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10 mai 2015

Caprice

Emmanuel Mouret revient à son violon d’Ingres pour notre plus grand plaisir. Caprice est un retour à la comédie, à la légèreté, aux histoires d’amours complexes sans oublier d’être vives et variées, mais aussi à ce qui fait le sel du cinéma d'Emmanuel Mouret : les fantasmes. Toutes ces choses, le cinéaste les avait plus ou moins délaissées dans son précédent film, le mélodrame Une Autre vie, qui portait bien son nom puisqu’il était totalement autre dans la filmographie de son auteur. La tentative de changer de registre était louable mais, disons-le franchement, ce n’est pas un hasard si ce titre restera, jusqu’à nouvel ordre, le seul Mouret post-2007 passé sous silence sur nos pages. Revenons donc à ce qui nous importe, Caprice, dans lequel Mouret réapprend à céder à tous les siens.




Le cinéma d’Emmanuel Mouret a toujours été, nous semble-t-il, et depuis Laissons Lucie faire !, son premier coup d'essai, une question de rêves et et de fantasmes concrétisés. Il y a quatre ans de cela, dans un petit éloge du très plaisant Fais-moi plaisir !, j’avais tenté une rapide énumération des fantasmes cinématographiquement assouvis par le cinéaste dans l’ensemble de ses films (à l’exception de Vénus et Fleur, que je n’avais sans doute pas encore vu à l’époque). Pour Mouret, le plaisir du cinéma semble passer par la mise en actes et en scène de la multitude de ses propres désirs, qui sont aussi, très souvent, les nôtres, ou finissent par le devenir. Dans Caprice, le cinéaste tire l’une des cartes maîtresses de son jeu des fantasmes puisque le film pose, si l'on veut, la question ultime : peut-on vivre avec la personne de ses rêves ?




Mais tout ou presque dans le film tient, d'une manière ou d'une autre, d’un monde rêvé. Dès la première séquence. Clément, le personnage d’instituteur incarné par Mouret lui-même, est assis sur un banc avec son fils, dans un jardin public, et fait une pause dans sa lecture pour tâcher de sortir son gamin de la sienne. L’enfant est absorbé dans un livre depuis le matin et refuse toute autre activité a priori plus séduisante à son âge (jouer dans le parc, aller au cinéma, se laisser accaparer par un jeu vidéo sur téléphone, etc.) que lui propose son père. Quittant le parc, père et fils ne quittent pas pour autant leur livre des yeux, marchant côte à côte tout en lisant, en parfaite harmonie. Mieux, le gamin sera aux anges quand la future nouvelle compagne de son père lui offrira l’intégrale de Victor Hugo dans la Pléiade pour son anniversaire. Ce qui relève du rêve pour la plupart des parents (mais je généralise peut-être ici), est, dans Caprice, réalité. Mais le rêve réalisé et maintenu à son plus vif degré dans la durée est-il vivable ? Le père, l’air inquiet, suggère lui-même à son fiston toutes sortes d’alternatives, pour le sortir de son état d’enfant prodige dont la soif de culture touche à la perfection, pour le sortir aussi de la fiction qui l'enveloppe.




Paradoxalement, c’est le père, Clément, qui se fait rattraper par la fiction quand une célèbre actrice de théâtre, son idole absolue, Alicia (Virigine Efira), surgit de son cadre : l’affiche, la scène, le texte, le personnage ; et vient le tirer de l’école où il enseigne pour le faire entrer chez elle, où il la découvre endormie sur son sofa, comme l’héroïne du roman qu’il est en train de lire, « La femme qui dort ». Elle est d’une beauté parfaite, image d’Épinal si sublime que Clément fait des pieds et des mains pour empêcher la jeune femme endormie, tenant à bout de doigt une tasse de café, de se réveiller en faisant tomber ladite tasse, risquant de laisser une tache noire sur le tapis blanc immaculé du salon. Il faut éviter la fausse note qui viendrait briser le mythe. C'est d'ailleurs en renversant un verre de vin sur Alicia que Clément la rend finalement accessible, et bientôt les deux personnages filent le parfait amour. Mais on sait, depuis l’introduction, où Clément voulait sortir son fils de la fiction et rompre le charme d'une situation trop paisible, qu'il y a chez lui la volonté de ne pas trop longtemps laisser s’installer un confort, de vouloir parfois fermer le livre pour gambader, en tout cas se laisser détourner de son chemin, sans trop résister, quand quelqu’un ou quelque chose d’imprévu, et de potentiellement périlleux, se présente. Aussi, après une scène obligée des comédies romantiques, la fameuse séquence heureuse où la musique surplombe les dialogues et qui monte, bout à bout, de petits instants de bonheur partagé, séquence qui fait plus sens que jamais ici, puisqu’elle vient dénoncer ce qu’elle incarne, une idylle de roman-photo chargée de tous ses chromos, après elle donc, et presque sans transition, déboule Caprice (Anaïs Demoustier), venue ouvrir une brèche dans la toile.




Mais parce qu’il est un cinéaste du plaisir et du fantasme, les comédies de Mouret ne tournent jamais au vinaigre, ne deviennent pas des drames (quand bien même elles contiennent du drame). Tout ce qui vient enrayer un bonheur parfait, né de l’actualisation d’un rêve (le petit professeur sans histoire rencontrant par hasard l’actrice qu’il idolâtre depuis toujours, dînant avec elle et devenant aussitôt son fiancé, le tout sans la moindre difficulté, ses gaffes commises au restaurant ne faisant qu’ajouter à son charme aux yeux de la belle blonde), est comme accueilli de bonne grâce par le malheureux. Clément, grand dadais maladroit, se laisse toujours embobiner, retarder, dérouter par ceux qu'il croise. Et les personnages dont il se laisse détourner ne font pas plus de scandale que lui (Alicia étant plus désolée qu’enragée par l’arrivée de Caprice, après que Clément lui a révélé le pot aux roses, sans traîner, sans tricher). Chaque accroc, au lieu d’accoucher d’un pénible sac de nœuds (Mouret refuse toujours le vaudeville idiot qui lui tend les bras), conduit presque invariablement Clément vers une autre tentation, un autre fantasme, un autre rêve, un autre possible, incarné par Caprice, fille jeune, libre, qui apparaît comme la promesse d’un autre avenir quand elle joue sa pièce de science-fiction devant Clément dans l’une des plus belles scènes du film.


 


Et le rêve, ou devrait-on dire l'utopie (pas étonnant, au passage, pour un cinéaste du rêve mêlé de fantasme incarnant un personnage incapable de choisir entre deux amours, que l'idéal utopique représenté dans cette pièce de science-fiction évoque l'amour du futur comme autant d'intersections), n'est pas étrangère à la relation qui se tisse entre Caprice et Clément, la jeune femme étant aux petits soins avec lui, toujours présente quand il en a besoin, comme par miracle (sauf que la question de savoir si l'on peut partager la vie de celui dont on rêve se posera désormais à elle - elle se pose en vérité à pratiquement chaque personnage du film, même secondaire, comme le directeur du théâtre ou l'auteur de la pièce de science-fiction). Caprice n’est pas, contrairement à ce qu’elle prétend à un moment, l’incarnation du seul réel là où Alicia serait un rêve abstrait. Elle ne cesse de dire « C’était écrit non ? », à propos de ses rencontres fortuites, parfois totalement improbables, avec Clément. La dernière trace qu’elle laissera sera d’ailleurs écrite, et idéale, avant de disparaître comme un songe lointain.




On pourrait faire quelques reproches à ce film. D’abord celui d’introduire, en la personne de Caprice, un personnage parfois agaçant, limite irritant, ce dont le cinéma de Mouret est presque toujours et fort heureusement soulagé. Mais les talents d'Anaïs Demoustier, et l'art d'aimer ses personnages déployé comme toujours par Mouret, rendent finalement aimable la demoiselle éponyme. Ensuite celui de passer un peu vite sur l’instant pourtant fatidique où Clément se laisse embrasser par Caprice, au risque de compromettre l’implication d’un spectateur trahi par le personnage. Mais, au final, ce saut étonnant dans le scénario contribue à l’impression de suivre un homme innocent que ses désirs mènent par le bout du nez et qui ne résiste pas au plaisir d’être aimé. Clément est à ce titre une sorte de précipité du cinéma de Mouret. En outre, cette précipitation n’entache en rien un film d’une finesse et d’une élégance propres à son auteur. L’écriture, la mise en scène, le jeu, tout là-dedans est subtil, précis, émouvant et drôle. Car le film est très drôle, et Mouret acteur n’y est pas pour rien, une fois de plus. Rares sont, quand on y pense, les cinéastes qui parviennent aujourd'hui à réaliser de véritables comédies dramatiques, en faisant preuve de la même intelligence dans les deux dimensions qui donnent son nom au genre. Si l'émotion est partout, c’est certainement lui, Mouret, qui nous tire le plus de rires ici, même s’il sait mettre en valeur tous ses acolytes, en les filmant avec cette tendresse qui est la sienne, parfois aussi avec ce soupçon de désir (pas forcément sexuel) qui est au cœur de ses films et qui semble par moments porter la caméra (comme il pouvait porter celle d'un Rohmer). Et je ne suis pas triste de constater, ou plutôt de vérifier, qu'en matière de désir, notre cher cinéaste aime le corps féminin de la tête aux pieds, sans négliger ces derniers (je crois qu’Emmanuel et moi avons le même film de chevet : Turbulences à 30 000 pieds).


Caprice d'Emmanuel Mouret avec Emmanuel Mouret, Virginie Efira, Anaïs Demoustier et Laurent Stocker (2015)

25 mars 2015

Une nouvelle amie

Chaque année on sait qu'on finira dans le mur : devant le dernier Ozon. Chaque année on s'attaque à la critique du film pendant le film, et chaque année on commence à écrire de plus en plus tôt pendant la projection. Bientôt on commencera à rédiger avant d'avoir appuyé sur play... L'argument du film ? Vous le connaissez. Romain Duris aime se travestir. Sa plus grosse réplique, déballée les larmes aux yeux, résume bien l'affaire : "Je me souviens de ce qu'on nous disait enfants : les garçons naissent dans les choux, les filles naissent dans les fleurs. Eh ben moi je suis né dans un chou-fleur". Silence de rigueur après ça. Logiquement on devrait laisser un blanc typographique de huit kilomètres de long pour exprimer tout ce qu'on ressent. L'amie de Duris, Anaïs Demoustier, quant à elle, trouve ça brillant. Durant tout le film, elle suit son collègue dans tous ses délires schizophrènes, jusqu'au point de non-retour. Un électron libre (Raphaël Personnaz dans le rôle d'un perso super naze), gravite autour de cette amitié nocive pour les spectateurs comme pour les acteurs. 


Tous les acteurs et actrices français se battent encore pour tourner avec Ozon. WTF ?

Dès les premières images, François Ozon s'accapare, une fois de plus, le très lourd héritage hitchcockien. Chaque scène contient une flopée de références à ce vieil Albert Hitchcock, qui fait une apparition dans le film ! Ce n'est d'ailleurs pas le seul caméo puisque Ozon lui-même débarque tout sourire dans une scène au ciné où il vient caresser le jarret dodu de Romain Duris, tendant, sous l'oeil fébrile de la caméra, une main toute manucurée du feu de Dieu. Autant dire que personne ne ressort grandi de cette entreprise. Hitchcock en sort sali, Ozon, ridicule, et le cinéma français traîné dans la boue. Anaïs Demoustier pour sa part ne démérite pas. Elle est courageuse de supporter les facéties de Duris qui, dans les scènes où elle retire le haut, prétend qu'elle lui fait revoir à la hausse son propre poitrail : "un petit push-up et je t'étale".


Toujours difficile de filmer une scène de tennis. Ozon rend ça plus facile pour les autres.

Difficile de se passionner pour ces personnages, leurs problèmes de roustons coincés dans la jarretelle et leurs petits secrets freudiens à trois francs. Comme souvent chez Ozon, et comme dans l'immense majorité des films français actuels, tous ces personnages préfabriqués vivent en outre dans des palaces trop vastes, se perdent dans leurs propres cuisines équipées comme celles de Francis Reblochon. Ras la casquette de ces apparts de jobastres, où la porte du moindre placard semble pouvoir conduire vers une nouvelle dimension et où l'on peut vivre confortablement à deux dans le frigo. Assez de ces garages monumentaux, dont l'architecture est inspirée de la pyramide du Louvre, et qui abritent des décapotables rouges certes cinégéniques mais qu'on a envie de rayer du pot au capot. Foin de ces trentenaires actifs qui chaque soir se mitonnent des putains de banquets royaux, dégustés en tête à tête sur des tables en marbre. Tout cela, on pourrait l'avaler avec un grand sourire si Ozon ne nous donnait pas la sensation de traverser un trou de ver. On est face à un objet filmique si merdeux que l'intensité de sa chienlit empêche toute forme de lumière ou de rayonnement de s'en échapper.


Une nouvelle amie de François Ozon avec Romain Duris, Anaïs Demoustier, Raphaël Personnaz et Aurore Clément (2014)

2 septembre 2014

La Vie domestique

A ceux qui, comme moi, s’étaient plaints de la noirceur étouffante de son précédent film, D’Amour et d’eau fraîche, Isabelle Czajka répond avec du râble et y met les bouchées doubles. On l'imagine nous resservant des plâtrées de bourdon et de cafard en chantonnant "C'est moi qui l'ai fait !" comme Valérie Lemercier présentant son plat à base d'étron. Et on aimerait lui répondre, avec l'accent chinois coupé à la hallebarde du doubleur de Demi-Lune dans Indiana Jones et le temple maudit : "C'est pas des gâteaux ça...". Après nous avoir miné avec la vie médiocre et angoissante au possible d’une Anaïs Demoustier en devenir dans son précédent film, elle nous peint ici, comme le titre l’indique assez bien, la vie domestique de quatre femmes au foyer en banlieue parisienne. Elles sont épouses, elles sont mères, elles habitent de beaux pavillons construits sur mesure, et elles se mortifient à cent sous de l’heure. Leur quotidien est une suite infaillible de tracas plus ou moins insignifiants qui, mis bout à bout et répétés à l'envi pour une durée indéterminée, leur empoisonnent l'existence. Et Isabelle Czajka est bien décidée à nous plonger jusqu’au cou dans ce quotidien morbide, sans offrir la moindre issue de secours ni à ses personnages ni à nous. On sait que ce qu’elle nous raconte existe, que c’est même le lot d’un très grand nombre de femmes, et nul doute que le film parlera directement à énormément de gens susceptibles de s'y reconnaître (parmi la trentaine de personnes qui le verront), mais encore faut-il apprécier, pour endurer le film sans faillir, qu'on se complaise dans la noirceur absolue sans laisser aucune place au reste.




La vie domestique se concentre sur une soirée et sur la journée entière du lendemain. Le personnage principal est campé par Emmanuelle Devos. Tout commence, ou recommence en réalité, quand elle et son mari sont invités à un dîner chez un immense connard d’entrepreneur en informatique, raciste et misogyne, que l’époux de Devos (Laurent Poitrenaux), proviseur dans un lycée difficile, courtise plus ou moins dans l’espoir qu’il lui refile de vieux ordinateurs pour son bahut, au point de tenir lui-même des propos douteux sur les femmes (et on sent qu'il ne faut pas grand chose pour qu'il se lâche). Le lendemain, Devos va s’occuper de tout, des enfants, du ménage, de la cuisine, pour préparer la venue, le soir même, de deux couples voisins, le tout en se démenant pour obtenir un entretien d’embauche malgré l’absence totale de soutien de son époux. Au final, elle ratera l’entretien et l’embauche, et n’aura gagné qu’un repas horrible, passé principalement à servir et débarrasser les plats, tandis que ces messieurs déblatèrent sur l’importance capitale et remarquable de leurs missions professionnelles, quand ils ne l’humilient pas au passage (son mari compris) par de petites phrases détestables.




A côté de ça, on a donc droit au portrait de trois autres femmes, à commencer par celles qui seront invitées le soir chez Devos. L’une, interprétée par Julie Ferrier, est une maniaque de première qui tient son intérieur comme une maison témoin, ou un modèle d'exposition Ikéa, faute d'occupation plus épanouissante, tout en se chargeant, évidemment, des gamins et du reste. Sa grand-mère est morte le matin même mais elle se surprend elle-même à plutôt chialer parce que le fils d’une amie a flingué son canapé de luxe. Ou plus vraisemblablement parce qu'elle vient de menacer de mort le bambin en découvrant l'attentat, dans un moment de bravoure qui n'est pas sans rappeler le François Cluzet à cran des Petits mouchoirs. L’autre, jouée par Natacha Régnier, enceinte jusqu’au cou de son troisième chiard, est délaissée par un mari toujours en déplacement et erre dans le bordel permanent de sa baraque. Sans oublier Helena Noguerra dans le rôle de la quatrième mère au foyer totalement esseulée et dépassée par les événements, événements qui ont principalement la forme d'un fils intenable qui ressemble comme deux gouttes d'eau au diable de Tasmanie. Quand elles ne se retrouvent pas dans les boutiques ou à l'entrée de l'école pour se désoler de leur quarantaine bien tassée, de leurs corps qu'elles jugent à l’abandon, de leurs maris sinistres ou de la tristesse de leur condition, c’est leurs propres mères, divorcées bien sûr, qui leur rendent visite pour leur remonter le moral, en leur expliquant que leurs pères étaient de vrais enculés, qu’elles ont gâché leur vie pour eux, qu’elles regrettent tout de leur existence, sans garder le moindre souvenir heureux, et que la vie est de toute façon une gigantesque chienne, avec des phrases du genre : « Toute ma vie je me suis fait chier à préparer l’étape d’après, puis en fait j’ai compris qu’il n’y avait pas d’autre étape, nardinamouk... »




Le tout, car ce n’est pas fini, sur fond d’enquête poisseuse, car la radio ne cesse d’alerter les citoyens quant à l’enlèvement d’une enfant de deux ans et demi. On apprendra finalement, je vous le révèle mais on s’en doute immédiatement, que l’enfant disparue n’a pas vraiment été enlevée mais a été étouffée par sa mère de 19 ans puis jetée dans le fond de la petite rivière enjambée quotidiennement par nos mères au foyer désespérées. Pire, la mère infanticide était une élève du personnage de Devos, qui donne une paire de séances d’initiation à la littérature à des jeunes filles des quartiers difficiles, dans un établissement où elle est régulièrement mise plus bas que terre par son supérieur. C’est cette jeune femme que Devos et son mari ont failli écraser en rentrant de leur repas atroce la vieille au soir, c’est elle aussi que Devos a croisée dans le parc, le matin suivant, à 9h du matin, torchée, une bière à la main, et qu’elle n’a pas su aider.




Le film se termine comme il a commencé, sur Devos, seule, dans sa cuisine, le soir, fumant une dernière cigarette après avoir refusé de bouger quand son connard de mari, qui l'a traitée d'emmerdeuse insatisfaite un certain nombre de fois durant toute la soirée, lui a lâché un répugnant « Viens ici ! », auquel ne manquait que le "Mirzah" final, assez nettement sous-entendu (la femme rabaissée au rang de clébard est un thème majeur du film : Julie Ferrier raconte aussi à son mari, sur le ton du "J'me comprends", qu’un voisin a une chienne qui s’appelle Betty, comme elle). Le film déploie sans relâche l’éventail de l'humiliation sexiste et de son corolaire, la dépression féminine (à chaque scène, une cause et son symptôme), et le catalogue va de l'envie de meurtre (tuer les enfants au bénéfice des canapés, mais pourquoi pas les maris, quand Ferrier, voyant sa voisine en train de creuser un trou dans le jardin pour enterrer le lapin de sa fille, demande dans un demi-sourire si elle a enfin tué son enfoiré d'époux), qui parcourt tout le film en filigrane, à de simples saillies d’horreur, comme cette mère, sur le parking de l’école, qui, sans raison connue, fait marche arrière à toute allure, manquant d’écraser quelques gosses, puis se tire en faisant un doigt d’honneur aux autres mamans présentes. Isabelle Czajka, dans un de ces films naturalistes investis d'une mission impérieuse, a voulu montrer l’enfer que vivent effectivement bon nombre de femmes au foyer, et c’est ce qu’elle a fait, on ne peut pas le lui enlever. Mission accomplie, sans se demander toutefois si un moment de joie, une simple ouverture, une seconde d'humour un quelconque espoir avaient leur place dans un film d’une heure et demi en apnée, dépourvu de toute échappée, qui plombe son spectateur au maximum et lui enfouit la tête sous un coussin de vérités jusqu’à ce que mort s’ensuive. Que la réalisatrice ressente le besoin de déployer la panoplie des horreurs que peuvent subir les femmes au quotidien, cela se comprend entièrement, et on a tant besoin qu'on ouvre les yeux sur la domination et le mépris qu'une grande majorité d'hommes imposent à leurs compagnes, mais que le film se limite absolument à un état des lieux en tout point déprimant, ce dont il a le droit, un droit qui se défend, lui porte finalement préjudice. L'absence totale de contrepoint dessert peut-être le propos d'Isabelle Czajka en faisant de la situation dépeinte par La vie domestique une impasse inévitable et immuable. (On peut douter du reste qu'un film sur la dépression masculine dépeignant tous ses personnages féminins sans exception comme de fieffées salopes trouve chez Isabelle Czajka une fervente admiratrice, et on la comprendrait).




Quand on voit ce film, on ne peut s'empêcher de penser à son contraire, le récent Bird People de Pascale Ferran, qui fait l'effort d'élargir ses vues à chaque instant au lieu de s'enferrer dans le lit trop confortable d'une démonstration exhaustive et exténuante, qui ne se sert pas seulement du cinéma mais le sert aussi, et qui a le mérite de chercher des solutions là où La vie domestique ne montre que des problèmes, qui certes doivent être montrés. Jean-Luc Godard, dont les rapports aux femmes, sur le strict plan cinématographique (le reste ne nous intéressant pas ici), seraient par ailleurs à critiquer, a dit cette chose fort juste, dans un séminaire donné en 1978 au Conservatoire d'Art Cinématographique de Montréal et intitulé Introduction à une véritable histoire du cinéma : « Ça sera aux femmes à faire des films sur les solutions des femmes, pas sur les problèmes des femmes car les problèmes des femmes… il n’y a que les hommes qui en causent. Les femmes, elles, n’ont aucun problème ; il n’y a que les hommes qui leur font des problèmes. Alors il serait temps bien sûr que les femmes fassent des films, ou d’autres choses… sur les solutions qu’elles vont apporter ou qu’elles voudraient apporter sur les problèmes que leur causent les hommes. » Passons sur son "il serait temps", qui oublie que si les femmes ne l'ont pas tant fait à son époque c'était aussi à cause des hommes. Mais vu qu'Isabelle Czajka semble rejoindre Godard sur l'origine des problème des femmes, on attend de son prochain film qu'il nous propose des solutions aux problèmes dont ce film-ci nous aura soumis soumettre un fastidieux exposé.


La Vie domestique d'Isabelle Czajka avec Emmanuelle Devos, Julie Ferrier, Natacha Régnier, Helena Noguerra et Laurent Poitrenaux (2013)

29 juillet 2014

Situation amoureuse : c'est compliqué

Dans ce film, Anaïs Demoustier et Emmanuelle Chriqui sont toutes deux amoureuses de Manu Payet. La première l'est déjà, la seconde le devient, tout naturellement séduite par l'homme qu'est devenu celui dont elle ignore avoir été l'obsession durant toute l'adolescence, Manu Payet. Après quelques heures passées avec lui, à le regarder s'agiter dans ses habits d'enfant, à l'écouter déblatérer de sa petite voix des expressions insupportables, elle tombe logiquement sous le charme de Manu Payet. De son côté, Anaïs Demoustier est jalouse car elle est en couple et habite avec Manu Payet. Elle est, elle aussi, follement amoureuse de Manu Payet. "Tu es l'homme de ma vie" répète-t-elle à Manu Payet. Elle prévoit de se marier dans les jours qui viennent à Manu Payet. Car elle en est persuadée, et dès qu'elle l'a vu, lui dit-elle, elle l'a su, c'était lui, le bon, l'idéal, il n'y avait plus personne d'autre que lui, Manu Payet. Elle ignore que cette autre jeune femme, beauté libre et convoitée de toutes parts, tourne autour de Manu Payet. Elle aussi a choisi Manu Payet. L'affiche résume pratiquement tout, Emmanuelle Chriqui et Anaïs Demoustier se battent pour Manu Payet. Elles n'ont d'yeux que pour Manu Payet. Ce dernier se perd, pris entre deux feux, hésite, tergiverse, mais il peut heureusement compter sur des amis dévoués, prêts à tout sacrifier pour l'aider et le remettre dans le droit chemin, car c'est forcément un ami des plus précieux, ce Manu Payet. Tous ensemble, ils sont ravis de l'aider à remonter la pente, respectant ainsi, à la virgule près, le vieux schéma classique de la comédie romantique hollywoodienne, prise comme glorieux modèle par ce maudit Manu Payet. C'est vrai qu'on en voit pas assez, des films bâtis sur ce pénible canevas, qui plus est dénué d'originalité et d'humour, c'est ce qu'a dû se dire le brillant Manu Payet. Car bien sûr, cette comédie romantique merdique est écrite et réalisée par Manu Payet !




Situation amoureuse : c'est compliqué de Manu Payet et Rodolphe Lauga avec Manu Payet, Emmanuelle Chriqui et Anaïs Demoustier (2014)

25 juillet 2014

Bird People

Le nouveau film de Pascale Ferran, surprenant à plus d'un titre, en aura dérouté quelques uns et en décevra peut-être d’autres, notamment les admirateurs de Lady Chatterley, merveille de film, parmi lesquels je me compte. Mais la déception, de mon côté, n’aura duré qu’un temps, pour laisser place à l'admiration. Le film n’est pas parfait et n’est pas aussi sublime et bouleversant que le précédent de son auteure, certes. Il souffre même de quelques longueurs et d’une paire de tentatives plus ou moins maladroites, disons hasardeuses (telles l’utilisation de la chanson Space Oddity de Bowie ou le générique de Batman brièvement chantonné par l’héroïne dans le sillage d’un avion au décollage). Mais le film est si audacieux et si libre que ces menus défauts ne sont finalement d'aucun poids dans la balance.




L’immense qualité du film de Ferran, sa grande force, au prix parfois d’une réelle mise en danger, car la cinéaste brave tous les risques sans frémir, c’est sa capacité à croire, et à nous redonner à croire, dans le pouvoir de la fiction et dans sa propension à réenchanter le monde. Film au présent, Bird People s’attache à nous faire voir (et entendre, car les sons et les voix ont dans le film une immense importance) le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, ce monde dans lequel le plus grand nombre, hommes d’affaires clients des grandes chaînes hôtelières ou femmes de chambre à temps partiel dans lesdits hôtels de luxe, est esclave de sa vie et de son travail (chronophage et, sinon humiliant à tout le moins peu épanouissant), et où le déploiement des technologies de communication n’a pas empêché, voire a favorisé, l’absence de dialogue (terrible scène de rupture par webcams interposées). Mais le film ne s’arrête pas à ce constat et propose des issues : la rupture totale avec travail, pays, et foyer, en vue d’une, pardonnez l'expression deleuzienne, "reterritorialisation" radicale - ou la pure et simple métamorphose. Des issues, des solutions et de l’espoir, osons le terme, Bird People en a à revendre, avec cette fin en forme de premier contact entre deux êtres qui n’ont cessé de se croiser et qui, débarrassés de leurs oripeaux habituels (un téléphone vissé à l'oreille, des chaussures de travail), libérés de leur carcan rituel, finissent par se regarder, en même temps, face à face, et se touchent même, d’une simple mais fantastique poignée de main, sans qu’aucun écran, aucune fenêtre (réelle ou virtuelle) ne les sépare.




Dire que tout va très mal en ce monde ne suffit pas, encore faut-il chercher des moyens d’aller mieux, se donner de la vue, croire en nos chances. C’est vrai pour les personnages, qui ne se contentent pas de sortir de leurs cadres mais partent à la découverte de nouveaux lieux. C’est vrai pour la cinéaste, qui refuse de se complaire dans un rigoureux mais consternant état des lieux et se met en quête de fiction et de merveilleux.




Et dans cette visée, pourquoi pas, comme l’ont récemment fait, et de diverses façons, d’autres cinéastes, tels Leos Carax (Holy Motors), Manoel de Oliveira (L’étrange affaire Angelica) ou Apichatpong Weerasethakul (Oncle Boonmee), retourner vers les origines du cinéma, vers la foi dans les forces d'impression d'un art aux potentialités inouïes, dont les ressources les plus évidentes sont aussi les plus stupéfiantes. Renouer en somme avec la puissance initiale du cinéma, simple mais sans bornes, son inclination naturelle à nourrir les rêves. Les premiers exégètes du septième art naissant, de Jean Epstein à Guillaume Apollinaire, ont pour beaucoup loué le pouvoir d’émerveillement du cinéma en des termes oniriques, comme parlant d'une étonnante magie. Quant à Stendhal, que l’on a souvent considéré comme un précurseur du cinématographe, il fantasmait, dans ses Privilèges du 10 avril 1840, un autre monde possible, où l’homme (en fait Stendhal parlait surtout pour lui) serait ponctuellement doté de pouvoirs magiques. Le film de Pascale Ferran réalise certains de ces souhaits, en particulier ceux de l’article 2 des Privilèges : « Vingt fois par an le privilégié pourra se changer en l’être qu’il voudra, pourvu que cet être existe », et de l’article 7 : « Quatre fois par an, il pourra se changer en l’animal qu’il voudra ; et, ensuite, se rechanger en homme. Quatre fois par an, il pourra se changer en l’homme qu’il voudra ; plus, concentrer sa vie en celle d’un animal, lequel, dans le cas de mort ou d’empêchement de l’homme numéro un dans lequel il s’est changé, pourra le rappeler à la forme naturelle de l’être privilégié. Ainsi, le privilégié pourra, quatre fois par an, et pour un temps illimité chaque fois occuper deux corps à la fois ». Dès lors la magie opère au moins (car on pourrait aussi évoquer l'introduction du film, où nous sont données à entendre les pensées des passagers d'une rame de métro) sur deux niveaux : quand le personnage se transforme, et quand le spectateur croit à cette transformation, voyant un être dans un autre.




C’est aussi ça le beau sujet de Bird People : changer de peau, de point de vue, être là où l’on ne devrait pas, se dédoubler, avoir don d’ubiquité, observer le monde depuis la place de l’autre ou s’observer soi-même depuis un nouveau lieu. C’est ce que fait Gary (Josh Charles), quand il regarde décoller l’avion qu’il devait prendre depuis la fenêtre de sa chambre. Il observe son lieu supposé, son moi virtuel, depuis un autre lieu réinventé, cette chambre d’hôtel dont l’existence, fonction de la présence de son occupant, vient de se renouveler comme par magie. Et si le personnage peut se dédoubler ainsi c’est parce qu’il vient de décider de devenir un autre, une autre version de lui-même dans un autre monde possible.




C’est ce que vit aussi Audrey (Anaïs Demoustier), qui, à l’inverse, car femme de chambre, n’a cessé de regarder ces avions dans lesquels il ne lui était pas offert de monter, comme autant d’opportunités refusées, et qui finira par prendre leur place, volant à son tour, libérée de ces lourdes et, il faut bien le dire, affreuses chaussures noires cirées à grosses semelles de femme de chambre sur lesquelles Pascale Ferran a judicieusement insisté auparavant. D’où l’intérêt, en d’autres instants moins sûr (et on peut se demander à quoi le film aurait ressemblé sans elle), de la voix-off de la jeune femme quand elle est dans un autre corps que le sien et s’exclame « Whouah » à la simple vue, en légère plongée, de l’entrée de l’hôtel. Ce n’est pas la vue qui est extra-ordinaire, c’est de pouvoir l’adopter. Le cœur de ce très beau film est peut-être finalement là : trouver un autre lieu, se mettre à la place de l’autre (expression courante et toujours ô combien abusive), embrasser un regard pour se sauver de sa propre condition, pour se penser autrement, se réinventer et se donner une autre chance d’exister. Et le génie du film ne s’arrête pas là, puisqu’il nous donne, à nous aussi, spectateurs, une chance de voir le monde - et les moineaux, qui en font partie et y sont légion - autrement, ou tout simplement de mieux le voir, avec dans le regard une part cruciale de rêve et de croyance.


Bird People de Pascale Ferran avec Anaïs Demoustier, Josh Charles, Roschdy Zem, Radha Mitchell et Camélia Jordana (2014)

18 janvier 2011

D'Amour et d'eau fraîche

Ce film c'est comme le cimetière de Bône, l'envie de mourir il te donne. Je ne suis pas sûr d'avoir déjà vu film plus déprimant, et pourtant je suis du genre à m'envoyer pas mal de ces longs métrages français qui collent le cafard dès la première image, comme Partir ou Le Premier jour du reste de ta vie. Mais D'Amour et d'eau fraîche est hors-catégorie, c'est le film le plus glauque de la décennie, le plus gluant de l'année, le plus abattant qui soit, c'est un gros bourdon noir géant et morbide, c'est le spleen de paris sans la poésie, c'est la nausée sans Sartre, c'est la peste sans Camus et c'est le Necronomicon sans de l'arabe fou Abdul Alhazred. Rétrospectivement le plus douloureux c'est quand on songe à ce que le titre inspire avant d'avoir vu le film... On prévoit naturellement une romance à l'eau de rose avec de sympathiques jouvenceaux s'introduisant aux joies les plus élémentaires de la vie. Eh bien détrompez-moi. 
 
 
 
Au lieu de ça nous voilà condamnés à suivre à la trace les aventures d'une jeune femme déchirée entre mille et un emplois minables qui ne l'intéressent pas le moins du monde et qui sont autant d'occasions de se faire humilier par des patrons infects. L'héroïne s'appelle Julie Bataille (on notera le judicieux patronyme qui en dit long sur le personnage), elle est interprétée par Anaïs Demoustier (déjà aperçue en 2008 dans Les Grandes personnes), elle a 23 ans, Bac +5, des Converse aux pieds et elle en a ras-le-cul des petits boulots. Elle cherche un vrai travail. Déjà dégoûtée par l'existence de larbin qui semble nous être promise à tous, notre héroïne pleine d'énergie court cependant après une vie de merde sans issue. Et devant ce spectacle et encore les jours suivants on se sent démoralisé, dévalorisé, coupable, on perd son appétit et son intérêt pour toute activité, on est irritable et d'une émotivité excessive, un rien provoque des larmes, on est fatigués, on n'a plus du tout de libido et on a mal non seulement à la tête, mais au dos et au bide. Si j'en crois mon médecin traitant et pharmacien attitré, l'excellent Monsieur Doctissimo, ce sont là les symptômes précis d'une dépression. Tout ça à cause de ce film...
 
 
 
Alors j'ai bien compris le titre, je suis pas débile, j'ai bien pigé qu'après toutes ces péripéties gerbantes notre héroïne va tomber amoureuse de ce jeune homme qui depuis le début du film lui tourne autour à coups de vannes pas drôles mais qui ont le don de la faire pisser de rire. J'ai bien compris aussi, même si j'ai arrêté d'aimer la vie pile à ce moment-là du film, que ce type qui dégage une grâce inestimable parce qu'il vit au jour le jour de trafics minables (et aussi, admettons-le, parce qu'il a les traits charmants de Pio Marmai), va entraîner la fille à sa suite dans des combines putrides qui vont certainement les foutre dans la merde mais qui s'avèreront la seule alternative possible à une jeunesse inévitablement croupie par les trop hauts barreaux de taule érigés en société confortable qui nous encerclent tous (bam). J'ai saisi l'idée planquée derrière cette fable désenchantée et ce portrait au vitriol d'une jeunesse désespérée. N'empêche qu'il y a là de quoi vous faire vieillir... De quoi vous pousser au fond du trou bien plus vite que cette maudite société qui nous aliène et nous dévore, dépeinte par Czajka à grands coups de pinceaux et de ciseaux. Sous prétexte de se révolter contre la déprime ambiante le film vous colle la dépression carabinée la plus violente de votre chiennasse de vie. C'est un projet...
 
 
 
 
Dans ce film, avis aux amateurs et amatrices, Anaïs Demoustier et Pio Marmai sont nus, dénudés, en full frontal, ils sont naked, nude, in the nude, without clothing, c'est une celebrity compilation of nudes, un repaire à hot celeb action, on est in bed with Demoustier et Marmai. J'emploie tous ces termes assez spécifiques, hideux et sophistiqués parce que ça rameute toujours pas mal de monde sur le blog. Je suis bel et bien là pour faire du chiffre et c'est pas avec "#damour", "#et", "#deau" ou "#fraîche" (quequoi pour ce dernier) que je vais rentrer dans mes comptes. 
 
 
 D'Amour et d'eau fraîche d'Isabelle Czajka avec Anaïs Demoustier et Pio Marmaï (2010)

10 mai 2009

Les Grandes Personnes

L'histoire de ce film c'est celle d'un père divorcé qui s'occupe de sa fille pendant les vacances et qui est obsédé par l'idée de retrouver un vieux trésor caché. Il n'a de pensées que pour son trésor et en délaisse un peu sa fille, adolescente en pleine découverte de son corps et de sa personnalité cachée elle aussi, bien plus profond qu'un trésor espagnol ou viking, mais bien moins difficile à cerner. Le véritable trésor de ce père c'est sa fille ma parole.

C'est donc un remake méga con de King Of California. Anna Novion, une réalisatrice qui filme sous toutes les coutures de jeunes femmes en maillots de bain, a vu la comédie déjà moyenne de Michael Cahill, et en a retiré toutes les vannes pour en faire le film le plus chiant possible. Parfois on voit le cadre trembler tandis qu'Anna Foison essaie de faire le point derrière sa caméra sur le boulard d'Anaïs Demoustier. A noter qu'elle ne sera pas la première Anaïs célèbre du 7ème Art. Loin s'en faut. Il reste donc une place à prendre pour toutes les Anaïs du monde, dans la catégorie "ado sur pellicule".




La grande question désormais quand on regarde un film avec Darroussin c'est de savoir s'il va clamser à la fin. Mais dans ce film là pour la première fois on se prend à le souhaiter. C'était peut-être une consigne de la réalisatrice mais l'acteur si cher à nos cœurs chie tous ses dialogues. Il a chassé le naturel et il s'est barré au galop.



C'est la seconde fois dans la carrière de l'acteur après Le Pressentiment qu'on le sent en perdition au milieu de l'océan de merde d'un scénario qui se guinche le nombril en permanence. Et d'ailleurs dans ces deux films, à un moment donné, et sans qu'il s'agisse pour autant de cinéma fantastique, l'acteur pose un verre d'eau sur une table et continue ses dialogues insipides, tandis que dans son dos, le verre d'eau en question se vide lentement de son contenu. En fait c'est le film qui boit, juste pour vivre. Dans chaque scène de repas, on voit, si l'on est d'aventure un peu méfiant ou disons attentif, on voit quelques ingrédients disparaître d'eux-mêmes. C'est le film, affamé, desséché, qui subvient naturellement à ses besoins pour ne pas crever. Aussi régulièrement les acteurs se plaignent-ils face caméra de marcher sans arrêt dans la merde et de trouver des flaques d'eau sous leurs lits. C'est tout simplement le film qui fait ses besoins.



Si ce film était un ado d'1m60 Félix et moi l'aurions plaqué dans un angle de la pièce pour le bastonner pendant une heure et demi.

Voilà donc deux films identiques et incomplets, qu'il aurait suffi de mixer pour en tirer un vrai chef-d'œuvre. Imaginez deux minutes Michael Douglas et J-P Darroussin, entourés de deux adulescentes en mini-short, en train de chercher à quatre mains un trésor de merde. Et là on a grand film. Deux monuments aux morts devant une caméra DV, et là on a du ciné.


Les Grandes Personnes d'Anna Novion avec Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier et Judith Henry (2008)