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13 septembre 2020

Un faux mouvement

La solide petite réputation dont jouit encore aujourd'hui ce polar sorti en 1992 ne paraît en rien galvaudée. Carl Franklin, qui n'a semble-t-il jamais fait mieux, peut s'appuyer sur un scénario particulièrement bien ficelé, qui nous tient en haleine jusqu'au bout, signé par l'un de ses acteurs principaux, j'ai nommé Billy Bob Thornton. Ce dernier incarne un dealer de drogue impulsif qui, suite à un vol de coke ayant tourné au massacre à L.A., part en cavale avec la drogue et un gros magot en compagnie de son complice, le particulièrement dangereux et plus réfléchi Pluto (Michael Beach), et sa petite-amie, la belle Fantasia (Cynda Williams). Le trio a pour destination Star City, une petite bourgade paisible d'Arkansas où le shériff, incarné par Bill Paxton, les attend en frétillant d'impatience, bientôt épaulé par deux flics venus de Los Angeles qui feront équipe avec lui.




Si la mise en scène de Carl Franklin ne brille pas particulièrement par son audace, sa capacité à développer une ambiance spéciale ou à nous proposer des images saisissantes, le réalisateur accomplit tout de même un travail des plus honnêtes, il parvient très tôt à instaurer un rythme assez haletant et nous rend son récit très agréable à suivre. Surtout, il réussit parfaitement à faire exister ces différents personnages, bien aidé par un casting irréprochable. Le regretté Bill Paxton trouve peut-être ici son meilleur rôle. Il est assez touchant dans la peau de ce shériff plein d'entrain qui gère sa petite ville avec bienveillance et qui espère briller auprès des deux flics de L.A. La présence de Cynda Williams est également très appréciable, l'actrice est parfaite dans ce rôle de femme versatile et manipulatrice qui a souvent un temps d'avance sur ses acolytes. Le fait que nous croyons et que nous aimons ces personnages permet de nous faire passer comme une lettre à la poste l'une des dernières surprises du scénario, qui aurait été peut-être un peu plus difficile à avaler autrement.




Par ailleurs, sans trop forcer le trait, Carl Franklin réussit très bien à nous montrer le déphasage qui existe entre le sud de l'Amérique et le reste. La question du racisme est abordée avec habileté, sans lourdeur ni insistance. Et si les personnages existent joliment, Star City, ce coin d'Arkansas bien ancré dans le sud, devient également un endroit à part entière, où l'on jurerait avoir effectivement passé un court séjour après avoir vu ce film. Bien que le suspense repose ici tout le long sur l'attente, littéralement (celle de l'arrivée des meurtriers à Star City), le film n'ennuie à aucun moment. Par un montage parallèle aussi simple qu'efficace, Franklin joue plutôt bien de l'avancée du trio sur les routes tandis qu'un autre trio se prépare et monte la garde. Lors de l'ultime séquence, le cinéaste ose un peu plus, nous gratifiant notamment de quelques cadrages obliques qui nous rappellent que One False Move date bel et bien du début des 90's. Avec plus de bonheur, il choisit alors d'accompagner l'action par la mélodie d'un joueur d'harmonica local. La toute fin du film s'avère assez poignante, la preuve qu'il a largement atteint son but. En bref, Un faux mouvement est un vrai bon polar, le film du dimanche soir idéal. 


Un faux mouvement (One false move) de Carl Franklin avec Bill Paxton, Cynda Williams, Billy Bob Thornton et Michael Beach (1992)

17 mars 2019

Brain Dead

Non, ça n'est pas du petit délire gore à la réputation surfaite signé Peter Jackson dont je vais vous parler, mais bel et bien de la pépite méconnue du même nom réalisée par l'américain Adam Simon. Sorti en 1990, deux ans avant Braindead, le film d'Adam Simon a beaucoup trop souffert de cette confusion qui l'a encore davantage poussé dans l'oubli. Et pourtant ! On tient là un film d'horreur tout bonnement remarquable. Vu à l'âge de 10 ans, un mercredi matin, au gré de sa diffusion sur Canal +, j'en garde un souvenir ému, quelques images et situations bien ancrées dans mon esprit mais, à vrai dire, rien de vraiment très précis. Je ne m'en souviens, pour tout vous avouer, quasiment pas. Malgré des recherches intensives qui m'ont mené sur le dark web et dans les bas-fonds des pires vidéoclubs de Cincinnati, je n'ai jamais réussi à remettre la main sur une copie de ce film et je n'ai donc jamais pu me rafraîchir la mémoire (quasi nulle, pour rappel). Je peux, en revanche, vous décrire en détails la genèse de cette œuvre si particulière, une histoire que je connais fort bien pour m'être longtemps renseigné à son sujet... Petit retour en arrière.




A la fin des années 80, Julie Corman, la femme de Roger, embaucha deux dizaines d'étudiants pendant l'été. Des étudiants de niveau Bac + 5 minimum, triés sur le volet après des semaines d'auditions impitoyables. Sélectionnés pour leur qualité d'analyse, leur exigence face à la vie, leurs cultures cinématographiques et littéraires, ils avaient pour mission de dépoussiérer, lire et relire une centaine de vieux scénarios oubliés dans les archives de Roger Corman, au sous-sol de son vieux manoir familial californien. Après deux mois de lectures intensives, d'échanges très riches et d'analyses collectives, un script signé Charles Hector Beaumont, datant de la fin des années 60, est sorti du lot et a mis strictement tout le monde d'accord. Écrivain, scénariste et disc jokey, Charles Beaumont n'est guère ce que l'on pourrait appeler un inconnu dans le domaine du fantastique et de la science-fiction puisqu'on lui doit les scénarios de quelques épisodes marquants de la fameuse série télé La Quatrième Dimension. Marqué par la Guerre Froide qui faisait rage au moment de l'écriture de son script maudit et par les innovations scientifiques regardées avec méfiance à cette même période, Charles Beaumont a rédigé une véritable invitation à nous perdre dans les dédales kafkaïennes d'un cerveau malade. Son texte malsain est un cauchemar paranoïaque qui ne laisse pas indemne son pauvre lecteur... Selon la légende, aucun des vingt étudiants embauchés pour le défrichage des textes abandonnés n'a ensuite poursuivi ses études, chacun d'eux préférant s'éloigner d'Hollywood et optant pour une vie monacale, rangée des bagnoles. On note également un taux anormal de suicides et de dépressions parmi les malheureux, à jamais bouleversés par leur expérience chez les Corman et par le synopsis diabolique de C. H. Beaumont.




Dix ans plus tard, personne n'avait osé s'attaquer à la folle histoire inventée par Charles Beaumont un soir d'ivresse. Le scénario, jugé inadaptable par les plus raisonnables producteurs, avait même acquis une très sombre réputation dans les couloirs des studios hollywoodiens, certains allant jusqu'à le surnommer "Le Necronomicon des Scénars", un truc capable de rendre fou l'infortuné et courageux lecteur qui aurait l'outrecuidance d'y aventurer ses pauvres yeux. Il fallait donc bien un débile complet venu d'ailleurs et de la trempe d'Adam Simon pour s'y casser les dents et se charger de l'adaptation. Adam Simon, de son vrai nom Edgar Sigmond, natif de Paris, Texas, et seul héritier de la famille Post-it, inventeur des feuilles de papiers autoadhésives amovibles du même nom, a mis tous ses deniers personnels sur le tapis pour racheter les droits du sacrosaint scénario. Après des mois de travail et avec l'aide précieuse d'un fidèle cousin prénommé Gaspard, Adam Simon remit simplement le texte de Beaumont au goût du jour en réactualisant ce récit démoniaque datant des sixties au début des années 90, avec tout ce que cela sous-entend de progrès scientifique et de peur liée à la fin du millénaire. 




Avec un tel scénar en main, Adam Simon pouvait choisir les meilleurs acteurs du moment, les plus grandes vedettes seraient naturellement à sa disposition. C'est ainsi que son choix s'est très logiquement porté sur Bill Pullman et Bill Paxton. Le premier était alors au sommet de sa gloire après avoir vaincu sa peur des araignées dans Arachnophobie ; le second avait du mal à caler un nouveau projet entre les différentes et incessantes propositions du couple d'amis Cameron-Bigelow. Brain Dead est, à ce jour et à ma connaissance, le seul film qui a réussi à réunir les deux plus grands Bill du cinéma américain (n'en déplaise aux fans de Bill Murray et Bill Smith). Bill Pullman a accepté de se raser la tête pour les besoins du rôle, lui qui a d'ordinaire de si beaux cheveux et que l'on reconnaît immédiatement à sa jolie mèche sur le côté. Bill Paxton a quant à lui consenti à les coiffer en arrière, utilisant pour cela de la laque, alors qu'il préfère les laisser naturels, plutôt en bataille, et qu'il est d'ordinaire rétif à l'usage de tout produit d'hygiène. Des concessions bien rares et lourdes de sens de la part de telles pointures, plus habituées à dicter leurs lois sur les plateaux et à avoir droit de vie ou de mort sur le metteur en scène et ses techniciens. 




Mes connaissances sur ce long métrage s'arrêtant là, je vous propose à présent un pitch succinct, basé sur mes minces souvenirs et le site IMDb (qui fait tout de même autorité dans le secteur cinématographique et télévisuel). Docteur Rex Martin (Bill Pullman) est l'un des meilleurs neurochirurgiens du monde. Spécialisé dans les lobotomies, ces terribles opérations à crâne ouvert, il étudie tout particulièrement le cerveau des paranoïaques, des schizophrènes et des personnes ayant voté François Fillon pour essayer de comprendre les mécanismes biologiques de la folie. Mais on ne pénètre pas le cerveau des autres et des plus grands tarés de ce monde sans danger... A la suite d'un banal accident, il devient son propre cobaye et peut étudier sur lui-même les effets terrifiants de la folie ! Lors d'une terrible expérience financée par son ami Jim Reston (Bill Paxton), un homme d'affaire texan milliardaire, le Docteur Rex Martin se retrouve en effet coincé dans ses cauchemars et ses hallucinations morbides, emportant le spectateur avec lui, ne sachant plus déceler le vrai du faux, ni distinguer le bien du mal, perdant définitivement pied avec la réalité et abandonnant pour de bon son humanité !




Difficile de résumer un tel film, qui nous propose, grosso mierdo, rien de moins que d'assister, impuissant, à la déchéance totale d'un être humain pourtant intelligent et sain. La lente mais brutale descente aux enfers de Bill Pullman nous est montrée sans détour (il me semble). Je me souviens seulement d'une scène où Bill Pullman, l'air complètement ahuri, ouvre une simple porte et se retrouve face au néant, dans les nuages, aspiré par le vide ! On le voit s'accrocher comme il peut dans l'encadrement de la porte, les cheveux au vent, la tronche toute tirée en arrière. Une grande scène. Il y a aussi un autre moment inoubliable où l'on voit un mec à la plage, le crâne décalotté, son cerveau à l'air libre, ouvert au quatre vents, et malgré tout jovial, profitant du paysage. Je crois que j'ai fait le tour de tout ce dont je me souviens. C'était un mercredi matin, je n'avais pas école, et j'étais heureux d'avoir pu découvrir un tel OFNI. Bill Pullman devenait, pour quelques semaines, mon acteur préféré et je voulais la même coupe de cheveux que lui (celle qu'il arbore en vrai et qu'il n'a jamais quitté, pas la boule à zéro). La petite histoire raconte que c'est en regardant Brain Dead que David Lynch a choisi d'engager Bill Pullman pour Lost Highway. Quand une légende rencontre un mythe...


Brain Dead (Sanglante paranoïa) d'Adam Simon avec Bill Pullman et Bill Paxton (1990)

5 juin 2017

U-571

Le casting de ce film est tout simplement ébouriffant. C'est un cocktail de muscles et de cellules grises. Jonathan Mostow, classé cinquième selon IMDB dans la fameuse liste des "5 Gods of Accion and Ficcion", aussi appelée la "Suite de Fibonacci", peut se vanter d'avoir fait tourner les plus grands. Dans U-571, les têtes d'affiche sont nombreuses et toutes plus prestigieuses les unes que les autres : Matthew McConaughey, Bill Paxton, Alec Baldwin, Harrison Ford, Gene Packman, Harvey Keitel, Sam Neill, Sean Connery, Patrick Bouchitey, Denzel Washington et Liam Neeson, pour ne citer que les plus fameux. Avec cette équipe de choc, Johnny Mostow voulait s'emparer d'un sous-genre du film d'action et d'un sous-sous-genre du film de guerre : le film de sous-marin de guerre. Le classique du genre reste Das Boot, film de chevet de Steven Spielberg et seule lueur de génie de son réalisateur Wolfgang Petersen, qui par la suite et en gardant un pied en Allemagne a réalisé L'Histoire sans fin, qu'il n'a donc jamais pu terminer, avant de devenir 100% ricain et de s'exiler au pays de l'Oncle Sam pour aligner des blockbusters totalement stars and stripés (Alerte!, Air Force One...) mettant souvent en scène de grosses masses d'eau (En pleine tempête, Poséidon), faisant de lui un sous-sous-sous James Cameron. L'homme revient parfois sur Das Boot, son premier et dernier chef-d’œuvre, et il renomme souvent le film "Miracle en Alabama", avec clin d’œil à la clé. N'empêche que Das Boot est la référence affichée par Mostow comme par tout réalisateur qui planche sur un film de sous-marin.


Traduction pour les non audiophiles : "Crankcase est plein d'eau de source". Précision : Crankase c'est le nom d'un jeune mousse à bord du sous-marin. Ensuite il implore le capitaine Starboard Diesel (manque une majuscule à Diesel).

Quelques mots sur le pitch du film, car il faut toujours une bonne excuse pour sortir un film sur un sous-marin : en 1952, début de la guerre froide, dans les eaux de l'Atlantique nord, une bande de nationalistes russes s'empare d'une base de lancement de missiles nucléaires stratégiques et menace le reste du monde. Le capitaine Mike Dahlgren commande le U-571, un sous-marin archaïque mais redoutable, premier sous-marin nucléaire de l'arsenal soviétique. Quand il découvre que le système de refroidissement du réacteur principal est défaillant, Mike Dahlgren va accepter de maquiller son vaisseau en sous-marin allemand, l'un de ces célèbres U-Boote qui patrouillent au fond de l'océan. Un autre sous-marin, dans ces eaux réputées peu tranquilles, va prendre en chasse le U-571 de Mike Dahlgren (il aura fallu plus de 570 U ratés pour aboutir à ce navire insubmersible). A bord de son poursuivant, commandé par Alexei Vostrikov (l'Amiral Hackman), des ogives et un moteur à propulsion atomique menacent d'exploser si la température au cœur du réacteur ne baisse pas rapidement. Coupé du monde et de la flotte russe à cause d'une panne d'antenne, un premier ordre est quand même envoyé à Vostrikov lui intimant l'ordre de bombarder la Russie, lorsqu'arrive un second message indéchiffrable. Le capitaine Vostrikov est alors remplacé par son second, Starboard Diesel, pour cause de chiasse. Ce dernier et son nouveau second, Boubakar Polenin (Patrick Bouchitey), doivent surmonter un différend basé sur une différence de couleur de peau pour faire face à la crise et éviter un accident nucléaire. Par ailleurs, si une telle explosion se produisait, les États-Unis pourraient croire à une première attaque soviétique et déclencher une guerre totale. Pendant ce temps, la bande de nationalistes russes tâche de faire face au froid qui gèle les canalisations à bord de leur "bateau noir". A bord de l'U-571, la réussite de la mission de Mike Dahlgren va désormais dépendre de sa rapidité et de son courage. Tétanisant.


La touche Mostow : les petits ronds rouges dans l'image qui indiquent ce qu'il ne faut pas louper.

C'est ce pitch dantesque (qui est en fait la réunion de plusieurs projets et de maints courts métrages écrits par Jonathan Mostow dans sa baignoire quand il était jeune), qui a permis au réalisateur de se faire un petit nom et de confirmer son statut de faiseur un peu brouillon mais foutrement doué. Quelqu'un de sérieux et de bonne volonté, apprécié de ses acteurs, qui vantent l'ambiance unique sur le tournage, à la bonne franquette. S'il a un petit air facho en photo, c'est néanmoins grâce à sa douceur de caractère qu'on a confié plusieurs projets importants à Mostow. C'est aussi grâce à son côté bonne poire que des gens comme Arnold Schwarzenegger, ou Bruce Willis, voire Kurt Russell, ont dit un jour dans leur vie : "I want Mostow in !" Ces mastodontes-là ont l'habitude de complètement contrôler les films dans lesquels ils s'engagent, et ils savent qu'engager Mostow c'est l'assurance de garder toute latitude sur la dimension artistique. A la poursuite du Diams USS boot 519 Jump Street Alabama - Le piège des profondeurs est un bon film du dimanche soir, comme tous les Mostow. Et comme il a fait quatre films, ça fait un mois de dimanches soirs assurés.


U-571 de Jonathan Mostow avec Matthew McConaughey et Bill Paxton (2000)

29 novembre 2014

La Liste de mes envies

- Ne plus jamais mater un film dont je sais par avance qu'il va chlinguer la mort à ce point.

- Ne plus jamais mater un film dont le cinéaste s'appelle Didier Le Pêcheur.

- Ne plus jamais mater un film avec Mathilde Seigner.

- En règle générale, ne plus jamais mater un film. En tout cas pendant quelques heures, quelques jours, pour me remettre en forme. Les vertus du jeûne sont bien connues, surtout après avoir ingéré des ordures.


Mathilde Seigner, après vingt ans de carrière déjà, joue ici la tristesse ou un truc comme ça.

- Ne plus jamais mater un film, et ce même après le terme du jeûne, où Julien Boisselier, Julien Boisselier, joue les tombeurs.

- Me repasser plusieurs fois les deux scènes de ce film où Julien Boisselier, dans le rôle du tombeur, de l'homme parfait, irrésistible, à se foutre par terre, du haut de ses 32 kilos tout mouillé, avec son air de souffre-douleur et sa triste moustache de collabo mesquin, débarque dans le dos de Mathilde Seigner et lui sort des phrases de dragueur invétéré mais trépané d'une voix éraillée de vieillarde sénile en bout de course. Me repasser ces deux scènes plusieurs fois donc, pour me marrer, en parvenant à ne rien propulser sur mon poste de télévision, ni godasses, ni table basse.


Elle entend une voix dans son dos, la voix de Gollum, ni plus ni moins, qui lui susurre à l'oreille : "Laissez-moi vous aider...", elle se retourne, et elle voit ça. Scène d'après : elle est dans son pieu. Pige pas.

- Pour rester dans les acteurs : ne plus jamais mater un film où Patrick Chesnais (se prononce "chaise-nez", on ne le dira jamais assez) est malade. Je ne parle pas des films dans lesquels il jouerait en étant lui-même malade, victime d'un rhume malgré ses trois pulls et sous-pulls quotidiens par exemple, un de ces rhumes des foins auxquels il est tant sujet alors qu'il n'a jamais vu une meule de foin de sa vie, mais qui lui donnent somme toute cet air vaguement fatigué, qui lui font paumer encore plus de syllabes dans sa moustache, et poussent encore un peu plus sa petite voix dans les basses, toutes choses qui font son charme inégalable. Non, je parle de films où il incarne un souffrant. Dans cette enflure de film, Chesnais joue un malade d'Alzheimer. Je n'aime pas le voir comme ça, réduit à ça, pas lui. Une preuve de plus de la bassesse des gens qui ont organisé ce projet cinématographique  méphistophélique.


On souhaiterait presque que Pat' Chesnais souffre réellement d'Alzheimer, ça lui permettrait d'oublier qu'il a joué dans cette infamie.

- Chercher en revanche tous les films où Marc Lavoine souffre comme un iench et m'en faire une to watch with un putain de smiley Cyrus list.

- Chercher également s'il existe un film où Marc Lavoine ne joue ni un connard, ni un queutard, ni les deux à la fois.

- Chercher, de manière plus générale et encore plus désespérée, s'il existe un film où Marc Lavoine joue un connard doublé d'un queutard mais le joue bien.

- En parlant de Marc Lavoine : piger pourquoi les scénaristes français contemporains truffent leurs films de personnages de sous-enculés, et me convaincre que ce n'est pas parce qu'ils se projettent un max dans leurs créations. Lavoine interprète une belle ordure dans ce film (avant de se barrer avec tout le fric de sa femme, on le voit, dans une scène d'anthologie, la traiter de "poubelle" (sic.) et de "grosse truie" (re sic.), parce qu'elle vient d'accoucher d'un bébé mort-né...), mais il n'est pas le seul. Les connards pullulent. On pourrait mater ce film avec le détecteur de mouvements que les marines du deuxième opus de la saga Alien n'ont de cesse d'utiliser pour repérer les xénomorphes, sauf que ce serait un détecteur de fumiers. Pendant tout le film, le truc n'arrêterait pas de sonner et de clignoter. On se retrouverait, tel Bill Paxton, aka Hudson, dans Aliens le retour, à reculer dans son canapé, les yeux vissés tour à tour au détecteur et à l'écran de la télé, à moitié en train de chialer, les yeux écarquillés, incrédule, flippé : "Y'en a partout, ils sont lààààààà je vous dis..."


Des connards, ils sont partout. 4 mètres... 3 mètres... 2 mètres... ça se rapproche...

- Là pour le coup c'est moins une envie qu'un souhait, une recommandation pour moi-même, un mémo : si je rencontre un jour une meuf, ou un type, qui s'amuse à raconter n'importe quoi à son père souffrant d’Alzheimer, à lui "réinventer sa vie" à chaque visite, profitant de sa crédulité pour lui faire croire qu'il était un type génial, qu'il a marché sur la lune, que sa femme était Tabatha Cash en personne et qu'il a joué le rôle de Legola dans Le Seigneur des anneaux, quitte à le perturber encore plus qu'il ne l'est déjà et à aggraver sa maladie (c'est ce que fait Mathilde Seigner avec Pat' Chesnais dans ce film, vous l'aurez deviné), surtout garder mon self-control, rester cool, ne pas fondre un plomb et finir à Montfavet, chez les tarés, avec une camisole sur le dos et le masque d'Hannibal Lecter sur la tronche.

- En parlant de Lecter, puisque Mathilde Seigner prétend dans ce film qu'elle lit, première nouvelle, mais mieux, qu'elle adore plus que tout l'énorme pavé d'Albert Cohen, Belle du seigneur : me rendre un jour à une avant-première en sa présence et lui demander de me dédicacer mon exemplaire dans l'édition blanche Gallimard de 7 kilos, en lui "passant" mon bouquin depuis le fond surélevé de la salle d'un moulinet du bras doublé d'une triple-pirouette du corpus façon Gabriele Reinsch, record du monde de lancer de disque avec 76,80 mètres à Neubrandenburg, Allemagne de l'Est, le 7 juillet 1988, soit en droite ligne, chemin le plus court entre deux points.


Quelle personne normale ne fait pas de tirets pour établir une liste ? Ce film vous foutra les glandes jusque dans les moindres détails.

- A chaque fois que j'entrerai dans une librairie à compter de ce jour, me taper tous les rayons dont je me fous comme d'une guigne (cuisine, jardin, développement personnel, parapsychologie, nature, voyage, sport, politique, charcuterie) pour éviter de croiser le roman méga best-seller signé Grégoire Delacourt dont ce film est adapté. Peut-être qu'il vaut mieux que son adaptation, ça arrive, mais là j'ai un grooooooos doute.

- Consacrer dès demain une partie de ce blog au macramé, au point de croix, au scrapbooking (?) et à la tarte tatin, histoire de toucher en trois jours des milliards de lecteurs, comme le personnage de Seigner dans cette daube, et d'avoir l'impression de palper les bourses du CNOUS, comme au bon vieux temps, mais multipliées par 1000.

- Ou, plus simple, gagner 18 millions d'euros à la loterie, comme l'héroïne de ce film en bois vermoulu, voire beaucoup plus, infiniment plus, puis aller voir les gens qui produisent ce genre de film — qui font du cinéma comme on gratte un ticket de jeu ou comme on remplit une grille de loto, très rapidement, en faisant le moins d'efforts possibles, tout en espérant ramasser le pactole — et leur filer du pognon, ce qu'ils veulent, pour leur éviter la peine de réaliser de telles saloperies et de les soumettre sans honte au public. Un peu comme ce vieux type, dans le prologue de Rasta Rockett, qui va voir Sanka en train de chanter comme une chèvre assis dans la rue, et lui dit avec son accent jamaïquain de malade : "Tiens, je te donne un dollar pour que tu la fermes".

- Gober tout rond un gros kefta sauce samouraï roulé façon Calzone. En preums sur toutes les listes de les envies du monde, logiquement. Mais je ne devrais pas le noter dans ma liste perso parce qu'aussitôt dit aussitôt assouvi. Je trace au Chawarma le plus proche.


La Liste de mes envies de Didier Le Pêcheur avec Mathilde Seigner, Marc Lavoine, Virginie Hocq, Frédérique Bel et Patrick Chesnais (2013)

25 octobre 2014

Edge of Tomorrow

Je viens de regarder ce film dans le train et je m'apprête à le critiquer dans la foulée. Deux heures de trajet gagnées contre 30% de batterie perdue, le deal était plutôt honnête. Et j'avais hâte de savoir si ma théorie sur les films avec Tom Cruise allait se vérifier. Cette théorie est toute simple : Tom Cruise, acteur tout-puissant, serait l'une des rares stars américaines à encore nous proposer des blockbusters matables, disons au-dessus de la moyenne, pas complètement débiles. J'avais apprécié son sens de l'autodérision dans Jack Reacher, thriller old school ayant le chic de ne pas vraiment se prendre au sérieux. Oblivion n'était pas géant, bien sûr, mais je l'ai vu au cinéma, j'ai survécu et j'en suis ressorti sans mal de crâne. Si j'avais subi Pacific Rim, Godzilla ou Transformers 6 sur grand écran, je ne sais pas du tout si je pourrais en dire autant. Quant à ses Missions Impossibles, je ne les reverrai pour rien au monde mais il s'agit selon moi du haut du panier actuel en terme de film d'action US. J'applique donc la politique du pire et je sais que ça n'a rien de glorieux, mais tout de même... C'est ma théorie : quand un film est piloté par Tom Cruise, on se dit qu'il y a quelqu'un au volant, quelqu'un qui nous prend un peu moins pour des demeurés, dont on sent qu'il a fréquenté quelques pointures.




Je vous l'annonce tout de suite : Edge of Tomorrow, film i-dé-al pour un voyage en train à écourter, n'a pas contredit ma petite théorie. C'est pas génial mais ça passe à l'aise ! J'ai lancé ce film alors que ma voisine d'iDTGV, une vieillarde à la mine peu commode, venait de se taper un énorme sandwich bien dégueu. Deux tranches généreuses de pain de campagne rustique renfermant difficilement du jambon de pays et des œufs durs bien craspecs. En la matant savourer tout lentement ce sandar de dingue, prenant son pied comme jamais, comme pour me narguer, j'avais la haine. Je me répétais intérieurement "Pas de scandale même si t'as la dalle ! Reste zen, pas de crime de haine !". Étant donné l'heure, il s'agissait simplement de son goûter, imaginez donc la tronche de ses petits dej' ! La vieille a enchainé en tombant une tablette entière de chocolat au lait Lindt extra fin. Peut-être risque-t-elle un AVC mais pour mener une vie pareille, ça valait le coup ! C'est donc aussi pour la calmer que j'ai sorti mon matos et maté Edge of Tomorrow, m'isolant sans scrupule, la privant du son et essayant de lui cacher au maximum mon écran.




Les premières minutes du film, petit condensé de news itélé, nous apprennent rapidement que l'humanité est en guerre : une invasion extraterrestre a mis la planète à feu et à sang. Pendant une (longue) seconde, François Hollande apparaît à l'image, en gros plan. Peut-être un signe de solidarité entre nains de 1m66 de la part de Tom Cruise ? En tout cas, c'est une chose que l'on pourra ajouter au bilan de son triste mandat : une apparition dans un film dépassant la note de 8/10 sur iMDB ! Sans doute est-il le seul président de la Vème république à avoir accompli cet exploit. Mais passons. Tom Cruise incarne ici un commandant de l'armée, persuadé que les aliens sont désormais prenables grâce aux super tenues robotiques conçues pour les soldats. Suite à un malentendu, il est envoyé sur le front pour combattre en armure. Tom Cruise se retrouve bloqué dans une boucle temporelle et le voilà condamné, tel Bill Murray, à revivre sans cesse la même journée. À chacune de ses morts sur le champ de bataille, il se réveille 24h plus tôt, à son arrivée au camp, accueilli par le revenant Bill Paxton. Bien sûr, il va profiter de cette faille temporelle pour sauver l'humanité, trouvant une alliée de poids en la personne d'Émily Blunt, qui fut elle aussi coincée dans une même boucle lors d'une bataille précédente mais a depuis perdu le mojo.




Comme presque tous les films avec aléas temporels, Edge of Tomorrow est sans doute une montagne de goofs. Déjà, comment expliquer que seul Tom Cruise, en clamsant, fasse remonter le temps à l'humanité et au monde tout entier ? Ne pourrait-il pas s'agir de sa seule perception ? Un autre soldat ne peut-il pas connaître le même sort que lui ? Après tout, les conditions ne semblent pas si rudes à réunir... Le film ne s'interroge pas là-dessus. Il ne cherche qu'à nous divertir efficacement. Ses intentions ont au moins le mérite d'être clairement affichées. Le phénomène de boucle temporelle nous est tout de même rapidement expliqué : il serait dû à certains aliens bleutés directement reliés à un gros cerveau alien contrôlant tout, temps compris, et ayant élu refuge sous le musée du Louvre. Bon... Je vous l'avoue tout net, pour apprécier ce film, j'ai honoré le fameux dicton d'Igor d'Hossegore : cherche pas, t'as tort. C'est une bonne solution pour suivre un tel film sans mettre en pause toutes les deux minutes pour s'assurer de comprendre tous les aspects du scénario ou relever ses moindres couacs. On peut quand même se demander comment cela se fait qu'Hollywood paraisse aujourd'hui incapable de produire des films de SF aux pitchs cohérents, simples mais originaux...




Doug Liman nous propose finalement un blockbuster correct dont les références, les influences sont plus à chercher du côté du jeu vidéo qu'ailleurs. Comment, en effet, ne pas penser à un jeu vidéo lambda quand on voit le personnage de Tom Cruise mourir et revivre à l'infini pour réessayer sa mission ? Les dialogues fourmillent également de références vidéoludiques, Tom Cruise parlant de "game over" si tel ou tel mouvement n'est pas exécuté au bon moment, au bon endroit. Les brèves discussions de Blunt et Cruise entre les scènes de bataille nous donnent d'ailleurs aussi la vive impression de voir deux gamers réfléchir entre eux, sur leur canapé, pour décider de la meilleure stratégie à adopter pour passer un niveau à la difficulté particulièrement relevée. Certains plans semblent tout droit sortir d'un FPS (first-person shooter) à la Duke Nukem, Quake ou Call of Duty (rayer les titres inutiles selon votre âge), avec ici le point de vue de Tom Cruise. Ce choix, allié à un certain savoir-faire et une légèreté affirmée, permet à Edge of Tomorrow d'avoir un côté ludique pas déplaisant, mais il réduit aussi considérablement les enjeux d'un film, ma foi, très anecdotique. À la toute fin, après avoir ôté mon casque, la passagère au délicieux sandar sise à coté de moi et qui avait suivi tout le long en lisant les sous-titres, m'a tapé du doigt sur l'épaule avant de me faire une longue énumération de tous ces goofs que j'avais choisi d'ignorer. Je lui ai éternué au visage.


Edge of Tomorrow de Doug Liman avec Tom Cruise, Emily Blunt et Bill Paxton (2014)

21 avril 2014

Twister

C'est peu de dire que Jan de Bont était attendu au tournant après Speed, succès planétaire et classique instantané du film d'action des années 90. Prudent, consciencieux et malin, Jan de Bont, qui avait ouvert sa carrière par un chef-d’œuvre, tel Orson Welles, Jean-Luc Godard, François Truffaut, Nicholas Ray ou Robert Rodriguez, voulut assurer ses arrières pour son second long en collaborant avec des valeurs sûres du box-office : Michael Crichton au scipt, Steven Spielberg à la production et tous les protégés de ce dernier derrière lui (Kathleen Kenedy au financement, Michael Kahn au montage, Jeremy Davies, l'éternel ami d'E.T., à l'arrière-plan dans une scène coupée, etc.). Petit topo sur Michael Crichton : rappelons que le bonhomme est un foutoir à idées de génie, c'est le roi du scénario qui tient en un mot et qui fout le monde entier sur le cul, à l'instar d'un Stephen King, d'un Philip K. Dick ou d'un Richard Matheson. C'est notamment lui qui a écrit Jurassic Park (on ne vous rappelle pas l'idée de base du film, consistant à ranimer Sam Neill à partir de l'ADN d'un moustique et des hormones d'une grenouille, jusqu'à ce qu'il finisse par péter un plomb, se libère de sa cage et bouffe tout le monde...). Quelques années plus tôt Crichton avait lui-même réalisé un film intitulé Westworld, basé sur le même genre d'idée, avec des cowboys animatronics à la place de Sam Neill. Moins connus mais tout aussi originaux, il a écrit La Proie, où des nanorobots en forme de moustiques destinés à l'armée échappent au contrôle de leurs créateurs et foutent le boxon, il a aussi écrit Congo, où un orang-outang natif du Congo dopé à l'ADN de crapaud pète les plombs et échappe au contrôle de ses maîtres pour foutre la merde, sans parler d'Urgences, la série télé qui a rendu célèbre l'acteur Noah Wyle, avant qu'il n'échappe au contrôle de son psychiatre et mette la ville de Plymouth à feu et à sang (la police le traque toujours).




La collaboration entre celui qui était alors le nouveau pape du film d'action, De Bont, et Crichton, la boîte à idées la plus fructifiante d'Hollywood, avait tout pour casser la baraque (comme on le voit sur l'affiche). L'argument du film est encore une fois tout simple, et ses auteurs en ont conscience, misant tout sur une efficacité sans froufrous : un ancien couple de climatologues se retrouve dans l'Oklahoma avec pour mission d'étudier une phénomène météorologique aussi dévastateur que méconnu, les tornades, et pour ce faire ils devront rien moins que placer au cœur de l'une d'elles une webcam en titane. Hélas, nos spécialistes des tornades seront eux-mêmes surpris par l'amplitude de celle qui s'abat sur leur tête, la plus puissante jamais observée dans le midwest américain depuis 30 ans, de catégorie F5, le genre de bourrasque qui vous rafraîchit votre page firefox en un clin d’œil si elle s'abat près de chez vous. Les effets spéciaux, primordiaux dans un film catastrophe supposé vous clouer le bec, sont diablement réussis. Jan de Bont n'avait pas froid aux yeux et voulait tourner au plus près de vraies tornades pour limiter les ajouts numériques forcément déceptifs en 1996, et si quelques perchmans y ont laissé leur peau (il y en a encore deux dont les cadavres n'ont pas été retrouvés, c'est à peine si on a pu mettre la main sur quelque tas de peaux susceptible de leur avoir appartenu) le résultat est bluffant à l'écran, encore aujourd'hui. Mais cela ne pouvait pas suffire, et la plus grande malice de De Bont et de sa clique, malice héritée de Spielberg à n'en pas douter, tient dans l'art du casting.




Soyons galants, commençons par Bill Paxton. Abonné aux seconds rôles (notamment chez Cameron, celui qu'il nomme son BFF, en concurrence avec Schwarzy, qui de toute façon ne comprend pas l'acronyme BFF), seconds rôles qu'il rend merveilleux par des punch-lines inventées sur le vif, Paxton est ici le premier rôle masculin. Ce statut lui rendit le tournage bien douloureux : il ne se sentait pas à sa place et appelait sa mère entre chaque prise pour lui signifier son mal-être et pour comprendre ce qui lui arrivait. Grand directeur d'acteurs devant l'éternel, Jan de Bont a su le mettre à l'aise en lui rappelant que pour lui l'Alien d'Aliens n'était nul autre que Paxton lui-même, phrase qui par miracle toucha l'acteur droit au cœur et lui rendit confiance. Au point que dans une scène phare du film, où le couple vedette se retrouve dans l’œil du cyclone de façon totalement imprévue par l'équipe technique, l'acteur a eu ce réflexe ô combien salvateur de sortir son ceinturon en cuir de bison futé et de s'accrocher d'une main à une canalisation à l'aide de cette lanière de cuir tout en retenant sa partenaire de son autre autre main, agrippée aux nibards d'Helen Hunt.




Helen Hunt avait eu la bonne idée de venir sur le plateau avec ses plus beaux atouts. A cette époque l'actrice menait un régime réservé aux femmes souffrant de problèmes de dos inquiétants dus au poids supporté par une colonne vertébrale pas faite pour ça. Privée de produits laitiers et de tout aliment à base de farine de blé, Helen Hunt devait chaque matin faire des dons importants de lactose à Bernard Kouchner pour Médecins sans frontières. Un débardeur blanc pour tout vêtement, c'est aussi la tenue pensée par Jan de Bont lors d'un de ces matins où il se levait en sursaut après avoir eu une illumination nocturne. Très souvent, le blanc est la couleur qui, mouillée, laisse apparaître le divin, et ce film le prouve dans maints extraits triés sur le volet par un De Bont humaniste et tourné vers son prochain testiculeux. Mais ce qu'on écrit là est incomplet, parce que non contente d'être trempée, Helen Hunt tape quelques sprints à faire rougir Marie-Jo Pérec, auteur de Les Choses et de La Vie Mode d'Emploi, qui à l'époque était pourtant plutôt perchée dans le domaine de la littérature potentielle et de la course à pied. Et sur ce fait, suivez mon regard, même s'il se balade de haut en bas et de droite à gauche à chaque foulée de l'actrice Hunt dans un mouvement de balancier qui ferait oublier la faim, la soif, le sommeil, toutes ces choses primaires et vitales...




Bref, Twister, ça décoiffe ! Tout le monde se souvient et s'émeut encore de ce plan où l'on voit une vache s'envoler et tournoyer à une vitesse folle dans un "Mmmmeüüûûhhhh" glaçant, pour être finalement embarquée par la tempête et finir empalée sur la pale d'un moulin à vent (car il y a toujours un moulin dans un film de De Bont, natif d'Eindhoven). Mais il faut savoir, il serait temps, que c'était une vraie vache, pas du tout un prodige d'effet spécial. C'était un véritable animal vivant, catapulté par un trébuchet moyen-âgeux tel un boomerang. C'est en tout cas ce que De Bont avait promis à son dresseur de bœufs attitré : "Tu verras, elle va nous revenir !". Mais la bête est bel et bien morte et Jan de Bont en rit encore. Il a peut-être perdu un ami mais il a gagné l'admiration de toute une profession et d'un public innombrable. De Bont, qui a quand même le rire facile, s'esclaffe de plus belle et pour un rien quand un spectateur lui demande sous quel logiciel ses ingénieurs ont été capables de faire ça, en 1996, à l'époque de Windows 3.1 et de la sortie en fanfare de la révolution vidéoludique "Lemmings". Il se marre comme une baleine lui qui sait qu'une authentique vache à lait de race Milka a été projetée dans les airs en meuglant pour la dernière fois et pour sa survie, avec un regard d'incompréhension qu'aucune machine ne pourra jamais reproduire mais que le caméraman hors-pair de De Bont sut capter, sut choper (pour ne pas dire "immortaliser") en plein vol...





Finissons par un bilan chiffré : sans revenir sur les deux perchmen morts/disparus et la vache sacrifiée pour le show, le film a rapporté 300 000 000 dollars alors qu'il n'en a coûté que le tiers. Trois fois la mise c'était la règle pour De Bont à l'époque. D'ailleurs c'était son surnom : "trois fois la mise". Il répétait ça sans arrêt à tous ceux qu'il croisait. Quand il a tourné Speed 2 : Cruise Control l'année suivante, il errait sur le plateau, ou plutôt sur le bateau, tel un fantôme, en murmurant "Trois fois la mouise...". Twister fut donc son second film et son dernier chef-d’œuvre. Après ça De Bont a remis le couvert trois fois et a mangé de la merde à tous les coups.


Twister de Jan de Bont avec Bill Paxton et Helen Hunt (1996)

1 mai 2013

Une Créature de rêve

La série Code Lisa a bercé notre adolescence. Quand nous avons appris qu'un remake du film de John Hughes à l'origine de la série et tourné en 85 était en branle, nous nous sommes dits qu'il était temps d'enfin le regarder ! On connait tous l'histoire (en tout cas Poulpard et moi) : Gary et Wyatt, deux nerds, risées de leur bahut, n'arrivent à rien avec les filles. Rien de rien ! Un soir d'ennui, ils décident donc d'inventer la femme de leur rêve sur l'ordinateur surpuissant à 1Mo de RAM de Wyatt. Après moult éclairs, une sublime créature débarque alors dans leur chambre comme par magie, exauçant tous leurs vœux, même les plus humides...

C'est donc à John Hughes, le fameux spécialiste du cinéma adolescent américain des années 80, que l'on doit cette idée ma foi toute bête mais diablement excitante, une variation du mythe de Frankenstein, revue et corrigée à la sauce teens et sexy. Le film, hélas, a terriblement vieilli, à l'image de son actrice principale, devenue une sorte de tract vivant anti chirurghie esthétique. Une Créature de rêve (en VO : Weird Science) a de bien nombreux défauts, liés en partie à son époque. La garde-robe des années 80 est une infamie, notamment sur une femme bien faite lorsque la tenue se veut aguichante. Le film est mal rythmé et trop rarement marrant, à l'exception d'une ou deux répliques surprenantes de vulgarité et du personnage de Chet, ici campé par un Bill Paxton sous tension (autre star au casting : Robert Downey Jr. en loubard très laid). A partir de son idée de départ, le scénario part dans tous les sens, quitte à nous perdre complètement en route, et se conclut n'importe comment. En bref, on est très très loin du meilleur de John Hughes, même si nous sommes contents d'avoir comblé cette lacune. 

Malgré cela, il faut reconnaître à John Hughes qu'il connaît bien son sujet. Il tient plutôt compte des réalités adolescentes, dans les limites imposées par une comédie tout public. Les ados du film n'ont que deux idées en tête : faire la fête et triquer. Son film est très tendancieux et n'occulte rien des envies sexuelles des personnages envers la femme créée. La première chose que font Gary et Wyatt après l'apparition de Lisa est de prendre une douche avec elle pour mieux la contempler dans son plus simple appareil. On devine alors qu'ils ont le sexe tellement dur qu'il pourrait fendre un chêne centenaire. D'autres allusions équivoques et des détails clairement craspecs parsèment le film et nous font régulièrement relever la tête à l'heure où les comédies pour adolescents sont tout ce qu'il y a de plus sage, totalement aseptisées et sans aucun esprit transgressif.

La série produite dans les années 90 et diffusée par France 2 était quant à elle tout ce qu'il y a de plus politiquement correct. Elle donnait cependant suffisamment d'idées pour mettre un adolescent en ébullition. Il faut dire que Vanessa Angel était une vraie tigresse. L'actrice avait trouvé le rôle de sa vie (on ne la recroisera ensuite que chez les frères Farelly). La série proposait un véritable festival sons et lumières pour tout amateur de belles pépés. Vanessa Angel apparaissait dans les tenues les plus affriolantes et plaçait la plupart des épisodes sur orbite, en particulier ceux de la première saison. Face à ça, on ne pouvait que serrer les dents et les poings en pensant à Wyatt qui, astuce scénaristique ridicule car pas du tout crédible, avait décidé de mettre des gardes fous pour empêcher tout abus d'ordre sexuel avec ou sur la créature. Bien conscient d'ailleurs qu'il s'agissait d'une question à vite évacuer, Lisa apparaissait nue mais censurée dès le tout premier épisode. Les scénaristes étaient ainsi immédiatement soulagés et délestés d'un épineux problème. Poulpard, quant à lui, maudit encore ces maudites barres noires...

Joel Silver, qui produira le remake, nous a promis une comédie interdite au moins de 18 ans, comme Very Bad Trip et 21 Jump Street. De quoi faire peur dans notre époque sclérosée, sachant que les deux comédies suscitées sont aussi subversives qu'un disque de Laurent Voulzy. Nous n'en attendons donc rien. Mais nous sommes tout de même curieux de connaître l'identité de celle qui sera condamnée à nous faire fantasmer et devra nécessairement correspondre aux rêves adolescents de son époque. Qui succédera à la sympathique Kelly LeBrock et à l'inoubliable Vannesa Angel ? On redoute Mila Kunis, Jennifer Lawrence ou Megan Fox, qui feraient perdre tout espèce d'intérêt au projet, et on conseille d'autres noms comme Amber Heard ou Jean Galfione. Petite requête perso : MEW... Mais dans le fond, on sait bien qu'un tel remake aurait plutôt dû être réalisé par Marc Dorcel ou John B. Root pour XXIst Sextury...


Une Créature de rêve de John Hughes avec Anthony Michael Hall, Kelly LeBrock, Ian Mitchell-Smith et Bill Paxton (1985)

10 juillet 2012

Piégée

Je suis en train de regarder Piégée (Haywire en VO, littéralement "devenir dingue") et je m'ennuie tellement que j'ai décidé de boucler ma critique en temps réel. A l'heure où je vous parle Mathieu Kassovitz essaie de faire du gringue à l'héroïne (homme ? femme ? difficile à dire, c'est le "e" final du titre français qui me fait dire "héroïne") dans un enchaînement de champs contre-champs impardonnable. L'héroïne est une sorte de Michelle Rodriguez bis, autrement dit elle possède un gros chromosome Y inopiné. "Ne la vois pas comme une femme, ce serait une erreur..." lance Ewan McGregor à Michael Fassbender, tu m'étonnes ! Cet homme donc, Gina Carano, a un visage et une silhouette plus larges qu'un monster truck et sa seule revanche sur la vie c'est que sa poitrine l'est aussi. Je m'interromps pour revenir au direct. Champ : Mathias Kassovitz, contrechamp : Michael Fassbender, cherchez l'erreur. Y'a tout le monde dans ce film, tout Hollywood : Antonio Banderas, Michael Douglas, Channing Tatum, Ewan McGregor, Bill Paxton avec une moustache énorme. Vous cherchez une star ? Matez un film de Soderbergh, elle est forcément dedans. Chez Soderbergh même les figurants sont des acteurs oscarisés, mais ça n'empêche pas ses films d'être autant de remakes des Sous-doués.


La reconstitution de l'Arc de Triomphe par l'équipe des effets spéciaux... Soderbergh n'a manifestement pas eu le budget escompté, la prochaine fois il faudra peut-être te délester d'une ou deux stars espèce de tocard !

La gestion du rythme dans ce film relève de la torture psychologique pure et simple. L'histoire c'est Michelle Rodriguez qui sirote un jus de chaussette dans un bar paumé au cœur de la cambrousse américaine quand elle reçoit la visite d'un type venu lui jeter son café brûlant au visage. Elle le dégomme aussi sec avant de prendre la fuite dans la bagnole d'un client du bar, ledit client assis à ses côtés, à qui elle raconte toute son histoire, sans raison, toute sa vie, déballée gratos à ce quidam qui écoute sagement sans paniquer, en passant tranquillement les vitesses, elle lui raconte tout et quand je dis tout c'est toute son histoire : "En neuvième j'ai triché à la compo d'histoire et géographie. En huitième j'ai volé la moumoute de mon oncle Max et je l'ai collée à ma figure pour jouer Moïse à la fête de mon cours d'hébreu, et en septième j'ai fait tomber ma sœur Maggie dans les escaliers et j'ai fait punir le chien. C'est pour ça que ma maman m'a envoyée dans une colo spéciale pour les enfants trop gros, et alors un jour, au déjeuner, j'ai craqué et je me suis goinfrée et ils m'ont foutue à la porte !... Mais le pire des trucs que j'ai jamais faits : j'ai fait une bouteille de faux vomi chez moi et je suis allée au cinéma de mon quartier. J'avais la bouteille sous mon sweat-shirt, je suis montée m'asseoir au balcon et alors... et alors j'ai fait un bruit dégueulasse. Beuaaark ! Beuaaaark ! Beuaaaaaaark ! Beuaaark.... Et j'ai vidé la bouteille de dégueulis, je l'ai jetée par-dessus bord sur la salle, et alors ça a été vraiment horrible. Tout le monde s'est mis à dégueuler dans la salle. Ils dégueulaient partout les uns sur les autres. De toute ma vie j'ai jamais autant regretté ce que j'avais fait...", à ce moment-là le conducteur du véhicule se permet de l'interrompre : "Mais c'est qu'elle commence à me plaire cette gosse moi !" S'ensuit le récit de tout le parcours professionnel de Michelle dans le milieu des services secrets, trajet qui l'a amenée à se faire jeter le contenu d'une tasse de café pur arabica à la gueule par un collègue de bureau, entre autres... Donc le film est une sorte de compilation de flashbacks insipides où Michel Rodriguez s'infiltre chez des gros méchants en belle robe à brillants pour séduire un salop au sourire carnassier avant de lui envoyer son genou dans les burnes, un tas de trucs déjà vus dans mille autres navets du genre, et très régulièrement Michel Rodriguez se bat, à coups de poings et de pieds, de coudes, de têtes et d'épaules, pendant de longues minutes, contre des hommes qu'elle finit toujours par fracasser après avoir pris son élan sur tous les murs pour les frapper. Qui est encore sincèrement impressionné par ces chorégraphies minables depuis que le générique de fin de Matrix s'est déroulé sur le premier écran qui l'a diffusé en 1999 ?


Michael Fassbender, l'acteur de Shame, a intérêt à se renouveler s'il ne veut pas passer sa vie à jouer les gynécos du dimanche en mal d'amour.

Rodriguez sort vainqueur de chacun de ses affrontements après s'être également servie de chaque objet de la maison pour en faire une arme, tout y passe et tout est bon pour me rappeler les fins de soirées difficiles de feu ma collocation avec Félix, co-auteur de ce blog : le fouet de cuisine électrique pour ruiner les couilles de l'adversaire et lui monter les blancs en neige ; le four allumé thermostat 6 en passant devant tout en se bastonnant avant de se rediriger sournoisement dans sa direction quelques minutes après, l'adversaire tenu par le colbac, pour plonger sa tête dedans et la coincer entre deux grilles brûlantes ; le même usage est fait quelques instants plus tard, au cours du même combat, d'un four micro-ondes, avec une attente moins longue entre l'allumage et l'enfournage mais un effet apparemment moins douloureux sur l'ennemi, toute la chaleur foutant le camp à l'ouverture de la porte marquée par un "Ding" qui ne manque pas de donner du rythme à ce pugilat sans saveur. Michel Rodriguez manque manifestement d'inspiration à force de fatigue et répète un peu ses tricks, comme en atteste quelques secondes plus loin cette nouvelle attaque en forme de hat trick, le "coup du chapeau" pour les francophones, où elle plaque le visage de l'ennemi sur l'ouverture d'une lampe de chevet allumée depuis le début de la séquence, ce qui suffit quand même à amocher encore un peu la tête déjà bien chaude de sa pauvre victime. J'en passe et des meilleures.


Mathieu Kassovitz incarne un enfant pour la première fois de sa carrière.

A l'heure où je vous parle Michel Rodriguez vient de tuer Michael Fassbender en l'étranglant sur son pubis, triste mort pour un homme qui aimait les femmes… C'était un traitre, l'héroïne de ce film est trahie et c'est ça le pitch (je viens d'aller le lire sur wikipédia parce que je n'avais encore rien compris à cette histoire). Les cadrages de Soderberg, ses filtres qui sentent le renfermé, sa musique d'ascenseur, son ambiance apathique, son scénario si mauvais qu'on ne le comprend pas et qu'on s'en fout, font de ce film un merdier de plus dans la carrière pavée de bonnes intentions de ce réalisateur malade. J'en suis à 1h04 de film, lequel ne dure qu'1h30, et pourtant on ne sait toujours pas qui sont les différents personnages, ce qu'ils font et ce que raconte ce film sans vie, sans caractère, sans énergie, sans début ni fin, sans rien. Ne dépensez pas un euro pour aller voir cette arnaque XXL sur grand écran, conseil d'ami. Imaginez quelqu'un qui déciderait de vous péter dessus pendant une heure et demi sans raison et vous aurez une idée de ce que fait Steven Soderbergh avec ce film. On a déjà assisté à trois courses poursuites interminables faites de plans très longs sur Michel Rodriguez courant tantôt en gros plan et tantôt en gros plan aussi, sur Michel Rodriguez qui marche vite dans la rue avec sa grosse casquette en laine vissée sur les yeux, suivie de loin par un type en imper gris de rigueur, sur Michel Rodriguez faisant une marche arrière en bagnole dans les bois pendant dix minutes, sans que personne ne la poursuive, ni devant ni derrière, jusqu'à ce qu'elle se paye un garde forestier de trop dans cette forêt, forêt dont elle regrette ensuite (dans un dialogue qui restera) qu'elle contienne tant d'arbres l'empêchant de "rouler à sa guise". A 1h06 Bill Paxton discute avec Ewan McGregor dans une vaste maison forestière, demeure dont les grandes baies vitrées donnent sur le paysage, comme l'immense baraque de Pierce Brosnan dans The Ghost Writer, un film au moins deux fois plus trépidant que Piégée et qui grimpait pourtant difficilement à deux de tension lors de ses climax. By the way si dans les deux films c'est une référence à la grande maison de la fin de La Mort aux trousses je veux bien me tailler les veines tout de suite, par solidarité pour le fantôme d'Hitchcock.


Après s'être fait courser sur la plage de Polanski, McGregor se fait rouster sur celle de Soderbergh par une agent secrète très discrète, comme vous pouvez le voir. Nota bene : fixer du regard les cheveux hallucinants de l'acteur est une bonne échappatoire aux scènes de baston de ce film d'action et d'espionnage en veux-tu en voila.

La fin du film c'est un festival de connerie en cascade, du flash-back sentimental au flash-back en noir et blanc, des plans en plongée oblique qui assurent le statut artistique d'un film signé par son auteur de sa griffe unique (Soderbergh a bel et bien le sens artistique d'un yaourt) au fondu enchaîné sur la plage et son soleil couchant quand Michel Rodriguez va se venger d'Ewan McGregor en lui sautant dessus pour le frapper au lieu de le menacer d'une arme à feu, ce dernier tentant d'échapper à sa poursuivante en courant contre un rocher sur lequel il s'assomme, et ainsi de suite. Il reste 7 minutes à voir et je n'ai plus un souffle d'énergie. Soderbergh m'a vidé. A la toute fin Antonio Banderas n'a soudain plus de barbe, un faux-raccord parmi tant d'autres, un goof de malade pour ponctuer un film qui n'en est qu'un gros, un gigantesque goof d'une heure et demi aux frais de la princesse. La toute fin je ne vous la raconterai pas car elle ne se raconte pas, elle se subit. J'arrête là mais laissez-moi vous dire que je me demande encore si j'ai pas regardé un fake, une version remontée par un fan malveillant, c'est pas possible de réaliser un film aussi abscons… Piégée est une farce qui porte bien son titre, un film pratiquement sans équivalent, un foutage de gueule intégral qui porte le nom de "long métrage" et qui fait une ligne de plus dans le tableau "filmo" de la page wikipédia de son imposteur d'auteur. Steven Soderbergh, le réalisateur, est définitivement une énorme enclume.


Piégée de Steven Soderbergh avec Gina Carano, Michael Fassbender, Ewan McGregor, Bill Paxton, Channing Tatum, Antonio Banderas et Michael Douglas (2012)

30 janvier 2012

The Innkeepers

Comme beaucoup d'amateurs de films d'horreur, j'attendais avec une certaine impatience et beaucoup d'espoir le nouveau film de Ti West. Vous n'êtes pas sans savoir que j'avais grandement apprécié son précédent long métrage, le très remarqué The House of the Devil, film avec lequel Ti West s'était imposé comme l'un des jeunes cinéastes à suivre dans le domaine du cinéma d'horreur. Certes, la concurrence n'est pas très relevée, mais cela n'enlève rien à son mérite, bien au contraire. Ti West, dont le prénom reste pour moi une énigme, est aujourd'hui l'un des rares réalisateurs à proposer des films de genre animés d'une saine et simple ambition et visant de nobles objectifs : faire peur à son audience sans user d'outils faciles, en prenant notamment son temps pour installer une ambiance propice à cela, et divertir les amateurs en jouant avec leurs références sans pour autant tomber dans le clin d’œil lourdaud à la Grindhouse, loin de là. The House of the Devil réussissait assez habilement et plutôt brillamment à atteindre tous ces objectifs, tout en étant un hommage appuyé mais sincère aux films d'horreur des années 70 et 80 ainsi qu'à certains cinéastes aux influences forcément positives (Roman Polanski, John Carpenter et j'en passe). Alors qu'en est-il de son nouveau rejeton qu'il réalisa dans la foulée ?



On sent bien les mêmes envies et les mêmes intentions dès les premières minutes de The Innkeepers et son générique sympathique accompagné d'une musique orchestrale, grandiloquente juste ce qu'il faut, qui nous promet un film de trouille de qualité et qui par la même occasion vient renouer avec le charme vieillot de son précédent film. Seulement voilà, assez vite, le film patine et il nous ennuierait carrément si Ti West n'avait pas choisi une comédienne au physique et au jeu assez originaux dans le premier rôle (Sara Paxton, sans doute la fille de Bill, agréable mais toutefois bien moins charmante que la petite brune de l'autre film, Jocelin Donahue) et s'il ne conservait pas un certain talent pour faire ponctuellement grimper la tension. Mais là est aussi le problème, car sur une petite heure et demie de film, Ti West passe encore la plupart de son temps à installer une ambiance se voulant lourde et effrayante, avec beaucoup moins de réussite que dans son précédent film, quand il ne se contente pas de filmer des scènes tendues retombant comment un soufflé pour mieux déjouer les attentes des spectateurs mais qui, à force d'être répétées, finissent par lasser un brin.



The House of the Devil était doté d'une intrigue très basique, un simple prétexte pour enfermer une jeune femme vêtue d'un jean taille haute du plus bel effet dans une maison particulièrement flippante. C'est aussi le cas de The Innkeepers où Ti West choisit de dévoiler au compte-goutte et avec une même économie de moyens l'histoire sinistre que renferme ce vieil hôtel sur le point de fermer et dont deux jeunes geeks doivent assurer l'intendance pendant tout un week-end. Cette fois-ci, le manque d'originalité du scénario est assez gênant car le peu que Ti West nous raconte nous laisse seulement penser qu'on a affaire à une somme toute très banale histoire de fantômes chinois. Le fait que le film soit divisé en plusieurs chapitres ne rend son scénario que plus mince, comme si l'auteur surestimait la qualité et l'originalité de l'histoire qu'il est en train de nous narrer. Quitte à si peu en dire, le mieux aurait peut-être été de ne donner aucune piste, de strictement tout nous cacher, pour mieux nous laisser croire que tous les phénomènes paranormaux se manifestant à l'hôtel sont simplement issus de l'imagination débordante des protagonistes, ces deux jeunes réceptionnistes en manque de sensations fortes et qui sont bien décidés à prouver l'existence de fantômes via leur site web consacré au paranormal. Deux personnages que Ti West parvient intelligemment à nous rendre sympathiques, en les éloignant suffisamment des stéréotypes.



Très tôt dans le film, Ti West prend un petit risque en se moquant assez ouvertement de ces vidéos et de ces sites qui polluent internet, basés sur des effets chocs très faciles et bêtement efficaces, parfois repris dans les plus mauvais films de genre. Ti West les tourne en dérision et s'en amuse, ce qui lui permet de rapidement trouver une certaine complicité avec le spectateur, dans la même attente de se foutre les j'tons mais cette fois-ci devant un film de qualité. Le cinéaste prend donc un risque dans le sens où il a dès lors tout intérêt à se démarquer de cette peur sotte et à produire un film d'un certain niveau. Parvient-il seulement à s'en démarquer clairement ? C'est hélas la question que l'on se pose parfois, lors de certaines scènes de trouille un peu ratées dont le climax trop grossier survient trop tard ou trop tôt, la faute à un sens du timing pas toujours au rendez-vous, à une attente souvent poussée trop loin. Le plan final, qui a d'abord la chic idée de s'annoncer comme un clin d’œil adressé au Shining de Kubrick avant de s'en détourner littéralement, ressemble à s'y méprendre à ces vidéos-spams et nous laisse donc sur une petite fausse note.



Une fois terminé, cela ne fait plus aucun doute : ce nouveau film de Ti West est une déception. Un petit film d'horreur pas du tout honteux et plus intéressant que la plupart de ceux qui sortent ces temps-ci, certes, mais que l'on aura tôt fait d'oublier et qui, surtout, ne s'avère pas vraiment à la hauteur des attentes suscitées par l’œuvre précédente du jeune cinéaste, autrement plus maîtrisée et terrifiante. Ceci dit, les intentions encore tout à fait louables de Ti West et le savoir-faire ingénieux et rare dont il sait toujours faire preuve ici ou là suffisent amplement à maintenir l'espoir et nous invitent à lui donner bien volontiers une nouvelle chance très bientôt, quand sortira son prochain film, où il faudra nécessairement que le cinéaste montre qu'il sait se renouveler un minimum, surprendre et faire peur autrement, tout en conservant cette patte personnelle qui le rend si précieux.


The Innkeepers de Ti West avec Sara Paxton, Kelly McGillis et Pat Healy (2011)