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7 janvier 2021

La Ville gronde / La Brigade du Texas

Les deux films dont il est question ici n'ont pas grand chose en commun sinon qu'ils traitent du même sujet : la quête du succès politique par des justiciers sans scrupules brandissant le spectre de la peur pour se faire élire. Tourné en en 1937 par Mervyn LeRoy, La Ville gronde (They won't forget) s'ouvre par une séquence intéressante où, dans une petite bourgade tranquille du sud des États-Unis, une poignée de vétérans grabataires de la guerre de sécession, assis en uniformes sur le bord d'une fontaine, se remémorent les grandes batailles auxquelles ils ont pris part et, déplorant que leurs rangs s'éclaircissent, se demandent combien il en restera lors de la prochaine commémoration. Mais le film nous lance sur une fausse piste. On pourrait s'attendre à un flashback sur l'histoire de ces vieillards. Pas du tout. La Ville gronde est un film de procès. Et un drôle de film de procès puisque le crime ne nous sera pas montré et le coupable jamais révélé. Tout ce que l'on sait, c'est qu'une jeune fille a été retrouvée morte dans une cage d'ascenseur de son école. Les deux suspects sont le concierge noir de l'établissement et un jeune enseignant marié venu du Nord qui s'apprêtait à y retourner et que plusieurs preuves indirectes accablent (la victime en pinçait pour lui, il était présent dans le bâtiment au moment des faits, vient d'acheter un billet pour quitter la région et une tache de sang sur le col de sa veste enfonce le clou). Seul hic : nous, spectateurs, savons a priori que ni le concierge ni l'enseignant n'ont commis le meurtre. Les habitants de la ville, eux, et en particulier les frères de la jeune fille assassinée, veulent un coupable, coûte que coûte, et veulent sa mort.
 
 
 

Tourné en 1975 par Kirk Douglas lui-même, La Brigade du texas (Posse), qui prend pour décor l’État sudiste en 1892, est quant à lui un authentique western, dont l'acteur-réalisateur ne se donne pas le beau rôle. Celui-ci revient plutôt à ce cher Bruce Dern, qui incarne Jack Strawhorn, le plus grand bandit du sud des États-Unis, un redoutable pilleur de trains. Kirk Douglas, lui, est Howard Nightingale, le marshall à ses trousses. Et très vite, avec facilité même, le shérif met la main sur sa proie, qu'il ramène en ville comme un trophée, après que ses adjoints ont tué absolument tous les hommes de Strawhorn dans l'affrontement initial, y compris ceux qui se rendaient... une drôle d'idée de la justice (et l'on sourit de voir Bo Hopkins dans la bande du shérif, l'un des chiens fous de La Horde sauvage). C'est que Nightingale espère devenir sénateur, et pourquoi pas davantage, or le bonhomme a bâti toute sa campagne sur la peur du banditisme et multiplie les promesses de sécurité. Le gibier de potence qu'il vient de rapporter sera donc son laisser-passer pour le Sénat, et de fait toute la population locale l'acclame et jure d'aller voter pour lui la fleur au fusil (à l'exception de quelques réfractaires, dont le journaliste local). Sauf que Strawhorn, embarqué dans le train spécial du justicier pour aller se faire pendre ailleurs, non seulement se libère, non seulement prend le shérif en otage, mais le ramène dans la bourgade de son succès pour l'humilier. Et par une ruse habile, le truand aura sa vengeance, aussi perfide que brillante, par une manœuvre pour le moins inattendue qu'il vaut mieux ne pas révéler ici.
 


Une chose est sûre, la dernière séquence est rude pour Nightingale qui, quand il traite de monstre le hors-la-loi, s'entend répondre qu'utiliser un macchabée pour se faire élire est digne d'un tas de "horseshit" (sic.), et qu'il y en a déjà bien assez à Washington. Ce Nightingale est un double du procureur Andrew J. Griffin (Claude Rains) de La Ville gronde, impatient de trouver un coupable au meurtre de la jeune Mary Clay pour gagner en prestige et bientôt se faire élire sénateur, lui aussi. Pas de hors-la-loi pour s'opposer à lui, comme Strawhorn barrant la route à Nightingale dans le film de Kirk Douglas, seulement un avocat de la défense et deux accusés innocents. Et le procureur Griffin aura, lui, gain de cause. Mais le verdict du jury, favorable à l'accusation, déchaîne les passions de la foule et l'accusé, condamné à la prison, finit lynché, disparaissant du film dans une scène terrible où des hommes enragés viennent l'extirper du train qui le conduit en prison, la caméra se fixant sur une potence en bord de chemin de fer où un sac suspendu est fauché au vol par un cheminot à bord du train. Et le film de se conclure gravement sur Griffin et le journaliste local, complices, se demandant si l'accusé était bel et bien coupable, après la visite d'une femme (la jeune Lana Turner) venue leur dire leurs quatre vérités. 
 
 
La Ville gronde de Mervyn LeRoy avec Claude Rains, Lana Turner et Elisha Cook Jr. (1937)
La Brigade du Texas de Kirk Douglas avec Bruce Dern, Kirk Douglas et Bo Hopkins (1975)

25 février 2020

L'Homme qui voulut être roi

L'Homme qui voulut être roi, adaptation de la nouvelle de Rudyard Kipling par John Huston, est un film sur l'amitié. Les deux personnages principaux, Daniel Dravot (Sean Connery) et Peachy Carnehan (Michael Caine), sont deux britanniques, anciens militaires et francs-maçons, décidés à conquérir un pays à eux seuls, le Kafiristan (province imaginaire de l'Afghanistan), où nul européen n'a mis le pied depuis Alexandre le Grand. Les deux hurluberlus partagent les mêmes facéties, la même légèreté, la même insolente cupidité et surtout le même panache. Ils voient les choses en grand et ne prennent rien très au sérieux. Sinon leur amitié, qui les pousse au début du film à se rendre dans le bureau de Kipling lui-même (interprété par Christopher Plummer), journaliste au Northern Star, afin de compulser cartes et encyclopédies au sujet de leur future destination, mais surtout pour le prendre à témoin (contrat et signatures à l'appui) de leur serment d'amitié : pacte de loyauté et promesse devant l'autre de ne céder aux tentations de la chair et de la boisson qu'une fois leur mission accomplie.




Bien entendu, le serment sera finalement rompu, l'un des deux bougres, Dravot, pris pour un Dieu par le peuple soumis (une flèche tirée en plein cœur finit par chance sa course dans sa médaille franc-maçonne et fait croire à son immortalité), refuse de mettre un terme à l'aventure et de rentrer au pays riche comme Crésus aux côtés de son compagnon, préférant régner pour toujours sur le Kafiristan et prendre femme, ce qui vaudra aux deux compères de strictement tout perdre et de se retrouver gros-jean comme devant, leur seule amitié retrouvée pour toute richesse. Mais en revoyant ce film récemment, outre le plaisir de suivre les aventures de Caine et Connery (dont les personnages, à l'origine, devaient être interprétés par Bogart et Gable, puis par Kirk Douglas et Burt Lancaster, Peter O'Toole et Richard Burton, Paul Newman et Bob Redford et enfin Omar et Fred — John Huston ayant préparé ce film pendant 25 ans avant de l'accoucher), deux choses m'ont profondément touché. La première, c'est la magnifique introduction, où un Michael Caine méconnaissable, défait, borgne, à moitié fou et en guenilles, débarque chez Kipling tel un fantôme pour lui raconter l'aventure de sa vie — et c'est comme si l'un des personnages inventés par l'écrivain, mystérieusement incarné, venait en personne dicter son histoire à son propre créateur. Ou Kipling en Robert E. Howard, l'auteur des aventures de Conan le barbare, qui prétendait écrire lesdites aventures sous la dictée de Conan le Cimmérien en personne, venu les lui raconter depuis un monde parallèle et le pousser à les coucher sur le papier sous la menace d'une rafale de bouffes dans la gueule. 




L'autre, c'est cette scène, qui survient relativement tôt dans le film, durant le périple des deux aventuriers vers le Kafiristan. Lors de leur traversée des régions montagneuses de l'Inde, et après bien des difficultés, les deux hommes se retrouvent soudain confrontés à un gigantesque canyon qui met un terme définitif à leur avancée. Résolus à cet échec et convaincus de leur mort prochaine, Dravot et Carnehan décident d'aller s'asseoir à l'abri d'un rocher pour tailler un dernier bout de gras et se remémorer leurs multiples aventures passées, souvenirs qui ne manquent pas de déclencher chez eux quelques rires, puis beaucoup, de plus en plus nombreux et de plus en plus généreux, jusqu'à ce que ces éclats de rire, amplifiés, répercutés et démultipliés par l'écho des montagnes, déclenchent une formidable avalanche ayant pour effet de combler la faille qui séparait nos deux larrons de leur destination. 




Sauf erreur de ma part, cette scène est absente de la nouvelle de Kipling, dans laquelle Carnehan, racontant son périple à Kipling, ne mentionne l'avalanche que comme un risque potentiel lorsque Dravot chantait à tue-tête dans la montagne, après la mort de leurs dromadaires puis des mules qu'ils avaient volées à des voleurs — Dravot répondant à sa remarque que si un roi ne peut plus chanter, que lui vaut d'être roi ? C'est donc une scène propre au film de Huston que celle où, riant une dernière fois de leurs faillites avant de mourir, les deux amis déclenchent une catastrophe qui résout leur problème et leur sauve la vie. J'ai déjà souvent parlé d'amitié au cinéma, et de rire, à propos de La Horde sauvage ou plus récemment de Zorba le grec, et peut-être me direz-vous que je fais une fixette, mais tout de même, quelle idée, et quelle scène ! 


L'Homme qui voulut être roi de John Huston avec Michael Caine, Sean Connery et Christopher Plummer (1975)

11 février 2020

Nimitz, retour vers l'enfer

Ma femme me dit toujours : « Si tu te colles devant un film de guerre en ma présence, je me tire ailleurs », car elle ne supporte que très péniblement les bruitages inévitables des films du genre, à base de pétarades, mitraillages, torpillages et canonnades sans fin, entrecoupés de bruits d'engins ronflants et de râles d'agonie (parfois sublimes). Cet énorme foutoir, amplifié par ma barre de son calée sur le mode "Cinéma", avec les basses du subwoofer boostées au max, ont le chic pour la rendre complètement maboule, surtout quand elle essaie de bosser à côté. Je la comprends. Heureusement pour elle, je ne regarde pas beaucoup de films de guerre, les ayant déjà presque tous vus, et plusieurs fois chacun, quand je n'étais encore qu'un petit garçon haut comme trois pommes, grâce à mon paternel, ancien combattant de la Division Charlemagne, passionné par le genre et par le sujet de manière générale. Hier, quand je me suis tanké devant France5 pour rendre hommage à Kirk Douglas, mon acteur préféré disparu il y a quelques jours à l'âge canonique de 103 ans, ma femme m'a donc fusillé du regard. Mais mal lui en a pris, car elle a fini le film à mes côtés, tout sourire, m'affirmant avoir trouvé là son film de guerre préféré. Merci qui ? Merci Kirk.




Et pour cause. De la guerre comme action il n'est pratiquement pas question dans ce film, et le seul combat filmé oppose durant trente secondes environ, dans un affrontement inégal et donc vite plié, deux avions de chasse américains dernier cri (Grumman F-14 Tomcat) à deux Zero (Mitsubishi A6M) de l'armée de l'air japonaise. Couac ? Anachronisme grossier ? Que dalle. Cette rencontre improbable est au cœur du film, Nimitz, retour vers l'enfer (pour rappel), curieux mélange de film de guerre et de science-fiction. En effet, dès le début du film, le porte-avion nucléaire USS Nimitz (on ne se lasse pas de ce nom, This is the USS Nimitz, where the hell are we ?!), qui vient d'embarquer à son bord un 6001ème passager, civil campé par Martin Sheen, et exécute une patrouille de routine dans le Pacifique, se trouve confronté en pleine mer à une terrible tempête électromagnétique. Tout l'équipage se tord de douleur quelques secondes puis plus rien n'y paraît. Sauf que le vaisseau tout entier et son équipage viennent de tomber dans un trou noir, un précipice spatio-temporel, un gouffre obscur et sans fond à côté duquel la fosse des Mariannes passerait pour un vulgaire nid-de-poule, suffisamment gigantesque pour avaler un porte-avion nucléaire et ses 102 appareils tout rond, cavité de dingue représentée sur l'affiche du film (voir ci-dessus) par la légendaire fossette au menton de la star Douglas. Tous les membres de l'équipage passeront le reste du film à regarder le commandant dans le menton plutôt que dans les yeux, toisant cet abîme insondable, responsable de leurs malheurs.




Or nos matelots se retrouvent déplacés le 6 décembre 1941, la veille de l'attaque de Pearl Harbor, à quelques kilomètres des côtes américaines. A force d'indices, les hommes du bord doivent se rendre à l'évidence : ils ont voyagé dans le temps. En effet, la radio diffuse les dernières nouvelles concernant l'avancée de l'Armée du Troisième Reich (saviez-vous qu'il s'agit de l'autre nom de l'Allemagne nazie ? Je l'ai appris hier soir) ; un avion de reconnaissance prend en photo Pearl Harbor et la photo correspond parfaitement - noir et blanc et cadrage au millimètre près, ce qui n'a aucun sens - à une photo d'époque avec les navires de l'époque avant qu'ils ne soient coulés par l'aviation nippone ; etc. Mais il faudra que le commandant interprété par Kirk Douglas voie sur son radar toute la flotte japonaise en mouvement vers lui et constate que des Zero sont en train de mitrailler ses pilotes pour accepter l'idée. Quand il débarque enfin, son sang ne fait qu'un tour et il décide d'intercepter toute la flotte et toute l'armada aérienne de l'ennemi à lui tout seul, sans prévenir Pearl Harbor, bénéficiant il est vrai d'un léger atout technologique sur l'adversaire. C'est alors que le civil du bord, Martin Sheen donc, s'interpose et brandit l'argument massue de la fameuse faille spatio-temporelle : qu'advient-il du monde connu si la défaite de Pearl Harbor n'a pas lieu ? 




Les hommes du Nimitz ont déjà potentiellement foutu la merde dans leurs bouquins d'Histoire en sauvant le sénateur Chapman (Charles Durning) et sa brillante secrétaire (Katharine Ross), alors en balade sur un yacht, des mitrailleuses d'un Zero. Chapman, qui avait annoncé l'attaque japonaise, devait mourir là, mais était pressenti pour s'opposer à Roosevelt aux prochaines élections et devenir président des États-Unis. Quid donc de l'histoire du pays si le sénateur reste en vie ? Fort heureusement, il finit par mourir dans un hélicoptère qui devait le mettre à l'abri. Fort heureusement aussi, alors que le commandant du Nimitz avait envoyé tous ses avions faire des confettis des Zero japonais, une nouvelle tempête électromagnétique se lève qui remporte le porte-avion, ses occupants et ses chasseurs en 1980. Strictement rien ne s'est passé. Au final, à peine le dilemme moral s'est-il posé au commandant (qui finira le film en qualifiant le personnage de Martin Sheen de "real pain in the ass", surnom qui collera à la peau de l'acteur toute sa vie), que tout le monde rentre chez soi : l'attaque et la défaite américaine de Pearl Harbor auront bien lieu, le sénateur Chapman sera bien mort, et ma femme ravie de n'avoir eu à subir quasiment aucun éclat d'obus en stéréo dulby surround. 




Seuls trois personnages ont réellement été impactés par cette échappée belle : le second du commandant (qui aurait dû regagner les années 80) et la secrétaire de Chapman (qui aurait dû mourir), finissent sur une île déserte et réapparaissent à la fin du film âgés de 40 ans de plus ; mais aussi le chien de la secrétaire, qui, quant à lui, après avoir été sauvé de l'épave du yacht, a fait un bon de 40 ans dans le futur et sera donc certainement le premier de sa race à vivre au-delà de 50 ans, soit la bagatelle de 350 piges en années de chien. C'est donc un bien drôle de film auquel nous avons affaire ici, dans lequel il ne se passe pour ainsi dire rien. Je ne reviendrai pas sur la genèse de ce scénario pour le moins atypique car après avoir lu la phrase qui suit sur wikipédia, j'ai décidé de me retirer du monde et de me faire stylite, le cul juché sur une colonne : « Il s’agit de l’adaptation du roman homonyme de Martin Caidin, paru en 1980, une novélisation du scénario du film, lui-même inspiré du roman Les Guerriers de l'apocalypse (Sengoku jieitai) de Kōsei Saitō (1979). » Hein ?


Nimitz, retour vers l'enfer de Don Taylor, avec Kirk Douglas, Martin Sheen et Katharine Ross (1980)

21 août 2018

Seconds

Seconds comme cette seconde chance à laquelle nous sommes tous supposés avoir droit. Arthur Hamilton n'a rien fait de mal et n'a pas particulièrement raté sa vie mais la promesse étrange d'un vieil ami qu'il croyait disparu va éveiller chez lui un fol espoir et lui faire croire en l'impossible, en cette seconde chance, justement. Change de nom, de visage, de vie ! C'est à sa portée, à condition qu'il se rende à cette curieuse adresse griffonnée sur un bout de papier qu'un inconnu lui a glissé à la hâte à la gare, puis qu'il accepte de tout abandonner, strictement tout, lors de cette opération diabolique, celle qui va transformer ce banquier d'une cinquantaine d'années, fatigué et bedonnant, en un bel homme en pleine possession de ses moyens, peintre établi, demeurant dans une grande villa de Floride...




Voici le point de départ de Seconds aka L'Opération diabolique, de John Frankenheimer. Un film fou et inclassable sorti en 1966 et repris dans nos salles en 2014 pour une seconde chance salutaire. Ce titre marque l'apogée d'un réalisateur charnière, génie éphémère du cinéma américain des années 60 ayant participé à ouvrir la voie au Nouvel Hollywood. Seconds est le troisième volet d'une trilogie admirable, préfiguratrice des nombreux films de complot à venir, de ces thrillers paranoïaques qui fleuriront pendant les seventies (A Cause d'un assassinat, Conversation secrète, Les Trois jours du Condor, etc). Ce triptyque glaçant signé John Frankenheimer se constitue d'Un Crime dans la tête, de Sept Jours en Mai et de Seconds, dont on préférera largement le titre original, étant donné que la version française le cantonne sous des allures de série b qui ne lui siéent guère.




Thriller paranoïaque teinté de science-fiction dystopique, louchant également vers l'horreur pure et le film noir, Seconds est avant tout un drame existentiel étonnant qui parvient à nous faire pleinement ressentir la crise que traverse son personnage principal (successivement incarné par John Randolph puis Rock Hudson), un homme plongé dans un mal être profond difficilement identifiable mais que l'on ressent dès la première image, dès ce générique terrible concocté par le grand Saul Bass, nous proposant des images déformées des parties d'un visage insaisissable, en détresse.




Saul Bass n'est pas le seul invité de marque que l'on retrouve au générique puisque la musique du film est signée par le talentueux compositeur Jerry Goldsmith, ici tout particulièrement inspiré, qu'il s'agisse d'ajouter à l'anxiété étouffante développée par la mise en scène survoltée de John Frankenheimer, à grands renforts de violons ou d'orgues dissonants, ou de se montrer plus délicat quand il est nécessaire d'apporter une touche d'ironie ou de mélodrame, en accompagnant l'image par de plus subtiles mélodies au piano. A cette fine équipe, il faut également ajouter l'expérimenté directeur photo James Wong Howe, célèbre pour avoir collaboré avec Fritz Lang, Michael Curtiz, Josef von Sternberg mais aussi Martin Ritt pour l'excellent Hud. Il participe grandement à donner à Seconds une allure éclatante avec ce noir et blanc contrasté et classieux qui rappelle les plus grandes heures du film noir et qui parvient assez miraculeusement à toujours rester en harmonie avec les directives d'un John Frankenheimer en roues libres.




Bien qu'il appartienne clairement à sa décennie, notamment par sa manière ironique de dépeindre le mouvement hippie lors d'une longue scène de débauche déconcertante, et bien qu'il fasse partie de ces films singuliers, remplis de fulgurances folles, annonciateurs de l'âge d'or du Nouvel Hollywood, Seconds dégage aujourd'hui quelque chose d'intemporel. Déjà, dans sa façon de nous saisir et de nous sidérer régulièrement, de la première à la dernière image. Il faut dire que John Frankenheimer y va franco et déploie une débauche d'effets qui pourraient presque devenir indigestes s'ils n'étaient pas si efficaces et en pleine cohérence avec ce qu'il nous raconte. Film sur la perte de repères, sur le brouillement des rapports avec la réalité et la perception que l'on a de soi et de son environnement, Seconds est un drame existentiel qui dépasse le seul mal être de son personnage principal et la critique du rêve américain pour toucher à quelque chose de plus universel. Son extravagance formelle fait ainsi totalement sens, d'autant plus que John Frankenheimer sait aussi se poser lors de scènes qui en deviennent tout aussi troublantes et émouvantes (on pense par exemple aux retrouvailles avec la femme que le personnage a délaissée, très simplement filmée en champ/contre-champ).




Ce qu'il y a d'étonnant est que John Frankenheimer ne nous laisse pas la possibilité de douter du scénario absurde qu'il met en image, nous croyons en l'existence de cette organisation secrète et à son pouvoir de changer du tout au tout un individu désireux de passer à une autre vie, tout comme nous ne doutons pas une seule seconde que le personnage principal, d'abord incarné par un John Randolph tout suintant, puisse ensuite prendre les traits avantageux et très clean d'un Rock Hudson au faîte de son charisme viril. Le cinéaste prend là un risque de taille, il peut perdre le spectateur avec ce choix si radical, et ce fut le cas en 1966 où Seconds fut un échec public et critique cinglant, mais ce changement d'acteur cristallise bien toute l'énorme bizarrerie du film et s'avère plus judicieux et significatif que d'autres solutions a priori plus simples qui étaient également envisageables (Frankenheimer pensait d'abord embaucher Kirk Douglas, qu'il avait déjà dirigé pour Sept Jours en Mai, en jouant sur son maquillage et sa posture, avant et après l'opération). Le réalisateur parvient également avec un talent rare à nous faire traverser tout un spectre d'émotions, de pur ressenti de spectateur, nous sommes tour à tour dérangé, haletant, déconcerté, interrogateur, perdu, ému et tétanisé face aux images, à l'histoire, bref, à l’œuvre étonnante qu'il nous propose ici.




Les 45 premières minutes sont d'une efficacité redoutable. Des passages de délires oniriques sont d'une inventivité formelle encore fascinante aujourd'hui. La scène d'ouverture, filature stressante au beau milieu des allées et venues incessantes de la grande gare centrale de New York, nous saisit à la gorge d'entrée de jeu, à l'image des acteurs, littéralement saisis eux aussi par le procédé de Snorricam utilisé à bon escient par un John Frankenheimer toujours friand d'expérimentations. On adore ensuite tous les passage au sein de l'Organisation, d'un humour noir mordant, la société secrète étant montrée comme s'il s'agissait d'une simple compagnie d'assurance bienveillante, aux arguments implacables, qui promet une nouvelle vie à ses "clients" et dissimule ses activités derrière les lieux les plus banals et triviaux, comme un abattoir ou un pressing. La conclusion s'avère à la hauteur du malaise qui plane tout le long et constitue un ultime sommet dans la psychose identitaire. Plus de 20 ans avant la première adaptation cinématographique de Philip K. Dick, écrivain qui régnera pour le meilleur et pour le pire sur le cinéma de SF, on retrouve aussi quelque chose de très dickien dans les thèmes abordés et les situations dépeintes. Le fantôme du chef-d’œuvre de John Frankenheimer paraît ainsi hanter bon nombre de films de science fiction bien plus récents et qui, souvent, ne lui arrivent pas à la cheville, ce qui participe à cet effet intemporel. Seconds est le point final d'une des meilleures trilogies thématiques qui soient et s'avère être le plus grand film d'un cinéaste qui, s'il avait su maintenir ce niveau-là plus longtemps, serait aujourd'hui considéré tout autrement. Un sacré film.


Seconds (L'Opération diabolique) de John Frankenheimer avec Rock Hudson et John Randolph (1966)

8 octobre 2015

Des Saumons dans le désert

Après Le Cochon de Gaza, De l'eau pour les éléphants et Les Chèvres du Pentagone, voici Des Saumons dans le désert, qui s'ajoute à la liste de ces films qui par leur seul titre dégoûteraient même un cinéphile tel que Laurent Weil du cinéma de quartier. Que fait-on avec des saumons dans le désert ? Un gros casse-dalle peut-être mais pas un film. Les saumons dans le désert sont chose rare, dans la flotte un peu moins, et sur l'affiche on peut voir que McGregor n'est pas en reste pour les pêcher avec ses deux gros panards épilés de près, que des saumons auront tôt fait de prendre pour des congénères : c'est l'une des meilleures scènes de ce long métrage. Dès qu'il sent que ça mord à l'hameçon, McGregor, en digne héritier de Chris Waddle, fait un retourné acrobatique pour se ramener le poiscaille dans le gosier, à la Gollum (à la Cotillard, synonyme), avant de hurler : "Des saumons pour le dessert !" Afin d'un peu retirer le voile de désagréable mystère planant autour de ce titre, on va vous révéler l'origine d'un tel intitulé : 59ème minute du film, après s'être tourné autour pendant 58 minutes, Ewan McGregor et Emily Blunt finissent par se retrouver assis à la Daurade, les pieds dans l'eau, quand le bellâtre McGregor s'étonne de cette étrange destinée qui est la leur et lâche à sa future partenaire sexuelle : "On est un peu comme deux gros saumons dans le désert", à quoi la belle répond : "Pas faux". En effet, McGregor, incarne un Erasmus issu de la riche aristocratie, étudiant dans le désert, tandis qu'Emily Blunt joue une orpheline de père en fille, roturière de son état, qui gagne sa vie en cousant de beaux tapis persans et propose du thé vert aux passants dans le désert.


Du saumon dans le dessert...

Tout ça pour ça. Alors qu'on croirait à une référence littéraire haut perchée, c'est juste un dialogue de la clique Apatow, sorti par un personnage masculin en pantacourt. McGregor déballe cette ligne en se roulant un gros bédave assis en terrasse, sous la castagne et sans parasol. Zoom avant sur Emily Blunt, qui sur l'affiche est photoshopée au maximum, apparaissant presque en noir et blanc à force de retouches, d'anti-cernes et autre anti-yeux rouges. Voilà trois ou quatre ans qu'Emily Blunt gâche les films. Sur cette affiche (j'y reviens), elle est tellement retouchée qu'elle ressemble à un jellyfish humain sur lequel on viendrait de péter. En dehors de ce poster, l'actrice a son vrai petit charme, indéniablement, avec ce regard en biais, cet air ahuri et sa raie du cul au menton (ça peut être beau sur certains hommes aussi : Aaron Eckhart, Cary Grant ou Kirk Douglas, le roi du pot d'échappement au menton, du tout-à-l'égout perso). Et puis l'accent anglais à couper au couteau, l'accent cockney, pour être pointu, ça peut passer, même doublé d'une voix suraigüe de vieillarde qui te fera sursauter à chaque mot à coups de remarques chiantes, une voix faite pour pomper l'air en résumé, ce n'est plus possible, et notre réquisitoire se justifie d'un seul coup. Pure pendaison de crémaillère, crucifixion gratuite pour mini délit de sale tronche sur un poster, mais ce petit délit devient gigantesque sur une affiche comme celle de ce film, format A5.


Des Saumons dans le désert de Lasse Hallström avec Ewan McGregor et Emily Blunt (2011)

6 mai 2014

Pour l'exemple

Dans Pour l’exemple, Joseph Losey met en scène le procès sommaire, dans une tranchée près de Passchendaele, d’un soldat britannique, Arthur Hamp (Tom Courtenay), accusé de désertion et défendu bon an mal an par un jeune officier, le capitaine Hargreaves. Dirk Bogarde, co-scénariste du film et lui-même engagé dans l'armée britannique durant le conflit, succède huit ans plus tard au Kirk Douglas des Sentiers de la gloire dans le rôle de l'officier-avocat. Mais à la différence du célèbre film de Kubrick, Pour l'exemple se concentre exclusivement sur le procès, ne montrant aucune bataille et ne développant pratiquement aucune intrigue parallèle, au profit des deux personnages principaux, l’accusé et son avocat. Les seules évocations du feu, de la mort et des combats sont reléguées dans l’introduction du film, où la simple image d’une explosion sert à faire le lien entre notre époque (un canon de pierre dressé sur un monument aux morts) et le front d’il y a cent ans. Un zoom avant sur un squelette anonyme en uniforme, abandonné dans la boue, cède ensuite la place, par le jeu d’un fondu enchaîné, à Arthur Hamp, l’accusé, mort en sursis, allongé dans sa cellule et jouant de l’harmonica en attendant que son sort soit scellé. Il y a bien, au milieu du film, cette scène où les camarades troufions du soi-disant déserteur s’amusent à bombarder de cailloux un pauvre rat, perché sur un radeau de fortune au milieu d'une flaque, accusé d’avoir mordu l’oreille de l’un d’entre eux, mais c'est en fin de compte la seule image d'un combat dans ce film, encore qu'il faille plutôt parler d'une exécution que d'un combat, car la vermine est condamnée à mort par les soldats britanniques après avoir eu droit à un véritable procès, qui vient faire écho, dans toute son absurdité, à celui que subit en montage parallèle le soldat Hamp. A ceci près que le procès du 2ème classe a pour vocation bien connue de donner l'exemple et de motiver les troupes par la terreur avant un assaut imminent, quand celui du rat est monté par des soldats inactifs, traumatisés, à peu de choses de sombrer dans la folie.








C’est l’une des grandes réussites de ce film que de montrer l’ennui absolu des soldats de la Grande Guerre qui, entre de très rares assauts, pataugeaient dans la boue, dormaient parmi les rats, tuaient le temps dans des jeux poétiques ou absurdes et s’enivraient un maximum : belle scène de beuverie à la fin du film, où les camarades du soldat Hamp, pourtant venus le réconforter, le renvoient violemment à l’horreur de sa situation une fois ivres, osent nommer la mort auprès de celui qu’elle va bientôt frapper, et jouent littéralement, sans retenue, sans frein, avec cette grande faucheuse qui les menace tous, condamnés qu'ils sont, officiellement ou non, aux balles. Ce que le film montre aussi, et ce qu’il montre plus qu'il ne le dit, c’est le défaut de communication et d'humanité qui frappe les tranchées de 14-18, les remparts érigés entre les différents rangs militaires, les fossés sciemment creusés entre les multiples niveaux hiérarchiques qui se croisaient sans se rencontrer. On ne compte plus les images de Pour l’exemple construites sur ce même modèle : un homme, de profil, au premier plan, dialogue avec un autre, de face, au second plan, mais ne le regarde pas. C’est une configuration scénique assez courante dans les films de guerre, les soldats devant régulièrement se tenir au garde-à-vous et maintenir le regard fixe sans jamais dévisager leur officier, non moins courante dans les films de procès, dès lors que des hommes sont appelés à la barre des accusés, ou à celle des témoins, tandis que les avocats s’expriment ou les écoutent sans les regarder (les premiers préférant peut-être baisser les yeux pour ne pas affronter leur bourreau, les seconds déambulant sur la scène du tribunal pour haranguer la foule ou les jurés). Mais cette scénographie (avec ses variantes : trois hommes communiquent à un moment en se tenant l’un derrière l’autre et en se tournant le dos !) devient un système dans le film de guerre et de procès de Joseph Losey. On la retrouve partout, d’un bout à l’autre de l’œuvre. La séquence de l'aumônier (6ème photogramme ci-dessous) en est un terrible exemple, énième utilisation logique de cette construction scénographique, puisque l'archétype de la scène de confession constitue un autre support privilégié de cette composition du cadre. Mais Losey y revient encore en dehors des scènes de procès proprement dites (qui du reste ne constituent qu’une faible partie du film), et même quand les différents protocoles (judiciaire, militaire ou religieux) ne sont plus de mise.








Ces profils en médaillon évoquent évidemment le monument aux morts filmé sous toutes les coutures dans l’introduction, avec ces profils de pierre emblématiques, mythologiques, qu'on a sculptés et érigés après la guerre dans toutes les villes et tous les villages de France ou d’ailleurs, pour célébrer l’héroïsme guerrier et le courage en action, là où les hommes des tranchées allaient moins baïonnette au canon que fusil dans le dos, et passaient moins de temps à prendre d’assaut la tranchée d’en face qu’à pourrir dans leur propre merde (Hamp, comme tant d'autres, souffre d'ailleurs de dysenterie). Mais cette composition, qui n'est pas sans évoquer le travail sur la profondeur de champ d'un Orson Welles, et qui tend vers le plan signature de Bergman, bâti sur un visage de profil au premier plan et un autre, de face, au second (comme dans Persona), est aussi, chez Losey, me semble-t-il, une saisissante façon de représenter le refus de voir l'autre, la négation pure et simple de l'autre, la non-réciprocité du regard, autrement dit les différents niveaux de réalité entre les supérieurs et les hommes du front (le titre original n'est-il pas King and Country ? expression patriotique privée du "For" introductif). Ce qui est constamment représenté à l'image, c'est la chaîne impersonnelle des ordres indirects, cette incapacité ou ce refus des uns à regarder les autres dans les yeux, déni manifeste quand les trois officiers en charge de juger le soldat Hamp (qui finalement remettront bravement leur décision dans les mains de supérieurs absents lors du procès - pure "parodie de justice" comme le dit Hargreaves - en se gardant bien de leur communiquer tous les éléments avancés par la défense), passent devant ce dernier pour aller délibérer et lui refusent le moindre regard (dernier photogramme de la première série d'images), niant jusqu’à sa présence, car un simple regard échangé avec cet homme mettrait en péril leur entreprise d’assassinat concerté. De fait, le bandeau offert aux condamnés au moment de la fusillade, et dont est affublé le soldat Hamp sur la dernière image ci-dessus, arrangeait les fusilleurs plus que les fusillés. C’est au fond le nerf de cette guerre dont on célèbre cette année le centenaire, mis en scène avec sobriété mais avec brio par Joseph Losey : des officiers, grands bourgeois retirés dans quelque château loin du front, à l'abri de la ligne de feu, envoyant à l’abattoir des millions de paysans, numéros de matricule déshumanisés, statistiques pures, qui pour eux et par bonheur n’avaient pas de visage, pas de nom, pas de regard.


Pour l'exemple de Joseph Losey avec Tom Courtenay et Dirk Bogarde (1965)

2 avril 2014

Première victoire (In Harm's Way)

On se plaint beaucoup, et pour cause, des traductions françaises actuelles des titres de films américains. Mais ce problème n'est pas neuf. En 1965 déjà, In Harm's Way, littéralement "Sur la trajectoire du mal", ou "Dans une sale passe", voire à la limite "Dans la grosse merde", a été traduit en France par Première victoire… Allez piger. Les opérations de sabotage des distributeurs français ne datent pas d'hier. Même si en l'occurrence on peut comprendre que lesdits distributeurs aient eu quelque difficulté à définir ce drôle de film de guerre, signé Otto Preminger, qui s'ouvre sur un bal des officiers, enchaîne avec l'attaque de Pearl Harbor, pliée en cinq minutes, puis passe très vite aux retrouvailles d'un père et de son fils, enchaîne sur les romances parallèles de ce père et de ce fils avec deux infirmières avant de tracer dans le Pacifique sans que la ligne directrice du récit ne soit jamais clairement définie et quitte à ce que tout un tas d'éléments très divers s'emboîtent sans forcément faire suite.


 John Wayne essaie d'expliquer le script à ses sous-officiers.

Voyez plutôt : la femme de Kirk Douglas, ivre, le trompe la veille de l'attaque sur Pearl Harbor puis crame aussi sec dans un accident de voiture, sans qu'il n'en soit jamais plus question ensuite. Le fils de John Wayne perd sa jeune compagne, qui se suicide après avoir été violée par Kirk Douglas, lequel, rongé par la culpabilité, part également se suicider, mais en héros : il se jette sur un navire ennemi avec son chasseur, façon kamizake, un comble... John Wayne perd ensuite son fils et séduit une infirmière dont le mari est porté disparu. Le mari de l'infirmière revient mais elle continue de baiser avec John Wayne tout en recommençant à coucher avec son mari, lequel, après une attaque, finit par sauver John Wayne, qui l'en remercie. C'est à se demander si ce film, à la fois mineur et fascinant par sa structure narrative éclatée, n'est pas l'ancêtre des séries guerrières orchestrées par Spielberg, Band of Brothers ou The Pacific, et avant elles du Patient Anglais et des drames romantico-militaires fleuves avec pléthore de stars au casting. "Sur la trajectoire du mal" eut bel et bien fait un meilleur titre... Sauf que Preminger sait non seulement filmer mais aussi, et contrairement à un Anthony Minghella, tenir à distance toute surcharge nocive de pathos larmoyant.


Première victoire d'Otto Preminger avec John Wayne, Kirk Douglas, Patricia Neal, Tom Tryon, Paula Prentiss, Dana Andrews et Henry Fonda (1965)

15 juillet 2013

La Rochelle 2013 - 2ème partie



Suite de ce bilan sur le Festival International du Film de La Rochelle 2013, consacrée cette fois-ci aux hommages et autres rétrospectives programmés cette année. Avec plus de 300 films à l'affiche en une semaine, impossible de tout voir, des choix s'imposent, cruels mais nécessaires. Vous ne lirez donc rien ici sur les hommages à Andreas Dresen, José Luis Guerin ou William Kentridge, ni sur le grand hommage au cinéma chilien. En revanche j'évoquerai rapidement celui rendu à Jerry Lewis, ainsi que les rétrospectives sur le cinéma indien et sur Billy Wilder. C'est ce dernier qui a eu mes faveurs, avec cinq films découverts en une poignée de jours, et je ne le regrette pas. Mais gardons ça pour la fin et commençons plutôt par une petite pépite issue du Nouvel Hollywood :


Paper Moon de Peter Bogdanovitch (1973)


Road movie de 1973 signé Peter Bogdanovitch, Paper Moon ("La barbe à papa" en français) va ressortir incessamment sous peu, et c'est une excellente nouvelle. Assez classique dans la forme, très Nouvel Hollywood dans le ton, le film raconte l'histoire, dans le mid-west, d'Addie, une petite fille qui, en assistant aux funérailles de sa mère, fait la connaissance de son probable père. Ce dernier gagne sa vie en faisant du porte à porte pour extorquer quelques dollars à des veuves éplorées en leur vendant au prix fort des bibles soi-disant commandées par leur défunts époux avant de passer l'arme à gauche. Il accepte de conduire Addie chez sa tante afin qu'elle y soit élevée, mais sur la route, la gamine, vrai garçon manqué plein de bon sens et d'ingéniosité, se révèle un précieux allié dans l'art du commerce. Chacun trouve rapidement son compte dans cette nouvelle association de malfaiteurs : lui peaufine ses arnaques, elle demeure aux côtés de son père.

Proche dans l'esprit du Robert Mulligan de To Kill a Mockingbird, côté classique, comme du Wim Wenders d'Alice dans les villes, côté moderne, le film possède un charme fou. Bien pensé, bien écrit et bien filmé, Paper Moon est en prime très drôle, parce qu'il est aussi, et surtout, magnifiquement interprété. On parle souvent de la performance de Tatum O'Neal dans le rôle de la petite Addie, qui reçut à l'âge de 10 ans l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour ce film, et qui fut donc la plus jeune actrice récompensée par ce prix, mais si la petite fille (devenue héroïnomane ensuite, c'est une autre histoire) est brillante, c'est en bonne part grâce à celui qui lui donne la réplique, son père à la ville et à l'écran, Ryan O'Neal, remarquable dans son rôle d'escroc à la petite semaine et de père en devenir. L'alchimie entre le père et la fille, leur complicité, leur amour vache, passe à travers l'écran et participe grandement de la beauté du film, qui fonce plein fer vers un happy end mièvre mais l'évite au dernier moment et n'en devient que plus touchant.


Le Salon de musique de Satyajit Ray (1958)


La Rochelle rendait hommage au centenaire du cinéma indien, et ce fut l'occasion de découvrir sur grand écran Le Salon de musique, grand classique de Satyajit Ray, parfaitement fidèle à sa réputation. Le film raconte la déchéance d'un seigneur indien, propriétaire d'un palais et mécène de grands musiciens, qui sacrifie tout, y compris sa famille, à son amour de la musique et du faste.

Satyajit Ray, quand il ne construit pas un montage hypnotique sur des numéros de danse magistraux (qui évoquent Le Fleuve de Renoir, d'autant que l'acteur principal du film rappelle vaguement Marcel Dalio, l'éternel marquis de La Cheyniest de La Règle du jeu), compose des scènes absolument sublimes où il illustre l'orgueil des puissants en jouant sur le motif du reflet et des images : reflet de l'immense lustre du palais miré dans une tasse de café, ou du personnage dédoublé dans les miroirs de sa vaste demeure (le seigneur s'admire régulièrement dans une glace encadrée par les portraits de ses illustres et nobles aïeux, tel un arbre généalogique surdimensionné où l'égo est littéralement écrasant). Le fort du film, c'est que Satyajit Ray fait saillir les véritables événements de son récit en les ramassant sur des temps très courts, comme s'il s'agissait de simples articulations. Et c'est ce qu'ils deviennent réellement, puisque les moments prégnants, fugaces, impactent violemment la vie du personnage dans la durée, cette durée de la peine, des regrets et de la solitude dans laquelle le cinéaste nous immerge admirablement.


Docteur Jerry et Mister Love de Jerry Lewis (1963)


Le festival de La Rochelle rendait aussi hommage au grand Jerry Lewis, dont les films ressortent en grappe au cinéma ces jours-ci. Oubliez à tout jamais le Professeur Foldingue d'Eddy Murphy au profit de l'original, Docteur Jerry et Mister Love, signé Jerry Lewis en personne, infiniment plus drôle, plus fin et plus intelligent. Notre cher comique, auquel pas mal de comédiens actuels doivent tant (à commencer par Jim Carrey), est parfaitement exquis dans le rôle d'un professeur de chimie bigleux et grimaçant, aux dents de cheval et aux cheveux gras, maladroit comme pas deux, voire complètement crétin, qui, pour répondre aux surprenantes avances de sa plus belle étudiante (incarnée par la playmate Stella Stevens, qu'on avait aimée dans son rôle de putain au cœur d'or chez Peckinpah dans The Ballad of Cable Hogue), invente une potion capable de le transformer en séducteur irrésistible, aussi imbu de lui-même que conquérant, plein de bagout et roi de l'autocélébration, superbe et insupportable : Buddy Love.

Et le plus remarquable c'est que Jerry Lewis parvient à faire rire, et bien rire, dans la peau du professeur débile autant que dans celle du très supérieur Mister Love, dont l'arrogance est parfois exquise, et qui se montre génial quand il pousse le directeur de l'école à réciter Shakespeare en caleçon, débout sur son bureau. Le "nutty professor" quant à lui, personnage qui a évidemment les faveurs du cinéaste et du public, a droit à quelques morceaux de gloire, de l'introduction, où le laboratoire de chimie explose, à la scène de bal final, où il suffit à Jerry Lewis de danser d'une façon bien particulière pour nous écrouler de rire.


Assurance sur la mort de Billy Wilder (1944)


Mais, outre un hommage à Max Linder, la grande rétrospective rocheraise cette année honorait l'immense Billy Wilder. Le premier (dans l'ordre chronologique de la filmographie du cinéaste) des cinq films que j'ai pu voir grâce au festival, Assurance sur la mort, est un film noir pur jus, et un excellent cru. Réalisé en 44 et adapté d'un roman de James M. Cain par Wilder lui-même et Raymond Chandler, le film est totalement inscrit dans son genre. Tout y est ou presque : le beau noir et blanc entre ombre et lumière ; le récit au passé et tout en flashback sous forme de confession du héros criminel mal en point (Fred MacMurray), enregistrée sur un magnéto à l'attention de son ami enquêteur (Edward G. Robinson) ; l'art de la séduction exercé par une experte en manipulation sur un amant prêt à devenir meurtrier dès après la première prière de sa promise ; le meurtre prémédité et arrangé par un personnage principal agent des assurances au fait des failles de la police ; les clopes au bec et les allumettes craquées pour les amis sur tous les supports et en toutes circonstances, etc. Mais le premier élément sans doute reste la femme fatale, incarnée par la belle Barbara Stanwyck, dont la première apparition, en serviette de bain en haut d'un escalier, est particulièrement soignée par le cinéaste, qui n'en était qu'à son quatrième film mais montrait déjà une maîtrise incroyable des codes génériques, de la narration et de la mise en scène. 

On se délecte de la conception du crime comme de sa mise en œuvre, lors de laquelle Wilder, à l'instar du grand Hitchcock, parvient à faire en sorte que le spectateur se ronge les ongles en espérant que le couple star de son film, de cupides amants meurtriers, ne se fera pas prendre et pourra commettre son horrible forfait en toute tranquillité. Le plaisir n'est pas moindre quand le délicieux Edward G. Robinson, collègue du héros et grand pro de la traque à la fraude aux assurances, cherche la faille, ou quand il allume une ultime cigarette à son meilleur ami dans le dernier plan du film.


Le Gouffre aux chimères de Billy Wilder (1952)


Le Gouffre aux chimères était paraît-il le film préféré de Wilder dans sa longue et belle filmographie, et même si on lui préfère un autre titre - son chef-d’œuvre absolu, Boulevard du crépuscule - on le comprend. Le Gouffre aux chimères, réalisé un an plus tard, traite d'ailleurs un sujet assez proche. Féroce satire du monde du journalisme et des médias, le film raconte l'histoire de Charles Tatum (Kirk Douglas), reporter d'envergure passé par tous les grands journaux du pays et viré de chacun d'eux pour excès d'alcool ou d'orgueil, qui atterrit dans un trou perdu, au sein du petit journal local d'Albuquerque, bien décidé à se refaire en repartant de zéro. Après quelques mois passés dans les bureaux endormis de cette rédaction sans envergure, notre journaliste, aussi ambitieux que prétentieux, est embarqué sur la route d'un reportage minable sur la chasse au crotale quand il entend parler d'un quidam coincé dans une grotte abritant de très anciennes tombes indiennes, où l'homme, espérant dénicher quelques poteries de valeur, a été surpris par un éboulement. Charles Tatum s'y rend aussitôt, non pour venir en aide à la victime mais pour enfin tenir une histoire à raconter, un feuilleton susceptible de lui rapporter gros.

Bientôt la grotte devient un immense camping pour les curieux, puis un gigantesque parc d'attraction touristique, où les badauds attendent vaguement l'issue de la tragédie grossie et entretenue par le reporter, qui fait durer le suspense au mépris de la vie de son nouveau sujet d'article favori. Comme d'habitude chez Wilder, aussi grave soit le sujet, l'humour est là, et d'un bout à l'autre, quand bien même on passe d'un ton de comédie, au début du film, lorsque Tatum débarque dans le petit journal du coin, à un véritable drame cruel et grinçant, qui dit tout de l'ignominie du journalisme cupide et meurtrier et de la quête insatiable de sensations d'un public excité par l'odeur du sang et prêt à tout pour en tirer profit. Attaque brillante des dérives des médias, le discours engagé du film est porté par des plans magnifiques, du fond de la grotte éboulée jusqu'au surplomb de la nouvelle ville festive bâtie autour du mort en sursis. Le lien entre ces deux réalités, et le support même de ce pamphlet, n'est autre que l'allégorique Charles Tatum, et Wilder se livre à une impressionnante étude de caractère, sublimée par son acteur, le gigantesque Kirk Douglas, aussi époustouflant ici que dans ses grands rôles chez Minnelli (dans le dytique Les Ensorcelés et Quinze jours ailleurs), qui passe par tous les registres de jeu et nous embarque immédiatement avec lui dans la fiction.


La Vie privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder (1970)


Film assez méconnu de Wilder, La Vie privée de Sherlock Holmes, réalisé en 1970, a la particularité de ne pas être l'adaptation d'une nouvelle de Conan Doyle mais bien un scénario original, une variation sur les personnages de Holmes et de Watson, excellemment interprétés par Robert Stephens et Colin Blakely. Il est déjà fort appréciable de voir un Sherlock Holmes parvenant à résoudre mille énigmes par les grâces combinées de son ingéniosité et (surtout) de son exceptionnelle érudition, à une époque où le détective de légende, tel qu'interprété par Robert Downey Jr., est réduit peu ou prou à un boxeur abruti. Nos contemporains auraient fort à apprendre de Wilder, qui démythifie son personnage (forcé de porter sa tenue comique pour coller aux récits que Watson tire de leurs aventures, et finalement incapable de trouver le fin mot de l'histoire) sans le rendre méprisable.

Le film de Wilder, qui ne brille pas spécialement par la qualité de son intrigue (l'enquête, pas vraiment trépidante et donc peu fascinante, est totalement tirée par les cheveux, mêlant entre autres une poignée de nains, la reine d'Angleterre et le monstre du Loch Ness), bénéficie malgré tout d'un excellent scénario et réjouit par ses saillies humoristiques constantes, par la façon discrète qu'il a d'évoquer la dépendance de son héros à la cocaïne, ou par la finesse avec laquelle Wilder filme sans la filmer l'homosexualité latente du couple formé par Holmes et son docteur (encore et toujours avec beaucoup d'humour, par exemple dans la séquence mémorable où Watson, en nages et euphorique, danse avec une troupe de demoiselles en furie très vite remplacée, après un mot glissé par Holmes à l'une de ces dames, par un groupe de mâles musclés plus enjoués que lui). Un film sans prétention mais fort plaisant.


Avanti ! de Billy Wilder (1972)


Comédie un brin trop longue, notamment à cause d'un enchaînement de fausses fins, et qui perd un peu d'énergie dans des intrigues parallèles parfois superflues, Avanti! fonctionne malgré tout à merveille et reste un vrai plaisir. Ses longueurs et autres circonvolutions s'expliquent d'ailleurs quand on lit les propos de Wilder : « Il y a une phrase de Renoir sur la différence entre les réalisateurs "européens" et les réalisateurs "américains", par exemple entre Lubitsch, Wyler, Siodmak, Zinnemann, Sirk et moi d'un côté, et Ford ou Hawks de l'autre : en Amérique, tout marche comme sur des rails, alors que les films européens comportent toujours de charmants détours inattendus ». Quid alors d'un "Américain européen" revenu tourner en Europe ? Le cinéaste voulait plus de liberté après avoir vu les studios charcuter La Vie privée de Sherlock Holmes, et partit donc tourner son film en Italie, renouant avec ses comédies hollywoodiennes des années 50 et 60 (Certains l'aiment chaud, La Garçonnière, Irma la douce) tout en favorisant leur renouvellement par un changement d'air radical. On retrouve ici le si sympathique Jack Lemmon, acteur fétiche du cinéaste, fidèle à lui-même, mais on découvre en revanche, face à lui, la peu connue Juliet Mills, qui fait très bonne figure et incarne bien le sentiment de liberté susmentionné (drôle d'impression de se retrouver nez-à-nez avec une paire de seins filmés plein cadre dans une comédie, même tardive, dans la lignée de celles de la période Code Hays).

Avanti!, drôle et savoureux à souhait, raconte l'histoire d'un homme d'affaires américain convoqué en Italie pour rapatrier le corps de son père, décédé dans un accident de voiture. Sur place, l'homme apprend que son père entretenait là de façon très régulière une relation extra-conjugale de longue date. Abasourdi, il rencontre en prime la fille de la maîtresse de son père, et se voit contraint et forcé (en tout cas dans un premier temps...) de rejouer avec elle les scènes de la vie amoureuse cachée de leurs aïeux. Comme le film lui-même, qui rejoue et prolonge, non sans une certaine mélancolie, un cinéma passé, voire suranné, mais que l'on a tant aimé. Dans la fraîcheur comique et romantique ambiante, certains gags sont plus que jamais d'actualité, quand un agent de la CIA conseille au délectable personnage du maître d'hôtel italien devenu complice de Jack Lemmon d'éviter de s'installer à Damas, zone trop dangereuse, avant de rectifier : Damas plutôt que New-York… ou quand le même type, à propos des italiens dont la pause déjeuner s'étendrait de 13h à 16h, s'exclame : "On leur donne un fric pas possible pour les aider et ils n'en foutent pas une…"


Fedora de Billy Wilder (1978 - ressort sur les écrans le 21 août 2013)


Avant-dernier film de Billy Wilder, tourné sans l'aide des studios qui lui avaient tourné le dos, produit par Wilder lui-même et son scénariste attitré I.A.L. Diamond, Fedora est une réponse, en 1978, à l'inoubliable Boulevard du crépuscule de 1950, avec le même génial William Holden dans le rôle principal. L'histoire est plus ou moins la même. Elle est aussi plus ou moins inversée puisque William Holden n'est plus ce scénariste en difficulté soudainement pris au piège par une ancienne star du muet devenue folle, prête à renouer avec les projecteurs car persuadée de n'avoir pas pris une ride et d'être toujours la plus grande actrice du monde, il est cette fois-ci dans la peau d'un réalisateur lui-même impatient de tourner à nouveau et pour cela bien décidé à retrouver Fedora, une grande actrice de l'âge d'or hollywoodien, retirée sur une île grecque depuis trop longtemps. Sauf que Fedora est elle-même prisonnière, enfermée, aux sens propre et figuré, sur un rocher isolé, où une vieille comtesse, un médecin, une gouvernante et un garde du corps la surveillent, et dans son personnage médiatique d'autrefois. Le film, dont le tournage a semble-t-il été pour le moins chaotique, souffre d'une baisse de régime dans sa deuxième partie, entièrement consacrée à un récit explicatif  énoncé par l'un des personnages et illustré par de nombreux flashbacks, eux-mêmes dépourvus de véritables enjeux car principalement destinés à illustrer les explications parfois superflues récitées en voix-off. Mais, en dépit d'un déséquilibre entre les deux moitiés du film, le dispositif reste pertinent, la première partie déployant dans un récit romanesque toute une intrigue énigmatique autour de la question de l'identité de Fedora, tandis que William Holden et nous-mêmes sommes emportés par la fiction, dupés par une machination complexe et éblouis par le feu des projecteurs comme par le soleil de Corfou ; avant que la deuxième partie ne révèle en mode mineur l'envers du décor, les coulisses moins glorieuses, sinon sordides, de la grande machine hollywoodienne, avec à la clé une critique précoce mais déjà particulièrement juste des dérives de la chirurgie esthétique.

Le film reste donc absolument délectable, et même assez magistral, pour, entre autres, toute sa première partie, à commencer par son introduction, cette séquence incroyable et frappante du suicide de Fedora qui se jette sous un train à la façon d'Anna Karénine, mais aussi pour la voix-off géniale du grand et vieux William Holden, qui commente l'enterrement de Fedora au début du film et nous évoque Humphrey Bogart, sous la pluie, assistant aux funérailles de Maria Vargas (Ava Gardner) au début du mythique La Comtesse aux pieds nus, et puis pour la drôlerie de Billy Wilder aussi, qui crée un nouveau personnage de maître d'hôtel complice et facétieux dans la lignée de celui d'Avanti!, pour le raffinement absolu de sa mise en scène encore, d'une élégance admirable en dépit de l'étroitesse probable du budget, délicate jusque dans l'art du fondu enchaîné, prépondérant dans un récit tout en flashbacks. Cet avant-dernier film du cinéaste, que l'on sent assez loin de ce que l'artiste devait espérer, et que l'on aurait du reste peut-être pris avec hauteur en 1978, pour son classicisme affiché ou sa nostalgie revendiquée (à noter une belle apparition du vieil Henri Fonda, qui fait écho aux rôles et apparitions de Stroheim ou Keaton dans Sunset Boulevard), apparaît aujourd'hui comme le testament particulièrement bouleversant d'un immense metteur en scène.


Quoi de mieux pour clôturer ce bilan sur cet excellent festival que l'un des derniers jalons de la filmographie d'un immense cinéaste. Cette conclusion est aussi une ouverture puisque Fedora ressort au cinéma le 21 août 2013. Je vous conseille chaudement d'aller le découvrir en salles, et je félicite La Rochelle de l'avoir présenté avec un peu d'avance. Le festival aura permis de découvrir des nouveautés en avant-première, partagées entre déceptions et vrais coups de cœur, et surtout de rattraper un certain nombre de classiques parfois drôles, parfois touchants, parfois splendides, parfois tout ça. Rendez-vous peut-être l'année prochaine pour une nouvelle édition et, qui sait, un nouveau bilan...