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12 octobre 2021

Nanga Parbat, la montagne tueuse

Déjà, le titre. "Nanga Parbat, la montagne tueuse". Il annonce la couleur, ce titre, non ? Elle n'y est pour rien cette foutue montagne, ils n'avaient qu'à pas s'y frotter ! Et c'est assez racoleur, pour un documentaire, vous ne trouvez pas ? En revanche, j'apprécie tout particulièrement la tagline. "Freine ! Freine !" Bien sûr, il n'en fallait pas plus pour que je me laisse tenter, je reste un zonard de base... Mais plus que le titre et la tagline, ce sont les quelques prix glanés dans des festivals spécialisés, bien mis en évidence sur la jaquette, qui ont titillé ma curiosité ! J'espérais qu'ils avaient visé aussi juste que pour Cerro Torre Cumbre, que je considère comme un chef-d’œuvre dépassant aisément sa petite catégorie de films de montagne. Mais non, ce documentaire signé Gerhard Baur n'arrive pas à la cheville de la petite merveille de Fulvio Mariani et les deux hommes, qui ont tous deux travaillés avec Werner Herzog pour les prises de vue en haute altitude de Cerro Torre, le cri de la roche (on y reviendra !), n'évoluent pas dans la même division. A l'évidence, ils ne pratiquent pas tout à fait le même art. 


 
 
Si l'on se fie au ratio du nombre de décès par tentatives d'ascension, le Nanga Parbat serait la troisième montagne la plus dangereuse au monde. Notons toutefois que ces chiffres sont susceptibles de varier du tout au tout d'un instant à l'autre en cas de chute collective, d'avalanche mortelle ou autre funeste imprévu ; c'est déjà arrivé. Le pic du Gradail (465m), modeste promontoire du Razès situé dans les confins occidentaux du département audois, entre Limoux et Mirepoix, avait réussi à se hisser en sixième position de ce sinistre classement suite à un règlement de comptes particulièrement sanglant entre chasseurs remontés qui s'étaient retrouvés au sommet avec quelques vieilles affaires à traiter. Mais passons... Le fait est que le Nanga Parbat, 8 125 mètres d'altitude et neuvième plus haut sommet de la planète (ça, c'est indiscutable), n'est pas à la portée de n'importe quel guignol et que pas mal d'alpinistes y ont hélas laissé leur vie (le célèbre Reinhold Messner y a notamment perdu son frère en 1970). Les chutes de pierre y sont fréquentes, les couloirs d'avalanche nombreux et les pentes particulièrement escarpées, ce qui en fait l'un des 8 000 les plus redoutés. 


 
 
Le documentaire de Gerhard Baur revient sur la tentative d'ascension d'un petit groupe d'alpinistes d'origines autrichiennes et allemandes en juillet 2004. Après une très rapide présentation des particularités du Nanga Parbat et de sa sordide réputation, Baur se consacre à la reconstitution de l'ascension, régulièrement entrecoupée par les témoignages des quelques survivants, dont les visages attestent des épreuves terribles qu'ils ont dû traverser. Lèvres blanches striées de profondes gerçures, extrémités des oreilles noirâtres attaquées par les engelures, peau du visage ravagée et brûlée par le soleil, regard fatigué et dans le vague... les bonhommes, que l'on jurerait interrogés au pied de la montagne après leur descente, font vraiment peine à voir et leurs tronches en disent plus long que leurs mots. A leur façon d'insister sur la personnalité rayonnante de leur collègue Günter, on comprend bien vite que celui-ci n'a pas dû faire le chemin du retour. Günter, que l'on voit sur des photos et vidéos prises avant l'ascension, est le portrait craché de Benoît Poelvoorde en phase ascendante de dépression, un type jovial, plein de charme, au sourire irrésistible. Nous le voyons évoquer son obsession pour cette montagne si difficile à gravir, obsession qui lui sera malheureusement fatale. RIP Günter.


 
 
On est d'abord bluffé par la qualité et le sérieux de la reconstitution, qui nous amène même à douter de la présence ou non d'une caméra pendant la fameuse épopée ! On est dedans, plutôt pris par la tension mise en place par Baur. Bien que le film affiche des ambitions assez sommaires, on a ce que l'on était venu chercher : un documentaire efficace qui nous fait passer un sale moment dans la zone de la mort. Hélas, cela ne dure pas. Nanga Parbat, la montagne tueuse perd beaucoup de son allant et de son intérêt à partir du moment où la randonnée dégénère pour de bon et prend une tournure meurtrière. La reconstitution, qui en devient alors clairement une, pêche et frôle le ridicule lorsqu'il est question de nous montrer l'un des alpinistes en proie à de terribles hallucinations, premiers signes d'œdème cérébral, un phénomène très courant dans un tel contexte. Nous assistons alors au spectacle pathétique d'un type en combinaison bleue faisant des roulés-boulés dans la neige pour exprimer son mal-être, se prenant la tête entre les mains comme pour chasser les démons qui l'assaillent. La scène se déroule de nuit, le gars est supposé être seul, dans le dur, à quelques pas du rencard avec la Grande Faucheuse, mais le tout est assez mal filmé et éclairé par la lampe torche d'un observateur passif que l'on ne devrait pas pouvoir deviner et que l'on imagine se fendre la gueule. Le pauvre mec est en plein délire et va sans doute y rester, mais on voit les jambes du caméraman ! Cela a pour effet de nous sortir du film et même de nous faire dès lors adopter un regard critique, presque moqueur, sur ces pauvres alpinistes qui jouent leurs vies pour des exploits bien inutiles... Ne pouvaient-ils pas opter pour un hobby plus tranquille ? Un vrai bon film de montagne ne doit pas inspirer ce type de réflexions au spectateur. Le verdict tombe, sans appel, si Nanga Parbat, la montagne tueuse pourra en contenter quelques uns, les moins regardants, il n'est pas une grande réussite d'un genre qu'il ne participe pas à élever. 


Nanga Parbat, la montagne tueuse de Gerhard Baur (2005)

17 avril 2016

Une famille à louer

Peut-être nous sommes-nous montrés trop magnanimes envers Les émotifs anonymes, du même Jean-Pierre Améris, petit film de rien du tout, sympathique à peu de frais, porté par un Benoît Poelvoorde et une Isabelle Carré assez dignes. Il est en revanche tout à fait impossible de faire montre de la même bienveillance à l'égard d'Une famille à louer, y compris en tâchant de se focaliser sur ses maigres qualités, car le film est une sorte de palette fécale et il n'en possède aucune. Ce film sans queue ni tronche, une plaie de A à Z, raconte l'histoire d'un pauvre type plein aux as, dépressif, solitaire, qui vit dans un manoir et, avant de tenter le suicide, décide de s'ouvrir aux autres. Pour ce faire, il propose à une mère célibataire condamnée pour vol à l'étalage de l'aider à régler ses dettes en échange de trois mois de vie de famille à ses côtés. Sur le papelard, pourquoi pas, sauf qu'à l'écran c'est un supplice. D'abord et surtout parce que le film est atrocement mal écrit. 



Les tristes personnages imaginés par Améris ont constamment le cul entre deux ou trois chaises. D'une scène à l'autre, Poelvoorde incarne un sociopathe incapable d'articuler deux mots en présence d'autrui, puis un type à peu près normal qui fait même preuve d'une belle autorité face à deux chiards mal élevés. Quant à Efira, alors que son entrée en scène tâche d'en faire une sorte de Zézette ultra sexy, une mère Groseille giga bien roulée, une pure beauté affublée d'une démarche, d'un accent et d'un look de ploucarde achevée, on la voit deux minutes après déclamer tout un speech impeccable devant une caméra de télévision. Dans le même dialogue, elle peut faire trois fautes graves de syntaxe comme déclamer des tirades à la Edmond Rouston sans ciller. Cela n'a aucun sens. 




D'un strict point de vue casting, il y a déjà couac. Jean-Pierre Aramis, cinéaste mousquetaire, mise à la fois sur le contre-emploi tonitruant et sur le respect le plus total du sex appeal de son actrice. Il veut nous faire croire à une femme pauvre, vivant avec ses deux gosses dans un cabanon insalubre, couchant avec tout ce qui bouge pour obtenir du boulot, et que la vie a malmenée sans discontinuer, mais oublie un peu vite qu'Efira pète les flammes à l'image, se trouve dépourvue de la moindre petite ride de contrariété et a le grain de peau d'une sublime star du catch qui se tartine chaque soir avec les crèmes de nuit à base de phoque massacré les plus chères du marché. Tout ceci ne tient pas. Pas plus que le script, inepte et téléphoné, qui voit les deux amants contractuels tomber peu à peu amoureux, évidemment... sans d'ailleurs que le spectateur pige quoi que ce soit à leur idylle : on peut facilement comprendre que le personnage de Poelvoorde craque sur son hôte, mais comment expliquer que la jeune femme en pince à ce point pour un type froid, sans intérêt, sans qualités, vide de toute personnalité ? Le pauvre Poelvoorde a dû s'ennuyer ferme sur le plateau. Avoir le belge volant au casting et lui donner un si petit os à ronger, quel gâchis. Amaryllis, la plante à bulbes, a totalement loupé son coup. Il n'y a bien qu'une maigre scène où l'acteur se laisse vaguement aller, quand il rejoint Efira sous une sorte de chapelle bucolique et, au beau milieu d'un moment romantique, s'aventure à déchiffrer un mot gravé dans le bois : "Va te faire enc...".


Une famille à louer de Jean-Pierre Améris avec Benoît Poelvoorde et Virginie Efira (2015)

10 septembre 2014

Les Mangeurs de cerveaux

Série-B de science-fiction de la fin des années 50, produite par Roger Corman, Les mangeurs de cerveau (The Brain Eaters) trempe complaisamment dans le grand bain des films de genre paranoïaques de la période, avec son histoire de vaisseau extra-terrestre sorti de terre (comme dans La Guerre des mondes), contenant de petites bestioles informes, rampantes, qui s’agrippent à la nuque des humains pour contrôler leur cerveau en toute discrétion. Les petits trous que laissent les aliens dans la nuque de leurs victimes ne sont pas sans rappeler Les Maîtres du monde (découvert lors de la fameuse Nuit extra-terrestre présentée par Monsieur Manatane, alias Benoît Poelvoorde, sur Canal+, en l'an de grâce 1997), film de science-fiction sympathique de 1995 signé Stuart Orme, avec Donald Sutherland et l'éternel Keith David de They Live. Mais c’est bien la seule trace que laissent ces bestioles, qui semblent sorties de nulle part et ne font rien, sinon empêcher mollement les secours d’envahir leur zone d’invasion. A la question, jadis posée par Monsieur Manatane en préambule à son documentaire : "Les extra-terrestres sont-ils aussi cons qu'on le dit ?", ce film répond "Oui".


Toujours bien faire gaffe à la petite molette de réglage sur les briquets... C'est pas fait pour les ienchs.

Côté terriens, nous ne suivons que deux ou trois agents gouvernementaux (Leonard Nimoy, aka Spock dans Star Trek, joue paraît-il dans ce film). Ils ne sont d'aucun intérêt mais s'avèrent beaucoup plus alertes que leurs ennemis, pigeant très vite tout ce qui se passe et luttant contre l’envahisseur venu d'ailleurs. Pas de véritable paranoïa donc, pas de personnage central retourné, comme dans L’invasion des profanateurs de sépulture, pas de vrai danger. Rien en fait. Le film ne raconte pas grand chose, alors qu’il était permis, avec une histoire pareille, de créer quelques situations sympathiques. Une des rares idées du scénario : filmer les deux ou trois victimes des extra-terrestres luttant contre leur propre cerveau pour en reprendre le contrôle, fixant du regard leurs propres mains récalcitrantes, mais on est loin de l'auto-baston de Jim Carrey dans les chiottes de Menteur Menteur. Une chose surprend cependant : à la fin du film, l’affaire n’est pas du tout réglée, et les personnages se remettent en route pour aller arrêter une invasion qui ne fait que commencer. L'ennui c’est que ça ressemble moins à une idée de non-fin concertée par des scénaristes malicieux qu’à un simple manque de temps et d’argent pour boucler le film, qui s'arrête faute de pouvoir continuer. Pour finir sur un mot gentil : l’affiche, qui nous vend un film bien meilleur que ce Brain Eaters, a de l'allure !


Les Mangeurs de cerveaux de Bruno VeSota avec Leonard Nimoy, Ed Nelson, Alan Jay Factor et Cornelius Keefe (1958)

19 juin 2014

Les Rayures du zèbre

Eh bien, on a connu Benoît Mariage un peu plus inspiré que ça... Les Rayures du zèbre est son premier film depuis sept ans, il y retrouve son acteur fétiche, Benoît Poelvoorde, et s'attaque à un sujet rarement abordé au cinéma : le petit monde du ballon rond ou, plutôt, l'envers de ce petit monde, en nous proposant de suivre les déboires d'un recruteur belge parti en Côte d'Ivoire à la recherche de nouveaux talents. Voir Benoît Poelvoorde dans la peau d'un recruteur forcément volubile était une belle promesse pour tous ceux qui, comme moi, sont nostalgiques des inoubliables saillies du comédien dans ses sketchs en Monsieur Manatane. Mais très vite, nous sommes fixés : le film de Benoît Mariage n'est pas destiné à faire rire ou, si c'est le cas, se plante totalement. En réalité, nous ne savons pas vraiment ce que cherche à faire le réalisateur et nous sommes mal à l'aise pendant les 88 petites minutes que dure un film qui paraît infiniment plus long. 




On devine que le cinéaste wallon souhaite nous parler des rapports malsains de domination Nord/Sud à travers son histoire qui relègue le foot en simple toile de fond, mais son discours est si convenu et si mochement édicté que nous aurions largement préféré qu'il revoie ses ambitions à la baisse et qu'il se contente de mettre son acteur vedette dans les meilleures dispositions. Benoît Poelvoorde est irréprochable, il joue parfaitement ce qu'on lui demande de jouer, réussissant parfois miraculeusement à faire poindre une certaine émotion dans ses interactions avec le jeune ivoirien qu'il embarque en Belgique, mais quelle tristesse de voir l'acteur cantonner à ce rôle et, surtout, quelle cruauté de nous priver de son pouvoir comique ! C'est bien la première fois que Benoît Mariage exploite si peu et si mal le potentiel de sa star. Pour cela, il aurait déjà fallu allonger les scènes, lui laisser le temps de s'y installer et nous avec lui, et donner ainsi au film un tout autre rythme, car le réalisateur nous propose ici un interminable enchaînement de scènes très brèves tout à fait indigeste et incompréhensible. C'est presque insupportable, vraiment.




Les Rayures du zèbre est donc un film franchement raté, à déconseiller aux footeux comme aux fans de Poelvoorde. Un film qui pourra même provoquer votre colère par le traitement méprisant et méprisable qui est réservé au personnage du jeune espoir africain. Après nous avoir fait suivre ses laborieuses mésaventures, échouant à nous le rendre sympathique mais réussissant pleinement à nous le faire prendre en pitié, Benoît Mariage fait mourir son personnage tout à fait gratuitement dans une scène ô combien ridicule. Le film touche alors le fond, comme le bolide flambant neuf du jeune attaquant, nouveau riche et surdoué du ballon mais ne sachant pas se servir d'un levier de vitesse : cette scène minable nous le montre en effet chuter dans un lac en faisant une marche arrière en trombe vers le précipice. Faut-il mépriser son personnage pour lui réserver un tel sort ? Mais ça n'est pas tout ! Cherchant peut-être à se racheter, Mariage nous croque un ultime plan, d'une laideur inouïe, à la mémoire du disparu : il filme une vieille bouteille d'eau en plastique contenant les cendres du footballeur et on découvre que celle-ci fait office de poteau pour les buts d'une partie de foot improvisée entre les gamins de son village natal (visité en héros par un Poelvoorde enfin rattrapé par un petit sentiment de culpabilité légitime). C'est peut-être supposé être touchant, c'est simplement honteux. Cette conclusion morbide a le seul mérite d'achever un film qui était à l'agonie dès son coup d'envoi. 


Les Rayures du zèbre de Benoît Mariage avec Benoît Poelvoorde et Marc Zinga (2014)

30 juillet 2011

Les Randonneurs à Saint-Tropez

A sa sortie, ce film s'est fait lyncher par une critique étonnement unanime, ravie de lapider le pourtant bonhomme Philippe Harel pour cette suite de mauvais augure, tant attendue et tant repoussée, qui a connu un "development hell" de presque douze ans. Pour la petite histoire Philippe Harel a justement nommé son propre fils, son fiston, Development Hell Harel, qui a vu le jour suite au succès du premier volume des Randonneurs. On avait dit à Philippe Harel, lui qui avait eu l'idée d'un diptyque dès l'écriture du premier film, d'attendre, d'attendre, de laisser monter la sauce, comme George Lucas avec Star Wars. Mais ces choses-là, la décantation d'un succès, l'impatience d'un public, sont dures à jauger. Faut croire qu'Harel a attendu trop longtemps et quand Les Randonneurs 2 est sorti, le premier avait atteint le statut de film culte intouchable, à ne surtout pas affubler d'une suite, quand bien même elle fût dirigée par le même réalisateur avec sous sa coupe les mêmes acteurs.



Y'a bien que MCinéma.com pour avoir osé accueillir à bras ouverts ce sequel non-désiré et pour le couvrir de louanges. Le reste de la critique a préféré l'enduire de fanges avant même sa sortie. Pourtant on a vu bien pire. En mettant de côté son jugement critique on peut même passer un relatif bon moment devant ce film plus ou moins honnête, pas souvent marrant et parfois franchement chiant mais ô combien plus respectable que bien d'autres suites indignes surfant sur la vague du succès en quête de pognon, à la manière d'un Saw, qui en est déjà à son septième épisode (et on attend d'autres suites, dont Saw Show Montbéliard, et Moussa Saw, le biopic du footballer pichichi de Ligue 1 2010-2011, sacré avec le LOSC), ou comme Les Bronzés 3, même si le deuxième exemple est plus directement rapprochable des Randonneurs. En effet l'histoire est un peu la même : pour le dire vite, un des anciens de la bande a fait fortune et les autres viennent ramasser les miettes pour des retrouvailles un poil amères. Ici c'est Poelvoorde qui, comme dans la vraie vie, a touché le pactole, alors que les autres triment encore et sont rassemblés dans un hôtel un peu miteux. L'histoire, qui met une plombe à se lancer et dont plusieurs éléments sont ébauchés avant d'être abandonnés, n'est pas franchement le fruit d'un travail de dix ans mais elle est le prétexte à une poignée de bons moments, surtout grâce à Poelvoorde. L'acteur était en pleine dépression carabinée au moment du tournage, traînant son ombre sur les plateaux télé et peinant à faire marrer, aussi passe-t-il le film à prendre la mouche et à alterner moments d'euphorie et d'abattement, avec pour transition entre les deux tempos de grands coups de sang à l'encontre de Miguel, son homme à tout faire.



Poelvoorde sauve presque le film, c'est pas peu dire. Hormis Philippe Harel lui-même, qui campe un type ultra chiant et qui est à deux doigts de plomber son propre métrage, les autres ne font pas pitié, contrairement à tous les acteurs des Bronzés 3, excepté peut-être Lhermitte qui sait qu'il n'a rien à foutre dans ce merdier. Contrairement à l'horreur de Lecon(te), Les Randonneurs 2 peut se targuer d'avoir un casting constitué d'autant de grandes actrices doublées de belles pépés qu'en annonce le chiffre (deux) qui classe le film dans la saga Quetchua d'Harel. Géraldine Pailhas d'une part, et Karin Viard d'autre part. Toute la France dans ce qu'elle a de plus subtil, et surtout la France profonde du fromage qui fond, une belle tartine bien faite avec du fromage étalé dessus à déguster avec du rouge. Du fromage qui déborde et qui attire toutes les mouches de la région. J'ai l'air négatif dans ma comparaison, mais mon cœur, je ne le suis pas du tout. Je dîne régulièrement à base de Chaussée-au-moine (quelle idée d'appeler un tel fromage "godasse du Pape"... Ok ça pue sûrement la mort dans les sandales du Pape mais c'est pas une raison) et de vinasse. Pour moi c'est le sommet du repas culinaire. Pailhas, on ne la présente plus, à la fois personne ne la connaît. Elle m'en a fait mater des films... Je la considère comme underated. Comme Viard, elle a ce petit truc en plus des actrices typiquement françaises qui nous renvoient à monitrices de centres aérés, des anciennes profs de géo. Pailhas était l'argument féminin majeur du premier volet, avec son petit débardeur bleu ciel moulant, et il faut bien dire (d'ailleurs Poelvoorde passe un quart d'heure à le dire dans sa première apparition) qu'elle est ici outrepassée par une Karin Viard que l'âge a sublimée. Je me suis souvent senti seul sur le cas Viard, président et uniquement membre du fan club à l'exception de Félix, le trésorier, mais petit à petit j'en ai parlé autour de moi et j'ai été heureux de constater qu'on est à peu près 65 millions de français à en avoir après elle. J'attends le troisième épisode. Je serai au premier rang à côté de Félix. Car quand on ne se met pas au premier rang on voit que Félix a son pantalon défait. Hâtez-vous Monsieur Harel.


Les Randonneurs à Saint-Tropez de Philippe Harel avec Benoît Poelvoorde, Karin Viard, Géraldine Pailhas et Vincent Elbaz (2008)

27 juillet 2011

Liberté-Oléron

Avant de devenir l'adaptateur attitré des romans policiers de Gaston Leroux narrant les aventures de Rouletabille (Le Parfum de la dame en noir et Le Mystère de la chambre jaune), Bruno Podalydès a réalisé deux films plus minimalistes et tendancieusement comiques sur la vanité du français moyen contemporain, invariablement incarné par le frère du réalisateur, le très connu Denis Podalydès, sociétaire de la comédie française, second couteau fatiguant dans une multitude de films depuis quinze ans et récemment imitateur de Nicolas Sarkozy dans La Conquête. Denis Podalydès est le premier rôle inévitable de tous les films de Podalydès Bruno. C'est d'ailleurs grâce à Versailles rive gauche, le premier film réalisé par son frère en 1991, que l'acteur a percé véritablement. Dix ans plus tard, en 2001, les deux frérots, loin des frères Lumière et loin d'être de pures lanternes, remettaient le couvert en duo avec Liberté-Oléron.



Jacques (Denis Podalydès donc), 38 ans, est en vacances à l'Île d'Oléron avec sa femme et ses quatre garçons. Lassé des jeux de plage, le personnage n'a de cesse de ruminer et de marmonner dans sa barbe : "Je me fais chier". Pour tromper son ennui, il décide de tirer un trait sur ses économies en s'achetant le voilier dont il a toujours rêvé afin de rallier l'île d'Aix, distante de cinq kilomètres. Faute de moyens et victime d'un vendeur escroc (interprété par Bruno Podalydès lui-même), Jacques met finalement la main sur un pauvre dériveur lesté dont il est au demeurant très fier et qu'il baptise pompeusement "Liberté-Oléron". Bien que totalement incompétent en voile et ignare en vocabulaire marin, Jacques déclare à sa famille qu'il est le seul maître à bord. S'ensuit une avalanche de déconvenues et d'emmerdes qui pousseront le personnage au bord de la crise de nerf. Le film nous raconte par le menu les vacances typiques d'une famille lambda. Tout y passe : le plus petit qui chiale parce que son père lui a offert un sous-marin téléguidé capable de plonger mais qui ne refait jamais surface. Le plus grand, timoré et transi, tombe amoureux d'une jolie brune logée dans une grande demeure en bord de plage et convoitée par toute une bande de surfeurs débiles. L'épouse (incarnée par une excellente Guilaine Londez, déjà aperçue entre autres dans Le Bonheur est dans le pré), régulièrement bâchée par son mari, décide d'assumer elle aussi ses loisirs et sa passion pour le jardinage avant de tomber sur un paysagiste zélé, charmant, plein aux as mais un peu fêlé et outrancièrement nudiste. Et bien sûr le personnage principal, le père de famille raté, loser invétéré, qui veut jouer les riches alors qu'il n'a pas le sou.



Rapidement installé dans un faux rythme, le film n'est pas une totale réussite. Il pèche même par un certain manque d'efficacité et par quelques lenteurs notoires. Mais on ne retiendra que les bons moments : des instants comiques assez réussis où Podalydès est poussé à bout et gueule sur tout ce qui bouge, insultant franchement ses proches : "Mais qu'elle est con... Mais qu'elle est con !", lance-t-il sans discontinuer à sa femme qui vient de tomber à l'eau. Ce pétage de plomb en règle sort des frontières du comique à la fin du film, où le rire se transforme presque en gêne devant ce père qui en vient aux mains avec ses enfants sur le bateau tombé en rade au large et en pleine nuit. L'Île d'Oléron était le véritable lieu de pèlerinage vacancier de la famille Podalydès, comme on le pressent tout au long du film, et ce portrait vitriolé mais affectueux de la figure du père tangue entre une tonalité nostalgique et une autre plus amère, rappelant d'autres portraits touchants de pères ratés, comme dans Les Convoyeurs attendent de Benoît Mariage avec Benoît Poelvoorde, ou dans l'excellent Mort d'un commis voyageur adapté de la pièce d'Arthur Miller par Volker Schlöndorff en 1985, avec un Dustin Hoffman survolté dans le rôle principal. Entre humour et rancœur, Liberté-Oléron suit sa route sans totalement convaincre mais sans déplaire, grâce à ses quelques moments drôles qui lui redonnent régulièrement de l'intérêt.


Liberté-Oléron de Bruno Podalydès avec Denis Podalydès, Guilaine Londez et Éric Elmosnino (2001)

14 janvier 2011

Les Émotifs anonymes

C'est une petite comédie sucrée qui se mange comme un bon chocolat, avec ce qu'il faut d'amertume pour le différencier d'une confiserie quelconque. Voilà le genre de critiques qu'on peut lire partout sur le web et dans les journaux, parce que les personnages du film travaillent dans une fabrique de chocolat... En dehors de toute métaphore chocolatée à la con, on se contentera de dire que c'est une comédie bien sympathique qui donne le sourire. L'histoire, qui a le bon sens de ne pas pousser à l'extrême son idée de départ (les personnages ne sont pas complètement excessifs dans leur émotivité), tient la route et ne tombe pas dans le trop convenu. Les deux personnages principaux sont attachants et les comédiens qui les incarnent sont au top de leur forme. Certains diront que le même film avec Benoît Magimel et Julie Depardieu en têtes d'affiche serait insupportable. Et c'est vrai. Julie Depardieu ne s'en sortirait pas aussi bien qu'Isabelle Carré, qui pourrait être son opposée sur l'échelle de la beauté comme sur celle du talent, et Benoît Magimel peut tuer n'importe quel film à lui tout seul... mais ça reste con de faire ce genre de comparaisons car par exemple Lady Chatterley avec Léa Drucker dans le premier rôle ça devient une sacrée grosse merde.



Après c'est vrai que les acteurs portent le film, avec une mention quand même à Poelvoorde qui m'a fait marrer un certain nombre de fois avec ses petits cris ou certaines répliques franchement bien trouvées. Le décor n'est pas si kitsch que ça, il évoque les confiseries à l'ancienne mais à la limite c'est pas gênant, ni envahissant, on est quand même loin d'Amélie Poulain. Condamner le film et traiter son réalisateur de vieux rétrograde, de néo-conservateur et de réac' minable uniquement parce que l'ancienne confiserie du film a un décor désuet et parce que les personnages sont un vieux garçon et une vieille fille, laquelle n'est pas habillée comme une pute, le tout en prenant comme cheval de bataille tel ou tel accessoire sans importance certes un peu daté, comme on le voit faire dans les revues les plus sérieuses, c'est vraiment adresser un faux procès à ce film en le chargeant d'un discours politique dont il est volontairement dépourvu. Ces accusations se basent sur des détails que le réalisateur filme comme tels et qui n'ont aucune importance pour quiconque se laisse prendre au jeu de cette histoire d'amour simple et plaisante. Le déroulement de l'intrigue n'est pas si attendu que ça d'ailleurs, au contraire, à plusieurs moments on est surpris en bien. Isabelle Carré est trop trop belle, faut le dire aussi, plus belle que jamais d'ailleurs. Bref c'est très simple, souvent drôle, chouette petit film. A recommander à ceux qui sont un peu timides, qui aiment le chocolat, les facéties de Poelvoorde et le visage angélique d'Isabelle Carré. Je crois causer à pas mal de monde.


Les Émotifs anonymes de Jean-Pierre Améris avec Benoît Poelvoorde et Isabelle Carré (2010)

4 janvier 2011

L'Autre Dumas

On va pas reparler de la polémique qui a tourné autour du film : Alexandre Dumas était fils d'haïtien et le réalisateur a choisi un Depardieu blanc comme neige et blond platine quoique affublé de quelques frisottis couleur de blé, pour incarner l'illustre écrivain. Scandale ou circonstances atténuantes ? Trahison ou libre transposition ? Racisme ou xénophobie ? C'est comme chacun voudra. Il est vrai que le sol Français compte peu d'acteurs noirs connus faute de les mettre à l'affiche. Roshdy Zem aurait pu faire l'affaire mais il est trop fitté et reste coincé dans les rôles de dealers, de pères de dealers, de pères de filles emmerdées par des dealers ou de fille de dealers. Légitimus est fatigué et Smaïn est grillé dans le métier à force de se la raconter et d'emmerder tout le monde. Il y aurait eu d'autres candidats potentiels, des dizaines, en cherchant environ une minute, mais l'équipe du film n'ayant pas pris la peine de le faire, ce n'est pas à moi de me taper le boulot. Je suis comme le chien de Nivelle qui fout le camp quand on l'appelle.
 
 
 
On peut considérer que Depardieu correspond d'une certaine façon au personnage de Dumas tel qu'il était dans la vie, dans ses gestes du quotidien, ou tel que le cinéaste a voulu le montrer en tout cas : bon vivant, truculent, ventripotent, limite gerbant. On peut toutefois regretter qu'un tel personnage, écrivain Français reconnu, du "patrimoine", non-blanc, soit incarné par un visage pâle, voire écarlate... On peut aussi s'en foutre et dégueuler à qui veut l'entendre que Gérard Depardieu est un grand acteur, que la couleur de peau de Dumas ne résumait pas Dumas, que la ressemblance physique est finalement, dans la limite du raisonnable, le critère le moins capital du travail de comédien, à partir du moment où l'on se détache un peu des vérités historiques contraignantes qui empêchent l'adhésion à un personnage par trop de vérisme inconsistant. Le mieux serait alors de réaliser un film sur la vie de Guy de Maupassant et de le faire interpréter par Mouss Diouf. Avec les mêmes arguments. J'attends.
 
 
 
En tout cas le film se regarde, il se regarde plusieurs fois même puisque je l'ai maté en treize fois sans voir la fin. La narration est légèrement originale et les acteurs sont sympathiques même s'ils tirent une tronche de six pieds de long d'un bout à l'autre du film. C'est pas trop mal. Poelvoorde joue bien par exemple. Depardieu aussi. Mélanie Thierry itou. Ça manque cruellement d'humour mais ça se regarde avec un certain intérêt, par moments... Non c'est naze en fait.  
 
 
L'Autre Dumas de Safy Nebbou avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Mélanie Thierry (2010)

7 novembre 2010

Mammuth

Assez curieusement, Mammuth est venu confirmer toutes les sales idées que je m'étais faites du cinéma du duo Kervern/Delépine à partir des quelques extraits que j'avais déjà pu voir de leurs films précédents. Jusqu'à hier, j'avais en effet toujours été incapable de mater un de leurs films en entier. Il faut dire que j'avais rarement tenté le coup, le dvd maudit d'Avida a ainsi traîné quelques mois dans notre ancien appart' sans que j'y fasse attention une seconde, à part quand il fallait caler des meubles ou empêcher des courants d'air... Mais j’avais bien lancé Aaltra, une fois, y’a un bail, en le stoppant net au bout d’un quart d’heure, le moral en berne. Par curiosité pour ce film assez unanimement salué par la critique, je voulais donc voir Mammuth, avec aussi l’espoir de me marrer quelques fois grâce à un Depardieu que la bande-annonce laissait présager en roues libres. On suit ici sa grosse carcasse retournant sur les traces de son passé, en pleine quête initiatique de derrière les fagots, et, plus concrètement, partie sur sa moto à la recherche de ces "papelards" qui lui permettront, peut-être, de toucher sa retraite à taux plein.



Depardieu est plus gros et laid que jamais, avec sa tronche ravagée, ses longs cheveux blonds crados et sa dégaine si lourde, on pense inévitablement au Mickey Rourke de The Wrestler ; mais il faut reconnaître que Depardieu permet à lui tout seul au film… d’être vu (j’avoue tout de même que je m’y suis peu à peu désintéressé presque totalement). Il croise une galerie de freaks tout droits sortis de « l’univers » Groland, avec quelques guest stars qui font leurs petits numéros ici ou là (une très vulgaire Anna Mouglalis et un Benoît Poelvoorde assez éteint, notamment).



L’humour du film, s’il y en a bien un, n’a pas fonctionné une seule seconde avec moi. Mammuth est d’un glauque bien trop forcené et le duo Kervern/Delépine dépeint des personnages bien trop misérables et cons pour qu’on puisse en rire. Et en plus, ils ne font pas ça à moitié, avec cette image ultra crade, aux couleurs dégueulasses, et ces plans souvent excessivement laids qu’ils nous servent jusqu’à l’overdose, et qui nous amènent à penser qu’ils filment tout simplement fort mal. Au sommet de la laideur culmine ce long plan hideusement cadré, où l’on voit Depardieu et son vieux cousin, qu’il vient de retrouver après des années d’absence, allongés nus sur un lit, s’entre-masturber mécaniquement et sans succès, le tout accompagné de bruits à gerber. C’est vraiment très, très laid. Yolande Moreau est plutôt insupportable et cette scène, déjà vue dans la bande-annonce, où elle ne parvient pas à se faire comprendre par un répondeur téléphonique, est une vraie souffrance à revoir. Ces deux passages dont je viens de causer pourraient tout à fait me faire sortir de mes gonds. Y’a quelques idées, pas toutes mauvaises, parfois même un peu jolies, disséminées ici ou là, mais ça reste très pauvre, et ça n’est pas du tout ça que l’on retient une fois le film terminé. Un film pourtant pas long, mais qui traîne à se finir qui plus est. Kervern et Delépine doivent pourtant ressentir de la sympathie pour les parias décalés et miséreux qu’ils inventent et dont ils nous racontent les vies cabossées, mais personnellement, ils me font simplement les mépriser. Pour faire bref : je n'ai pas aimé ce film du tout.


Mammuth de Gustave Kervern et Benoît Delépine avec Gérard Depardieu et Yolande Moreau (2010)

15 juin 2009

Home

Actualité oblige, nous nous devions de mater Home, le film de YAB, et de vous en toucher un mot. YAB c'est Yahn Arthus-Bertrand, aussi appelé YABI-YABON ou encore L'IlYAB et l'Odysée. Le petit trublion de la scène écologique française, et donc de la scène politique de notre pays. Il avait déjà foutu son grain de sable dans l'élection de 2007 en dévoilant, pendant l'entre-deux tours, les kilos de papier cul épuisés par Ségolène Royal chaque jour et le nombre de phoques abattus pour décorer ses lèvres. Il avait prononcé la fameuse phrase "Pas très écolo tout ça Ségo", au micro d'un Pujadas depuis longtemps de droite. De quoi filer un coup de pouce à celui qui est désormais marié à celle qui s'est fait refaire la tronche dès son 25ème anniversaire parce qu'elle s'était découvert une fossette, ride dite "d'expression", quand elle riait*.



YAB est le Français préféré des Français, ce qui tend à faire de lui un gros connard. Petit retour en arrière sur YAB, qu'on confond trop souvent avec beaucoup d'autres. YAB c'est l'Île au trésor, c'est Faut pas rêver, c'est Talachia, c'est Téléfoot et c'est Ushuaïa. A la télé y'en a que pour lui, et c'est sur ce "média" qu'il a d'abord voulu rendre les gens sensibles à son souci majeur : l'écologie. Même si pour téléfoot, il s'est permis un petit écart, en signant les "Z'insolites" chaque semaine, où il cherchait avant tout à concilier ses deux passions : l'humour british et le ballon rond. Ce fan incorrigible des Monty Python s'est ensuite fait remarquer de tous en signant le best-seller des années 2000, le bouquin le plus vendu en librairie du 21ème siècle : Ma mère vue du ciel. Un classique des fêtes des pères. Le cadeau qu'on a tous offert à notre paternel. Il est aussi célèbre pour avoir animé Le Vrai journal pendant des années sur la chaîne cryptée ; pour avoir présenté des objets métalleux en plastoque et autres inventions foireuses à Philippe Gildas (prononcez comme Poelvoorde: "Guildaze") dans Nulle Part Ailleurs ; pour avoir littéralement servi la soupe à Dechavanne (aka "K2R") dans toutes ses émissions ; et pour avoir gagné ses galons de trouble-fête auprès du grand public en promenant sa gueule rousse à la Kidman sur toutes les tribunes de la demi-révolution de Mai 68. Yahn Arthus-Bertrand, YAB, après avoir signé l'idée originale de la série télé JAG, a enfin lâché son sac-à-dos, ses doc marteens et sa caméra portative qui ont fait les belles heures d'Ushuaïa Nature, pour se lancer dans le cinéma militant, sérieux, de propagande, à échelle mondiale. C'est là qu'on en vient à Home, dont le sous-titre n'est autre que "Home Alone, Maman j'ai pas loupé l'avion vu que je suis calé dedans et que je prends des photos de ton gros cul vu d'ici, les sourcils collés à l'hublot".Lien

A la copie, préférez l'original, allez voir du côté de Koyaanisqatsi. A Jean-Michel Jarre, préférez Philip Glass. A YAB préférez les sous de Coppola. Dommage tout de même pour les Verts. Si Koyaanisqatsi était sorti en même temps que Home ils auraient fait 40% aux dernières élections eurockéennes au lieu de 20% (20% X 2).


*Si je vais en taule pour ça, j'irai ganté de noir et avec un sourire fendu sur le visage.


Home de Yahn Arthus-Bertrand avec Jacques Gamblin (2009)

15 août 2008

L'Homme qui voulait savoir

Nous sommes au début des années 80. Un couple de hollandais est en vacances dans le sud de la France. Ils sillonnent les routes en voiture et s'amusent entre eux. L'ambiance est très gaie. Ils ont l'air de s'aimer passionnément. Mais on sait tous que lorsqu'un film commence si bien, cela ne dure jamais très longtemps. Un drame est imminent. La voiture tombe en panne dans un tunnel. Le couple se dispute, rien de bien grave, mais l'homme décide de laisser sa femme et d'aller chercher de l'essence seul. Quand il revient, sa femme n'est plus dans la voiture. Premiers moments d'angoisse. Mais l'homme prend à peine le temps de s'inquiéter, il démarre. Sa bien-aimée l'attend à la sortie du tunnel, un peu fâchée contre lui. Ouf. Quelques minutes plus tard, ils s'arrêtent sur une aire d'autoroute très fréquentée, se réconcilient et passent du bon temps. Puis la femme part chercher des boissons dans la station service tandis que l'homme l'attend près de la voiture. Le temps passe et elle ne revient pas. L'homme panique. Cette fois-ci, elle a réellement disparu. Le drame a eu lieu.




Dès lors, l'homme n'aura plus qu'une seule idée en tête : savoir ce qui est arrivé à sa femme. Une véritable obsession nourrie par les lettres anonymes qu'il recevra 3 ans plus tard, écrites par une personne déclarant savoir ce qui est arrivé à sa femme et lui donnant des rendez-vous auxquels elle ne se rendra pas. Cette personne s'avèrera n'être autre que le ravisseur de la femme, et, via des retours en arrière parfaitement insérés dans le récit, il nous sera dressé de lui un portrait rigoureux et précis. Il s'agit d'un type tout à fait banal, d'apparence plutôt sympathique, vague sosie dodu de Benoît Poelvoorde, un prof de chimie perfectionniste et père de famille rassurant. Lors de ces mêmes flash-back, nous le verrons, entre autre, préparer méticuleusement son méfait, et échouer plusieurs fois. Ce personnage est interprété par l'acteur français Bernard-Pierre Donnadieu, qui livre ici une prestation tout bonnement hallucinante.




La partie du film la plus réussie est celle où les deux hommes se rencontrent enfin. Le ravisseur expliquera alors la raison de ses agissements. Une explication crédible d'une logique désarmante qui s'inscrit dans la réflexion globale du film sur le thème du destin. Le titre français de ce film est L'Homme qui voulait savoir. Un titre qui n'est pour une fois pas si bêtement choisi. Il s'agit en l'occurrence de savoir pourquoi et comment la femme a été enlevée, et ce qu'elle est devenue. L'homme qui voulait savoir finit par apprendre que des signes prémonitoires menaçants, une série de mauvaises coïncidences et des choix personnels malheureux ont tous participé à la même histoire tragique.




L'Homme qui voulait savoir est un film d'une efficacité redoutable qui, de par son rythme assez lent, prend soigneusement le temps de nous plonger dans la détresse et l'obsession d'un homme, pour mieux compatir avec lui ; ainsi que dans la folie et l'apparente normalité d'un autre, pour mieux que celui-ci nous fascine et nous inquiète. Tout ça fait de l’œuvre du néerlandais George Sluizer l'un des films les plus dérangeants et horribles qu'il m'ait été donné de voir.


L'Homme qui voulait savoir de George Sluizer avec Bernard-Pierre Donnadieu, Gene Bervoets et Johanna ter Steege (1988)

28 mai 2008

Les Deux Mondes

Restaurateur d’œuvres d’art parisien sans histoire, Rémy Bassano n’a décidément pas de chance : le jour où il découvre son atelier de travail complètement inondé et que son assureur lui fait comprendre que les dégâts ne seront pas couverts, sa femme lui annonce brutalement qu’elle le quitte pour un autre homme. Jusqu’alors effacé, ignoré de tous et souffrant d’un cruel manque de confiance en lui, Rémy Bassano va voir sa personnalité enfin s’épanouir lorsqu’il se retrouvera régulièrement projeté dans un monde parallèle exotique, où il sera considéré par ses habitants comme le Sauveur tant espéré ! Voici le pitch, simple et efficace, du film Les Deux Mondes de Daniel Cohen. Malgré cette idée de départ somme toute très sympathique et attirante, je ne pouvais m’empêcher de craindre une énième comédie française rarement drôle et débordante d’effets spéciaux, auquel on a trop souvent droit depuis maintenant quelques années. Contre toute attente, ce film injustement passé inaperçu à sa sortie a été une sacrée bonne surprise !




Bien heureusement, les effets spéciaux ne sont ici pas du tout envahissants, ils sont d’ailleurs très réussis, car ils ne sont jamais tape à l’œil. En outre, ils sont entièrement mis au service d’un film intelligent, qui ravira tout particulièrement les enfants, puisqu’il parvient à joliment mettre en image l’un des plus grands fantasmes humains, celui d’être doté de pouvoirs divins. Car le héros du film, sous les traits et l’allure attachante d’un Benoît Poelvoorde impeccable, aura dans ce Deuxième Monde, en retard sur le nôtre, quasiment le rôle d’un Dieu : il y apportera ses innovations, il mènera son peuple au doigt et à l’œil, lui ordonnant de mettre en application tous ses désirs de construction et il deviendra aussi un véritable maître de guerre. Un fantasme dont les jeux vidéos étaient déjà brillamment parvenus à tirer partie et auxquels Daniel Cohen adresse un bel hommage à travers ce film. Doté de ses pouvoirs tout puissants, Benoît Poelvoorde nous fait en effet souvent penser à quelqu’un prenant du plaisir à jouer à l’un de ces jeux du type Populous ou Age of Empire, notamment lors d’une scène fameuse où, face à son paysage, il montre du doigt les choses qu’il compte construire ici ou là, et que ces choses apparaissent instantanément sous nos yeux.




Tour à tour drôle, émouvant, burlesque et touchant, Benoît Poelvoorde trouve dans ce film un très joli rôle. Il parvient avec un grand talent à rendre l’évolution de son personnage subtile et crédible, celle-ci s’effectue très progressivement, au cours des allers-retours successifs entre les « deux mondes ». Le film met un certain temps à démarrer, mais une fois lancé, il se regarde avec un réel plaisir et il est ponctué par quelques scènes très drôles, qui doivent évidemment beaucoup à l’acteur principal. Les Deux Mondes apparaît donc comme une vraie réussite et, à l’instar de School of Rock, comme un de ces rares films récents de qualité qui devraient énormément plaire aux plus jeunes.


Les Deux Mondes de Daniel Cohen avec Benoît Poelvoorde, Augustin Legrand et Florence Loiret-Caille (2007)