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3 février 2014

A Bittersweet Life

Commençons par le pitch. Un grand chef de la mafia peu commode suspecte sa petite amie, d'une trentaine d'années sa cadette, d'avoir une liaison avec un autre homme. Il demande donc à son bras droit, le fidèle et efficace Sun Woo, de surveiller la jeune femme et de l'éliminer, purement et simplement, s'il la surprend en galante compagnie. Peu indifférent au charme délicat de la demoiselle, Sun Woo ne saura, cette fois-ci, honorer sa mission ; il ignore que cela entraînera des conséquences tout à fait démesurées... Voici donc le point de départ de ce qui pourrait être un énième film de vengeance venu d'Asie, mais que Kim Jee-woon transforme en un pur exercice de style jubilatoire, que je pourrais même qualifier de « jouissif » si ce mot n’était pas employé, en général, pour de mauvaises raisons. Une chose est sûre : A Bittersweet Life est, à mes yeux, l'un des tous meilleurs thrillers coréens de ces années 2000 où l’on en a vu tant débarquer en fanfare sur nos écrans, très souvent couverts de récompenses et accompagnés d'une solide réputation parfois déceptive. J'annonce donc la couleur, ce papelard sera à la fois foutraque et à sens unique !




Il faut d'abord voir avec quelle efficacité Kim Jee-woon réussit à planter le décor, en quelques secondes, en quelques traits. Dès la fin du générique d'ouverture, on y est ! On se retrouve immédiatement plongé au cœur d'une ambiance feutrée, dominée par des intimidations et une hiérarchie malsaines, qui paraîtra très familière aux amateurs de films de gangsters ; on suit de près les agissements d'un homme de main tout en élégance et en charisme, droit dans ses bottes, opérant avec classe et sans bavure. Tout le talent du cinéaste est de nous amener directement dans un cinéma dont on connaît parfaitement les codes, de le faire avec une telle maestria et une telle aisance que l’on a un seul réflexe : accepter d'être en terrain archiconnu pour mieux être embarqué dans cette histoire linéaire, montant progressivement en tension, qui sera le prétexte à un réjouissant enchaînement de morceaux de bravoure et de scènes joliment envoyées.




A Bittersweet Life est constitué de deux parties assez distinctes et c'est surtout la première que j'apprécie tout particulièrement. Dans celle-ci, Kim Jee-woon prend son temps, développe une mise en scène très aérienne, extrêmement fluide, et procède aussi à un remarquable travail sur le son. Cette patience et ce souci du détail font du film un véritable travail d'esthète, un plaisir pour les sens. Des plages d'ambiance, des moments de quiétude quasi contemplatifs, précèdent des explosions brutales où la violence est toujours très stylisée, beaucoup moins grand-guignolesque et frontale que dans le thriller horrifique très remarqué que le cinéaste a réalisé par la suite, toujours avec son acteur fétiche, J'ai rencontré le diable. La première collaboration des deux hommes est également traversée par un humour noir et corrosif typique de ce cinéma coréen qui mélange souvent ces registres sans que cela ne porte jamais atteinte à la cohérence et à l'équilibre de l'ensemble. Ici, des situations absurdes viennent parfois tourner le genre en dérision, sans altérer la force et la sincérité du vibrant hommage qui lui est ici porté. D’ailleurs, ce travail sur le genre, et sur un thème très commun à ces films, la vengeance, Kim Jee-woon le poussera encore plus loin dans J'ai rencontré le diable, justement, avec plus de radicalité et peut-être moins de légèreté…




Quand, dans la deuxième partie, Kim Jee-woon filme la vengeance irrésistible de son personnage, on assiste à un véritable ballet sanguinolent, la chorégraphie des scènes de fusillade ou de combat est très travaillée, sans être surfaite, et leur cohérence compte assez peu (comment un homme, même très remonté et animé par une rage terrible, peut-il se débarrasser d'une trentaine d'opposants belliqueux et armés jusqu'aux dents ? on s’en balance !). Et puis il y a une scène particulièrement réussie et incroyable de suspense qui à elle seule pourrait m'amener à défendre le film entier ! Cerné de très près dans la planque de quelques revendeurs d’armes un peu idiots, notre héros, assis face à un ennemi découvrant progressivement la réelle identité de son vis-à-vis, doit, pour s'en tirer, réassembler une arme qu'il vient juste de démonter. Une course improvisée, inexplicable pour les autres personnages, spectateurs des évènements, est alors lancée entre les deux hommes. Elle se conclut par un échange de coups de feu aussi rapide qu'imprécis, qui nous laisse cramponné au fauteuil. La lisibilité et la limpidité idéales de cette scène, la façon qu'a Kim Jee-woon de filmer les regards de ses acteurs, leurs mimiques stressées ou hébétées, de jouer avec la lenteur paradoxale de la situation avant son dénouement pétaradant, tout cela en fait un vrai modèle du genre, que je ne me lasse pas de revoir, juste pour le plaisir ! C’est un sacré moment, qui nous fait retourner en enfance, à l’âge où l’on se fait des films, où l’on invente des bandes-dessinées de cow-boys, ce genre de choses. Un plaisir simple, donc.




Parmi les influences évidentes du Drive de Nicolas Winding Refn, on a souvent cité quelques titres plus ou moins cultes du polar moderne américain (Thief de Michael Mann, To Live and Die in LA de William Friedkin ou The Driver de Walter Hill…), mais plus rarement le film de Kim Jee-woon, référence pourtant ouvertement citée dans quelques interviews par le cinéaste danois. J'encouragerai donc les nombreux fans de Drive à lui donner une chance, ils ne pourront que l’apprécier. Le « driver » est une figure très proche de l'homme de main interprété par le beau Lee Byung-hun. Et si l'on a déjà pu se moquer du jeu apparemment fort limité de Ryan Gosling dans le film de NWR, il faut ici reconnaître au bellâtre asiatique une précision assez impressionnante et vraiment remarquable : dans un rôle certes un peu moins mutique que son homologue canadien, il livre une prestation très maîtrisée et dégage surtout une incroyable présence à l'écran. On a ainsi aucun mal à comprendre et à partager ses sentiments, et donc à accepter ce schéma revanchard que l'on ne connaît que trop bien. Afin de rassurer les anti-Drive, pour qui ce rapprochement serait rédhibitoire, je préciserais que cette vie aigre-douce est certainement moins vide, moins creuse émotionnellement, notamment grâce à ce que je viens d'évoquer ; sans parler du fait que les sublimes compositions de Yuhki Kuramoto planent à des années lumières de Kavinsky.




Malgré son aspect assez minimaliste et sa sècheresse narrative, et peut-être aussi grâce à cela, A Bittersweet Life parvient à éveiller l'imagination ainsi que les réflexions autour de son protagoniste. Lors de sa conclusion sanglante, nous arrivons même à la lisière du fantastique, sur les traces d'une sorte de fantôme vengeur défiant la mort pour achever ses représailles. Lee Byung-hun campe un personnage qui paraît condamné à une pauvreté sentimentale extrême et qui dérive soudainement d'une trajectoire toute tracée quand on lui enlève ce qu'il envisageait sans doute comme une dernière chance de ressentir, d’éprouver, de vivre, pour se lancer dans une vengeance méthodique et implacable tel un mort-vivant inarrêtable. L’ombre lointaine du Samouraï de Jean-Pierre Melville plane sur ces films-là. Il se dégage de ce "néo-noir" sud-coréen presque esthétisant une même symbiose, une même harmonie entre un acteur et son metteur en scène. Quand on revoit ce film aujourd'hui, on regrette que le cinéaste se soit par la suite perdu outre-Atlantique le temps d'une collaboration infructueuse avec une méga-star sur le retour, Arnold Schwarzenegger, pour un film, Le Dernier rempart, qui n'a rien donné et dont tout le monde est ressorti perdant. On espère à présent que Kim Jee-woon retournera très vite à ses premières amours, retrouvera l'excellent Lee Byung-hun, lui aussi égaré dans des productions hollywoodiennes sans âme, pour nous livrer un autre film de genre de cette tenue !


A Bittersweet Life de Kim Jee-woon avec Lee Byung-hun, Hwang Jung-min et Shin Min-a (2005)

5 juillet 2011

J'ai rencontré le Diable

Du cinéaste coréen touche-à-tout Kim Jee-Woon, dont le précédent long-métrage était un hommage aux westerns de Sergio Leone (Le Bon, la brute et le cinglé), j’avais déjà pu voir deux films que j’avais plutôt appréciés : A Bittersweet Life et Deux sœurs. Si je garde un bon souvenir du premier, c’est pour la maestria déployée par le cinéaste dans la mise en boîte des nombreuses scènes d’action qui rythment le film, malgré la vacuité plutôt gênante de l’ensemble et la petite impression de déjà-vu que ne manquait pas de laisser cette énième histoire de vengeance. Quant à Deux sœurs, il s’agissait d’un film d’horreur bien torché, largement au-dessus de la moyenne, contenant son petit lot de scènes flippantes, et qui savait lui aussi captiver du début à la fin. Hélas, doté d'un twist empêchant certainement d’apprécier les visionnages ultérieurs, Deux sœurs donnait l’impression d’arriver un peu tard et de surfer sur une vague lancée par les Ring et compagnie, bien qu'il leur était peut-être supérieur. Malgré ces petites réserves, c’est avec un certain enthousiasme que je me lançais dans J’ai rencontré le Diable, le dernier long-métrage de Kim Jee-Woon, très remarqué dans de nombreux festivals et déjà auréolé d’une belle réputation que la blogosphère participe grandement à véhiculer.


On est ici en présence d'un thriller quasi horrifique, particulièrement sombre et tendu, dans lequel un agent secret rancunier (le très charismatique Lee Byung-Hun) se lance dans la traque de l'assassin de sa fiancée, un terrible serial killer incarné par un Choi Min-Sik plus détestable que jamais. Le film apparaît donc à première vue comme une assez banale histoire de vengeance de plus, venant se ranger aux côtés de Old Boy et des autres films de Park Chan-Wook ; une histoire que l'on suit néanmoins avec un certain plaisir grâce au talent et au savoir-faire évident de Kim Jee-Woon pour mener avec efficacité son récit. Mais à partir du moment où le héros met en place un jeu du chat et de la souris particulièrement macabre entre lui et le tueur, le scénario prend une tournure aussi déconcertante que malsaine. Le film parvient alors à dépasser les limites du genre si balisé que le cinéaste revisite et auquel il s'attaque sans détour. Kim Jee-Woon semble nous inviter à réfléchir sur l'absurdité de ces films. Ce retournement se fait néanmoins à un certain prix, car le film va au bout de son idée et amène par conséquent son héros à agir de plus en plus connement, un comportement qui a en outre des conséquences tragiques et inéluctables. L'implication du spectateur face à ce spectacle absurde, aux frontières de la bêtise, n'est alors plus tout à fait la même que lorsque l'identification avec le personnage principal était encore possible et fonctionnait comme il se doit. L'efficacité du film en prend un petit coup, mais son propos, si l'on peut dire, devient nettement plus intéressant. En plus de nous démontrer qu'une vengeance planifiée et réfléchie est complètement absurde et n'amène rien de bon à son auteur, bien au contraire, le cinéaste Kim Jee-Woon pousse le spectateur à s'interroger sur sa propre place face à la violence, et plus précisément face à l’histoire sanglante qui nous est contée et que l’on suit malgré tout, comme fasciné et médusé par les agissements de deux protagonistes qui finissent par tristement se ressembler, et se confondre totalement. De façon radicale, Kim Jee-Woon dynamite totalement le film de vengeance, à tel point que l'on se demande s'il sera possible d'en regarder d'autres après celui-ci.



J’ai rencontré le Diable nous arrive encore une fois en même temps qu’une vague de films asiatiques très remarqués qui ont tous en commun d’être des thrillers assez jusqu'au-boutistes dans la violence qu’ils dépeignent (The Chaser, Slice, Bedevilled, Man from Nowhere et je dois en oublier…). Certaines scènes sont effectivement assez dures, même si, de mémoire, ça n'est jamais plus choquant que des images qu'on peut retrouver dans les derniers Cronenberg. J'ai rencontré le Diable est clairement habité par cette violence, d'un réalisme très cru, que l'on retrouve dans la plupart des films coréens, mais elle est ici mise en scène sans complaisance, sans effets de mauvais goût (pas de ralentis douteux sur un marteau ensanglanté faisant des allées et venues dans la tronche d'une victime sans défense - The Chaser) et accompagnée d'une réflexion sur elle-même. A mon sens, tout cela participe à faire de ce film le meilleur de la liste évoquée précédemment. Pour les amateurs du genre, j'imagine même aisément qu'il doit s'agir d'une petite perle à ne louper sous aucun prétexte. Pour ma part, je reconnais avoir été scotché pendant près de 2h30 et je constate, à l'heure où j'écris ces lignes, que je me souviens encore très bien de ce film six mois après l'avoir vu. Kim Jee-Woon a sans aucun doute signé-là son film le plus intéressant.


J'ai rencontré le Diable de Kim Jee-Woon avec Lee Byung-Hun et Choi Min-Sik (2011)

12 avril 2011

Slice

Je ne suis pas près de revoir un thriller asiatique de si tôt. Ah ça non ! J’en ai ras-le-bol de ce genre de films. Dans ces pages, nous avons déjà pointé du doigt le pourtant acclamé Old Boy de Park Chan-Wook, dans une critique aussi absurde et bête que le film lui-même. Sans regret. Slice nous vient quant à lui tout droit de Thaïlande et je me le suis envoyé hier soir à la place de TopChef, il est donc encore tout frais dans mon crâne d’œuf. Plus frais que The Chaser ou J'ai rencontré le Diable, autres films un peu du même genre que j’ai vus récemment. Pour que vous compreniez là où je veux en venir, je vais me contenter de vous raconter l’histoire de Slice, en essayant d’être le plus clair possible et sans omettre le moindre détail, ce qui n’est pas du tout gagné étant donné à quel point le scénario est tordu… Alors tenez-vous bien !

Bangkok, nowadays. Le héros, prénommé Taï, est un tueur à gages emprisonné qui continue néanmoins à effectuer sa profession intra-muros en éliminant des taulards un peu trop gênants sous ordre de ses supérieurs, qui ne sont nuls autres que des policiers. Lorsqu’une psychiatre pénitentiaire lui demande comment ça va, notre héros tire la tronche et lui cause de ses rêves récurrents, qui semblent être autant de souvenirs désagréables mettant en scène un petit garçon, des valises rouges et des cadavres lacérés. Ceci nous est montré par des flash-back accompagnés d’effets de fort mauvais goût qui font très « série-télé » et agressent nos innocentes mirettes. Pendant ce temps, la ville est frappée par un svelte serial killer qui se balade dans une sorte d’immense anorak rouge. Ce psychopathe a la particularité de découper ses victimes en morceaux, de façon à ce qu’elles contiennent ensuite dans une valise rouge, qu’il dépose un peu n’importe où afin de laisser aux flics le loisir de les découvrir. Le tueur en série s’amuse aussi à arracher les parties génitales de ses victimes pour leur mettre dans le fion. Craspec. Heureusement, ceci nous est juste lourdement suggéré. En outre, ses victimes sont toutes des gros obsédés sexuels, faisant appel aux services des nombreuses prostituées de Bangkok, de préférence transsexuelles, shemales, ladyboys, trannies, ou très juvéniles. La Thaïlande, c’est des putes et des trans’ de partout, demandez à Freddy Mitterrand qui se fait appeler dans la région "two-headed dick, three cumshots", et c’est en tout cas ce que montre ce film, promis à un succès international grâce au scénario machiavélique que je vais continuer à vous dévoiler sans aucun embarras.


En Thaïlande, cet acteur est considéré comme le Richard Gere thaï, la quintessence de la classe.

Un enquêteur camé à la chevelure blanche hirsute et abonné aux chemises hawaïennes à la Ace Ventura dispose d’un délai de 15 jours pour coincer le tueur qui commence à s’en prendre à des personnalités haut placées. La psy pour taulard l’informe alors du lien qui pourrait exister entre Taï et l'individu à capuche tant recherché. Après moult hésitations, il est décidé de donner pour mission au héros de partir à la traque du serial killer et, pour qu’il accepte, on lui promet qu’il sera ensuite libéré de taule et qu’il pourra donc rejoindre sa copine, une thaïlandaise blonde à forte poitrine prénommée Nouille dont il est éperdument amoureux.


Désolé, j'ai cherché une caps où on voyait sa forte poitrine, sans succès.

A la recherche du tueur, Taï revient sur les traces de son passé et se rend compte que ses rêves sont de simples bribes de souvenirs à peine déformés. La jeunesse du héros nous est alors contée à grand renfort de retours en arrière parfois assez inutiles mais qui permettent au film d’avoir le statut de « long-métrage ». On apprend donc que lorsqu'il avait une dizaine d’années, Taï était tiraillé entre une bande de copains brutaux, cruels, méchants, bref, en plein âge bête, et un petit garçon plus solitaire, plus tendre, plus doux, prénommé Nat. Tandis que les premiers lui proposaient d’aller mater discretos la trainée de leur village, le second l’invitait à faire du cerf-volant, à toucher son petit kiki ou à contempler le paysage perchés sur le toit d’une cabane en jouant aux playmobils. Surtout, quand la petite bande de salopards le surprenait en train de traîner avec Nat, c’était la cata : Nat se faisait rouer de coups et traiter de pédé, tandis que le jeune Taï n’esquissait pas le moindre signe de révolte, voire se défendait d’être le pote de Nat, et participait même activement à le bastonner. Nat n’étant pas du genre rancunier, il continuait malgré cela à tenter de copiner avec Taï qui, après 56 bastonnades et humiliations en règle de plus, décida tout de même de prendre le parti de son petit compagnon et de se faire rouer de coups à son tour. Mais leur amitié ne pouvait s’épanouir normalement, puisque Nat continuait d’être la risée de tout le village, et ce notamment parce qu’il était le grouillot de l’épicière (peut-être sa mère, mais j’en suis pas sûr), une femme souffrant d’une terrible maladie de peau faisant de son corps un innommable amas de pustules hideux. Un détail du film assez surprenant et je serais d’ailleurs curieux de savoir si une telle maladie existe. En outre, le petit Nat n’avait vraiment pas de chance puisqu’il avait pour papa un taré profond qui, pour le punir, lui faisait littéralement bouffer ses tongs et, quand il jugeait que la bêtise commise méritait un châtiment plus sévère, choisissait tout bonnement de l’enculer. Pour compléter le tableau, Nat avait été violé par l’un de ses professeurs dont il avait dû sucer la teub de force après qu’il ait été surpris dans son bureau alors qu’il tentait d’honorer un pari idiot avec Taï. Tu parles d'une enfance à la con ! Dans le présent, l’enquête piétine et les cadavres s’accumulent, avec toujours des meurtres que l’on devine d’une cruauté sans nom. L’une des victimes, retrouvée dans une valise rouge, finit par exemple le corps asséché par l’ingestion d’alcool fort et, pour couronner le tout, avec des playmobils profondément enfoncés dans le colon. Le tueur réalise aussi un véritable carnage dans une boîte de nuit érotique lors d'une scène horriblement filmée, incluant ralentis et effets visuels douteux.


Taï, Nat et leur cerf-volant, deux minutes avant de recevoir la baston du siècle.

Au bout d’une heure de film, le héros fait le lien entre ces victimes et toutes les personnes qui, jadis, humiliaient son pote Nat. Ce sont bien elles qui ont toutes finies dans une valise, condamnées à s’auto-administrer un terrible head-fuck ! Nat est donc le tueur , scoop ! Maintenant que l’on sait qui c’est, y a plus qu’à mettre la main dessus. C’est là que le héros se souvient que Nat et lui avaient quasiment terminé dans le petit monde de la prostitution de mineurs, macrocosme très actif en Thaïlande, d'après Fred Mitterrand. Il se remémore également de ce qui les avait définitivement brouillés : l’homosexualité manifeste du jeune Nat, qui se faisait de plus en plus collant, et qu’il avait fini par repousser en s’écriant « Oh je suis pas à voile et à vapeur ! ». Abandonné par son seul ami, le petit Nat termina dans une petite valise rouge, prêt à satisfaire des touristes en échange d'une poignée de bahts dans des chambres d’hôtel miteuses.


LA scène du film, celle qui vous fera le détester et le quitter.

Par un ressort narratif dont je ne me souviens plus exactement, notre héros, qui est au parfum que les changements de sexe vont bon train dans son pays, décide dans un éclair de lucidité de montrer une photo actuelle de Nat au chirurgien esthétique du coin (une photo préalablement empruntée à l’épicière, toujours aussi dégueue et désormais aux portes de la mort). Survient alors le twist final de ce film démoniaque. Lors d’un morphing de tous les diables à partir de la photo du visage de Nat, entrecoupé d’extraits rapides des opérations chirurgicales qu’il a subies, nous découvrons que Nat, le serial killer, n’est autre que Nouille, la bien-aimée du héros ! ma chaise s'était littéralement envolée ! J’étais sur le cul et ultra blasé ! Et je viens donc de vous spoiler le film. Mais je me disais que c’était un accord tacite entre vous et moi, acté dès le début de ce texte affreux. De toute façon, si vous m’avez lu, je ne vous ai pas seulement gâché le film, je vous ai aussi flingué la journée. Et j’en suis pas peu fier…


Heureusement que la caméra ne va pas plus près...

Mais ça n'est pas fini et quitte à raconter le film, autant aller jusqu’au bout du bout et faire ça complètement. Taï est donc un peu dégoûté d’apprendre que son amoureuse est un transsexuel homo et qu’il s’agit donc de Nat, qui l’aimait déjà alors qu’il n’était qu’un petit garçon. Éprouvant néanmoins des sentiments pour lui (ou elle ?), il choisit de le retrouver à leur ancienne cabane, suite à une ellipse bien pratique pour masquer les failles du scénario. Il découvre alors Nat les cheveux de nouveau bruns et dépourvu(e) de sa poitrine mystérieusement disparue. Après une petite causerie courtoise, et alors que les flics rappliquent, Nat demande à Taï de le flinguer, chose qu'il exécute non sans essuyer quelques larmes. Rideau.


Taï et Nat se retrouvent dans les larmes et le sang, avec toujours le sacro-saint pistolet qui règle tout.

Alors je ne sais pas si j’ai tout compris et si je n’ai pas oublié certains détails, mais une chose est sûre : je n’ai rien inventé ! Dans quel état doit-on avoir le ciboulot pour être capable d’inventer une telle histoire ? Je me le demande ! Le pire, c’est que ce genre de film captive de façon très vilaine : on veut connaître le fin mot de l’histoire, justement, pour découvrir à quel point elle est malsaine et tordue. C’est moche, c’est très moche. Et plein de films sont comme ça. On pense donc bien entendu à Old Boy, où, je le rappelle, un type est séquestré des années pour être amené à baiser sa propre fille à la sortie, sans qu’il s’en rende compte, afin d’assouvir la vengeance d’un type qui devrait plutôt jouer aux Sim's. Dans J'ai rencontré le Diable de Kim Jee-Woon, c’est aussi une histoire où la vengeance est un plat qui se bouffe congelé, puisque le héros, dont la fiancée a été victime d’un terrible serial killer, choisit, une fois qu’il a coincé ce dernier, de lui enfiler un capteur GPS dans le bide, pour mieux le relâcher, et ensuite le suivre à la trace et lui coller une raclée dès que ça le démange. Véridique.

Tous ces films sont particulièrement glauques et violents. Les personnages s’envoient des baffes pour s’adresser la parole quand une simple tape amicale sur l’épaule aurait suffit. Je viens, d’une certaine manière, de les imiter. Et je m’en veux. En effet, plutôt que de vous raconter toute l’histoire de Slice, j’aurais peut-être mieux fait de la fermer, et de simplement vous dire que c’est ultra naze. Désolé.


Slice de Kongkiat Khomsiri avec Arak Amornsupasiri, Jessica Pasaphan et Artthapan Poolsawad (2010)