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21 avril 2020

L'Extraordinaire Mr. Rogers

Ce film devrait pouvoir être délivré sans ordonnance dans toutes les pharmacies. On tient là un remède d'une efficacité radicale contre les insomnies. Dès les premières minutes, il vous enveloppe dans une ambiance feutrée qui vous prépare au sommeil le plus profond et réparateur. On ne sait pas où le film nous amène et cette désorientation, mêlée à un désintérêt rapide pour ce qui nous est montré, participe à notre endormissement. Si l'on résiste au vingt premières minutes, ce qui est déjà une belle performance, on comprend que Marielle Heller, la réalisatrice du plutôt sympathique Les Faussaires de Manhattan, nous retrace cette fois-ci l'amitié entre l'actuel entraîneur de l'Olympique de Marseille, André Villas-Boas, et l'animateur d'une émission télé pour enfants qui fut longtemps la personnalité préférée des américains, Mister Rogers, campé par l'inévitable Tom Hanks.




Tu m'étonnes que ce type-là ait eu du succès... Son show devait anesthésier les gosses un vieux coup et soulager bien des parents. C'est mortel ! Il y a quelque chose, dans la diction de Tom Hanks, dans sa manière de poser chaque mot calmement et de respecter systématiquement des blancs entre chacune de ses phrases, qui est terriblement apaisant, qui nous berce à un point... Pendue aux lèvres de sa star, la caméra de Marielle Heller est toute ramollie, on croirait mater un film d'un autre âge. Le rythme, la musique, tout est soporifique en diable, tout est là pour faire de ce film un sédatif surpuissant auquel il semble impossible d'opposer la moindre résistance.




Il y a même un pur moment d'hypnose vers la moitié du film, histoire d'achever les plus coriaces qui auraient encore un œil à demi ouvert. C'est une minute de silence, demandée par Tom Hanks et respectée au centième près par la réalisatrice. Cette scène s'achève par un travelling avant très lent vers le visage souriant et serein de l'acteur, impérial, qui, à mi-parcours, oriente son regard plein de bonté, de bienveillance, vers la caméra. Ses yeux d'un bleu si doux viennent alors transpercer notre cerveau pour mieux chatouiller l'hypothalamus et nous administrer le coup fatal. Sous le saint patronage de Tom Hanks, qui aurait encore mérité un Oscar pour cette performance littéralement hypnotique, les beaux rêves sont garantis.




Franchement, j'ai pas détesté, j'ai pioncé comme un bébé loir à poings fermés, et il n'y a rien de condamnable dans la démarche de Marielle Heller et de ses acteurs qui consiste à nous proposer un rencard en or avec Morphée. Je me suis réveillé en me sentant tout neuf, requinqué comme jamais. Pas de bol, c'était l'heure de se coucher. J'ai aussitôt fait de L'Extraordinaire Mr. Rogers mon film de chevet. Non pas parce que je le kiffe particulièrement, mais juste pour le garder sous le coude, littéralement posé sur ma table de nuit, en cas de souci, pour être sûr de bien faire mes nuits.


L'Extraordinaire Mr. Rogers (A Beautiful Day in the Neighborhood) de Marielle Heller avec Tom Hanks et Matthew Rhys (2020)

31 mars 2018

Le Pont des espions

Steven Spielberg s'intéresse à un épisode méconnu de la Guerre Froide : l'échange d'espions entre les américains et les soviétiques, en février 1962, suite à l'arrestation de Rudolf Abel et de longues négociations menées à Berlin par l'avocat James Donovan. A priori, rien de spécialement sexy, à moins d'être attiré par cette période, mais c'est sans compter sur l'art du récit, toujours intact, de tonton Spielby qui mène tambour battant un scénario solide enrichi de quelques touches d'humour appréciables, signé par les frères Coen. Le résultat à l'écran est très divertissant et, malgré la longueur du film (2h20), on ne voit guère le temps passer. On n'a aucun mal à s'intéresser aux aventures de cet avocat qui n'a pas froid aux yeux, incarné par un excellent Tom Hanks. L'acteur, qui mériterait un César d'honneur pour l'ensemble de son œuvre voire pour le simple fait d'exister, apporte toute sa bonhomie légendaire à ce personnage qu'il nous rend immédiatement attachant et sympathique. Hanks tire parfois des tronches terribles qui donnent envie de faire un arrêt sur image pour examiner chacune de ses rides afin de percer les secrets de son art. Très à l'aise chez son ami Spielby, il est sur un nuage, au sommet de son charisme et de son talent d'acting, en roue libre, lui qui a appris à parfaitement maîtriser l'allemand pour les besoins du film. On a envie de le prendre dans nos bras et de lui faire un bisou bien baveux sur la joue.




Après avoir ciré les godasses toujours impeccables de Tom Hanks, j'aimerais à présent m'attarder sur le cas de tonton Spielby. On est rude avec tonton Spielby. Nous sommes ingrats. Il est l'un des rares, de sa génération, à Hollywood, à avoir su garder toute sa tête, à ne pas avoir sombré définitivement, et à continuer de réaliser des films tout à fait dignes. Rien que pour cela, pour sa remarquable longévité, il mérite d'être salué. Beaucoup d'autres, à commencer par son frère jumeau raté Bobby Zemeckis, devraient prendre exemple sur lui. Ridley Scott aussi notamment. Mais tellement d'autres... La liste serait trop longue. Tonton Spielby nous livre ici son film d'espionnage, et il le réussit avec brio. Un film d'espionnage peut être intéressant mais chiant, avouons-le, même quand il est assez réussi. On peut se perdre dans les méandres du scénario, trouver le temps long, être heureux du dénouement, donner l'impression de piger et mettre une note honorable sur IMDb sans avoir capté tchi et en ayant passé un moment en réalité pas si terrible. Pas de ça avec tonton Spielby ! On se régale vraiment devant son film, limpide, bien rythmé et jalonné par quelques scènes qui nous scotchent comme il faut, même quand elles ont été réalisées sur ordinateur (la scène du bombardement de l'avion, qui fait de l'effet même sur petit écran). La mise en scène de Spielby, très soignée, s'avère parfois assez inspirée, énergique. Elle sait donner du peps quand il en faut. En nous narrant cet épisode de la Guerre Froide, Spielberg parvient aussi joliment à nous replonger dans une ambiance propre à cette époque, quitte à grossir le trait, à se permettre quelques facéties, pour entretenir le mythe. En bref, tout est fait pour prendre son pied. Et c'est réussi.


Le Pont des Espions de Steven Spielberg avec Tom Hanks, Mark Rylance et Amy Ryan (2015)

28 janvier 2018

Pentagon Papers

C'était il y a dix piges, mon dernier Spielberg en salle... Dix ans se sont écoulés depuis la catastrophe Indiana Jones et le royaume du crane de cristal. Dix ans de mitard, c'était un moindre mal après cette infection de film. Mais on est en 2018, de l'eau a coulé sous les ponts des espions, on va dire qu'il y a prescription. Voir tonton Spielby, ce type en or, cent mille carats, que je considère depuis toujours comme mon oncle, promener sa tronche sur toutes les chaînes de la petite lucarne, assurant la promo de son nouveau film avec sa bonhommie naturelle, a pas mal aidé, j'avoue. Tonton a notamment été extraordinaire chez ce zonard de Yann Barthès, parvenant à répondre à des questions plus débiles les unes que les autres sans se départir de sa belle humeur et de son sourire ravageur, et même mieux, à analyser dans un plan en trois parties improvisé une séquence pseudo-amusante ô combien embarrassante, "les infos du jour en silence", vraisemblablement mise en boîte par un stagiaire de 3ème démotivé, alors que face à ce magnéto merdique tout être humain banal se serait immolé par le feu... Quel type. Tonton a vraiment été extraordinaire. J'ai donc daigné bouger mon cul vers un grand écran, et je ne regrette pas ma poignée d'euros.




Ce qu'il faut dire d'abord, c'est que l'oncle n'a toujours rien paumé de son savoir-faire et de son efficacité. On s'enfile les deux heures de Pentagon Papers sans broncher, vissé au fauteuil, chopé au colbac et le cigare au bord des lèvres. Tout cela est d'une maîtrise ès cinématographie et d'une rigueur technique à se tuer. C'est simple, mon oncle réinvente le langage audiovisuel plan après plan, nous rappelant à chaque cut les différents cadrages possibles et imaginables, avec un brio et un sérieux dont peu sont capables. On citera, parmi les rares équivalents, John Sturges, qui sut nous donner une leçon de mise en scène dans La Grande évasion, où, en un seul plan, le cinéaste prend la peine d'entourer à même la pellicule, certes de façon un brouillonne, les différents cadrages possibles, comme d'autres l'ont fait dans des schémas incompréhensibles :


exemple de schéma incompréhensible

démonstration par John Sturges

Rayon qualités, nous avons dit les principales : un rythme sans faille et une réalisation aux petits oignons pour un de ces films sur le journalisme comme les Américains savent les faire et qui n'oublie pas d'envoyer quelques répliques à la tronche de cette enclume de Trump. Quoi d'autre ? Sinon que les acteurs sont comme toujours parfaitement dirigés. Hanks, à l'aise comme papa dans maman, joue littéralement en pantoufles. Et Streep Meryl déroule, file droit sur l'autoroute de l'acting sans toucher au volant, en piquant parfois un somme, sans jamais dévier de sa trajectoire, sans même se soucier du compteur qui défile pour notre plus grande satisfaction. Du velours.




Si je devais quand même relativiser ce panégyrique, et quitte à me faire du mal, car je ne rêve que de dérouler un tapis rouge à mon oncle Spielb', depuis Hollywood Boulevard direction mon propre cul en traversant la Manche, on pourrait peut-être quand même s'interroger sur ce grand art, cette facilité à enchaîner les valeurs de plans et à diriger son petit monde pour mieux placarder le spectateur consentant à son siège. Le vieux Steven a une telle maîtrise de son outil qu'il en oublie (depuis pas mal de temps déjà) de se surprendre lui-même et de laisser grincer, couiner, sa machine ultra-huilée. Tout cela file, comme sur du beurre, mais on aimerait presque que parfois le temps s'arrête, qu'une scène, tirée par les cheveux pour sortir du moule, vienne dévier un brin le film de sa course téléguidée. Alors, certes, tonton semble avoir réécrit quelques séquences avant la sortie du film, sous l'influence de l'affaire Weinstein et pour prendre position dans ce qui se veut un film clairement féministe. Bien. Mais c'est au point d'y aller à la truelle sur les dernières séquences. Au dialogue entre Ben Bradley (Hanks) et sa femme, où cette dernière lui ouvre les yeux quant au courage de Katharine Graham, succède celui entre Graham (M. Streep) et sa fille, à propos de sa prise de fonction difficile dans un monde patriarcal, puis la courte scène au tribunal où une stagiaire du gouvernement cire les pompes de la même Katharine G., juste avant la descente des marches du tribunal où Katharine Golden Graham est adulée par un défilé de jeunes filles béates d'admiration. En soi, bonne nouvelle, le film est bien de son temps, mais, sur la fin, c'est un poil lourdingue. A l'image, plus globalement, de l'ensemble de cette dernière partie du film, qui en fait un peu trop, à coups d'orchestre symphonique et de lumière diffuse, en contradiction avec le propos du personnage de Tom Hanks disant "Pas de triomphalisme !" en réaction au verdict de la cour.




On aurait pu espérer percevoir plus sensiblement les années écoulées entre le vol des documents classés "secret défense" et leur publication, les mois passés pour les journalistes du Times à lire et à recouper ces milliers de pages de rapports annonçant très tôt la défaite inéluctable de l'Oncle Sam, la tension et la pression subies par tous ces journalistes, ceux du Times puis ceux du Post, détenant des informations confidentielles, une véritable bombe à retardement pour le gouvernement soucieux de les récupérer. Sans parler du dilemme terrible auxquels font face Katharine Graham et son équipe. Bien sûr, les questions sont posées : la peur de faire couler le journal, de trahir la confiance des puissants (le personnage de McNamara n'est d'ailleurs pas assez exploité !), de finir en prison, de mettre en danger les soldats sur le terrain ou la sécurité nationale sur le territoire, etc. Mais ce choix cornélien, publier ou non les dossiers secrets du gouvernement sur le Vietnam, est un peu vite balayé (notamment pour ce qui concerne Ben Bradlee, soit Tom Hanks, presque trop sûr de lui) et réduit à la question (néanmoins fondamentale et passionnante) de la prise de pouvoir effective de Katharine Graham sur les financiers mâles qui essaient de la convaincre de se coucher. Perdre un peu de temps pour développer ces questions et cette tension était un risque, celui de gripper la mécanique si parfaitement rodée d'un film qui tourne tout seul et qui tourne bien, mais ce risque était à prendre. Allez, on n'en veut pas trop à tonton, qui a le mérite d'avoir fait le jour sur une affaire peu connue (contrairement à celle du Watergate, qu'elle annonce) et de l'avoir fait avec ce tour de main qu'on lui connaît.


Pentagon Papers de Steven Spielberg avec Meryl Streep, Tom Hanks, Alison Brie et Sarah Paulson (2018)

7 février 2017

A Hologram for the King

Si c'est pour le cinoche que vous matez des films, celui-ci ne présente aucun caractère d'urgence. Si c'est pour Tom Hanks, en revanche, y'a matière. Oh, pas qu'il soit particulièrement remarquable dans ce rôle de représentant de commerce parti vendre une technologie de visioconférence par hologramme au roi d'Arabie Saoudite. Disons qu'il brille dans ce rôle comme dans tous les autres. Il incarne un type un peu sur le retour. Son personnage est divorcé, à sec, bosse pour payer des études à sa grande fille, est en léger froid avec son père depuis qu'il a contribué à délocaliser l'entreprise pour laquelle il bossait de Boston vers la Chine, et lutte contre un jetlag de tous les diables tout en découvrant un pays assez surprenant. Le titre du film, merdique, résume le pitch en même temps qu'il est trompeur, puisque la scène où Hanks présente l'hologramme au roi dure environ 10 secondes et n'a aucun intérêt.


Un queud l'habille...

L'intérêt est tout autre. Il est d'admirer Tom Hanks, toujours en grande forme. Le comédien sur-oscarisé s'est lié d'amitié avec le réalisateur allemand Tom Tykwer (auteur de L'enquête) sur le tournage de Cloud Atlas, que Tykwer Tom a co-réalisé avec les sœurs Lilly et Lana Wachowski, et c'est ainsi qu'a germé l'idée d'A Hologram for the King. Dans ce film, Tom Hanks est de tous les plans et nous rappelle qu'il a plus d'une corde à sa harpe.


 Il est en pleine bourre mais vu la tronche de ses pets, il devrait quand même consulter un médecin.

On le voit faire des cascades (innombrables chutes de sa chaise), on le voit suer des litres sous le cagnard, on le voit se torcher au whisky, s'écorcher vif avec un couteau, battre un record d'apnée en eau claire, avoir une panne sexuelle, lutter contre une excroissance pré-cancéreuse (pas nombreux les acteurs qui accepteraient de traverser un tel drame pour les besoins d'un film), faire de longs trajets en bagnole, parler avec bonne humeur et de sa voix de baryton sexy à tous les figurants sans exception quitte à essuyer quelques vents désagréables, manger des keftas assis par terre, subir une opération à cœur ouvert, arpenter le désert saoudien (le film a été tourné sur place, plus précisément à Rabat) avec un foulard sur la tête, chasser le loup des steppes au fusil à lunette, tomber amoureux d'une femme-médecin pleine aux as et renouer avec les délices de l'érection. C'est peut-être rien pour lui, mais pour ses fans c'est une brique de plus posée sur l'échafaud de sa terrible carrière et de sa non moins terrible vie, tout simplement. Bravo et merci oncle Hanks.


A Hologram for the King de Tom Tykwer avec Tom Hanks (2016)

5 décembre 2016

Sully

Gros point positif : le film se termine plus tôt qu'on ne le croit. Et quand le film est à ce point merdique, c'est un sacré point positif. C'est même un miracle que ça dure 1h30 tant Eastwood n'a strictement rien à raconter. C'est tout simplement hallucinant le nombre de conneries qu'on peut lire dans la presse au sujet de ce film. C'est à se dégoûter définitivement de la critique cinéma qui ne sait plus quoi déblatérer pour lécher les pompes d'un Eastwood sénile, en bout de course, plus naze que jamais. On entend parler de "film d'action", de "mise en scène à la maîtrise olympienne" (merci Malausa, le malotru), d' "image magnifique", de "beauté plastique", "nous sommes - le mot est adéquat - transportés" dans la merde ! Comment peut-on ? Comment peut-on écrire toutes ces conneries à propos d'un pareil film ?


"J'en suis à mon deuxième film !" Non mec, t'en as déjà 100 derrière oit.

Sully cumule toutes les pires tares du cinéma américain post-11 novembre : cette image perpétuellement grise, ces héros fins et discrets d'une histoire vraie, ce peuple de New-York sanctifié, ces avions qui tutoient les buildings, ce Times Square filmé comme si c'était la 8ème merveille du monde alors que c'est peut-être l'endroit le plus hideux sur terre, objectivement, sans parler des personnages pendus à leur téléphone dans 3 scènes sur 2 et du rôle de la femme, toujours là pour cirer les pompes du capitaine. Le film est vide de tout, se basant sur l'histoire d'un amerrissage sans conséquence, et prenant pour héros un type parfait qui démontre sans se fouler qu'il a agi au top. Eastwood est infoutu d'insuffler le moindre sentiment de suspense et filme ses scènes de bravoure comme un vieux papy sous morphine. La fin du film, c'est le clou, avec ces images du véritable équipage qui vient s'entre-branler sur fond de générique, chaque rescapé citant son numéro de siège face caméra avec des gueules enfarinées. Eastwood, le patriote, celui qui devrait s'appeler Clint Westwood tant il est à l'ouest, nous avait déjà fait le coup à la fin de l'infâme Americain Sniper.


 
Combien de films de merde as-tu mis en boîte ce mois-ci pépé East ?

Il y a quand même une belle séquence à sauver dans ce merdier d'ennui, de platitude et de laideur. Un truc à retirer des flammes de ce brasier du cinéma ricain, qui crame sous nos yeux au rythme des cuts d'Eastwood, que le vieux croit bon de scander à coups de grands bruits de moteur, y compris quand il n'y a pas le moindre aéroplane dans le champ. Un truc à tirer des eaux fades dans lesquelles Eastwood se noie sous nos mirettes inquiètes, sans oublier, entre deux remontées à la surface laborieuses, de nous asséner ses petites doubles-croches, penché, à moitié mort, sur son orgue tire-larmes à la noix. C'est la scène de procès où les juges de Sully lui montrent une bonne dizaines de simulations qui prouvent qu'il a fait le con en allant larguer son planeur sur la flotte glacée de l'Hudson (quand bien même il n'y a eu aucune victime ! des gens passent des jours à harceler un vieux briscard doué de ses dix doigts de pied pour rien, c'est passionnant) alors que 18 aéroports vides l'attendaient les bras en croix aux quatre coins. Premier essai : un duo mixte prend place dans le cockpit et parvient les doigts dans le nez à poser l'engin tel une plume (clin d’œil à Forrest Gump) sur la piste 13 ou 14 (on s'en tape) de La Guardia. 2ème essai : un enfant aveugle fait de même, les yeux bandés et des bouchons dans les oreilles, allant atterrir comme une fleur à Terterboro, non loin. 3ème essai : un macaque prend les commandes et gère l'atterrissage sur le toit d'un building, sans le moindre heurt, tout en se grattant le cul plein cadre. 4ème essai : le cockpit est vide, le mode pilote automatique est enclenché et le zinc, tous moteurs éteints, fait un looping sur lui-même puis va se poser comme une planche de surf devant le domicile de chaque passager pour les ramener chez eux un par un avant de retourner à bon port. 5ème essai : un moko collé au manche de l'A320 s'en sort très bien, et pose le ventre de l'appareil sans la moindre éraflure, tout en adressant un clin d’œil à un Sully humilié. Dernier essai : Airbus fait appel au commandant du Costa Concordia pour voir comment il s'en tire aux manettes d'un paquebot volant : là encore, du velours, le pilote effleure bien un ou deux rochers mais il finit diplômé et distribue sous les yeux médusés de l'assemblée des pizzas aux lasagnes à tous les passagers du vol, comblés. Au final, Sully, accablé par toutes ces démonstrations de sa profonde nullité, en réchappe en répliquant qu'aucun n'avait pour copilote ce con de Aaron Eckhart.


"Combien d'entrées pour Jersy Boyz, Clint ? - Deux ! - Wesh !"

Dans ce naufrage, il n'y a bien que Tom Hanks qui, littéralement, surnage, d'où le succès de l'amerrissage. L'acteur est époustouflant. Il remplit les critères définis par Max Weber et Alexis de Tocqueville : charisma, bravoure et sagacité. Il continue d'écrire sa légende, même quand il est sali par la puanteur totale des films dans lesquels il joue. L'acteur est sur un nuage, notamment lors de la principale scène d'amerrissage (car Eastwood la remontre au moins 8 fois - exactement la même), où son jeu de regards parvient à exprimer en 4 minutes tout ce que l'humain a pu éprouver depuis son arrivée sur terre : un mélange de culpabilité et d'auto-accusation. Le ver était dans la pomme. Dans la pomme de Tom Hanks, plus grand acteur de sa génération (derrière Denzel). Tom Hanks tutoie les cieux malgré un souci d'essieux. Tout de même un peu curieux qu'un film soit ainsi consacré à un procès qui se termine sur un éclat de rire général et sur des tapes dans le dos entre procureurs et accusés. 


Sully de Clint Eastwood avec Tom Hanks, Aaron Eckhart (premier film dont il sort indemne) et Laura Linney (2016)

5 février 2015

Fury

Que sait-on de David Ayer ? Nous lui avons récemment consacré tout un article-bilan, doté d’un large corpus (toute sa filmographie, rien de moins), mais, il faut l'avouer, nos recherches bibliographiques sur l'individu Ayer furent assez courtes, puisqu’elles n’ont jamais eu lieu. En Master 1 d'études cinématographiques notre mémorandum, pourtant assez fin en analyses, aurait reçu la généreuse note de 0.25/20 (sachant qu'il faut 14 pour passer en Master 2), avec, dans la marge, la mention de notre directeur de recherche précisant à toutes fins utiles : "Et encore, chuis large". J’ai donc décidé de réparer cette faute à l’occasion de cette critique du dernier opus de notre cher cinéaste skinhead, en allant lire la page wikipédia française qui lui est consacrée, et j’y ai appris (je vous le livre gratos, ne me remerciez surtout pas de mâcher le travail aux futurs exégètes du cinéaste) que ses parents l’ont foutu dehors à l’adolescence, et qu’il est alors parti vivre avec son cousin Toussaint (auquel il rendra un bel hommage dans son premier film) à Los Angeles. C’est apparemment tout ce que l’on sait de David Ayer, et c’est peut-être d’ailleurs tout ce que l'individu sait lui-même. Par conséquent, ergotons plutôt sur ce qu’aurait pu être sa vie. S’il était né, non pas en 17 à Leidenstadt, comme Jean-Jacques Goldman, mais disons en 17 à Pétrograd, Давид Ayerovitch serait probablement devenu komsomolet. C’est vrai qu’il a l’air d’un garde du corps russe avec son crâne luisant, son bouc d’un autre temps, ses yeux chassieux et ses épaules de bûcheron. Mais il est né en Amérique et s’est retrouvé à errer dans des quartiers malfamés de la cité des anges, qui lui ont inspiré ses premiers films bourrés à craquer de coke, d’armes à feu et de morts violentes sans mobile apparent.


Il y a bien longtemps, dans une prairie lointaine, très lointaine...

Dans notre article-bilan (un backlink supplémentaire) consacré à la carrière de David Ayer, cinéaste de jour et portier de nuit, nous constations, de film en film, une fracassante chute libre. Le dernier né de la filmographie Ayer, Fury, sorti sur les écrans l’an passé, confirme malheureusement la règle et fait de notre homme une sorte de komsomolet américain, fier de quitter un moment les action flicks sur les no-go zones du South Central de Los Angeles pour nous livrer un film historique de pure propagande. Comment peut-on encore, en 2014, faire un tel tam-tam pour l'armée américaine, et le faire qui plus est en repassant par la case archi-rebattue de la seconde guerre mondiale ? David Ayer n’a peur de rien, et à l’heure où Eastwood s’excite sur un tireur d’élite au tableau de chasse impressionnant, jouasse d'avoir dégommé des dizaines de personnes en Irak, lui nous raconte comment l’équipage d’un banal char Sherman, entre 1942 et 1945, aurait nettoyé le continent européen d’environ la moitié de l’armée allemande à lui tout seul…


La scène-choc du film, celle qui veut déranger. Pour que son trouffion apprenne à tuer, Brad Pitt le force à abattre un prisonnier sous le regard bovin des copains.

Ayer glisse bien un soldat ennemi « humain » à la fin de son film, mais c’est pour mieux faire passer tout ce qui précède, un film idiot à la gloire des surpuissants soldats américains venus éradiquer la peste nazie jusque dans les tréfonds de l’Allemagne. Il renoue même avec le manichéisme bienheureux de la saga Star Wars : à filmer la seconde guerre mondiale en 2014 pour mieux s'enflammer sur la force militaire américaine, il fallait bien moderniser ce vieux conflit ringard, aussi Ayer mise-t-il tout sur les balles traçantes des mitrailleuses alliées et ennemies, qui se transforment pour les besoins du dépoussiérage en authentiques lasers, verts et rouges, pour bien distinguer les deux camps. Ici, contrairement au code couleur des sabres-lasers en vigueur dans la galaxie lointaine de George Lucas, les gentils tirent à boulets rouges (c’est plus violent, plus fort, plus mortel ! du reste leurs armes sont apparemment les seules à faire mouche), tandis que les méchants tirent en vert (tarlouzes…).



Brad Pitt, à mi-chemin entre le chasseur de nazis vengeur et prognathe d'Inglourious Basterds...

Brad Pitt, producteur, s’offre un rôle sur mesure : coiffé comme le dernier des footballers professionnels trépanés du XXIème siècle, il incarne le chef de brigade respecté, indestructible et cultivé (parlant couramment l’allemand). Il est endurci mais humain. On le voit multi-gifler Percy Jackson, sa nouvelle recrue (Logan Lerman), puis forcer ce dernier à tuer un prisonnier de guerre sans autre forme de procès, quand il ne massacre pas ses ennemis à coups de couteau dans les yeux (dans la scène d'intro du film, où il se montre moins méticuleux coutelas en main que dans l'ultime séquence du film de guerre de Tarantino). Sauf qu’après chaque geste minable, il s’éloigne pour chialer, ou au moins trembler du menton, à l’abri des regards. C’est un subtil mélange entre le lieutenant Aldo Raine, le gros bâtard peu glorieux que Pitt interprétait dans le Inglourious Basterds de Tarantino, et le lieutenant Miller, Tom Hanks, l'intouchable prof de lettres d'Il faut sauver le soldat Ryan. Le beurre et l’argent du beurre. L’enflure badass et le bon samaritain humain. Trop humain.



...et le fin lettré sensible et pudique interprété par un double-academy-award-winner, Tom Hanks, dans Il faut sauver le soldat Ryan.

Dans une longue scène spécialement pénible*, David Ayer nous laisse longuement croire (du moins l’espère-t-il) que ce meneur d'hommes téméraire, ce salopard en chef, va violer deux allemandes en culottes courtes. Mais Brad Pitt se contente de se laver le torse - il fallait bien qu’il l’exhibe ! - et de manger une omelette aux gravats en écoutant un morceau de clavecin. Puis, quand ses gaillards menacent les deux innocentes petites aryennes de passer au plat de résistance, Brid Patt les retient d’une poigne de fer, en pur défenseur du droit des femmes. Sublime à tous les étages. Quitte à vous gâcher le plaisir, disons-le, le beau Brad mourra en héros, dans un finale proche de celui du film de Spielberg (une poignée d’hommes contre trois bataillons de boches), mais avec 2 de QI devant et derrière la caméra (en les additionnant). Brad se sacrifie et sacrifie ses hommes pour sauver des centaines d’autres amerloques, et finit par tomber après avoir reçu environ douze balles, tirées une à une par un sniper allemand attifé comme Dark Vador, le tout sur fond de chorale élégiaque. Mieux, après que les allemands ont fait sauter deux grenades dans le char où Brad, déjà transformé en passoire et à moitié mort, venait de se replier, on retrouve ce dernier certes cané, quand même, enfin !, mais pas du tout abîmé. Deux stielhandgranates viennent de lui sauter à la gueule à bout portant mais il semble s’être éteint dans son sommeil, la mèche d’Olivier Giroud toujours impeccablement plaquée sur le crâne. Dur à cuire...


Brad prépare ses ablutions. Il n'a rien perdu de sa superbe depuis Fight Club. Le tankiste est tanqué.

Qui dit joyeuse propagande américaine dit bondieuseries, et elles sont sans fin dans Fury. Shia LaBeouf, dont le personnage est surnommé « The Bible » par ses camarades, est plus ou moins seul, au début du film, à prier Dieu, quitte à affronter les railleries de ses petits copains. Mais peu à peu les autres passagers du char doivent bien se rendre à l’évidence : ces types ont le cul béni, ils sont protégés par le ciel, seuls aimés de Dieu, et ils en sont ravis. Le plan final nous montre le char éponyme arrêté à un carrefour, au cœur d'une gigantesque croix, prise en plongée, lentement recardée par un mouvement d’appareil ascensionnel qui veut peut-être mimer la montée aux cieux des hérauts de la liberté… Et, tout autour, s'étendent les cadavres des 300 soldats allemands (au bas mot), vraiment pas doués faut-il croire, que nos quatre valeureux martyrs ont dégommés sans trop d'efforts, planqués dans leur bastion à chenilles en panne. Cette image, piteuse, nous laisse avec un goût amer en bouche, et la conviction d’avoir consacré un article-bilan à un vrai débile.


Pour David Ayer, Dieu n'est pas un fumeur de havanes, c'est un char Sherman.

* Dotée d’un passage présumé poignant mais particulièrement douteux, où nous apprenons que l’horreur absolue de la guerre, telle que décrite par les mercenaires de Brad Pitt, aurait consisté à achever des centaines de chevaux sur une côte de Normandie après le débarquement (et après avoir massacré des centaines d’allemands qui se repliaient, mais c’est un détail à côté des canassons). Probable d’ailleurs que ces tankistes qui, en 1945, traversent l’Allemagne direction Berlin, auront croisé quelques camps sur leur route, mais il n’est rien dit de tout cela. Rien n'y obligeait, certes, mais il est déroutant de voir des hommes bouleversés à ce point par des chevaux achevés d'une balle dans la nuque quand, pratiquement à la même période et non loin de là, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants étaient assassinés selon le même mode opératoire (ou d'ailleurs un autre). Pour notre brigade héroïque, le traumatisme des chevaux était apparemment indépassable. Ne soyons tout de même pas malhonnêtes, nos héros hurlent à d’innombrables reprises « salauds de nazis ! » en les canardant, ce qui veut tout dire et suffit bien.


Fury de David Ayer avec Brad Pitt, Shia LaBeouf, Logan Lerman et Jason Isaacs (2014)

16 janvier 2013

Cloud Atlas

Les cinéphages sont face à un dilemme terrible : attendu pour les ides of march, le 13 mars 2013, soit le 13/03/13 (connaissant les sœurs Washowski ça ne doit pas être un hasard), Cloud Atlas est depuis quelques jours disponible sous la forme totalement illégale et que nous condamnons fortement d'un DvdRip, sous-titré par le fameux Nicoo, étudiant en Master 2 d'anglais depuis cinq ans. Les fans des Wachowski parviendront-ils à dompter leur impatience pour découvrir le nouveau mastodonte de leurs idoles sur grand écran, seul mode de diffusion capable de rendre justice à la folie des grandeurs des autrices de Matrix, ou craqueront-ils lâchement et en secret pour voir la Bête du Gévaudan avant tout le monde et pour avoir le temps, d'ici au 13 mars, de se convaincre que le film est bon ? Quant à nous, Speed Racer, le précédent naveton des cinéastes, nous attend dans le fond d'un disque dur externe vérolé. Il est donc probable que nous verrons Cloud Atlas en 2017, longtemps après le buzz, sous la présidence de Jean-François Copé, car nous serons alors tellement en quête d'évasion que nous chercherons un peu de paix jusque dans le film des Wachowski. Nous sommes prévoyants.


Milla Jovovich dans Resident Evil Opération Reconstruction ? Non, Lana Wachowski.

Le poster de ce Cloud Atlas est à mettre dans la grande catégorie "montagne de tronches", style graphique lancé avec Star Wars épisode 5 par le grand fossoyeur du ring hollywoodien, Leorge Gucas, chevalier des arts et des lettres, qui sera nommé à l'Académie Française et promu Commandeur de la Légion d'Honneur sous Raymond Copé. Cette mode a perduré et a été remise au goût du jour par Star Wars épisode 1 puis par la saga de l'anneau de Peter Jackson (rappelez-vous la gueule de Gandalf le Gland, avec les yeux globuleux de Gollum perchés de chaque côté de la pointe de son chapeau et les narines de Frodon encastrées dans sa barbe). Autre série de films avec "montagne de gueules" (on peut aussi employer l'expression "surchargé de façades") à l'affiche, celle de la trilogie Matrix, dans laquelle jouait déjà Hugo Weaving, le célèbre Rondelle du Seigneur des anneaux. Les Wachowski rempilent donc pour une nouvelle "cascade de tronches de cons", et ici les gambas de Gong Lui servent de base à un triangle équilatéral dont le côté adjacent n'est autre que le nez busqué de Tom Hanks. Une pellicule s'échappant des cheveux de l'acteur multi-oscarisé sert de sommet à cette forme géométrique faite de bric et de broc, puisque papy Wachowskirovitch, photographié au téléphone, a été incrusté là-dedans l'air de rien, pour faire le nombre. 


Cette image nous rend quand même pas mal curieux...

Nous ne voulons pas gâcher le plaisir aux fans mais on peut déjà révéler que la voix lactée du titre n'est autre qu'un nuage de pellicules dans la tignasse de Tom Hanks. Ici s'achève le mystère. De même, afin que les cinévores ne soient pas trop désappointés, prévenons-les que le tatouage maori que l'acteur arbore fièrement sur l'affiche est une simple maladie de peau dont il souffrait au moment du photoshoot. Cette tache faciale a suscité des théories incroyables chez les afficionados du cinéma des Wachowski, des mappe-mondes d'hypothèses, alors que ce n'est qu'un peu d'eczéma mal soigné. Les 11 millions d'affiches distribuées dans le monde entier n'ont pas été retirées car le coût eût été trop important, au prix peut-être d'une déception planétaire devant les écrans.


Cloud Atlas d'Andy & Lana Wachowski et Tom Tykwer avec Tom Hanks, Hugh Grant, Hugo Weaving, Jim Sturges, Halle Berry, Susan Sarandon (2012)

22 juin 2012

Doute

Bronx, 1964. Rien ne va plus à l'école catholique Josuéba Exteberrìa ! Sur la foi du témoignage nébuleux de la douce Sœur Jamiroquai, institutrice sous ses ordres, l'acariâtre Sœur Alioéba, directrice de l'école, accuse le Père Flynnt Michigann d'entretenir des rapports interdits avec le petit Donald Trump, premier élève afro-américain admis dans l'établissement. Ni les doubts de la jeune enseignante, ni les protestations du prêtre à houppette, aux méthodes pédagogiques radicalement opposées à celles prescrites par Sœur Alioéba, ne parviennent à détromper cette dernière et à la faire doubter de sa terrible accusation. Débute alors un duel psychologique à couteaux tirés entre la directrice stalinienne de l'établissement et le prêtre pédé, dont le petit enfant black ne serait plus que le prétexte et Sœur Jamiroquai, le malheureux témoin impuissant. Voilà pour le pitch de ce film dont je ne suis plus sûr à 100% des noms des différents personnages.



Pour réaliser l'adaptation de sa pièce de théâtre à succès, John Patrick Shanley a engagé un trio d'acteurs talentueux afin d'incarner les trois personnages principaux : Meryl Streep, Philip Seymour Hoffman et Amy Adams. La première, dans la peau de la vieille nonne trop conne et à cheval sur ses principes (c'est peu de le dire !), nous offre un nouveau numéro d'actrice savoureux, toujours à la limite du cabotinage, sans jamais y tomber véritablement. Un petit miracle. Sa façon d'incarner une bonne femme à la main de fer et à l'autorité infernale m'a même rappelé ma belle-sœur ! Le second, plus connu sous le nom de PhilSemHoff, campe avec talent une espèce de curé au verbe facile, un brin trop proche des écoliers. L'acteur prouve encore une fois qu'il peut être tout à fait captivant, voire bluffant. Il est en tout cas très crédible dans ce rôle de gros homo pédophile qui semble lui coller à la peau (même si, ici, ses préférences sexuelles ne sont pas avérées, le réalisateur du film préférant nous laisser dans le doubt). Quant à Amy Adams, qui est hélas toujours attifée d'une coiffe de couleur noire qui emprisonne sa jolie tignasse rousse et rend peu hommage à son étincelante beauté naturelle, elle est impeccable dans le rôle de cette institutrice assez naïve et douce, même si elle est bien plus discrète que ses collègues. Soyons clairs et faisons bref : ces trois acteurs constituent le principal atout du film.



Car si John Patrick Shanley a brillamment su s'entourer, il aurait aussi dû laisser la mise en scène à quelqu'un de plus doué que lui ! Et pourtant, contrairement aux apparences, JP Shanley n'est pas totalement débutant en la matière. Que lui doit-on au juste ? Joe contre le volcan... Ce film oublié des années 80 dans lequel Tom Hanks, armé d'une simple pelle, affrontait un volcan en éruption. J'ai tout dit ! Seuls les fans irréductibles de l'acteur doublement oscarisé se souviennent de ce film, considéré par les autres spectateurs qui l'ont vu comme l'une des heures les plus sombres de leurs cinéphilies. J-Patrick Shanley n'a donc rien à voir avec Kubrick Stanley. Il filme son scénario le plus platement du monde et tente vainement de dénoter un peu via quelques plans obliques, en diagonale, d'un goût très douteux, qui ne font que nous rappeler que cet homme a beaucoup moins d'inspiration derrière une caméra, une casquette vissée sur le crâne, que devant une feuille blanche, le stylo plume à la main. Shanley, tu es un piètre cinéaste, tiens-toi le pour dit. Surestimant sans doute la portée de son propos pourtant assez intéressant, certainement trop sûr de lui et bourré de certitudes, le séant fermement reposé sur son Pulitzer (la récompense tant convoitée qu'a glanée sa pièce de théâtre !) et sa chaise de "director", on imagine hélas aisément l'apprenti cinéaste se prendre pour un surdoué.



C'est bien dommage, car l'histoire qu'il nous raconte parvient assez facilement à nous captiver, malgré un démarrage un peu longuet, et aurait pu prendre une toute autre envergure entre les mains d'un réalisateur en pleine possession de ses moyens (ou d'un réalisateur tout court, un brin inspiré). J'avoue avoir doubté, du début à la fin, sur la culpabilité du curé homo et sur le bien-fondé des accusations de la vieille nonne facho. Il faut dire que les personnages, à l'exception de Meryl Streep, ne font que doubter de tout. Et, de façon assez machiavélique, Shanley nous quitte en plein doubt, sans que l'on sache véritablement si, oui ou non, Philip Seymour Hoffman est bel et bien un gros homo doublé d'un pédophile. Les derniers dialogues du film sont déblatérés par une Meryl Streep en état de grâce, qui tombe enfin son masque impassible, et sanglote : "I have doubts. I have such doubts !". Rideau. Stupeur dans la salle. Malgré son maigre talent de cinéaste, Shanley a plutôt réussi son effet, il peut remercier ses acteurs.


Doute de John Patrick Shanley avec Meryl Streep, Philip Seymour Hoffman et Amy Adams (2008)

24 février 2012

Gladiator

C'est de ce film qu'est tirée l'une de nos devises : "Mon nom est Rémusat, commandant en chef des armées du nord, coloc officiel du général des légions Félix, fidèle serviteur du vrai empereur Marc Aurèle. Père d'un fils assassiné, époux d'une femme assassinée et j'aurai ma vengeance dans cette vie ou dans l'autre !" Cette phrase, Russell Crowe la répète au moins quatre fois dans le film, dont une fois en s'emmêlant les pinceaux avec la réplique célèbre des Visiteurs : "Je suis Godefroy de Montmirail dit "Le Hardi", ptit ptit ptit ptit fillot d'Apremont et de Papincourt, et j'aurai ma vengeance, dans cette vie ou dans l'autre". Il fallait bien Russell Crowe pour que ça passe inaperçu et pour que ça débouche sur un Oscar du meilleur acteur. Crowe, après Hanks, réalisa le doublé en obtenant le même prix l'année suivante pour son interprétation d'un golio né avec une calculette dans le front en tête d'affiche d'Un Homme d'exception, devenant pour un bref moment le maître du tout Hollywood, et pour toujours l'acteur number one from Australia, avant de sombrer dans l'alcool et de se faire remarquer par quelques écarts de conduite (de concours de cuites remportés à la chaîne en coups de têtes dans des interlocuteurs sélectionnés au hasard).




Face à lui Joaquin Phoenix avait su se rendre détestable auprès de pas mal de fans de ciné et autres historiens tatillons qui le trouvèrent légèrement caricatural (comme tous les personnages du film ceci dit) dans son interprétation d'un Commode gay un peu cabotin. Le comédien est revenu de loin en devenant par la suite un acteur majeur de sa génération, comme quoi tout est possible. Pour le reste les miettes du vieux Richard Harris assuraient la caution grand péplum digne de ce nom, et Djimon Hounsoun la caution gros biscotos reluisants façon fondant au chocolat.




Gladiator résumé en quelques mots c'est quoi ? C'est une histoire de vengeance dans la Rome Antique, avec des scènes de grandes batailles en Germanie et de combats rapprochés au cœur de l'arène dans la lignée de Braveheart, qui auront par la suite largement été pompées par Peter Jackson pour sa trilogie de l'anneau, autant de films sacrés par l'Oscar du meilleur métrage. C'est aussi une épopée historique qui pose son cul graisseux sur l'Histoire malgré une armada de spécialistes employés à ne rien foutre par un producteur zélé mais fêlé, un film entrecoupé de nombreux flash-backs boursouflés sur le meurtre de la femme de Maximus Décimus Merdicus avec filtre orange et musique emphatique, mais encore par des plans déformés sur le ciel et ses nuages passés en accéléré, autant de fautes de goût pour un Ridley Scott en quête d'identité visuelle.




Car ce film fut aussi le grand retour de Ridley Scott, qui sortait de quelques années de galère et qui pour fêter son come-back fut ravi de foutre dedans ses concurrents aux Oscars, et notamment Steven Soderbergh, nommé deux fois cette année-là, pour Traffic et Erin Brokovich, seule contre tous. Soderberg l'était bel et bien, seul contre tous, et à l'époque il n'y avait que 5 films nominés dans chaque catégorie, autant dire qu'avec deux films en lice et avec Le Chocolat et Tigre et dragon en face, Soderbergh était venu sûr de lui, avec un parchemin long comme le bras dans la poche à déplier devant une foule entièrement acquise à sa cause. Son seul adversaire était Scott et le vieux n'avait qu'un seul film sous le coude, un péplum qui plus est, autant dire que nous n'étions pas nombreux, à l'orée des années 2000, à miser sur le grand retour du péplum (qui allait bel et bien avoir lieu, marqué par la sortie de saloperies telles que Troy, ou Alexandre). Et pourtant...




Ridley Scott a reçu son Oscar des mains d'un Sam Mendès lauréat l'année précédente et vert de rage de lâcher son bien. En allant chercher son prix, Ridley Scott, qui s'était assis tout au fond de la salle, persuadé de perdre et progressant plus que jamais dans son carnet de sudoku, a dû bousculer tout le monde et faire lever les gens de leurs sièges pour passer devant eux difficilement, y compris Soderbergh, sur lequel il aurait lâché un pet tout droit venu de la Rome Antique et des invasions barbares selon de nombreux témoins. Au cas où, quand même, car il est malicieux, Ridley Scott s'était peint les deux majeurs en doré, comme la fameuse statuette, et il les a tendus tous les deux à Soderbergh dans un moment de télé qui a foutu mal à l'aise toute la salle, même Philippe Dana, l'éternel abonné aux voix-off des cérémonies et aux pires "oops" des tapis rouges.


Gladiator de Ridley Scott avec Russell Crowe, Joaquin Phoenix, Richard Harris, Djimmon Hounsou et Connie Nielsen (1999)

21 janvier 2011

Toy Story 3

Y'a bien aimer et bien aimer. Moi aussi j'ai plutôt "bien aimé" Toy Story 3, mais jamais il foutra le bout d'un pied dans un de mes classements de fin d'année... Qu'il apparaisse dans le Top 2010 des gens qui n'ont rien à foutre du cinéma, ok, on s'en branle, y'a beaucoup de gens qui vont au cinéma trois fois dans l'année, ils ont vu Toy Story 3 pour se niquer une bonne soirée et ne surtout pas se prendre la tronche, ils ont passé un bon moment et le mettent en tête de leur wish list de Noël prochain ? Fort bien. L'étonnant, et je dis pas que c'est criminel, juste que c'est surprenant et peut-être parlant, en tout cas ça pose question, c'est plutôt qu'il apparaisse haut placé dans les classements d'un certain nombre de critiques. Par exemple dans celui des Cahiers du cinéma de décembre 2010. Pourquoi ? On peut hasarder tout un tas de réponses plus ou moins fallacieuses... Si c'est parce que Toy Story 3 est effectivement meilleur que tout un tas de films américains bidons, soit, mais pourquoi faudrait-il à tout prix du cinéma hollywoodien dans un top de fin d'année ? Si ce n'est que ça on peut en trouver des bons films ricains sortis cette année, ne serait-ce que Bad Lieutenant... Ou alors c'est parce qu'il est de bon ton d'aimer les films à priori pas importants, de trouver de grandes qualités cinématographiques à des films qui ne cherchent pas à en avoir et qui de fait n'en ont pas et de pousser l'élucubration jusqu'à puiser un double sens étonnamment profond dans un film pour gosses dont la portée se limite à l'effleurement des thèmes de l'abandon et de la solidarité dans une apologie agréable de l'enfance par l'intermédiaire d'une histoire de jouets dont le propriétaire atteint l'âge de la majorité. Ce fut déjà le cas avec Ratatouille à une autre époque : on a l'impression que dès qu'un animé fait pour les gamins peut éventuellement déceler un deuxième niveau de lecture pour adultes, ça en fait un chef d'œuvre incroyable. C'est exactement ce que font encore les Cahiers du cinéma quand ils mettent sur un pied d'égalité franchement regrettable les jouets de Toy Story 3 et les moines du film de Xavier Beauvois Des hommes et des dieux...




Pour en revenir au film, si vous aussi vous l'avez "bien aimé", je vous recommande de pousser le bouchon jusqu'à la fin du générique de fin, parce que tout le long du générique on a droit à de petites scènes 'en plus' qui sont un vrai régal d'humour et de légèreté, des pépites de tendresse trop trop mignonnes. Et ces petits sketches 'bonus' défilent astucieusement dans un petit cadre qui trouve sa place juste à gauche de la liste de noms du "casting & crédits", laquelle est savamment décalée pour défiler sur la droite de l'image, une belle et riche idée des studios Pixar/Don Bluth/Walt Disney qui ont certainement signé là LE générique de fin de l'année 2010. Quitte à me renier je place Toy Story 3 au sommet de mon classement des meilleurs génériques de fin de l'année qui vient de s'écouler ! Dès que le générique a été fini de chez fini j'ai enfin lâché l'écran du regard pour foncer dans ma chambre en glissant à travers toute la baraque, j'ai enfilé un slip puis quelques vêtements de ma meuf dans la hâte (ce qui veut bel et bien dire que j'ai regardé ce dessin animé Walter Disney pour enfants en tenue d'Adam), j'ai fermé mon appart à clé avec ma meuf à l'intérieur, j'ai sauté dans ma Fiat et j'ai tracé sur l'autoroute à 135km/h, limite autorisée par les marges laxistes de la loi, une heure durant, zigue-caguant à contre-sens entre les bagnoles qui me fonçaient dessus. Étais-je dans le mauvais sens ? Sont-ce ces milliers d'autres usagers qui se sont trompés de côté ce jour-là ? Je ne l'ai jamais su. Peu importe, j'ai poursuivi ma course vers la maison de mon paternel. Arrivé là-bas, ni bonjour ni merde j'ai couru dans la remise pour récupérer une pelle et une pioche, j'ai foncé dans le jardin, sous l'arbre centenaire qu'on a dû scier à la souche parce qu'il empêchait de mater chez les voisins, et j'ai pas attendu, j'ai creusé tant que j'ai pu, zaï zaï zaï zaï. C'est là que mon papa a enterré tout ce qui pouvait représenter mon enfance, il a fait ça un jour de colère encore plus terrible que le Jour de colère d'Adrian Rudomin dont l'affiche présentait pourtant un Christophe Lambert très en colère au strabisme plus convergent que jamais. Planqués sous une énorme écorce tortueuse de feu ce maudit chêne, j'ai retrouvé ma chaise haute, mon doudou à l'effigie d'un gros toutou sur lequel je collais mes plus beaux mokos faute de mouchoir avant de m'endormir, le grand pneu de poids-lourd qui fut mon lit quand financièrement c'était un peu just pour mes darrons, un gros oeuf fossilisé, qui devait être un oeuf en chocolat parce que ce fameux jour où mon père a pété un plomb c'était un jour de Pâques et il s'est justement foutu dans une rage pas possible parce que je pigeais que dalle à ses devinettes pour le jeu de piste, et enfin, j'y viens, j'ai retrouvé mes playmobils. Je les ai sortis de terre et je les ai serrés contre mon cœur. Merci tonton Pixar !

P.S. La voix de Woody, c'est Tom Hanks. Je le précise uniquement pour citer Tom Hanks, mon artiste préféré, et pour le faire grimper dans la liste des libellés.


Toy Story 3 de Lee Unkrich avec la voix de Tom Hanks (2010)

12 décembre 2010

Les Banlieusards

Ce n'était pas le premier film de Joe Dante, qui avait déjà réalisé Piranhas, Hurlements, et L'aventure intérieure entre autres. C'était pas tout à fait le premier film de Tom Hanks qui avait déjà joué le rôle d'un géant dans Big et celui d'une sirène dans Splash. Néanmoins Les Banlieusards n'a pas fait date dans les carrières dorées de ces deux fils prodigues d'Hollywood, et il est aujourd'hui pratiquement inconnu. Ca fait un bail que je voulais le voir. J'ai toujours apprécié Tom Hanks et l'idée de le croiser dans un des premiers films de Joe Dalton m'intriguait beaucoup. Au final rien de si étonnant à ce qu'on ait oublié ce film mineur, qui se mate juste gentiment. Rien que par nostalgie... Ça date de 1989 et ce film marque la fin d'une certaine époque du cinéma Hollywoodien complètement mais volontairement "1er âge", l'âge d'or des bons films pour gosses, ou le règne de l'esprit Spielberg avec la banlieue américaine pour unique fond d'écran (d'où le titre, The Burbs, traduit par le très raffiné "Les Banlieusards" en version française), où le quotidien tutoie le fantastique (cf. la sublime affiche du film).




A l'affiche justement, on retrouve Corey Feldman, l'emblématique enfant-acteur de cette génération des années 80s (vu dans Gremlins du même Joe Dante, dans Stand By Me, dans Les Goonies aussi), en jeune ado décérébré fan de hard rock. Tom Hanks, pour en revenir à mon idole, joue un père de famille franchement désintéressé de son cocon (pourtant son épouse est interprétée par Carrie Fisher qui personnellement et depuis sa toge d'esclave dans Le Retour du Jedi m'a toujours inspiré des actes sexuels interstellaires pratiqués à la vitesse de la lumière). Le héros est en effet un jeune trentenaire rangé des voitures qui ne peut plus voir sa femme et ses gosses en peinture et qui rêve éveillé, un personnage assez proche du Richard Dreyfuss de Rencontre du 3ème type. Un connard instable et irresponsable, pour le dire sans nuance, un éternel adulescent en quête de sensations fortes, comme ce cinéma-là en a tant et tant racontés.




Voilà pour le résumé vite fait bien fait de ce film pour gosses à moitié raté. A moitié seulement ! Faut voir le plan d'ouverture : le logo Universal, vous le voyez tous, la terre qui tourne sur elle-même, sauf que là, dans Les Banlieusards, elle se fige tout d'un coup et alors la caméra fait un zoom immense sur l'Amérique pour atterrir sans discontinuer pile poil dans la rue où se déroule le film ! OW ! Je n'ai qu'un truc à dire c'est wouah. Je me demande encore comment cet enfoiré de Joe Dante a pu réaliser ce plan incroyable. Sans doute depuis une fusée, ou depuis la lune. Depuis la lune ?




Vous croyez qu'un réalisateur américain a pu aller sur la lune pour son film ? Le mystère restera entier. Quoi qu'il en soit, dans cette banlieue où le plan s'achève, une nouvelle famille vient de s'installer, les Klopeck. Ce blaze est un savant mélange des mots "clodo", "clopeux", "craspec", "kopek" et "Popek", le comique-troupier. Les Klopeck sont donc d'emblée ultra bizarres. Ce sont des juifs d'Europe de l'est, sales et méchants, qui foutent les foies aux banlieusards que sont leurs nouveaux voisins. Tous nos chers abrutis issus de la middle-class américaine si chère à Tim Burton vont donc mener une enquête musclée sur ces zombies vampiriques polonais, une enquête qui trouvera son terme quand ils auront réussi à foutre le feu à la baraque des moscovites...




A la fin du film la messe est dite : il ne faut pas être raciste. Car ces gens venus d'ailleurs sont en fait normaux et le citoyen moyen des pays développés est un gros connard paranoïaque. Mais une fois la morale posée, Joe Dante réaffirme quand même que les Polonais de son film sont bel et bien des sauvages aux yeux rouges et aux dents longues, pour relancer l'action de sa comédie ! Il en a rien à battre Dante, il est comme ça. C'est peut-être aussi pour ça que ce film finalement douteux n'est pas resté dans les annales. L'idée en somme c'est de dire à ces cons de banlieusards à la manque d'éteindre leurs télés et de mater dans la rue, y'a des potes potentiels à se faire et peut-être même des gros tarés d'étrangers à massacrer. C'est un point de vue, j'imagine. C'est le point de vue de Joe Danté.


Les Banlieusards de Joe Dante avec Tom Hanks et Carrie Fisher (1989)

9 décembre 2010

Julie & Julia

Les films de Nora Ephron (Nuit blanche à Seattle, Vous avez un message, etc.), ça passe bien quand on est gosse et qu'on se demande qui nous rendrait le plus heureux en mariage entre Meg Ryan et Tom Hanks. D'ailleurs personnellement j'hésite encore. A leur place, Meryl Streep et Amy Adams. C'est très surfait, trop décoré, trop musical, trop. Et là je me lance dans une rapide affichographie : matez le haut du poster qui nous présente une Meryl Streep à bouclettes qui se décroche les bajoues de rire, au point qu'on ne voit plus le blanc de ses yeux, la star de toutes les stars est en roues libres mais elle se fend la banane, ça c'est pour que la ménagère et son ménager s'identifient, par contre dans le bas de l'image, la jeune Amy Adams, le regard en coin, mime une fellation avec ses doigts et ça c'est un objectif marketing plus étonnant. Revenons à Meryl. Pour ceux qui ont vu le sketch des Nuls dans lequel ils doublaient eux-mêmes la Reine d'Angleterre, sachez que Meryl Streep cause avec cette voix-là pendant tout le film.



Une fois de plus on a de quoi se plaindre des affres du principe d'adaptation cinématographique d'histoires vraies, survenues dans les vraies vies de personnages réels. Parce que la véritable Julia Child avait cette voix insupportable on nous l'inflige pendant deux heures, et, pire encore, on l'impose à Meryl Streep, cette immense actrice qui se complait dans une imitation gênante. Amy Adams n'est pas non plus au top de sa forme, piégée dans le maigre rôle d'une New-Yorkaise bien d'aujourd'hui dont le langage est pollué par quantité de tics verbaux et autres expressions accablantes, du style : "I can't write a blog, I mean... hello !". Pouah...



Curieux projet que ce film qui prétend tenir le spectateur non pas en haleine mais en salive. Le pari d'Ephron c'est de nous scotcher à nos canaps en nous refilant les crocs. Pour ce faire elle nous raconte avec maladresse l'histoire d'une jeune femme qui crée un blog (on retrouve après You've got mail tout l'amour de Nora Ephron pour le cliquetis du clavier d'ordinateur portable et pour le web en général), blog pour lequel elle testera jour après jour les 524 recettes de Julia Child (Meryl Streep donc), une anglaise fière comme Artaban d'avoir découvert la cuistance française dans les années 50. J'ai crevé la dalle pendant deux plombes. Voilà le résultat. Une des fâcheuses conséquences de ce scénario cocasse c'est que l'ingénieur du son a choisi de mettre l'emphase sur tous les sons de bouche, ces bruits de gueule à vomir, ce pur dégueulis sonore que chacun produit en mangeant et qui n'est supportable que si l'on est soi-même en train de grailler, ce qui n'était pas mon cas devant ce maudit film, tous ces gargouillis dégueulasses que les ingénieurs du son gomment habituellement sur leur table d'étalonnage afin de les réduire au silence.



Dans une scène particulièrement violente Amy Adams prépare la bouffe pour elle et son mari, faisant revenir du pain dans de l'huile avant de le recouvrir de tomates et de poivrons (un genre de bruschetta d'infrita), pour ensuite gober le tout sous forme de tartines ultra juteuses. Rien que d'en parler j'ai versé huit litres de salive sur mon clavier rétroéclairé macbookpro, on dirait la voie lactée par temps couvert. Seulement voilà... les bruits de pain craquant et de mastication saliveuse sont largement amplifiés, et on a l'impression de se faire bouffer aux petits oignons par un film omnivore sans prétention. Alors on subit, et on se réjouit que l'histoire ne porte pas sur les 524 façons de chier selon Julia Child.


Julie & Julia de Nora Ephron avec Meryl Streep, Amy Adams et Stanley Tucci (2009)