Affichage des articles dont le libellé est Marilyn Monroe. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Marilyn Monroe. Afficher tous les articles

17 mai 2021

Lure of the Wilderness

Ou, littéralement, L'Attrait du monde sauvage (et non Prisonniers du marais, comme le voulut le triste titre français). Et quel attrait... L'impression est là, de passer une heure et demi dans un marécage labyrinthique de Géorgie, beau et dangereux, fascinant, dont Laurie, personnage féminin principal, qui l'arpente en tout sens et en connaît les herbes, notamment celles qui soignent ("Swamp's magic") dit que le jour où elle le quittera, il ne se passera pas un instant sans que la brûle le besoin d'y revenir, de le voir, de l'entendre. Et à la fin, quand son père se retourne pour le regarder, l'ayant enfin quitté après des années, il demande une seconde de plus, car c'est comme revenir à la vie. On ne sait pas ce qu'il veut dire, car il vient d'y revenir, à la vie (la ville, les autres, sa maison), en quittant le marécage, mais dans la façon qu'il a de dire "coming back to life" en prenant cette seconde supplémentaire pour regarder encore vers le marais, on dirait que revenir à la vie c'est s'attarder dans les méandres aquatiques encore un peu. 
 
 


 
J'aime la grande simplicité de ce film, ses personnages entiers, la réduction des lieux et des enjeux, son apparente modestie, son air de film de seconde zone, alors que tout ou presque m'y plaît tant. Lure of the wilderness s'inscrit sans hésitation possible dans la catégorie des films que j'ai regardés des dizaines et des dizaines de fois, en boucle, étant petit, complètement envoûté, avec ce besoin d'y revenir, de le voir, de l'entendre encore et encore. Du moins il s'y inscrit virtuellement, car je viens de le découvrir et ne l'ai donc jamais vu enfant. Tant pis... Je suis heureux de le découvrir aujourd'hui, et c'était pas gagné, c'est même complètement dû au hasard, je dois dire, celui d'avoir croisé et simplement aimé le titre original en jetant un œil à la filmographie de l'actrice Jean Peters (un peu oubliée, dont la carrière fut brève mais remarquable, et les rôles souvent inoubliables, de La Flibustière des Antilles de Tourneur au Bronco Apache d'Aldrich en passant par Le Port de la drogue de Fuller, mais aussi d'autres films de Jean Negulesco, dont un déjà aux côtés de Jeffrey Hunter) après l'avoir récemment adorée dans le Niagara de Henry Hathaway, où elle éclipse complètement Marilyn Monroe (il faut le faire). Du titre à une paire d'images du film, où j'ai cru retrouver, dans l'aspect du bayou, celui des Everglades d'un autre film que j'aurais regardé en boucle si je l'avais découvert enfant, et que j'aime maintenant tout autant en ne l'ayant vu qu'une fois, La Forêt interdite de Nicholas Ray.
 
 


 
J'aime bien que le film s'ouvre vite, avec le personnage principal (Jeffrey Hunter donc) cerné de son père et de son chien sur une barque approchant le marécage, la zone inexplorée précédée d'un totem à la tête de mort dissuasive. J'aime bien que le personnage principal retourne dans cet enfer, malgré le spectacle des crocodiles affalés sur la rive, parce que son chien Careless (en français : Balec) s'y est perdu et qu'il ne compte pas le laisser là-bas. J'aime bien son errance dans l'enchevêtrement impossible du marécage, relancé par la musique, qui lui donne du ressort. J'aime bien qu'il trouve au fin fond de ce bourbier un père et sa fille, oubliés du reste du monde, Jim et Laurie Harper, cachés dans les plis de la nature hostile pour échapper au lynchage suite à une fausse accusation de meurtre. J'aime bien que ce père soit interprété par Walter Brennan et sa fille par Jean Peters, vêtus de peaux rapiécées, et que la fille, sauvage en diable, chasse à l'arc pour les défendre et nourrir. J'aime bien que Walter Brennan chante la nuit au coin du feu, ponctuant sa mélopée de tout un tas de fausses notes qui l'agacent mais ne l'arrêtent pas, parce que quand Walter Brennan chante on repense à Rio Bravo.
 
 


 
J'aime bien la manière dont un serpent saute à la gueule de Walter Brennan qui boit un peu d'eau sans se méfier, le laissant tétanisé, la joue boursouflée, mais surtout j'aime bien que les deux autres, après l'avoir laissé pour mort au bord du point d'eau et après avoir creusé sa tombe un peu plus loin, croient voir un fantôme en le retrouvant assis au coin du feu, la joue toujours bombée, et groggy, mais vivant, pour la simple raison que les marais invitent à croire aux revenants. J'aime bien la façon dont le père du personnage principal sourit puis se recompose aussitôt un visage de père autoritaire et froid quand il retrouve son fils sous son toit alors qu'il le cherchait depuis des jours, le croyant perdu, et finalement lui file des tartes dans la tronche et le fout hors de chez lui, au risque de le perdre deux fois, parce qu'il compte coûte que coûte retourner dans le bayou et que cette idée le met hors de lui. J'aime bien la boîte de cigares que notre beau ténébreux aux yeux brillants rapporte à Brennan dans sa retraite fangeuse, et la durée du plan où le vieux allume et tire sur le tube noir avec un plaisir qui me donne une violente envie de me mettre aux barreaux de chaise alors que je n'ai jamais tiré sur une simple clope. Et le bal, où, pendant qu'ils dansent, Jean Peters baisse les yeux et les relève vers Jeffrey Hunter environ 62 fois, avant qu'il pose son menton sur son front à elle, sous le regard de l'actrice Constance Smith, jalouse car promise au jeune premier avant qu'il rencontre Laurie dans le marais. Et ce détail, totalement fortuit, de la mouche qui se pose à ce moment-là sur le corsage de l'éconduite. Et le combat de Walter Brennan contre un croco au fond de l'eau, et Jack Elam aux prises avec les sables mouvants... Je voudrais avoir 7 ou 8 ans à nouveau et retourner vers le marais, le voir, l'entendre, encore et encore.
 
 
(PS. J'ai depuis vu Swamp Water (L'étang tragique, 1941), film américain de Jean Renoir et Irving Pichel, dont Lure of the Wilderness est un remake. Eh bien autant vous dire que le film dont il est question ici s'inscrit selon moi sans hésitation dans le petit cercle des remakes supérieurs à l'original. Les deux films sont très proches, mais les scènes identiques sont moins marquantes dans le premier (comme celle où Brennan se fait mordre par un mocassin d'eau et passe pour mort), et tout ce qui fait que j'ai aimé le film de Jean Negulesco n'existait pas dans son prédécesseur, qui ne s'attarde pas assez dans le marécage, laisse le personnage qui l'habite en retrait part rapport aux autres (c'est Walter Brennan qui joue le rôle dans les deux films), et celui de sa fille (d'abord incarnée par la formidable Anne Baxter) en souillon des villes au lieu d'en faire une héroïne des marais. Le premier film américain de Renoir (deux ans après La Règle du jeu), qui n'est pas si mal, attention, a aussi le tort, quand on connait son doublon, de se focaliser sur les conflits internes au village au lieu de laisser le temps, par exemple, à Walter Brennan de chanter ou de fumer le cigare...)

 
Lure of the Wilderness (Prisonniers du marais) de Jean Negulesco avec Jean Peters, Jeffrey Hunter, Walter Brennan et Jack Elam (1952)

16 février 2018

L’Étrange créature du lac noir

Jack Arnold, dans les années 50, en pleine possession de ses moyens, contribua à donner ses lettres de noblesse au cinéma de genre en signant de son nom quelques uns des plus grands titres de la période. Quiconque rangerait ce Creature from the Black Lagoon dans les plaisirs coupables du cinéphile amateur de nanars ridicules et autres "séries Z" dont il est bon de se gausser, aurait tout faux. Certes, le titre, l'affiche (d'ailleurs très belle) ou le contexte laissent à penser que nous tenons là une petite merde. Mais loin s'en faut, puisque L'étrange créature du lac noir compte parmi les petits bijoux et les nobles réussites de la collection Universal Monsters. Le maquillage de la créature a de toute évidence un peu vieilli (peut-être moins cependant que beaucoup d'effets spéciaux numériques sur fond vert...), mais se focaliser là-dessus pour ricaner serait passer à côté d'un bien beau film.





Rappelons un peu de quoi il s'agit. On pourrait s'attendre à un pré-sous-Jaws, avec une créature sous-marine redoutable au centre d'un film rythmé par des scènes de trouille nous la montrant éliminer un à un les membres du casting. Sauf que le script de Jack Arnold est un peu plus malin que ça. On y suit une bande de scientifiques inspectant un lac à la recherche d'une créature millénaire, forcément un peu étrange (d'où le titre). Quand ladite bestiole, à qui il ne manque que la parole, et à la rigueur un petit relooking, voit apparaître, dans ces eaux saumâtres qu'elle habite seule depuis des centaines d'années, une bombe atomique en la personne de Julia Adams, son sang froid ne fait qu'un tour dans son slip.





Le film aurait donc pu tomber dans le graveleux, le racolage, le voyeurisme, l'érotisme de bas étage, écueil que Jack Arnold évite haut la main, en nous livrant une variation sur La Belle et la bête ponctuée de scènes sublimes : ces fameuses séquences de baignade, ou devrions-nous dire, de danse aquatique, puisque c'est à un véritable ballet sous-marin que nous convie un Jack Arnold plein de poésie et touché par la grâce. La 3D, nouveau jouet de l'époque, a peut-être contribué à inspirer à Jack Arnold ces scènes, mais elles ne perdent rien de leur beauté sans cet artifice. Les longues jambes de Julia Adams ondulent quelques centimètres au-dessus des plantes marines et des bras palmés aux mouvements envoûtants, inquiétants mais contrôlés, de l'étrange Gill-Man, l'inoubliable monstre, dans un lente chorégraphie de fascination amoureuse.




Au fond, dans sa simplicité, la créature est encore le personnage le plus touchant d'un film où les personnages masculins, eux aussi obnubilés par la seule femme à bord, se livrent à un combat de coqs ridicule et néfaste. Billy Wilder se souviendra de ce film au moment de tourner Sept ans de réflexion, comédie grinçante épinglant l'américain mâle blanc dominant, incarné par Tom Ewell. Le personnage principal, nommé Richard Sherman, n'avait qu'une idée en tête : tromper sa femme avec la première venue, qui s'avérait n'être autre que l'irrésistible Marilyn Monroe. Celle-ci n'avait alors de cesse de citer, en criant, le titre du film de Jack Arnold, Creature from the Black Lagoon, tout en résistant aux assauts de son voisin du dessous très concupiscent. Dans un New York caniculaire, les deux étages de l'immeuble servant de décor à la comédie de Wilder, l'un occupé par l'homme marié désœuvré, l'autre par la divine blonde, étaient reliés par un escalier sans issue, rappelant les deux mondes séparés du film de Jack Arnold, celui des profondeurs, abritant la menace, et la surface. Malheureusement, Gill-Man, la bête aquatique de L'étrange créature du lac noir, comme son futur homologue des villes, finit par craquer, et embarque la belle dans son antre - image d’Épinal digne de celle tournée par Cocteau dans son adaptation du conte de Mme Leprince de Beaumont. On sent alors le monstre mu par la volonté de renouer avec un amour perdu, cette autre créature dont les scientifiques trouvaient un membre fossilisé au début du film. Jack Arnold parvient ainsi à titiller notre imagination et à nous faire projeter sur sa créature des sentiments qui lui donnent une autre dimension.





Le film a souffert, comme quelques autres du même genre, d'abord de sa modestie, prise à tort pour un manque d'ambition, ensuite de son emballage, nous l'avons dit, mais peut-être aussi de cette suite, mise en boîte un an plus tard par le même Jack Arnold. Nous ne l'avons pas vue mais nous ne savons que trop combien d'autres monstres ont pâti de tirer sur la corde et de se voir inventer tour à tour un fils, un cousin, un neveu, un filleul ou un gendre peu recommandables. Mais le pire coup bas contre ce film reste l'attitude et les choix du Gill-Man après 1954, qui surfa sur la popularité du film pour se constituer un petit pactole en étant d'abord l'effigie d'une marque de sardines bas de gamme, puis en traînant ses palmes sur les plateaux télé pour raconter ses frasques ou en devenant l'égérie par intérim de MacDonald, avant qu'un Ronald plus familial et accueillant ne prenne le relai. La légende raconte qu'on peut apercevoir le Gill-Man dans certaines venelles de Los Angeles, jouant du Gershwin en soufflant dans une conque et recueillant de sa dernière palme valide quelques pounds qui lui permettent de s'acheter des boîtes de câpres entre deux numéros au Marineland local. La triste fin du petit enfant huître...


L'étrange créature du lac noir de Jack Arnold avec Julia Adams, le Gill-Man, Richard Carlson et Richard Denning (1954)

25 janvier 2017

La La Land

L'année cinéma 2017 démarre sur les chapeaux de roues avec la sortie, dès le 25 janvier du premier mois de l'année, de La La Land, le très attendu second long métrage du jeune et prometteur Damien Chazelle. Ce cinéaste américain de lointaine origine française (de par son père), déjà auteur du remarqué et remarquable White Splash (parfois connu sous le titre BlackFish), trustera encore une fois les tops de fin d'année avec ce nouveau titre qui ravira les amateurs de musique, de danse, de jazz, de salsa ou, tout simplement, de bon cinéma. On tient là une oeuvre à la fraîcheur vivace et sincère, à la bonne humeur communicative et tombant à point nommé en cette ère glaciale de post-vérité. Nous sommes prêts à y laisser nos chemises respectives : on n'a pas fini d'en entendre parler...  




Ryan Gosling interprète ici Jazz Man, un trompettiste de jazz-salsa condamné à jouer les mêmes ritournelles dans des clubs miteux de Los Angeles, la "ville rose", pour rejoindre les deux bouts et arrondir des fins de mois plus que difficiles ou, comme il le dit en français dans le texte, "mettre des pâtes dans son eau". Son régime alimentaire se résume à quelques vertébrés victimes de collisions et autres asticots faisandés. Un beau jour, le jeune éphèbe à qui tout ne réussit pas croise la route de Mia Clarke (Emma Stone), une femme débonnaire aux dents qui rayent le parquet, prête à vendre son âme au Diable pour devenir actrice à Hollywood et enchaînant, en vain, les auditions. Le film de Damien Chazelle nous raconte, en musique s'il vous plaît, l'idylle terrible de ces deux roux rêveurs condamnés à cirer le parquet, auquel le destin réserve bien des surprises. Dès les premières minutes de ce "musical" revisité, le spectateur est invité à suivre ces deux personnages attachants à la trace, quitte à en avoir la tête qui tourne. Car il faut les suivre, les tourtereaux en rut, dans ce tour de manège qui ne prendra fin qu'aux mots "The End". 




Si, politiquement, l'année s'annonce particulièrement morose et tendue, elle est, cinématographiquement, lancée sous les meilleurs auspices grâce aux talents conjugués de Ryan Gosling, Emma Stone et de leur chef d'orchestre Damien Chazelle. Alors que l'on croyait dans le prophétique Jeff Nichols pour incarner le renouveau du cinéma américain, il semblerait que le messie s'appelle, non sans ironie, Damien. Avec son premier long métrage, le réalisateur avait su éveiller les consciences et défendre les cétacés en jouant carte sur table et en pointant beaucoup de doigts. Pour ce nouveau film, le new yorkais abandonne sa véhémence et sa chasuble de la CGT, il nous propose un grand bol d'air frais, une véritable soupe à la grimace, cuisinée aux petits oignons.




S'il souhaitait reproduire ce film à l'identique, 9 fois sur 10 il se louperait. La La Land (dont le titre se prononce "Lay Lay Land", pays d'Oncle Sam oblige) multiplie les grands moments de cinéma et nous laisse un peu KO, chancelants dans nos fauteuils de velours, dont l'humidité atteste que nous avons passé 100 minutes de folie douce. S'il osait déjà beaucoup dans White Splash, Chazelle abandonne ici le cheval à son harnais et parie davantage que la somme de toutes les mises engagées. On s'étonnera néanmoins de ces nombreux passages où des sous-titres chinois sont cachés par des sous-titres français, affichés par-dessus, avant de saisir le message de Chazelle. C'est encore un choix de mise en scène courageux et novateur, un pied-de-nez adressé au lecteur et un message sans concession sur notre village-monde à la communication si difficile et invasive... 




Le fils de Mary-Ann et de Christian Keyboard filme avec une bravoure et un sens du rythme peu communs, emporté par des acteurs en ébullition dont l'attirance physique réciproque ne fait plus aucun doute. Emma Stone, déjà brillante dans Harry Potter (dont La La Land peut être perçu comme une suite enchantée), sort enfin de l'ombre de ses aïeuls. La fille de Sharon et Oliver Stone n'a jamais paru aussi à l'aise devant une caméra. Elle s'impose comme la digne successeuse de Marylin Monroe, près d'un siècle après la disparition tragique de celle-ci (il était temps !). Un Oscar lui est désormais promis, et nous nous joindrons aux applaudissements nourris qui accompagneront son triomphe écrit d'avance. L'actrice sonne le glas des espoirs révolutionnaires, jugulés par ailleurs dans les autres grandes nations européennes. Elle laisse le pendu choisir sa corde et sa performance est à se damner.




Et que dire de Ryan Gosling ? Durant tout le film, on se demande qui fait quoi, et si ça n'est pas Ryan qui dirige Damien ou l'inverse ! L'acteur avait confié à une télé anglaise en septembre 2008 qu'il avait pris une taille de plus, une information capitale qui ne laisse pas de doute sur son pragmatisme d'homme de terrain. Dans ce rôle, Ryan Gosling est comme un swap dans l'eau. Petit à petit, le plus grand acteur de sa génération décroche la bourgeoise à son thé... sans épargner le manant ni le banquier. On peut hélas constater par intermittences que la peau trop parfaite, diaphane, immaculée, du sex-symbol surdoué a parfois posé de gros problèmes aux différents directeurs photos engagés sur le projet, incapables de le saisir à l'image. La star n'est pas toujours perceptible à l'écran, on ne la voit pas comme il faut. Scarlett Johansson posait le même problème avant son premier enfant. On devine aisément que Ryan Gosling a signé le contrat sans avoir lu toutes les mentions en-bas de page, au petit bonheur la chance, mais avec sa générosité légendaire, et son courage en bandoulière. Dans l'ombre du couple vedette, nous retrouvons l'inévitable J. K. Simmons (cocorico !), de nouveau appelé pour jouer un personnage dénué de cheveux. L'acteur, qui a également accepté un rôle muet, ne prend jamais la parole malgré toutes les fois où on l'y invite. Le résultat à l'image est étonnant. 




Festival sonore et pyrotechnique, vibrant hommage à l'âge d'or du cinéma hollywoodien, La La Land est un poème macabre, une oeuvre païenne qui, si elle ne descend pas la pente à vive allure, sait la remonter sans difficulté car son moteur est solide. Un film généreux et altruiste qui, contrairement à l'hôpital, ne se fout pas de la charité. Une date. Un rendez-vous.


La La Land de Damien Chazelle avec Ryan Gosling, Emma Stone et J. K. Simmons (2017)

29 novembre 2015

Take This Waltz

Il y a des films qui vous dégoûteraient de l'Amour et de la vie en couple. Il y a des films qui auraient le don d'endurcir illico les plus insatisfaits et malheureux célibataires. Take This Waltz, deuxième long métrage écrit et réalisé par l'actrice Sarah Polley, est tout à fait de ceux-là. On y suit les hésitations et les malheurs existentiels de Michelle Williams, heureuse épouse de Seth Rogen (comment peut-on ?) tombée éperdument sous le charme de son voisin, un beau brun de 57 kilogrammes (Luke Kirby's Dream Land). Elle aime les cheveux crépus et la gentillesse à toute épreuve du premier ; elle est irrésistiblement attirée par les yeux azuréens et les chemisettes à carreaux du second. Elle ne se lasse pas des bons plats cuisinés de l'un, concepteur de recettes de cuisine à base de poulet de son état ; elle est tout simplement en extase face aux petits dessins à l'encre de Chine et à l'exceptionnelle endurance du second, artiste maudit et conducteur de pousse-pousse de profession (les métiers de chacun ont au moins le mérite d'être originaux, même s'ils ne justifient pas leurs baraques d'enfer et leur train de vie en général). Bref, Michelle Williams ne sait pas quoi faire, ses certitudes vacillent, son mariage est en danger. Pendant 1h30, elle tergiverse, puis finit par craquer. Le film, d'un romantisme fabriqué imbuvable, atteint alors des sommets dans l'horreur et l'innommable.




Pour bien nous montrer le bonheur total dans lequel nage Michelle Williams quand celle-ci a pour de bon décidé de quitter son moche époux pour les bras maigrelets du voisin, la caméra de Sarah Polley se met à tournoyer follement autour d'une gigantesque pièce faite de mille colonnes (comme je vous l'ai dit, tous les personnages vivent dans des palaces impossibles). Comme dans un insupportable clip, la "scène" de cette nouvelle vie conjugale change systématiquement quand la caméra passe derrière l'une des colonnes, sans transition visible. Michelle Williams et son jules jouent tranquillement au Scrabble... partagent un bon vin rouge et quelques tapas... se chuchotent des mots doux et se câlinent tendrement ...puis baisent comme des animaux sauvages ! D'abord dans une position inspirée des plus craspecs porno US, avec le pied du mec posé sur la joue de sa partenaire consentante, et ensuite dans une position plus banale où Michelle Williams se défoule cette fois-ci sur son homme, quitte à risquer une rupture de l’albuginée et des corps caverneux. Bref, le petit couple déglingué se démonte passionnément, et on est censé trouver ça sublime, alors que la mise en scène, déjà vue mille fois ailleurs, fout la gerbe en plus du tournis. En ce qui me concerne, j'espérais en secret que ce petit spectacle se prolonge, dure encore, j'attendais qu'on nous propose un petit abécédaire du kama sutra et j'imaginais qu'on irait crescendo dans la sauvagerie et le dégueulasse. Mais c'était bien trop espérer de Sarah Polley, cette femme n'a en réalité aucune suite dans les idées : ce passage ne dure pas assez pour être marrant, juste ce qu'il faut pour foutre les nerfs à vif !




Que dire de la prestation de Michelle Williams ? La filmographie de l'actrice ressemble à un abominable fourre-tout avec peut-être, en guise de très mince fil rouge, la volonté apparente de tourner avec des auteurs plus ou moins respectés et reconnus. Elle combine le pire et le meilleur du cinéma américain, du film indé imbuvable (il y en a beaucoup) au vrai film d'auteur remarquable (ses collaborations avec Kelly Reichard), en passant par le gros blockbuster qui tâche (Le Monde fantastique d'Oz) et le biopic à Oscars raté (My Week with Marilyn). A chaque fois, l'actrice est totalement à l'image du film dans lequel elle joue. Elle est excellente et bluffante dans Wendy & Lucy. Elle fout la rage en Marilyn Monroe. Et elle déprimerait donc n'importe qui dans Take This Waltz, où son regard perdu et ses gestes hasardeux siéent parfaitement à son insupportable personnage. Cette actrice et ses choix de carrière sont tour à tour désolants et encourageants. En réalité, je crois qu'elle commence à me fatiguer. Cette fois-ci, je ne lui jetterai pas la pierre, je viserai plutôt Seth Rogen, c'est plus facile : il est tout gros et je n'aime pas son énorme visage.




D'après ce que j'ai lu sur internet, beaucoup s'accordent à dire que le personnage campé par Michelle Williams est une chieuse XXL qui mérite un bon coup de pied au cul. C'est bien, je suis d'accord, je me joins au pugilat. Beaucoup prétendent aussi que le film est joliment filmé, parfaitement mis en scène, qu'il fourmille de belles images et de plans magnifiques. Là par contre, je m'inscris en faux. Sarah Polley développe une esthétique "instagram" faite de flous et de contre-jour intempestifs qui se veut paradoxalement naturaliste et proche des corps (Michelle Williams s'y fout à poil une demi dizaine de fois, et on s'en passerait volontiers) dont le résultat est très souvent d'une incroyable laideur. Le tout est enrobé de quelques chansons sans doute directement issues de l'iPod de la réalisatrice, fan de Micah P. Hinson, et le film emprunte son titre à un morceau du pauvre Leonard Cohen qu'on ne pourra plus jamais écouter librement.




Savoir que Sarah Polley a écrit et réalisé ce film qu'elle doit présenter et considérer comme une œuvre infiniment personnelle inspire le plus profond mépris. C'est typiquement un film qui pense cerner des "trucs" de couple bien connus (les petits jeux amoureux de Seth Rogen et Michelle Williams peuvent rendre fou), qui veut parler directement et intimement à son auditoire, le remuer dans son expérience personnelle, le questionner au plus profond de lui-même. En ce qui me concerne, quand, effectivement, le film me parlait un peu, j'avais envie de m'insulter copieusement puis de filer sous la douche fissa, comme pour me nettoyer de cet affreux rapprochement et pour avoir définitivement et strictement aucun rapport avec cette horreur signée Sarah Polley. Ce film m'a dérangé. J'en ai fait des cauchemars terribles où la ganache de Michelle Williams était remplacée par celle de ma chère et tendre. Véridique.


Take This Waltz de Sarah Polley avec Michelle Williams, Seth Rogen et Luke Kirby (2011)

9 avril 2014

La Belle vie

Il n’est pas courant qu’un premier film français évoque d’emblée le western, sa puissance, sa vitalité, ses corps en mouvements, rompus aux gestes rituels du travail, ses pastels, ses contrastes lumineux, ses paysages séculaires et monumentaux. La Belle vie, signé Jean Denizot, s'ouvre sur les gestes quotidiens de la vie marginale de deux frères et de leur père, qui habitent secrètement deux petites caravanes perdues dans la nature et vivent de l’élevage de quelques chèvres. Les premières scènes du film, où les trois hommes chargent leur cargaison de fromages sur une charrette et où les deux fils mènent leur cheval vers un marché voisin, ont un aspect brut qui fait saillir les contours de la fiction et nous y introduit sans délai. Que ce soit au niveau sonore, avec l’attention portée aux bruits rugueux des objets et des matières (cagettes, chariot, sabots du cheval), ou dans le montage, sec, qui va à l’essentiel, coupant toujours une fraction de seconde avant le moment attendu, et aiguise ainsi l’attention, la mise en scène s'évertue à faire surgir sous nos yeux des personnages anonymes dans un monde qui l'est tout autant mais qui n'en est pas moins bien concret et bien vivant. On est déplacé in medias res dans un temps et un espace autres, dans un ailleurs du cinéma français, quand les deux frères conduisent leur troupeau sur les collines, se baignent au milieu des roches et rentrent pour trouver sur la table de la caravane un avis de recherche à leur effigie.




C’est une pancarte « Wanted » qui surgit en plein cœur de ce drame français et vient mettre fin aux réjouissances ponctuelles de la vie sauvage. Les deux frères bravent cependant l’interdit et vont une dernière fois, clandestinement, se montrer au village, échappant à l’autorité paternelle en pleine nuit pour aller s’égayer malgré tout, séduire la jeunesse locale, se battre avec des piliers de saloon peu partageurs et fuir à cheval, comme ils sont venus, en bons étrangers, à travers les rues sombres du patelin, poursuivis par la meute des villageois. Dès lors, et après que le frère aîné a filé pour de bon sur sa monture, le père et le frère cadet doivent échapper aux torches des shérifs locaux et se déplacer, y compris en barque, pour ne surtout pas être pris. Nicolas Bouchaud (vu et apprécié dans un drôle d’exercice théâtral où l’acteur, seul en scène, reprenait par fragments les mots de Serge Daney interviewé par Régis Debray dans le fascinant et obsédant Itinéraire d’un ciné-fils), qui joue le père, et Zacharie Chasseriaud, qui joue Sylvain, le plus jeune des deux frères, s'aventurent sur le fleuve tels les Robert Mitchum et Marilyn Monroe de La Rivière sans retour, qui fuyaient les indiens après s’être paisiblement installés dans un joli coin de nature reculé, sauf qu’ici les fuyards sont aussi les indiens.




Le film s’inspire d'un fait divers, l’histoire de Xavier Fortin, ce père de famille qui « enleva » ses deux fils, âgés de 5 et 7 ans, à leur mère, pour vivre en nomade avec eux pendant onze ans, dans la forêt, loin de toute civilisation, afin d’assurer lui-même leur éducation et quitte à devoir changer sans cesse d’identité. Et, à vrai dire, le film perd de sa fougue dans sa deuxième partie quand il renoue avec une forme plus convenue du cinéma français : le fait divers réaliste doublé d'un roman d’apprentissage adolescent. Les acteurs restent excellents, y compris la rayonnante Solène Rigot de 17 filles et de Tonnerre, qui sera l’enjeu du terrible dilemme de Sylvain (demeurer aux côtés d’un père traqué ou vivre sa vie auprès d’une jeune femme aimée), mais le scénario prend tout de même le dessus sur la mise en scène, avec son petit lot de raccourcis démonstratifs et de symbolisme surfait, que l’on pense au père qui tombe brièvement malade uniquement pour que nous voyions son fils lui donner la cuillère dans un renversement des rôles bien connu de tous les enfants de parents veufs, divorcés ou diminués (tandis qu’en parallèle Solène Rigot veille sur son père alcoolique), ou, plus loin, à ces plans trop suggestifs - autour du rond-point où Sylvain doit retrouver son père pour une fois de plus changer de lieu - sur les panneaux qui pointent tous, dans le dos du jeune garçon, vers la maison de celle dont il est épris, comme pour lui crier de fuir. Le film se met en somme à ressembler dangereusement à son affiche, autrement dit à tous ces premiers films français sage et confortables, balisés, parfois loin de démériter mais trop inhibés et surtout sur-écrits, tel le récent Paradis perdu d’Eve Deboise.




On retrouve d’ailleurs dans les deux films une scène semblable : Paradis perdu se termine sur sa jeune héroïne (Pauline Étienne), également révélée par un premier rapport amoureux, qui se met à courir, lentement d’abord puis follement, pour s’émanciper du carcan paternel (un autre père esseulé et infantile), et l’on retrouve dans La Belle vie ce plan où Sylvain, quittant enfin son père, marche d’abord lentement, dos à la caméra, avant de se mettre à courir à toute allure, sans se retourner, pour s’empêcher d’avoir le temps de changer d’avis. Malgré tout, les deux scènes ne sont pas dépourvues de force, et les deux films sont l’un et l’autre prometteurs. Celui de Jean Denizot l’est particulièrement, pour sa première partie extrêmement assurée, véritable film de genre dans le film, précis et vif, qui se rappelle à nous par intermittences dans la seconde partie, via ces plans particulièrement bien composés sur le père et son fils, de dos face au fleuve, ou de face sur leur barque, mais aussi pour la justesse de ton qui perdure tout au long de l’œuvre, et notamment sur quelques scènes particulièrement bien écrites pour le coup, comme celle où le père s'abaisse à un véritable chantage affectif sur son plus jeune fils, terrorisé à l'idée que celui-ci puisse l'abandonner à son tour, ou celle des adieux, juste avant la course éperdue de Sylvain. La Belle vie est inégal certes, mais d’une justesse constante et, à plusieurs reprises, d’une vigueur et d’une beauté assez rares ces derniers temps dans un premier film.


La Belle vie de Jean Denizot avec Zacharie Chasseriaud, Nicolas Bouchaud, Solène Rigot et Jules Pelissier (2014)

29 septembre 2013

Diana

C'est le grand come-back d'Oliver Hirschbiegel. Il est de retour avec un biopic de Lady Diana, son Altesse royale la princesse de Galles et comtesse de Chester, duchesse de Cornouailles, duchesse de Rothesay, comtesse de Carrick, baronne de Renfrew, Dame des Îles, princesse d'Écosse. Contrairement à bien des journaleux peu scrupuleux, nous nous sommes fixés comme règle de toujours citer son nom complet, tel qu'il apparaissait sur sa carte d'identité longue comme un parchemin. C'est surtout l'occasion pour nous de pointer une étrange tendance actuelle d'Hollywood, celle qui consiste à faire jouer les beautés par des tromblons et les tromblons par des beautés. C'est par exemple Michelle Williams qui incarne Marilyn Monroe et Scarlett Johansson qui prête ses gros traits à la délicate Janet Leigh. Et c'est donc l’incandescente Naomi Watts, avec un truc de dingue collé sur le haut de la tronche, qui donne son joli minois à Lady Di.




On peut le dire, maintenant que le deuil est fait, que la part de sacré commence à s'estomper : Lady Diana n'était pas non plus le phénomène de beauté que Paris Match Voici Gala nous ont vendu pendant des années... On s'en rend d'autant mieux compte aujourd'hui grâce à Google Images d'une part, grâce à Kate Middleton d'autre part, qui dans le genre Altesse royale la princesse William, duchesse de Cambridge, comtesse de Strathearn et baronne de Cunnilingus, se place là. Disons-le : Lady Di était une pure guenon, et là si on était en train de pisser sous le pont de l'Alma ce serait peut-être plus apprécié. Si elle avait ressemblé à Naomi Watts, j'aurais été paparrazzo et j'aurais eu la dernière photo !


Diana d'Oliver Hirschbiegel avec Naomi Watts (2013)

2 avril 2012

My Week with Marilyn

Ma tolérance pour ce genre de films a considérablement diminué depuis quelques temps. Je ne supporte plus ces produits hollywoodiens aseptisés et calibrés pour gagner quelques petits prix à quelques piètres cérémonies. Ces films qui, sans prendre aucun risque, visent à satisfaire bêtement le spectateur dans ce qu'il s'attend forcément à voir : de petits numéros d'acteurs, un rythme pas emmerdant, une reconstitution d'époque léchée, et... quoi d'autre ? Rien ? Ah oui, peut-être aussi une amourette impossible qui rendra le récit un peu plus poignant (elle se joue ici entre la star Marilyn Monroe et le jeune Colin Clark, troisième assistant réalisateur sur le film Le Prince et la danseuse, dont on suit une semaine de tournage). Ces films-là m'emmerdent tellement que j'en oublie leur soi-disant intérêt. Alors que tout est fait pour plaire facilement, sans ennuyer une seconde, je me retrouve plongé dans un abîme de lassitude, pas le moins du monde intéressé par ce qui se déroule sous mes yeux. Alors vous devez logiquement vous demander pourquoi je regarde ce genre de films, pourquoi je me suis infligé cette semaine avec Marilyn, et je vais tenter de vous répondre de mon mieux...


Je vous avoue tout de go que si j'ai regardé My Week with Marilyn, c'est principalement pour juger la prestation de son actrice principale, Michelle Williams. Je suis en effet assez admiratif de son travail dans les très beaux films de Kelly Reichardt, et tout particulièrement dans Wendy & Lucy, où elle parvient magnifiquement à donner vie à un personnage dans la droite lignée de l'inoubliable Wanda de Barbara Loden. J'étais donc assez curieux de voir ce que l'actrice originaire de Dawson Creek donnerait dans la peau de la plus mythique des stars du cinéma et si elle réussirait à faire oublier, par exemple, qu'elle ne partage pratiquement rien de sa beauté. J'étais aussi plutôt impatient de savoir si Michelle Williams parviendrait à élever un peu cette tranche de biopic de toute évidence promise au classicisme le plus plombant, à mille coudées du cinéma audacieux de sa talentueuse amie Kelly Reichardt. Verdict : la récompense glanée aux Golden Globes et sa nomination aux Oscars étaient hélas autant d'indices sur la prestation plus qu'embarrassante de l'actrice, qui m'est ici carrément antipathique. Son jeu cabotin et maniéré participe même assez grandement à faire de Marlyn Monroe un personnage insupportable qui, sans surprise, correspond totalement à tous les clichés qui lui sont généralement associés.



Et puis il faut bien dire que Michelle Williams ne ressemble pas à grand chose. Elle n'est pas laide, non, loin de là, ne soyons pas de mauvaise foi, mais quand on la voit minauder et se pavaner dans les tenues de Marilyn, elle fait vraiment de la peine. On se dit inévitablement "Putain, mais elle était quand même plus belle que ça, la Marilyn Monroe !". C'est peut-être triste à dire, mais tout cela ne serait pas si problématique si cette beauté, ce charme, cette élégance et cet aura particulière n'étaient pas si inhérents au personnage même de Marilyn Monroe. Ici, c'est le vide. Michelle Williams échoue la plupart du temps à nous rendre compte de tout ce que devait dégager la star, cette femme à la sensualité et au sex-appeal toujours renversants, même sur ces photos en noir & blanc où elle prend des poses d'un autre âge et que l'on connaît tous par cœur. Pour essayer de nous embobiner gratos et de nous faire triquer sans effort, on a tout de même droit à quelques scènes qui se veulent affriolantes. C'est bien connu, la star n'était pas pudique du tout et adorait se trimballer à poil devant le premier venu. Le personnage de Marilyn Monroe apparaît donc deux fois dans son plus simple appareil. Pas spécialement bien achalandée, Michelle Williams a bien sûr dû faire appel à un "body double" en la personne d'Emma Glover, une pin-up britannique aux mensurations dignes d'une star du X, bien trop énormes pour être tout à fait naturelles. Cela ne serait pas gênant si on ne le remarquait pas, mais le corps de la mannequin glamour dénote assez clairement avec celui de l'actrice, malgré des trucages vieux comme le monde permis par le montage (gros plan sur la tronche de Michelle Williams en train de se désaper, cut, plan moyen sur un corps de malade mental vu de dos et appartenant à une autre femme). Nue, Michelle Williams devient donc, dans la peau de Marilyn, une grande perche au cul en bombe et aux seins dépassant de tous les côtés, n'appelant qu'à jouer dans un gros porno dégueu. Je me répète un peu et je m'y attarde peut-être trop, certes, mais cette tromperie m'a choqué ! Et vous savez bien que ces questions-là nous taraudent...


Bon, Michelle Williams n'assure pas, c'est un fait. Mais elle n'est pas la seule. My Week with Marilyn est un festival d'acteurs qui cabotinent, à commencer par Kenneth Branagh, imbuvable dans le rôle de Laurence Olivier, profitant de chacune de ses scènes pour péter un câble gratuitement et pousser des gueulantes à la Christian Clavier. A ce petit jeu-là, il les bat tous sans souci. Il s'amuse peut-être, nous beaucoup moins. Et que dire d'Emma Watson, rescapée d'Harry Potter (comme tout un tas d'autres acteurs de ce film), qui fait des pieds et des mains pour qu'on la remarque. Elle n'est pas crédible dans le rôle d'une femme. Elle a simplement l'air toute droit sortie d'un catalogue La Redoute. A vrai dire, tous les acteurs ont l'air de costumes ambulants, de portes-manteaux animés, uniquement là pour mettre en valeur le boulot de costumiers hors pair. Ah ça, ils assurent les techniciens, y'a pas à dire, ils font sans doute partie des meilleurs du monde. Costumiers, accessoiristes, maquilleurs, décorateurs... Ils sont très doués pour donner vie à des fantômes dans des films hantés par le néant. L'acteur principal, Eddie Redmayne, jeune premier hideux, est juste trop laid. Sans ses fringues chics et sa coiffure impeccable, on jurerait qu'il s'agit d'un footballeur guingampais aperçu lors d'un morne dimanche après-midi d'automne passé devant un 1/32ème de finale de la Coupe de France diffusé sur France 2 (et commenté par Xavier Gravelaine). Il faut aussi dire que tous ces gens ne sont jamais aidés par la mise en scène complètement raplapla voire inexistante du triste Simon Curtis, bien loin de Fred Godard, le Monsieur Sport de France Télévisions. La réalisation est d'un académisme terrible, fade au possible, quand elle n'est pas polluée par quelques tics visuels assez chiants, à l'image de ces gros plans répétés sur des ampoules-flash en action qui viennent annoncer ou conclure invariablement chaque séquence. Cet affligeant manque d'idée amène le simili cinéaste à essayer de donner vie à son film en se raccrochant à la bande-son, un réflexe bien connu. On devra ainsi supporter une musique jazzy omniprésente, qui accompagne quasiment toutes les scènes dans le but de leur donner un peu de peps. En vain. Quelque chose d'intéressant aurait sans doute pu être tiré des souvenirs de Colin Clark et plus généralement d'un tel sujet, mettant en présence l'une des plus grandes icônes du 7ème art. Hélas, force est de constater qu'on ne peut plus attendre grand chose d'une production américaine de ce genre, encore moins quand le projet a été mis entre les mains d'un guignol entouré d'abrutis.


My Week with Marilyn de Simon Curtis avec Michelle Williams, Eddie Redmayne, Kenneth Branagh, Emma Watson et Julia Ormond (2012)

15 août 2009

Le Crime est notre affaire

Je n'ai pas compris de quoi parlait ce film. Je crois que c'est une resucée des histoires "façon" Agatha Christie et autres Mystère de la jambe jaune, un film plus ou moins sur la gangrène ou le choléra adapté récemment par Bruno Podalydès au cinéma. Dédé Ducolbac et Catherine-Alain Frot sont un couple bourgeois qui chie dans la soie en se disant "vous" et qui écrit à quatre moignons des polars de gare minables, comme précisément celui qu'on est en train de zieuter, nous spectateurs, pour une mise en abîme qui fout froid dans le dos. Leur vieille tante, Annie Cordy, assiste à un meurtre dans un train qui croise le sien, et elle s'empresse de le raconter à ses neveux affamés. Lui, Dussoliard, s'en fout. Elle, Frot, décide d'élucider ce mystère pour enfin mettre dans sa vie le piquant qu'elle ne sait plus mettre dans ses livres et surtout dans son lit. Alors elle va profiter du départ de son fumeux de mari vers l’Écosse, où il s'en va participer à une drôle de manifestation dont j'ai rigoureusement oublié chaque détail, pour s'en aller quant à elle vers un drôle de manoir où tout lui indique qu'elle mettra la patte sur la clé de l'énigme qui l'obsède. Là-bas, elle croisera tout un tas de gueules brisées du cinéma Français, mais aussi quelques visages sympathiques attirés là par un chèque juteux et la réjouissante perspective de passer quelques mois de tournage en Auvergne aux frais de la princesse, princesse qui n'est autre qu'un réalisateur adulescent et un poil réac sur les bords, Pascal Thomas, le gros rat qui se cache derrière tout ça.



Mais vraiment, rien à foutre. Non ce qui compte c'est cette scène, au tiers du film, quand Dudule Dissolvant part en kilt à son colloque Ecossais, lâché à la gare par une épouse pressée de l'y laisser pour compenser le néant de sa vie érotique en cherchant du côté des cadavres - c'est bien la seule raison plausible pour que quelqu'un s'intéresse avec euphorie à des morts, et ça, Pascal Thomas, qui a le nom de scène le plus pourri du monde (quid de son prénom, quid de son nom de famille ?), l'a bien compris.



A ce moment là, Andy Duchovny, notre plus grand acteur Français, peut-être le plus grand de tous les Français, coince son pépin dans une bouche d'égout qui se transforme en bouche d'aération métropolitaine pour les besoins de la scène et au mépris d'un goof évident. Son kilt est alors soulevé par l'aération et on est à deux doigts d'apercevoir les grosses couilles d'André D. Deerhunter qui s'efforce de rabaisser les volants de sa jupe sous le regard malicieux des passantes, une poignée de vieillardes ahuries, dans un hommage suffoquant et chargé en testostérone aux Sept ans de réflexion de Marilyn Monroe. Cette scène dure au bas mot, sans mentir, et sans exagérer, quelques six minutes. Au bout de trois minutes Andrzej du Cellier se dégage, mais il se refout les pattes dans le tapis aussi sec et on en reprend pour trois plombes. C'est officiellement et scientifiquement la scène la plus longue de l'histoire du cinéma. C'est un jalon essentiel pour tout fan de Dada Düsseldorf, à voir !


Le Crime est Notre Affaire de Pascal Thomas avec André Dussolier, Catherine Frot, Chiara Mastroianni, Claude Rich, Melvil Poupaud et Hyppolite Girardot (2008)

11 février 2008

La Vengeance dans la Peau

Les producteurs hésitaient manifestement entre deux affiches, ils n'ont pas hésité longtemps. On compare souvent cette série à Die Hard.

La démonstration du contraire en 7 étapes:

- Dans Die Hard le héros s'appelle John McClane, ici il s'appelle Jason Bourne.
- Dans Die Hard c'est Bruce Willis, ici c'est Matt Damon, le seul acteur qui chie par le menton, celui qui vit jour et nuit avec un protège-dents de footballer américain agrafé à même les gencives.
- Dans Die Hard l'action se situe à Central Park, ici elle se situe en Russie, près d'un immeuble gris, sous la neige.
- Dans Die Hard le méchant c'est Jeremy Irons qui parle avec l'accent Allemand, ici y'en a pas.
- Dans Die Hard les sous-titres c'est 58 minutes pour vivre, Piège de cristal et Une journée en enfer, là c'est La mémoire dans la peau, La mort dans la peau et Une écharde dans le doigt.
- Dans Die Hard le second rôle c'est Samuel L. Jackson, là c'est Franka Potente.
- Dans Die Hard y'a des chauffeurs de poids lourds qui savent qui était le 58ème président des États-Unis, là y'a Matt Damon qui cherche comment il s'appelle dans les registres de la mairie de Moscou.

Et ainsi de suite.



"Matt Damon est Jason Bourne". Pas mal la tagline. Au niveau de la catchphrase on est loin là. Ils devraient mettre ça pour tous les films : "Kevin Costner est John G. Dunbar", "Tom Hanks n'est pas le soldat Ryan", "Tom Hanks est seul au monde", "Uma Thurman est Kill Bill", "John Wayne est un des Cavaliers", "Jean-Pierre Léaud est le pornographe", "Warren Beatty est Bonnie AND Clyde", "Charles Bronson est allé une fois dans l'ouest", "Gary Sinise est Forrest Gump", "Audrey Hepburn voyage à deux", "Marilyn Monroe l'aime chaud".


La vengeance dans la peau de Paul Greengrass avec Matt Damon (2007)