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12 août 2024

Sang pour sang

Critique repentance. Que nous avons été durs avec les frères Coen. Qu'ont-ils fait de mal ? A part avoir un style un peu trop stylé, une bande d'acteurs fidèles toujours là au piquet, un humour décalé d'une ironie pince-sans-rire qui si elle vous laisse froid vous congèle carrément, et peut-être un public agaçant. Résultat des courses, pendant longtemps nous n'avons pas pu les saquer. Il faut parfois que le temps passe, qu'une carrière s'essouffle, que des dents se déchaussent, que la critique se détourne et que les rangs des fans s'éclaircissent pour qu'on donne une nouvelle chance aux cinéastes qui nous ont durablement gavés et, mine de rien, contre lesquels on a aussi pu se construire, bien malgré eux et à leur insu. Cf. Serge Daney, qui a forcément écrit là-dessus, et qui lui aussi s'est mépris de son vivant sur quelques cas, ne citons que Spielberg, dérouillé en règle pour ses Dents de la mer, ou Cimino, flingué à bout portant pour Voyage au bout de l'enfer. Nous avons un droit à l'erreur, ou plutôt aux multiples et impardonnables erreurs. Ne citons que nos griefs de jadis, parfois immortalisés dans ces pages, à l'égard de Brian de Palma, de Wes Anderson, de David Lynch. Autant de dégoûts anciens qui nous ont fait passer pour des guignols plus souvent qu'à notre tour, alors qu'ils étaient dus, le plus souvent, aux guignols eux-mêmes qui, en portant ces cinéastes aux nues avec des arguments débiles, creux et fallacieux, nous confortaient dans nos petites haines quotidiennes. (Déjà on change d'avis et on s'excuse, on va pas non plus assumer nos erreurs et s'abstenir de les imputer à autrui). Si ça peut vous rassurer, on a longtemps détesté les endives au jambon, pour l'amertume desdits jambons, oubliés sur la plage arrière de la Seat Córdoba en plein mois d'août. Or, pas plus tard qu'hier soir, on s'en est farci douze à deux. Et pas les plus fines endives du marché. Plutôt du gros chicon maous, vendus par le gardois du coin avec un p'tit sourire ambigu : "Dix euros les deux ! Et une barquette de fraises offertes pour cinq euros de plus !" Adorable.


 
 
Ce film-là, parangon du néo-noir, dont il est le premier spécimen (ou parmi les), contient tout le meilleur des frères Coen et a contribué, visionné tardivement, à les réhabiliter totalement à nos yeux. Seul hic : on a revu pas mal de leurs films après et celui-ci, qui est leur premier, reste pratiquement, pour nous, un sommet de leur art. Mais c'est un détail. Blood Simple, basé sur un scénario écrit à quatre mains de fées, mis en scène avec une efficacité et une audace dingues pour un premier essai, porté par des acteurs idéaux incarnant des personnages bien racés, est une grande réussite. (On a juste aimé le film putain, le fait est qu'on est blogueurs ciné et qu'on essaie de poser des arguments, disons des mots-clés, mais on est à poil pour expliciter tout ça, pour formaliser le plaisir pris devant ce qui reste un parangon du néo-noir). Un dernier mot quand même sur ce qui enlève le film pour de bon : la longue scène où l'enjeu est de se débarrasser du corps velu de Dan Hedaya. Une demi-heure muette où c'est simplement la magie du cinéma qui opère, un plan après l'autre, bien dans l'ordre, bien cadrés, bien timés. Thoret le dit toujours : un vrai bon film se jauge à l'aune de la touche "mute" de votre télécommande, virez le son et si vous captez la tempé c'est gagné. Ici, et dès leur premier coup d'essai, les Coen le font pour nous et c'est limpide. Quel toupet ces jeunes loups. Ils se trimballaient avec l'assurance d'un Eduardo Camavinga âgé de 7 ans et portant déjà le maillot du Real en quarts de finale de la Ligue des Champions.




Sang pour sang de Joel et Ethan Coen avec Frances McDormand, Dan Hedaya et John Getz (1984)

29 juillet 2023

Mission : Impossible – Dead Reckoning Partie 1

La saga Mission : Impossible, c'est un peu comme les Jason, on finit par avoir un mal de chien à les identifier, à les dissocier les uns des autres. C'est un bon test cognitif pour soi-même. Le premier, c'est facile, c'est celui de De Palma où Tom Cruise joue encore collectif, avec Jean Reno, Béart et compagnie. Le TGV dans le tunnel sous la Manche, la goutte de sueur qui menace de déclencher l'alarme. Ok, facile, on a pu en causer ici sans souci en s'appuyant seulement sur nos très vagues souvenirs. Je l'ai revu depuis dans le cadre de ma réhabilitation personnelle de Brian de Palma et je considère toujours que ce film est loin de faire partie de ses meilleurs et qu'il correspond hélas au début du déclin de l'auteur de Body Double. Quant à Mission : Impossible II, la bande-annonce, à l'époque laborieusement téléchargée en 56k, m'avait scotché : on y voyait Tom Cruise escalader en solo intégral une falaise verticale et se mettre en danger de mort inutilement suite à une glissade, pour mieux se rattraper à une corniche dans un geste impossible, nous montrer ses muscles saillants et nous adresser un regard-caméra plein de défi. J'étais alors facilement impressionnable et le remix du fameux thème musical de la série, plutôt chiadé, jouait aussi son rôle. Le reste était à chier. John Woo et ses quelques envolées de colombes. Tom Cruise et ses cheveux longs qui le rapetissent encore davantage. Thandie Newton aux abois. Bref, un raté. 


Représentation abstraite de ma mémoire à l'évocation d'un Mission : Impossible ? Non, représentation signée McQuarrie de l'Éntité, l'intelligence artificielle malfaisante du film. Mouais...

Dès le troisième opus, ça se corse davantage, ma mémoire me joue des tours, et je ne peux pas lui en vouloir. Je ne garde quasi aucun souvenir de l'épisode signé JJ Abrams (comme  tout ce qu'a fait cet homme-là), si ce n'est de brèves images de Phil Seymour Hoffman sous-exploité en vilain, de Michelle Monaghan en épouse éplorée, et de Tom Cruise glissant arme au poing dans les lens flares. Peut-être le pire. À partir du 4, l'amalgame nous tend encore plus les bras. Peut-être parce que Christopher McQuarrie, le lieutenant de Tom Cruise, passe aux commandes, d'abord au scénario. Ghost Protocol, c'est un générique en CGI en forme de clin d’œil à la maison Pixar dont est issu Brad Bird, le réalisateur embauché par la gigastar pour redonner du peps à sa saga. Une escapade à Dubaï, la robe fendue de Paula Patton, une apparition délicate de Seydoux. Voilà tout ce qui m'en reste. Le 5, le 6 et à présent le 7 forment dans mon esprit une seule et même bouillie. Tout à fait digeste mais sans réelle saveur. Il y a une grosse baston dans des toilettes, peut-être dans le 6. Une course à motos, peut-être dans le 5. Et aussi le 6. Je ne sais plus. L'arrivée de Rebecca Ferguson, un atout non-négligeable, sacrifiée bêtement cette année, est à noter. Et encore et toujours les mêmes pesants défauts. Malgré cela, les M:I demeurent légèrement au-dessus du lot. Faut dire que quand la concurrence se nomme Fast & Furious XII, c'est pas si difficile.


Il y a à peu près la même ambiance dans la voiture quand je prends le volant sur les routes des vacances...

Cette fois-ci, Tom Cruise et sa bande sont donc à la recherche d'une clé ridicule qui permettrait de désactiver une intelligence artificielle aux idées de grandeur de plus en plus inquiétantes. Cette quête mène l'autoproclamé sauveur du cinéma de divertissement hollywoodien aux quatre coins du monde, comme d'habitude. Toujours aidé par les fidèles Simon Pegg (ici adorable) et Ving Rhames (en mode moins j'en fais, mieux je me porte), il s'associe à une pickpocket professionnelle, incarnée par Hayley Atwell, une recrue bienvenue : c'est bien simple, quand ce n'est plus elle qui dicte le tempo du film, celui-ci retombe dans la médiocrité. Les antagonistes que Tom Cruise croise sur son chemin sont, principalement, deux agents de la CIA au courant de rien, une mystérieuse mercenaire nommée Paris parce qu'elle est française, et un individu malfaisant surgi du lointain passé du héros. Ce soldat zélé au service de l'IA est le grand vilain du film et l'on peut s'étonner qu'il soit incarné par un latino a l'air goguenard, le teint hâlé, en chemise pastel légère et pantalon blanc en lin, on dirait un touriste qui profite d'un moment de tranquillité, débarrassé de femme et enfants. Tom Cruise doit être fan de La Bamba, c'est comme cela que j'explique qu'il ait pu filer ce rôle à Esai Morales, la co-star de Lou Diamond Phillips dans le biopic de Ritchie Valens. Vous l'aurez compris : il est l'un des boulets du film. Bien sûr, on ne sait rien de ses motivations personnelles, ce qui ne comble donc en rien le manque de charisme de ce vilain de pacotille.


Quand Tom Cruise prend le train, ça finit souvent sur le toit...

On connaît l'ambition de Tom Cruise d'écraser la concurrence quand il sort un nouveau film de sa saga fétiche, d'où son goût pour des scènes d'action interminables qui en offrent toujours plus. Cela donne ici lieu à quelques bons moments, il faut bien le reconnaître, mais ceux-ci sont parfois bien planqués, coincés entre deux passages plus fastidieux, déjà vus et revus, ou refoulés à l'issue d'une longue séquence d'action assommante, sans grand intérêt. On se tape ainsi une énième baston peu emballante sur le toit d'un train lancé à pleine vitesse, où Cruise et son ennemi font toujours bien attention à se balancer à tour de rôle dans le sens de la longueur, triste moment qui atteste de nouveau l'incapacité de McQuarrie à filmer convenablement les bagarres quand celles-ci ne se déroulent guère dans des teuchios (auparavant, des échauffourées dans les ruelles et sur les ponts étroits de Venise auront eu le temps de nous saouler). Mais, à la suite de cette bagarre minable, Cruise et Atwell se retrouvent prisonniers de wagons dont ils doivent s'extirper un à un avant qu'ils ne chutent dans le vide, et cela devient enfin très plaisant. Je retiendrai deux autres scènes où McQuarrie semble s'être sorti les doigts (excusez cette expression familière). Je pense d'abord à la longue séquence de l'aéroport d'Abou Dabi où l'on suit une double filature (Tom Cruise pourchassant la pickpocket tandis qu'il est lui-même marqué à la culotte par la CIA) parallèlement à la désactivation, par l'astucieux Pegg (ne me demandez pas pourquoi, je l'aime bien là-dedans, il sue tout le temps, panique, s'énerve, pète les plombs, il est le seul à paraître humain), d'une bombe nucléaire cachée dans un des bagages qui transite en sous-sol. Tous les événements s'enchaînent agréablement via un montage efficace. On ressent alors le plaisir que l'on était venu chercher en consentant de passer le seuil de la porte vitrée du multiplexe inhumain. Et il y a ensuite la course-poursuite en voiture, en deux temps, dans les rues de Rome, qui prend une tournure comique et amusante à partir du moment où, menottés, Atwell et Cruise conduisent ensemble une Fiat 500 jaune étonnamment pimpée. On y casse pas mal de matériel, ce qui est toujours une chose appréciable. 


Du jamais vu, même à la SNCF !

Dans les 163 minutes que comptent cet épisode, il y en a donc bien 20 de bonnes, ce qui est déjà pas mal quand on espérait rien. Le reste est soit passable, plombé par un scénario qui perd progressivement en limpidité, soit carrément médiocre, flingué par le manque d'imagination et d'audace de l'équipe réunie autour du projet, pilotée de trop près par un acteur démiurge qui uniformise à présent tout ce dans quoi il tourne, ne laissant plus leur chance à des cinéastes qui n'obéiraient pas au doigt et à l'œil. Dans le pire de Dead Reckoning, il y a cette longue et lourde scène de discussion dans une boîte de nuit vénitienne : la tension est aux abonnés absents et l'on ne peut s'empêcher de trouver criante de pauvreté la façon du réalisateur de filmer, sous des angles ridicules et entre une succession de gros plans usants sur des tronches qui bavardent, les écrans et projections d'images virtuelles abstraites qui décorent la pièce, ceci afin de rendre palpable et menaçante la présence de l'intelligence artificielle malveillante, qui cernent littéralement les personnages (on préfère l'Entité de Sidney J. Furie). Le pari était certes compliqué sur le papier et, sans surprise, McQuarrie, en bon artisan limité qu'il est, n'a pas su le relever. Heureusement, il y a là-dedans une petite touche d'humour, d'autodérision, qui participe pour beaucoup à notre indulgence. Éternel héros, de plus en plus pris de vitesse mais toujours là de justesse, Tom Cruise veut nous amuser et nous divertir, il n'y parvient que trop rarement, par intermittence, mais, dans le contexte actuel du gros cinéma hollywoodien, c'est déjà ça. 


Mission : Impossible – Dead Reckoning Partie 1 de Christopher McQuarrie avec Tom Cruise, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Esai Morales et Hayley Atwell

1 juillet 2023

Bruno Reidal

Si vous aimez la barbaque, l'ultra-violence, la décapitation, et si vous n'en avez pas eu assez avec les vidéos de Daesh, alors peut-être que Bruno Reidal pourra vous faire la soirée. Bruno Reidal, portrait d'un serial killer qui s'est arrêté à une victime avant d'être incarcéré puis étudié par Vincent Le Port. Le jeune cinéaste originaire de Rennes (ceci explique peut-être cela) s'est appuyé sur les journaux intimes du tueur pour nous glacer les sangs à la manière d'un maestro fêlé. Pour son premier film, Le Port, qui aurait peut-être pu choisir un nom de scène plus clinquant et un peu chic, impressionne, saisit, et nous déballe toute la noirceur de son personnage en même temps que la sienne propre avec le calme des plus grands malades. Troisième phrase de notre critique et vous ignorez encore si c'est du lard ou du cochon : c'est bien du Le Port et c'est énorme pour un premier jet d'imposer une telle signature. Il a signé sur la moitié de la feuille et son trait est sûr et affirmé, à trouer le papier. On reste coït devant les élucubrations sans fard, simples, sincères, naturelles presque, d'un pur jobard qui était aussi à l'aise dans le maniement du couteau que dans celui du verbe. Au fameux adage, la plume est plus forte que l'épée, Reidal et Le Port répondent conjointement : on vous défonce avec les deux, l'un avec sa verve, l'autre avec sa caméra, les deux avec une brutalité froide de forcené aimant les objets contondants. Après un tel film, on pourrait n'avoir qu'une envie : se plonger dans les journaux de Reidal. Sauf que pas du tout, puisqu'on a déjà eu le disque pour aveugle, narré par un acteur, Dimitri Doré, bluffant de vérité et qui réside depuis entre quatre murs à Montfavet, où il a limité sa garde-robe à une jolie camisole, habité par un rôle dont il ne saura plus jamais se défaire.


 
 
Les plus cinéphiles ne manqueront pas de penser à Oim Pierre Rivière, enfoiré de mes deux, ayant trucidé tout ce qui bouge à portée de palme, ce qui inclut ma reum, ma belle-doche et un chien broussard. La filiation entre le film de Le Port et celui de René Allio, sorti en 1976, est directe et assumée, quand bien même l'élève a largement dépassé le maître. Nous avons pour notre part découvert Oim Pierre Rivière, jobastron de première, ayant estrapassé tout ce qui me regardait de traviole y compris mon reuf, la voisine et les deux oies de la basse-cour après Bruno Reidal (et pour cause, nous n'étions pas nés lors de la sortie en fanfare de Oim Pierre Rivière, pur trépané et guignol en chef, footeux du dimanche, ayant refroidi et fini tout ce qui mouftait dans la pièce d'à-côté à commencer par ma grand-maman, mon grand-papa, les voisins et leur cheval de trait comtois qui ne m'avait rien fait), par curiosité cinéphile et par conscience professionnelle. Force est de vous avouer que si le film Oim I-Robot, déglingué du bulbe, ayant fait les croisés de mon con de reup et les tibias de Djibril Cissé se paie le luxe d'être sorti quelques lustres avant l’œuvre de Das Port, il n'en est pas moins vrai que le film de René Allio Marie, aussi intéressant et soigné soit-il, ne peut que faire un léger plouf après le choc intersidéral, la bouffe monumentale Bruno Reidal. Aussi les critiques qui sont tombées dans cet écueil auraient-ils pu s'épargner la peine de forcément comparer le film de Le Port à son prédécesseur évident, Oim, Pierre Rivière, président de la république, je ratiboiserai le parti socialiste, taillerai en pointes les oreilles de mes électeurs et massicoterai les espoirs des gens de gauche sans omettre de pourfendre à la serpe ma conne de mère, ma conne de sœur et, parce qu'il était dans le coin le nez dans ses cheerios, mon petit frère Itou, de son prénom.


 
 
On fait souvent des tops à tout-va sur les plateformes web. Chacun y va de son top 5 des meilleurs split-screens (erreur : à moins de faire un top 500 dans cette catégorie, tous les prix reviennent forcément  à De Palma), ou de son top 7 des meilleures double-péné (on vous conseille la pastille Blow-Up d'Arte sur le sujet, signée Luc Lagier), en passant par le top 10 des meilleurs sergents-instructeurs et autres top 15 des plus beaux AVC sur gazon vert (Shyamalan en cite deux ou trois dans son dernier vidéo-club Konbini qu'il qualifie tous de "amaaaaazing"). Si vous avez déjà établi un top des plus gros sacs à merde coupables d'homicide de l'histoire du cinoche, vous pouvez tout recommencer, ou au moins mettre un coup de typex sur votre préféré, et noter en number one et en lettres capitales BRUNO REÏDAL, quitte à mettre en deutch le héros éponyme de Oim Pierre Au Beau Milieu Coule Une Rivière de Sang, fada du village, redouté par ses pairs et renégué par son père, ayant refait les ourlets de mes neveux et nièces et baffé jusqu'à l'os toute la maisonnée et une partie de mon quartier, autant de PNJ juste là pour se faire allumer.


Bruno Reidal de Vincent Le Port, avec Dimitri Doré (2022)

3 mars 2023

Les Cinq Diables

Léa Mysius, 33 ans, toutes ses dents : deux films au compteur, deux films épinglés dans nos pages, c'est du 100%. Ava nous avait conquis par sa fraîcheur et sa vitalité, Les Cinq Diables nous ont cueillis par leur ambition et leur originalité. Alors certes, avec Mysius, c'est du échec ou mat. Ça passe ou ça casse. La jeune dame a 36 idées à la minute, toutes ne sont pas bonnes et il n'y pas toujours quelqu'un pour faire le tri. Mais on préfèrera toujours assister au spectacle d'une cinéaste qui ose que se taper le millième remake signé Hazanavicious d'un film dont il ignore qu'il s'agissait déjà d'un remake. Bref, Mysius, on est clients, on est dans ton camp, on porte le même maillot, on a la même passion, et ce deuxième long métrage nous conforte dans l'idée de te suivre où que tu ailles. La réalisatrice native de la cité bordelaise et cliente du salon de thé Chez Karl (dont on recommande les bols de chocolat chaud servis comme par maman à quatre heures quand on a un petit rhume ; pour la modique somme de 18€ la soucoupe vide et 34€ le bol complet, à condition de connaître le patron, Karl donc, et qu'il vous fasse un "prix d'ami") nous donne rendez-vous ici au carrefour des émotions et surtout des sensations. Car si le cinéma est une expérience sensitive, il est ici un chant de tous les sens, une symphonie des odeurs : Léa Mysius ajoute au cinéma une nouvelle dimension, quitte à rompre le quatrième mur. On regarde enfin un film avec son blair.




Adèle Exarchopoulos vit dans les Alpes auprès de sa fille Vicky Exarchopoulos (Sally Dramé). Celle-ci est dotée d'un odorat surdéveloppé et passe son temps à créer des collections de parfums qu'elle conserve dans des bocaux Bonne Maman. L'une de ces fragrances provoque chez elle des catalepsies qui la renvoient dans le lourd passé de sa propre Bonne Daronne. Secrets, mensonges, manipulations sont au rendez-vous dans un festival pyrotechnique que l'on ne pensait plus voir sur grand écran. Notons au passage que tous les techniciens qui ont participé à l'incendie final de la salle des fêtes ont été nommés aux César des meilleurs effets visuels et en sont repartis bredouilles. Même si le dispositif narratif fait de flashbacks successifs n'est pas le plus original ni le plus heureux en termes de dramaturgie et de suspense, Léa Mysius s'en sort haut la main en déroulant un scénario plutôt bien ficelé, intriguant du début à la fin, modeste m'bami (paix à ton âme), au service de personnages soignés et touchants, tous autant qu'ils sont (mention spéciale au papa-poule de Vicky, interprété par Moustapha Mbengue, qui nous a cuits à cœur lors d'une séquence finale tout simplement bouleversante), servis par des acteurs au diapason, et surtout une actrice qui donne de sa personne, quitte à plonger dans un lac gelé avec pour seule combinaison sa propre graisse de canard.




Petit hommage bien mérité à Adèle Exarchopoulos dont nous saluons les choix de carrière et l'exigence vis-à-vis des autres et d'elle-même. Contrairement à certaines, qui se reconnaîtront peut-être, et qui prétendent être amies avec elle, Adèle Exarchopoulos ne tourne pas 63 films par an dans l'espoir d'obtenir enfin un César avec un rôle fléché pour le décrocher sans forcer (au hasard, une rescapée des attentats de 2015 en train de siroter le sang encore chaud des victimes). Elle en tourne 4 l'an, parmi les plus audacieux, les plus casse-gueules, signés par de jeunes réalisateurs et réalisatrices qui ont des idées un peu nouvelles, s'efforcent de créer des choses que nous n'avons pas déjà vues mille fois, parlent de leur époque sans oublier de raconter des histoires. On pense aussi au très recommandable Rien à foutre. Spoiler : Adèle, lauréate du César du meilleur espoir féminin en 2014 (ça ne nous rajeunit pas) finira tout de même par avoir le César ultime, et elle enterrera toutes les machines à succès éphémères au sang froid qu'elle supplante déjà dans le cœur des spectateurs du monde entier ainsi que dans leur historique de navigation privée firefox.




Du panache, voilà ce dont Léa Mysius nous gratifie et ce dont le cinéma manque cruellement ces temps-ci. Les Cinq diables est un film qui ne rentre dans aucune case prédéfinie, dont nous n'avons toujours pas compris le titre, que l'on aurait même du mal à pitcher (cf. notre deuxième paragraphe, dont nous ne sommes nous-mêmes pas très fiers et que l'on ne préfère pas relire, d'où les coquilles probables...). Léa Mysius prend le risque de se viander la gueule. Son film n'est pas réductible à une bande-annonce, et n'a pas bénéficié de cet atout essentiel à son succès, d'où son échouage programmé et avéré (bravo au distributeur). Ou alors il aurait fallu inventer, innover, là aussi, et imaginer la première bande annonce olfactive de l'histoire du cinéma : entre deux pubs pour Chanel et le charcutier-toiletteur du coin. Vous avez senti ce vent des ténèbres à moitié cramé ? Vous avez peut-être accusé votre voisin de rangée de vous avoir fait sentir son démon intérieur. Eh non, c'était le teaser des Cinq Diables. Car il faut bien s'y mettre à cinq pour produire un tel fumet. 
 
 

 
Mais quel toupet, cette Mysius ! Elle a le nom d'une magicienne, et elle nous a encore ensorcelés. On relève ses deux trois maladresses, qu'on attribue à sa jeunesse et à la difficulté des missions qu'elle s'impose, comme par exemple filmer les odeurs. Filmer les odeurs est une gageure et Mysius, pour le dire gentiment, ne relève pas vraiment le défi. Elle se vautre en beauté devant ce pari impossible que même Welles aurait aussi décliné en écartant poliment de la main le scénario des Cinq Diables si on le lui avait proposé à l'époque. Un documentaire de 1948 nous montre le grand Winnie l'Orson assis face au scénariste Truman Capote Duralex, fixer son interlocuteur les yeux dans les yeux tout en poussant du bout de la patte, par petits coups successifs, un pavé dactylographié vers le bord de la table, comme le font les pires greffiers avec les verres d'eau sur la planche de la cuisine, jusqu'à la chute inévitable de cette infection de script puant et maudit. On soupçonne ledit tapuscrit d'être celui des Cinq diables, que tous les producteurs se refileraient depuis sous le manteau, osant à peine le renéguer, tâchant de s'en débarrasser le plus vite possible en le refourguant à d'autres victimes, et Léa Mysius d'être la première depuis papy Welles à le lire et à se dire : Banco !


Orson Welles lisant le script des Cinq diables.

Qui aurait réussi à filmer des odeurs ? Filmer des sons, c'est fait, la belle affaire : merci Hitchcock, merci De Palma, merci Adrian Lyne ! Mais qui s'est fadé les odeurs ? Eh bien Mysius a essayé. Elle n'a peut-être pas réussi, mais pas totalement raté, et surtout, on lui sait gré d'avoir mis les mains dans le cambouis, de s'être risquée à ça, avec l'insouciance de la jeunesse et le courage d'une femme qui se bat contre des montagnes, les Alpes, et qui fait tout simplement face à la difficulté, à l'impossible, pour plus de liberté en ce monde. Elle ose rêver à un cinéma affranchi de ses propres limites, qui nous ferait enfin décoller vers des sphères inconnues, des cimes que l'on aimerait pouvoir tutoyer. On retient donc le positif de ce film inclassable dont nous aurons peut-être su vous dégoûter. Sachez que ce n'était pas l'objectif. Déjà un immense merci si vous nous lisez encore. Les Cinq Diables sont plus faciles à suivre que nous et la filmographie entière de Léa Mysius plus courte à voir que notre papelard à lire. Bon courage à vous et encore bravo à elle, à Adèle et à toute la fine équipe.


Les Cinq Diables de Léa Mysius avec Adèle Exarchopoulos, Sally Dramé, Swala Emati, Daphné Patakia et Moustapha Mbengue (2022)

16 janvier 2022

Boîte noire

Alors c'est ça, à en croire les critiques unanimes, LE thriller français de l'année 2021 ? C'est donc ce long machin froid, gris et laid, truffé d'incohérences et de facilités, qui a été capable de réunir plus d'un million de spectateurs en salle malgré le contexte actuel ? Bon, tant mieux pour le cinéma français hein ! Il en faut des petits succès surprise, des films qui marchent envers et contre tout ! Et puis je vous l'avoue tout net : moi aussi j'ai marché, je me suis laissé prendre, j'ai été captivé jusqu'au bout. A la différence que j'étais chez moi, pépouze, au fond de mon canapé, et ça m'a permis de rester d'humeur. Car sur grand écran, pas dit que j'aurais pu encaisser avec la même distance la mise en scène platissime de Yann Gozlan et la mocheté générale de son dernier rejeton, qui semble s'obstiner à se dérouler dans les endroits les plus hideux et cafardeux du monde. Tout se joue dans l'ambiance pas si feutrée d'open-space mornes et exigus, où l'on aimerait ne jamais avoir à mettre les pieds, dans des salles d'analyse sonore sordides, plongées dans l'obscurité quasi totale, dans les habitacles inconfortables de voitures grises, elles-mêmes garées sur le macadam anthracite de parkings détrempés, face à des hangars immondes sur lesquels s'abat sans cesse une pluie fine et pernicieuse. Parfois, nous nous retrouvons dans des sous-sols glauques et mal éclairés qui, pourtant, apparaissent presque comme des bols d'air frais. Et, toujours, nous sommes surplombés par un ciel menaçant, une large barre grisâtre supplémentaire qui envahit régulièrement le cadre avec une autorité implacable. Même quand nous le voyons pas, nous le savons là. Pesant, écrasant, aussi plombant que le sérieux du film, de rigueur non-stop, évidemment. Il y a là-dedans bien plus que cinquante nuances de gris. Que du bonheur ! C'est à se demander si le tournage n'était pas annulé en cas de beau temps, si l'on ne pliait pas tout dès qu'un coin de ciel bleu avait la mauvaise idée de se pointer. Mater ça un dimanche pluvieux d'hiver – car c'est typiquement ce qu'on appelle un "film du dimanche soir", juste assez prenant pour vous faire oublier la reprise du lundi – c'est un vrai coup de poignard ! Que c'est déprimant ! A ce point-là, c'est forcément un choix esthétique du cinéaste, pas de doute là-dessus. Peut-être veut-il nous montrer l'horreur de nos sociétés actuelles... Il ne ment pas, ces grands bureaux, ces lieux de travail et de désolation, sont bel et bien comme ça. Et cela serait raccord avec son scénario en mille-feuille, où il est question de techniques de surveillance omniprésentes et, finalement, d'une économie libérale prête à tout, et notamment à fermer les yeux sur la sécurité réelle de ses avions... C'est que ça dénonce grave par ici !



 
 
Aussi, à travers cette histoire de complot lié à un crash d'avion qu'un simple acousticien de la BEA se donne pour mission de faire éclater au grand jour, le cinéaste veut peut-être exposer un autre des grands maux d'aujourd'hui. Yann Gozlan filme un individu, joué par un Pierre Niney qui a bien la tronche de l'emploi, complètement obsédé par son travail. Il n'a que ça en tête. Il n'existe et ne brille que par ses compétences hors-normes d'acousticien hors pair, il est un coton-tige à binocles imperturbable, capable de déceler les moindres détails d'un enregistrement de boîte noire en sale état qui, pour le commun des mortels, n'est qu'un tintamarre incompréhensible. A l'instar du personnage campé par François Civil dans Le Chant du Loup, autre thriller français voisin sur plus d'un point, couronné de succès et tout aussi médiocre, Pierre Niney incarne quasiment un homme doté d'un super-pouvoir : l'ouïe méga fine. Cela s'accompagne ici d'un point faible, comme tous super-héros d'ailleurs, puisqu'il souffre d'hyperacousie et perd ses moyens lorsqu'il se retrouve d'un seul coup dans un environnement dont il ne maîtrise pas la cacophonie (heureusement, son casque Sennheiser et ses écouteurs intra-auriculaires Jabra sont toujours là pour le replonger dans le calme – Boîte noire propose de beaux et discrets placements de produits, le top de la qualité dans le domaine). 
 
 

 
 
Mais au-delà de cette déplorable super-héroïsation du personnage principal, qui paraît désormais inévitable dans bien des films de ce genre-là, le réalisateur montre surtout un professionnel formaté, jusqu’au-boutiste, un perfectionniste maladif, pétri de tocs et de tiques, une ombre filiforme condamnée à évoluer dans des espaces déshumanisés. Un homme qui ne semble pas animé par la volonté de renverser le système, seul contre tous, en révélant un grand scandale, mais dont l'impulsion vient, d'abord et surtout, de son envie de faire son travail comme il faut, tout simplement, quitte à faire quelques remous... "On ne peut pas juger quelqu'un seulement pour ses compétences" lui serine sa compagne, campée par Lou de Laâge – dont la coupe de cheveux trop travaillée nous indique immédiatement qu'elle n'est pas nette – pour le sermonner d'être un peu trop dur avec le collègue, forcément moins bon que lui, qui a hérité du dossier dont il rêvait. Avec ces deux-là, ce jeune couple antipathique bossant dans l'aéronautique, dont la relation est superficielle au possible, Gozlan nous montre un mariage fragile et prêt à se défaire pour des motifs professionnels, chacun étant obnubilé par sa progression, par sa carrière. Le désir d'évolution, en salaire et en responsabilités, rime avec surmenage et fait des ravages jusque dans l'intimité du foyer. La pauvreté des dialogues et le jeu stéréotypé des comédiens abondent, volontairement ou non, en ce sens (pauvre Dédé Dussollier qui n'a rien à jouer, sa chevelure blanche ébouriffée est la plus grande source de lumière de ce trop long métrage). Il ne faut pas oublier que le titre du précédent film de Yann Gozlan était Burn Out ! François Civil (encore lui ! décidément, une paire d'acteurs se partagent tous les gros rôles en ce moment) y interprétait (bon, le mot est un peu fort) un jeune gars surmené, débordé, contraint à multiplier les jobs, de nuit comme de jour, pour recouvrir la dette de son ex, avant de se mettre au go fast... "Décrochez, prenez des vacances !" semble nous dire Yann Gozlan, à travers ses thrillers, portraits de jeunes hommes modernes aliénés par leur travail, qui ne donnent qu'une envie : prendre le soleil, se mettre au vert, voir la vie en couleurs ! Et ne me remerciez pas pour cette analyse à deux francs six sous de la filmographie du nouvel auteur en vue du cinéma de genre hexagonal... Elle n'ira pas plus loin.



 
 
Car côté cinoche, ce quatrième long métrage du spécialiste français du suspense n'atteste en rien d'une véritable progression, il nous confirme au contraire que Yann Gozlan, en dépit de toutes ses bonnes intentions, paraît avoir déjà atteint son plafond de verre. Le réalisateur s'aventure sur les terrains du thriller paranoïaque, complotiste, mais n'atteint jamais le niveau d'intensité et l'espèce de vertige que pouvaient générer ses brillants prédécesseurs. Si son scénario met le son au centre de tout, il n'en fait pratiquement rien à l'image, comme Antonin Baudry dans son sous-film de sous-marin ; il se consacre trop peu à cet aspect-là et de manière très frustrante et pauvre quand il s'y penche rapidement. Oubliez Blow Out, Conversation Secrète et consorts, Yann Gozlan, avec tout le respect que j'ai pour lui, ne pratique pas tout à fait le même art que ses glorieux modèles américains. C'est pas grave hein. Des De Palma, des Coppola, c'est rare, c'est deux ou trois par génération, grand max, comme dans le football. Yann Gozlan est à ces deux-là ce que Camel Meriem est à Zinédine Zidane : un bon joueur de club. Quant il passe à l'action, Gozlan brille encore moins, les quelques scènes où ça bouge un peu, montées à la truelle, manquent cruellement de tension, d'inventivité, et l'on peine à croire en cet homme de bureau qui, quand le scénar le demande, devient un habile plongeur sous-marin au clair de lune, combat des chiens féroces, escalade des portails, s'infiltre tel un grand-maître espion et se dérobe à ses poursuivants, seulement aidé tout le long par ses écoutilles du tonnerre, tel le Sentinel, cette série-télé ridicule qu'aimait tant mon cousin Z'Aurélien (si tu me lis !), passait sur M6 à la fin des années 90 et préfigurait, l'air de rien, tout le cinéma de divertissement du XXIème siècle ! Si l'on ne peut donc enlever à ce film une certaine efficacité, faut-il se contenter de peu pour en dire davantage de bien... 
 
 
Boîte noire de Yann Gozlan avec Pierre Niney, Lou de Laâge et André Dussollier (2021)

2 octobre 2018

Les Incorruptibles

Incroyable mais vrai : je n'avais jamais vu ce film, qui est pourtant un "gros morceau", et je l'ai seulement découvert il y a quelques jours. Je suis dans une période "film de gangsters", j'enchaîne les films de gangsters, qu'ils aient été réalisés par des gangsters ou qu'ils mettent en scène des gangsters. J'ai maté tous les Mocky et même quelques matchs de foot d'équipes entraînées par Rolland Courbis (le Marseille-Montpellier de 98 est entré dans l'Histoire). Les Incorruptibles appartient aux deux catégories à la fois puisque le gros Brian De Palma, le roi des petites combines, est à la barre. Je dois cependant vous avouer que je suis un tantinet déçu. J'ai trouvé ça pas mal... mais c'est tout ! Le film a un peu vieilli. On dit ça de ces films dont les dvds ne tiennent pas le coup, attirent plus la poussière que les autres. C'est généralement une histoire de placement dans la dvdthèque, tout en bas de l'étagère, près des godasses et des chaussettes sales, ou tout en haut, avec les araignées. La musique de Morricone aussi a pris du plomb dans l'aile, et Dieu sait que j'aime Ennio (un type délicieux). Je suis un fan du bonhomme, mais il flirte plus d'une fois avec le mauvais goût, peut-être très peu inspiré par les images de son compatriote... 

Le cas Kevin Costner pose également question. Pourtant je l'aime aussi, littéralement, puisque je le considère comme mon premier amour (j'étais gosse et il avait une classe d'enfer dans les années 90-94). Il m'a ici fait une très drôle d'impression : dans quelques scènes il me paraît un peu mauvais, sa voix dérape sur certaines répliques, on dirait qu'il ne sait pas quoi faire de ses paluches (ce qui est vrai de l'acteur comme de l'homme, d'où les nombreuses mains au cul sur tapis rouge : il n'est pas obsédé sexuel, loin de là, il ne sait juste pas où foutre ses pattes alors il les plaque contre les culs). Bref, Costner manque d'assurance là-dedans, c'est criant. Comme si De Palma pouvait le virer d'une seconde à l'autre. Mais d'un autre côté ça colle parfois pas trop mal à son rôle de flic ripoux et ça l'éloigne des clichés. Une prestation surprenante et intrigante en tout cas, qui est l'un des trucs qui m'a le plus captivé dans cet assez mauvais film. On se situe toutefois dans le haut du panier de la filmographie de De Palma. Sean Connery y est cool aussi, mais ça, c'est inhérent à sa personne, De Palma y est pour que dalle.

Pas un mot sur Robert De Niro, que je n'ai tout simplement pas reconnu.

Nb. Je me suis toujours demandé si le nom du fameux webzine Les Inrockuptibles était dû à ce film, ou si c'était pas l'inverse. Qui de l'œuf ou de la poule... Bref, le genre d'énigme qu'on ne résoudra jamais.


Les Incorruptibles de Brian De Palma avec Kevin Costner, Robert De Niro et Sean Connery (1987)

12 juin 2018

Scarface

Scarface est le film préféré des blaireaux. Pas seulement bien sûr, rangez vos flingues. C'est aussi, certainement, le film préféré de quelques individus respectables. Mais tous les gros blaireaux du monde s'accordent à le placer en haut de leur TOP 10, aux côtés des très bien classés Les Affranchis, Fight Club, American History X, Old Boy, Kill Bill, Inglourious Basterds et surtout The Dark Knight, mais ces deux derniers, ils ne les ont pas vus. Le gros con a du mal à rester concentré si longtemps, il a les posters dans sa chambre et le blu-ray cloué au mur dans l'entrée de son appart mais il est craintif face à la durée de certains de ces films. Il est allé au bout des Affranchis, et c'est déjà beau, mais ne lui demandez pas de s'enfiler les 9 heures du Parrain, qui reste malgré tout une référence absolue non vue. C'est d'ailleurs pour ça que le gros con adore Scarface, c'est parce qu'il n'est jamais allé au bout. Pour lui, le film raconte l’ascension miraculeuse d'un gros fumier au sommet du pouvoir et de la finance américaine. Le tocard de base a loupé la fin et la morale du film où on voit le pur blaireau qui lui sert de héros se vautrer complètement et incarner à lui tout seul la misère humaine dans un retour de flamme sans équivoque. D'ailleurs, le trajet du personnage représente assez bien celui d'Albert Pacino lui-même puisque ce film a marqué une sorte de tournant dans sa carrière. Au sommet avant d'incarner Tony Montana, Pacino n'a plus fait que cabotiner ensuite, et il a chu progressivement.




Bref Scarface est donc le film de chevet de tous les abrutis qui ne l'ont pas vu jusqu'au bout car il est trop long et qui ont pris le personnage du film en exemple, croyant que De Palma leur racontait l'histoire d'un débile parvenu à engranger des milliards et à se payer des putes et de la drogue sans jamais se faire coincer. S'ils n'avaient tenu qu'une heure de plus ils auraient compris que leur idéal est une farce. Quoique, ils n'auraient peut-être pas pigé... A l'image de Frank Ribery, dont c'est évidemment le film fétiche. En réalité, c'est le film favori de toute l'équipe de France 2010 à l'exception de Gourcuff, qui lui préférait Brokeback Mountain et passait du coup pour l'intello à abattre... Toute l'équipe deuf' a préféré rester dans le bus pour mater Scarface plutôt que d'en descendre pour chausser les crampons et monter sur le toit du monde, ce qui achève de prouver la connerie de certains supporters de ce film. Il paraît qu'après la première heure de Scarface Patrice Evra avait prévu de passer Ray à ses copains mais Stéphane Ruffier, nouveau venu dans l'équipe à l'époque, a dit non, et c'est le seul mot qu'il ait prononcé durant le Mondial.


Scarface de Brian De Palma avec Al Pacino et Michelle Pfeiffer (1983)

10 juin 2018

Mission to Mars

Ce film est une relecture de tous les films de martiens. On y apprend que le fameux "visage" de Mars, cette montagne en forme de majeur dressé en direction de la Terre, est en réalité un abri-bus où crèchent des ghosts of mars, des sortes de spermatozoïdes fantomatiques de mars, des fantômes de sperme qui sont en fait à l'origine de la Vie sur Terre, ou comment deux mille ans de christianisme sont étouffés par le gros cul de De Palmas, dont personnellement je préfère la carrière musicale et tout particulièrement son duo avec Claire Keim, dont j'adore les deux disques d'or. A la fin du film on sait d'où vient la vie sur Terre et on se demande du coup quelle est l'origine de la vie sur Mars, mais on ne le saura pas. Tout ce qu'on voit c'est une scène qui normalement te fusille une carrière : celle du fameux morphing fait à l'arrache nous montrant dans l'ordre un moko jeté du bout du doigt par un E.T. tombé de son vélo qui se transforme en plancton dans l'océan, devenant têtard puis dauphin, ensuite alligator, et là, l'animal sort de l'eau, lui poussent des pattes de cygne dont il laisse des empreintes sur le sable, et, s'enfonçant dans la forêt, la bête devient tricératops puis homme de Cro-Magnon et finalement Tim Robbins. Un truc pareil, qui était l'effet à ne pas rater dans tous les docu-fictions d'Arte et de C'est pas sorcier dans les années 80, ça devrait te tenir écarté des plateaux jusqu'à ta mort.


La paume de la main à deux encablures d'Eva Amurri, beau-papa est sur le point de commettre l'irréparable, flirtant littéralement avec la correctionnelle.

En prime, le film est plein d'incohérences. Par exemple, pourquoi se faire chier à envoyer Tim Robbins - soit 2m50 de barbaque - aux confins de l'espace, alors qu'il doit y avoir plein de types moins difficiles à propulser ? Personne n'a dit à De Palma que la taille moyenne d'un employé de la NASA est d'1m50 grand max ? C'est un miscasting regrettable. D'autant plus qu'il affecte un acteur que nous aimons, Tim Robbins, qui en plus d'être littéralement l'un des plus grands acteurs du monde est le type qui a passé la bague au doigt de Susan Sarandon. D'après son ami de toujours et plus fidèle confident Morgan Freeman, Robbins cherche désormais le recours légal pour épouser sa propre belle-fille, Eva Amurri. Freeman confia en toute discrétion au journal USA Today : "Voilà un type qui, lorsqu'il va à une avant-première avec sa femme et sa belle-fille, s'y rend aussi avec 10 kilos de nibards". Toujours d'après son ami Morgan Freeman, "Tim, c'est le lucky guy incarné, et bientôt incarcéré. Il faut savoir que Robbins a engendré avec Sarandon trois mouflets, des grands gaillards comme lui. Aussi, un repas de famille chez les Robbins ça pue. Trois grands cons, quatre avec Tim, tous hauts de 3 mètres et armés d'une perche à leur échelle, à cran devant la demi-sœur et ses deux énormes bouteilles de lait. Quid de qui veut téter sa mère et qui préfère la demi-sœur ?" On imagine en effet Beau-Papa relisant chaque soir le script de The Shawshank Redemption, en français : LES ÉVADÉS, au cas où un membre de la famille craquerait... "Robbins passe chaque jour sous le soleil de Satan, et le soleil est double", raconte encore Morgan Freeman au micro de David Letterman, en précisant "tout ceci reste entre nous". Intarissable sur le sujet, l'acteur ajoute : "Chaque nuit, mon ami pense à des gallons de lait". On le croit sur parole. Pauvre Tim. Deux gallons. Non 4 gallons de lait. Quatre gallons, avec un bidon de 3 et un bidon de 5. Oh putain. 4 gallons ? A chaque fois qu'il ouvre les yeux, le fameux casse-tête chinois de Die Hard 3 se présente à Tim Robbins. L'acteur n'a plus une minute à lui pour tourner des films aux côtés de Morgan Freeman, dont la carrière solo est un bac à merde.




Petit message aux fans de De Palmas : Désolé si nous avons préféré parler des soucis existentiels de Tim Robbins plutôt que de l'énième naveton de De Palmas. Nous savons que nous sommes sévères, sans pitié même, définitifs, mais venez défendre Mission to Mars, nous sommes tout ouïe.


Mission to Mars de Brian De Palma avec Tim Robbins, Gary Sinise et Connie Nielsen (2000)

8 juin 2018

Sisters

Sisters (Sœurs de sang) présente quelques uns des plus grands défauts, assez récurrents, du cinéma de Brian De Palma. Considéré, ou plutôt étudié, comme un pur exercice de style, réécriture plus ou moins ludique du cinéma hitchcockien - la marque de fabrique qui englobe pratiquement l'intégrale du "grand" cinéma de De Palma - le film a son petit intérêt. Petit parce que l'appellation "exercice de style" sied assez mal au cinéaste, en tout cas pour ceux qui comme moi sont allergiques à son style et le considèrent comme un chantre du mauvais goût plus ou moins volontaire et revendiqué, véritable professionnel de la laideur plastique. A ce titre Sisters a la chance d'avoir été réalisé au milieu des bienheureuses années 70 et d'avoir échappé à la plaie du mauvais goût érigé en dogme des années 80, au contraire du malheureux Body Double (les fans du cinéaste qui considèrent ce dernier film comme un chef-d’œuvre infiniment supérieur au finalement mineur Sœurs de sang n'en voudront pas au non-fan dont les goûts merdiques sont assez naturellement à l'opposé), film sans aucun doute plus ambitieux, énième relecture des mythes hitchcockiens peut-être plus riche, mais véritable hideur visuelle pour ceux que l'intertextualité ludique et le prolongement des effets d'Hitchcock ne suffisent pas en tant que tels à fasciner, et qui réagiront en trouvant ça bien pensé mais sans omettre un "Pouah que c'est laid !" de rigueur.




A quoi bon en effet ressasser son petit Hitchcock illustré encore et encore si c'est pour n'en tirer au mieux qu'un joyeux bain de laideur, au pire une reprise insignifiante tournant à vide. C'est tout le jeu post-moderne me direz-vous, mais la post-modernité a eu de meilleurs effets, m'est avis. La critique est cependant un peu dure concernant Sisters, qui n'est pas entièrement raté, même si certains éléments de reprise sont douloureux. Sur le strict plan narratif, c'est surtout la fin du film qui lui porte préjudice. L'histoire est celle d'une jeune québécoise, Danielle Breton (incarnée par une Margot Kidder imitant parfaitement l'accent français) qui participe à un jeu télévisé et y rencontre un jeune new-yorkais, Philip Woode (Lisle Wilson), qu'elle invite chez elle et avec qui, complètement ivre, elle couche aussitôt sur le canapé du salon. Au petit matin, Philip entend Danielle se disputer en français avec sa sœur jumelle, Dominique, dans la chambre jouxtant la salle-de-bain où il s'habille. Après avoir accidentellement renversé un pot de pilules appartenant à Danielle dans la bonde de l'évier, il part acheter un gâteau pour fêter l'anniversaire commun des deux sœurs. Quand il revient, il se fait poignarder par sa conquête de la veille. A moins que ce ne soit par Dominique ? La voisine d'en face, Grace Collier (Jennifer Salt), journaliste d'investigation, aperçoit le crime et appelle la police. Mais quand elle arrive dans l'appartement de Danielle avec les forces de l'ordre, il n'y a trace ni du corps, ni de Dominique.



L'ouverture du film, qui s'opère sous les auspices d'une belle musique ultra hitchcockienne enregistrée par Bernard Hermann, compositeur fétiche du "maître du suspense", nous met face à face avec le gros slip blanc du jeune homme noir en train de se rhabiller dans un vestiaire où pénètre Margot Kidder, aveugle portant canne et lunettes, sur le point de se dévêtir par inadvertance devant cet homme qu'elle ne peut pas voir. L'actrice (du film et de la scène, comme nous le comprendrons très vite), retire son chemiser quand la caméra zoome sur le voyeur. Quelques brèves notes de musique typiques d'un jingle d'émission de télévision accompagne alors un effet visuel en forme de trou de serrure qui vient encadrer le visage du personnage. Très vite un arrêt sur image interrompt la séquence et nous voilà sur un plateau télé, comprenant que la petite scène qui nous a été présentée était tirée d'une vidéo du jeu télévisé Peeping Toms. Heureusement que De Palma dévoile rapidement la mise en abîme parce que le fort disgracieux effet du trou de serrure aurait largement pu passer pour son œuvre. C'est dire combien on s'attend au pire avec De Palma. Mais à sa décharge rien ne fait trop mal aux yeux dans cet assez sobre thriller des années 70.




Aux yeux, peut-être pas, mais à la mémoire et au bon goût, c'est possible. Comme l'annonce l'introduction, le thème du voyeurisme est immédiatement posé. Connaissant un peu De Palma on sait donc déjà qu'on va avoir droit à Fenêtre sur cour. La référence passe assez bien dans la scène du meurtre de Philip Woode, où le cinéaste surprend d'abord avec un plan soudain (façon surgissement de Norman Bates déguisé en femme dans Psychose) de Danielle/Dominique se réveillant d'un sommeil feint avec un visage affreux pour poignarder Philip à la cuisse puis dans la bouche, et emploie ensuite un split-screen assez ingénieux et plutôt efficace pour donner du volume à ses espaces et instaurer une tension entre la scène du meurtre et son observatrice. On regrette davantage la reprise dans cette autre scène plus référentielle encore, bien après le crime, où la journaliste scrute à la jumelle son acolyte parti à la pêche aux preuves chez Danielle qui rentre chez elle entre-temps, tandis que le détective y est encore, le tout observé par Grace Collier, spectatrice impuissante rivée à ses jumelles derrière sa fenêtre. La séquence est une reprise à l'identique de celle où James Stewart surveillait Grace Kelly infiltrée chez le tueur d'en face, mais sans le petit bijou scénaristique de la bague passée au doigt et sans la plus-value chère à Hitchcock du suspense progressif favorisant l'identification et l'implication avec la lente approche du meurtrier qui permet au spectateur (le personnage de James Stewart et le public) d'en savoir plus que l'acteur de la scène. Pour le dire vite, avec, chez De Palma, une mise en scène à électrocardiogramme plat.




On en vient à regretter cette platitude absolue quand De Palma reprend gaiement Psychose. Ça commence quand, après avoir couché avec Philip dans le salon de l'appartement, Danielle va dans sa chambre discuter avec sa sœur dont nous ne voyons que l'ombre figée projetée sur la porte. Philip écoute la dispute des deux jumelles, prononcée par deux voix presque identiques, quand il fait tomber deux pilules rouges posées là par Danielle, qui s'en vont tourner dans l'évier avant de disparaître sous la bonde, motif qui invoque évidemment le sang de Janet Leigh tournoyant avant de s'écouler dans le trou d'évacuation de la baignoire. La référence atteint son comble dans la scène suivante, où Philip Woode est chez un pâtissier et demande à la vendeuse la permission d'utiliser un tube à crème afin d'écrire "Happy Birthday Danielle and Dominique" sur le gâteau qu'il s'apprête à offrir à ses hôtes, et quand De Palma juxtapose alors avec un montage cut très brutal les plans très courts sur la douille à crème rapprochée à intervalles réguliers du gâteau pour y déposer une inscription rouge, et les plans tout aussi brefs sur Danielle qui se contorsionne dans sa grande salle de bain, évidemment toute blanche (comme celle du motel Bates où Marion Crane est assassinée), prise d'une attaque faute de médicaments.




L'idée n'est pas mauvaise en soi mais elle est si vulgairement traitée (ce tube de crème... vraiment ?) qu'elle sombre dans le ridicule. Et que le vulgaire soit voulu ou non ne l'excuse pas longtemps. On peut reconnaître que l'idée de faire surgir Dominique en Danielle (car vous l'aurez compris Danielle est en réalité habitée par le fantôme de sa sœur) en écrivant leurs deux noms côte-à-côte n'est pas si bête (surtout quand on sait ce que le patronyme avait d'important dans l'élaboration du personnage chez Hitchcock, cf. La Mort au trousses et son Roger Thornhill/Georges Kaplan), de même que celle qui consiste par exemple à inverser le processus hitchcockien en substituant au schizophrène de Psychose, venu détruire le personnage-victime de Janet Leigh, une victime imminente (Philip Woode) créant par les mêmes coups répétés le personnage schizophrène de sa future meurtrière... Sauf qu'à l'image on admire une grosse douille à crème qui écrit sur un gâteau, monté en parallèle à une femme qui se tient le ventre en plan d'ensemble, agenouillée au milieu de sa salle de bain. Comme très souvent avec De Palma, c'est malin sur le papier mais la mise en images laisse terriblement sur les dents.




Vu en dehors de toutes considérations intertextuelles (mais est-ce seulement viable avec De Palma ?), le film repose sur une histoire ma foi assez sympathique. Il démarre assez bien et ne se développe pas si mal mais il perd complètement son rythme et son éventuel pouvoir de séduction dès que Grace Collier, la journaliste, est internée par le mari de Danielle, Emil Breton (Bill Finley), sorte de savant fou (amoureux), prêt à tout pour sauver sa femme et l'exorciser du châtiment qui la condamne. Séparée de sa sœur siamoise décédée, Danielle est depuis lors hantée par l'esprit jaloux de cette dernière, qui la pousse au crime (et vise systématiquement avec un objet tranchant les parties génitales de ces messieurs qui tentent de détourner Danielle de leur symbiose familiale). Psychose quand tu nous tiens... Les longs flash-backs générés par le savant et époux de Danielle dans l'esprit d'une Grace Collier hypnotisée, où cette dernière se substitue à Dominique avant la fatidique opération qui consista à séparer les deux sœurs, puis la résolution où la journaliste semble à jamais marquée par les séances d'hypnose du savant qui lui ont fait oublier le crime qu'elle voulait dénoncer, à moins que, désormais liée à Danielle, elle n'ait pris la place de Dominique et refuse de condamner sa sœur, achèvent d'affaiblir le film et de le perdre dans un regrettable marasme de banalité. Mais plus qu'une simple histoire de troubles psychologiques ou qu'un thriller horrifique, le film est avant tout un exercice de réécriture hitchcockienne, la marotte de De Palma, exercice qui se veut ici (et comme souvent, mais pas toujours, et Blow Out en est une preuve) pertinent au départ mais franchement décevant à l'arrivée, ou quand la faiblesse (si ce n'est la laideur) cinématographique découragent de trouver du véritable génie à un pasticheur post-moderne inspiré, brillant, sympathique, mais malheureusement trop souvent vautré dans une laideur inouïe.


Sisters de Brian De Palma avec Margot Kidder, Jennifer Salt, Bill Finley et Lisle Wilson (1973)

5 juin 2018

Mission : Impossible

C'est donc dans ce film qu'un hélicoptère poursuit un TGV dans le tunnel sous la Manche. En 1996 deux nouvelles inventions du génie civil font perdre la tête à De Palma : le TGV et le tunnel sous la Manche. Deux créations que même les Chinois nous ont enviées et qu'ils nous ont achetées au prix fort. De Palma a voulu faire la promotion de ces nouvelles inventions dans ce que Laurent Weil a nommé "le meilleur film d'action qui se déroule dans un tunnel, loin devant Daylight". Cette séquence de haute voltige venait conclure un film d'une lenteur accablante dans un feu d'artifice pyrotechnique de goofs. Tout le monde l'a dit, les trains ne se croisent pas dans le tunnel sous la Manche, contrairement à ce que nous fit croire De Palma. L'autre séquence d'action du film, à peine moins ridicule, c'est évidemment celle où Tom Cruise est suspendu à une corde au-dessus d'un ordinateur, tentant de taper le bon mot de passe pour accéder à sa session Windows 95. La moitié du public rêverait que l'acteur soit nu comme un ver dans la scène, pour voir son étoile noire ou pour que ses couilles chatouillent le bout de son nez (car il est très petit et monté comme un poney), l'autre moitié espère qu'il s'étrangle avec sa corde. A la fin de la scène c'est une goutte de sueur irrépressible qui tombait du front du comédien sur le touchpad de son PC et qui activait le système d'alarme ultra chatouilleux du magasin FNAC Micro où il essayait de tirer du matos Hi-Fi. On était suspendus à une goutte de sueur ! Si à la place de Cruise on avait eu droit à un Ving Rhames pendu par le cul et poussé dans ses derniers retranchements, c'est une cascade de sueur qui se serait déversée sur l'écran de l'iPad tant convoité, car l'acteur souffre d'un hyperhidrose palmaire primaire, ce qui fait qu'il a constamment le front et les aisselles embobinés dans des serviettes.


Jeu d'adresse : sachant qu'Emmanuelle Béart mesure 1,61m et se tient légèrement de biais, tracez une ligne partant du sommet de son crâne et se terminant au sommet du bellâtre sis à droite de la photo. Que remarquez-vous ? La ligne est parfaitement horizontale [surlignez pour voir la solution]

Oui car le grand Ving Rhames était de la partie. Casting 4 étoiles pour ce film faisant la part belle aux français : Tom Cruise, Jean Reno, Jon Voight, Kristin Scott Thomas, Emilio Estévez et Ving Rhames. Mais surtout Emmanuelle Béart. Car c'est aussi dans ce film qu'elle est apparue pour la première fois avec une ventouse à la place de la bouche, très utile tout de même pour sauver le héros Ethan Hunt dans certaines situations périlleuses. Pensant sans doute que ce film allait la propulser au sommet du cinéma ricain, la star s'est crue obligée de se faire démolir la tronche pour ressembler aux idoles de l'époque : Carmen Electra, Pamela Anderson, Julia Roberts ou Sylvester Stallone aka "le Sly". Quel carnage, quels ravages, si son ramage se rapporte à son plumage on est mal. Rappelons aux plus jeunes d'entre nous, qui n'ont peut-être pas appris à bander devant Manon des sources ou Un Cœur en hiver, assis aux côtés de leur tante aveugle, que Manu Béart était facilement parmi les cinq plus belles femmes du monde en ce temps-là. Rappelons à ceux qui n'ont jamais fait le pari avec les potes du bahut d'arriver à tenir les 4h18 de La Belle noiseuse sans débander une seule fois, y compris quand seul le gros Piccoli est à l'image, que la Béart des débuts c'était l'Himalaya.


Ce petit bijou de femme s'asseyait régulièrement sur Daniel Fauteuil en ce temps-là, comme quoi tout est possible dans le football, ne désespérez pas !

Quid de ce gimmick de la série Mission : Impossible : le message informant le héros de sa mission censé s'auto-détruire dans la minute. C'était une bonne idée au départ mais depuis que ma directrice de recherche l'a adoptée pour me faire part de ses commentaires sur mon Mémoire, ça me séduit moins. J'ai donc trois raisons au moins d'en vouloir à De Palma par rapport à ce film. Il va me foutre dedans pour cette année scolaire très coûteuse, il a contribué à exploser le visage d'une idole, et il a aidé à établir Tom Cruise à la tête d'une franchise entièrement dédiée à sa mégalomanie. C'est l'acteur qui choisit toujours le metteur en scène qui lui cirera les pompes sur chaque nouvel épisode de la série. On a donc eu droit à John Woo dans le second volet, avec son lot de vols de pigeons et de ralentis sur des types qui tombent ou qui retirent leurs masques, comme dans tout bon John Woo. On a subi le troisième épisode réalisé par J.J. Abrams, la poule aux œufs d'or des séries télé qui sur le coup s'est un peu planté dans une éternelle redite des mêmes scènes d'action interminables où l'on doit admirer Tom Cruise et ses muscles saillants. Et on vient de subir le quatrième volet où le choix de la star concernant le metteur en scène fut un peu plus audacieux puisqu'il a fait appel à Brad Bird, le réalisateur de Ratatouille, qui réalisait là son premier film avec de vrais acteurs.


Hypnotique...

Tom Cruise choisit aussi ses partenaires dans chaque film. Dans le premier épisode il se contentait de pousser ses camarades hors du cadre afin d'y régner en seul maître. Il y avait quelques plans étonnants où on le voyait littéralement jouer des épaules à la manière d'un Marcel Desailly rudoyant pour sauver un corner. C'était encore timide, la star d'un mètre vingt de haut n'ayant pas le physique de "The Rock", le meilleur pote de Deschamps en défense centrale, pour étaler la concurrence. Avec un type comme Tom Cruise dans la surface de réparation y'a corner à chaque ballon. Et vu sa taille, y a but à chaque corner. Dans le deuxième film il n'y avait plus que Ving Rhames, présent pour respecter un certain quota de blacks et pour faire marrer l'acteur sans lui faire de l'ombre. Dans le troisième épisode, Cruise avait fait table rase de tout l'esprit originel de la série qui consistait à taffer en équipe : l'acteur était absolument seul en scène, parcourant le monde et défonçant des milliards d'ennemis avec la seule aide de son GPS humain, incarné par un Simon Pegg (un acteur comique blond typiquement brittish remarqué dans Hot Fuzz et Shaun of the dead, deux films moisis), pendu à son kit main libres pour guider le héros dans ses courses poursuites. Typique de Tom Cruise que d'essayer par tous les moyens d'être seul sur l'affiche, ne cédant de place que pour un maximum de courtisanes qui, alliées ou ennemies du héros, n'en ont toutes que pour son regard irrésistible et son sourire irrésistible aussi. Et aussi, selon le scénario, que l'acteur a retouché avant le tournage, pour sa teub de "37 cm de long". J'avoue que moi-même j'en pince pour Tommy Cruise depuis Top Gun, devant lequel ma sœur s'envoyait en l'air avec elle-même.


Mission : Impossible de Brian De Palma avec Tom Cruise, Jean Reno et Emmanuelle Béart (1996)