir l'air prétentieux dit comme ça. Passons à l'analyse du film.
 

On pourrait croire à une photo de Cinoque et Benzema prenant dans leurs bras un taulard tout juste sorti de cabane, mais non, ce sont bien les frères Safdie de part et d'autre d'Adam Sandler, jolie photo prise par nos soins lors du passage du trio à la maison, en février 2020.
 
Janvier 2020. Le monde découvre qu'Adam Sandler est un grand acteur doublé d'un homme unique en son genre. Août 66. On est à la baguette de la rencontre entre Judy, enseignante d'école maternelle, et Stanley Sandler, ingénieur électricien (35-2003), descendant d'immigrants juifs de Russie (plus tard nous consacrerons un mémoire à la trajectoire de ce père, Stanley Sandler, pionnier dans tous les domaines, et en particulier dans celui de l'ingénierie électrique). Ce coup de foudre donnera naissance un mois plus tard à Adam Richard Sandler, enfant légèrement prématuré mais animé d'une rage de vaincre éternelle et bien décidé à croquer la vie à pleines dents, car passé si près de la faucheuse. C'est un peu le bébé du bonheur, et de ce blog. Adam a choisi le costume du clown, souvent lourd à porter, et qui lui aura valu quolibets et jets de pierres, drôle d'injustice pour un homme dont la noble ambition est de faire rire (de la plus vulgaire des façons). Nous l'avons soutenu sur ces pages quand il était tout au fond, vilipendé par absolument toutes les critiques papiers et numériques, et se baladait au quotidien dans un sac poubelle contenant ses trois effets, dont une étoile de ninja. Il aura fallu son Tchao Pantin (suite au désistement de Jonah Hill, qui devait tenir le rôle principal d'Uncut Gems, jusqu'à cette nuit sans lune où deux inconnus blogueurs ciné sont allés le ligoter sur son lit douillet, la veille du casting), pour que le monde du cinéma daigne reconnaître la présence, l'existence, le talent d'Adam Sandler.
 
 
De rien les mecs. Vous ne le devez qu'à vous-mêmes, à votre talent, et à nous.

Janvier 2020. Nous découvrons en avant-première mondiale les premiers rushs d'Uncut Gems, envoyés sur WeTransfer par les frères Safdie, soucieux de notre aval, avec comme mot de passe : "BeKindRewing". La première séquence, avec la découverte d'une pierre précieuse dans une mine lointaine, nous chope par le col, dénote un peu dans leur filmographie et crée de l'ouverture, donne de l'ampleur, envoie du souffle, promet de l'aventure. Deuxième séquence. Retour au bercail, au cinéma urbain trépidant, noir, nerveux que l'on connaît et où les frères Safdie ont leurs repères. Nous passons donc un bon moment devant ce film digne de leur cinéma, caméra au poing, rythme tendu comme le string de Guy Roux, direction d'acteurs jusqu'au-boutiste, défilé de tronches brisées (tous leurs amis d'enfance sont là, et quelques connaissances à nous, dont tonton Scefo, qui errait dans New York avec son club du troisième âge pendant le tournage, en quête d'un énième mad love), photographie urbaine giga-réaliste, montage syncopé, scénario minimaliste, exploration des failles de l'âme américaine à travers le personnage du gambler, cet accro au jeu, au dollar, à l'adrénaline incarné par un Adam Sandler complètement allumé de l'intérieur. Tout y est, et cependant, nous ne découvrons rien, contrairement au reste du monde cinéphile, et sommes peu surpris par la corde raide sur laquelle les frères Safdie nous font marcher tels des funambules allant droit vers l'échafaud et incapables de s'y soustraire. Encore faut-il avoir envie de se faire ramasser.
 
 
Uncut Gems des frères Safdie avec Adam Sandler (2020)

20 avril 2017

The Ridiculous 6

Avouons-le d'emblée : The Ridiculous 6 n'est pas un grand Adam Sandler. L'acteur comique, qui était au top de sa forme et totalement en roues libres dans That's My Boy et Jack & Jill, apparaît ici presque éteint, aux côtés de la très belle troupe qu'il a su réunir. Son nouveau film a les défauts que l'on peut tout à fait prévoir à la seule lecture de sa fiche technique. 119 minutes, c'est trop long, beaucoup trop long pour un film comique de ce genre-là. The Ridiculous 6 démarre d'ailleurs très mollement et l'on sait tout de suite que nous tenons-là un petit cru. Et puis ça décolle progressivement, à mesure que la petite bande s'agrandit. Mais voici l'autre défaut : bien trop de personnages comiques (à commencer par les six tocards du titre, mais la bande rivale menée par Will Forte est pas mal non plus), dont le potentiel véritable n'apparaît pas suffisamment exploité. Luke Wilson, par exemple, a quelques bons petits moments, il nous rappelle encore qu'il pourrait tout à fait porter sur ses seules épaules une comédie débile de cet acabit, ou être l'alter ego idéal d'une star de l'humour dans un buddy movie rêvé, et l'on regrette quasi systématiquement qu'il n'ait pas plus de place là-dedans.




A vrai dire, les six personnages principaux sont tous plutôt réussis, d'un pouvoir comique que l'on saisit immédiatement, mais aucun n'est véritablement marquant. L'un ou l'autre nous amuse de temps à autre, et guère plus. Ce western parodique a beau durer deux longues heures, il ne réussit jamais complètement à tirer le meilleur de son casting, de la plupart des situations dans lesquelles les six débiles se retrouvent empêtrés. Plus dommage encore, l'humour manque trop souvent sa cible. Le pourcentage de vannes ratées est bien trop élevé, certains effets comiques tombent tristement à plat, d'autres sont trop attendus et faciles. On se dit alors que Sandler aurait peut-être dû consacrer moins d'énergie à réunir un casting impressionnant et consacrer plus de temps à retravailler ses vannes... On navigue entre un comique très sage, tendant presque vers l'esprit Disney, et un humour sale et idiot, plus digne des meilleurs Sandler, que l'on attendait davantage. Et on aurait évidemment préféré que le film soit plus court et opte plus souvent pour la débilité totale, quitte à perdre une grande partie de son audience potentielle. Les derniers soubresauts de cette trop longue histoire finissent aussi par lasser un peu... 




Malgré cela, il faut aussi reconnaître que The Ridiculous 6 est ponctué de moments hilarants, parfois d'une absurdité vraiment osée. On se dit plus d'une fois "Mais c'est quoi ce film ?!". Quid de cette apparition étonnante de John Turturo qui débouche sur une scène inepte au possible où l'on assiste à la première partie de baseball de l'Histoire. On jurerait qu'il s'agit là d'une improvisation qui a mal tourné, d'une idée apparue à l'un des joyeux drilles impliqués dans cette affaire et aurait été jugée, sur le moment, hilarante par toute l'équipe, pour finalement donner lieu à un trou noir de 10 minutes au beau milieu du film. Un trou noir d'une débilité réjouissante ! Autre moment fort du film : cette partie de poker mettant en scène Mark Twain (incarné par un Vanilla Ice déjà croisé, avec plaisir, dans That's My Boy, et de nouveau intenable ici), Wyatt Earp, et le Général Custer, autant de caricatures à peine ébauchées, mais toutes remarquables par leur terrible connerie. On a beaucoup aimé aussi ce moment trop con trop bon durant lequel Luke Wilson raconte son histoire pour mieux expliquer à ses acolytes l'origine de sa culpabilité dévorante, un flashback glaçant nous apprend qu'il était le garde du corps un brin insouciant d'Abraham Lincoln le soir de son assassinat... On jurerait que le scénario a parfois été écrit sous influence. Que les acteurs, stimulés les uns par les autres, ont laissé libre cours à leur plus primaire stupidité. Mais cette sensation est hélas trop rare pour faire de The Ridiculous 6 un film comique que l'on aimera voir et revoir entre potes. Dommage, car il y avait là un sacré potentiel !


The Ridiculous 6 de Frank Coraci avec Adam Sandler, Terry Crews, Jorge Garcia, Taylor Lautner, Luke Wilson et Rob Schneider (2015)

19 septembre 2015

Men, Women & Children

Men, Women & Children est, tenez-vous bien, une étude anthropologique sur l'homme. Et plus précisément sur l'homme face à ce nouveau NTIC qu'est Internet. En fin sociologue, en observateur sans parti pris, en analyste bergmanien de la société de ses contemporains, Jason Reitman se plaît à disséquer l'impact d'internet sur la vie de différents personnages représentatifs de l'ensemble de la population mondiale connectée. D'où le titre, assez globalisant, ambitieux mais à raison, audacieux, en un mot. Le film débute par un regard impitoyable sur un père de famille lambda, clean, qui travaille dans un bureau, un brin frustré de la braguette mais bon bougre, intègre, avec son petit jardin secret pas tant rempli de cadavres que ça, mais dont l'imaginaire est, la faute au web, littéralement tapissé d'imagerie porno. Des scènes chocs, rappelant quelques moments clés d'Orange Mécanique, nous montrent Adam Sandler incapable de regarder sa grand-mère de 92 ans dans les yeux, car il la visualise aussitôt dans des gang bangs antiques, à la mise en scène volontairement négligée, et plaque malgré lui le visage innocent de son ancêtre sur tous les corps huileux et couverts de chapelure, gonflés aux amphétamines et parsemés de cicatrices, des acteurs et actrices professionnel.les qu'il admire à longueur de journée sur la toile. 




Ne laissant aucun répit au spectateur, Jason Reitman enchaîne avec un portrait efficace et étonnamment parlant du fils d'Adam Sandler, celui-là même qui, quand il retrouve son Macbook Air ouvert sur la fenêtre porno laissée béante par son père, se dit : "Je vais m'en tailler une aussi...", et dont le subconscient est parasité du matin au soir par des images flash de déviance porno, au point que cela dénature ses relations amoureuses naissantes. Plus machiavélique que jamais, Jason Reitman s'intéresse ensuite à la copine blonde de ce gamin, la bombasse du lycée, qui pose à moitié nue sur le blog MangerSansGluttenMaisAvecLaGaule.com, une adresse web mise au point par sa mère, qui profite des jolies formes de sa fille pour s'arrondir les fins de mois. Cette jeune demoiselle, au mental totalement hacké par des visions porno, s’engouffre dans une spirale du X dont elle ne ressortira jamais. 




Un échange de textos, a priori complètement anodin, entre elle et son copain, dit tout des dégâts causés par internet sur la jeune génération. Le premier sms est mignon : "Tu fais quoi ce soir ?", demande le gamin. Dès la réponse, ça commence à sentir la chkoumoune : "Ce soir, j'avais imaginé, dis-moi ce que t'en penses en toute honnêteté, que tu pourrais me réfracter le col du fémur tout en matant un snuff-gonzo hardcore plus soft que nos préliminaires d'hier." Troisième missive électronique : "Porqué no... A priori ça me va. Mais je te propose a contrario que nous fassions tout cela sous le regard de ta grand-mère, histoire de nous tailler une place dans l'antre du diable le jour du jugement dernier." Nouvelle rasade de mms, avec mst à télécharger en pièces jointes, qui, agrémentée d'une photo sans équivoque, nous prouve que l'un des deux membres du duo est déjà paré, voire sur le point d'avoir besoin d'un petit quart d'heure de break pour se remettre en jambe : "Ok, mais, petite réclamation de mon côté, c'est donnant-donnant, j'aimerais pouvoir me vanter, demain, au petit déjeuner, d'avoir frôlé la mort et de m'être fait avorter" (sexto envoyé par le jeune homme, ndlr). Ultime réponse : "Je veux te tuer". 




Relation banale de deux teenagers de l'an 2000 selon Reitman, qui ne s'arrête pas en si bon chemin puisque la mère de famille et la mamie y passent aussi. Autre sujet, autre dépendance, autre symptôme de la génération Y (qui a fait la guerre de 14, concernant la mamie du groupe). Quid donc de la mère qui, en passant l'aspirateur dans la chambre du fils, bouscule vaguement la souris de son ordinateur et rallume ainsi le diable (le fils a d'ailleurs nommé son "outil de travail", soit ce fameux PC officiellement acheté pour ses "TPE" de terminale ES : Proteus IV), découvrant l'esprit de Caïn à même le moniteur, sous la forme d'un truc en cours, d'un truc bien entamé, qui a été arrêté puis repris à de nombreuses reprises, sans véritable voyage dans la salle d'eau entre deux séances de lutte. D'abord un peu rebutée, la maman finit par s'approcher de l'écran à la façon de l'alien qui traque Bruce Willis dans la cave de Tom Robbins au cœur de la meilleure scène de La Guerre des mondes. Curiosity killed the cat, comme dit l'adage. Maman finit par se faire bouffer par le porno, comme tout le monde. Et comme, du coup, la mamie de la famille, qui ne pensait pas qu'un Ipad pouvait être autre chose qu'un plateau-repas, et qui troquera quelques séances de Scrabble contre autant de sessions "compte-triple" online. 




Dans une succursale de ce film à tiroirs, Reitman s'inspire ouvertement de Claude Sautet et nous gratifie d'une parenthèse enchantée et glaciale à la fois. Celle-ci met en scène Jennifer Garner, une autre maman obsédée par le porno et par le contrôle parental de sa fille de 14 ans. Contrôle qu'elle avoue lors d'un petit échange confidentiel avec la caméra de Reitman, où elle nous dit qu'elle essaye au mieux de reproduire toutes les techniques de Marcel "The Rock" Dessailly : travail au corps, épuisement nerveux de l'adversaire, épaule contre épaule, tentative d'épuisement moral de l'attaquant adverse collé à la culotte et poussé à s'arracher les cheveux et à frapper le sol du poing, sans oublier le menottage de l'ennemi sur les corners. Rappelons à toutes fins utiles que le but ultime de tout défenseur en zone est de rendre cliniquement fou l'avant-centre dont il a la charge, l'être humain qu'il a pour mission d'annihiler. Peu importe le nombre de buts concédés, la victoire, la défaite, les cartons, le fair-play, tout cela n'a aucune importance, seuls comptent la rage incontrôlable et le début de schizophrénie provoqués chez le numéro 9 d'en face. Jennifer Garner, donc, s'applique à décocher chaque item de l'historique web de sa fille mano à mano, s'inspirant des paroles de Manu Chao, alors qu'il suffit de cliquer sur "supprimer tout l'historique récent, passé et futur".

 


Reitman, dans la scène maîtresse de son œuvre, quitte alors une Jennifer Garner studieuse, méthodique, les lunettes vissées au nez et le nez vissé à l'écran, certaine de son efficacité, pour grimper les escaliers de la baraque, marche après marche, caméra au poing, afin de bien établir une continuité de temps entre deux espaces contigus mais à des années-lumières en termes d'usage du net, tandis qu'il débarque en douce dans la chambre toute illuminée de rose de la fille et que retentit en fond sonore un bon Farka Touré staccato qui réchauffe l'ambiance, pour nous dévoiler une gamine en réalité bien au fait des dernières possibilités offertes par TumblR et FaceTime, compressant ses seins à l'aide de ses mains face à une webcam qui tressaute sur son pied. De quoi mettre à la retraite le défenseur central qui cire le banc de touche dans le living-room au rez-de-chaussée, soit une Jennifer Garner littéralement aux fraises, sur le point d'apprendre, impuissante, que tous ses matchs ont été perdus sur tapis vert Freecell. Ce Reitman-là est donc le film choral définitif sur le net et ses répercussions sur le village-monde, un film qui enterre Disconnect, dans la même catégorie.


Men, Women & Children de Jason Reitman avec Adam Sandler, Jennifer Garner, Ansel Elgort et Olivia Crocicchia (2014)

6 novembre 2014

Les Frères Solomon

Si j'avais découvert ce film à l'âge de 10 ans, j'aurais certainement été très emballé, j'en garderais encore un souvenir ému, je serais président du fan-club français. Hélas, je l'ai maté presque 20 ans trop tard... Les Frères Solomon est une petite comédie américaine pratiquement de et avec Will Forte : l'acteur en a signé le scénario et a sans doute embauché un simple et sympathique faiseur derrière la caméra pour en assurer la mise en image. Will Forte, on l'aime bien. On l'a aimé en second couteau auprès d'Adam Sandler, il nous a enchantés en MacGruber et il nous a plutôt convaincus dans Nebraska, même si nous le préférons dans un autre registre, le registre comique où on le sent peut-être plus à l'aise. Il forme ici un duo avec Will Arnett, un autre acteur que l'on apprécie et dont on se rappelle surtout des coups d'éclats mémorables dans Hot Rod et Semi-Pro. Autant dire que l'idée de retrouver ces deux zigotos en tête d'affiche d'un film au pitch très simple, propice à tous les écarts comiques, nous mettait l'eau à la bouche.




Dean (Will Forte) et John (Will Arnett) sont deux frères inséparables, totalement débiles et socialement handicapés. Quand leur vieux père tombe gravement malade, ils se donnent pour grand objectif d'accomplir son dernier souhait : lui offrir un petit-fils. C'est ainsi que les deux frères, prêts à tout, se lancent à la recherche d'une femme qui accepterait de devenir la mère de leur enfant... Immédiatement, le film rappelle le grand classique des frères Farrelly, Dumb & Dumber, dont on attend la suite avec la gorge serrée. On sent bien qu'il s'agit de la principale inspiration de Will Forte, qui reproduit parfois des situations tout à fait similaires, par exemple lorsque l'un des deux personnages annonce fièrement avoir accompli un exploit particulièrement idiot et que l'autre réagit en redoublant d'enthousiasme, là où la logique voudrait qu'il l'engueule ou se désespère de sa bêtise.




Le duo formé par Forte et Arnett est, reconnaissons-le, d'une puissance comique incomparable à celle générée par Jim Carrey et Jeff Daniels en son temps, et la sensation de déjà-vu, si elle n'est pas vraiment gênante, annule quelques fois l'effet de surprise. Ces frères Solomon n'en restent pas moins assez attachants et l'on suit sans déplaisir leurs petites mésaventures, ponctuées par une paire de gags bien sentis. Tout cela est très léger, très sympathique, plutôt bien rythmé, ça dure 1h20 et on ne s'ennuie pas. Les acteurs secondaires font bien leur boulot, Kristen Wiig est égale à elle-même et on apprécie tout particulièrement Chi McBride dans la peau d'un gros costaud au physique de nounours mais au langage pas vraiment des plus châtiés... Il faut toutefois bien avouer qu'il manque systématiquement un petit quelque chose pour que le film soit réellement tordant et on se dit que c'est bien dommage, car avec ce petit quelque chose, on aurait pu tenir-là une petite bombe de drôlerie. Tel quel, les frères Solomon plairont surtout aux plus jeunes, aux moins exigeants, découvrant ce film par hasard et ravis de passer un bon petit moment, mais n'attendant pas grand chose de plus.


Les Frères Solomon de Bob Odenkirk avec Will Forte, Will Arnett, Chi McBride et Kristen Wiig (2007)

4 avril 2014

MacGruber

Il faut rendre à César ce qui appartient à César, et César porte aussi le nom de Will Forte. On savait l'acteur, issu du SNL (pépinière de talents au même titre que La Beaujoire), capable d'illuminer l'arrière-plan d'une comédie de haute volée par ses saillies comiques au cordeau : on se souvient notamment de lui dans l'excellent Crazy Dad. On le sait maintenant, et rétroactivement, capable de porter sur son dos un film entier et de donner vie à un personnage principal mémorable, de ceux que l'on rêve aussitôt de retrouver dans des suites à n'en plus finir. MacGruber, qui s'inscrit pourtant dans une longue lignée de parodies des grandes figures de films d'action des années 80 (de MacGyver, évidemment, à Rambo), entre au panthéon de nos personnages comiques les plus chéris, aux côtés de certains protagonistes interprétés par Will Ferrell, Jim Carrey ou Adam Sandler (la sainte Trinidad et Tobago, Tobago étant donc Will Forte, si vous suivez).




Même s'il est le pilier de ce film réalisé par Jorma Taccone (également acteur, par exemple dans l'excellent Hot Rod), Will Forte a su s'entourer, et c'est la marque des plus grands. Il est ici épaulé par un Ryan Philippe sans tabou et sans fierté mal placée, ainsi que par Kristen Wiig, actrice rarement décevante et que l'on a déjà appréciée dans Mes Meilleures amies ou Walk Hard. A noter aussi la présence de Val Kilmer, qui se fait plaisir dans le rôle du méchant, et de Powers Boothe, trogne connue du cinéma des années 80, dans le rôle du colonel de service. Mais c'est bien Will Forte qui règne en maître sur le film et qui nous tire des larmes de rire sur un petit paquet de scènes, qu'il éclabousse de sa folie comique et de son talent d'acteur.




Qu'il chiale la mort de ses recrues, qu'il supplie qu'on lui pardonne ses erreurs en proposant toutes sortes de pratiques sexuelles répugnantes ou qu'il fasse l'amour, y compris à un fantôme, en poussant des cris d'ours enroué, dans tous les cas Will Forte crève l'écran et invente des scènes qu'on se repasse en boucle sans jamais se lasser. C'est typiquement le genre d'acteur dont on regarde les scènes coupées en se demandant où s'arrête le talent et où commence le génie, où se tient la frontière entre l'acteur et le personnage, et comment peut-on monter un film porté par un tel acteur sans le faire durer des heures et des heures, façon Béla Tarr, pour se marrer sans fin ?


MacGruber de Jorma Taccone avec Will Forte, Ryan Philippe, Kristen Wiig, Val Kilmer et Powers Boothe (2010)

5 décembre 2013

Bachelorette

Cette comédie américaine a cela de méprisable qu'elle nous fait vaciller sur nos propres certitudes. Le film fait le portrait de trois jeunes femmes, des trentenaires bien d'aujourd'hui, réunies pour le mariage de leur amie commune. La future mariée (Rebel Wilson) a semble-t-il, c'est film qui le dit, le défaut ultime d'avoir moins de sex appeal que ses camarades, et d'être notamment en surpoids. D'où la rage qui naît chez les trois pimbèches chargées d'organiser la fête, jalouses, indignées, révulsées que la moins sexy des quatre soit la première à se caser. Kirsten Dunst joue la working girl overbookée apparemment à l'aise dans sa peau mais à deux doigts de la crise de nerf et terriblement solitaire. Lizzy Caplan interprète la brune dynamique et imprévisible, restée coincée sur un échec amoureux datant du lycée mais incapable de le reconnaître pour ne pas froisser son amour propre. Et enfin Isla Fisher incarne la demeurée de la bande, hystérique nymphomane, suiveuse naïve et délurée qui multiplie les bourdes et les conquêtes pour faire illusion, quitte à sombrer dans une attitude autodestructrice qui l'empêche de voir le bonheur lorsqu'il se présente. Le scénario a l'air plutôt finaud dit comme ça, mais gardez à l'esprit qu'on veut seulement bien dépeindre ces trois personnages et que si un jour Leslye Headland, la réalisatrice et scénariste du film, lisait ces lignes, elle serait elle-même sur le cul, car à l'image vous ne trouverez que trois connasses rivalisant de connerie et impliquées dans une suite de péripéties minables au sein d'un film irritant, sans rythme, sans humour et sans intérêt.




Et pourtant ce triste film nous a bousculés dans nos convictions. D'abord concernant Kirsten Dunst, que nous respections jadis. Cette jeune femme de notre génération a réussi, joué dans quelques films intéressants, fait preuve d'intelligence dans ses choix (elle n'a jamais tourné avec Tarantino), mais elle se ridiculise ici et s'avère incapable de faire sourire son public. Ensuite, et surtout, ce pauvre film a questionné notre propre éthique et notre rapport aux femmes. Le spectateur mâle de cette daube peut finir par s'interroger sur lui-même et s'auto-soupçonner de misogynie si dès le départ, comme nous, il prend en grippe les trois énergumènes épuisantes qui s'agitent à l'écran, et se trouve surpris par une envie de tout casser devant leurs facéties régressives ô combien vulgaires. La pire, dans la course à la grossièreté, étant Lizzy Caplan, qui sort des insanités à intervalles réguliers et finit par créer un malaise palpable. Force est alors de constater qu'on ne supporte pas de voir et d'entendre ces grasseries à longueur de scènes, alors qu'on adore l'immaturité et le langage châtié des personnages incarnés ici ou là par Will Ferrell, John C. Reilly, Adam Sandler, Andy Samberg, Will Forte ou d'autres. Pourquoi rions-nous chez ces messieurs, et pourquoi pleurons-nous chez ces dames ? Au-delà du monde d'humour qui sépare un film comme Bachelorette de films comme Step Brothers, Crazy Dad, Hot Rod, ou MacGruber, ne serait-ce que sur papier, c'est-à-dire avant qu'un homme ou une femme n'interprète les dialogues et les situations en question, au-delà aussi d'un certain talent de comédien essentiel à la comédie (qui pourrait décemment comparer Will Ferrell et Lizzy Caplan ?), on en vient à se demander si une petite pointe de misogynie ne s'en mêlerait pas dès lors que nous ne tolérons pas la vulgarité crasse de ces demoiselles quand nous en redemandons à ces messieurs.




Sauf qu'il se trouve que nous sommes d'authentiques fans de la dénommée Melissa McCarthy qui, dans le registre de l'humour qui tache se place là. L'actrice n'a pas son pareil dans le domaine de l'obscénité débitée sur un flow presque incontinent. Vous nous direz peut-être, et nous y avons nous-mêmes pensé, que, dans notre prétendue misogynie, nous acceptons d'une femme moins immédiatement sexy ce que nous refusons chez des jeunes premières qui correspondent aux standards de beauté des podiums hollywoodiens (Dunst, Caplan, Fischer y correspondent toutes plus ou moins). Mais le fait est que nous rions aussi, quand elle nous y aide un brin, aux facéties de Kristen Wiig (dans Mes Meilleures amies, d'ailleurs aux côtés de Melissa McCarthy, ou dans Walk Hard), comme nous rions des pitreries de Sandra Bullock, actrice hollywoodienne-type (au même titre que Kirsten Dunst), qui a maintes fois élargi son registre à la comédie, souvent pour le pire, parfois pour le meilleur, comme dans Les Flingueuses, en side-kick de la sus-nommée Melissa McCarthy.




En définitive, le vrai problème d'un film comme Bachelorette n'est donc pas notre redoutée misogynie mais bien, d'une part, sa médiocrité (le film n'est jamais drôle), et, d'autre part, ses personnages, qui ne sont rien d'autre que trois parfaites ordures. Le film oublie, avouez que c'est dommage, de nous rendre son trio de trentenaires attachant. Bachelorette veut s'inscrire dans la mouvance du très médiocre Very Bad Trip en tournant le scénario au féminin, sauf que ce film modèle, si imparfait soit-il, pense à ne pas détester ses personnages et présente trois individus très différents mais pas forcément détestables. Si l'on aime certains personnages d'adolescents attardés, de machos débiles, de sales gosses, de prétentieux narcissiques, de grands naïfs ou de désespérés sentimentaux incarnés par Will Ferrell, Steve Carell, Zach Galifianakis, Adam Sandler, Will Forte, Will Arnett ou Jim Carrey, c'est parce qu'ils sont d'abord attachants, sympathiques, aimables et un peu humains. Impossible de rire avec les trois héroïnes infectes de Bachelorette, qui passent le film à mépriser leur amie obèse, à la jalouser, à ruiner consciencieusement son mariage et à sortir des horreurs sur elle sans discontinuer. On s'attendrait à ce que cette attitude ne soit que le point de départ de l'histoire, menant à un rachat quasi immédiat afin que les personnages récupèrent vite notre empathie, mais les trois débiles hautaines et méprisantes du départ sont toujours aussi pourries à la fin, et l'on se demande encore comment des auteurs de comédies (Apatow tombe aussi très souvent dans ce travers, par exemple avec le récent 40 ans mode d'emploi - et la France n'est pas de reste, de l'horrible Le Prénom à la série Platane d'Eric Judor) peuvent espérer nous captiver et nous donner envie de rire à gorge déployée en déployant sous nos yeux, et pendant des heures, une ribambelle de connards et de connasses imbuvables. C'est un peu comme aller à un one man show de Nicolas Bedos. Comment rire ?


Bachelorette de Leslye Headland avec Kirsten Dunst, Lizzy Caplan, Isla Fisher et Rebel Wilson (2012)

7 octobre 2012

Crazy Dad (That's my boy)

Très récemment nous avons salué la performance d'Adam Sandler dans le pourtant très décrié Jack & Jill. Rappelons qu'Adam Sandler détient le record de Razzy Awards, ces prix donnés aux soi-disant pires films américains et quasi systématiquement remis à des films comiques, humbles et simples de préférence mais unanimement malmenés, typiquement les comédies d'Adam Sandler qui a l'immense mérite de ne jamais se prendre au sérieux et celui non moins grand de simplement vouloir faire rire les gens. A côté de ça les vrais films coûteux, détestables, prétentieux, sérieux à n'en plus pouvoir et ratés de A à Z sont traités avec égards par ces cérémonies frileuses, par exemple Dark Knight Rises, John Carter, Nine, Prometheus, ou ces films qui pour le coup remportent de vrais Oscars et qui sont de vraies merdes, à l'image de Collision. Pourquoi donc s'en prendre à un artisan du rire comme Sandler, modeste et sincère, ou à d'autres comiques comme lui qui peuvent se louper parfois mais qui savent au moins ponctuellement nous rendre heureux et qui ne méritent pas qu'on les enfonce davantage quand ils ont le malheur de ne pas parvenir à faire rire.




On peut se consoler en se disant qu'Adam Sandler n'est apparemment pas du genre susceptible et qu'il a dû depuis longtemps prendre son parti de telles insultes, au contraire peut-être d'un Jim Carrey plus friable et plus sensible, sans doute soucieux de son image et désireux de s'accoler une étiquette dramatique. Sandler aussi a flotté dans de petits mélos, en récoltant parfois les salutations de la critique (chez Paul Thomas Anderson dans Punch Drunk Love par exemple), mais quand on voit ce qu'il enchaîne on se dit qu'il n'est pas du genre à espérer poser un Oscar au milieu des Razzies étalés dans ses chiottes et qu'il cumulera les films comiques jusqu'à la fin, quitte à ne plus faire marrer qu'un ou deux individus, et nous sommes volontaires pour l'encourager dans cette voie. Adam Sandler est le comique américain actuel qui donne le plus le sentiment de ne reculer devant rien pour susciter le rire par tous les moyens. Will Ferrell, notre idole pour toujours, a les mêmes qualités mais son humour tend plus vers l'univers de l'enfance que vers celui de l'adolescence, qui est le terrain de jeu favori de Sandler, en tout cas dans ses derniers films, d'où un humour plus bon enfant chez Ferrell et toujours au service d'un éloge entier à des valeurs universelles telles que l'amitié ou la fraternité là où les valeurs de Sandler sont moins affirmées, car même si la famille est un thème récurrent chez lui, elle est enfouie sous des litres d'alcool et de sperme. Ainsi ses films sont ponctués de scènes sans limites, au-delà d'outrancières, repoussant les frontières de la connerie, franchissant les limites du "normal" allègrement et sans souci, se torchant à chaque instant avec la bienséance et le politiquement correct (vous verrez tout de suite de quoi on veut parler si vous osez regarder ce film, à ne pas forcément partager avec tous les membres de la famille).




Quand on voit Adam Sandler adipeux comme jamais, en surpoids pour le rôle, rasé à l'aveugle, habillé comme un vrai clodo fan de Star Wars, avec une voix indescriptible qu'il prend d'un bout à l'autre du film pour inventer un personnage singulier qu'il anime de toutes ses forces, on se dit qu'il aime ce qu'il fait et qu'il le fait jusqu'au bout avec passion, sérieusement, et l'homme mérite au moins du respect et de la considération pour ce dévouement, ces offrandes qu'il nous fait et sa croyance totale en son but. Son ambition, sa tâche, est de nous faire rire le plus possible et il y parvient à merveille. Pour peu qu'on dépasse un prélude un peu mollasson vis-à-vis de la suite (on parle de 8 petites minutes de film), on se retrouve devant un spectacle qu'on jurerait échappé des tronches d'extra-terrestres sous acides, concocté par une bande de types - menés par un malade nommé Sandler - qui marchaient sur l'eau quand ils ont écrit le scénario et quand ils l'ont tourné avec certainement pour mot d'ordre de s'amuser à chaque instant, de tout oser et de tout garder au montage (même s'il doit exister des scènes coupées à se damner, comme dans ces films de Will Ferrell dont on regrette qu'ils ne dépassent pas allègrement les deux ou trois heures quand on en découvre les scènes supplémentaires de folie ; quid d'Anchorman dont les seuls rushes ont permis de monter un second film à part entière au moins aussi drôle que le vrai). On rit sans arrêt pendant au minimum une heure et demi et c'est chose rare. Il est difficile de dégager les meilleurs moments du film tant ça n'arrête pas, et si on devait par exemple évoquer un temps fort, comme la séquence de l'enterrement de vie de garçon d'Andy Samberg, ce serait un temps fort de près de 22 minutes montre en main ! Après avoir vu Crazy Dad on n'a pas envie de se repasser telle ou telle scène mais tout le film car le rythme est fou et aucun temps mort ne vient le rompre.




Avec ce film, encore plus déjanté et plus drôle que Jack & Jill, notre Adam Sandler est plus que jamais pointé du doigt par la critique et semble-t-il par une bonne part du public (qui le préfèrent peut-être dans des films plus sages où la star est muselée, du genre Copains pour toujours, qui aura une suite) alors qu'il atteint ici ses sommets dans la folie pure et le nihilisme le plus hilarant. Il aura sans doute outré quelques petits supporters infidèles ou timorés mais il aura gagné un blog francophone qui le suit maintenant de près et qui tâchera de le défendre sur la toile. On a beaucoup parlé d'Adam Sandler jusqu'ici dans cette critique, qui est de tous les plans dans le film et qui est clairement son moteur, mais il faut dire que notre ami a su s'entourer avec science d'une belle bande de bras cassés qu'on adore, allant d'Andy Samberg, génial dans Hot Rod et de nouveau génial ici dans le rôle du fils de Sandler, à Will Forte, déjà géant dans le rôle titre de MacGruber et qui ici magnifie chaque apparition et chaque ligne de dialogue qui lui est donnée, tel un Claude Makélélé moins sous le feu des projecteurs qu'un Zidane mais essentiel à la fluidité du jeu, accélérant les actions, faisant le relai entre la défense et l'attaque comme pas deux et, au finish, à l'heure des bilans, se révélant avoir parcouru trois mille kilomètres en 93 minutes en touchant 203 ballons pour n'en perdre que deux, relâchés après les deux coups de sifflet de l'arbitre mettant un terme à chaque période. Pour revenir au film et pour conclure, c'est une pure tuerie, et regardez bien dans nos yeux quand on dit ça, percevez notre amour débordant et vrai pour ces gens bien intentionnés et doués qui ont consacré un bon moment de leur vie à peaufiner et pondre une bête de soirée, un film à se repasser en boucle au moindre coup de mou, et qui ont su nous procurer une dose de rire anti-rides hallucinante (sauf rires d'expressions, on a des tranchées terribles qui partent du coin des mirettes pour se rejoindre à l'arrière du crane) en deux heures de temps qui passent en un éclair. Merci Adam.


Crazy Dad (That's my boy) de Sean Anders avec Adam Sandler, Andy Samberg, Will Forte, Vanilla Ice, Eva Amurri, Susan Sarandon et James Caan (2012)

19 août 2012

Les Meilleurs amis du monde

Près de vingt ans après Mes Meilleurs copains de Jean-Marie Poiré, où Christian Clavier, Jean-Pierre Darroussin, Marie-Anne Chazel et Jean-Pierre Bacri arboraient des permanentes monstrueuses et des tenues de cirque pour singer les hippies français des années 60/70, Julien Rambaldi réalise Les Meilleurs amis du monde, où Marc Lavoine porte une grosse moustache et des lunettes fumées et où Pascale Arbillot étouffe sous un carré blond bouffant digne de la chevelure plastifiée d'une Doris Day sous amphétamines non pas pour caricaturer une époque passée - le film se déroule de nos jours - mais pour nous faire rire... Je suis peut-être le seul dans ce cas mais je l'avoue : j'ai vu ce film. Et en entier, grâce à une fatigue de celles qui vous enlisent devant les pires spectacles et vous les font endurer sans réaction. Lorsqu'on a survécu à l'une des premières scènes où l'on voit Léa Drucker chanter au volant de sa Volvo avec Pef à ses côtés, sur la route de la maison de vacances d'un couple d'amis qui en fait les déteste, on s'enfile forcément le reste, par masochisme dégueu.


"Pef" et ses amis se torchent avec le cinéma et moi je les regarde faire...

Bref, j'ai vu la chose, malgré les conseils de Félix, malgré sa prévenance et sa bienveillance. Je resitue la scène : un soir, devant mon mac, DD externe branché, fichiers ouverts sur le bureau, Félix à mon côté le doigt pointé vers le .avi des Meilleurs amis du monde, me regardant droit dans les yeux en secouant la tête lentement de la gauche vers la droite. Cet homme est attentionné, il est protecteur, c'est le meilleur ami du monde et lui n'en fait pas des films de merde. Pourtant j'ai cliqué, j'ai fait glisser et collé. Pire encore, je l'ai vu. Et je l'ai vu en entier... C'est une infatigable saloperie mais ce qui me tue encore et toujours devant ce genre d'horrible bavure cinématographique, c'est l'incapacité de ces gens-là à accoucher ne fut-ce que d'une seule vanne, d'une seule plaisanterie. Je vous avais déjà fait part de mes interrogations face à ce phénomène anti-humour à propos de Mon Beau-père et nous. Je me répète un peu mais c'est un mystère qui reste entier et qu'il faudrait résoudre un jour ou l'autre, le mystère de l'incompréhensible faculté de ces soi-disant comiques à ne pas décrocher le moindre sourire au spectateur en une heure et demi de soi-disant comédie.


Marc Lavoine n'est plus du tout en train de jouer.

C'est presque impossible normalement. Même avec un bruit de pet on devrait être capable de faire marrer. Je pense à cette scène dans Step Brothers où John C. Reilly lâche une interminable caisse dans le bureau de son futur employeur, lequel analyse la situation en disant que ce vent sent l'oignon et le ketchup et que la pièce est trop petite pour contenir un pareil pet. C'est très con, c'est que dalle, c'est un pet, mais ça peut suffire parfois, quand c'est bien joué, agrémenté de répliques originales et bien géré par un timing au cordeau. Et quitte à verser dans le scato pur et dur, comme Adam Sandler dans Jack & Jill, on peut y aller à fond et faire durer la situation en allant crescendo dans le comique de geste, comme quand le personnage masculin du film en question est littéralement défenestré par l'homoncule merdeux qui lui grimpe dans les narines après avoir traversé la porte des gogues où sa sœur, également jouée par Sandler, se libère de quelques tortillas... Eh bien beaucoup de gens ne savent même pas faire rire avec les choses les plus simples, avec une chose aussi simple qu'un long pet : je vous renvoie à Jurard Gégnot au début de Rose & Noir, qui n'arrive qu'à rendre la chose sordide et repoussante et à nous soulever l'estomac gratos... Les types aux manettes des Meilleurs amis du monde n'ont même pas l'idée du pet, quoique si, le scatologique leur vient à l'esprit, il y a tout un tas de scènes où Pef dessine sur des rouleaux de PQ et où Marc Lavoine défèque sur un trône donnant immédiatement sur le jardin, mais ils n'ont pas le minuscule truc en plus qui permet de faire rire à partir des expédients comiques les plus basiques et se contentent d'accabler leurs rares spectateurs. Ils mériteraient d'être le sujet d'une thèse angoissante de para-psychologie, ou plutôt de chimie moléculaire sur la mort par manque de sollicitation du génome de l'humour. A noter que Julien Rambaldi, le réalisateur de ce torture flick, est le fils de Carlo Rambaldi, créateur et père de la marionnette d'E.T., ce qui fait de lui un authentique extra-terrestre, un petit homme vert. Après tout peut-être que sur Mars sa grosse daube fait pisser de rire quelques tarés...


Les Meilleurs amis du monde de Julien Rambaldi avec Marc Lavoine, Pef, Léa Drucker et Pascale Arbillot (2010)

6 août 2012

Jack et Julie

Tout le monde s'est plu à tomber à bras raccourcis sur ce film. Regardez l'affiche, regardez les deux têtes de Sandler sur le poster, pensez-vous vraiment qu'il prenne son ouvrage très au sérieux ? Pourtant la plupart des critiques l'ont traité avec un sérieux rédhibitoire. Pour les moins convaincus regardez la dernière scène du film, qui sonne comme un demi-aveu de Sandler, lequel sait très bien ce qu'est son film et s'en tape royalement. Dans la dernière séquence Al Pacino, qui joue son propre rôle avec une auto-dérision de chaque instant poussée à un stade encore jamais atteint dans l'histoire de l'humanité, regarde la pub que vient de lui faire tourner le personnage joué par Sandler, et dit à ce dernier avec un mouvement balancier de l'index et un regard ultra persuasif issu de son expérience acquise auprès de Coppola dans la série des Parrains qu'il ne faut pas la diffuser, qu'il faut même trouver les gens qui l'ont vue et leur parler. Cette scène annule toutes les critiques assassines que le film a reçues et fait de son auteur un être omniscient prévoyant les coups à l'avance à la façon de François Hollande au top de sa campagne présidentielle.



Quel spectacle nous est offert par Adam Sandler, double spectacle même puisqu'il joue deux rôles dans ce film, et notamment celui d'une grosse conne. Jack & Jill (transformé par les adaptateurs français en "Jack et Julie" alors que la logique de la françisation aurait appelé à un bon vieux "Jacques et Guilaine", un peu moins sexy certes mais logique et approuvé par l'Académie Française), Jack & Jill donc fait partie de ces rares films qui sont si bêtes, si tarés, si cons, d'une débilité tellement assumée et entière qu'ils en acquièrent une forme de génie qui a le don de nous scotcher sur place et de nous faire rire un bon moment. C'est un film de Dennis Dugan, le pivot droit des Spurs de San Antonio, et c'est un film bien rythmé puisque les scènes à la con s'enchaînent sans temps mort. Malgré sa taille handicapante Dugan assure l'essentiel. La plupart des plans sont tournés en plongée mais ça n'est pas gênant, et on ne se plaindra pas que Katie Holmes dévoile ainsi ses nipples rabougris mais costauds. De vrais moments de grâce sont captés par la caméra, comme cette partie de soccer improvisée en terrain mexicain durant laquelle Adam Sandler, dans son rôle de femme exubérante, fait des miracles, enchaîne les petits ponts dans une chorégraphie terrible digne des Zidane et autres John Terry. La joie du comédien et de son doubleur pieds est communicative, décuplée par trois par la mise en scène énergique et inventive du taulier Dennis Dugan. Adam Sandler se risque aussi à nous refaire l'éternelle scène de la chiasse frénétique et incontrôlable qui va presque jusqu'à défenestrer un autre personnage pris de cours par l'odeur infecte de ses flatulences. Qui ne rit pas devant cette scène merdeuse n'est pas humain et vient de confirmer la présence d'eau sur Mars.



Ce film a récolté tous les razzy awards du monde et pourtant Dieu sait que Pacino signe là son premier grand rôle since S1m0ne, et pour de vrai depuis Un Aprèm de clébard (1975 !). Il y a cette scène où son propre téléphone sonne en pleine représentation shakespearienne au théâtre et où il répond à Adam Sandler en demandant au public de la fermer pour entendre ce que l'autre lui dit. Et quand sa doublure se ramène près du rideau pour lui proposer de le remplacer il lui rétorque "Personne n'a envie de voir ta gueule". Mais c'est quand même Sandler qui mérite nos louanges et notre plus grand respect pour ce film nihiliste qui fait du bien par où ça passe et qui a eu l'immense mérite de nous faire marrer comme en 40.


Jack et Julie de Dennis Dugan avec Adam Sandler, Adam Sandler, Al Pacino et Katie Holmes (2012)