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9 mai 2023

Showing Up

Dans quelle mesure mon amour pour le cinéma de Kelly Reichardt influence-t-il mon jugement sur ce film ? Et surtout dans quelle mesure cela doit-il m'inquiéter ou au contraire me réjouir ? Certes Showing up n'est pas son meilleur film. Mais pourquoi faut-il toujours que l'on veuille comparer et classer les œuvres, à fortiori d'un même auteur ou d'une même autrice ? Je peux dire qu'il manque, selon moi, quelque chose à ce film. Mais il faut dire aussi que j'y repense beaucoup, que je m'y sentais bien, et que j'aimerais en voir encore. Je m'y sentais bien de façon presque étrange, car il y manque donc quelque chose, plusieurs choses même. Le portrait de Lizzy, cette jeune céramiste sculptrice en proie au manque de temps (elle doit bientôt exposer mais n'a pas terminé son travail de création ; est prise par son boulot de secrétariat dans l'école d'art que dirige sa mère ; doit s'occuper d'un pigeon estropié par son propre chat, recueilli par Jo, sa voisine/logeuse/amie, qui le lui confie finalement car elle doit, elle aussi, exposer très vite), au manque de moyens et de commodités (payer le loyer semble compliqué ; sa chaudière est en panne, ce qui l'oblige à aller se doucher ici et là en demandant permission), au manque de reconnaissance aussi, en particulier de la part de sa famille (frère artiste à moitié fou ; mère plus préoccupée par son fils que par sa fille ; père préoccupé principalement par lui-même), est un portrait au bout du compte riche mais qui souffre tout de même du manque d'évolution de son sujet et du jeu monolithique de Michelle Williams, cernée et renfrognée du début à la fin, malgré deux ou trois touches d'humour discrètes. 
 
 

 
Pourtant quelque chose se passe, dans quelques scènes, moins entre Lizzy et les gens qui gravitent autour d'elle, qu'entre cette jeune artiste invariablement chaussée de crocs, au corps lourd et pesant sous des fringues laides et ternes, et les figures féminines, aériennes, dynamiques, tordues, contorsionnées (aux expressions quoi qu'il en soit soucieuses sinon torturées) qu'elle modèle et qu'elle semble si heureuse de voir exister quand leur réalisation s'achève par l'apparition des couleurs vives nées des émaux employés, ces couleurs qu'elle "ose" comme on le lui fait remarquer, pastel, claires et lumineuses, toujours surprenantes au sortir du four (et Lizzy est si blessée quand la cuisson a mal tourné). Mais on aurait aimé que cette relation aux figures crées soit plus exprimée encore, que le film, qui ne raconte finalement pas grand chose (une artiste issue d'une famille dysfonctionnelle doit achever un travail pour une expo sans grand enjeu tout en s'occupant d'un pigeon blessé : fin du pitch), prenne beaucoup plus le temps que lui dégage une trame narrative minimale pour filmer les gestes, la matière, les corps, la lumière, toutes choses qui sont depuis toujours au cœur du cinéma de Kelly Reichardt et qui en font le prix, la beauté, la saveur. 
 
 

 
A la fin du film, les deux voisines marchent côte à côte dans la rue, et dans la profondeur de champ. A noter que c'est je crois le premier non-road-movie de Kelly Reichardt, ou peut-être le deuxième, après Certaines femmes, dont je me souviens moins, en tout cas le premier absolument sans déplacement, en bagnole ou à pied, dans les grands espaces américains, et la cinéaste, ironiquement, ouvre son film avec un travelling latéral caractéristique des films de ses débuts, en particulier de ses premiers, River of Grass et Old Joy, sur Jo qui fait rouler un pneu le long du trottoir, le véhicule réduit à son minimum, dont elle s'en va faire un mobile fixe : une balançoire. Mais je reviens à la fin de Showing Up : les deux amies sont réunies après une dispute générée par la question de la chaudière en panne, que Jo tarde à faire réparer au détriment du confort de Lizzy, donc par la question du temps et de l'argent. Mais on aurait aimé que l'amitié entre les deux femmes soit plus vivante, quitte à demeurer plus ambiguë, comme celle des deux camarades de Old Joy, ou plus triste, comme celle des deux pionniers de First Cow (dont la fin me marquera plus durablement, qui à mes yeux inscrit ce western minimaliste, pour le coup très attentif à la nature, aux outils, aux matières, aux lueurs, aux gestes, dans la petite confrérie de ces films d'amitié qui se terminent avec la mort lente et douloureuse d'un des deux membres du duo après une blessure qui ne semblait pas devoir être fatale, aux côtés de Macadam Cowboy, Scarecrow ou Thunderbolt and Lightfoot). Juste avant cette déambulation des deux voisines vers le fond du champ, quelques plans assez beaux, mais trop courts, descendent le long de câbles électriques ou sous le couvert de grands arbres, mimant le regard des deux jeunes femmes en quête de l'oiseau envolé. J'aurais aimé que de tels plans, mettant en scène de simples formes de ce monde vues sous un angle particulier et prises dans le mouvement d'un regard (travail de mise en scène résumant celui de toute création d'art formel) soient plus nombreux et viennent plus tôt dans Showing Up. N'empêche qu'ils y sont ? Oui. J'en voulais juste plus !
 
 

 
Pour toutes ces raisons, et parce que malgré le manque on se sent bien dans ce film, comme toujours chez Kelly Reichardt, mieux d'ailleurs que dans d'autres (comme Old Joy, Wendy and Lucy ou La Dernière piste, si beaux films dans lesquels il est somme toute plus difficile de se la couler douce), je me dis, et c'est peut-être la première fois, du moins je crois, que j'aurais préféré que Kelly Reichardt fasse de son idée de film une mini-série. Le format sériel aurait peut-être mieux correspondu à la quasi non-évenementialité du récit et aurait sans doute mieux permis, justement, de prendre le temps de filmer la création dans sa durée, le temps long de la maturation, de la quête, de la modélisation, de la correction, du doute, du recommencement, le tout pris dans la temporalité abrégée des jours, des contraintes temporelles et matérielles du quotidien, mais aussi dans un troisième temps, après la lenteur de l'observation, celui propre à chaque geste. Tout cela est déjà dans Showing Up, mais j'en voulais davantage.
 
 
Showing Up de Kelly Reichardt avec Michelle Williams, Hong Chaud, Judd Hirsch et Amanda Plummer (2023)

4 décembre 2018

Certaines femmes

Kelly Reichardt continue son petit bonhomme de chemin, en nous emportant dans son sillage. Certain Women réunit un casting d'exception, la fine fleur du cinéma indépendant américain : Kristen Stewart, Laura Dern, Michelle Williams. Ces actrices sont toutes passées par les douleurs du cinéma hollywoodien à grand spectacle et se blottissent l'une contre l'autre sous le bras bienveillant de la papesse du cinéma indépendant US actuel. Nous avons vu ce film il y a dix mois, et nous n'avons aucune envie irrépressible de le revoir, mais à la sortie de la séance, nous affirmions sans ciller avoir vu un grand film, à la hauteur de l'estime que nous portons depuis ses débuts à la cinéaste. Depuis, il y a eu de nombreux débats au sein de la réaction (c'est-à-dire entre nous deux, entre quatre yeux et deux murs), quant à la vraie valeur de ce film. L'un de nous a cru clore le débat en demandant tout haut quelle eût été notre réaction face au même film réalisé par David Gordon Green (ce fumier qui, entre nous soit dit, serait totalement infoutu de tourner ce film, n'étant du reste capable que de chier des merdes). Or, on ne s'en tirera pas comme ça, Certain Women est un film de Kelly Reichardt et de personne d'autre. Elle a quand même une sacrée patte, une pasta con leche.





Certain Women est à ranger dans la catégorie des films à sketchs, même si le terme "sketch", habituellement relié à l'idée d'humour, n'est pas tellement de mise. Nous suivons trois histoires, quatre femmes, cinq répliques (film peu bavard). Nous avons vraiment adoré ce film sur le coup. A nos yeux, Kelly Reichardt est une très grande cinéaste, digne de tous les éloges. Les actrices du film sont irréprochables, extrêmement douées pour donner vie à quatre très beaux personnages, bien travaillés, bien écrits : de beaux portraits de femmes. Mais dix mois après c'est un peu le trou noir, et on en vient à douter de la qualité intrinsèque du film quand il ne nous en reste pas grand chose, rien qui donne envie d'en parler, de le raconter, d'écrire dessus... Là, tout de suite, on ne le reverrait pour rien au monde. Si on nous proposait de passer la soirée devant ou de choper une gastro fulgurante pour passer deux heures sur le bidet à gerber, on répondrait peut-être qu'une petite purge nous ferait le plus grand bien... Ars longa vita brevis. On a déjà donné. Bravo quand même. Superbe film. Merci Richard. Courez le voir.


Certain Women (Certaines femmes) de Kelly Reichard avec Laura Dern, Kristen Stewart, Michelle Williams et Lily Gladstone (2017)

27 octobre 2018

Tout l'argent du monde

Je lis ici ou là qu'il a été reproché à Ridley Scott d'avoir réalisé un film "sans âme". N'est-ce pas là le propre des films du cinéaste britannique depuis plus de trente ans ? Alors certes, Tout l'argent du monde n'est franchement pas près d'être un grand film, mais c'est sans doute ce que Ridley Scott a fait de mieux depuis... depuis belle lurette ! Vous aurez compris qu'il s'agit là d'un compliment à relativiser étant donné l'amour que je porte pour la filmographie du bonhomme, à qui l'ont doit surtout de sacrées purges et notamment la mise à mort définitive de la saga Alien. Il nous raconte ici l'histoire vraie du kidnapping de John Paul Getty III, petit-fils d'un magnat du pétrole multimilliardaire, survenu à Rome en 1973. Le hic : le vieux Getty (Christopher Plummer), qui gère son immense fortune d'une main de fer et qui a des putains de mines antipersonnel dans les poches, ne veut pas débourser un seul centime pour récupérer le gosse ! Il va donc être confronté à la ténacité de la maman, incarnée par une très chouette Michelle Williams, bientôt épaulée par un négociant du milliardaire, Fletcher Chace, joué par Marky "Mark" Wahlberg.




Dans une interview accordée au JDD, Ridley Scott a affirmé : « Au-delà du fait divers, cette histoire possède tous les ingrédients d'une tragédie moderne. C'est un drame shakespearien qui soulève de nombreuses questions philosophiques sur le pouvoir, la filiation et surtout la puissance corrosive de l'oseille. » En effet. En voyant son film, on se dit qu'entre les mains d'un Sidney Lumet de la belle époque, d'un cinéaste de cette trempe en pleine possession de ses moyens, on aurait pu avoir droit à un vrai classique, aussi haletant que passionnant. On en est donc bien loin. Mais soulignons tout de même que le père Scott s'avère un brin plus inspiré quand il filme cette histoire que lorsqu'il nous sert des préquels honteux d'Alien (je l'ai toujours en travers...).




Son dernier film se mate sans trop de souci. Ses acteurs y sont pour beaucoup, à commencer par l'excellente Michelle Williams, dont le jeu échappe aux clichés redoutés et qui parvient à donner vie à un personnage intéressant. Mark Wahlberg n'est quant à lui pas folichon là-dedans, mais il fait sagement le taff et il a droit à son petit moment de gloire quand il dit ses quatre vérités au vieux milliardaire. Celui-ci a donc été campé, au pied levé, par le fringant Christopher Plummer, impeccable et régulièrement glaçant dans un rôle en or massif. On ne peut pas s'empêcher de se dire que c'est sans doute une très bonne chose qu'il ait eu à remplacer Kevin Spacey, car ce dernier aurait sans doute beaucoup plus cabotiner (sans parler des couches de maquillage nécessaires pour le vieillir). Notons aussi un étonnant Romain Duris : sa présence pourrait prêter à sourire puisque l'acteur français a été engagé pour incarner un kidnappeur italien, mais son personnage ambivalent constitue l'un des points forts du film. Il amène une touche d'humour et de légèreté bienvenue. Bien ouèj Duris !




Pour le reste : R-Scott est en roues libres. Aucun effort particulier, rien à signaler. Vite fait, pas si mal fait (pour une fois). Il a dû laisser le taff à sa seconde équipe et venir chécker le boulot accompli une fois par quinzaine pour mieux consacrer ses forces restantes à imaginer une nouvelle suite à Alien et ainsi continuer son saccage de la saga, ce à quoi il a vraisemblablement décidé de consacrer ses derniers jours (ma rancune est tenace !). La photographie étonne par moments, avec cette teinte sépia assez moche, au début du film, lors de quelques scènes d'intérieur, comme pour nous rappeler que l'histoire se déroule bien dans le passé. La BO (les Stones, les Zombies) vient également renforcer cet effet. C'est pas finaud du tout mais c'est efficace. C'est signé Scott quoi.




On suit ça sans déplaisir, parfois d'un seul œil, je dois le reconnaître, car c'est long, ça dure trop longtemps, ça dépasse les 2 plombes, pas de beaucoup, mais ça les dépasse, j'ai vérifié et, surtout, je l'ai senti ! Le film a toutefois le bon goût de nous quitter en beauté : par un ultime gros plan sur Michelle Williams, confrontée à une sculpture à l'effigie du milliardaire fraîchement décédé. L'actrice met le paquet, elle nous sort la total : menton grelottant, regard mystifié, elle ne laisse pas indifférent. Elle nous rappelle une dernière fois que c'est bien elle le principal intérêt du film, et le petit bout de femme tenace qu'elle a su faire exister malgré un scénario paresseux. En bref, on tient là un film du dimanche soir tout à fait passable, que je me suis autorisé à regarder un mardi...


Tout l'argent du monde de Ridley Scott avec Michelle Williams, Mark Wahlberg et Christopher Plummer (2017)

29 novembre 2015

Take This Waltz

Il y a des films qui vous dégoûteraient de l'Amour et de la vie en couple. Il y a des films qui auraient le don d'endurcir illico les plus insatisfaits et malheureux célibataires. Take This Waltz, deuxième long métrage écrit et réalisé par l'actrice Sarah Polley, est tout à fait de ceux-là. On y suit les hésitations et les malheurs existentiels de Michelle Williams, heureuse épouse de Seth Rogen (comment peut-on ?) tombée éperdument sous le charme de son voisin, un beau brun de 57 kilogrammes (Luke Kirby's Dream Land). Elle aime les cheveux crépus et la gentillesse à toute épreuve du premier ; elle est irrésistiblement attirée par les yeux azuréens et les chemisettes à carreaux du second. Elle ne se lasse pas des bons plats cuisinés de l'un, concepteur de recettes de cuisine à base de poulet de son état ; elle est tout simplement en extase face aux petits dessins à l'encre de Chine et à l'exceptionnelle endurance du second, artiste maudit et conducteur de pousse-pousse de profession (les métiers de chacun ont au moins le mérite d'être originaux, même s'ils ne justifient pas leurs baraques d'enfer et leur train de vie en général). Bref, Michelle Williams ne sait pas quoi faire, ses certitudes vacillent, son mariage est en danger. Pendant 1h30, elle tergiverse, puis finit par craquer. Le film, d'un romantisme fabriqué imbuvable, atteint alors des sommets dans l'horreur et l'innommable.




Pour bien nous montrer le bonheur total dans lequel nage Michelle Williams quand celle-ci a pour de bon décidé de quitter son moche époux pour les bras maigrelets du voisin, la caméra de Sarah Polley se met à tournoyer follement autour d'une gigantesque pièce faite de mille colonnes (comme je vous l'ai dit, tous les personnages vivent dans des palaces impossibles). Comme dans un insupportable clip, la "scène" de cette nouvelle vie conjugale change systématiquement quand la caméra passe derrière l'une des colonnes, sans transition visible. Michelle Williams et son jules jouent tranquillement au Scrabble... partagent un bon vin rouge et quelques tapas... se chuchotent des mots doux et se câlinent tendrement ...puis baisent comme des animaux sauvages ! D'abord dans une position inspirée des plus craspecs porno US, avec le pied du mec posé sur la joue de sa partenaire consentante, et ensuite dans une position plus banale où Michelle Williams se défoule cette fois-ci sur son homme, quitte à risquer une rupture de l’albuginée et des corps caverneux. Bref, le petit couple déglingué se démonte passionnément, et on est censé trouver ça sublime, alors que la mise en scène, déjà vue mille fois ailleurs, fout la gerbe en plus du tournis. En ce qui me concerne, j'espérais en secret que ce petit spectacle se prolonge, dure encore, j'attendais qu'on nous propose un petit abécédaire du kama sutra et j'imaginais qu'on irait crescendo dans la sauvagerie et le dégueulasse. Mais c'était bien trop espérer de Sarah Polley, cette femme n'a en réalité aucune suite dans les idées : ce passage ne dure pas assez pour être marrant, juste ce qu'il faut pour foutre les nerfs à vif !




Que dire de la prestation de Michelle Williams ? La filmographie de l'actrice ressemble à un abominable fourre-tout avec peut-être, en guise de très mince fil rouge, la volonté apparente de tourner avec des auteurs plus ou moins respectés et reconnus. Elle combine le pire et le meilleur du cinéma américain, du film indé imbuvable (il y en a beaucoup) au vrai film d'auteur remarquable (ses collaborations avec Kelly Reichard), en passant par le gros blockbuster qui tâche (Le Monde fantastique d'Oz) et le biopic à Oscars raté (My Week with Marilyn). A chaque fois, l'actrice est totalement à l'image du film dans lequel elle joue. Elle est excellente et bluffante dans Wendy & Lucy. Elle fout la rage en Marilyn Monroe. Et elle déprimerait donc n'importe qui dans Take This Waltz, où son regard perdu et ses gestes hasardeux siéent parfaitement à son insupportable personnage. Cette actrice et ses choix de carrière sont tour à tour désolants et encourageants. En réalité, je crois qu'elle commence à me fatiguer. Cette fois-ci, je ne lui jetterai pas la pierre, je viserai plutôt Seth Rogen, c'est plus facile : il est tout gros et je n'aime pas son énorme visage.




D'après ce que j'ai lu sur internet, beaucoup s'accordent à dire que le personnage campé par Michelle Williams est une chieuse XXL qui mérite un bon coup de pied au cul. C'est bien, je suis d'accord, je me joins au pugilat. Beaucoup prétendent aussi que le film est joliment filmé, parfaitement mis en scène, qu'il fourmille de belles images et de plans magnifiques. Là par contre, je m'inscris en faux. Sarah Polley développe une esthétique "instagram" faite de flous et de contre-jour intempestifs qui se veut paradoxalement naturaliste et proche des corps (Michelle Williams s'y fout à poil une demi dizaine de fois, et on s'en passerait volontiers) dont le résultat est très souvent d'une incroyable laideur. Le tout est enrobé de quelques chansons sans doute directement issues de l'iPod de la réalisatrice, fan de Micah P. Hinson, et le film emprunte son titre à un morceau du pauvre Leonard Cohen qu'on ne pourra plus jamais écouter librement.




Savoir que Sarah Polley a écrit et réalisé ce film qu'elle doit présenter et considérer comme une œuvre infiniment personnelle inspire le plus profond mépris. C'est typiquement un film qui pense cerner des "trucs" de couple bien connus (les petits jeux amoureux de Seth Rogen et Michelle Williams peuvent rendre fou), qui veut parler directement et intimement à son auditoire, le remuer dans son expérience personnelle, le questionner au plus profond de lui-même. En ce qui me concerne, quand, effectivement, le film me parlait un peu, j'avais envie de m'insulter copieusement puis de filer sous la douche fissa, comme pour me nettoyer de cet affreux rapprochement et pour avoir définitivement et strictement aucun rapport avec cette horreur signée Sarah Polley. Ce film m'a dérangé. J'en ai fait des cauchemars terribles où la ganache de Michelle Williams était remplacée par celle de ma chère et tendre. Véridique.


Take This Waltz de Sarah Polley avec Michelle Williams, Seth Rogen et Luke Kirby (2011)

29 septembre 2013

Diana

C'est le grand come-back d'Oliver Hirschbiegel. Il est de retour avec un biopic de Lady Diana, son Altesse royale la princesse de Galles et comtesse de Chester, duchesse de Cornouailles, duchesse de Rothesay, comtesse de Carrick, baronne de Renfrew, Dame des Îles, princesse d'Écosse. Contrairement à bien des journaleux peu scrupuleux, nous nous sommes fixés comme règle de toujours citer son nom complet, tel qu'il apparaissait sur sa carte d'identité longue comme un parchemin. C'est surtout l'occasion pour nous de pointer une étrange tendance actuelle d'Hollywood, celle qui consiste à faire jouer les beautés par des tromblons et les tromblons par des beautés. C'est par exemple Michelle Williams qui incarne Marilyn Monroe et Scarlett Johansson qui prête ses gros traits à la délicate Janet Leigh. Et c'est donc l’incandescente Naomi Watts, avec un truc de dingue collé sur le haut de la tronche, qui donne son joli minois à Lady Di.




On peut le dire, maintenant que le deuil est fait, que la part de sacré commence à s'estomper : Lady Diana n'était pas non plus le phénomène de beauté que Paris Match Voici Gala nous ont vendu pendant des années... On s'en rend d'autant mieux compte aujourd'hui grâce à Google Images d'une part, grâce à Kate Middleton d'autre part, qui dans le genre Altesse royale la princesse William, duchesse de Cambridge, comtesse de Strathearn et baronne de Cunnilingus, se place là. Disons-le : Lady Di était une pure guenon, et là si on était en train de pisser sous le pont de l'Alma ce serait peut-être plus apprécié. Si elle avait ressemblé à Naomi Watts, j'aurais été paparrazzo et j'aurais eu la dernière photo !


Diana d'Oliver Hirschbiegel avec Naomi Watts (2013)

31 mars 2013

Le Monde fantastique d'Oz

Le Monde fantastique d'Oz est un film pour enfants. Mais des enfants qui seraient d'accord pour se faire chier comme des rats morts pendant plus de 2 heures. Bâti sur une histoire d'une simplicité confondante pour que, justement, le jeune public auquel il est destiné puisse le suivre sans problème, ce film moribond et très laid est porté à bout de bras par James Franco. Or, l'acteur dispose ici du charisme d'un poulet de batterie et de petits bras de T-rex dont la fonction n'était sûrement pas de porter des objets lourds. Ce n'est pas ce genre d'acteur de troisième zone qui peut faire sortir le film de son carcan insipide et froid. Médiocre prestidigitateur sur Terre, James Franco arrive par enchantement dans le pays d'Oz, où il se fait passer pour le Magicien qui, selon la prophétie, doit bouter la méchante sorcière (Rachel Weisz) pour faire à nouveau régner le bonheur. Belle perspective.




De son côté, cette méchante sorcière cache son jeu et sème la terreur tandis que MC Solaar récolte le tempo. Elle est à la tête d'une redoutable troupe de babouins volants armée jusqu'aux dents. Et alors que ces sales bêtes causent panique et désolation, James Franco se laisse attendrir par la détresse des si gentils habitants d'Oz et par les formes "généreuses" de Michelle Williams (preuve qu'il doit s'acheter de nouvelles lentilles de contact). Sentant que ses seules qualités physiques ne lui permettront pas de conclure, il décide d'arrêter d'être un pleutre et de prendre les choses en main. Grâce à sa passion pour Thomas Edison et Alfred Nobel, il arrive à fabriquer tout un tas de petits gadgets inoffensifs mais fort impressionnants (feux d'artifice, bâtons de dynamite et illusions d'optique). En effet, à cause d'une promesse débile faite à Michelle Williams en échange d'un contact rapproché avec ses tétons, James Franco s'est interdit de buter ses ennemis, il peut simplement leur foutre les jetons (référence appuyée à Terminator 2). Cela concerne aussi les féroces babouins volants qui, de leur côté, n'éprouvent aucune sorte de pitié pour qui que ce soit et tuent à tour de bras. Pensez-y : des centaines de babouins volants, avec leurs gros culs rouges et leurs dents acérées. Ils sont l'un des fléaux visuels de ce film hideux.




James Franco, qui jusque-là passait pour un escroc à la petite semaine, sort donc le grand jeu et démontre une bonté d'âme qu'on ne lui soupçonnait pas... Grâce à son stratagème "son et lumière" digne des plus grands spectacles du Puy du Fou, il parviendra à faire fuir la méchante sorcière ("jusqu'à ce qu'elle revienne", précise-t-il, dans le but d'annoncer une éventuelle suite à ce film en contreplaqué) et à rétablir la joie et la paix dans le monde fantastique d'Oz. D'un point de vue personnel, il s'emballe Michelle Williams, et c'est tout ce qui semble compter pour lui. De notre point de vue, c'est une catastrophe. Et les autres acteurs ne sauvent pas les meubles. Michelle Williams, par exemple, incarne une gentille sorcière, toute de blanc vêtue, maquillée à la truelle pour être rajeunie de 20 ans : c'est très laid, on dirait Loana immortalisée par un paparazzi manchot suite à une nouvelle tentative de suicide, mais ça semble fortement plaire à James Franco. Rachel Weisz et Mila Kunis, quant à elles, campent deux soeurs probablement pas du même père ni de la même mère, sans aucun panache. Elles complètent le fade trio de sorcières que l'on peut croiser dans le monde d'Oz. Sam Raimi, le réalisateur de cette saloperie qui a laissé tout son talent dans un magasin Prix-Bas en 1992, essaie un temps de nous faire douter de l'identité de la sorcière méchante, mais même un enfant de 4 ans avec de la merde dans les yeux aura tôt fait de deviner qu'il s'agit de Rachel Weisz.




Les rares satisfactions de ce désastre sont quelques seconds rôles joués par des acteurs vétérans, comme par exemple le rôle de Knuck, un nain black grincheux et agressif, joué par le trop rare Tony Cox (l'inoubliable Shonté dans Fous d'Irène). En fait, il n'y a que lui. Un nain black caustique est donc l'unique highlight de ce blockbuster au budget dépassant les 250 millions de dollars. Sam Raimi, considéré comme un réalisateur de la A-list, l'homme qui peut lever tout l'argent qu'il veut pour faire un film intimiste ou ambitieux et en avoir l'entier contrôle artistique, poursuit donc sa mutation complète en une enflure XXL. 


Le Monde fantastique d'Oz de Sam Raimi avec James Franco, Rachel Weisz, Michelle Williams, Mila Kunis et Tony Cox (2013)

2 avril 2012

My Week with Marilyn

Ma tolérance pour ce genre de films a considérablement diminué depuis quelques temps. Je ne supporte plus ces produits hollywoodiens aseptisés et calibrés pour gagner quelques petits prix à quelques piètres cérémonies. Ces films qui, sans prendre aucun risque, visent à satisfaire bêtement le spectateur dans ce qu'il s'attend forcément à voir : de petits numéros d'acteurs, un rythme pas emmerdant, une reconstitution d'époque léchée, et... quoi d'autre ? Rien ? Ah oui, peut-être aussi une amourette impossible qui rendra le récit un peu plus poignant (elle se joue ici entre la star Marilyn Monroe et le jeune Colin Clark, troisième assistant réalisateur sur le film Le Prince et la danseuse, dont on suit une semaine de tournage). Ces films-là m'emmerdent tellement que j'en oublie leur soi-disant intérêt. Alors que tout est fait pour plaire facilement, sans ennuyer une seconde, je me retrouve plongé dans un abîme de lassitude, pas le moins du monde intéressé par ce qui se déroule sous mes yeux. Alors vous devez logiquement vous demander pourquoi je regarde ce genre de films, pourquoi je me suis infligé cette semaine avec Marilyn, et je vais tenter de vous répondre de mon mieux...


Je vous avoue tout de go que si j'ai regardé My Week with Marilyn, c'est principalement pour juger la prestation de son actrice principale, Michelle Williams. Je suis en effet assez admiratif de son travail dans les très beaux films de Kelly Reichardt, et tout particulièrement dans Wendy & Lucy, où elle parvient magnifiquement à donner vie à un personnage dans la droite lignée de l'inoubliable Wanda de Barbara Loden. J'étais donc assez curieux de voir ce que l'actrice originaire de Dawson Creek donnerait dans la peau de la plus mythique des stars du cinéma et si elle réussirait à faire oublier, par exemple, qu'elle ne partage pratiquement rien de sa beauté. J'étais aussi plutôt impatient de savoir si Michelle Williams parviendrait à élever un peu cette tranche de biopic de toute évidence promise au classicisme le plus plombant, à mille coudées du cinéma audacieux de sa talentueuse amie Kelly Reichardt. Verdict : la récompense glanée aux Golden Globes et sa nomination aux Oscars étaient hélas autant d'indices sur la prestation plus qu'embarrassante de l'actrice, qui m'est ici carrément antipathique. Son jeu cabotin et maniéré participe même assez grandement à faire de Marlyn Monroe un personnage insupportable qui, sans surprise, correspond totalement à tous les clichés qui lui sont généralement associés.



Et puis il faut bien dire que Michelle Williams ne ressemble pas à grand chose. Elle n'est pas laide, non, loin de là, ne soyons pas de mauvaise foi, mais quand on la voit minauder et se pavaner dans les tenues de Marilyn, elle fait vraiment de la peine. On se dit inévitablement "Putain, mais elle était quand même plus belle que ça, la Marilyn Monroe !". C'est peut-être triste à dire, mais tout cela ne serait pas si problématique si cette beauté, ce charme, cette élégance et cet aura particulière n'étaient pas si inhérents au personnage même de Marilyn Monroe. Ici, c'est le vide. Michelle Williams échoue la plupart du temps à nous rendre compte de tout ce que devait dégager la star, cette femme à la sensualité et au sex-appeal toujours renversants, même sur ces photos en noir & blanc où elle prend des poses d'un autre âge et que l'on connaît tous par cœur. Pour essayer de nous embobiner gratos et de nous faire triquer sans effort, on a tout de même droit à quelques scènes qui se veulent affriolantes. C'est bien connu, la star n'était pas pudique du tout et adorait se trimballer à poil devant le premier venu. Le personnage de Marilyn Monroe apparaît donc deux fois dans son plus simple appareil. Pas spécialement bien achalandée, Michelle Williams a bien sûr dû faire appel à un "body double" en la personne d'Emma Glover, une pin-up britannique aux mensurations dignes d'une star du X, bien trop énormes pour être tout à fait naturelles. Cela ne serait pas gênant si on ne le remarquait pas, mais le corps de la mannequin glamour dénote assez clairement avec celui de l'actrice, malgré des trucages vieux comme le monde permis par le montage (gros plan sur la tronche de Michelle Williams en train de se désaper, cut, plan moyen sur un corps de malade mental vu de dos et appartenant à une autre femme). Nue, Michelle Williams devient donc, dans la peau de Marilyn, une grande perche au cul en bombe et aux seins dépassant de tous les côtés, n'appelant qu'à jouer dans un gros porno dégueu. Je me répète un peu et je m'y attarde peut-être trop, certes, mais cette tromperie m'a choqué ! Et vous savez bien que ces questions-là nous taraudent...


Bon, Michelle Williams n'assure pas, c'est un fait. Mais elle n'est pas la seule. My Week with Marilyn est un festival d'acteurs qui cabotinent, à commencer par Kenneth Branagh, imbuvable dans le rôle de Laurence Olivier, profitant de chacune de ses scènes pour péter un câble gratuitement et pousser des gueulantes à la Christian Clavier. A ce petit jeu-là, il les bat tous sans souci. Il s'amuse peut-être, nous beaucoup moins. Et que dire d'Emma Watson, rescapée d'Harry Potter (comme tout un tas d'autres acteurs de ce film), qui fait des pieds et des mains pour qu'on la remarque. Elle n'est pas crédible dans le rôle d'une femme. Elle a simplement l'air toute droit sortie d'un catalogue La Redoute. A vrai dire, tous les acteurs ont l'air de costumes ambulants, de portes-manteaux animés, uniquement là pour mettre en valeur le boulot de costumiers hors pair. Ah ça, ils assurent les techniciens, y'a pas à dire, ils font sans doute partie des meilleurs du monde. Costumiers, accessoiristes, maquilleurs, décorateurs... Ils sont très doués pour donner vie à des fantômes dans des films hantés par le néant. L'acteur principal, Eddie Redmayne, jeune premier hideux, est juste trop laid. Sans ses fringues chics et sa coiffure impeccable, on jurerait qu'il s'agit d'un footballeur guingampais aperçu lors d'un morne dimanche après-midi d'automne passé devant un 1/32ème de finale de la Coupe de France diffusé sur France 2 (et commenté par Xavier Gravelaine). Il faut aussi dire que tous ces gens ne sont jamais aidés par la mise en scène complètement raplapla voire inexistante du triste Simon Curtis, bien loin de Fred Godard, le Monsieur Sport de France Télévisions. La réalisation est d'un académisme terrible, fade au possible, quand elle n'est pas polluée par quelques tics visuels assez chiants, à l'image de ces gros plans répétés sur des ampoules-flash en action qui viennent annoncer ou conclure invariablement chaque séquence. Cet affligeant manque d'idée amène le simili cinéaste à essayer de donner vie à son film en se raccrochant à la bande-son, un réflexe bien connu. On devra ainsi supporter une musique jazzy omniprésente, qui accompagne quasiment toutes les scènes dans le but de leur donner un peu de peps. En vain. Quelque chose d'intéressant aurait sans doute pu être tiré des souvenirs de Colin Clark et plus généralement d'un tel sujet, mettant en présence l'une des plus grandes icônes du 7ème art. Hélas, force est de constater qu'on ne peut plus attendre grand chose d'une production américaine de ce genre, encore moins quand le projet a été mis entre les mains d'un guignol entouré d'abrutis.


My Week with Marilyn de Simon Curtis avec Michelle Williams, Eddie Redmayne, Kenneth Branagh, Emma Watson et Julia Ormond (2012)

19 décembre 2011

La Dernière piste

Je n'avais pas spécialement aimé le premier film de Kelly Reichardt, Old Joy, à ne pas confondre avec Old Boy, qui racontait la promenade en forêt d'un couple d'homos, mais ne l'ayant pas non plus détesté je suis me lancé dans La Dernière piste ("Meek's Cutoff" en VO) les yeux fermés, sans rien connaître du film et avec le seul espoir de découvrir une belle œuvre. C'est chose faite avec ce western qui suit le parcours d'une caravane de pionniers américains perdus dans le désert de l'Oregon en 1845. La caméra de Kelly Reichardt accompagne en effet un convoi de trois familles et d'autant de charrettes mené par un guide nommé Stephen Meek (Bruce Greenwood), qui les égare rapidement dans les vastes étendues de la vieille Amérique. Meek est soit lui-même perdu malgré ses grands airs de fin limier, soit mesquin et volontiers menteur, en tout cas menacé dès le début du film de pendaison par les pionniers suspicieux. Ce vieux de la vieille avec sa coiffure, sa moustache et sa barbe hirsutes, n'inspire pas une confiance aveugle à ses payeurs, résolument perdus au bout d'un quart d'heure de film et à court d'eau, marchant sans fin sous un soleil de plomb.




Préférant ne pas condamner le seul homme susceptible de les tirer de là malgré son manque criant d'efficacité, les trois hommes de la compagnie prennent bientôt les décisions à sa place, Meek se résignant à leur obéir. La marche se poursuit ainsi longuement jusqu'à ce qu'un nouvel élément fasse son entrée dans la compagnie, un indien qui suivait le convoi et que Meek finit par capturer. Méfiant et raciste, le guide veut se débarrasser de l'indien avant qu'il ne les conduise dans un piège, mais les pionniers penchent plutôt pour utiliser l'étranger comme un nouveau guide contraint et forcé, qui saura certainement où trouver de l'eau. Face à de nouvelles difficultés, Meek aura à cœur d'éliminer son rival mais, au dernier moment, l'une des femmes de pionniers, Mrs Tetherow (Michelle Williams, dans son second grand rôle chez Kelly Reichardt), qui a préalablement tenté d'acheter l'amitié de l'indien non sans faire preuve d'une autre forme de racisme, prend sa défense l'arme au poing. Le film s'achève peu après cette prise de pouvoir tacite par Emily Tetherow, tandis que la troupe de plus en plus affaiblie, délestée d'un chariot détruit et amputée d'un de ses hommes agonisant, a trouvé un premier arbre symbole de la présence d'eau dans les environs, et ce en suivant l'indien qui, dans le dernier plan, s'étant acquitté de sa dette, s'éloigne seul vers l'horizon sous le regard interrogateur de celle qui l'a défendu jusqu'alors.




Contrairement à ce qu'on peut lire ici et là, ce film n'est pas un anti-western mais un vrai western, très contemplatif certes, et qui fait évidemment penser au Gerry de Gus Van Sant - qu'il cite quasiment au début du film avec un plan en travelling arrière qui précède la marche lente de deux femmes inscrites dans la perspective du cadre, la première devançant la seconde de quelques mètres - mais le film raconte somme toute la conquête de l'ouest, en offrant une vision quasi documentaire de la vie quotidienne et des difficultés des pionniers du nouveau monde (le film n'hésite pas à afficher un écran presque noir pour les scènes de nuit, ou à respecter la longue minute qu'il fallait à l'époque pour recharger un fusil, pour la première fois peut-être une cinéaste restitue à cette époque son temps propre, infiniment différent du nôtre), tout en allant vers une peinture poétique et assez classique des grands espaces américains via des images tout simplement magnifiques. Je pense notamment à ces tableaux aux couleurs fascinantes où Kelly Reichardt filme les femmes qui traversent une rivière tout en robes, au début du film, portant à bout de bras une cage d'oiseau, ou aux images d’Épinal qu'elle crée de toutes pièces et qui représentent tour à tour la lente marche absurde de ces dames en jupons et longues robes monochromes, progressant sans défaillir dans un désert de poussière parfaitement inhospitalier.




C'est comme si la réalisatrice reprenait à son compte et avec une vision moderne les grands westerns classiques tout en privilégiant l'élaboration de ces portraits de femmes belles, concrètes, puissantes et touchantes, qui ponctuaient certains westerns de la grande époque et y permettaient une porte de sortie dans un univers trop masculin. Kelly Reichardt fait de ces femmes fortes, qui prennent le relai face à l'impuissance masculine, le pilier de son film. On a parfois l'impression de retrouver avec joie les incarnations de femmes (il s'agit de la femme en tant qu'être absolu, d'autant plus forte que sensible et fragile, volontaire et inquiète, perdue et déterminée) telles que présentes chez John Ford, dans La Chevauchée fantastique par exemple. Le film renvoie d'ailleurs par d'autres aspects au chef-d’œuvre de Ford, notamment dans la séquence assez magistrale du canyon, un épisode tout en tension qui représente une étape, un cap, dans le trajet monotone du convoi comme dans le cours du film, et où le danger est double puisque l'indien guide et captif, qui observe avec un sourire les manœuvres de ses prisonniers pour faire descendre la pente à leurs chariots, juché sur la crête comme le vieux chef indien au visage émacié au début du film de Ford, n'a de cesse de regarder sur le côté comme attendant l'arrivée des siens pour un guet-apens. La caméra ne se tourne jamais vers ce que l'indien regarde, qui reste dans le hors-champ et n'en est que plus inquiétant. Le format 4/3 judicieusement choisi par Reichardt, là où on attendrait le 16/9 seyant si bien aux westerns, accentue ce sentiment de restriction du regard (l'un des pionniers dit au début du film que dans un tel endroit les choses qui sont très loin paraissent faussement proches, là encore Gerry n'est pas loin, et du reste Van Sant n'est jamais loin dans un film de Reichardt). Malgré l'immensité du paysage il n'y a pas d'issue, pas d'ouverture, pas de piste, et le format recentre le film sur la communauté, qui refuse toujours de se séparer et qui fait corps, tout en voyant son espace vital rétréci par les bords resserrés du cadre. C'est cette idée communautaire, ce sentiment de méfiance face à l'étranger et de repli sur soi et sur sa fortune, que cristallise l'un des derniers plans du film, le contrechamp au plan d'ensemble sur l'indien qui s'éloigne, un gros plan sur le visage de Mrs Tetherow inscrit dans la fenêtre formée par les branches de l'arbre symbole de survie.




Le double effet du format 1:33, qui fausse les données de l'espace et recale la menace au hors-champ pour la grandir, est condensé dans un fondu enchaîné complètement fascinant au début du film, un fondu à ce point réussi qu'on doute réellement d'avoir vu un, deux ou trois plans, et qui donne un instant à voir dans la même image la colonne de charrettes progressant vers la caméra et un cheval, au fond du plan, avançant de profil, dans les airs d'abord, puis au gré du fondu sur la crête d'une colline, tant et si bien que l'espace n'a, durant un instant, plus la moindre logique. A quoi s'ajoute l'impression, au cœur du déroulement du fondu, de voir un cheval qui suivrait la colonne, alors que c'est celui qui la guide… filmé dans un autre plan superposé au premier. D'où naît d'ores et déjà le motif de la boucle, spatiale et temporelle, dans laquelle s'enferrent les pionniers égarés, mais aussi, et chez le spectateur, la méfiance quant à un suiveur potentiel, une menace chevauchant aux trousses du convoi, et l'intuition mêlée que ce danger le précède peut-être aussi bien, puisque c'est la figure ambivalente du guide qui se dédouble, fait mirage et prend le convoi à rebours. Ou quand un seul plan (disons deux) met en forme à lui seul, dans sa plastique et son mouvement, toute l'idée du film.




"Chaos et destruction" sont les mots de Stephen Meek pour décrire respectivement les univers féminin et masculin, décomposition de l'espace et menace par conséquent invisible. Ce sont les deux grands thèmes du film, qui traite de la désorientation, de l'errance dans un espace improbable et périlleux, de la peur de l'autre quel qu'il soit, et qui se veut d'une grande force politique, parlant indirectement de notre époque, celle d'une civilisation jadis grandiose (Emily Tetherow dit à l'indien qui ne la comprend pas : "Si vous saviez ce que nous avons construit, les cités que nous avons bâties...") mais aujourd'hui revenue à ses prémisses, contrainte de retrouver ses fondations dans un espace à la fois immense et minuscule, dans un monde sans repères, sans ressources, où l'or ne fait pas le poids face à l'absence d'eau, guidée par des incapables ou par des inconnus dont les motivations sont inextricables. Le film montre le désarroi et la médiocrité de cette civilisation qui s'estime supérieure mais qui en est rendue aujourd'hui à avancer dans le vide, à courir après sa propre survie, sans autre choix que celui de suivre des guides impuissants en lesquels elle ne croit pas. La Dernière piste dit tout cela en étant un pur western moderne et féminin qui entre en dialogue avec l'histoire du cinéma, fait des choix audacieux et propose une esthétique aussi forte que riche et singulière. C'est assurément l'un des plus beaux films de l'année.


La Dernière piste de Kelly Reichardt avec Michelle Williams, Paul Dano, Bruce Greenwood, Will Patton et Rod Rondeaux (2011)

27 octobre 2011

Shutter Island

Dès la première séquence - excellente quand bien même elle suffit à dévoiler le fin mot de l'histoire aux spectateurs les plus rodés - dès la première scène donc, j'étais DEDANS, i was into it. On est de toute évidence en présence de l'un des meilleurs films de Scorsese (compliment au demeurant tout relatif), en tout cas devant son meilleur film depuis un bon moment, un thriller psychologique horrifique inspiré, réalisé avec sérieux et application. On pourrait reprocher au cinéaste une mise en scène souvent trop plate, trop classique, mais ça nous change tellement des effets ampoulés et indigestes abusivement utilisés par lui ces dernières années que le reproche devient aussitôt un compliment. En outre, il subsiste quand même bon nombre de traits ténus et particuliers dans la réalisation (certes plus ou moins bons), qui nourrissent un style et rendent l'histoire intéressante. En 1954, le marshal Teddy Daniels (Leonardo DiCaprio) et son coéquipier Chuck Aule (Mark Ruffalo) sont envoyés enquêter au large de Boston sur l'île de "Shutter Island", transformée en hôpital psychiatrique pour criminels et autres psychopathes extrêmement dangereux. L'une des patientes, Rachel Solando, a inexplicablement disparu. La meurtrière est mystérieusement sortie d'une cellule fermée de l'extérieur et qui ne semble jamais avoir été ouverte. À leur arrivée, le docteur Cawley (Ben Kingsley) explique aux inspecteurs que cette patiente a tué ses trois enfants en les noyant. Le seul indice retrouvé dans la cellule vide de la détenue est une feuille de papier sur laquelle sont inscrits une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente.



Un exemple de bonne séquence sur le strict plan de la mise en scène : celle où DiCaprio discute avec Rachel Solando autour d'un feu dans une grotte creusée à même la falaise qui surplombe l'océan. Le jeu du champ-contrechamp avec les flammes qui dansent devant l'objectif, entre la caméra et les personnages, est plutôt bien senti. L'idée aurait sans doute pu être mieux exploitée encore et elle s'étale un peu trop longtemps sans marquer de progression, mais c'est déjà pas mal ! Quand bien même l'effet semble un peu trop appuyé, il a le mérite d'exister et de donner quelque chose à voir dans l'image d'un peu intéressant esthétiquement. On préfère en tout cas de toute évidence ces instants où Scorsese se lâche visiblement à ceux où la mise en scène est plus transparente, strictement réduite au service d'un scénario retors. Le seul élément vraiment raté de ce scénario à mon avis ce sont les trop longues scènes de flash-back et surtout la dernière, qui ne sert pas à grand chose et qui s'avère un poil boursoufflée (mais ce n'est rien à côté du flash-back final d'Inception de Christopher Nolan, et ici je place donc une pique gratuite à ce cinéaste que je n'aime pas bien qu'il ne m'ait rien fait personnellement). Mais ce petit bémol est contrebalancé par de bonnes surprises, comme le fameux twist final. Ce n'est pas juste un de ces films où on nous dit tout noir pendant 80 minutes pour tout d'un coup nous dire tout blanc cinq secondes avant le mot "Fin", en déballant un dénouement tombé là comme un cheveu sur la soupe sans qu'on ait pu s'en douter ou l'imaginer, juste pour achever de nous tromper bêtement. Les films qui pratiquent ça, qui mentent délibérément pendant une heure et demi à leur public pour finalement balancer une autre vérité juste avant le générique histoire d'avoir l'air fin, ces films-là prennent vraiment le spectateur pour un con. Ils nous prouvent par A + B pendant une heure et vingt minutes que c'est X le tueur et à la fin, on se décide à nous dire qu'en fait on nous a carrément affirmé des conneries pendant tout ce temps parce que c'était Y le tueur, celui que le réalisateur avait jusque-là largement et lourdement innocenté à nos yeux pour ne pas qu'on puisse flairer le twist et pour qu'en sortant de la salle on puisse s'exclamer : "Je m'y attendais trop pas, sur ma vie il m'a troué !". Et en plus on est censé être ravi d'avoir subi un mensonge minable d'une heure et demi, ravi de se faire ainsi traiter de cons à la fin du film.


Shutter Island
ne fonctionne pas du tout comme ça. J'ai bel et bien consacré une dizaine de lignes à un phénomène qui ne concerne pas le film dont je parle, vous n'avez pas rêvé. Mais ne croyez pas que je veuille à mon tour vous prendre pour des cons, mon but était de dénoncer la médiocrité ambiante d'un certain cinéma de genre pour mieux mettre en valeur ce film de Scorsese qui a le mérite de ne pas tomber dans de tels pièges misérables. Dès les tous premiers plans Scorsese nous dit presque clairement qu'il faut se méfier et que le gros problème du héros, c'est lui-même. Et puis surtout le twist (qui n'en est donc pas un, ou du moins qui n'en est pas un stupide censé nous épater, mais qui se veut assez subtil et qui a vocation d'apporter une autre dimension au récit), a un sens dans ce film car il fait tout l'intérêt de l'histoire. En revanche j'ai eu très peur d'un contre-twist, procédé très à la mode en ce moment, typiquement dans les films d'horreur où le héros subit les pires phénomènes paranormaux puis découvre à la fin du film qu'il a tout rêvé, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf que là ! Dans le dernier plan du film, le personnage rasséréné pionce sur son lit affichant un air angélique, et derrière lui un verre tombe tout seul de la table de chevet, la porte s'entrouvre ou le rideau se soulève avant un cut brutal et le grand chambardement de la musique du film qui s'énerve sur le générique. On pouvait craindre un tel retournement de situation complètement niais à la fin de Shutter Island. Mais que nenni, une fois de plus je vous décris un procédé lourdingue que le film esquive à l'aise. En même temps, si la lourdeur de ce procédé aurait certes été largement dommageable, un tel revirement aurait tout de même éventuellement pu avoir le bénéfice de relativiser le propos du film, car le final nous dit d'arrêter notre paranoïa et qu'il n'y a aucune chance pour que des expériences biologiques atroces aient pu être menées dans les années 50 aux États-Unis dans des prisons psychiatriques. Fermer cette porte est un peu facile, surtout que sans tomber dans la paranoïa que le cinéaste pointe du doigt il y a fort à parier pour que le gouvernement américain (celui-là ou d'autres gouvernements occidentaux d'ailleurs) ait pu effectivement commanditer ce genre d'expériences dégueulasses, sans forcément attendre après les nazis dans ce domaine... On pourra me répondre qu'à la fin du film le personnage de DiCaprio part quand même se faire enfoncer une tige dans l'œil pour qu'on lui sectionne des nerfs cérébraux, et du même coup ce que lui a révélé Rachel Solando dans la grotte sur les agissements du pouvoir américain n'était pas tout à fait faux. Mais ni les Américains ni personne ne s'est jamais caché d'avoir expérimenté la lobotomie, pour des résultats désastreux. Donc le film rate un peu le coche en reléguant la question de la torture expérimentale sur des sujets malades au rang de pure mise en scène faramineuse et bienveillante élaborée par les docteurs de l'établissement pour sauver un patient, notre cher marshal Daniels. Cependant Scorsese s'en tire bien puisque tout en démentant l'hypothèse énoncée pendant le film, il l'évoque tout de même - bien que sur le mode de la fiction absolue - et nous laisse l'entendre, suscitant aussitôt le doute chez un spectateur prompt à prendre la fiction pour la réalité et à se méfier des secrets d’État notamment américains.



L'histoire est donc somme toute assez intéressante et surtout très prenante. Elle serait tout à fait appréciable sans ces maudits flash-backs qui viennent scander le récit d'images sirupeuses peu réjouissantes, voire douteuses quand elles représentent les camps nazis. Le malaise s'installe lentement avec un goof étonnant et fâcheux quand DiCaprio entre dans l'enceinte de Dachau accompagné de ses collègues GIs. La caméra s'attarde sur le portail d'entrée du camp marqué de l'inscription : "Arbeit Macht Frei". Sauf que le portail qu'on nous montre c'est celui du camp d'Auschwitz Birkenau, qui fut libéré par les russes. Le portail de Dachau portait certes la même inscription mais sans ressembler au portail principal d'Auschwitz, dont l'image a beaucoup plus marqué les esprits. Sauf erreur de ma part cette petite faute historique fait un peu tâche (en soi, ce type de bévue n'est pas très très grave, mais quand on pense au nombre de gens et de conseillers historiques qui bossent sur ces films, ça devient un peu énervant). On pourra ensuite s'offusquer en toute légitimité de ces plans sur les corps des cadavres juifs un peu trop gras et joliment entassés, et regretter que la petite fille et sa mère, toutes les deux mortes et lentement recouvertes par de doux flocons de neige qui se posent sur leurs cadavres avec tact, soient si élégamment disposées, enlacées, gelées et subtilement éclairées, pour nous être présentées le plus agréablement possible dans le contexte d'un camp de la mort. Inutile de ressortir Serge Daney et le travelling de Kapo de mon chapeau, tout le monde a compris... A ces remarques on pourrait répondre que les images incriminées sont une rêverie du personnage de DiCaprio, un vague souvenir du personnage principal dont l'esprit est éminemment torturé, qui d'ailleurs remplace les visages des juives par ceux de sa famille ou des détenus de l'île. On peut se demander si un tel protagoniste, dont la mémoire est embrumée, la psyché éclatée et qui est à ce point malmené, fabriquerait malgré lui des images aussi ravissantes ou si son inconscient ne s'égarerait pas plutôt dans l'horreur absolue, d'où l'amalgame entre son traumatisme personnel et familial et le contexte morbide de la Shoah, mais les méandres d'un esprit malade sont impénétrables et d'aucuns rétorqueraient que nul ne peut affirmer ce que le subconscient du personnage est capable d'inventer à cet instant. Soit...



En revanche le bât blesse avec cet autre plan où les soldats allemands en charge du camp sont alignés devant des barbelés par les américains puis fusillés. Cette longue fusillade, Scorsese la filme dans un lent travelling latéral qui balaye le peloton d’exécution dans le dos des soldats allemands. Ces derniers tombent comme des mouches mais au rythme du travelling, les uns après les autres, chaque soldat mourant exactement au moment où la caméra arrive sur lui, alors que les GIs tirent tous en même temps à grands coups de rafales continues. Au-delà du côté invraisemblable de la scène, car on peut là encore parler d'un véritable goof, ce plan tient à son tour de ce que dénonçait Rivette dans son texte sur le film de Pontecorvo. Comme s'il fallait à tout prix que les soldats meurent à l'image. Comme si c'était nécessaire et plaisant de les voir passer de la vie à la mort (à l'image de l'officier nazi qui se tire une balle dans la joue et qui met une heure à clamser) plutôt que de les voir déjà morts (comme les juifs), parce que ce sont des Nazis. Comme s'ils devaient mourir pour la caméra, ou comme si la caméra les tuait, en réalité, puisque les soldats allemands tombent au fil du passage de ce travelling fusilleur plus efficace que les mitraillettes Thomson des américains qui semblent tirer dans le vide, élaborant (à la suite du Tarantino d'Inglourious Basterds) ce qui ressemble à une mise en scène un peu vengeresse et franchement stupide.



Malgré tout Shutter Island reste un assez bon film du genre "thriller horrifico-psychologique", qui se suit avec intérêt et même avec plaisir et qui nous tient de bout en bout. Les acteurs n'y sont pas pour rien. Leonardo DiCaprio est particulièrement excellent et il nous fait enfin oublier complètement son visage poupin d'antan, cette bouille de gamin de 12 ans abandonnée au fond de l'océan pour sauver une baleine en entrant dans la légende et dans le cœur des femmes. C'est même le premier film où il m'impressionne, et où j'ai le sentiment d'avoir un sacré acteur devant les yeux. Marc Ruffalo est bon aussi dans son rôle, lui qui ressemble de plus en plus à notre Gilbert Melki national. Ben Kinglsey et Max Von Sydow font leur boulot, comme d'habitude. Michèle Williams en revanche aurait dû rester là où elle était, dans la creek de Dawson, série qui lui allait comme un gant. J'ai par contre été victime d'une belle déception quand DiCaprio voit Andrew Laeddis en rêve, balafré de la tempe au menton, avec ses yeux vairons : j'étais persuadé que c'était De Niro qui jouait le rôle ! C'est d'abord sa voix que j'ai cru reconnaître, puis carrément son visage. Je trouvais ça drôlement malin de lui donner le rôle du double de DiCaprio, acteur qui l'a remplacé devant la caméra de Scorsese, mais en fait c'est Elias Koteas sous le maquillage... Peut-être que De Niro a refusé le caméo et que le cinéaste a essayé de forcer la ressemblance avec Koteas, ce serait une drôle d'idée mais c'est tellement confondant que je me pose la question. Bref tous les acteurs sont au niveau de ce bon cru de Scorsese, le meilleur depuis des lustres.


Shutter Island de Martin Scorsese avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley, Max Von Sydow et Michelle Williams (2010)