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11 avril 2021

Shadow in the Cloud

Vous vous souvenez de Sils Maria d'Olivier Assayas ? Nope ?... Mais si ! Ce film où Kristen Stewart et Juliette Binoche faisaient de la rando dans les Alpes et allaient admirer les nuages serpenter dans les vallées ! Toujours pas ?! Bref. Dans les méandres métadiscursifs vertigineux issus du cerveau dérangé d'Assayas, Chloë Grace Moretz incarnait une starlette hollywoodienne en plein boom, sur le point de jouer dans un film d'auteur européen aux côtés de notre Juliette Binoche nationale. Cette dernière, pour mieux connaître sa future partenaire, allait voir par curiosité l'un de ses derniers films en salle. Elle découvrait alors, stupéfaite et hilare, une caricature de blockbuster américain : un film de SF abscons, décérébré et grotesque dont elle ne comprenait strictement rien, où la jeune vedette jouait (fort mal) une héroïne à laquelle rien ne résistait. Eh bien Shadow in the Cloud, c'est un peu ça. La prophétie du devin Assayas, qui ne prenait certes pas un très grand risque en imaginant son actrice dans ce genre de productions, s'est réalisée. La réalité a rejoint la fiction. Ou plutôt, les deux fictions ont fait corps, les étoiles se sont parfaitement alignées dans ce que l'on nommera dorénavant l'Olivier Assayas Universe.



 
Shadow in the Cloud est donc l'amusante parodie d'Assayas, à quelques détails près... Il ne s'agit pas d'un infâme blockbuster US au budget faramineux mais d'une plus modeste production en grande partie néo-zélandaise. C'est une série B dont la sortie n'a pas pu se faire en fanfare dans nos salles, en raison du contexte sanitaire, et qui a plus logiquement fini sa course sur ces plateformes VOD auxquelles elle semblait destinée. C'est enfin un véhicule pour sa jeune actrice blonde, jusqu'à présent plus souvent cantonnée aux rôles d'adolescentes, qui lui permet d'affirmer sa maturité et sa féminité en incarnant une véritable héroïne de films d'action : une aviatrice qui n'a pas froid aux yeux doublée d'une mère désireuse de sauver la vie de son bébé, envers et contre tous.

 

 
Le scénario, au sous-texte féministe brouillon qui le rend à peine sympatoche, est un foutoir complet. Bavard à un point agaçant dans sa trop longue première partie, il accumule ensuite les incohérences et les absurdités. Évidemment, la vraisemblance n'est pas ce que l'on attend d'un tel film, où une hideuse bestiole ailée et griffue s'en prend à un avion de chasse en pleine Deuxième Guerre Mondiale. Mais il est tout de même déconcertant de voir les réactions, ou plutôt l'absence de réaction et du moindre étonnement, des uns et des autres à la vue de cette vilaine chose agressive qu'ils prennent pour un gremlin en raison de cette légende, soutenue par les spots de propagande de l'époque (l'un des plus connus ouvre d'ailleurs le film), qui attribuait les avaries de l'aéronautique militaire des Alliés aux méfaits de ces créatures imaginaires et malfaisantes (une légende déjà exploitée dans un épisode mémorable de la série La Quatrième dimension, Cauchemar à 20 000 pieds).


 
 
Mais si on a la curieuse impression que le scénar a été écrit en mode cadavre exquis lors d'une soirée trop arrosée (ou pas assez...), c'est peut-être parce qu'il a connu une gestation très particulière. Le maudit texte est passé de mains en mains après une première version signée Max Landis (fils de John), accusé entre temps par plusieurs femmes de harcèlements sexuels répétés (père et fils cumulant à eux deux un beau CV). C'est finalement Roseanne Liang, aussi à la réalisation, qui y a apporté la touche finale, révisant tout le récit à la lueur du casier judiciaire de son premier auteur, faisant de son film un réquisitoire à peine déguisé contre la masculinité toxique. La démarche est honorable, l'intention est bonne, mais le trait est hélas trop lourd, maladroit et force est de constater qu'à l'écran, cela ne fonctionne pas complètement. On a pigé la métaphore, on a compris où réside la véritable monstruosité et contre quoi il est le plus important de lutter, mais ça n'est pas brillant pour autant, loin de là. 
 

 
 
Admettons cependant qu'il est plutôt plaisant de voir la frêle Chloë Moretz donner une leçon à ses compagnons d'infortune, à la virilité mise à mal, avant d'administrer une terrible rouste au pauvre gremlin qui, en plus des ennemis de l'Axe, leur menait jusque-là la vie dure. Une créature disgracieuse que nous prendrions presque en pitié quand, à la toute fin du film, notre impitoyable héroïne la défonce sans sommation après l'avoir trainée dans la boue en la tirant par la queue : une vraie humiliation. Aussi, le film a un rythme trépidant et nous réserve sont lot de situations tellement too much qu'elles en deviennent captivantes : il faut voir Moretz accomplir des acrobaties aériennes impossibles en portant en bandoulière l'espèce de cartable contenant son bébé (un cartable qui devrait déborder de rejets corporels en tout genre...). La BO très électro qui, pour le meilleur, ressemble à un hommage trop appuyé à John Carpenter et, pour le pire, à un pur instrument de torture auditive, apporte également son petit charme à l'ensemble. Mais ne vous y trompez pas, si Shadow in the Cloud est une toute petite chose amusante comme il en sort finalement pas tant que ça, ça ne vaut vraiment pas cher et je ne vous le recommande pour rien au monde. 
 
 
Shadow in the Cloud de Roseanne Liang avec Chloë Grace Moretz et des guignols (2020)

2 mai 2020

Underwater

Un petit groupe de personnes travaillant pour une entreprise de forage sous-marin se retrouve pris au piège dans la fosse des Mariannes suite à ce qu'ils pensent être un séisme. A plus de 10km sous la surface, ils devront tout faire pour survivre et vont vite découvrir qu'ils ne sont pas tout à fait seuls : ils ont réveillé des saloperies qui croupissaient là, au fin fond de la croûte terrestre. Mon résumé est presque trop long compte tenu de la minceur du scénario d'un film dont la principale qualité est d'être très à l'aise avec son modeste statut et ses ambitions limitées. William Eubank ne prétend pas révolutionner le genre, simplement nous proposer un survival horrifique efficace, et il y parvient plutôt bien. Underwater a aussi le bon goût d'être assez court, même pas 90 minutes, et de nous plonger d'emblée dans le vif du sujet. Kristen Stewart a tout juste le temps de prononcer quelques mots en voix off et de finir de se brosser les dents que sa station prend l'eau de toutes parts et qu'elle doit absolument fuir pour sa survie. C'est donc tout de suite la grosse panique. Pas d'exposition lourdaude, aucun temps mort. Pendant grosso modo une heure, Underwater nous scotche comme il faut et nous agace seulement lors des quelques répliques lourdingues de l'inévitable boute-en-train de la bande, que l'on attend seulement de voir mourir.




William Eubank joue habilement avec nos peurs primaires, celles du noir, du vide, de l'inconnu, assume les références (jusqu'à son héroïne forcément appelée à se balader en petite culotte), sans en faire grand cas, et insuffle à son film un rythme qui faiblit rarement, nous surprenant parfois agréablement par un montage qui va à l'essentiel. Pendant donc une heure, en comptant large... Car, après une petite parenthèse difficilement compréhensible durant laquelle Kristen Stewart prend notamment une douche et pleure rapidement la mort du capitaine Vincent Cassel, le film finit par perdre un peu de son énergie et par prendre une direction toute tracée, trop convenue. Le survival tendu laisse place à un film de monstres plus banal, aux jump scares trop réguliers, et dont les créatures sont décevantes. Le pire étant quand le réalisateur décide de s'intéresser enfin à ses deux survivantes et tente, avec pas mal de retard, de les faire un brin exister via des échanges inintéressants et tout à fait improbables dans un tel contexte.




Underwater regagne un peu d'intérêt dans ses dernières minutes, quand Eubank (définitivement pas un nom de star...) convoque vaguement l'imaginaire lovecraftien, se limitant là encore à l'essentiel. On ne lui en voudra pas de résumer Cthulhu en un énorme monstre sous-marin, le résultat à l'écran étant plutôt satisfaisant. Les effets spéciaux sont assez réussis et nous poussent à essayer d'imaginer l'immensité de la chose que l'on devine à peine. A condition d'ignorer le pénible générique final et sa musique dégueulasse, ces ultimes images nous laissent donc sur une note positive et nous invitent à retenir les modestes qualités de ce petit film ma foi pas désagréable dont le plus gros souci est sans doute d'avoir coûté entre 50 et 80 millions de dollars (selon Wikipédia, peut-être bien plus en réalité). Avec un peu d'astuce, il aurait pu en coûter trois fois moins, être facilement rentabilisé et ainsi moins donner le bâton pour se faire déglinguer par ceux qui y ont d'abord vu un énième film de monstre bas du front.


Underwater de William Eubank avec Kristen Stewart, Vincent Cassel et Jessica Henwick (2020)

4 décembre 2018

Certaines femmes

Kelly Reichardt continue son petit bonhomme de chemin, en nous emportant dans son sillage. Certain Women réunit un casting d'exception, la fine fleur du cinéma indépendant américain : Kristen Stewart, Laura Dern, Michelle Williams. Ces actrices sont toutes passées par les douleurs du cinéma hollywoodien à grand spectacle et se blottissent l'une contre l'autre sous le bras bienveillant de la papesse du cinéma indépendant US actuel. Nous avons vu ce film il y a dix mois, et nous n'avons aucune envie irrépressible de le revoir, mais à la sortie de la séance, nous affirmions sans ciller avoir vu un grand film, à la hauteur de l'estime que nous portons depuis ses débuts à la cinéaste. Depuis, il y a eu de nombreux débats au sein de la réaction (c'est-à-dire entre nous deux, entre quatre yeux et deux murs), quant à la vraie valeur de ce film. L'un de nous a cru clore le débat en demandant tout haut quelle eût été notre réaction face au même film réalisé par David Gordon Green (ce fumier qui, entre nous soit dit, serait totalement infoutu de tourner ce film, n'étant du reste capable que de chier des merdes). Or, on ne s'en tirera pas comme ça, Certain Women est un film de Kelly Reichardt et de personne d'autre. Elle a quand même une sacrée patte, une pasta con leche.





Certain Women est à ranger dans la catégorie des films à sketchs, même si le terme "sketch", habituellement relié à l'idée d'humour, n'est pas tellement de mise. Nous suivons trois histoires, quatre femmes, cinq répliques (film peu bavard). Nous avons vraiment adoré ce film sur le coup. A nos yeux, Kelly Reichardt est une très grande cinéaste, digne de tous les éloges. Les actrices du film sont irréprochables, extrêmement douées pour donner vie à quatre très beaux personnages, bien travaillés, bien écrits : de beaux portraits de femmes. Mais dix mois après c'est un peu le trou noir, et on en vient à douter de la qualité intrinsèque du film quand il ne nous en reste pas grand chose, rien qui donne envie d'en parler, de le raconter, d'écrire dessus... Là, tout de suite, on ne le reverrait pour rien au monde. Si on nous proposait de passer la soirée devant ou de choper une gastro fulgurante pour passer deux heures sur le bidet à gerber, on répondrait peut-être qu'une petite purge nous ferait le plus grand bien... Ars longa vita brevis. On a déjà donné. Bravo quand même. Superbe film. Merci Richard. Courez le voir.


Certain Women (Certaines femmes) de Kelly Reichard avec Laura Dern, Kristen Stewart, Michelle Williams et Lily Gladstone (2017)

25 novembre 2017

Un Jour dans la vie de Billy Lynn

Ang Lee, dont la filmographie ne m'avait jusqu'alors jamais vraiment attiré, vient de me surprendre très agréablement : il a sans doute signé, dans l'indifférence générale, le plus grand film américain sur la guerre en Irak. Une guerre qui, il est vrai, n'avait pas été spécialement gâtée par le septième art, malgré la légendaire réactivité d'Hollywood qui, via des réalisateurs divers et variés, a très vite accouché d'une tripotée de drames intimistes tiédasses (tels The Messenger ou Grace is Gone), de pamphlets engagés lourdingues (comme par exemple Dans la vallée d'Elah de Paul Haggis) ou tout simplement de publicités à peine déguisées au patriotisme insupportable (l'abject Du Sang et des larmes de Peter Berg avec Mark Wahlberg, voire l'hagiographie douteuse signée Clint Eastwood de l'American Sniper, Chris Kyle).




Le cinéaste taïwanais expatrié aux Etats-Unis s'est quant à lui emparé du sujet avec une intelligence et une habileté remarquables en choisissant de nous raconter le bref retour aux pays d'un soldat honoré pour avoir porté secours à son sergent lors d'une bataille en Irak. Billy Lynn (Joe Alwyn) et sa bande sont réquisitionnés pour apparaître lors du grand spectacle de la mi-temps du Superbowl où l'héroïsme américain sera glorifié sous les hourras du public, au beau milieu des feux d'artifices et des déhanchements des Destiny's Child. Une journée au programme bien chargé durant laquelle le jeune homme revivra des moments traumatisants vécus en Irak et des scènes familiales, notamment auprès de sa sœur (Kristen Stewart) qui insiste pour qu'il ne reparte pas au front.




Ces différents flashbacks se fondent toujours merveilleusement bien dans le récit, Ang Lee usant d'effets visuels très simples et toujours à-propos. Son film, qui paraît nous raconter une petite parenthèse dans la vie du soldat, ce bref retour glorieux en Amérique, nous raconte donc infiniment plus. Le cinéaste parvient de façon étonnante à traiter de sujets très délicats et lourds (le traumatisme des soldats, la médiatisation et l'instrumentalisation de la guerre par le gouvernement américain, les différentes motivations de cette guerre, les décalages entre la perception des soldats et la vision qu'on vise à donner au peuple, etc), sans jamais épargner ses jeunes personnages, qui prennent réellement vie à l'écran et dans lesquels nous croyons immédiatement. Ça relève presque du miracle !




Billy Lynn a été tourné en 4K, en 3D et en 120 images par secondes par un réalisateur toujours au faite des dernières innovations. Quand on le découvre sur sa télé dans des conditions optimales, ça donne simplement une image très claire, lumineuse, riche en détails, vivante, quasi palpable. Mais c'est évidemment la mise en scène d'Ang Lee qui fait toute la différence et nous plonge avec talent dans cette journée si particulière et ces souvenirs douloureux. Le cinéaste apparaît ici complètement inspiré par son scénario, en pleine possession de ses moyens ; sa mise en scène est maîtrisée de bout en bout, virtuose. Elle accompagne parfaitement son discours et atteste de ce regard d'une rare intelligence et d'une grande acuité qu'il porte sur l'Amérique. Le film est limpide, d'une fluidité exceptionnelle, tout coule naturellement, tout s'enchaîne superbement. Le climax attendu, correspondant à ladite mi-temps très spectaculaire au milieu du stade durant laquelle le soldat revit par bribes l'affrontement en Irak, produit un effet terrible et s'impose facilement comme l'un des plus grands moments de cinéma de l'année.




Les acteurs sont tous irréprochables. Le casting, révélateur d'un savoir-faire digne d'un Spielberg des grands jours, nous propose une réunion savamment dosée d'inconnus projetés au premier plan, de stars en embuscade et de revenants oubliés. Joe Alwyn, pour la première fois au cinéma, est très bien choisi en Billy Lynn. Son visage juvénile et son regard énigmatique parviennent à exprimer toute la complexité et l’ambiguïté des situations qu'il traverse malgré lui. Les fans de Vin Diesel seront ravis de retrouver la vedette musclée dans un rôle de sergent qui lui va comme un gant et dans un film un brin plus malin qu'à l'accoutumée. Kristen Stewart apparaît quant à elle assez peu à l'écran mais ça fait toujours plaisir de la croiser et ce nouveau rôle est encore une preuve de toute son intelligence pour gérer sa carrière avec cohérence et choisir judicieusement dans quoi elle tourne. Du côté des revenants, on retrouve Chris Tucker qui fait sa part du job dans le rôle d'un agent constamment au téléphone, et surtout Steve Martin, à contre-emploi, parfait et glaçant en hommes d'affaire méprisable.




Qu'un tel film ait pu être traité ainsi au moment de sa sortie est d'une tristesse infinie. Qu'il n'ait pas plu outre-Atlantique, là où American Sniper a battu tous les records, est d'une désolante logique, quand bien même les "critiques" (si on peut parler de critiques là-bas, étant donné le niveau...) auraient dû essayer de faire leur possible pour mettre en lumière ce film. Mais il est encore plus dommage qu'en France, le long métrage d'Ang Lee ait seulement pu bénéficier d'une cruelle sortie technique. Il faut dire que le même jour, déboulait en salles le nouveau Dany Boon... Bien heureusement, gageons que le temps saura rendre justice à Ang Lee et remettre son oeuvre à sa vraie place. Car Un Jour dans la vie de Billy Lynn est un grand film, digne de tous les honneurs.


Un Jour dans la vie de Billy Lynn d'Ang Lee avec Joe Alwyn, Garrett Hedlund, Vin Diesel, Steve Martin et Kristen Stewart (2017)

22 décembre 2016

Personal Shopper

Heureux lauréat du prix de la mise en scène à Cannes cette année (notre édito cannois du 26 mai était peut-être plus juste qu'on ne croyait), Olivier Assayas poursuit de front l'échafaudage d'une filmographie cohérente et l'exploration de nouveaux territoires cinématographiques. La première scène du film, où Kristen Stewart entre seule dans une vieille maison de famille abandonnée, commence par nous rappeler L'Heure d'été ou L'Eau Froide (comme, plus loin, les déambulations de l'héroïne en scooter dans Paris évoquent celles de Maggie Cheung dans Irma Vep ou Clean), mais le cinéaste s'ouvre dans le même temps à autre chose, à travers ce long travelling de suivi, en plan-séquence, dans les couloirs sombres de la demeure : via et au-delà du clin d'oeil à Shining, il entre dans le genre fantastique.




Et Assayas se frotte au genre sans fausse pudeur, osant à tout va en flirtant avec les limites, toujours sur le fil. Personal Shopper est un film de fantômes. De façon littérale mais aussi sur un mode plus métaphorique. Maureen (Kristen Stewart), le personnage principal, est chargée de vivre à la place de Kyra, la célébrité pour laquelle elle fait des achats idiots toute la journée, choisissant des tenues à sa place, parlant pour elle et servant occasionnellement de doublure corps, d'incarnation, pour essayer les futures robes de la star fantomatique, pour ainsi dire invisible, inaccessible. Autre fantôme (hormis Maureen elle-même, qui n'a guère de contact avec les autres et hante, passagère et discrète, son propre appartement), l'ami vivant à l'étranger, qui n'apparaît que par écrans interposés, dont le corps et la voix sont dilués dans un amas de pixels fluctuants et d'interférences.




La beauté du film tient dans sa manière de confronter le fantastique le plus éternel (Assayas convoque Hugo faisant tourner les tables à Jersey et n'hésite pas à user d'effets spéciaux assez prosaïques, mais qui n'en sont que plus réussis) à notre monde ultra contemporain, quitte à également marier deux genres (le thriller se taillant une bonne place dans l'intrigue). Assayas rejoue les interrogations obsessionnelles d'un Maupassant, maître français du genre qui, dans ses contes fantastiques (Lettre d'un fou, Le Horla, Un fou ?, etc.), dont les personnages étaient en proie à l'inexplicable, marquait régulièrement une pause, plus ou moins longue (Lettre d'un fou y est presque toute entière consacrée), vouée à disserter sur la pauvreté et l'insuffisance des cinq sens et des connaissances humaines dans l'appréhension des phénomènes qui nous entourent.




Mais évidemment ces questionnements sont redoublés depuis que l'humain est augmenté de facultés nouvelles et de sens artificiels, principalement grâce aux nouvelles technologies : le savoir quasi-infini à portée de clic, la vision et la communication à distance, le don d'ubiquité, la capacité à se situer dans l'espace, etc. C'est cet être humain-là que le film met face au surnaturel, au mystère, requestionnant le genre fantastique un peu comme Pascale Ferran, il y a deux ans, avec la même audace, la même prise de risque, le fit avec le merveilleux dans Bird People. D'un côté, l'oiseau perché sur l'escalier roulant de l'aéroport, de l'autre, un ascenseur et des portes automatiques qui réagissent à l'invisible, et de part et d'autre l'omniprésence des écrans (d'ordinateur et de téléphone ; et là aussi Assayas tire sur la corde, sans la rompre). En travaillant les procédés de mise en scène les plus simples et les plus inépuisables, la profondeur de champ (dans la scène du verre brisé par exemple, où apparaît brièvement Anders Danielsen Lie) ou le hors-champ (dans l'ultime séquence, la plus glissante du film, qui montre bien que le cinéaste joue jusqu'au bout à se faire peur), Olivier Assayas signe un très beau film fantastique aux prises avec son époque.


Personal Shopper d'Olivier Assayas avec Kristen Stewart, Anders Danielsen Lie et Nora von Waldstätten (2016)

7 octobre 2016

Café Society

Le énième passager de la filmographie Allen... Bon ça se regarde, mais ce n'est vraiment pas intéressant. Il s'agit d'un vaudeville à la noix : Kristen Stewart, guère à l'honneur, trouve un rôle très mal écrit sur lequel il est bien difficile de projeter quoi que ce soit : Vonnie, de son prénom, la jeune secrétaire d'un grand producteur de cinéma hollywoodien, est tiraillée entre ledit producteur (Steve Carell, totalement éteint), et un jeune juif new-yorkais, neveu dudit producteur (Jesse Eisenberg, qui n'a pas à se forcer beaucoup pour parvenir à parler aussi vite que Woody himself), fraîchement débarqué sur la côte ouest pour obtenir de son tonton Scefo quelques faveurs : un job de grouillot. Le problème, c'est que si l'on cerne assez rapidement les deux hommes de l'histoire, le producteur fou amoureux de sa secrétaire mais incapable de quitter sa femme et son neveu fou amoureux itou de la jolie Vonnie, il est plus difficile en revanche de bien comprendre le personnage féminin : ni vraiment vénale, ni vraiment sentimentale... Elle n'est finalement rien, sans intérêt, comme le film.




Sans intérêt mais suffisamment prenant pour qu'on aille au bout, car Woody, à défaut de livrer une mise en scène digne de ce nom ou d'éviter les gros clichetons et les lumières ultra artificielles fort à propos mais bien balourdes, a encore un vague sens du rythme. Sauf que c'est là que survient l'autre grand problème du projet : le cinéaste mélomane bien bigleux se fait un plaisir de rythmer son long métrage en foutant de la musique partout. Et quand je dis partout, c'est partout. Il n'est pas une seconde de ce film qui ne laisse entendre en fond un morceau de jazz endiablé avec clarinette de jobastre et clavecin survolté de rigueur. C'est constant, et franchement épuisant. Pourtant Dieu sait que je suis un grand fan de jazz (mot qu'il faut prononcer "yazz", et surtout pas "djazz", contrairement à une idée reçue, et contrairement au nom de famille de Michel Jonasz, grand yazziste devant l'éternel, qu'il faut quant à lui prononcer "Djonass", ou à la rigueur "Yonaz").


Café Society de Woody Allen avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart et Steve Carell (2016)

15 décembre 2015

American Ultra

Qu'ont-ils voulu faire ? Mais qu'ont-ils voulu faire ? C'est la question qu'on se pose pendant les vingt premières minutes, avant de baisser les armes et de laisser le film mourir en silence, seulement accrochés de temps à autres par la silhouette de Kristen Stewart. Déjà, nous, on s'attendait plutôt à une comédie du genre Apatow. Donc on s'attendait à rire. Puis une illumination nous a fait comprendre qu'il s'agissait d'un stoner movie. Un de ces films qui misent tout sur l'état de défonce avancé de sa poignée de spectateurs. Il faut à tout prix voir ça complètement foncedé. Or, nous étions clean, propres comme un sou neuf, lucides, pas un gramme de substance pathogène dans notre sang, seulement des tas de Cheerios pour remplacer nos globules blancs (déficience en fer oblige). Cet état de salubrité publique nous a amenés à être extrêmement choqués durant ces scènes d'action très nombreuses qui se veulent extrêmement violentes et sanglantes. Pourquoi ? S'agit-il là encore d'un spectacle susceptible de faire triper des gens déjà bien entamés ? Nous n'avons pas compris. Voir un crâne s'éclater contre un mur et de grosses gerbes de sang fuser de tous côtés ne nous fait pas rire, ni d'Eve ni d'Adam. Ultime remarque : c'est environ la quatrième collaboration en date de Jesse Eisenberg et Kristen Stewart, deux acteurs que l'on a connus plus inspirés dans leurs choix de carrière. Que s'imaginent-ils ? Peut-être croient-ils former l'équivalent contemporain de Bogart/Chazal... Ce n'est pas le cas ! Grosse, grosse, grosse incompréhension sur ce film.




American Ultra de Nima Nourizadeh avec Jesse Eisenberg et Kristen Stewart (2015)

12 novembre 2012

Twilight - Chapitre 1 : Fascination

Quand nous est venue à l'esprit l'idée de s'attaquer à un Twilight Zone, on a hésité entre les épisodes "Hésitation", "Fascination", "Pénétration", "Temptation", "Damnation", "Rétractation", "Ablation" et "Avion". N'en ayant vu aucun, on a finalement choisi le premier de la série, celui dont l'affiche présente les acteurs à la sortie de leur dixième anniversaire. L'un des couples les plus en vue d'Hollywood devait se former devant le regard attendri d'un public moderne et averti ne s'étonnant plus qu'on puisse baiser comme des bêtes en étant encore enfant et quitte à présenter une demi-molle à une zézette timorée, une dame-pipi ne servant encore qu'à faire précisément pipi. Robert Pattinson et Kristen Stewart, choisis après un casting à la sauvage dans les écoles américaines, seraient donc les ganaches de demain.

Le premier, Bob Pattinson, aperçu en cours d'EPS par Catherine Hardwicke, la réalisatrice du film, grâce à un saut de cabri sur un cheval d'arçon, saut gigantesque fini étalé sur le mur, présentait dès le départ une tronche bien spéciale qui lui permet aujourd'hui de remplir la limousine de Cronenberg dans Cosmopolis comme de côtoyer les plus grands éléphants dans De l'eau pour les éléphants. Quand il a passé le BSR, Pattinson a commis la lourde erreur de se présenter sans casque à l'examen, faute éliminatoire d'office d'habitude (un deux roues = un casque et deux phares éclairés la nuit ; ce sont les seules règles du BSR, une fois qu'on les respecte on peut faire le malade sur l'autoroute sans problème), mais l'examinateur l'a laissé conduire en lui indiquant ses sourcils et en lui disant : "Quant t'as des protections pareilles au-dessus du casque, pas la peine d'en porter !" La seconde, Kristen Stewart, réputée dans tout son bahut pour être la fille au visage le plus droit et à la peau la moins problématique de l'assemblée, et donc le fantasme number one de tous ses petits camarades, mecs ou femmes, s'est également faite repérer en cours de sport, où elle était la seule ravie de porter sa tenue idoine, ce petit shorty lui rentrant dans le derrière et surplombant des jambes rendues uniques par la peau la plus pure qu'on puisse imaginer, une peau de bébé mais même d'avant la naissance, une peau de fœtus, translucide, dégageant une odeur très forte mais de rosée du matin, terriblement agréable pour les hommes et tous les animaux planqués à proximité du lycée (on parle de vraies bestioles, pas de gros malades, et notamment ces vieux chiens qui rôdent toujours autour des aires de lancer de javelots, friands de rapporter un bâton mais à deux encablures de le recevoir entre les deux yeux, qu'on s'amuse à viser en poussant de petits cris aigus au moment de lâcher le projectile, espérant toucher notre cible et le regrettant pourtant aussitôt).




C'est en tournant dans Twilight Chapitre 1, le digne descendant de Buffy contre les Wampas et de son spin off Angel, que ces deux fanfarons sont inévitablement tombés amoureux et se sont promis de s'aimer pour toujours jusqu'à ce qu'une autre queue pointe le bout de son nez. En l'occurrence celle de Rupert Sanders, dit "le profiteur", réalisateur de Blanche-neige et le chasse-neige, dans lequel Kristen Stewart jouait Blanche Neige. Rupert Sanders n'hésita pas à faire passer Robert Pattinson pour un guignol en innovant sur quelques positions du kama-sutra, dont certaines ont fait le tour du monde après avoir été exécutées devant un parterre de pizzaïolos (c'était une partie du "deal" soumis à une Kristen Stewart ravie et prête à reprocher à son ex de ne jamais lui avoir proposé un tel trip). L'actrice aurait même envoyé un mail à son ancien compagnon pour lui dire que dans sa nouvelle relation avec Rupert elle avait davantage sucé de sang qu'en 25 chapitres de Twilight à ses côtés, et qu'elle avait été ravie d'apprendre que ces "choses"-là pouvaient non seulement se décalotter mais aussi doubler de volume en prenant une teinte rouge écarlate (sans omettre en PS de préciser : "Check your booty").




Catherine Hardwicke, la réalisatrice, a su remettre le vampire au goût du jour en adaptant la saga familiale de J.K. Rowlings, revue et corrigée à la sauce samouraï. L'histoire est d'une originalité frappadingue : Isabelle Swan, 12 ans, déménage dans le Comté de Grimbo en Alabama. Dans son nouveau lycée, elle craque pour le leader de la bande des gothiques, Edward Cullen, l'enculé de service aux yeux de tout le reste de sa promotion. DST de maths, devoir sur table de mathématiques, qui devient vite devoir sous table quand Ed Cullen doit former un binôme avec la petite Swan. Se rendant compte que son nouveau boyfriend rate tous les cours ayant lieu en journée et qu'il a déjà pris feu au niveau de ses sandales en traçant du lycée à 8h du mat' sur son vélo B-twin, Isabella Swan commence à pifer le truc, notamment quand elle découvre que son chéri n'a pas de reflet dans les miroirs tendus sous son nez, qu'il fuit l'aïoli comme la peste (même s'il n'est jamais là à l'heure du Self, mais c'est une déduction logique de la petite Isabella), qu'il a défenestré une vieille prof de français arborant un crucifix en pendentif, qu'il n'a pas pu s'empêcher en cours d'SVT de croquer une grenouille vivante et qu'il a une couleur de peau faisant passer Marylin Manson pour un Black Panther. L'héroïne commence à se dire qu'il y a anguille sous roche et que le bel Edward est une goule. Du fait de sa scolarité chaotique, le CPE du lycée décide de placer Eddy en tutorat, une aide aux devoirs réservée aux plus gros cancres du bahut qui consiste à leur adjoindre le plus balèze de la classe (technique qui s'avère désastreuse puisque les deux finissent au ras des pâquerettes, au sens propre comme au figuré, remember notre petit topo sur ce phénomène à l'occasion de la critique de Poltergeist). Le binôme du DST maudit et plein de MST qui s'en tira avec un beau 3 sur 20 se reforme ainsi au grand bonheur de Swan qui aura l'occasion de découvrir l'antre d'Edward Culoden en lui proposant des cours du soir. Lors d'un rapport non-protégé, Swan devient Nosferatu et découvre le petit monde de la nuit de Narnia.


Twilight - Chapitre 1 : Fascination de Catherine Hardwicke avec Robert Pattinson et Kristen Stewart (2009)

19 février 2011

The Messenger

The Messenger est un énième film américain sur la guerre en Irak, cette fois-ci vécue depuis l'intérieur, par deux soldats chargés d'aller informer les familles de la mort de leur proche. Ces deux soldats sont incarnés par Ben Foster, un acteur à gueule de rat que l'on voit de plus en plus dans des premiers rôles alors que son faciès repoussant l'avait jusque-là cantonné aux personnages de traîtres et de méchants en tout genre, et Woody Harrelson, qui nous sort donc un grand numéro d'acteur, dans son rôle de vieux soldat sans cœur qui en a vu d'autres mais qui se découvre de nouvelles sensibilités aux côtés de son jeune loup moins aguerri. Ben Foster est le fils illégitime de Jodie Foster et de Splinter le maître-rat des tortues ninja. Il arrive à s'envoyer les pires salopes parce qu'il a acquis, grâce à son père et à ses frères de lait Leonardo, Raphael, Michelangelo et Donatello une parfaite connaissance du monde underground. A son tableau de chasse, Kirsten Dunst, Kristen Stewart et Ellen Page, ce qui lui a valu un "Limite !" de la part de son père quand il a été mis au courant, vu la juvénilité de ces deux dernières conquêtes, imaginez un rat de taille humaine vous tancer car vous franchissez la ligne jaune du détournement de mineur...




Pour en revenir au film, il paraît bien long, mais il se laisse tout de même regarder. Ce qu'il y a de plus captivant, ce sont les histoires que l'on devine à peine lorsque nos deux personnages vont annoncer les sales nouvelles chez les familles qui viennent de perdre l'un des leurs. Toutes ces scènes où l'on rentre à peine chez elles, dans leur intimité, pour en ressortir aussitôt. Hélas, ces moments sont quasi systématiquement filmés caméra au poing, avec petits mouvements parfois assez disgracieux pour capter la tristesse de ces familles endeuillées, et c'est assez dommage... A part ça, ce que vit le jeune soldat campé par Ben Foster, tiraillé entre une première meuf dont il était amoureux qui va se marier avec un autre et une seconde meuf moche dont il a annoncé la mort de son gars et qui voit en lui une source de réconfort, on s'en cogne pas mal. Du coup je l'ai maté d'un oeil en vitesse lente parce que je matais Les Petits mouchoirs de l'autre œil en vitesse rapide sur mon netbook premier cri ! Et pourtant, j'en viens à dire que c'est pas trop mal. Je l'ai pas vu en vitesse réelle, et je dis que c'est pas mal ! C'est dire où en est mon indulgence envers les gros mélos hollywoodiens...


The Messenger d'Oren Moverman avec Ben Foster, Woody Harrelson et Jena Malone (2009)