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27 décembre 2016

Bilan 2015




http://ilaose.blogspot.fr/2015/02/it-follows.html
1. It Follows de David Robert Mitchell


http://ilaose.blogspot.fr/2016/04/la-sapienza.html
2. La Sapienza d'Eugène Green


http://ilaose.blogspot.fr/2015/12/slow-west.html
3. Slow West de John Maclean


 4. L'ombre des femmes de Philippe Garrel


5. Notre petite sœur de Hirokazu Kore-Eda


6. Mad Max : Fury Road de George Miller



7. Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore



 8. Trois souvenirs de ma jeunesse d'Arnaud Desplechin


 9. Jauja de Lisandro Alonso


10. Félix et Meira de Maxime Giroux


On accuse un léger retard sur 2015, mais le taff est là. On a même un top 10 assez original, avec pour la première fois un film venu du Québec : Félix et Meira, dans lequel au moins l'un des deux auteurs de ce blog s'est reconnu (l'autre ne s'appelant pas Meira  - nota bene : juste tapez Hadas Yaron dans Google). Petite mais sympathique année de cinéma. Peut-être découvrirons-nous la grosse pépite de 2015 en 2025. Hâte d'y être. En attendant nous avons choisi de mettre en exergue des films qui parfois surprendront (suivez notre regard vers La Sapience, qui rend presque tout le monde complètement jobard, ou vers Slow West, western certes petit par la taille mais grand par le charme). Dans ce top, plusieurs films qui divisent notre comité de rédaction, du fait qu'un membre les a vus et pas l'autre, ou vice versa. Vous aurez peut-être vu le numéro 6 de ce classement, qui a fait causer de lui à sa sortie, et que nous reconnaissons comme un film d'action efficace, revu avec plaisir (quand bien même George Miller n'avait rien à foutre sur le siège de président du festival de Cannes 2016 ; d'ailleurs, en passant, un mot sur Cannes 2016 : quand on regarde le top des Cahiers du Cinéma, on croise 8 films sélectionnés en compétition officielle sur le tapis rouge, sauf le grand gagnant, aka le Ken Loach, ce qui en dit long sur le palmarès merdique de sir Miller). D'autres films nous ont plu, mais il leur manquait un petit quelque chose pour figurer dans ce classement, comme Contes italiens ou Caprice. Nous sommes aussi passés à côté de quelques titres importants, du fait de leur format quelque peu contraignant, notamment le Kiyoshi Kurosawa, le Apichatpong Weerasethakul ou la trilogie de Miguel Gomes. Dieu nous pardonne. Mais faisons amende honorable. D'ailleurs, si on va par là, il y a tout un pan du cinéma mondial que nous autres occidentaux laissons systématiquement dans l'ombre, il s'agit du cinéma indien, de Bollywood, qui truste le Top 100 des meilleurs films mondiaux sortis depuis 2014 sur Imdb, avec des titres comme Yapisik Kardesler, Jaatishwar, Aagadu, Duu duu, Pouslanana emulcafé, Yusuf Yusuf ou encore Vikramadithyan. Logiquement, si on les avait vus, ces sept merveilles du 7ème art seraient indiscutables dans les premières lignes de notre classement, qui par conséquent n'a aucun sens ni aucune valeur.

2 juin 2015

Mad Max : Fury Road

Difficile d’aller voir un tel film sans craindre que l'incroyable ramdam qu’il a suscité n’influence, en bien ou en mal, l’opinion qu’on en aura. La louange unanime crée des attentes parfois cruelles pour celui qui la reçoit. On a lu et relu, en boucle, les mêmes superlatifs, à propos de ce Mad Max : Fury Road, que beaucoup n’ont pas hésité à ériger en « film du siècle » ou ont affublé de tant d'autres titres honorifiques plus ou moins débiles. Mais au final, sans donner raison à ceux qui en font l’œuvre la plus importante de l’histoire récente du cinéma (ce serait tout de même à pleurer), le film s’avère résister à la pluie de compliments démesurés qui s'est abattue sur lui, et parvient même à en mériter pleinement quelques uns, les plus raisonnables, qui vantent ses grands mérites de strict film d’action. 




Mad Max : Fury Road est (sans véritable difficulté, concédons-le) le meilleur épisode de la saga de George Miller (et, au tout début du film, on peut encore en douter, craignant par exemple que Miller, poussant d’un cran sa vieille lubie de filmer des catcheurs hystériques, réalise le film de beauf absolu que semblait annoncer la présence du guitar hero metalleux au sein du convoi de routards menés par Immortan Joe, le méchant de l’affaire). Pourquoi cet épisode 4 ratatine-t-il les trois autres ? Pour une raison simple, qui est que le cinéaste australien s’était placé, avec son premier Mad Max, sous l'égide du dieu Vitesse, et avec le second, Mad Max : le défi, sous le patronage de sainte-Action (nous ne reparlerons pas du troisième, Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre, placé sous le sceau de l’infamie), et que sur ces deux terrains, fers de lance de son cinéma (Miller n’a, au fond, peut-être jamais visé que ces deux objectifs : filmer courses-poursuites, fusillades et explosions à toute vitesse, au point de délaisser tout le reste), le père de Mad Max vient d’atteindre des sommets. Les siens, au moins, mais sans doute plus que ça car, disons-le après d’autres, ce film semble avoir passé une vitesse, voire un petit paquet de vitesses en termes de cinéma d'action, et a mis une dizaine de longueurs dans la vue à l'immense majorité de ses concurrents passés et présents.




Mad Max : Fury Road va très, très vite, tout en restant parfaitement lisible et assez solidement construit, mieux, sans jamais filer mal au crâne ni donner envie de sauter du train en marche, contrairement à la grande majorité des blockbusters contemporains qui essaient péniblement de fuser et sont pourtant des escargots par rapport à celui-ci. Miller, dans le programmatique premier volet de sa série chérie, misait beaucoup sur les effets d’accélération du défilement de la bande, notamment dans ces plans filmés en caméra embarquée à ras du bitume et à toute allure. Ses tentatives d’accélérer l’image, dans le deuxième épisode pourtant supérieur, ne furent pas du meilleur goût (rappelons, entre autres, ces scènes dignes des premiers films du cinématographe où les figurants semblaient courir en marchant). Il renoue d’ailleurs avec ces effets dans le prologue de son nouveau bébé, de manière un poil plus habile visuellement, mais guère plus heureuse. Mais dès que le titre du film est apparu, après la capture de Max et après sa vaine tentative d’évasion dans les coursives du bastion d'Immortan Joe, Miller abandonne cette avance rapide artificielle au profit d’une véritable accélération, de celles qui passent par le montage (même s'il joue encore de ses vieux effets ponctuellement, qui, couplés à des zooms furieux, ne constituent pas les plus beaux moments du film mais contribuent, périodiquement, à pousser son rythme). Et le résultat est assez fascinant.




Il faut en revanche, c’est admis, s'en tenir à la vitesse et à l'action, qui constituent 95% du film au bas mot, et fermer les yeux sur le reste. Dès que Miller coupe le moteur, on se rend compte, une fois de plus, qu'il est incapable de filmer autre chose (les scènes plus calmes, les pauses dans la course, où Max, interprété par un Tom Hardy fort limité, discute avec sa partenaire, Furiosa, beaucoup mieux servie par Charlize Theron, sur une tonalité mélodramatique, sans parler de la scène où Furiosa s’en va hurler, à genoux, dans le désert, la mort des siennes, ces scènes relèvent soit du grotesque soit… du grotesque). Mais ce ne sont bien que 5% du film, en comptant large. Et pour la plus grosse part du gâteau, il n’y a pas à dire, George Miller sait y faire. C'est probablement son seul talent mais il le tient, ou plutôt le tient enfin. Le film fout effectivement un gros coup de pression au tout Hollywood en parvenant à atteindre un rythme de croisière fulgurant sans se crasher en cours de route.




Mais je me trouve presque dur. Car en réalité, et quitte à me trouver presque doux, je dois dire que Miller réussit un peu plus que cela, et que ses réussites supplémentaires pourraient passer pour dérisoires mais sont capitales quand on connaît un peu l'oiseau pour s'être tapé et retapé les trois premiers films de sa franchise. D’abord, Mad Max : Fury Road compte deux scènes particulièrement réussies et dont la réussite ne tient pas qu’à la création et au maintient improbable d’un rythme hallucinant. D'une part, la séquence de la tempête de sable, où Miller joue sur une altération des couleurs et sur une invasion du noir et blanc assez frappante, donnant l’impression que le film lui-même subit, dans son tissu, les assauts cataclysmiques d’un cyclone sorti de nulle part. Et c'est bien l'effet que nous fait ce nouveau Mad Max, film émergé d'on ne sait où, qui déboule en trombes, foutraque, puissant et, pour ses rivaux, assez destructeur. D'autre part, la séquence étonnante des marécages, cette étendue spongieuse parcourue d’étranges échassiers humains, où, une nouvelle fois, Miller change soudain de teinte, et de registre, plongeant le film dans une nuit bleue assez somptueuse, tandis que le convoi des fuyards s’attache à un arbre solitaire et que retentit le Dies Irae du Requiem de Verdi.




Et puis, pour la première fois dans sa série, le cinéaste façonne un personnage principal assez consistant. Je ne parle pas de Max, qui n’a, faut-il croire, jamais intéressé Miller. Tom Hardy lui donne encore moins de poids que Mel Gibson en son temps, qui n’avait déjà pratiquement rien à jouer mais le faisait somme toute mieux (et pourtant...). Je parle évidemment de Furiosa. Miller met clairement (et assez lourdement) en scène la passation de pouvoir, laissant son (soit-disant Mad) Max sur le bas-côté, au sol, littéralement largué, au profit du personnage féminin de son film (on ne fera pas tout un fromage sur Mad Max 4 grand film féministe… féministe, le film l’est un peu, et l’est pas mal comparé à quelques grosses machines Marvel, mais si ce film est un grand film féministe, le féminisme a de beaux jours devant lui). Et la transmission de témoin s’organise jusque dans le titre, si l’on se permet d’entendre « Fury Road » comme « La route de Furiosa ». Assez solidement interprétée par Charlize Theron, la susnommée Furiosa en impose davantage que son covoitureur mâle, et c’est rien de le dire. C’est une première pour la saga, qui avait connu quelques personnages secondaires sympathiques (notre critique du deuxième opus leur faisait la part belle) mais finalement peu présents (au contraire ici, d'ailleurs, d'un personnage secondaire assez intéressant en la personne de Nux, interprété par Nicholas Hoult, un war boy d’Immortan Joe pris à parti dans l’équipée sauvage de Furiosa), et dont le héros masculin éponyme n’avait jamais su nous gagner à sa cause (laquelle au juste ?).




Je suis peut-être injuste aussi quand je précise que l’on peut apprécier le spectacle (on y est en plein, Miller lance même des feux d'artifice à intervalles réguliers !) à condition de fermer les yeux sur tout ce qui n’est pas action et vitesse pure. Il faut, je ne le redis pas, faire le mort devant les quelques scènes voulues émouvantes de l’affaire. Mais en termes d'idées de scénario, le film n'est peut-être pas si plat et commun qu’il n’y paraît. Mettons le mot « idées » au singulier, pour ne pas avoir l’air d’en faire des tonnes. Je retiens celle (et mieux vaut avoir vu le film avant de lire ce qui suit, pas que la révélation soit capitale mais on pourrait m'en vouloir à mort et attenter à ma vie, donc je me couvre un max) qu'ont les personnages (le mérite en est attribué à Max, que Miller ne pouvait pas laisser dans le caniveau sans lui avoir offert de penser au moins une fois dans sa vie) de retourner sur leurs pas, d'arrêter la fuite en avant vers probablement rien et de revenir dans la citadelle initiale, celle que gouvernait jusqu’ici le despote Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne, méchant du 1er volet, mais peu importe... ici dans le rôle du tyran putanier et doctrinaire pratiquant une politique d’austérité à l’égard de la nouvelle denrée rare - après le fuel, l’eau, plus banal, certes… - du monde post-apocalyptique de Miller), pour essayer de la dérober à son leader et de la révolutionner de l'intérieur, de la rendre meilleure (parabole de ce que Miller fait avec sa propre saga, bien sûr, qu’il reboote et hausse effectivement d’un ou de plusieurs tons, chose assez rare pour être soulignée), bref cette idée somme toute assez simple qui veut que l'herbe ne sera que très peu vraisemblablement plus verte ailleurs (encore qu'elle le sera forcément vu que d'herbe il n'y a point dans le désert où se déroule le film), et qu'il serait temps d'essayer d’agir là où l'on crèche plutôt que de foncer vers un éden illusoire (ou aussi imbitable que celui de Mad Max troisième du nom). (Phrase un peu longue non ?). Voilà une assez belle idée au fond, qui me donnerait presque envie de rapprocher le film, dans sa tentative d’appréhender les angoisses eschatologiques contemporaines et d’y répondre, de se coltiner le sujet de la responsabilité du guide et de l'engagement personnel, de ces films qui, ces dernières années, l’ont fait d’une toute autre manière. En vrac, La Dernière piste, Habemus Papam, Take Shelter ou 4h44 dernier jour sur terre. Mais j’ai bien peur, là, après avoir peut-être injustement limité le film à sa grande qualité « dynamique », de le hisser à des considérations auxquelles lui-même ne prétend pas férocement.


Mad Max : Fury Road de George Miller avec Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult et Hugh Keays-Byrne (2015)

21 mai 2015

Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre

En 1985, George Miller, épaulé par le mystérieux George Ogilvie, donne un troisième volet à la saga qui l’a rendu célèbre. Contre toute attente, il décide de prendre à contrepied les fans de bagnole et de vitesse qu’il avait su se mettre dans la poche avec le premier volet de sa série, public que le second opus pouvait déjà choper à rebrousse poil avec son gros poids-lourd et son hélicoptère à pédales. Pas de véhicule-star dans le numéro 3, ou presque pas. La tire de Mad Max, sauf erreur (il s’agit d’une scène presque entièrement tournée dans le noir complet), explose assez tôt dans le film, quand Max travaille, le temps d’une journée, dans une fosse à porcs. On lui a piqué sa carriole au début du film (un coup de son vieil ami Gyro Captain, qui n'a pas reconnu ce cher Max enveloppé dans sa djellaba, quinze ans après leurs aventures du deuxième film), et pour la récupérer, notre héros accepte de se mettre au service de l’Entité (Tina Turner, qui pousse d’un cran l’habitude de mal jouer quand on joue dans un Mad Max, a fortiori quand on interprète un(e) méchant(e)), ce qui implique, croyez-le ou non, de ramasser de la fiente de cochon. Mairesse de Trocopolis, petite ville du désert, l’Entité demande à Max d’aller tripoter de la merde de porc (combustible de demain) dans les bas-fonds de sa ville, et d’y tuer pour elle Master/Blaster, le maître des sous-sols pestilentiels de la cité, qui lui en dispute la main-mise. L’ennemi en question est un de ces fameux méchants à deux têtes comme on en a croisé ailleurs : un gros tas de muscle décérébré servant de jambes à un nain (soi-disant) très brillant, juché sur son dos.


Match de touffes.

Mais, ne renonçant pas à tous ses fétichismes, Miller, dans la première partie du film, assouvit tout de même son vieux fantasme de filmer du catch. Les méchants de Mad Max 2 avaient de vrais airs de catcheurs en cuir et à crêtes ; ici, on aura droit à notre combat de mecs. Mad Max (un Mel Gibson plus proche que jamais du look de William Wallace et toujours pas mad pour un sou), et Blaster, la fameuse montagne de muscles qui sert de gambas à Master (le « cerveau » du sous-terrain merdeux de Trocopolis), se retrouvent suspendus en l’air par des sangles, sous le dôme qui donne son triste titre au film, tels des nourrissons dans un parc, et ils se filent des coups jusqu’à ce que le héros gagne. Quand deux types entrent dans l'arène, un seul doit en ressortir vivant, c'est la règle, répétée environ trois cent fois. Mais Max est humain et quand il découvre que Blaster, sous son casque intégral, est un trisomique bodybuildé, il refuse de l'achever. Il comprendra d'ailleurs bientôt que Master n'est pas vilain non plus. Comme vous le voyez, tout cela est profondément intéressant.

Et puis on change brutalement de film. Quand Max, exilé dans le désert, est recueilli par une troupe d’enfants ébouriffés et un peu perchés, on passe tout d’un coup dans une sorte de manège Lucasfilm, une production Spielberg-Lucas, ou Disney (George Miller, auteur, producteur et réalisateur, avant Mad Max Fury Road, de Babe 2, le cochon dans la ville - on ne le rappelle jamais assez - lorgne sans détour vers Peter Pan). Le film prend les airs inquiétants d’un mélange (en partie anticipé) de Hook (les enfants perdus attifés comme des clodos bigarrés, qui rêvent d’un tomorrow-morrow-land et prennent Mad Max pour le messie), de Willow (avec le nain du duo de gérants de la porcherie et leurs cochons !), et de Star Wars (le gag où Mad Max poursuit un type dans un couloir et, après avoir disparu deux secondes au tournant, revient vers nous en courant encore plus vite, poursuivi à son tour par une meute d’ennemis, tel Harrison Ford dans La Guerre des étoiles). Le combat final, sur un train rappelant Indiana Jones et la dernière croisade, est un combat à coups de poêle à frire dans la face, qui nous signale, au cas où on ne l’aurait pas remarqué, qu’on est loin des dégénérés de Mad Max 1 ou de la décharge de violence de Mad Max 2, et que bientôt George Miller se consacrera aux films pour gosses, avec, outre la suite des aventures du cochon devenu berger, la réalisation de Happy Feet 1 et 2. Autant dire que le basculement sans transition entre un combat de catcheurs dans une fosse à purin et un conte pour enfants avec cascade d'eau claire et cerf-volant en papier a de quoi déconcerter, voire laisser sur le carreau n'importe quel fan de Mad Max. Le film est bien une sorte de double entité, à l'image de Master/Blaster, mais là où on pouvait espérer une première partie blaster-musclée et une autre master-intelligente, en réalité la seconde est simplement destinée aux tout petits...


Belle tentative, mais ça ne suffira pas à réinventer le cinéma (ni à sauver le film).

Reste une idée pas inintéressante, dans la scène où les enfants paumés racontent à Max les épisodes successifs de leur mythologie de l’apocalypse, et usent pour ce faire d’un grand cadre rectangulaire fait de branchages qu’ils dirigent, du bout d’une perche, vers des images peintes dans le fond de leur grotte et sur lesquelles dansent les lueurs d’un feu, réinventant le cinéma sans le savoir, avant de scander le mot "vidéo" comme s'il s'agissait d'un Dieu inconnu. C’est la seule belle idée à sauver dans ce film de sinistre mémoire qui aura su plonger la saga dans l’oubli pendant trente ans.


Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre de George Miller et George Ogilvie, avec Mel Gibson, Tina Turner et Bruce Spence (1985)

19 mai 2015

Mad Max 2 : le défi

Avant Mad Max 4 et après Mad Max 1 vient Mad Max 2, parce qu'il y a peu de chances qu'on se re-farcisse le 3. Dans ce deuxième volet, Max n'est toujours pas Mad, il est même carrément zen. Cependant, Mel Gibson, en deux ans, a pris du coffre, de la bouteille. Son personnage n'est pas vraiment plus travaillé que dans le premier film, voire moins, mais il en impose davantage avec ses traits marqués, sa mâchoire carrée et sa mèche blanche sur le côté (en devenant fou, à la fin du premier film, aussi fou que sa nemesis, le méchant Toecutter, Max aurait-il hérité de sa mèche de gremlin ? L'idée eût peut-être été plus frappante si notre héros avait percuté son ennemi en choc frontal, comme il adviendra à la fin de ce deuxième volet). On sent que l'acteur a gagné en assurance et on a enfin, devant nous, un personnage bien planté dans ses bottes en cuir. Mieux, on trouve même une paire de personnages secondaires vaguement plus épais qu'une feuille à cigarette pour venir nourrir un peu le gros bordel.


 Ça aurait dû être lui le héros de la saga, d'autant que Mad Max ça fait un sacré nom de clébard.

D'abord : le chien. Meilleur personnage de la saga, imbattable. Oui car Max est désormais affublé d'un clébard de prairie, avec lequel il partage sa gamelle et qui est d'un dévouement exemplaire. La scène, au début du film, où le chien tient un os en plastique dans sa gueule, os relié par une ficelle à la gâchette du fusil à pompe de Max, fusil braqué sur la tête d'un pauvre gars (un futur collègue de Max, il en sera question plus bas), et où, quand il aperçoit un lapin à travers la vitre de la bagnole, le clébard ne bronche pas, ne remue pas l'ombre d'une oreille, au grand soulagement de son prisonnier - cette scène, donc, peut-être la plus marquante du film, nous rend la bestiole follement attachante. Ce clebs est peut-être plus malin que tous les personnages réunis. Et c'est un déchirement quand il trépasse, dans ce petit couinement canin, hors-champ : "ouïgh".


Les deux meilleurs amis de Max coincent la bulle dans la même position. Deux clébards ? Non, deux humains, qui parviennent tous deux à se lécher les couilles.

Mais ce n'est pas tout. On découvre bientôt Gyro Captain (Bruce Spence), une sorte de clown du désert, amateur de reptiles et d'aéronefs, qui se présente d'abord comme un ennemi (c'est lui que le chien tient en joue) mais qui se trouve n'avoir pratiquement qu'une motivation, mais quelle motivation : trouver un pote, un associé, un gars avec qui faire des trucs terribles. Beau personnage donc. Et puis il y a, à partir du moment où Mad Max et ses potes s'approchent d'un fort bien gardé bâti autour d'un puits de pétrole, (denrée rare dans ce monde d'après l'apocalypse où l'essence vaut son pesant d'or et attire toutes les convoitises), il y a donc l'enfant sauvage de Truffaut, un gamin du fort, qui prend en levrette toutes les théories selon lesquelles on apprend au contact d'autrui. Il n'est pas scolarisé, soit. Est-ce une raison valable pour ne toujours pas parler, pas même à l'aide de quelques gestes, alors qu'on côtoie des adultes doués de langage ? Le gamin se contente de grogner, de faire le singe quand on lui offre une boîte à musique, et d'imiter le chacal pour éloigner un ennemi de Max. Il n'est donc pas si con.


Mimi-Siku ne sait pas parler mais il fait une bonne canne.

On a également un poil plus d'enjeux narratifs dans ce deuxième opus. En effet, oubliez les histoires à la va-comme-je-te-pousse, du genre t'as fumé ma femme, je vais te foutre le feu. Ici, l'australien George Miller met les pieds dans le plat de l'univers post-nuke-punk déployé tout au long de sa chère saga. Et ce tout en poursuivant sa relecture du western, puisqu'il quitte les grands espaces et les routes courbes du premier opus pour poser son cul dans un Fort Alamo du futur, sis en plein désert de la mort. Le lieu, qui abrite quelques familles de petits raffineurs new-age, est continuellement assiégé par des catcheurs bondage culs nus, menés par le seigneur Humungus (un bodybuildeur dont la tête est recouverte d'un fait-tout en titane et qui souffre manifestement d'une laryngite : le personnage n'est pas sans rappeler à rebours le méchant Bane de The Dark Knight Rises). Scénario plus généreux donc, bien que parfois bancal. Le film compte son petit lot d'incohérences et de facilités (pourquoi les raffineurs ne possèdent-ils qu'un lance-flamme alors qu'ils ont une puits de pétrole sous la main ? pourquoi Max se sent-il obligé de traverser tout le camp ennemi pour ramener un remorqueur dans la forteresse ? pourquoi les raffineurs ne barricadent-ils pas mieux leur engin de la dernière chance, à la fin du film ?, etc.). Mais ça fait partie du jeu, un jeu par ailleurs plutôt sympathique, mené sur un rythme bien balancé, avec sa grande course poursuite finale et ses combats débraillés. Bref, sans être merveilleux, Mad Max 2 est meilleur que Mad Max 1, mais on espère de tout cœur qu'il est moins bon que Mad Max 4. En attendant nous on va sans doute s'empaler sur le 3...


Mad Max 2 : le défi de George Miller avec Mel Gibson, Bruce Spence, Mike Preston, Kjell Nilsson et Emil Minty (1981)

17 mai 2015

Mad Max

L’engouement frénétique absolument généralisé autour de Mad Max Fury Road donne envie, avant d’aller découvrir le film, de se replonger dans les opus précédents, de retourner aux origines du mythe. Et force est de constater que le bon souvenir laissé par le premier épisode de la franchise a du mal à tenir le choc de la redécouverte. Sympathique par moments, tout à fait tranquille à suivre sur la durée, Mad Max premier du nom est tout de même un film relativement faible dans son ensemble. Et peut-être en premier lieu à cause de son personnage. Ce Max supposé Mad qui donne son titre au film n’existe pratiquement pas (peu aidé par un Mel Gibson sorti du berceau et assez mauvais acteur). Max Rockatansky est un flic, il a bonne réputation (sans qu'on sache trop pourquoi, mais il conduit un "Interceptor" et on nous le présente par petits bouts : ses bottes, ses gants, ses lunettes, ce qui en fait un sacré type), il aime sa femme (la jolie Joanne Samuel, une Karen Allen du pauvre qui n'a pas fait carrière, réduite dans ce film à un joli minois, une grosse permanente et deux répliques à tout casser), il aime aussi ses potes, enfin son pote, car il n'en a qu'un, et il a un peu peur de péter un câble à force de traquer des malades.


 
Mon nom est Mad Maximus, père d'un fils assassiné, époux d'une femme assassinée... et j'aurai ma vengeance, dans cette vie ou dans l'autre.

C’est tout. Et ça s’arrêtera là. Si ce n’est qu’à la fin de l’histoire il deviendra, comme il le craignait plus ou moins, vaguement fou, fou de colère, pendant cinq minutes. Parce qu’on a foutu le feu au froc de son copain blond, "Mother" Goose, et parce qu'on a roulé sur sa femme et son gamin. Sa femme est d'ailleurs encore vivante (alors que le gamin est allé ad patres), mais on ne la reverra jamais car Max s'en branle, il a des salopards à trucider (et c'est bien légitime, faut croire), en usant de cruauté si possible. On peut supposer que sa femme, désormais en très mauvais état, ne lui sert tout simplement plus à rien, qu'elle n'existe plus. De la même manière, plus tôt dans le film, en quittant la chambre d'hôpital de son ami brûlé au dernier degré quoique toujours vivant lui aussi, Max s'est écrié : "Ce n'est pas Goose, ça ce n'est pas Goose", rayant aussi sec son méga pote de la carte.


La Famille Bélier.

L’histoire aussi est donc assez plate. Les flics crâneurs d’un côté, les motards tarés de l’autre, et ils se rendent coup pour coup jusqu’à ce que, quelques morts plus tard, le héros l’emporte. Il faut tout de même se faire violence pour trouver ça passionnant. Certes, en bon western post-moderne, le film tient sur sa ligne claire de strict récit de vengeance, mais ledit récit est si cousu de fil blanc, si anodin, et sa résolution si paresseuse, que les bagnoles fusent au final dans le vent. D'autant que l'idée d'un western d'anticipation ne déboule sur rien, et que la pseudo-post-apocalypse passe limite inaperçue. Dans le deuxième épisode, avec sa fin du pétrole et son essence précieuse, son fortin pris d'assaut, et son clébard sidekick malin comme un singe, personnage ô combien plus fascinant que l'épouse et le bambin de Max réunis, le récit prendra une autre dimension.


Philippe Katerine post-nuke.

Mais en attendant il faut se contenter de bien peu, à tel point que le film ressemble à une sorte de prologue du vrai film : Mad Max II (dont le prologue est par ailleurs affreux). C'est un genre de prequel étalé sur une heure et demi, et tout au long duquel il est contre-indiqué d’être allergique aux musiques lourdingues (le saxo cher aux années 80 fait ici des ravages) ou aux grands méchants grotesques (loins des tarés d’Orange Mécanique, les motards penchent plus vers ceux des tristes premiers films de Luc Besson - nul doute que Hugh Keays-Byrne, interprète de Toecutter, le chef de la bande sur deux roues, aura eu plus de chance dans le quatrième et nouvel épisode, où l'acteur reprend du service après avoir explosé contre un camion, mort aussi bête et expédiée que son personnage, à la fin du premier Mad Max qui nous intéresse ici). Reste une qualité qu’on ne peut pas enlever à George Miller (et qu’il n'a apparemment pas perdue, si l'on prête foi aux innombrables admirateurs de Fury Road), qui est que l’homme s’y entend pour filmer des scènes de course poursuite. Mais ça ne suffit pas toujours, et ça ne suffit pas vraiment dans ce premier jalon boiteux d’une saga qui commence vraiment au numéro 2 et qui vient peut-être, on ira vite vérifier, de trouver, 36 ans après, son acmé.


Mad Max de George Miller avec Mel Gibson, Steve Bisley, Joanne Samuel et Hugh Keays-Byrne (1979)