Je vais commencer cette critique en vous avouant un truc peu commun : j'ai un gros faible pour les films de montagne. Je vous fais cette confession sans aucune honte mais j'avoue que je me sens à présent plus léger. Je suis un mordu des films d'alpinisme depuis que, tout gamin, j'ai découvert l'obscur long-métrage intitulé K2 sur Canal +. Faut dire qu'à l'époque, je voulais devenir alpiniste, un rêve sur lequel j'ai dû faire une croix quand, souffrant de vertige et d'abominables maux de crâne, je me suis rendu compte que j'étais incapable de gravir le Pic du Gradail, point culminant du canton d'Alaigne (560 mètres). Mais passons... Je me souviens de ma découverte du film K2 comme si c'était hier. Je devais avoir environ huit balais. C'était un mercredi matin et je profitais de ne pas avoir école pour m'envoyer le film de mon choix. Je m'étais préparé un énorme bol de chocapic en guise de petit-déjeuner, et pour m'accompagner pendant la vision du film. A cette époque, il faut dire que je bouffais des chocapic à chaque repas, d'abord parce que j'adorais ça, mais surtout parce qu'à ce moment-là, dans ma famille, on était un peu ric-rac, alors il n'y avait pas trop le choix... Ah si, je pouvais choisir de n'avoir que du lait, mais comme je disais à mon père pour lui sortir le nez de ses bouteilles à chaque repas : "Quitte à manger, autant ne pas faire que boire"... Enfin bref, revenons au film.

Je débordais donc d'enthousiasme à l'idée de découvrir K2 et je suis littéralement resté scotché face à ce thriller de haute voltige qui retrace l'ascension du deuxième sommet le plus haut du monde, celui réputé comme étant le plus dangereux. Une rumeur transmise de sherpa en sherpa raconte même qu'au pied du K2, un nouveau sommet menaçant de dépasser l'Everest se serait formé à partir de l'accumulation des ossements d'alpinistes disparus ayant tous chuté dans ce qu'on appelait jadis "la fosse aux cons". Une rumeur que je trouve personnellement un peu tirée par les cheveux, mais qui n'a pas manqué de me glacer le sang quand elle est parvenue jusqu'à mes oreilles pour la première fois. Blague à part : j'accuse le peuple sherpa de véhiculer cette légende urbaine terrifiante pour ne plus avoir à se farcir des touristes américains qui se croient chez eux où qu'ils aillent, et pensent pouvoir se payer le premier venu en échange de quelques dollars. Mais ça n'est que mon avis et à cette rumeur d'un goût sinistre, je préfère de loin la blague que deux grimpeurs belges auraient parait-il inventée suite à la mort accidentelle de leur troisième partenaire. Une blague bien connue dans le milieu mais hélas très difficile à retranscrire convenablement à l'écrit. Je vais tout de même m'y risquer. En gros, cela consiste à demander à celui ou celle que l'on veut faire marrer : "Tu connais les derniers mots du premier type qui a tenté d'escalader le K2 ?", l'autre (de préférence quelqu'un qui vous est déjà entièrement acquis - simple conseil amical) étant invité à répondre négativement, on peut ensuite lui déballer la vanne : "En fait, ce type-là essayait d'escalader la face nord du K2 quand son collègue lui a demandé de lui passer la bouteille d'eau, rangée dans son sac à dos. L'autre a répondu : "Tiens attraAAAAAAp !!! ATTRAP', ATTRap', Attrap', attrape', attrap...". L'idée c'est donc de mimer la chute mortelle par un cri flippant ainsi que le terrible écho du malheureux protagoniste de l'histoire. Voilà, c'est une blague qui fonctionne à merveille à l'oral. Là bof, j'avoue ! Bon, trêve de plaisanterie et d'anecdotes en tout genre, revenons au film !
Dans ce film, l'ascension du K2 est un objectif que s'oblige à réaliser un duo d'américains un poil orgueilleux, avide de sensations fortes et, surtout, épris d'une seule et même femme. Profitant de leurs vacances communes, ils ont entre eux conclu un drôle de marché : le premier en haut repartira avec le cœur de la donzelle, et tant pis pour l'autre ! Parmi ces deux grimpeurs chevronnés, on retrouve avec plaisir cet acteur trop rare qu'est devenu Michael Biehn, la seule star du film, figure mythique des années 80, et unique personnage à terminer sur ses deux jambes. Le fait que Michael Biehn soit en tête d'affiche ajouté à la maestria affichée par le metteur en scène quand il s'agit de torcher de grandes scènes d'action et faire monter la tension à son paroxysme m'ont amené à échafauder une théorie toute personnelle : l'étrange nom du réalisateur, "Franc Roddam", serait nul autre que le pseudonyme d'un James Cameron pas spécialement gaga de son film (il aurait bien tort d'ailleurs, c'est Avorton qu'il aurait dû signer sous un autre nom !). Et si K2 est bel et bien l’œuvre du dénommé Franc Roddam, alors cet homme-là a beau être un gros inconnu, il est pour toujours dans mon cœur.

K2 est donc pour moi un très fameux souvenir, et il le restera. A vrai dire, j'aimerais beaucoup le revoir, mais il est très difficile à trouver autrement qu'en VHS, et mon magnétoscope a rendu l'âme le 5 septembre 2004. En outre, je suis à peu près sûr qu'une nouvelle vision de ce film le ferait immédiatement descendre du piédestal sur lequel je l'ai installé depuis tout ce temps. Sans doute pour combler ce manque, je me risque assez régulièrement à essayer d'autres films du genre, en espérant un nouveau coup de cœur. C'est dans cette optique que je me suis récemment envoyé Face nord, dont je vous parlerai très prochainement dans le cadre de ces deux articles consacrés à la haute montagne, cette si agréable destination de vacances, réservée aux plus courageux.
K2, l'ultime défi de Franc Roddam avec Michael Biehn, Matt Craven et Annie Grindlay (1992)