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28 janvier 2018

Pentagon Papers

C'était il y a dix piges, mon dernier Spielberg en salle... Dix ans se sont écoulés depuis la catastrophe Indiana Jones et le royaume du crane de cristal. Dix ans de mitard, c'était un moindre mal après cette infection de film. Mais on est en 2018, de l'eau a coulé sous les ponts des espions, on va dire qu'il y a prescription. Voir tonton Spielby, ce type en or, cent mille carats, que je considère depuis toujours comme mon oncle, promener sa tronche sur toutes les chaînes de la petite lucarne, assurant la promo de son nouveau film avec sa bonhommie naturelle, a pas mal aidé, j'avoue. Tonton a notamment été extraordinaire chez ce zonard de Yann Barthès, parvenant à répondre à des questions plus débiles les unes que les autres sans se départir de sa belle humeur et de son sourire ravageur, et même mieux, à analyser dans un plan en trois parties improvisé une séquence pseudo-amusante ô combien embarrassante, "les infos du jour en silence", vraisemblablement mise en boîte par un stagiaire de 3ème démotivé, alors que face à ce magnéto merdique tout être humain banal se serait immolé par le feu... Quel type. Tonton a vraiment été extraordinaire. J'ai donc daigné bouger mon cul vers un grand écran, et je ne regrette pas ma poignée d'euros.




Ce qu'il faut dire d'abord, c'est que l'oncle n'a toujours rien paumé de son savoir-faire et de son efficacité. On s'enfile les deux heures de Pentagon Papers sans broncher, vissé au fauteuil, chopé au colbac et le cigare au bord des lèvres. Tout cela est d'une maîtrise ès cinématographie et d'une rigueur technique à se tuer. C'est simple, mon oncle réinvente le langage audiovisuel plan après plan, nous rappelant à chaque cut les différents cadrages possibles et imaginables, avec un brio et un sérieux dont peu sont capables. On citera, parmi les rares équivalents, John Sturges, qui sut nous donner une leçon de mise en scène dans La Grande évasion, où, en un seul plan, le cinéaste prend la peine d'entourer à même la pellicule, certes de façon un brouillonne, les différents cadrages possibles, comme d'autres l'ont fait dans des schémas incompréhensibles :


exemple de schéma incompréhensible

démonstration par John Sturges

Rayon qualités, nous avons dit les principales : un rythme sans faille et une réalisation aux petits oignons pour un de ces films sur le journalisme comme les Américains savent les faire et qui n'oublie pas d'envoyer quelques répliques à la tronche de cette enclume de Trump. Quoi d'autre ? Sinon que les acteurs sont comme toujours parfaitement dirigés. Hanks, à l'aise comme papa dans maman, joue littéralement en pantoufles. Et Streep Meryl déroule, file droit sur l'autoroute de l'acting sans toucher au volant, en piquant parfois un somme, sans jamais dévier de sa trajectoire, sans même se soucier du compteur qui défile pour notre plus grande satisfaction. Du velours.




Si je devais quand même relativiser ce panégyrique, et quitte à me faire du mal, car je ne rêve que de dérouler un tapis rouge à mon oncle Spielb', depuis Hollywood Boulevard direction mon propre cul en traversant la Manche, on pourrait peut-être quand même s'interroger sur ce grand art, cette facilité à enchaîner les valeurs de plans et à diriger son petit monde pour mieux placarder le spectateur consentant à son siège. Le vieux Steven a une telle maîtrise de son outil qu'il en oublie (depuis pas mal de temps déjà) de se surprendre lui-même et de laisser grincer, couiner, sa machine ultra-huilée. Tout cela file, comme sur du beurre, mais on aimerait presque que parfois le temps s'arrête, qu'une scène, tirée par les cheveux pour sortir du moule, vienne dévier un brin le film de sa course téléguidée. Alors, certes, tonton semble avoir réécrit quelques séquences avant la sortie du film, sous l'influence de l'affaire Weinstein et pour prendre position dans ce qui se veut un film clairement féministe. Bien. Mais c'est au point d'y aller à la truelle sur les dernières séquences. Au dialogue entre Ben Bradley (Hanks) et sa femme, où cette dernière lui ouvre les yeux quant au courage de Katharine Graham, succède celui entre Graham (M. Streep) et sa fille, à propos de sa prise de fonction difficile dans un monde patriarcal, puis la courte scène au tribunal où une stagiaire du gouvernement cire les pompes de la même Katharine G., juste avant la descente des marches du tribunal où Katharine Golden Graham est adulée par un défilé de jeunes filles béates d'admiration. En soi, bonne nouvelle, le film est bien de son temps, mais, sur la fin, c'est un poil lourdingue. A l'image, plus globalement, de l'ensemble de cette dernière partie du film, qui en fait un peu trop, à coups d'orchestre symphonique et de lumière diffuse, en contradiction avec le propos du personnage de Tom Hanks disant "Pas de triomphalisme !" en réaction au verdict de la cour.




On aurait pu espérer percevoir plus sensiblement les années écoulées entre le vol des documents classés "secret défense" et leur publication, les mois passés pour les journalistes du Times à lire et à recouper ces milliers de pages de rapports annonçant très tôt la défaite inéluctable de l'Oncle Sam, la tension et la pression subies par tous ces journalistes, ceux du Times puis ceux du Post, détenant des informations confidentielles, une véritable bombe à retardement pour le gouvernement soucieux de les récupérer. Sans parler du dilemme terrible auxquels font face Katharine Graham et son équipe. Bien sûr, les questions sont posées : la peur de faire couler le journal, de trahir la confiance des puissants (le personnage de McNamara n'est d'ailleurs pas assez exploité !), de finir en prison, de mettre en danger les soldats sur le terrain ou la sécurité nationale sur le territoire, etc. Mais ce choix cornélien, publier ou non les dossiers secrets du gouvernement sur le Vietnam, est un peu vite balayé (notamment pour ce qui concerne Ben Bradlee, soit Tom Hanks, presque trop sûr de lui) et réduit à la question (néanmoins fondamentale et passionnante) de la prise de pouvoir effective de Katharine Graham sur les financiers mâles qui essaient de la convaincre de se coucher. Perdre un peu de temps pour développer ces questions et cette tension était un risque, celui de gripper la mécanique si parfaitement rodée d'un film qui tourne tout seul et qui tourne bien, mais ce risque était à prendre. Allez, on n'en veut pas trop à tonton, qui a le mérite d'avoir fait le jour sur une affaire peu connue (contrairement à celle du Watergate, qu'elle annonce) et de l'avoir fait avec ce tour de main qu'on lui connaît.


Pentagon Papers de Steven Spielberg avec Meryl Streep, Tom Hanks, Alison Brie et Sarah Paulson (2018)

31 juillet 2014

Un été à Osage County

Deux statuettes, une de chaque côté, c'est mauvais signe... Voici donc la dernière grosse machine à Oscars rouillée des frères Weinstein, également produite par George Clooney, le gars qui perd tout capital sympathie dès qu'on imagine la gueule de sa dvdthèque. Je m'attendais à une pure horreur, je n'ai pas été déçu. Un été à Osage County... Déjà quel titre ! Quel toupet ont les américains, quand même, à considérer que leur pays est le centre du monde, forcément connu de tous. Les français n'auraient jamais pour idée d'intituler un film voué à l'exportation et porté par une ribambelle de stars "Un automne au Parc de Millevaches" quand bien même le nom du lieu-dit serait beaucoup plus agréable à l'oreille. Osage County, c'est un petit bled perdu dans les Grandes Plaines, en gros, c'est dans l'Oklahoma, soit l'équivalent de notre Limousin, précise-je pour justifier arbitrairement ma comparaison. Un endroit où il ne fait pas bon vivre, où l'on imagine aisément que les gens se créent des problèmes, simplement pour casser leur ennui quotidien. C'est tout à fait le cas de la famille Weston, amenée à se retrouver suite à la disparition du vieux papa.




Au prétexte d'une réunion familiale forcée, Un été à Osage County consiste en une enfilade de scènes d'engueulades qui se succèdent à n'en plus finir, à un rythme infernal, rarement ponctuée par de courts moments d'apaisement d'une niaiserie à toute épreuve, le tout filmé très mécaniquement et interprété dans une sorte d'hystérie collective autosatisfaite tout simplement gerbante. Rassurez-vous, le titre français est mensonger, l'action du film ne se déroule pas sur tout un été, mais seulement le temps d'un week-end. Mais quel week-end ! Une journée de plus au sein de cette famille, et c'en était fini pour moi. Dès la première scène, Sam Shepard fout le camp et on le comprend. Peut-être est-ce lui le Auguste du titre original ? On l'ignore... Le vieil acteur, au flair incomparable, semble sentir la merde venir. Il a tôt fait de décamper. Il est le seul qui ressort presque grandi de cette expérience, puisqu'il a su mettre en avant son sens inné du timing. En revanche, s'il vous reste une once de respect pour Meryl Streep, évitez ce film par tous les moyens. Dans le rôle d'une mère de famille incroyablement tyrannique, l'actrice est tout simplement insupportable. Il faut dire que son personnage, ahurissant de méchanceté gratuite, débitant des horreurs à un rythme effréné, humiliant à qui mieux mieux, entre directement au Panthéon des pires raclures jamais filmées aux côtés de Jason Voorhes et HAL 9000. En cabotinant comme pas possible, la vieille actrice n'arrange rien à son cas. Streep devance même ses répliques, ce qui pose parfois problème... Elle joue totalement à contretemps ! Les autres ne suivent pas, broyés par la mécanique sans faille de l'actrice bicentenaire ! La mégère postulait là pour sa 78ème nomination, on imagine toute sa motivation, toute sa détermination. Ça fait froid dans le dos ! Son atroce personnage est atteint d'un cancer de la bouche, symbole lourdingue des saloperies blessantes qu'elle débite à longueur de temps. Quand on voit ça, on se dit que, finalement, Albert Pacino et Bobby De Niro ont une fin de carrière pas si dégueulasse que ça... C'est dire !




Face à elle, Meryl Streep retrouve Julia Roberts, qu'elle n'avait encore jamais croisée. C'est une première. Nous sommes supposés trouver ça fabuleux. La rencontre de deux géantes. Tu parles... Les deux stars ne trouvent rien de mieux à faire que de s'adonner à un pitoyable combat de coqs. Lors d'une longue scène de repas apocalyptique, le point d'orgue du film entier, les deux femmes finissent littéralement par s'écharper après s'être affrontée dans un concours d'acting ridicule et interminable. Julia Roberts, les cheveux sales, parce qu'elle joue une femme ordinaire, est plus laide que jamais. Elle a beau y aller mollo sur le maquillage, son physique ne colle pas avec le Midwest. Sa bouche pourrait engloutir tout le reste du casting, à commencer par le désespérant et fantomatique Ewan McGregor. Viendra un jour où il faudra faire le bilan de la carrière de cet acteur, et j'espère pour lui que ce jour-là coïncidera avec sa mort, ça lui permettra d'éviter un mauvais moment. A côté de lui, on retrouve la revenante Juliette Lewis. Pendant la première heure, on se demande "C'est quoi ce zombie aux cheveux rouges ? Ce serait pas Juliette Lewis ?!", et pendant la seconde, on ne fait que se répéter "Mais putain oui, c'est Juliette Lewis cette espèce de zombie aux cheveux rouges !". J'apprends à l'instant que Jim Carrey a failli jouer son mari, rôle qui échoit au dénommé Dermot Mulroney, un habitué des pires films indé. C'est donc ça, la plus belle chose qui soit arrivée à Jim dans les années 2010, avoir loupé ce rôle ! Mais on ne va pas s'attarder plus longuement sur les acteurs, cibles trop faciles, même s'il est tout à fait logique de s'en prendre à eux après avoir subi ce festival de cabotinage...




C'est surtout le scénariste qu'il faudrait punir, ou plutôt, Tracy Letts, l'auteur de la pièce de théâtre ici adaptée. C'est aussi à lui, lauréat du prix Pulitzer en 2008, que l'on doit Bug et Killer Joe, toutes deux adaptées par William Friedkin. Dans Killer Joe, il y a un sens de l'excès, un jusqu’au-boutisme assez jouissif, une sorte de second degré et une outrance bien calculée, peut-être permis par Friedkin, je l'ignore, tout cela fait que le film passe plutôt bien et que l'on peut prendre un certain plaisir à voir ses idiots rednecks se massacrer. A Osage County, rien de tout ça. Aucun humour, rien. Si certains ont su rire devant les crises hystériques de cette famille, il s'agissait d'une réaction d'auto-défense tout à fait bienvenue pour survivre à la séance de ciné. Pendant la scène de repas précédemment évoquée, on peut penser que le film s'essaie à l'humour le plus noir à un moment donné, mais c'est aussitôt désamorcé par la lourdeur et le sérieux de l'ensemble. Pendant ce petit week-end en famille, des secrets de famille énormes sont révélés pratiquement à chaque scène. Un seul d'entre eux suffirait à faire imploser la plus solide des familles, mais non, c'est un film américain de la pire espèce, il nous faut le menu XXXL. Face à un tel enchaînement d'horreurs, on finit par prédire le pire, et on est rarement déçus. Elle n'est pas lesbienne, elle couche avec son cousin ! Ah, ce n'est pas son cousin germain, c'est carrément son frère ! Ces révélations grotesques finissent très vite par nous fatiguer. Ces engueulades répétées, se terminant même parfois un pugilat, m'ont même évoqué le Polisse de Maïwenn, curieusement. Les deux films produisent un peu le même effet. Ils terrassent et dégoutent, scotchent et révulsent, répugnent et désespèrent tout à la fois. Devant ça, on est forcément captivés. L'être humain est ainsi fait, nous aimons assister aux empoignades d'autrui. Cela explique le succès d'une certaine télé-réalité. Ces films-là ne valent pas mieux. Une insulte à l'humanité toute entière.


Un été à Osage County de John Wells avec Meryl Streep, Julia Roberts, Ewan McGregor, Chris Cooper, Juliette Lewis, Abigail Breslin, Benedict Cumberbatch et Sam Shepard (2014)

25 mai 2014

The Hours

Nouvelle variation sur la vie et l’œuvre de l'écrivaine Virginia Woolf, après le fameux biopic Woolf avec Jack Nicholson, mi-écrivaine mi-loup-garou, dans le rôle titre, The Hours raconte et entremêle le parcours de trois femmes. Virginia Woolf en personne, écrivaine soi-disant folle et carrément dépressive (incarnée par Nicole Kidman à l'époque bénie où le plastique et la laideur sur son visage étaient encore à peu près amovibles) ; une lectrice (Julianne Moore) de son grand roman Mrs Dalloway, bien décidée à abandonner son mari (John C. Reilly), son fils et son petit pavillon de banlieue sous peine d'y crever d'ennui ; et enfin une incarnation moderne de ladite Mrs Dalloway (Meryl Streep), new-yorkaise homosexuelle pleine de regrets, et notamment sentimentaux, vis-à-vis d'un peintre (Ed Harris) lui-même homosexuel et sur le point de décéder du sida. Allons-y Alonzo, dans le merdier existentiel, et crescendo !




Stephen Daldry, adaptant le roman d'une femme sur une femme, et à travers elle sur toutes les femmes, n'a peut-être cru s'adresser qu'aux femmes, et a sans doute jugé judicieux de ce fait de ponctuer un certain nombre de ses séquences parfaitement académiques de nombreux inserts sur des gestes de cuisine. Tel dialogue tendu entre Virginia et sa cuisinière est ainsi rythmé par un gros plan sur un oeuf cassé sur le bord d'un récipient, tel dialogue entre Meryl Streep et Jeff Daniels fait soudain place à une autre coquille d’œuf que l'on jette à la poubelle, et ainsi de suite. On a parfois l'impression de regarder Top Chef avant l'heure, et que ce qui relie les femmes par-delà les époques tient non seulement dans leur farouche envie de mourir mais aussi dans l'omelette.




Certes le noble projet de Woolf était de faire tenir l'existence d'une femme dans une seule journée, et la cuisine devait (forcément et tristement) y tenir une bonne place, mais on peut s'interroger, concernant l’œuvre de Stephen Daldry, sur ces inserts à répétition et sur la récurrence du motif de l’œuf cassé. Cette lubie du cinéaste est à la fois le signe d'un esprit relativement cohérent, de l'ordonnancement pépère d'un film trop sage, et l'unique manifestation d'une forme de folie au sein de ce carcan de propreté. Le montage fragmenté, qui passe d'une femme à l'autre, au lieu de rompre le classicisme de l'ouvrage, le renforce. On a l'impression pénible de suivre une de ces séries contemporaines qui n'ont de cesse de passer d'un portrait à un autre, d'une névrose à la suivante, d'un bloc de féminité vérolé à son voisin, pour satisfaire la tentation du zapping et noyer l'esprit dans un flot parfaitement continu d'images plates reliées entre elles par leur platitude même et par une musique constante et mélancoliquement galopante signée Philip Glass (comme elle aurait pu être signée Danny Elfman, mais c’eût été pire... alors que les Baha Men étaient frais et dispo avec leur tube Who let the dogs out ? Woolf, Woolf Woolf). L'horripilant Desperate Housewives est loin malgré tout, notamment parce que nous sommes en présence de trois vraies et belles actrices en lieu et place des cataplasmes vulgaires de l'ignoble série star des années 2000, parce qu'en outre le propos sur les tourments féminins, humains, venant en bonne partie d'une grande écrivaine, est autrement pertinent, et parce qu'à la fin, quand même, une brève mais réelle émotion pointe enfin.


The Hours de Stephen Daldry avec Nicole Kidman, Julianne Moore, Meryl Streep, Ed Harris, Jeff Daniels et Claire Danes (2001)

22 juin 2012

Doute

Bronx, 1964. Rien ne va plus à l'école catholique Josuéba Exteberrìa ! Sur la foi du témoignage nébuleux de la douce Sœur Jamiroquai, institutrice sous ses ordres, l'acariâtre Sœur Alioéba, directrice de l'école, accuse le Père Flynnt Michigann d'entretenir des rapports interdits avec le petit Donald Trump, premier élève afro-américain admis dans l'établissement. Ni les doubts de la jeune enseignante, ni les protestations du prêtre à houppette, aux méthodes pédagogiques radicalement opposées à celles prescrites par Sœur Alioéba, ne parviennent à détromper cette dernière et à la faire doubter de sa terrible accusation. Débute alors un duel psychologique à couteaux tirés entre la directrice stalinienne de l'établissement et le prêtre pédé, dont le petit enfant black ne serait plus que le prétexte et Sœur Jamiroquai, le malheureux témoin impuissant. Voilà pour le pitch de ce film dont je ne suis plus sûr à 100% des noms des différents personnages.



Pour réaliser l'adaptation de sa pièce de théâtre à succès, John Patrick Shanley a engagé un trio d'acteurs talentueux afin d'incarner les trois personnages principaux : Meryl Streep, Philip Seymour Hoffman et Amy Adams. La première, dans la peau de la vieille nonne trop conne et à cheval sur ses principes (c'est peu de le dire !), nous offre un nouveau numéro d'actrice savoureux, toujours à la limite du cabotinage, sans jamais y tomber véritablement. Un petit miracle. Sa façon d'incarner une bonne femme à la main de fer et à l'autorité infernale m'a même rappelé ma belle-sœur ! Le second, plus connu sous le nom de PhilSemHoff, campe avec talent une espèce de curé au verbe facile, un brin trop proche des écoliers. L'acteur prouve encore une fois qu'il peut être tout à fait captivant, voire bluffant. Il est en tout cas très crédible dans ce rôle de gros homo pédophile qui semble lui coller à la peau (même si, ici, ses préférences sexuelles ne sont pas avérées, le réalisateur du film préférant nous laisser dans le doubt). Quant à Amy Adams, qui est hélas toujours attifée d'une coiffe de couleur noire qui emprisonne sa jolie tignasse rousse et rend peu hommage à son étincelante beauté naturelle, elle est impeccable dans le rôle de cette institutrice assez naïve et douce, même si elle est bien plus discrète que ses collègues. Soyons clairs et faisons bref : ces trois acteurs constituent le principal atout du film.



Car si John Patrick Shanley a brillamment su s'entourer, il aurait aussi dû laisser la mise en scène à quelqu'un de plus doué que lui ! Et pourtant, contrairement aux apparences, JP Shanley n'est pas totalement débutant en la matière. Que lui doit-on au juste ? Joe contre le volcan... Ce film oublié des années 80 dans lequel Tom Hanks, armé d'une simple pelle, affrontait un volcan en éruption. J'ai tout dit ! Seuls les fans irréductibles de l'acteur doublement oscarisé se souviennent de ce film, considéré par les autres spectateurs qui l'ont vu comme l'une des heures les plus sombres de leurs cinéphilies. J-Patrick Shanley n'a donc rien à voir avec Kubrick Stanley. Il filme son scénario le plus platement du monde et tente vainement de dénoter un peu via quelques plans obliques, en diagonale, d'un goût très douteux, qui ne font que nous rappeler que cet homme a beaucoup moins d'inspiration derrière une caméra, une casquette vissée sur le crâne, que devant une feuille blanche, le stylo plume à la main. Shanley, tu es un piètre cinéaste, tiens-toi le pour dit. Surestimant sans doute la portée de son propos pourtant assez intéressant, certainement trop sûr de lui et bourré de certitudes, le séant fermement reposé sur son Pulitzer (la récompense tant convoitée qu'a glanée sa pièce de théâtre !) et sa chaise de "director", on imagine hélas aisément l'apprenti cinéaste se prendre pour un surdoué.



C'est bien dommage, car l'histoire qu'il nous raconte parvient assez facilement à nous captiver, malgré un démarrage un peu longuet, et aurait pu prendre une toute autre envergure entre les mains d'un réalisateur en pleine possession de ses moyens (ou d'un réalisateur tout court, un brin inspiré). J'avoue avoir doubté, du début à la fin, sur la culpabilité du curé homo et sur le bien-fondé des accusations de la vieille nonne facho. Il faut dire que les personnages, à l'exception de Meryl Streep, ne font que doubter de tout. Et, de façon assez machiavélique, Shanley nous quitte en plein doubt, sans que l'on sache véritablement si, oui ou non, Philip Seymour Hoffman est bel et bien un gros homo doublé d'un pédophile. Les derniers dialogues du film sont déblatérés par une Meryl Streep en état de grâce, qui tombe enfin son masque impassible, et sanglote : "I have doubts. I have such doubts !". Rideau. Stupeur dans la salle. Malgré son maigre talent de cinéaste, Shanley a plutôt réussi son effet, il peut remercier ses acteurs.


Doute de John Patrick Shanley avec Meryl Streep, Philip Seymour Hoffman et Amy Adams (2008)

25 février 2012

Le Patient Anglais

A côté de ce classique du dimanche soir signé Anthony Minghella et adoré de tous nos parents qui se l'enfilent sans se plaindre à chaque rediffusion télévisée, une fois par semaine, le pourtant presque écœurant Out of Africa passerait presque pour un modèle de sobriété et de distinction. English Patient bat le film de Pollack à plates coutures en termes de trophées et de renommée puisque feu Anthony Minghella (l'un des deux seuls Anthony cinéastes de l'Histoire du cinéma, avec Anthony Mann, l'écart entre les deux étant digne de celui qui sépare Sam Mendes et Sam Peckinpah) rafla deux Golden Globe et pas moins de neuf statuettes aux Oscars, neuf ! Ce qui le plaça au pied du podium hollywoodien où trône encore aujourd'hui Ben-Hur, récemment rejoint par Le Retour du roi et Titanic. Faut dire que ce gigantesque succès de pacotille synonyme de grosse manne à pognon était télé-guidé par la machine Minghella, et machine est le mot juste puisque l'homme, mort prématurément en 2008, ne réalisa qu'une poignée d'autres films du même calibre, des tragédies romantiques pour gonzesses vouées à faire main basse sur toutes les récompenses, dont Retour à Cold Mountain, une autre Rolls-Royce des cérémonies qui ne rencontra pas son public : 7 nominations aux Oscars, 8 aux Golden Globes, et seulement deux prix d'interprétation pour Renée Zellweger dans le pire second rôle de sa vie, alors qu'à ses côtés Kidman et Portman se disputaient les slips des quelques spectateurs mâles du film, dont votre humble serviteur, tiraillé entre le passé et le présent dans un grand écart douloureux pour les bijoux de famille. La machine Minghella s'était sans doute un peu enrayée après avoir brillé de mille feux dans Le Patient Anglais, un modèle quasi limite du genre : tout est réuni dans ce film pour faire chialer le monde. Tout c'est d'abord une mise en scène d'une platitude absolue et d'un académisme obtus qui met un point d'honneur à ne surtout jamais tenter quoi que ce soit pour ne pas déranger le confort de ces messieurs dames. La seule tentative formelle tient dans un fondu enchaîné qui confond les dunes de sable du désert vues du ciel et les plis du drap qui recouvre le corps souffreteux d'un personnage condamné à une mort lente par un accident d'avion dans le désert en question, personnage dont la troisième jambe intacte, et désormais plus vivante que lui, a valeur d'Everest saillant au milieu des dunettes que ses guiboles sans vie forment sous le plaid filmé avec amour par Minghella.




Tout c'est aussi et donc surtout un récit calibré au nanomètre pour épater la bourgeoise. Je vais essayer de vous faire un résumé de l'histoire, accrochez-vous à votre fauteuil et tâchez de ne pas fermer l’œil. La première scène du film nous montre un avion sur le point de s'écraser dans le désert. Le pilote (Ralph Fiennes, à l'époque au sommet des charts en Angleterre après sa performance entre autres dans La Liste de Schindler, et dont ce rôle chez Minghella fut le chant du cygne, vu qu'il se croûta ensuite lamentablement) essaie de s'extraire de l'appareil tant bien que mal au risque de se faire cramer le sommet du bulbe par les flammes que crache le moteur en feu de son zinc et de se retrouver avec une banane flambée à la place du crâne pour le restant de ses jours. Nous le retrouvons ensuite dans un camp de blessés, brûlé au dernier degré et agonisant (les flammèches embrasant ses cheveux secs se seront répandues comme un feu de paille sur l'ensemble de son habeas corpus). Il apprend alors à un infirmier qu'un certain officier, sur lequel on l'interrogeait, est mort, tué par un éclat d'obus, ce qui ne tombe pas dans l'oreille d'une sourde puisque Juliette Binoche, elle aussi infirmière dans le camp, fond en larmes au second plan en apprenant la nouvelle du décès de son fiancé. "J'ai dit un truc qu'il fallait pas ?", demande Fiennes, complètement dans les choux sur son plummard. Dans la séquence suivante la même infirmière éplorée, la belle Binoche, fait partie du convoi voué à déplacer les grands brûlés en lieu sûr quand elle aperçoit par hasard une amie à elle, assise à l'arrière d'une jeep sur le point de dépasser le cametard qui la transporte elle et les blessés (dont Fiennes, à prononcer "Fiénès", lequel fait décidément peine à voir, carbonisé de la tronche aux pieds). Binoche et son amie discutent cinq bonnes minutes pour fêter leurs retrouvailles tandis que les chauffeurs du camion et de la jeep se lancent des regards exaspérés en essayant de rouler à la même vitesse pour ne pas déranger la conversation, comportement assez improbable en temps de guerre mais soit. Binoche rend un bracelet en or à sa copine, qui le lui avait gentiment prêté... Puis la jeep accélère car son conducteur en a ras-le-bol, doublant le camion et traçant à fond la caisse sur la route avant d'exploser sur une mine 200 mètres plus loin. Binoche, qui a vu toute la scène, saute du camion en marche, court en hurlant vers ce qui n'est plus qu'un volant bouillant planté au milieu d'un cratère, et retrouve sur le bas-côté le fameux bracelet en or intact, dont la propriétaire s'est volatilisée sous l'impact de l'explosion, littéralement atomisée. Tout n'est donc pas perdu, mais Binoche l'a mauvaise et en conclut que les gens qui l'aiment sont condamnés à mourir très vite et de préférence dans un grand "BOUM !"



Dégoûtée par sa destinée, elle décide de se retirer dans un monastère en Toscane et garde Ralph Fiennes à ses côtés, qui est par ailleurs devenu amnésique après s'être extirpé de son avion thermostat 6, petit détail que j'avais omis de rappeler. Anthony Minghella n'a cessé d'affirmer en interview au moment de la sortie du film que le Comte László Almásy (Ralph Fiennes) a réellement existé, "c'est une histoire vraie !" clamait le cinéaste par monts et par vaux, même s'il ajoutait ensuite que la chronologie des événements, la liaison avec Katharine (Kristin Scott Thomas) et ses conséquences ainsi que tous les autres événements du script relèvent de la pure fiction nécessaire à la narration. Binoche s'occupe donc du blessé amnésique, véritable merguez humaine, tout en cavalant à droite à gauche comme une surexcitée. En parallèle à ça, Ralph Fiennes (prononcez-le comme bon vous semble car ce patronyme est jugé imprononçable par son porteur lui-même) recouvre lentement la mémoire, et le film est alors envahi de longs flash-backs, au point qu'on se retrouve face à deux films emboîtés l'un dans l'autre. On a deux histoires pour le prix d'une ! Avant de cuire dans son cockpit, Fiennes était le bel homme que l'on sait et il courtisait sans en avoir l'air une femme mariée sous les traits distingués de Kristin Scott Thomas, l'éternelle aristo du Commonwealth. Lors d'un trek dans le désert, on voit Fiennes (ne le prononcez pas) bâcher la jeune femme avec un sang froid de bad boy genre renard du désert intrépide typique, de quoi faire chavirer la belle comtesse, séchée en apparence par le soleil aride du désert maghrébin mais détrempée en réalité par les assauts du beau ténébreux. Quand elle lui pose une simple question, Fiennes le taciturne qu'il ne faut pas faire chier répond qu'il a fait le même voyage en bagnole avec un touareg quinze jours plus tôt sans que ni lui ni son passager ne prononcent un traitre mot en 5 heures de trajet, et de conclure : "c'était le plus beau jour de ma vie". Scott Thomas s'en prend plein la gueule pour pas un rond, au propre comme au figuré, littéralement tabassée par un vent de sable tapageur elle se fait en prime remettre en place dès qu'elle ouvre la bouche, elle n'a pas droit à un regard de la part de son interlocuteur focalisé sur la route (je rappelle qu'ils sont dans le désert, où il n'y a pas de route) à part quand, lors d'une pause bien méritée, elle se trouve de dos, penchée en avant... son guide britannique la considère tantôt comme une sous-merde tantôt comme un récipient : elle est amoureuse.




S'ensuit une scène clé du film. La voiture de tête du trekking est pilotée par un raciste notoire qui n'arrête pas de claquer dans ses doigts pour que l'arabe transformé en petit sablé assis sur le toit inconfortable de sa bagnole se penche sur le côté du véhicule et lui cause par la fenêtre, sans doute pour lui indiquer la "route". A chaque fois que le pauvre arabe s'exécute le fumier qui est au volant lui jette une cacahuète dans la bouche que l'autre chope difficilement au vol avant de retourner se percher sur le véhicule. Le conducteur, qui se veut un véritable enculé du quotidien, espère en foutre plein la vue à Fiennes, assis à ses côtés, qui a quitté la caisse occupée par Scott Thomas car elle le saoulait trop et pour se faire encore plus aimer d'elle. Mais à la troisième cacahuète, l'arabe glisse et se casse la gueule du toit, tombant à flanc de dune dans un précipice où le conducteur le suit par réflexe (ou pour l'achever en lui roulant dessus ?), lançant son 4x4 à la renverse dans un banc de sable. Le conducteur du véhicule suivant croit à un soudain changement de direction, un raccourci à travers sable, et fonce à son tour faire des tonneaux dans le sable, le tout sur la musique de Gabriel Yared. Bref on se retrouve avec deux véhicules enlisés sur trois et il faut que la dernière voiture fasse demi-tour pour aller chercher du secours auprès de l'époux de Scott Thomas, resté en ville. Les émissaires montent à bord du dernier tout-terrain fonctionnel, y compris notre charmante touriste déjà emballée et pesée par son guide anglo-saxon, qui s'installe à la place du mort. Mais au démarrage les pneus patinent et le bolide manque de rester tanqué dans le sable. Scott Thomas abandonne sa place de bon cœur pour camper pendant deux jours sous un soleil de plomb aux côtés de son bellâtre. Aussitôt la dame descendue de voiture, celle-ci démarre sans difficulté. Les 34 kilos que pèse l'actrice empêchaient l'automobile remplie à ras-bord d'une demi douzaine de sherpas de s'élancer convenablement. Passons. Si vous avez lu jusque là vous pouvez affirmer que vous avez "vu" ce film.



La nuit tombe et Scott Thomas la regarde tomber, assise en tailleur sur une dune. Fiennes la rejoint et lui conseille de se radiner dans une des deux bagnoles immobilisées. Mais madame "regarde les étoiles en désordre" (sic.), "J'essaie de les ranger" dit-elle à un Ralph Fiennes à deux doigts de péter les plombs. Ce renard de Tunis qui semble avoir roulé sa bosse dans tous les océans de sécheresse de l'Afrique du Nord lui montre alors une tempête de sable qui se lève à trente mètres de leur campement de fortune. Après en avoir pris plein la tronche, les deux tourtereaux ensablés de pied en cap se calfeutrent dans leur voiture embourbée et regardent les vagues déchaînées de poussière s'abattre contre les vitres de la carlingue. Fiennes, tout en caressant les cheveux de sa blonde, se lance alors dans un interminable laïus sur les différents types de vent qui sévissent dans le désert. Car non content d'être un baroudeur de Kebili et de Rabat, notre anglais est cultivé. Il lit aussi Kipling et tient un journal dans lequel il évoque Scott Thomas sans la nommer comme une femme "dont les vêtements flottent" (sic...). Quand sa compagne de déroute tombe sur ces pages secrètes elle en fond dans sa culotte, toute cette poésie, tout cet amour, ça la finit littéralement. Ils sont toujours coincés dans la voiture par la terrible tempête quand Fiennes poursuit sa leçon de climatologie en causant d'une antique armée d'arabes qu'on avait levée pour affronter un vent considéré comme particulièrement redoutable et Scott Thomas s'endort net, le sourire tout de même figé sur la face et une main posée sur la braguette de son somnifère. Au petit matin, les deux futurs amants se réveillent en catastrophe pour constater qu'ils ont raté le passage de leurs sauveteurs. Après cette contrariété ils se décident à déterrer l'autre bagnole, complètement recouverte de sable, dont les passagers sont en train de mourir étouffés.




Retour au présent : Binoche, la Toscane, l'abbaye de Santa Anna in Camprena, le gros lardon fumé cloué au lit etc. Quoique, la peau du visage de Fiennes a déjà meilleure allure. L'homme semble se régénérer lentement, naturellement, Binoche est la Malicia de son Wolverine (private joke pour les tarés de comics !), elle qui bute tout ce qu'elle touche et lui qui retrouve ses facultés sans broncher. En tout cas nos deux larrons vont bien. Binoche lit Kipling à Fiennes qui n'écoute que d'une oreille (car il ne lui en reste plus qu'une). Et puis un nouveau venu se pointe. Un Australien patibulaire incarné par Willem Dafoe. Binoche étant également australienne dans le film, le courant passe immédiatement entre eux et Dafoe est convié à partager les murs des deux héros. Mais ce type est louche, il a un secret. Il s'en prend rapidement à Fiennes auprès de Binoche en ces termes : "Je sais quelque chose que vous ne savez pas sur ce soi-disant english pashient...". A partir de là l'intrus va s'acharner à questionner Fiennes sur son passé obscur et pousser le convalescent à se rappeler l'intégralité de son histoire oubliée. J'ignorais qu'il suffisait aux amnésiques d'un type curieux un peu insistant pour revoir leur passé dans les moindres détails, mais soit. En tout cas c'est ce que parvient à faire Fiennes, poussé à cela par un Willem Dafoe ganté de mitaines noires qui n'a de cesse de laisser pianoter ses huit doigts sur tous les meubles de la pièce en faisant les cent pas autour du plumard du grand brûlé. Le blessé alité n'en peut plus de voir l'autre lui tourner autour en faisant des moulinés avec les bras pour mieux faire mater ses mains amputées de leurs pouces et il finit par lui demander ce qui est arrivé à ses crayons. Mais on ne saura la réponse que plus tard. Je place là un suspense identique à celui placé par Anthony Mandela, j'espère que vous kiffez !



Dans un nouveau flash-back langoureux, Kristin Scott Thomas lave les cheveux de Ralph Fiennes (comme Bob Redford lavait ceux de Meryl Streep, Le Patient Anglais et Out of Africa, ces deux terribles fresques mélodramatiques à Oscars, ont décidément bien des points communs), puis elle le rejoint dans son bain, ce qui donne l'occasion à l'actrice de se montrer entièrement nue pour ne pas complètement perdre les spectateurs mâles qui regardent le film aux côtés de leurs épouses et concubines en pointant discrètement leur index sous leur nez en direction de l'écran pour transformer mentalement la romance à l'eau de rose de Minghella en shoot'em up à la première personne. Fiennes demande à sa dulcinée ce qu'elle aime dans la vie (erreur de débutant) et elle lui répond en vrac : "La vie, les fleurs, le chocolat, la musique de merde, le shopping, l'eye-liner, les roses... la vie quoi !". Puis elle lui retourne la question, à laquelle il répond : "Le silence, le désert et ta mère" (sic. semper tyrannis), et elle enchaîne en lui demandant ce qu'il n'aime pas (les meufs et leurs questions...). Alors le séducteur répond de façon plus ou moins habile (très maladroit ou échaudé par les devinettes de sa conquête) qu'il n'aime pas s'attacher, ni en voiture ni en amour, et qu'il vaut mieux pour elle qu'elle tire un trait sur le mariage. Scott Thomas en laisse tomber son savon, repousse la tête de Fiennes jusqu'alors scotchée à ses nibards et sort du bain, vexée semble-t-il. Mais un peu plus tard, alors qu'elle est en train de servir des plats dans une cantine de soldats à Pienza (Italie), Ralph Fiennes vient retrouver sa maîtresse et lui demande discrétos de simuler un malaise pour le rejoindre dans la cave. Elle s'exécute et s'ensuit une scène d'amour torride et gluante entre ces deux amants illégitimes. Juste après la fin du coït, accompli debout à même une poutre qui s'en souviendra toujours, Fiennes s'escape juste avant que le mari de la jeune femme la rejoigne, lui avoue qu'il adore quand elle sue comme ça. Puis cet époux naïf embrasse sa belle et s'étonne de son odeur d'amande douce et de tajine aux pruneaux. Voilà qui nous rencarde sur l'eau de toilette pas très virile de Fiennes ou sur l'odeur de son liquide séminal après ingestion d'un gros couscous royal, si on opte pour une interprétation plus flatteuse mais moins glamrock ; et voici surtout qui fout Scott Thomas drôlement dans la merde. Plutôt que de prétexter qu'elle a récemment changé de déodorant ou qu'elle s'est un peu lâchée sur les keftas de la cantine, elle fronce les sourcils, écarte son époux naturellement suspicieux d'un coup de coude et s'éclipse sans mot dire. Évidemment le mari cocu a tout pigé et il passera ensuite toute une (longue...) séquence assis dans sa voiture à regarder la façade d'un hôtel où Scott Thomas déballe encore ses pectoraux au pieu avec un Fiennes tout fou. Si vous avez tout lu jusqu'ici vous êtes un gros malade.




Dans l'autre récit, celui au présent, Binoche s'est isolée dans une ramification du monastère et joue du piano sur un instrument désaccordé, penché à la verticale suite à un bombardement. Un cri se fait entendre : "Arrête, arrête tout, chawarma !". C'est Saïd de Lost qui rapplique, enrubanné car de confession Sikh, et qui implore Binoche d'arrêter sa musique car selon lui les allemands adorent piéger les pianos, et parce qu'en outre elle joue "comme une merde" (sic. encore). Notre nouvel invité est un expert en déminage. Binoche le rassure : "Ca fait deux plombes que je me fous en l'air sur ce claveçin et rien n'a sauté". Mais Saïd jette tout de même un œil sous la queue du piano, coup d’œil rapide vu que l'instrument est complètement retourné sur lui-même, pour découvrir ce qui doit être une bombe : "Voyez...". Binoche rétorque alors avec un sourire : "C'est peut-être parce que je jouais du Bach que ça n'a pas explosé". Saïd la fusille du regard. "Je dis ça parce que Bach est Allemand...", ajoute Binoche. "Je sais, j'ai beau être black je connais Bach, c'est pas drôle pour autant", conclut le démineur avec un regard glaçant. Binoche vient de se faire torcher, un homme lui a rabattu son claque-merde, conséquence ? Je vous le donne en mille : elle est folle amoureuse. Plus tard elle passera des plombes à la fenêtre, à mater le démineur Sikh s'affairant dans le jardin, et Fiennes n'aura de cesse de lui dire : "Allez, va te le faire, tu peux te faire qui tu veux ! Va te le faire !". Elle suit son conseil et va ouvrir les hostilités en allant conseiller à Saïd de laver ses longs cheveux noirs et soyeux non pas avec de l'huile de moteur mais avec de l'huile d'olive (véridique), profitant de lui donner ce conseil pour le mater torse poil en pleines ablutions. Puis elle finira par coucher avec lui après une séance de haute voltige. En effet Saïd l'emmène dans la grand salle du monastère, lui noue une corde autour du ventre, puis l'envoie en l'air grâce à un astucieux système de poulies pour la faire valdinguer aux quatre coins de l'édifice avec une torche à la main, lui permettant de regarder les peintures murales tout en chopant la chiasse. Et pendant ce temps la guerre fait rage... Suite à ça Binoche tombe dans les bras de Saïd et ils s'envoient en l'air pour de bon, ce qui permet à l'actrice de montrer un sein afin de maintenir la concentration des spectateurs hommes en transe. A ce propos je me demande encore comment Juliette Binoche a pu recevoir l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour ce film, même si je l'adore sincèrement. Dans ce film elle ne fait strictement rien à part s'ébahir la plupart du temps pour des conneries et fondre en larmes dès que ça se présente...



Dans un énième flash-back, Fiennes se retrouve seul dans le désert (je passe pas mal d'épisodes, vous m'en voudrez pas ?) quand l'avion de son ami et rival (l'époux de Scott Thomas), approche pour lui venir en aide. Mais au lieu de se poser en douceur, le mari jaloux et revanchard lance son appareil en piqué sur Fiennes pour le tuer et en finir avec sa propre existence trahie. Sauf que, et nous ne le découvrons qu'en même temps que Fiennes (qui a donc échappé au crash grâce à quelques pas chassés sur le côté), le cocu avait prévu d'embarquer Scott Thomas dans son crime et suicide, la femme volage, l'infidèle impie, également présente à bord du planeur. Fiennes découvre que le mari est mort mais que sa bien-aimée vit encore. Le crash a été terrible, d'une violence inouïe (imaginez un avion qui s'écrase à pic et à pleine vitesse sur une butte de terre sèche, dites-vous que le film déborde de fric et que tout ça est suffisamment bien fait pour nous suggérer la violence du choc, dont même Robert Patrick sortirait en lambeaux), mais Scott Thomas apparaît à peine un peu débraillée sur le siège avant de l'appareil, les lunettes de travers. On nous dit cependant qu'elle est grièvement blessée et Fiennes décide de la transporter vers un abri. Sur le trajet en direction d'une caverne tout à fait appropriée, Scott Thomas lui dit qu'elle l'a toujours aimé et Fiennes explose en sanglots. Finalement il la dépose dans une grotte en lui laissant du papier, détail qui peut sembler scabreux mais au moins Fiennes est-il un homme prévenant. Il lui abandonne aussi un crayon et une lampe torche. Puis une fois mise à l'abri, il lui jure de ne jamais l'abandonner et ment aussitôt en partant chercher du secours à trois jours de marche dans le désert le plus total (même si les scènes ont en réalité été tournées aux oasis de Chebika et Midès, mais laissons ce goof de côté). On le voit crapahuter à bout de forces et le montage alterné nous dévoile la fin de Scott Thomas, dont la torche n'a plus de piles. Arrivé à bon port, Fiennes demande à un officier de lui prêter sa voiture, de la morphine et un médecin pour aller sauver sa femme qui clamse dans une caverne au fond du désert. L'officier commence à faire chier en lui demandant ses papiers d'identité. Fiennes ne les a pas sur lui, tu m'étonnes ! On lui demande son nom. Il répond : "Salazny". L'autre répète "Schwarzy ?" et lui demande d'épeler. Fiennes le chope par le col et s'apprête à lui casser la gueule quand un soldat lui met un coup de crosse sur la nuque. Il se réveille dans une jeep battant la campagne, menotté, demande ce qu'il fout là et l'officier lui répond qu'il va en taule, "Sale fritz !". Fiennes proteste qu'il est anglais et, pour l'heure, peu patient, mais l'officier rétorque : "Salazny von Bismarck c'est Anglais peut-être ? Fous fous foutez de ma gueule ?" (dans la VF). Puis notre héros malmené se retrouve dans un train de prisonniers en direction de Benghazi. Prétextant une envie de pisser il tue son garde et saute du train. Boitant et suffocant, le voila reparti pour la ville le long des rails, poussant un hurlement de désespoir qui résonne dans tout le désert filmé en plan d'ensemble par un Minghella un poil zélé, appuyé par un ingé son au rabais. L'incompréhension irritante de l'officier, l'angoisse du temps perdu dans une course contre la montre entre la vie et la mort, l'injustice ulcérante subie par le héros et sa femme impuissante, tout est là pour nous pourrir la vie.




Finalement retourné en ville, Fiennes est vexé qu'on l'ait pris pour un Allemand et il s'en va donc pactiser avec l'ennemi. Moyennant quelques informations de premier ordre, les "fritz" lui donnent de l'essence pour qu'il puisse retourner vers sa femme en avion (l'un des moyens de transport mis en avant par le film, aux côtés du 4x4 et de la bicyclette). C'est à cause de ces informations échangées avec les allemands que Willem Dafoe, qui était un associé du mari de Scott Thomas et un espion australien infiltré dans les rangs de la Wermarcht, est fait prisonnier et torturé par un officier nazi surmené. D'où la perte de ses précieux pouces, et d'où sa colère à l'encontre de Fiennes qu'il prenait pour un collabo. Bref, Fiennes retourne dans la grotte au milieu du désert, retrouve sa femme morte, s'allonge près d'elle, lui caresse les cheveux, puis la porte hors de la caverne en hurlant sa peine, le visage baigné de larmes. Retour au présent. J'abrège un peu. Saïd est appelé pour désamorcer un obus tombé sans éclater près d'un pont, il est sur la bête quand un convoi de tanks américains débarque à toute berzingue pour fêter la fin de la guerre : on est en 1945 et les Allemands viennent de capituler. Mais les vibrations des chars sont sur le point de faire sauter l'énorme bombe sur laquelle Saïd a le cul vissé. Après un long suspense, ce dernier coupe un fil au hasard et il est sauvé alors qu'on s'attendait tous à ce qu'il y passe, puisque Binoche venait de (diablement) le toucher et s'apprêtait à le rejoindre sur son vélo, et aussi parce que c'est l'arabe du film. Mais nous avons passé trop de temps avec ce personnage pour le voir mourir si atrocement désatomisé par une explosion à bout portant, et l'iniquité d'une mort survenant dans la minute suivant l'annonce de la capitulation serait trop insupportable au spectateur déjà frustré par les malheurs à répétition que subissent tous les personnages. Chez Minghella et tous ceux de son espèce, il faut raison garder et spectateur ménager. La guerre est finie, tout le monde est content. Binoche, Saïd et Dafoe mettent Fiennes sur un brancard et lui font faire dix fois le tour de la fontaine en bas du monastère, réduisant probablement son espérance de vie déjà brève de moitié. Saïd aura juste le temps de voir mourir l'un de ses meilleurs amis (quant à lui inconnu du public, rassurez-vous), parti planter le drapeau américain sur la tête d'une statue au milieu de la place du village voisin avant de se faire déchiqueter par une mine posée là avec malice par un Allemand vicieux et sans doute précog. Après quoi le démineur Sikh s'en va sur sa moto, laissant Binoche livrée à elle-même et livrée à un nouvel éclat de larmes... Cette dernière reste auprès de Fiennes qui n'en a plus que pour quelques minutes, agonisant suite au tour de manège improvisé autour de la fontaine pour fêter la fin des hostilités, et elle lui lit les derniers mots écrits par Scott Thomas sur son journal avant de mourir, ce qui a pour résultat immédiat de propulser Fiennes dans l'au-delà. De nouveau triste mais souriante, Binoche est appelée par Dafoe qui quitte le monastère vers Florence à bord d'une voiture pilotée par une belle italienne sur laquelle il semble avoir des vues. Binoche regarde le soleil d'Italie, assise sur le siège arrière de la jeep, affichant un sourire aussi mélancolique que comblé. Fin. Rideau. Neuf Oscars dont ceux du meilleur réalisateur et du meilleur film. O_O


Le Patient Anglais d'Anthony Minghella, avec Juliette Binoche, Ralph Fiennes, Kristin Scott Thomas, Willem Dafoe et Naveen Andrews (1996)

22 février 2012

Out of Africa

On ne rappelle jamais assez le sous-titre français de Ouste of Africa : "Souvenirs d'Afrique". Comme quoi le film paysagiste s'annonce un brin. Ce film il faut l'avoir vu. C'est un instant classic de nos mémés, de nos mamans, et de nos tantes. Pas de nos filles en revanche, qui préféreront Robert Pattinson à Robert Redford, comme quoi, les jours s'en vont, rien ne demeure. Pourtant c'est un des films phares de Redford, car c'est un Pollack-Redford et y'en a pas tant que ça ! Ils en ont fait quoi ? Deux ? Peu importe. Toujours est-il qu'ils sont amis et que ce film-là c'est celui qui les réunit le mieux. La preuve, c'est que Redford a conquis le monde avec un rôle à peine écrit, et qu'on sent l'amour que le cinéaste porte à son comédien dans chaque plan qui le met en valeur. Pollack est tellement subjugué par les traits virils, symétriques et ténébreux du blond platine le plus célèbre d'Hollywood qu'il en a oublié de lui écrire un rôle. Qui est Redford dans ce film ? Un chasseur. Autant que mon tonton Alain, bucco-rhodanien de souche et qui a déménagé dans l'Aveyron il y a une dizaine d'années pour y trouver un véritable Battlefield Earth (c'est le nom qu'il a donné à son lieu-dit), afin d'y chasser le sanglier et autres gibiers à quatre pattes. N'ayant rien tiré depuis dix piges, il s'entraîne sur les chats du voisin. Dieu sait que jamais je n'arriverais à torcher un film de deux heures sur mon tonton, que j'adore au demeurant. Pourtant j'aurais le titre : "Bowling for Rieupeyroux". Bref, dans ce film le personnage de Redford manque de relief. A ce titre, la quatrième de jaquette de mon dvd en dit plus long sur son personnage que les 154 min. env. que dure le film : "aventurier idéaliste". Concrètement on se retrouve à l'image avec un type pas très bavard, qui comprend les noirs, qui séduit les femmes par son côté taciturne (qu'elles prennent pour de la sagesse et de l'assurance), et qui a besoin, tous les week-ends, après avoir trempé son biscuit cinq jours durant dans des demoiselles de tous morphotypes, de se faire un petit safari en tête à tête avec son fusil. C'est pour ça qu'il n'a pas envie de s'attacher à une femme, quand bien même il serait amoureux d'elle.


Dans ce film Robert Redford pète amoureusement au visage de Meryl Streep

Et c'est là qu'entre en scène Meryl Streep. Pour le tocard d'aujourd'hui, cette grande actrice, actuellement à l'affiche de La Dame de fer, c'est une vieillarde qui brigue tous les oscars en jouant dans des films chiants en costume cravate. Quid de Julia & Julia, de Mamma Mia !, ou du Diable s'habille en Prada. Mais n'oublions pas qu'avant ça elle s'intéressait au cinéma. On se rappelle de son rôle de biche dans The Deer Hunter, ou de sa voix de Blue Mecha dans AI Intelligence Artificielle. Bon ok elle a fait que dalle à part le Cimino et un Woody Allen. Certains sauveront aussi Kramer contre Kramer ou le très mièvre Sur la route de Madison, mais sans déconner ça fait pas lourd. Pourtant j'avoue, je l'aime bien. Elle incarne ici une aristo Danoise légèrement colonialiste et délestée d'une bonne partie de son blé par ses amants qui, après une déception amoureuse, se marie avec un type qu'elle n'aime pas et le suit en Afrique où elle monte une grande ferme. Affaiblie par la syphilis, qu'elle contracte grâce à son époux putanier, et désolée quand son médecin lui apprend qu'elle ne pourra jamais avoir d'enfant, elle tombe néanmoins dans les bras de Bob Redford qui, bien que fou amoureux d'elle, refuse la vie à deux pour mieux s'adonner à sa passion pour les safaris, Firefox et Netscape. A la toute fin du film, que je vous spoile ni une ni deux, elle apprend par texto que son amant idéal est mort au cours d'une chasse. Tout est là pour nous ruiner, même la jaquette, qui est sans merci. Mais Meryl Streep porte Out of Africa sur son dos et c'est un semi-remorque de bons sentiments, de cheveux au vent, de musique enivrante et de jolis plans sur des paysages de rêve, le tout filmé dans un académisme forcené. A tel point que quand on regarde le film avec le commentaire audio du réalisateur, on entend seulement Sidney Govou énumérant les valeurs de plan qu'il a enchaînées dans son film : gros plan, plan moyen, plan d'ensemble, plan amerloc, tout y passe. De toute façon Pollack on s'en rappelle surtout pour son caméo dans Fauteuils d'orchestres, où il formait un duo de fou avec Valérie Lemercier, duo qu'on aurait aimé retrouver dans mille autres buddy movies. Mais pour en revenir à Meryl Streep, il faut bien dire qu'elle fait son taff dans ce film et qu'elle le fait bien. C'est non seulement une bonne actrice mais une sacrée belle femme, n'en déplaise aux fans de Megan Fox et de Lindsay Lohan.


Puis il lui lave amoureusement sa tignasse...

Out of Africa est le seul film (ex-aequo avec Adèle Blanc-Sec) qui soit basé sur 5 romans différents : "Ouste of Africa", "Shadows on the grass", "Letters from Princesse Erika", "Peter Schmeichel : the life of a goalkeeper" et "Silence Will Smith". A chaque fois qu'on relit le quatrième de couverture du dvd, on a l'impression de redécouvrir l'histoire de ce film qui fut pendant longtemps le premier fournisseur de fonds d'écran de Windows et qui a le mérite de nous faire voyager gratis. Si j'étais Doc Gyneco, enfin médecin quoi, je mettrais ce film en boucle dans ma salle d'attente. C'est et ça restera le film le plus long de l'histoire du cinéma, pas dans les faits, mais dans le ressenti.


Out of Africa de Sidney Pollack avec Meryl Streep et Robert Redford (1985)

9 décembre 2010

Julie & Julia

Les films de Nora Ephron (Nuit blanche à Seattle, Vous avez un message, etc.), ça passe bien quand on est gosse et qu'on se demande qui nous rendrait le plus heureux en mariage entre Meg Ryan et Tom Hanks. D'ailleurs personnellement j'hésite encore. A leur place, Meryl Streep et Amy Adams. C'est très surfait, trop décoré, trop musical, trop. Et là je me lance dans une rapide affichographie : matez le haut du poster qui nous présente une Meryl Streep à bouclettes qui se décroche les bajoues de rire, au point qu'on ne voit plus le blanc de ses yeux, la star de toutes les stars est en roues libres mais elle se fend la banane, ça c'est pour que la ménagère et son ménager s'identifient, par contre dans le bas de l'image, la jeune Amy Adams, le regard en coin, mime une fellation avec ses doigts et ça c'est un objectif marketing plus étonnant. Revenons à Meryl. Pour ceux qui ont vu le sketch des Nuls dans lequel ils doublaient eux-mêmes la Reine d'Angleterre, sachez que Meryl Streep cause avec cette voix-là pendant tout le film.



Une fois de plus on a de quoi se plaindre des affres du principe d'adaptation cinématographique d'histoires vraies, survenues dans les vraies vies de personnages réels. Parce que la véritable Julia Child avait cette voix insupportable on nous l'inflige pendant deux heures, et, pire encore, on l'impose à Meryl Streep, cette immense actrice qui se complait dans une imitation gênante. Amy Adams n'est pas non plus au top de sa forme, piégée dans le maigre rôle d'une New-Yorkaise bien d'aujourd'hui dont le langage est pollué par quantité de tics verbaux et autres expressions accablantes, du style : "I can't write a blog, I mean... hello !". Pouah...



Curieux projet que ce film qui prétend tenir le spectateur non pas en haleine mais en salive. Le pari d'Ephron c'est de nous scotcher à nos canaps en nous refilant les crocs. Pour ce faire elle nous raconte avec maladresse l'histoire d'une jeune femme qui crée un blog (on retrouve après You've got mail tout l'amour de Nora Ephron pour le cliquetis du clavier d'ordinateur portable et pour le web en général), blog pour lequel elle testera jour après jour les 524 recettes de Julia Child (Meryl Streep donc), une anglaise fière comme Artaban d'avoir découvert la cuistance française dans les années 50. J'ai crevé la dalle pendant deux plombes. Voilà le résultat. Une des fâcheuses conséquences de ce scénario cocasse c'est que l'ingénieur du son a choisi de mettre l'emphase sur tous les sons de bouche, ces bruits de gueule à vomir, ce pur dégueulis sonore que chacun produit en mangeant et qui n'est supportable que si l'on est soi-même en train de grailler, ce qui n'était pas mon cas devant ce maudit film, tous ces gargouillis dégueulasses que les ingénieurs du son gomment habituellement sur leur table d'étalonnage afin de les réduire au silence.



Dans une scène particulièrement violente Amy Adams prépare la bouffe pour elle et son mari, faisant revenir du pain dans de l'huile avant de le recouvrir de tomates et de poivrons (un genre de bruschetta d'infrita), pour ensuite gober le tout sous forme de tartines ultra juteuses. Rien que d'en parler j'ai versé huit litres de salive sur mon clavier rétroéclairé macbookpro, on dirait la voie lactée par temps couvert. Seulement voilà... les bruits de pain craquant et de mastication saliveuse sont largement amplifiés, et on a l'impression de se faire bouffer aux petits oignons par un film omnivore sans prétention. Alors on subit, et on se réjouit que l'histoire ne porte pas sur les 524 façons de chier selon Julia Child.


Julie & Julia de Nora Ephron avec Meryl Streep, Amy Adams et Stanley Tucci (2009)

28 mars 2010

Last Chance for Love

Pour commencer, il faut partir de l'origine, il faut partir du titre. Il faut une titrographie, une titrologie. Le film s'intitule en VO : "Last Chance Harvey". Impossible à traduire en Français, à part peut-être par le téméraire : "Dernière chance d'Hervé". Pas très vendeur, de fait. Alors les exploitants Français ont décidé de ne pas le traduire. Seulement, ils ont jugé que le public Français, pas suffisamment familier des patronymes anglo-saxons, n'aurait pas pu comprendre le mot "Harvey". Étonnant, l'un des plus grands commentateurs Français de football s'appelant Harvey Matoux, l'un de nos plus grands chanteurs s'appelant Harvey Villard, il y a aussi le père fascisant de Tintin, et puis quand même un acteur comme Hervé Keitel a fait causer de lui dans l'hexagone. Il ne restait donc plus que trois options : soit "Last Chance Hervé", soit "Last Action Hero", soit "Last Chance for love". C'est ce dernier titre qui l'a emporté à pile ou face. 
 
 
 
 
On pourrait penser que ce film m'aurait attiré grâce à l'empreinte au casting de Dustin Hoffman, le fameux comédien de Danse avec les loups, Dogday Afternoon, Sam je suis Sam, Jerry McGuire, EdTV, ou encore Kung-Fiat Panda dans le rôle de la voix inoubliable de Shifu. Mais pas du tout. Ce qui m'a attiré dans ce merdier, c'est Emma Thomson, que j'aime associer dans mon panthéon personnel à Helen Mirren, ces actrices du siècle des Lumières qui brillent à chaque instant. Aussi, sur l'affiche, Dustin Hoffman ne m'a pas longtemps accaparé, complètement eclipsé par Jenna Elfman au faîte de son âge et de sa beauté. Cependant, une fois retirés les effets de flou photoshopés d'une affiche abracadabrante, désormais placardée dans mon salon, ma déception fut grande face au film, où la performance outstanding de Jenna Jameson ne suffit à percer les ténèbres. 
 
 
 
En tout cas "Last Chance for Hervé" m'a refait penser à une triste anecdote de mon enfance. Une cicatrice que je porte encore en moi. Je devais avoir autour de neuf ans, et mon frère aîné, qu'on appelle "Freak Mind", alors âgé de 13 ou 14 ans, et déjà grand consommateur de pornographie devant l'éternel, unique abonné Canal+ avec une formule restreinte "Premiers Samedis du Mois", pour éviter que je le dénonce aux flics et que je dévoile son petit manège de commerce triangulaire de VHS embaumées, devait faire de moi son complice pornophage. J'ai donc fêté mon passage en CM2 devant un porno crado, et quand je dis le plus crado des pornos il faudrait que vous puissiez me regarder dans le fond des yeux pour piger le sens réel du mot "crado". Il s'agissait d'un film au script assez maigre : une palanquée de scènes "homme/mec" autour de diverses piscines couvertes. Mon frère a profité d'une absence de mon père fouettard en vadrouille derrière la gare, occupé à pousser des wagons (c'est en tout cas ce qu'il nous annonçait à chaque fois qu'il quittait la maison, accompagné d'un rot terrible). Malgré tout, cet épisode glacial de mon enfance reste, en tant que tel, un souvenir unique, et en cela, précieux. Une seule conclusion est sûre : c'est ballot de voir un porno trop tôt. 
 
 
 Last Chance for Love de Joel Hopkins, avec Dustin Hoffman et Emma Thomson (2009)