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17 février 2020

L'Appel de la forêt

Je regardais White Dog de ce bon Samuel Fuller l'autre soir. Sacré Sam. Dans l'une des meilleures scènes de ce film, qui parle de ces chiens dressés pour attaquer et tuer les noirs aux États-Unis, et dont la vedette est un chien très impressionnant (un peu comme dans Cujo dont je parlais récemment, sauf que la gueule d'un berger allemand est au départ plus crispante que celle d'un Saint-Bernard), Fuller fait dire à ce bon vieux Burl Ives "Voilà l'ennemi !" en lui faisant tirer une fléchette sur un R2D2 géant. Dans le film, le personnage interprété par Burl Ives, dresseur de bêtes sauvages, se plaint de la mode des robots à la con qui déferlent alors sur Hollywood et le privent de son partenariat avec les Majors, lesquelles se foutent désormais de filmer des animaux de chair et de sang et préfèrent des androïdes et autres bestioles en caoutchouc, bientôt en CGI. Quand on se souvient de Burl Ives entouré de bêtes terribles et en tout genre dans le génial Wind Across The Everglades de Nicholas Ray, la scène se teinte d'une nostalgie très concrète.





Or il se trouve que le même soir je découvris la bande-annonce de la nouvelle adaptation du Call of the Wild (L'appel sauvage, plutôt que L'appel de la forêt) de Jack London, avec Harrison Ford et un chien tout en images numériques. Quelle tristesse... Non seulement la bande-annonce laisse entrevoir un film qui n'a strictement rien gardé de la beauté du texte de London (ni de la beauté de la relation qui unit Buck à Thornton, qui est une relation d'amour parfois cruelle, comme lorsque Thornton pousse Buck vers une mort certaine juste pour éprouver l'amour de son chien, scène terrible dans le livre — alors que dans le film on semble plus proche de Belle et Sébastien), mais ce chien tout en images de synthèse, proprement hideux, absolument faux à l'image, aura bien du mal à renouer avec sa part enfouie de sauvagerie... Il part de loin le pauvre.





Il me semble pourtant que s'il y a bien un animal qui existe encore en nombre suffisant pour ne pas mettre en péril la survie de l'espèce sur un plateau de tournage, et que l'on sait à peu près dresser à faire n'importe quoi, c'est le iench. Encore hier je voyais un guignol qui filmait son petit chien en train de faire de la trottinette en bas de chez moi... Mais surtout, comment ont-ils osé, pour ce film, adapté de ce livre, entièrement consacré à décrire comment l'animal sauvage ancestral ressurgit au plus profond d'un clébard de compagnie, faire jouer le chien à un crétin couvert de capteurs pour ensuite nous le dégueuler en CGI ? Je pense qui plus est avec une profonde tristesse à Harrison Ford qui a passé tout le tournage seul face caméra, et qui a dû rentrer chez lui un bras en écharpe à force de le tendre dans le vide. Fallait pas signer, vieux. 


L'Appel de la forêt de Chris Sanders avec Harrison Ford et Omar Sy (2020)

5 juin 2017

U-571

Le casting de ce film est tout simplement ébouriffant. C'est un cocktail de muscles et de cellules grises. Jonathan Mostow, classé cinquième selon IMDB dans la fameuse liste des "5 Gods of Accion and Ficcion", aussi appelée la "Suite de Fibonacci", peut se vanter d'avoir fait tourner les plus grands. Dans U-571, les têtes d'affiche sont nombreuses et toutes plus prestigieuses les unes que les autres : Matthew McConaughey, Bill Paxton, Alec Baldwin, Harrison Ford, Gene Packman, Harvey Keitel, Sam Neill, Sean Connery, Patrick Bouchitey, Denzel Washington et Liam Neeson, pour ne citer que les plus fameux. Avec cette équipe de choc, Johnny Mostow voulait s'emparer d'un sous-genre du film d'action et d'un sous-sous-genre du film de guerre : le film de sous-marin de guerre. Le classique du genre reste Das Boot, film de chevet de Steven Spielberg et seule lueur de génie de son réalisateur Wolfgang Petersen, qui par la suite et en gardant un pied en Allemagne a réalisé L'Histoire sans fin, qu'il n'a donc jamais pu terminer, avant de devenir 100% ricain et de s'exiler au pays de l'Oncle Sam pour aligner des blockbusters totalement stars and stripés (Alerte!, Air Force One...) mettant souvent en scène de grosses masses d'eau (En pleine tempête, Poséidon), faisant de lui un sous-sous-sous James Cameron. L'homme revient parfois sur Das Boot, son premier et dernier chef-d’œuvre, et il renomme souvent le film "Miracle en Alabama", avec clin d’œil à la clé. N'empêche que Das Boot est la référence affichée par Mostow comme par tout réalisateur qui planche sur un film de sous-marin.


Traduction pour les non audiophiles : "Crankcase est plein d'eau de source". Précision : Crankase c'est le nom d'un jeune mousse à bord du sous-marin. Ensuite il implore le capitaine Starboard Diesel (manque une majuscule à Diesel).

Quelques mots sur le pitch du film, car il faut toujours une bonne excuse pour sortir un film sur un sous-marin : en 1952, début de la guerre froide, dans les eaux de l'Atlantique nord, une bande de nationalistes russes s'empare d'une base de lancement de missiles nucléaires stratégiques et menace le reste du monde. Le capitaine Mike Dahlgren commande le U-571, un sous-marin archaïque mais redoutable, premier sous-marin nucléaire de l'arsenal soviétique. Quand il découvre que le système de refroidissement du réacteur principal est défaillant, Mike Dahlgren va accepter de maquiller son vaisseau en sous-marin allemand, l'un de ces célèbres U-Boote qui patrouillent au fond de l'océan. Un autre sous-marin, dans ces eaux réputées peu tranquilles, va prendre en chasse le U-571 de Mike Dahlgren (il aura fallu plus de 570 U ratés pour aboutir à ce navire insubmersible). A bord de son poursuivant, commandé par Alexei Vostrikov (l'Amiral Hackman), des ogives et un moteur à propulsion atomique menacent d'exploser si la température au cœur du réacteur ne baisse pas rapidement. Coupé du monde et de la flotte russe à cause d'une panne d'antenne, un premier ordre est quand même envoyé à Vostrikov lui intimant l'ordre de bombarder la Russie, lorsqu'arrive un second message indéchiffrable. Le capitaine Vostrikov est alors remplacé par son second, Starboard Diesel, pour cause de chiasse. Ce dernier et son nouveau second, Boubakar Polenin (Patrick Bouchitey), doivent surmonter un différend basé sur une différence de couleur de peau pour faire face à la crise et éviter un accident nucléaire. Par ailleurs, si une telle explosion se produisait, les États-Unis pourraient croire à une première attaque soviétique et déclencher une guerre totale. Pendant ce temps, la bande de nationalistes russes tâche de faire face au froid qui gèle les canalisations à bord de leur "bateau noir". A bord de l'U-571, la réussite de la mission de Mike Dahlgren va désormais dépendre de sa rapidité et de son courage. Tétanisant.


La touche Mostow : les petits ronds rouges dans l'image qui indiquent ce qu'il ne faut pas louper.

C'est ce pitch dantesque (qui est en fait la réunion de plusieurs projets et de maints courts métrages écrits par Jonathan Mostow dans sa baignoire quand il était jeune), qui a permis au réalisateur de se faire un petit nom et de confirmer son statut de faiseur un peu brouillon mais foutrement doué. Quelqu'un de sérieux et de bonne volonté, apprécié de ses acteurs, qui vantent l'ambiance unique sur le tournage, à la bonne franquette. S'il a un petit air facho en photo, c'est néanmoins grâce à sa douceur de caractère qu'on a confié plusieurs projets importants à Mostow. C'est aussi grâce à son côté bonne poire que des gens comme Arnold Schwarzenegger, ou Bruce Willis, voire Kurt Russell, ont dit un jour dans leur vie : "I want Mostow in !" Ces mastodontes-là ont l'habitude de complètement contrôler les films dans lesquels ils s'engagent, et ils savent qu'engager Mostow c'est l'assurance de garder toute latitude sur la dimension artistique. A la poursuite du Diams USS boot 519 Jump Street Alabama - Le piège des profondeurs est un bon film du dimanche soir, comme tous les Mostow. Et comme il a fait quatre films, ça fait un mois de dimanches soirs assurés.


U-571 de Jonathan Mostow avec Matthew McConaughey et Bill Paxton (2000)

25 décembre 2015

Les 101 dalmatiens

En ce jour de Joël (que nous vous souhaitons noyeux ! - logiquement cette première phrase vient de vous flinguer la fête), M6, la chaîne de télévision, qui ma foi existe encore, a décidé de diffuser le remake live des 101 dalmatiens de Walt Disney, réalisé en 1996 par Stephen Herek, deuxième du nom, le fils (Herek's son). Ce film, c'était le "grand come-back" de Glenn Close, au même titre que tous les films tournés par Glenn Close, actrice au parcours chaotique qui, disparaissant des salles de cinéma entre chaque film tourné, n'a cessé de "revenir" à l'écran. Glenn Close incarne ici Cruella d'Enfer, une stricte ordure humaine qui ne songe qu'à une chose : désosser 101 petits clébards innocents tachetés de black pour s'en faire un pur blouson. Glenn Close porte le film, il faut bien le dire, sur ses épaules (voir l'affiche), malgré la présence du plus fringuant Jeff Daniels au casting. Capable de déformer sa tronche dans tous les sens, plus qu'aucun animatronics ou autre dessin à main levée, l'actrice a décidé que c'était le moment ou jamais de cabotiner. Résultat électrifiant.


Sur le plateau, en bleu de travail, Glenn Close, interviewée pour les besoins du making-of par le patron de Diaphana, Mouss Diouphana, répond à la question : "Pourquoi ce film ?" en exhibant son chèque de paie. La même honnêteté, et la même longévité, qu'Harrison Ford, qui invoquait les mêmes arguments tout récemment pour expliquer son retour dans la saga Star Wars.

Je suis triste cependant, en ce jour de réveillon, car M6 a décidé de diffuser la version grand public montée par les studios Disney. Je vous recommande de tout cœur le DVD du film aux éditions Diaphana, dont les bonus soumettent à notre curiosité les deux autres versions de la fin du film, signées de A à Z par Stephen Herek : l'une ultra positive, l'autre ultra négative. La première est une variante d'une séquence bel et bien présente mais fort édulcorée dans le film tel qu'il a été diffusé aujourd'hui sur la sixième chienne, qui se situe juste avant le moment où les deux sbires de Cruella, Horace et Jaspert (ce dernier incarné par un Hugh Laurie loin de s'imaginer qu'il deviendrait bientôt un sex symbol), se font rôtir les burnes sur une clôture électrique. Dans la mouture originale de cette scène, prévue pour conclure le film, les gentils (les dalmatiens et Jeff Daniels, qui deux ans plus tôt était déjà toiletteur pour chiens dans Dumb and Dumber, chef-d’œuvre des frères Farrelly sur le point, d'après mes sources, de détrôner Vertigo en tête du palmarès du célèbre British Film Institute), gagnent, haut la main, large. C'est même un over happy end puisque le film se clôture sur une scène hilarante où Cruella d'Enfer, après avoir reçu coups de sabots sur targeons d'ailes de poulets dans la gueule au sein de la ferme où elle cherche les dalmatiens (le règne animal s'étant coalisé pour lui foutre la rouste), subit in fine les assauts déments du gros porc concupiscent dont elle a tiré le berlingot, malencontreusement confondu à travers un tas de paille avec la queue d'un des clébards traqués. Glenn Close est plus que jamais survoltée dans ces quelques minutes de cinéma underground où un goret enragé, le cousin dégénéré de Babe, crédité au générique de fin comme "Zgeg le cochon devenu acteur porno", la lui fait à l'envers sous les yeux ébahis de tous les bestiaux de la ferme. 


Jolie scène où Jeff Daniels joue à Earthworm Jim PC sous le regard bienveillant de son dalmatien, Davy Croquette.

Dans la deuxième fin alternative, c'est au contraire Cruella qui marque les trois points. Rien de visuellement traumatisant ni de gore dans cette version-là. A condition toutefois de ne pas du tout aimer les animaux. En effet, Cruella finit ici par mettre la main sur chacun des 101 chiots des quais (elle n'en loupe pas un), et les dépèce un à un sous l'objectif un brin complaisant de Stephen Herek, avant de les coudre tête-bêche, pour finir reine du défilé, pavoisant sur le podium avec son manteau de poils ras, toute de chiens morts vêtue. Gênant. Peut-être vous dites-vous que, tout compte fait, la version plus connue du film est encore la plus adaptée à un public enfantin. Certes, mais c'est faire fi de la cruauté inhérente aux contes merveilleux, et fermer les yeux sur l'audace délirante d'un authentique jobard du cinéma en la personne de Stephen Herek, fan incorrigible du cinéaste belge Jean-Louis Le Tacon, comme le prouvent ces deux fins originales qui réunissent l'amour du porc et la fascination pour le massacre animal qui font la richesse de Cochon qui s'en dédit, documentaire tétanisant s'il en est. Mais soit. Je peux comprendre. Chacun son délire. Et pour ceux qui veulent se perdre parmi les dalmatiens en ce 25 décembre, bouffer 250 minutes de ienchs et faire des rêves en noir et blanc jusqu'au nouvel an, le film est suivi des 102 dalmatiens, avec notre Gérard Depardieu national dans le rôle de Cruella d'Enfer. Exit Glenn Close. Cruella recherche cette fois-ci un clebs de plus, le cent-deuxième du titre, pour compléter sa tenue et agrémenter le manteau de ses rêves d'un slip XXL.


Les 101 dalmatiens de Stephen Herek avec Glenn Close, Jeff Daniels et Hugh Laurie (1996)

21 mai 2015

Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre

En 1985, George Miller, épaulé par le mystérieux George Ogilvie, donne un troisième volet à la saga qui l’a rendu célèbre. Contre toute attente, il décide de prendre à contrepied les fans de bagnole et de vitesse qu’il avait su se mettre dans la poche avec le premier volet de sa série, public que le second opus pouvait déjà choper à rebrousse poil avec son gros poids-lourd et son hélicoptère à pédales. Pas de véhicule-star dans le numéro 3, ou presque pas. La tire de Mad Max, sauf erreur (il s’agit d’une scène presque entièrement tournée dans le noir complet), explose assez tôt dans le film, quand Max travaille, le temps d’une journée, dans une fosse à porcs. On lui a piqué sa carriole au début du film (un coup de son vieil ami Gyro Captain, qui n'a pas reconnu ce cher Max enveloppé dans sa djellaba, quinze ans après leurs aventures du deuxième film), et pour la récupérer, notre héros accepte de se mettre au service de l’Entité (Tina Turner, qui pousse d’un cran l’habitude de mal jouer quand on joue dans un Mad Max, a fortiori quand on interprète un(e) méchant(e)), ce qui implique, croyez-le ou non, de ramasser de la fiente de cochon. Mairesse de Trocopolis, petite ville du désert, l’Entité demande à Max d’aller tripoter de la merde de porc (combustible de demain) dans les bas-fonds de sa ville, et d’y tuer pour elle Master/Blaster, le maître des sous-sols pestilentiels de la cité, qui lui en dispute la main-mise. L’ennemi en question est un de ces fameux méchants à deux têtes comme on en a croisé ailleurs : un gros tas de muscle décérébré servant de jambes à un nain (soi-disant) très brillant, juché sur son dos.


Match de touffes.

Mais, ne renonçant pas à tous ses fétichismes, Miller, dans la première partie du film, assouvit tout de même son vieux fantasme de filmer du catch. Les méchants de Mad Max 2 avaient de vrais airs de catcheurs en cuir et à crêtes ; ici, on aura droit à notre combat de mecs. Mad Max (un Mel Gibson plus proche que jamais du look de William Wallace et toujours pas mad pour un sou), et Blaster, la fameuse montagne de muscles qui sert de gambas à Master (le « cerveau » du sous-terrain merdeux de Trocopolis), se retrouvent suspendus en l’air par des sangles, sous le dôme qui donne son triste titre au film, tels des nourrissons dans un parc, et ils se filent des coups jusqu’à ce que le héros gagne. Quand deux types entrent dans l'arène, un seul doit en ressortir vivant, c'est la règle, répétée environ trois cent fois. Mais Max est humain et quand il découvre que Blaster, sous son casque intégral, est un trisomique bodybuildé, il refuse de l'achever. Il comprendra d'ailleurs bientôt que Master n'est pas vilain non plus. Comme vous le voyez, tout cela est profondément intéressant.

Et puis on change brutalement de film. Quand Max, exilé dans le désert, est recueilli par une troupe d’enfants ébouriffés et un peu perchés, on passe tout d’un coup dans une sorte de manège Lucasfilm, une production Spielberg-Lucas, ou Disney (George Miller, auteur, producteur et réalisateur, avant Mad Max Fury Road, de Babe 2, le cochon dans la ville - on ne le rappelle jamais assez - lorgne sans détour vers Peter Pan). Le film prend les airs inquiétants d’un mélange (en partie anticipé) de Hook (les enfants perdus attifés comme des clodos bigarrés, qui rêvent d’un tomorrow-morrow-land et prennent Mad Max pour le messie), de Willow (avec le nain du duo de gérants de la porcherie et leurs cochons !), et de Star Wars (le gag où Mad Max poursuit un type dans un couloir et, après avoir disparu deux secondes au tournant, revient vers nous en courant encore plus vite, poursuivi à son tour par une meute d’ennemis, tel Harrison Ford dans La Guerre des étoiles). Le combat final, sur un train rappelant Indiana Jones et la dernière croisade, est un combat à coups de poêle à frire dans la face, qui nous signale, au cas où on ne l’aurait pas remarqué, qu’on est loin des dégénérés de Mad Max 1 ou de la décharge de violence de Mad Max 2, et que bientôt George Miller se consacrera aux films pour gosses, avec, outre la suite des aventures du cochon devenu berger, la réalisation de Happy Feet 1 et 2. Autant dire que le basculement sans transition entre un combat de catcheurs dans une fosse à purin et un conte pour enfants avec cascade d'eau claire et cerf-volant en papier a de quoi déconcerter, voire laisser sur le carreau n'importe quel fan de Mad Max. Le film est bien une sorte de double entité, à l'image de Master/Blaster, mais là où on pouvait espérer une première partie blaster-musclée et une autre master-intelligente, en réalité la seconde est simplement destinée aux tout petits...


Belle tentative, mais ça ne suffira pas à réinventer le cinéma (ni à sauver le film).

Reste une idée pas inintéressante, dans la scène où les enfants paumés racontent à Max les épisodes successifs de leur mythologie de l’apocalypse, et usent pour ce faire d’un grand cadre rectangulaire fait de branchages qu’ils dirigent, du bout d’une perche, vers des images peintes dans le fond de leur grotte et sur lesquelles dansent les lueurs d’un feu, réinventant le cinéma sans le savoir, avant de scander le mot "vidéo" comme s'il s'agissait d'un Dieu inconnu. C’est la seule belle idée à sauver dans ce film de sinistre mémoire qui aura su plonger la saga dans l’oubli pendant trente ans.


Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre de George Miller et George Ogilvie, avec Mel Gibson, Tina Turner et Bruce Spence (1985)

25 février 2015

Willow

Comment ne pas se laisser embarquer dans les aventures de Willow Ufgood, bon père de famille et apprenti magicien Nelwyn (nain), placé à la tête d’une petite communauté chargée non pas de cramer un anneau mais de confier à une personne responsable la petite Elora Danan, bébé daïkini (humain), trouvée au bord d’un fleuve par les enfants de Willow, et qui, selon la légende, est censée mettre fin au règne de la despotique Reine Bavmorda (Jean Marsh). Comment surtout ne pas tomber sous le sortilège de Joanne Whalley (voir paragraphe ci-dessous) dans le rôle de Sorsha, fille de Bavmorda, ou ne pas craquer face au charme ravageur de Val Kilmer, dans la peau de Madmartigan, chevalier déchu qui deviendra l’ami de Willow. Ces deux-là ont d’ailleurs fini en couple, à la vie comme à l’écran. Comment ne pas souhaiter, enfin, vivre dans le village des Nelwyn, parmi toutes ces personnes de petite taille si bonhommes et affables ? Bon, à toutes ces questions, on peut certes répondre qu'il suffit d'être allergique à l'empire Lucasfilm, à l'héroïc-fantasy, aux films pour enfants ou à Ron Howard. Mais, je l'avoue, difficile pour moi de résister à la sympathie sans limites de Willow Ufgood et de son ami Meegosh, aux facéties du grand Aldwin, sans oublier, parmi les compagnons qu'ils croiseront au cours de leurs aventures, les cabotins Rool et Franjean, deux brownies (lilliputiens) hauts comme une pomme et timbrés.




Mais qui dit film de nains dit aussi acteurs nains, et nos amis de petite taille sont souvent traités par-dessous la jambe au cinéma. On est habitué à ce que les bébés se relaient à l’écran dans les films impliquant des nouveaux nés, pour des raisons tout à fait évidente de planning, de couches pleines de fientes et de biberons, mais aussi parce qu’ils ont tous plus ou moins la même tronche. C’est d’ailleurs le cas dans Willow, avec la petite Elora Danan, à laquelle deux gamines, les sœurs Greenfield, Ruth et Kate, ont prêté leurs traits poupins. Plusieurs acteurs pour incarner un même personnage dans un film, ça passe quand il s’agit de bébés (les personnages adultes qui changent de façade d’un film à l’autre au sein d’une même saga, parce que le comédien d’origine avait un semi-marathon ce jour-là ou juste parce qu’il avait flairé la suite merdique, c’est déjà moins évident). Mais on admet. Par contre un seul acteur recyclé dans plusieurs scènes, au sein d’un seul et même film, là, perso, ça coince ! Et c’est trop souvent le cas pour les acteurs nains, à qui l’on demande de jouer plusieurs rôles en croyant que personne ne le remarquera. Passe encore quand ils sont grimés, planqués sous un costume et donc méconnaissables. Exemple : Kenny Baker, le seul et l’unique R2-D2, qui, dans Le Retour du Jedi, s’est aussi glissé sans prévenir dans la fourrure d’un Ewok nommé Paploo (l’acteur était ravi de pouvoir, une fois dans sa vie, bouger ses bras et ses jambes sous l’objectif d’une caméra, quitte à le faire devant un AT-ST, engin de transport bipède de l’empire, sur le point de lui cramer la touffe).




Mais que dire de ce brave Warwick Davis, l’éternel Willow ? Saviez-vous qu’il a joué Pinocchio et Gepeto dans Pinocchio et Gepeto ? L’acteur a aussi prêté sa petite taille à six Leprechauns différents (dont le personnage éponyme, Lepre Chaun) dans la saga des Leprechauns. Six ! A quoi ça rime ? Plus difficile encore à avaler, ses multiples interventions dans la saga Star Wars, encore elle… Il était bien sûr et avant tout Wicket, le plus mignon de tous les Ewoks, à deux doigts de se serrer la princesse Leïa entre deux séquoias, sur la planète forestière Endor, dans le Retour du Jedi. Mais dans Star Wars : épisode 1 - La menace Fantôme, il devient subitement un dénommé Wald, ami d’Anakin Skywalker doté d’une gueule pas possible, ainsi qu’un spectateur lambda de la course de pods, amateur de vitesse et de sensations fortes, les mains plongées dans un pot de pop-corn plus grand que lui, mais aussi un citoyen sans histoires de Mos Espa, habillé comme un clodo… Qui incarnera-t-il dans Star Wars : épisode VII - Le Réveil de la force ? L’animal de compagnie de ce vieux con de Mark Hamill ? Le cul de Chewbacca ? Un jawa numérique sur Tatouïne ? Un 7ème Leprechaun ? Idem dans la série de films Harry Potter, où Warwick est à la fois Craspec le gobelin, le professeur Filius Fistfuck et un type tristement nommé Griphook, sans oublier Magicien (c’est le prénom du personnage, pas sa fonction, vérifiez sur l’encyclopédie en ligne du cinématographe si vous ne me croyez pas) dans le meilleur épisode de la saga, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban.




Warwick n’est pas le seul à cumuler les rôles dans un même film, c’est aussi le cas, par exemple, toujours dans l’épisode I de Star Wars, de Silas Carson, qui interprète Nute Gunray, Ki-Adi-Mundi, Idi Amin Dada et Lott Dodd, rien que ça... sauf qu’un seul de ces personnages ne porte pas (ou pas totalement) de masque. Alors que Warwick, quand il suit la course de pods  sur Tatouïne ou quand il fait la manche dans Mos Espa, le fait à visage découvert ! Sans véritables postiches et surtout sans être l'acteur principal du film, volontairement décliné dans plusieurs rôles, tel Peter Sellers dans Docteur Folamour. Comme si, de toute façon, personne n’allait le reconnaître. N'est-ce pas un brin insultant ? Car il ne s’agit pas d’un de ces films dont c’est le parti pris que de faire jouer plusieurs rôles à un même acteur, parce qu'il s'agit d'interpréter des jumeaux ou des clones (Van Damme s’en est fait une spécialité), parce que c’est la famille (Jerry Lewis dans Les Tontons farceurs, Eddie Murphy dans Professeur Foldingue, ou Alec Guinness, non pas dans Star Wars cette fois mais dans Noblesse oblige), parce qu'une descendance consanguine en a décidé ainsi (Michael J. Fox dans Retour vers le futur, ou les villageois de La Malédiction d’Arkham, affaire d’héritage et plus encore), parce que le héros se dédouble (Michael Keaton dans Mes doubles, ma femme qui n’en demandait pas tant et oim), parce qu'il est question d'un acteur qui devient tout un tas de personnages (Holy Motors), parce que c’est brillant (Smoking, No Smoking) ou parce que c’est nawak (Cloud Atlas).




Je concède, ceci étant, que c’est un bon moyen pour ces comédiens de cumuler les contrats et les paychecks. Il n’y a bien que Peter Dinklage pour rouler des mécaniques (sa jambe gauche plus courte que l’autre l’aide bien) à la tête de Games of Thrones, même s’il galère un maximum pour grimper sur lesdits thrones, perdant régulièrement aux fameux "jeux des trônes" rythmant chaque épisode, simple jeu de chaises musicales avec des trônes musicaux à la place des chaises, qui a donné son nom à la série et qui en a assuré le succès auprès des gosses. Mais il peut dire merci à Warwick Davis, qui méritait amplement ce rôle, pour faits d’armes. J’ai personnellement une molaire contre Peter Jackson qui n'a pas filé à Willow Davis le moindre nain à jouer dans sa trilogie de l'anneau et autres films de Hobbits, qui en sont remplis à ras-la-gueule, préférant sans doute engager des mecs de 2m10 pour ensuite les miniaturiser grâce à Paint ou autre logiciel de retouche d’image à la pointe, comme il l’a fait pour Froton et ses potes. Triste monde.




Mais revenons à nos moutons (pas d'offense). Vous me direz qu’il n’est pas rare, dans des films à petits budgets, voire dans des séries B, que des figurants jouent plein de rôles différents. Mais Star Wars, la deuxième saga, petit budget ? Soyons sérieux. Pire encore : Warwick Davis, un figurant... On aura tout vu. Vous me direz aussi que dans le cas de Warwick Davis il s'agit plus d'un caméo, d'un clin d’œil, qu'autre chose. Mais aurait-on imaginé Harrison Ford interprétant deux ou trois clochards anonymes au détour d'une paire de faux-raccords dans Star Wars : la menace I - l'épisode fantôme, pour faire coucou ? Caméo, mon cul... Alors quoi ? Ca veut dire que les nains sont interchangeables, comme les nourrissons, ou comme les chiens dans tous les films de chiens ? On s’était assez plaint, rappelez-vous, de l’utilisation de toute une portée de clébards pour incarner Sébastien dans Belle et Sébastien, mais ce maudit film n’était que l’arbre qui cache la forêt, car c’est le cas dans pratiquement tous les films du genre ! Un seul saint-bernard de Clairvaux dans Beethoven ? Croyez-le... Un seul Willy dans Sauvez Willy ? Tu parles ! L'équipe de tournage en bouffait un exemplaire entre chaque scène ! Un seul rat dans Ratatouille ? Mon œil... Un seul ours dans L'Ours ? Un seul frère dans Deux frères ? Non, il y en avait au moins deux. Quoique, ce fourbe de Jean-Jacques Annaud est capable de n'en avoir utilisé qu'un, avec tout un système de miroirs à l'appui, dans le seul film où il en fallait bien deux au casting ! Jean-Jacques Annaud parlons-en. Il sort aujourd’hui Le Dernier loup, mais je déteste déjà son film qui prétend nous faire admirer le dernier leup alors que le cinéaste, coupable du même subterfuge sur de nombreux films par le passé (on a longtemps cherché à se convaincre du contraire, mais il faut regarder la vérité en face), se vante encore en interview d’avoir utilisé 150 loups d’élevage différents au bas mot pour incarner son soi-disant héros, prétendue ultime bestiasse de sa race. Mais que dire quand il s’agit d’un nain ? Et pas de n’importe quel nain… Remarquez, Hollywood a fait pareil avec les indiens, qui (quand ils n'étaient pas tout simplement remplacés par de purs playboys comme Rock Hudson ou Burt Lancaster), devaient passer et repasser dans le champ, à l’arrière-plan, cinquante mètres au moins (distance de sécurité) derrière telle illustre star déguisée en cowboy, et changer de chapeau à plumes, de mocassins et de démarche chaloupée pour avoir l’air, à chaque passage, d’un autre indien. On sait gré à Michael Mann de voler un poil au-dessus de J.J. Annaud, puisqu'il a refusé de faire tourner 50 indiens différents pour incarner Chingachgook, le dernier des Mohicans, dans Le Dernier des Mohicans. C’était le dernier ou c’était pas le dernier ? Bon ben si c’est le dernier y’en a pas une chiée plus mille qui attendent leur tour derrière le combo, merde !…




Méditez là-dessus… Est-ce que tout le monde trouverait ça parfaitement banal si le fringuant Val Kilmer incarnait Madmartigan dans une scène, la sorcière Fin Raziel dans la suivante, la fée Cherlindrea dans la troisième et un poivrot sans répliques, assis dans le fond d’un plan de coupe, au milieu de la séquence de la taverne, celle où il est d’ailleurs déguisé en femme (mais toujours dans la peau de Madmartigan), et où l’un des deux brownies, celui joué par Kevin Pollack, est à deux doigts de se noyer dans une pinte de bière (un conseil : c'est bien meilleur trempé dans du lait) ? Permettez-moi d’en douter. C'est donc limite… Remarquez, pas plus que de les foutre dans tout un tas d’appareils ménagers (R2D2) et autres peluches (les fameux Ewoks), et que d’embaucher six ou sept nains à tout casser par mesure d'économies puis de les jeter dans quinze costumes différents pour tromper le spectateur (aujourd'hui, on n'hésiterait pas à les démultiplier numériquement...). Mon affection pour Willow n’en est pas altérée, parce que ce problème ne se pose pas dans ce film, tout connement. Au contraire, il n’en sort que grandi, d’abord parce que Ron Howard, cet homme d'exception, l'un des rares cinéastes rouquins de l’histoire d'Hollywood (le seul ?), qui en sait donc long sur les minorités visibles, a, quant à lui, fait tourner une foule de nains pour composer la population du village Nelwyn (parmi lesquels Tony Cox, le célèbre nain de Fous d’Irène), et a donné au cinéma (avant de lui prendre beaucoup...) l’un de ses rares héros nains, sans costume poilu pour le recouvrir de la tête aux pieds. Ensuite parce que Warwick Davis sera à jamais pour moi un caméléon, et l’un des meilleurs acteurs nains de l’histoire du cinéma.


Willow de Ron Howard avec Warwick Davis, Val Kilmer, Joanne Whalley, Jean Marsh, Patricia Hayes, Kevin Pollack, Billy Barty, Phil Fondacaro, Tony Cox et David Steinberg (1988)

4 novembre 2014

Chef

Jon Favreau. Jon Favreau. Je l'écris en même temps que je le répète à voix haute... JON FAVREAU. "T'es allé voir le dernier Jon Favreau ?". "Alors, c'est un bon Favreau celui-ci ou un Favreau mineur ?". "On attend le prochain film de Jon Favreau !". "Il déboîte, ce Favreau-là, je te le recommande !". "Costaud le nouveau Favreau !". Je pourrais en trouver d'autres, des dizaines d'autres, et dans toutes ces phrases, quelque chose clocherait ou sonnerait faux. Ce blaze... Jon Favreau ! Et je parle du blaze, mais pas vraiment à cause du fait qu'il soit disgracieux en tant que tel. Aucun nom n'irait mieux à cet homme-là. J'associe ce blaze à tout ce que représente cet homme. Cet acteur raté, ce réalisateur raté, cet acteur-réalisateur raté. Même son physique est parfait. Sa tronche si banale, si vide. Son allure déplorable. Ce type-là pourrait être votre voisin, vous le croisez sans doute tous les jours sans jamais le remarquer.




Jon Favreau, c'est typiquement ce triste énergumène qu'on a tous connu : il était dans notre classe de 3ème, c'était un vrai cancre, pris en pitié par les professeurs, devant toujours lutter pour accrocher la moyenne malgré les cours particuliers intensifs que lui payaient ses parents plein aux as. Le genre de type qui harcelait les délégués après chaque conseil de classe pour connaître sa misérable moyenne en pleurant : "Je suis dedans, hein ? Dîtes-moi si je suis dedans !". C'est ce gros zonard adipeux qu'on finit par recroiser au détour d'une rue dix ans plus tard. Un attaché-case à la main, le costard taillé sur mesures, la grosse montre qui dépasse, le sourire qui veut tout dire... On se rend alors compte qu'il a réussi, on ne sait pas comment ni pourquoi, mais il a réussi, et sa réussite totalement incompréhensible énerve au plus haut point. Une réussite relative, cependant, sur le plan de la finance peut-être, mais sur le plan affectif, le triste individu reste un clochard. D'ailleurs Jon Favreau, en guest star nauséabonde, jouait son propre rôle dans la série Friends, celui d'un vieux mec qui essayait de cacher qu'il était gros sous une immense veste en cuir et qui s'achetait l'amour de Monica en allongeant les billets, un personnage qui faisait, avouons-le, particulièrement pitié.




Pour moi, ce Jon Favreau représente beaucoup de choses à lui seul, à commencer par la déchéance du cinéma à fric américain, mais pas seulement. Quand je vois écrit, en gros, tout en bas d'une affiche, "Par le réalisateur d'Iron Man", sachant l'abomination qu'est Iron Man, je me dis qu'un truc ne tourne pas rond. Que l'on confie à Jon Favreau, et pas à un autre, des budgets de plusieurs centaines de millions de dollars, c'est plus qu'un signe, c'est un symptôme sans remède possible. Jon Favreau est une impasse. Il symbolise le mur terrible vers lequel fonce tout droit le cinéma à grand spectacle hollywoodien depuis des années. Son avant-dernier film, l'abominable Cowboys & Envahisseurs, a marqué son apogée personnelle. Il a voulu faire "son" western et "son" film de SF. Malheur ! Le résultat est une horreur absolue, tout simplement insoutenable. Une ride de plus sur le visage de tonton Harrison ! Avec Chef, son nouveau film, Jon Favreau souhaitait retourner vers plus de simplicité et enfin combiner ses deux grandes passions : la cuisine mexicaine et le cinéma...




Que dis-je, ses trois passions : la cuisine chicanos, le cinéma et Twitter. Car si Chef s'intitule très exactement #Chef en version française, c'est parce que notre homme interprète un cuistot qui cherche à se faire une belle e-réputation pour relancer son commerce en se créant un compte Twitter associé à son resto en ruine (et vous n'êtes bien sûr pas sans savoir que le dièse permet d'associer un mot à un fil de discussion...). Chaque film a désormais son "hashtag" (car ça s'appelle comme ça), souvent précisé sur l'affiche et parfois mal choisi. Pour celui-ci, ils ne se sont pas embêtés, sauf que je ne rentrerai pas dans ce jeu-là. Jon Favreau n'y est sans doute pour rien, mais ça ne doit pas lui déplaire, lui qui tente piteusement de mener une double-carrière en produisant aléatoirement blockbusters et films "indé" (notez les guillemets). #Chef est supposé appartenir à la deuxième catégorie et vient prouver que Favreau est médiocre quoiqu'il fasse. On présume cependant qu'il doit être un excellent cuistot, ça expliquerait ce casting 4 étoiles (Sofia Vergara et Scarlett Johansson sont bien connues pour ne pas savoir dire "non" à un bon burrito) et cela lui accorderait, au moins, une qualité. C'est déjà ça.


Chef de Jon Favreau avec Jon Favreau, Sofia Vergara, John Leguizamo et Scarlett Johansson (2014)

16 octobre 2013

Un Long dimanche de fiançailles

"C'est beau le sépia !" s'écrie-t-on devant cette affiche, sur laquelle on peut apprécier la taille de guêpe d'Audrey Tautou. Tout rapproche Un long dimanche de fiançailles, film jaune, d'Avatar, film bleu : Audrey Tautou a un piebot là où Sam Worthington a un corps bot ; Mathilde et Manech semblent séparés par le destin, tout comme Na'ari et Jack Skully le sont par la barrière des espèces ; dans les deux films la guerre éclate, il y a un amant dans chaque camp et un arbre au milieu du champ de bataille. Attardons-nous sur l'arbre du film de Jaunet : c'est sur ce tronc calciné, le dernier d'un no man's land en ruines, théâtre de la désolation des fameuses tranchées de 39-40 (la "guerre froide"), que Manech immortalise son amour pour Mathilde. Il ne trouve rien d'autre à foutre sous la mitraille des boches que d'utiliser son menton contondant pour graver trois lettres dans l'écorce : "MMM". Le nom de ses céréales préférées ? La marque de sa grosse bagnole ? Le nouveau stade flambant neuf du Mans ? Le prochain Parti de Bayrou ? Non, on le saura à la fin du film, ces trois M signifient "Mathilde aime Manech" et/ou "Manech aime Mathilde". Il n'y a que peu de "n" dans "Manech", mais il y en a des tonnes chez le spectateur...


J-P Jeunet, qui a vu Spielberg justifier avec dérision la cicatrice au menton d'Harrison Ford par un revers de coup de fouet dans la gueule de River Phoenix au début d'Indiana Jones 3, a voulu expliquer la fossette béante sur la joue d'Ulliel par une blessure de guerre, sauf que l'acteur a déjà la tronche balafrée au début du film, avant de partir au front... un goof de plus dans la carrière de Jeunet Jean-Pierre.

Retour sur une scène-clé, celle du massage fessier en plan aérien, astucieusement placée en exergue dans la bande-annonce du film par un distributeur zélé, à une époque où la planète ciné n'avait d'yeux que pour Amélie Poulain, la jeune parigote coincée, seule dans son vieil appart vert, occupée à parler aux gargouilles du coin de la rue et à remplir son journal intime avec les histoires d'un vieux con qui n'arrêtait pas de lui répéter : "Breteaudau ! Pas Bredauteau !". C'est Jeunet, coiffé d'une perruque, qui a offert son propre derrière dans le plan ci-dessous, afin de préserver son actrice, acceptant de devenir doublure-cul le temps d'un plan par conséquent pan&scanné. Aussitôt que nous avons aperçu la dark star de Jeunet dans ce plan fatidique, nous eûmes pavillon en berne, et il ne sera dressé à nouveau que lorsque le nouveau Zidane apparaîtra balle au pied lors de l'Euro 2035.


Vous croyez que c'est une table de massage sous Audrey Tautou sauf que c'est la queue de castor du figurant chargé de lui masser l'arrière-train, croyez-le ou non la doublure-fesses est littéralement couchée sur sa verge.

Petit retour sur un gimmick du film que l'on retrouve compilé dans la bande-annonce et qui a ravagé les cerveaux de nombreux cinéphiles. On voit tous encore dans nos têtes Audrey Tautou claudiquant dans les blés et murmurant : "Si j'arrive au croisement avant le facteur, Manech est vivant". Depuis ce film on n'arrête pas de se répéter cette phrase en se lançant des défis du même genre : "Si j'arrive à éplucher cette patate d'une seule épluchure, Manech est vivant !" ; "Si j'arrive à retenir ma respiration jusqu'au prochain tunnel, Manech est vivant..." ; "Si je réalise la crotte parfaite (qu'est-ce que la crotte parfaite ? c'est la crotte oblongue, d'un seul tenant, qui file si vite qu'on n'a pas besoin de se torcher et qui se meut d'elle-même poliment dans le conduit d'évacuation sans avoir besoin de tirer la chasse), si je réalise la crotte parfaite Manech est vivant !" ; "Si j'arrive à m'enfourner cette orange dans la gueule d'un seul bloc sans gerber et sans perdre l'amour de ma compagne au petit déjeuner, Manech est vivant !" ; "Si j'arrive à me taper Ocean eleven, Ocean Twelve et Ocean Thirteen en commençant par Sexe, mensonge et vidéo sans me suicider, Manech est vivant !" ; "Si Hougo Lloriss parvient à garder ses cages inviolées durant les 5 premières minutes du premier match de groupe de la coupe du monde 2014, Manech est vivant !" ; "Si Benzema marque un but, c'est que Manech est vivant" ; et "Si j'arrive à finir cet article ici, c'est que Jean-Pierre Jeunet ne m'a pas fait foutre en taule pour avoir critiqué son film". Depuis notre prison on chialera : "Mathilde aime Manech... Manech aime Mathilde...", et on gravera des M&Ms partout en essayant de devenir les nouveaux prophètes de Jacques Audiard.


Un Long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet avec Audrey Tautou et Gaspard Ulliel (2004)

7 décembre 2011

Le Locataire

Après la longue dépression consécutive à l'assassinat immonde de son épouse Sharon Tate par la "Famille" de Charles Manson, Roman Polanski réalise trois films - parmi lesquels Quoi? en 1972, dont le récit s'ouvrait sur une jeune américaine tentant d'échapper à un viol (…) -, avant de revenir à ce qui fit son succès, c'est à dire ses deux meilleurs films réalisés jusque là : Répulsion et Rosemary' Baby. En 1976, après Chinatown, il tourne Le Locataire, bouclant la boucle de la trilogie déjà entamée aux deux tiers avec une nouvelle variation sur le thème de "l'appartement maudit". Cette fois-ci l'intrigue se passe en France, et le fou en devenir n'est autre que Polanski lui-même, qui interprète le rôle de Trelkovsky, un jeune Franco-Polonais chétif, timide et effacé en quête d'un appartement à Paris. Il en visite un d'assez vaste, dans un immeuble ancien et plus que vétuste, quand la logeuse lui apprend que la locataire précédente, Simone Choule, a tenté de se suicider en se jetant par la fenêtre sans raison apparente. Trelkovsky va lui rendre une visite succincte à l'hôpital et se retrouve face à une momie de bandages, mais il rencontre aussi l'amie de la suicidée (Isabelle Adjani), qui lui apprendra plus tard la mort de Simone Choule. Trelkovsky décide malgré tout de prendre l'appartement, en dépit de toutes les incongruités du lieu, de la mort atroce et surprenante de l'ancienne locataire, de ces vieux voisins acariâtres et menaçants qui veulent à tout prix préserver la respectabilité de leur immeuble, en dépit enfin de ce meublier délabré, de ces tapisseries anxiogènes et de ce placard au fond du couloir, dont Simone Choule avait obstrué la porte avec une commode, et qui ne s'ouvre pas.



Malgré un environnement hostile et ce voisinage qui tantôt le sermonne en lui interdisant le moindre bruit et tantôt le harcèle littéralement, le personnage se fait rapidement quelques camarades sur son lieu de travail, et pour les incarner, eux et les autres parisiens croisés ici ou là, presque toute la troupe du Splendid joue dans le film, de Gérard Jugnot à Josiane Balasko en passant par Michel Blanc et Romain Bouteille. Si Polanski a toujours affiché un goût surprenant pour la France des clichés, cristallisée entre autres par l'apparition du bon gros boulanger dans La Neuvième porte, et s'il a souvent proposé une vision un peu caricaturale de nos concitoyens légèrement bas de plafond, il faut lui reconnaître la sincérité avec laquelle il se représente notre pays et sa volonté, de plus en plus rare aujourd'hui, d'engager des comédiens français pour jouer des autochtones (même s'ils parlent tous anglais dans Le Locataire…), volonté qui a valu à Dominique Pinon ou Gérard Klein d'échanger quelques mots avec Harrison Ford dans Frantic ! Mais pour en revenir au locataire du titre, Trelkovsky, ses amis franchouillards vulgaires et gueulards ne sont pas d'un grand réconfort dans le Paris aussi poisseux qu'inhospitalier que nous dépeint comme souvent le cinéaste, ils se contentent du reste de conseiller au pauvre erre d'imposer sa loi, ce dont il est bien incapable. Le personnage s'aperçoit peu à peu que ses voisins ont un comportement de plus en plus étrange, n'hésitant pas à le persécuter et à le traiter comme un moins que rien, quitte à l'accuser de tous les maux dont pourrait souffrir leur communauté… à moins que cette improbable haine qu'ils manifestent à l'unisson à son endroit ne soit le fruit de l'imagination tortueuse de Trelkovsky, qui commence à délirer sérieusement et à s'imaginer le pire, bien aidé certes par un entourage dédaigneux et méprisant, mais néanmoins victime de sa propre névrose, d'autant plus paranoïaque qu'il est irrémédiablement faible et transparent bien que souhaitant se faire entendre et respecter. Trelkovsky se sent écrasé, acculé, dominé, et peu à peu grandit en lui la haine de ses voisins, une folie délirante de plus en plus manifeste.



Polanski nous place donc à nouveau dans la pure paranoïa urbaine avec un film moins réussi que ses deux prédécesseurs, car un peu long et souffrant de quelques lenteurs, mais néanmoins très maîtrisé et peut-être plus malsain encore, plus immédiatement "sale" et indisposant. L'angoisse de la pénétration est encore au cœur du récit et le cinéaste parvient à provoquer le malaise ou l'angoisse avec de très simples idées, peut-être pas toutes neuves mais toujours très bien exploitées, grâce à un minimalisme d'une efficacité redoutable, comme quand le personnage, poussé par une curiosité qui frôle le masochisme, enfonce son doigt dans un trou minuscule mais profond creusé dans un mur de son appartement pour y dénicher une dent. Ou par exemple avec la fameuse scène du double : le héros remarque régulièrement que ses voisins se tiennent à tour de rôle debout derrière la fenêtre qui fait face à la sienne, étrangement immobiles (le collègue grossier de Trelkovsky, joué par Bernard Fresson, explique ça de façon très rationnelle : "They're obviously playing with themselves in the shit house !"), comme postés là pour le surveiller, quand il voit soudain à cet emplacement ce qui ressemble à sa propre image dans le cadre de la fenêtre devenu miroir.



Le thème de la schizophrénie, déjà prégnant dans Répulsion, devient ici crucial, notamment quand le personnage trouve dans un tiroir la trousse à maquillage de Simone Choule et commence à se peindre les ongles, sans y penser, pour finalement se réveiller le lendemain matin, après une ellipse obscure, déguisé en femme, couché sur un coussin tâché de sang. Trelkovsky s'aperçoit alors qu'une dent lui manque, qu'il retrouve évidemment dans le trou où il en avait déniché une au début du film, appartenant certainement à Simone Choule. Le personnage est persuadé qu'on l'a drogué puis violenté dans la nuit, par où le film rejoint encore les deux premiers jalons de la trilogie sur le terrain du viol cauchemardé, à ceci près que les cauchemars nocturnes passent ici dans les raccords et ne nous sont pas représentés. Face à ces agressions, dont on ignore si elles sont réelles ou fantasmées, et faute de mieux, le héros décide de répondre à ses agresseurs par la provocation, en se soumettant plus que de raison à leurs desiderata supposés et en fonçant tête la première vers sa perdition, dans l'impasse de sa propre résignation, un moyen pour Polanski de dresser une satire sociale plus tranchante que dans ses films précédents et de dénoncer la soumission de chacun aux volontés les plus liberticides de la communauté urbaine. C'est ainsi que Trelkvosky, faible et lâche, réagit aux agissements abusifs de ses voisins en poussant l'abus dont il est victime dans ses derniers retranchements pour en dénoncer toute l'absurdité. Il s'achète donc une perruque de femme, et le même manège recommence chaque nuit. Trelkovsky est persuadé que ses voisins tentent de le transformer en Simone Choule pour le pousser au suicide : ayant pris l'appartement, et donc la place de la suicidée, le personnage se transforme en elle et devient littéralement fou à lier, au point que révolté par le projet de ses ennemis il en fait son ambition première et se condamne tout seul à épouser le destin funeste de celle qui l'a précédé. La soumission au joug de la communauté et l'acceptation de son propre esprit corrompu le pousseront in fine à une double défenestration (cas assez rare, dont le seul précédent cinématographique qui me revienne à l'esprit n'est autre que Vertigo).



Quand on sait les obsessions qui tourmentaient le cinéaste avant le meurtre monstrueux de son épouse, on ne peut que deviner combien cet assassinat a pu renforcer ses hantises. Or Polanski interprète lui-même le rôle de la victime d'une psychose paranoïaque du harcèlement, un schizophrène vivant un cauchemar permanent qui se projette en femme violée… Dans Le Locataire, Polanski poursuit et mène à son terme la thématique explorée dans ses deux chefs-d’œuvre précédents, tout en s'inspirant d'ailleurs une troisième fois d'Hitchcock (Polanski a toujours été influencé par le maître, jusqu'au décevant The Ghost Writer, dans lequel on peut voir quelques références à La Mort aux trousses), en reprenant cette fois-ci les deux visions cauchemardesques de Psychose : d'abord celle du schizophrène déguisé en femme assis dans son fauteuil et filmé de dos, plan que Polanski reprend plusieurs fois avec brio et dont il appuie la correspondance par une photographie très sombre qui rappelle le noir et blanc du film d'Hitchcock, ensuite celle du fameux couteau de cuisine gigantesque, déjà utilisé dans Rosemary's Baby où il servait à l'héroïne à se protéger contre ses agresseurs présumés quitte à approcher l'arme du landau de son propre enfant.



Trelkovsky en fait sensiblement le même usage à la fin du film, grimé en femme, prenant l'air ambigu d'un homme à la fois apeuré et potentiellement dangereux : est-il victime ou coupable ? menacé ou violent ? C'était l'idée de Répulsion, le chef-d’œuvre initial auquel le cinéaste reprend également la figure inoubliable de la main sans corps essayant de pénétrer le domicile depuis l'extérieur, mais encore les failles et autres trous dans les cloisons asphyxiantes de l'appartement, le barricadement comme enfermement psychologique d'autant plus terrible que le fou est à l'intérieur des murs, et ainsi de suite. Au rayon des rappels, on peut aussi évoquer la défenestration, puisque les locataires précédentes de Rosemary et de Trelkovsky se sont toutes deux défenestrées pour échapper à leurs poursuivants réels ou imaginaires et pour détruire l'autre en elles ; mais encore l'imagerie glauque d'un appartement vivant, dont les murs possèdent des mains ou des dents et dont les pulsations angoissantes résonnent en permanence, cliquetis d'un évier qui fuit ici, tic-tac froid d'une pendule là. Toujours avec ce même brio qui le caractérise, le cinéaste crée donc une fois encore des images cauchemardesques d'une puissance étonnante, enfonçant le clou de la psychose urbaine et de l'angoisse sociale par des situations toujours plus malsaines et inquiétantes, via le portrait toujours plus glaçant de l'appartement dévorateur et d'une civilisation mangeuse d'hommes.


Le Locataire de Roman Polanski avec Roman Polanski, Isabelle Adjani, Bernard Fresson et Romain Bouteille (1976)

11 juillet 2011

Quartier lointain

Adaptation française de la plus célèbre bande dessinée du japonais Jiro Taniguchi, Quartier lointain n'a pas beaucoup fait parler de lui. "Adaptation française" parce que le film est tourné en français avec une majorité d'acteurs de chez nous, mais en réalité c'est une co-production internationale de pays limitrophes, et le film est réalisé par Sam Garbarski, un réalisateur de pubs belge. Il en a tourné une cinquantaine. Quant à son expérience au cinéma elle se résume pour l'instant à la réalisation d'Irina Palm et à un rôle dans l'irritant Un Secret de Claude Miller. Donc entre l'insuccès du film et le modeste palmarès de son réalisateur, on pouvait s'attendre à tout. Eh bien il y a de quoi être surpris par ce film qui n'est pas un grand chef-d'œuvre mais qui s'avère être un agréable petit film qu'on regarde sans le moindre déplaisir. La sobriété du projet ne tranche pas avec celle du style Taniguchi, le Dieu de la bande dessinée Japonaise ayant d'ailleurs en quelque sorte adoubé le travail d'adaptation en acceptant d'apparaître dans un bref caméo à la fin du long métrage. Garbarski ne cède pas à la facilité d'une mise en scène inspirée d'Ozu (cinéaste que l'on a souvent et à juste titre rapproché de l'auteur de BD), pour préférer à cela une pure adaptation française qui ne se limite pas à la langue parlée par les acteurs ou au décor de l'histoire mais qui s'affirme par une esthétique typique du film français sans prétention.



Quartier lointain a tout du film pour enfants tel que l'envisageait un réalisateur comme Jean-Loup Hubert (Le Grand chemin, Après la guerre), il a donc de quoi charmer les plus jeunes, mais à vrai dire l'histoire peut captiver à tout âge car c'est un peu celle de Retour vers le futur adaptée à un personnage d'adulte : Thomas (Pascal Greggory), la cinquantaine, prend un train pour retourner auprès des siens après un week-end en déplacement professionnel. Se réveillant dans le wagon à l'approche d'une gare, il découvre qu'il s'est trompé de train et que celui dans lequel il a embarqué fait route vers le village de son enfance. Profitant de cette erreur, Thomas se rend sur la tombe de sa mère (Alexandra Maria Lara), mais ce retour sur les traces de son enfance se transforme en voyage dans le temps et le personnage se réveille dans son corps d'adolescent de 14 ans, ramené à l'époque de sa jeunesse et retrouvant ses parents et sa petite sœur dans la France des années 60. Or il s'avère que son arrivée dans le passé précède de peu l'anniversaire de son père, date à laquelle ce dernier se fit la malle sans rien dire à personne, provoquant la dépression qui fut fatale à la mère de Thomas. L'idée de retourner dans notre passé aura toujours de quoi nous passionner et devant cette histoire on se pose bien des questions sur la jeunesse de nos propres parents et sur nos faits et gestes d'antan, entre regrets et nostalgie.



La différence majeure avec Retour vers le futur c'est que le personnage réinvestit son propre corps, donc pas de rencontre possible avec son double du passé qui briserait le continuum espace-temps si cher au Doc. Pas non plus de rencontre avec maman, qui aurait une envie irrépressible de s'en prendre à la nouille de son fiston considéré par méprise comme un étranger, dommage car la maman du héros est interprétée par l'Allemande tétanisante Alexandra Maria Lara, ci-dessus photographiée par un type qui depuis refuse mordicus de toucher à son appareil photo argentique dernier cri qui lui a coûté une fortune, et qui se signe tous les matins devant ce Kodak enfermé sous verre et sous clé, à propos duquel il n'a de cesse de hurler, comme Harrison Ford dans Indiana Jones et la dernière croisade : "Sa place est dans un musée !".


Quartier lointain de Sam Garbarski avec Pascal Greggory et Alexandra Maria Lara (2010)

4 mars 2011

Morning Glory

Que deviens-tu tonton Harrison ? Harrison Ford, toi qui nous as tant faits rire, pleurer, aimer... Toi qui nous as transportés dans une galaxie fort lointaine dans ton costume de Chewbacca, planqué sous une tonne de poils. Toi que je prenais pour un pénitent immortel après ton rôle dans le miraculeux Indiana Jones et la Dernière Croisade. Toi toi mon toi, toi toi mon tout mon roi. Toi qui es ensuite allé mendier la résurrection de ton rôle le plus mythique pour un pitoyable quatrième opus d’Indiana Jones où tu étais bien le seul à surnager au milieu de cet océan de médiocrité. Je m’arrête là car je me rends compte que j’ai la mémoire qui flanche. Une chose est sûre : Harrison Ford était l’acteur au top, le nec plus ultra d’Hollywood et l’un des mes petits chouchous. Celui auquel je rêvais de ressembler, au point de me scarifier le menton avec fougue pour avoir la même cicatrice, qui s’est depuis transformée en une hideuse seconde bouche.


L'âge d'or d'Harrison.

Triste nouvelle : Harisson Ford n’est plus. L’acteur est aujourd’hui réduit à se singer dans Morning Glory. Dans ce terrible film de Roger Michell, il incarne une légende de la téloche sur le déclin, un reporter enfermé dans les frontières de la ville de New-York, un as du scoop dont les cheveux blancs sont condamnés à terme à tomber les uns après les autres pour notre plus grand effroi. Je vous l’avoue sans honte : j’ai découvert avec ce film la véritable voix de mon idole putride. Son génial doubleur français m’avait persuadé que ma star fétiche devait en réalité avoir une voix d’ange. Quel ne fut pas mon étonnement lorsque je l’ai entendu prononcer ses premières lignes de dialogues en remuant ses vieilles lèvres pâteuses dans ce terrible film que j’ai eu la sale idée de regarder en version originale à plein volume ! Le vieux bonhomme a failli faire exploser mon installation 5.1 achetée à prix d’or chez Lidl. Sa voix de basse vient des Enfers. Il ne parle pas, il grogne, il gronde, il fait trembler les murs. Je n’avais jamais entendu un son si grave. Et pourtant, quand j’étais gosse, je me trouvais en première ligne lors de l’explosion de Tchernobyl. Quelle idée d'aller promener mon chien Flocon sur un affluent du Dniepr encore gelé ! Je me suis pris le fameux nuage en plein dedans, j’en ai bouffé. Je dis « bouffer » car on pouvait littéralement croquer les atomes d'iode 131 et de césium 137, et à l’époque, moi qui adorais les odeurs suspectes et particulièrement tout ce qui schlinguait la Mort, j’allais pas faire le difficile quand une énorme masse noire au goût d'outre-tombe se présentait d’elle-même face à ma tronche enfarinée et à la truffe de mon fidèle Flocon, aussi taré que moi sur ce coup-là. Si je mate tant de films, c’est parce que j’ai quatre paires d’yeux réparties tout autour de ma tête. Ma famille me surnomme affectueusement « l’Araignée », mes amis m’appellent respectueusement Spider-Man, mais dans la rue, c’est plutôt des « Tarentula » ou des « Veuve noire » qu’on me lance à tout bout de champ en m'attaquant à coups de balai. Et ce, malgré le port d’une casquette Umbro qui cache trois de mes yeux. Trois sur huit, c’est pas mal, mais pas assez, je reste un freak. Bref. Je m’égare, et revenons plutôt au cas Ford, le mien étant déjà réglé et consigné par les chercheurs du laboratoire Ecolab de Toulouse. Pour moi, le fameux mystère du grand bloop n’en est plus un. Ce son d’origine inconnu et d’une puissance inédite que les sous-marins américains ont enregistré au large de l’Atlantique durant l'été 1997 n’était autre que ce bon vieil Harrison qui venait de se refermer une porte sur les doigts après avoir créé un puissant courant d'air dans sa maison pour tenter d'évacuer l'odeur pestilentielle d'un de ses pets avant que Calista Flockhart ne revienne des courses.


L'âge de plomb. Quelle plante illégale faut-il fumer pour transformer son organe vocal en un tel instrument de malheur ? Que faut-il boire pour être condamné à ne pisser que du scotch ?

Dans ce film, Harrison Ford incarne donc un vieux présentateur télé à la dérive auquel une jeune productrice propose de retourner au métier en animant son émission matinale. Pour renouer avec le succès et faire grimper l'audience de cette émission, rien de mieux selon elle que de remettre au goût du jour une légende urbaine de la petite lucarne. Cette jeune femme est incarnée par Rachel McAdams à deux voies. Et quand on y pense, son personnage se retrouve un peu dans la même situation qu’un Raymond Domenech en 2005, réduit à faire appel à Zidane et ses sbires pour réussir à qualifier les Bleus en Coup'dum'. Sauf que cette fois-ci, c’est pas du tout du toof et pas de festoche zizou à la clé ; c’est que de la téloche et c’est ultra chiant. Le personnage principal de ce triste film, c’est cette jeune femme insupportable, hyperactive et surexcitée. Son seul objectif et son plus grand rêve ? Percer dans le monde du petit écran. Belle. Accessoirement, elle ne dirait pas non à un homme qui accepterait d’avoir des rapports sexuels bestiaux réguliers avec elle. C’est elle-même qui le dit de cette façon, avec ces mots-là, mais plus vulgairement puisqu'en anglais. Cette femme ne recherche pas l’amour. Non non, certainement pas, c’est bien trop démodé, et ça risquerait de faire correspondre le film au genre « comédie romantique » auquel il est bêtement associé sur les sites spécialisés. Non, son personnage veut simplement un compagnon d'infortune sexuelle, concept apparemment à la mode, pour qu’elle puisse se dire très égoïstement que sa propre sexualité est épanouie, et que donc tout va bien pour elle si l'on ajoute à cela son inévitable réussite professionnelle. Il faut aussi nécessairement que son compagnon de jeu ait l’air profondément idiot, soit tanqué comme une baraque à frites, n’ait aucun charme et possède un visage lisse comme un cul de bébé. Le dénommé Patrick Wilson correspond à la description, alors quand ce playmobil vivant débarque à l’écran, le clitoris de McAdams ne fait qu’un tour : elle a trouvé son étalon. En aparté, si cet acteur insipide sans doute aperçu dans tout un tas de séries et de films médiocres plaît effectivement à la majorité des femmes, alors moi, mes 12 yeux et mes 11 testicules, on abandonne.


S'il a besoin de sourcils, je peux lui en prêter.

Sur un rythme effréné et une musique omniprésente, on suit donc notre héroïne en tailleur se démener pour faire de sa matinale une émission phare de la télé américaine et de son vagin une autoroute à quatre voies. L’actrice est surmontée d’une coupe de cheveux ridicule, avec une frange faite de mèches molles qui tombent disgracieusement sur son petit visage cafi de grains de beauté disgracieusement disposés, et vers laquelle elle n’arrête pas de souffler pour y voir plus clair. On dirait une vieille jument fatiguée. Elle porte souvent des mini-jupes et se trimballe parfois en culotte après s’être amusée avec son mâle, mais comme le réalisateur doit plutôt s’appeler Michèle Roger que Roger Michell, sachez qu’on ne voit jamais rien d'intéressant à l’écran. Amateurs de culs rebondis, de cuisses ciselées et de mollets galbés, passez votre chemin. Pourtant, "Morning Glory", je crois bien que c'est comme ça que l'on désigne la fameuse gaule du matin chez les anglosaxons. D'où le titre de l'album mythique d'Oasis, (What da ?!) Morning Glory, qui est une référence à une célèbre anecdote de tournée du groupe, mettant en scène le surprenant mastodonte du chanteur Noel Gallagher et une groupie crédule. Je m'attendais donc à un film un peu plus ouvert sur ce point-là. Mais j'étais drôlement naïf pour attendre cela de la part de l'auteur du platonique Coup de foudre à Notting Hill et du Diable s'habille en Prada col roulé.


De l'art de faire du placement putride de produit. Combien de pommes distinguez-vous dans cette image ?

Évidemment, McAdams parvient à ses fins, et réussit dans tout ce qu’elle entreprend, ce qui après s’être tuée à la tâche pendant 1h30, était tout de même bien mérité. Mais au bout du compte, le film nous apprend que l’important, ça n’est pas le boulot et la réussite sociale, mais la famille, les proches, et le simple bonheur de vivre en général, quitte à ne pas gagner des dizaines de milliers de dollars par mois. C’est le personnage d’Harrison Ford qui apprend la nouvelle à notre héroïne à la toute fin du film dans un plan séquence de 10 minutes qui a fait vibrer mon immeuble, au point qu'il a reçu le label de résistance aux séismes d'une amplitude de 7 sur l'échelle de Richter, alors que le film nous a martelé tout l'inverse pendant presque deux plombes. Il lui sort sa petite leçon de vie avec sa voix d’outre-tombe qu’on a plutôt envie d’écouter. A ce moment-là Ford, sans doute agacé d’être dans ce long-métrage où il ne manie jamais le fouet, fout véritablement les j’tons. Avec ses mille et une rides, sa serpillère blanche en déliquescence sur la tronche, sa bouche de travers et tout son visage qui tomberait s'il n'était pas simplement retenu par la force de ses cordes vocales, l’acteur impressionne et tétanise. Je finirai en m’adressant à lui : Harrison Ford, tu appartiens au siècle passé. Et ta voix renferme en elle toutes ses tragédies. Tu es le Prince des Ténèbres.


Morning Glory de Roger Michell avec Rachel McAdams, Harrison Ford, Patrick Wilson et Diane Keaton (2011)