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2 mars 2013

McCabe & Mrs Miller

McCabe & Mrs Miller, magnifique western très bien placé au sommet de la filmographie de Robert Altman (s'il ne s'agit pas tout simplement de son chef-d’œuvre), a sa place parmi la plus étroite liste de mes films préférés. Réalisé en 1971, en plein essor du Nouvel Hollywood, le film réunit à l'écran un couple à la ville : Warren Beatty et Julie Christie (qui partageront à nouveau l'affiche, notamment dans Shampoo de Hal Ashby, en 1975). Warren Beatty incarne un anti-héros total, John McCabe, ex-tueur à gages reconverti en joueur de poker et proxénète à la petite semaine, venu s'installer en 1902 dans une bourgade minière du Nord des États-Unis pour y faire tourner bon an mal an un petit bordel qui tient plus du bouge terreux que de l'hôtel de passe. Quand le petit succès de son commerce s'ébruite, notre homme est vite rejoint par une maquerelle entreprenante, l'éternelle putain au cœur d'or des grands westerns, Mrs Miller, interprétée par la sublime Julie Christie, qui impose plus qu'elle ne propose au très influençable McCabe une association en bonne et due forme : il s'occupera de faire les comptes, si seulement il sait compter, elle prendra en charge les filles, leur toilette et la gestion des clients. McCabe accepte les avances de cette femme autoritaire et intelligente, séduit par l'appât du gain et par Mrs Miller elle-même.




Petit à petit, l'entreprise prend de l'ampleur et attire la convoitise de quelques propriétaires terriens et autres puissants nantis qui prennent contact avec McCabe pour lui racheter l'affaire. Mais ce dernier, en paradoxal pleutre obstiné, refuse et doit combattre trois tueurs envoyés sur ses traces. Le film d'Altman fait le tableau d'une Amérique bâtie sur la quête sans scrupule du profit et sur le règne absolu de la violence. La persécution des petits propriétaires par les riches possédants est un thème cher au western, mais le happy end de The Far Country (Anthony Mann, 1954) n'est plus de mise à l'aube d'une décennie, les années 70, où le révisionnisme est de circonstance, comme achèvera de le claironner l'immense Porte du paradis de Michael Cimino.




Le film, comme la plupart des grandes œuvres du Nouvel Hollywood, est d'un pessimisme total. C'est le récit, fataliste et désenchanté, d'un homme condamné d'avance face aux puissances de l'argent-roi et du commerce, voué à une mort certaine dans l'oubli d'une petite ville isolée dans les montagnes et recouverte de neige mais déjà semée d'enseignes publicitaires et marchandes, et dont le bar à putes, avec ses tables de jeu, a peu à peu vidé la jadis sacro-sainte église, dont le curé traverse le film tel une figure mortifère avant de prendre les armes lui-même. La mort est inévitable et plane sur l'ensemble du film, gratuite, aussi inévitable qu'inutile : impossible d'oublier cette scène où un gamin se fait abattre par un autre - mort absurde et choquante - et sombre dans l'eau glacée d'une rivière sous le regard hébété de ses amis.




Mais dans ce contexte morbide pointe une histoire d'amour sublime, non-exaucée, avortée même, mais sublime, entre McCabe et Mrs Miller. Notre héros minable (pourtant superbe, Warren Beatty était bel homme, c'est entendu, mais dans ce film il atteint ses sommets) tombe immédiatement amoureux de sa partenaire et quasi-patronne, qu'il ne supporte pas de voir monter avec des clients, qui lui ferme la porte au nez pour s'abandonner aux vapeurs de l'opium et qui, parce qu'elle le domine de la tête et des épaules en matière d'intelligence, lui interdit toute tentative d'approche et d'épanchement. Les plus belles séquences du film sont celles où Altman filme Warren Beatty, seul dans sa chambre, faisant les cent pas en maugréant dans sa belle barbe noire contre cette femme qu'il aime et qu'il n'aura jamais, pire, qu'il partage avec d'autres hommes et qu'il doit payer quand elle lui fait la grâce de l'accueillir dans son lit. La simplicité avec laquelle le cinéaste filme ces séquences les rend absolument bouleversantes. Idem quand il montre les amants officieux ensemble, McCabe se plaignant sans arrêt de leur condition dans un langage moins vernaculaire que de coutume tandis que Mrs Miller - et Julie Christie n'a jamais été aussi charmante qu'ici - le regarde depuis son lit, droguée, souriante, radieuse. Et l'alchimie particulière qui se crée entre cette histoire d'amour impossible, l'attente d'une mort imminente, l'ambiance froide et chaleureuse à la fois de ce village montagnard enneigé, les belles chansons mélancoliques du grand Léonard Cohen et la lumière rousse et pâle si caractéristique de Vilmos Zsigmond, définitivement rattachée au meilleur cinéma américain des années 70, font de ce film une merveille.


McCabe & Mrs Miller de Robert Altman avec Warren Beatty, Julie Christie, René Auberjonois et Shelley Duvall (1971)

21 février 2012

Collision

Je me demande parfois si je suis normal. En effet, quand j'ai vu ce film au cinéma, il y a près de 7 ans, l'ensemble des gens dans la salle avait l'air extrêmement satisfait. Je m'en souviens comme si c'était hier, cela m'avait particulièrement choqué. Une fois la séance terminée, un homme brun âgé d'une quarantaine d'année avait même levé les poings au ciel en signe de victoire. Véridique ! Pour ma part, je me rappelle avoir baissé la tête en signe de dépit. Je souhaitais quitter la salle le plus vite possible ; mais, cinéma d'arts et essais oblige, les lumières prirent leur temps pour se rallumer, uniquement une fois le générique terminé, et je ne tenais pas à gâcher ce moment de plaisir intense à mon voisin qui semblait si heureux et qui prenait littéralement son pied. Il me fallut donc patienter, en encaissant cette musique de fin très cliché, un peu comme les trois quarts des situations de ce film choral d'une lourdeur sans nom.




Malgré un nombre de stars impressionnant à l'affiche, le film se noie. Je vous énumère les acteurs : Don Cheadle (entr'aperçu dans Hotel Rwanda), Jennifer Esposito (un hymne aux bienfaits du métissage), Matt Dillon (abonné aux rôles de connards pas malins et qui devrait se poser des questions), Ryan Phillippe (deux "p", deux "l" répète-t-il toujours à longueurs d'interview tout en lâchant deux caisses façon mitraillette et en mimant un oiseau qui décolle), Sandra Bullock (dans un rôle très difficile qui a dû souvent lui faire dire "What the fuck am I doing here ??") et d'autres comme Brendan Fraser (peu crédible mais qui s'en sort dans son rôle de procureur libéral) ou Thandie Newton (qui, dans la vraie vie, a nommé son premier enfant Ripley Scott, en forme de double hommage très appuyé au papa d'Alien). Les scènes-choc s'enchaînent jusqu'à ne plus rien provoquer chez le spectateur ; surtout qu'à la fin, ou disons la dernière demi heure de ce film si long, elles sont toutes au ralenti ! J'avais vraiment l'impression de regarder une pub EDF-GDF, sans oublier la bande-son omniprésente, composée essentiellement de chants plaintifs où une femme vraisemblablement très malheureuse ne s'exprime que par des "Ooooooh-oooouuuhh-yèèè". Cela doit être la même bonne femme triste qui a signé tous les ignobles jingles pubs de France Télévision, vous savez, ceux que l'on peut seulement entendre en milieu d'après-midi et qui nous flinguent la journée. Affreux.




Ce chassé-croisé de destins comme Hollywood en raffole finit donc par ennuyer copieusement, par agacer sévèrement, ou par faire rire franchement, quand on décide, dans un réflexe d'auto-défense salvateur, de prendre tout ça au second degré. Bien sûr, quand on rigole à la mort d'un personnage, on peut se poser des questions quant à la qualité de ce film, où la psychologie est traitée à "coups de haches", comme le dit mon paternel, à tel point qu'on a la sensation de regarder la pire des séries télé. Il faut revoir cette scène où Sandra Bullock, se trimballant dans son immense baraque en chaussette, le téléphone vissé à l'oreille, glisse honteusement dans l'escalier et manque de se briser la nuque. Ce passage atteint un sommet de ridicule ! Pas grand chose à reprocher aux acteurs finalement, je préfère tout mettre sur le dos de Paul Haggis, qui signait là son premier film après avoir été le scénariste attitré de Clint Eastwood. Pour la subtilité, Paul, il faudra repasser. Ton film est une enclume ! Tout ça pèse des tonnes ! Et dire que certaines critiques, à l'époque, avaient parlé d'"un parfait mélange de Magnolia et Short Cuts"... Pauvre Altman, il a dû prendre un coup de vieux, et il n'y avait aucune raison d'insulter si cruellement le jeune Paul Thomas Anderson. Télérama avait raison !




Élevé au rang de film faisant partie des "meilleurs de tous les temps" par les votes parfois très difficilement compréhensibles du site IMDb, Collision s'avère au final être une arnaque totale et une fausse alerte pour moi qui, à l'époque, espérais réellement quelque chose de bon. Jeune et innocent, j'y allais vraiment avec les meilleures intentions et les plus grands espoirs. Il faut dire que le film passait pour une vraie pépite fraîchement remise au goût du jour. Il avait été auréolé de l'Oscar suprême, à la surprise générale, et il était même ressorti en salles outre-Atlantique spécialement pour concourir à cette prestigieuse cérémonie. La preuve que celle-ci n'est qu'une vaste blague, des ententes et des arrangements entre les studios les plus puissants. Avec du recul, Collision apparaît comme l'infâme porte-drapeau de ce cinéma américain post 11-septembre qui cherche à nous dépeindre une société cloisonnée et qui se veut lourdement réconciliateur, dépassant les clivages à coups de bazooka et de scènes larmoyantes indigestes. Avec ce cocktail explosif dont il avait trouvé l'odieuse formule, Paul Haggis signait là des débuts en fanfare derrière les caméras. Depuis, le réalisateur canadien n'a jamais su renouer avec le succès et j'en suis ravi. Il s'est perdu Dans la vallée d'Elah, réquisitoire contre la guerre encore une fois très lourdaud, puis il a tourné le remake d'un thriller français efficace, Pour elle, en le rendant long et chiant. Deux mots qui résument très bien ce qu'était déjà Collision. A fuir.


Collision de Paul Haggis avec Don Cheadle, Thandie Newton, Sandra Bullock, Jennifer Esposito, Matt Dillon, Brendan Fraser, Terrence Howard, Ryan Philippe et Michael Peña (2005)

23 octobre 2011

L'Apollonide - Souvenirs de la maison close

Quand je pense que Drive a eu le prix de la mise en scène à Cannes... Mais ne déshabillons pas Paul pour habiller Jacques. Parlons de L'Apollonide. L'amour qui émane du regard porté sur ses personnages par Bertrand Bonello est primordial, car c'est l'un des films les plus durs qu'il m'ait été donné de voir ces derniers temps. Plus difficile encore à regarder que le récent Vénus noire d'Abdellatif Kechiche, auquel L'Apollonide renvoie par bien des aspects, la scène de la visite médicale entre autres, mais surtout celle de la "soirée un peu spéciale" où le monstre est tripoté par des vicieux, dont Bonello lui-même, qui questionne le voyeurisme et interroge la responsabilité de ceux qui montrent comme de ceux qui regardent, à l'instar donc du film Kechiche, plus cru et plus violemment réaliste. A vrai dire, le film m'a mis personnellement dans un état de malaise, de peine, de souffrance même, assez étonnant.




L'organisation du récit, avec ces boucles un peu "vansantiennes" dans la première partie du film, révèle la quotidienneté de la maison close, son enfermement temporel et son ressassement insupportable en même temps que s'instaure un enfoncement inéluctable vers le jaillissement de l'horreur : la fin de la première partie - avec ces plans oniriques, autres, ces images ensanglantées, ces hurlements qui résonnent dans la maison creuse et ne semblent pas appartenir à la réalité, rompant avec le visuel établi jusque là - est digne d'un pur film d'épouvante. Le film vacille entre un obscur onirisme baroque et un réalisme tranchant plus constant, nous présentant au final un univers littéralement horrible. C'est d'ailleurs, soit en passant, et contrairement aux préjugés de certains animateurs radio ou télé qui en parlent sans l'avoir vu, le film le moins érotique qui soit. Au sens où on l'entend prosaïquement disons, c'est-à-dire en oubliant que l'érotisme a partie liée avec la mort (relire Bataille). Le film qui donne à voir, sinon à vivre, avec justesse et sans complaisance aucune, l'horreur de la condition de ces putains, leur désespoir absolu et leur envie de mourir. 




De la même façon que le destin de ces filles est sans issue, sans rémission, le film n'offre aucune échappatoire, pas de bouffée d'air frais, même pas dans cette séquence à la campagne où l'on pourrait croire que se profile une envolée de "joie", car la scène est elle aussi plombée par une incurable peine, à l'image de Léa (Adèle Haenel) que l'on voit monter dans un arbre et qui dans le plan suivant est ramenée au sol, allongée à côté de Clotilde (Céline Sallette), pour à nouveau évoquer avec son amie ces jeux d'esclaves de luxe infâmes que leur imposent leurs clients, qui les hantent constamment. L'espoir d'une échappatoire est aussi contredit par l'usage du splitscreen, qui cloisonne la maison et la rend encore plus close (dans les pas peut-être de Max Ophüls et de l'introduction géniale du fragment du Plaisir consacré à La Maison Tellier), contraignant les filles jusque dans la liberté de leurs gestes et mouvements, toutes réduites au même labeur oppressant et répétitif. La fin du film, qui n'en finit pas de finir (et ce n'est pas ici un reproche), est à nouveau une épreuve, car elle montre bien par son indécision qu'on n'en finit pas avec cette "putain de vie de putain" (sic), et le spectateur ressent quelque chose de l'ordre de ces larmes de sperme qui concluent l'une des dernières séquences, de ce trop-plein au bord de la nausée.




Les images inventées par le cinéaste rejouent avec élégance l'imaginaire collectif de l’apparat des maisons closes, comme dans la scène où les filles descendent l'une après l'autre les escaliers qui mènent au salon, scène qui rappelle encore Le Plaisir. Il faudrait revoir aussi les dessins et peintures de Degas dans son Carnet érotique édité par Norbert Wolf aux éditions du Chêne pour y retrouver la substance de certaines des compositions de Bonello. Le cinéaste recompose également l'imagerie des sombres coulisses de la maison, avec par exemple l'abandon dans l'opium, qui évoque le McCabe and Mrs Miller de Robert Altman. Certains regretteront peut-être l'usage d'une musique anachronique mais le cinéaste ne s'en sert pas pour séduire son audience (suivez mon regard), et le générique d'ouverture, apparemment très "cool", est voué à être réduit en miettes par la suite du film, comme si Bonello nous disait : c'est beau en photo et sans couleurs ? Attendez le mouvement, attendez le sang. La bande-son est plutôt bien employée, comme dans cette scène de danse après la mort ulcérante d'une des filles, où le réalisateur casse son jouet pour en montrer les rouages (mais pas seulement), quand il arrête la musique au moment où Céline Sallette entre dans la pièce et voit ses camarades de naufrage danser en silence. Il relance le même morceau ensuite et, faisant d'une pierre deux coups, vient de nous rappeler que sa musique est une musique de film, et de suggérer en même temps que cette chanson-là (Nights in white satin), qu'il aime sans doute profondément et considère probablement comme la musique la plus adéquate et la plus juste pour dire l’écœurement et la douleur des filles endeuillées, cette musique-là qui n'existait pas en 1900, Bonello est persuadé qu'on pourrait l'entendre en pareil moment, comme s'il n'y avait pas d'époque (cf. le tout dernier plan), et peu importe les scrupules historiques.




Dans cette scène, qui se termine sur la chute brutale de Céline Sallette, Bonello pousse encore plus loin son obsession du rapport des corps à la musique, et donc son obsession de la danse (sujet qu'il a déjà traité dans ses films précédents et notamment dans Le pornographe et De la guerre). La danse est ici un ballet triste où les filles se soutiennent avant l'inévitable chute. Bertrand Bonello devient peut-être bien, avec ce film, un cinéaste français de premier plan, aux côtés d'une poignée d'autres, dont peut-être Xavier Beauvois et certainement Pascale Ferran, qui apparaissent tous deux dans le film, cette dernière lisant en voix-off le chapitre d'un livre scientifique d'époque sur le cerveau soi-disant amoindri des putains, à la lecture duquel Hafsia Herzi s'effondre, elle aussi.


L'Apollonide - Souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello avec Céline Sallette, Hafsia Herzi, Adèle Haenel, Jasmine Trinca, Alice Barnole et Noémie Lvovsky (2011)

4 février 2011

Cyrus

Avant de toucher ce film du doigt, je me suis tapé toute la discographie de Miley Cyrus, la chanteuse sicilienne qui, à 12 ans, s'est imposée comme une teen idol et comme une des 100 personnes les plus influentes dans le monde. J'ai trouvé ces infos sur wikipédia, ce site formidable à qui je dois aussi la rédaction de mon mémoire et que j'ai voulu citer dans mes "remerciements" à côté du nom de mon directeur de recherche avant que ce dernier ne me fasse : "Tut, tut, tut", en haussant les épaules. Comme pour mon mémorandum, et comme Michel Houellebecq dans son dernier roman, j'ai recopié wikipédia puis j'ai essayé de rendre ça drôle mais j'ai pas réussi. Revenons à nos moutons. Si j'ai tant cherché à voir Cyrus, c'est parce que je suis fan de John C. Reilly, cet acteur qui m'a fait pisser de rire dans Walk Hard, mais aussi aux côtés de Will Ferrell dans Ricky Boby et Step Brothers. Dans Cyrus, Reilly fait d'un téléfilm un film de cinéma qui correspond à la réunion de ses deux carrières, la première, plutôt sérieuse, dans des films de Scorsese, Altman ou Paul Thomas Anderson, et la seconde, assez déjantée, que composent les comédies sus-citées. 
 
 
Car justement il ne faut pas s'attendre à une comédie avec Cyrus. Même si John C. Reilly ne manque pas de nous faire rire quelques fois, le film adopte clairement le ton du drame familial pour nous dépeindre avec un aspect quasi-documentaire la situation problématique d'une famille recomposée. John C. Reilly incarne un type divorcé et pas mal déboussolé qui rencontre au cours d'une soirée une jeune femme également seule avec qui ça colle tout de suite. Mais le hic survient lorsqu'il rencontre le fils unique de 22 ans assez flippant de sa nouvelle gazelle. L'acteur qui joue ce jeune schizo, Jonah Hill, est lui aussi abonné aux comédies de la clique Apatow, raison de plus pour nous d'espérer la comédie que ce film n'est absolument pas. 
 
 
Pour vous la faire courte ce film n'est pas non plus remarquable. Ça reste un petit drame indé, assez mal filmé par un obsédé du zoom, peu surprenant dans son déroulement et anecdotique, même dans la carrière de chacun de ses acteurs. C'est pourtant grâce à eux, à l'interprétation qu'ils livrent de personnages bien dessinés et à leur charme que le film se laisse regarder aisément et même avec une petite chair de poule concernant la jolie Marisa Tomei. Cette actrice-là on peut facilement la déconsidérer si on se limite au fait qu'elle apparaît nue dans pratiquement tous ses films (ce qui n'est pas le cas dans Cyrus), mais ce serait porter un jugement hâtif sur cette comédienne qui tombe la chemise fastoche mais pour tourner avec ceux qu'elle considère comme les plus grands : le cadavre ambulant de Lumet pour 7h58 ce samedi-là, et le binoclard le plus haut perché du 7ème art en la personne de Darren Aronofsky dans The Wrestler. Marisa Tomei est assez singulière dans le paysage fadasse de l'Hollywood actuel. Ne ressemblant à aucune autre, tout en ayant une beauté qui fait consensus, elle cultive ses petites rides, ses fossettes de fou, ses cheveux noirs bouclés alors que la mode est passée depuis trente ans. J'ai pas non plus foule d'arguments pour la défendre, vous l'aurez constaté. Mais je l'aime bien. Et je suis vraiment pas le seul, sachez-le. Par exemple ce sentiment est partagé par les frères Duplass, qui ont réalisé ce film tout de même parfois marrant et dont j'ai plutôt envie de dire du bien. Je le recommande aux plus téméraires.  
 
Cyrus de Jay et Mark Duplass avec John C. Reilly, Marisa Tomei et Jonah Hill (2010)