13 janvier 2019

Le Mort-Vivant

Au début des années 70, Bob Clark était sur un nuage, un bien sombre nuage, et il nous a envoyé deux éclairs horrifiques dont le retentissement a mis du temps à se faire entendre. Black Christmas est un classique du cinéma d'horreur, à jamais condamné à demeurer dans l'ombre de titres plus connus qu'il a inspirés, notamment le Halloween de John Carpenter. Sorti la même année que Black Christmas, en 1974, Le Mort-Vivant (connu outre-Atlantique sous les titres de Dead of Night ou Deathdream) est une autre pépite du genre et il est encore nécessaire d'inciter aujourd'hui à sa redécouverte. Alors que sa famille vient tout juste d'être informée de sa mort par l'armée, Andy (Richard Backus), un jeune appelé, revient du Vietnam et rentre enfin chez lui. Hélas, la joie des retrouvailles sera de bien courte durée face au comportement étrange d'un jeune homme méconnaissable, qui ne parle quasiment pas, ne mange plus, mais est tout simplement là, de retour, par sa présence fantomatique et dérangeante.





Dès les premières secondes, très bref mais efficace aperçu pré-générique de la guerre au Vietnam, le film de Bob Clark surprend par son ambiance sinistre et son image lugubre. C'est ensuite son ton, si difficile à cerner, qui nous intrigue. Le réalisateur canadien, qui a également œuvré dans le registre de la comédie potache, insiste sur le bonheur des parents d'Andy et de sa sœur, au moment où celui-ci réapparaît, pourtant particulièrement inquiétant, dans la maison familiale. Les rires s'éternisent, la mère, obnubilée par son amour pour son fils, explose de joie. Tout cela contraste terriblement avec l'allure funèbre d'un Andy dont on se doute déjà qu'il a semé un mort sur son passage, le pauvre routier qui l'a pris en stop, lui qui a désormais besoin de sang pour ne pas être rattrapé par la putréfaction et retourner à l'état de cadavre. Quelque part entre le fantôme, le mort-vivant et le vampire, Andy est un personnage assez bouleversant qui dégage un mal-être profond rappelant directement la difficulté du retour au pays pour les vétérans de la guerre. Ses réactions imprévisibles et violentes évoquent inévitablement les troubles post-traumatiques des soldats, ces accès de violence soudains dû à des réminiscences brutales de ce qu'ils ont vécu sur le front.





Pour incarner les parents d'Andy, Bob Clark a reconstitué le couple du Faces de John Cassavetes en faisant appel à Lynn Carlin et John Marley. La première est une mère quasiment hystérique, aveuglée par l'amour qu'elle porte à un fils dont elle a appelé le retour par moult prières, au point de nier sa transformation et de faire comme si de rien n'était. Elle porte en elle le deuil impossible d'une mère qui a perdu bien trop tôt son fils parti à la guerre, refusant d'accepter la réalité. Le père, joué par John Marley (un visage connu des cinéphiles puisqu'il est le producteur qui se réveille avec une tête de cheval dans son lit dans Le Parrain), semble quant à lui porter sur ses épaules tout le poids de la culpabilité des aînés. On comprend qu'il est lui-même un vétéran de la Deuxième Guerre et l'on sent qu'il n'est pas étranger à l'engagement de son fils sous les drapeaux. Modestement et de façon très habile, bien aidé en cela par d'excellents acteurs, Bob Clark parvient ainsi à charger son film en non-dits dérangeants et lourds de sens, abordant très frontalement le thème de la mauvaise conscience américaine.





En exploitant avec un tel talent la fameuse idée du "soldant revenant de la guerre transformé en zombie", notamment reprise depuis avec beaucoup moins de finesse par Joe Dante dans un épisode de Masters of Horror, et en s'écartant intelligemment de la mythologie classique qui entoure la figure du mort-vivant, Bob Clark nous livre un film véritablement marquant, à la hauteur des autres grands titres chargés en contestation politique et en satire sociale du cinéma fantastique américain des années 70. L'atmosphère glauque et le personnage d'Andy, à la fois victime et monstre malgré lui, font penser au Martin de George A. Romero, qui de son côté nous dressait le portrait d'un vampire atypique, également empli d'une profonde tristesse. Les deux films ont d'ailleurs bénéficié des talents de maquilleur du grand Tom Savini, qui a participé à faire d'Andy et Martin des créatures à la fois effrayantes et pitoyables, dans tous les cas inoubliables pour le spectateur qui les a vues.





La dernière scène du film de Bob Clark, lors de laquelle Andy, prenant la fuite, cerné par la police, rampe dans le cimetière en direction de la pierre tombale qu'il a, plus tôt dans le film, gravée de son nom de ses propres mains, pour se mettre en terre sous celle-ci, tout cela sous les yeux de sa mère éplorée qui accompagne son fils jusque dans ses derniers instants et finit par prononcer une ultime phrase tragique ("Au moins, Andy est à la maison. Beaucoup de garçons ne le sont pas"), achève de rendre Le Mort-Vivant particulièrement mémorable. 


Le Mort-Vivant (Dead of Night) de Bob Clark avec Richard Backus, Lynn Carlin et John Marley (1974)

7 janvier 2019

Summer of 84

Après Super 8, Stranger Things, It et j'en passe, voici une nouvelle production américaine qui tente de surfer sur la nostalgie des spectateurs pour les années 80. On y suit donc une petite bande de teenagers habitant une banlieue pavillonnaire à la recherche d'un serial killer qui sévit dans la région. L'un des ados est convaincu qu'il s'agit de son voisin, un type a priori clean sous tous rapports, flic de profession, mais peut-être trop clean pour être honnête, justement. Pendant plus d'une heure, on assiste donc à l'enquête des quatre ados, qui sillonnent la banlieue à vélo et examinent de près les habitudes de leur mystérieux voisin. Les jeunes personnages ne sont pas désagréables, mais ils sont encore une fois très stéréotypés avec l'intello binoclard de la bande (Cory Gruter-Andrew), le rebelle aux mèches folles et vêtu de noir (Judah Lewis), le gros moche boutonneux (Caleb Emery) et enfin le plus "normal" de tous (Graham Verchere), sans signe distinctif, qui est évidemment celui que nous collons aux basques et auquel nous sommes invités à nous identifier.





Les jeunes acteurs ne sont pas mauvais, on a rien à leur reprocher. Nous trouvons leurs personnages d'abord plutôt attachants avant de se foutre royalement de leur petite enquête à mesure que le film se désagrège sous nos yeux et perd toute sorte d'intérêt. Car Summer of 84 ne réserve aucune surprise, je dis bien AUCUNE (à moins que la surprise soit justement qu'il n'y en ait pas...). Il s'avère terriblement paresseux et échoue au bout du compte sur tous les tableaux. Le film n'est ni drôle, ni effrayant, ni particulièrement divertissant ou captivant, son principal problème étant que le suspense ne fonctionne tout bonnement jamais. Quand le scénario finit de se dérouler, on est seulement étonné par sa vacuité totale et sa pauvreté. En outre, il faut bien reconnaître que l'acteur choisi pour camper le voisin, Rich Sommer, n'est pas inquiétant pour un sou...





Summer of 84 pourrait trouver son salut dans le portrait de ces gamins minés par le divorce de leurs parents : dans la petite bande, deux sont directement concernés et, de manière générale, les rapports parentaux ne nous sont jamais montrés sous un jour très reluisant. Hélas, on ne fait qu'effleurer ce sujet, relégué à l'arrière-plan, largement insuffisant pour déboucher sur quoi que ce soit d'un peu intéressant ou émouvant. Summer of 84 est un film qui ne provoque rien. C'est presque un bel exploit en soi. On ne doute pas, on ne tremble pas, on ne rigole pas ; on s'en fout, nous n'y croyons pas. La pseudo bombasse blonde du quartier (Tiera Skovbye) se met à flirter avec le jeune héros dont elle était jadis la baby-sitter, celui-ci ressemble à un schtroumpf et se fait même griller en train de l'espionner aux jumelles depuis sa fenêtre : on n'adhère pas une seconde. Ça ne marche pas. De la même façon, le film n'agace pas vraiment. Il laisse à vrai dire totalement indifférent. A part peut-être à la fin, où il parvient à nous exaspérer.





Il faut cependant avouer que ce film n'est pas désagréable à l’œil, ils s'y sont mis à trois pour le réaliser et ils y ont apporté un certain soin. Ils ont évidemment pensé à une BO à base de synthétiseurs tout à fait dans l'air du temps. Y'a pas à dire : l'emballage est soigné. Il s'agit du deuxième long métrage d'un trio de cinéastes québécois, François Simard, Anouk Whissell et Yoann-Karl Whissell, qui œuvrent depuis plus de 10 ans de concert sous le pseudonyme de RKSS (comme RoadKill SuperStar...), inventant des courts métrages, des fausses bandes annonces, etc. Tout leur imaginaire semble tourner autour de cette nostalgie pour les eighties et le cinéma de genre. On espère qu'ils arriveront à en faire quelque chose de plus remarquable un jour, car ils ne sont pas complètement dénués de talent, mais pour l'instant : rien à signaler, passez votre chemin. Summer of 84, c'est 100 minutes parties en fumé. Dans le même esprit, on recommandera plutôt Super Dark Times qui lui aussi sent bon les 80s, avec sa bande d'ados à vélo impliqués dans un drame sordide, pour un résultat nettement plus original et marquant. 


Summer of 84 de RKSS avec Graham Verchere, Judah Lewis et Caleb Emery (2018)

5 janvier 2019

Désobéissance

Désobéissance, le premier film américain du cinéaste chilien Sebastián Lelio, a les mêmes qualités et défauts qu'Une Femme fantastique, son précédent long métrage multirécompensé qui avait fini de lui ouvrir grand les portes d'Hollywood. On peut de nouveau lui reprocher un certain académisme, une absence de vraie prise de risque côté mise en scène, car tout cela reste toujours très propre, mais bien trop sage et jamais vraiment surprenant. En revanche, on peut encore souligner l'intelligence du réalisateur et sa belle sensibilité : il signe une nouvelle fois un film très humain, où tous les personnages sont regardés avec respect et agissent de façon pleinement compréhensibles, là où tant d'autres auraient fait de ce triangle amoureux un pur calvaire.




Sebastián Lelio nous raconte l'amour impossible entre deux femmes issues du milieu juif orthodoxe new-yorkais. Ronit (Rachel Weisz) retourne à New York suite au décès de son père, le rabbin de la communauté. Une fois arrivée, elle retrouve Esti (Rachel McAdams), devenue la femme de Dovid (Alessandro Nivola), un vieil ami et l'homme tout désigné pour succéder à son père. On comprend facilement que les deux femmes ont un passif plus qu'amical... De ce contexte naît donc un triangle amoureux tout ce qu'il y a de plus banal dont la belle et délicate Esti sera le point centrifuge, l'enjeu sera pour elle de sortir enfin du carcan de sa religion et de l'emprise de son mari tandis que Ronit devra une nouvelle fois s'affirmer face à son ancien environnement.




Le principal atout de Désobéissance est d'être porté par un tandem d'actrices que l'on avait rarement vues aussi justes, j'ai nommé Rachel Weisz et Rachel McAdams. Les deux comparses sont irréprochables, elles donnent vie à deux personnages auxquels on a aucun mal à croire, pour lesquels on est vite en empathie et que l'on apprécie rapidement, la preuve étant que l'on ne souhaiterait qu'une seule chose : les voir s'enfuir toutes les deux, bras dessus bras dessous, pour une vie faite d'amour et d'eau fraîche. Rachel Weisz est parfaite dans la peau de la brebis égarée du troupeau, forte tête ayant su mener sa propre vie, loin du carcan religieux. Rachel McAdams est mignonne comme tout malgré sa perruque et dégage une douceur étonnante, on comprend tout le désir qu'éprouvent pour elles hommes, femmes et blogueurs ciné.




Le film est assez lent, le cinéaste paraît parfois un brin écrasé par son sujet, donnant trop d'emphase, par la musique notamment, à des moments qui n'ont pourtant plus grand chose d'inédit, aujourd'hui, au cinéma. La scène d'amour entre les deux femmes est plutôt réussie, sans être le pic d'émotion désiré par le réalisateur. C'est à la fin, quand le sort des personnages se joue, lors du discours du nouveau rabbin (excellent Alessandro Nivola), que nous vibrons davantage. La preuve, tout de même, que nous avons bel et bien mordu à l'hameçon. On aime s'imaginer la suite ; elles vécurent heureuses et eurent au moins un enfant (merci Dovid !).


Désobéissance de Sebastián Lelio avec Rachel Weisz, Rachel McAdams et Alessandro Nivola (2018)

29 décembre 2018

Danse avec les loups

Il y a mille choses à dire sur ce petit classique des fêtes de fin d'année. J'ai déjà dit mon admiration pour Kevin Costner et pour ce film en particulier dans un article consacré à Swing Vote (article sur lequel personne au monde n'est jamais tombé, même en faisant une quelconque recherche Google et par pur hasard). Nous avons même évoqué notre goût pour cette affiche de cinéma mille fois imitée, jamais égalée (crève Philippe Lioret). Je ne vais pas recommencer et me répéter. On peut ergoter cent ans sur chaque scène de cette fresque humaniste qui sent bon le fétu de paille et qui a tout dit du génocide amérindien. Dès la première séquence le génie de son metteur en scène et acteur vedette s'exprime, où l'on voit toute une armée de nordistes et toute une armée de sudistes rater un seul homme chevauchant au ralenti et les bras en croix à portée de tir, comme à la parade, séquence qui explique en quelques minutes et sans détour les cinq années que dura la guerre de sécession. On peut aussi trouver à redire sur ce film (les pisse-vinaigre s'en donneront à cœur joie), et dénoncer avec la meute le massacre, orchestré par Costner et sa bande, de 90% de la population survivante des bisons d'Amérique pour les besoins d'une scène d'anthologie où les Sioux font ce qu'on appelle un carton plein sur des bestiaux plus du tout habitués à se faire cribler de balles par tout un safari géant de malades sanguinaires armés jusqu'aux dents et perchés sur des Jeeps Renegade déguisées en chevaux.




Mais ce qui me touche, moi, dans ce film, ce sont les relations qu'il tisse entre ses personnages. Je suis toujours sensible, à la vie comme à l'écran, aux relations homme-mec, et ce film en foisonne. De belles rencontres et de grandes amitiés, voilà ce que filme avant tout Kevin Costner. Et je n'oublierai jamais, outre la danse du bellâtre autour d'un feu de camp, outre la mort tragique de son cheval et de son leup, outre celle, flamboyante, de Wes Studi, farouche Pawnee, je n'oublierai jamais les adieux que s'adressent John G. Dunbar et ses amis indiens, à la fin des 4h30 de la version longue du film (l'équivalent de l'entracte du documentaire de 500 heures consacré par sieur Costner aux natifs du continent austral : 500 Nations, à raison d'une heure par nation indienne chérie). C'est d'abord Oiseau Bondissant, qui, en gage de souvenir impérissable, propose à son homologue blanc une "bonne pipe". Puis Cheveux Aux Vents, qui hurle son nom indien à Dunbar, aka Šuŋgmánitu Tȟáŋka Ób Wačhí, sis sur son canasson, au sommet d'une montagne enneigée, à une plaque de verglas du trépas, rameutant par le fait toute l'armée Yankee qui n'a qu'à suivre ses cris pour venir décimer les derniers dignes représentants du peuple des plaines. "Sais-tu que tu es mon ami ? Sais-tu que tu seras toujours mon ami ?" Les larmes... Une par nation...


Danse avec les loups de Kevin Costner avec Kevin Costner, Wes Studi, Graham Greene et Mary McDonnell (1990)

26 décembre 2018

Hitman & Bodyguard

Il n'y a franchement pas grand chose à dire sur ce film, nouvel essai non concluant de buddy movie comme les américains savaient en produire dans les années 80 et 90 mais dont ils ont depuis longtemps oublié la recette. Ryan Reynolds et Samuel L. Jackson sont supposés faire la paire dans ce film d'action au scénario en roues libres dont on se contrefiche du début à la fin. En gros, Ryan Reynolds est ici une sorte de garde du corps qui a pour mission d'escorter un tueur à gages, Samuel L. Jackson, jusqu'au tribunal de La Haye afin que celui-ci puisse témoigner sur les exactions d'un dictateur biélorusse sanguinaire joué par un très triste Gary Odlman. Alors que le script devrait nous proposer une course contre la montre trépidante, puisque nos deux hommes sont pourchassés à la fois par Interpol et les agents du dictateur tandis qu'ils doivent arriver au tribunal en un temps limité, nous sommes en présence d'un gloubiboulga indigeste, sans queue ni tête, dont les scènes d'action, qui veulent pourtant nous en mettre plein la vue, sont particulièrement pénibles. A aucun moment nous ne nous intéressons à ces deux personnages inexistants qui pourraient tout à fait être de nouveaux super-héros tant ils ont les mêmes pouvoirs (illimités) et le même sens de l'humour (très limité). Infaillibles, invincibles, ils accumulent les cadavres de pauv' types anonymes sur leur passage lors de fusillades et de poursuites sans aucun enjeu ni suspense.




C'est quand même dommage de voir la trajectoire qu'a pris la carrière de Patrick Hughes, ce cinéaste australien qui avait débuté par un western plutôt prometteur, Red Hill, avant de devenir un yes man lamentable à Hollywood. Si sa réalisation n'a pas d'âme, les acteurs ne parviennent jamais à donner le moindre intérêt à ce foutoir hideux. Ryan Reynolds est dénué de tout charisme et fait preuve d'un potentiel comique proche du zéro absolu. C'est un véritable boulet, à peine bon pour pavaner dans des pubs pour fringues ou parfums minables. Quant à Samuel L. Jackson, s'il est, je crois, la vedette qui cumule le plus de millions de dollars de recette au box office, il serait intéressant d'analyser sa filmographie de près pour en dresser un bilan qualitatif et non quantitatif. Il y aurait de quoi chialer des jours entiers. Et puis l'on retrouve donc Gary Oldman, qui tourne comme on pointe à l'usine et ne sera décidément jamais fatigué de faire le guignol dans de telles daubes. Lui aussi, tel Samuel L. Jackson, il a beau être "cool", son crédit va finir par s'épuiser totalement à force d'aligner les immondices de cet acabit. Enfin, sachez que l'on croise également Salma Hayek, dans un second rôle se voulant comique, qui prouve ici que le ridicule ne tue pas. 




Face à un spectacle si lassant et semblant s'attacher coûte que coûte à laisser nos neurones au repos, notre esprit divague et se focalise sur des détails inhabituels. Détail ? Peut-être pas. Devant Hitman & Bodyguard, j'ai été particulièrement sensible à la laideur absolue de la photographie, de la lumière. Comment peut-on encore supporter de tels films ? Lors des scènes supposées se dérouler la nuit, on devine des spots énormes, hors cadre (de justesse !), éclairer les acteurs, pratiquement comme en plein jour, sous une lumière blanche irréelle. Quand ils sont en voiture, nos deux zigotos ont toujours les tronches qui baignent dans un halo de lumière jaunâtre provenant d'on ne sait où (d'autant plus que l'un des gimmicks du film est que Ryan Reynolds choisit systématiquement des carrosses jugés lamentables par son compète - en réalité des bagnoles tout à fait recommandables). Lors de l'affrontement final entre Samuel L. Jackson et Gary Oldman sur le toit d'un immeuble, le premier est filmé en légère contre-plongée et nous le voyons alors enveloppé d'une lumière crémeuse abominable qui mange sa silhouette. C'est tout bonnement dégueulasse. Pratiquement toutes les grosses productions américaines actuelles ont ces couleurs, ces lumières, comme la plupart des séries télé, et on ne les remarque même plus tant c'est devenu la norme. Quelle tristesse. Hitman & Bodyguard nous offre seulement une nouvelle occasion de faire cet accablant constat et de nous apitoyer encore sur le triste sort d'un certain cinéma de divertissement US, porté disparu.


Hitman & Bodyguard de Patrick Hughes avec Ryan Reynolds, Samuel L. Jackson et Gary Oldman (2017)

23 décembre 2018

Searching : portée disparue

Searching a été un véritable phénomène outre-Atlantique : un petit million de dollars de budget pour plus de soixante-dix millions amassés au box-office, le premier long métrage d'Aneesh Chaganty a également remporté quelques prix au festival de Sundance et a été littéralement couvert d'éloges par la critique US. J'ai donc regardé d'un œil curieux ce thriller conceptuel à haut risque qui choisit de tout nous montrer par l'intermédiaire d'écrans d'ordinateurs, de téléphones ou de caméras de surveillance. Searching est en effet ce que les spécialistes américains appellent un "computer screen film" ou "dekstop film", sous-genre issu du found footage qui s'est développé durant les années 2010. Pour nous raconter l'histoire de ce père esseulé qui enquête sur la disparition mystérieuse de sa fille, Aneesh Chaganty ne dévie à aucun moment de ce concept, pourtant très restrictif et dangereux.


"La perfection absolue" selon Slash Films

Comme si nous avions la tête toujours vissée au-dessus de l'épaule de ce papa aux abois, on suit donc le curseur de sa souris au grès de ses allées et venues sur différentes sessions Windows ou sur Google, ses conversations Face Time avec les potes de sa fille ou son frère, ses errances sur les réseaux sociaux, etc. Heureusement, le gars est plutôt débrouillard et a du matos solide. Avec ma mère dans le rôle principal, cela aurait été un vrai supplice. A l'écran, le résultat est forcément assez laid et manque parfois de crédibilité : pour que l'on garde en vue la tronche du papa, campé par un John Cho convaincant, celui-ci laisse quasi constamment tourner son Face Time, une façon assez grossière de parer à l'interdit du contre-champ.


"Digne de Hitchcock" selon The Playlist

Force est de constater que, malgré ce concept très limité, on est assez rapidement accroché par le scénario d'Aneesh Chaganty, bien rythmé et si riche en rebondissements que l'on arrive à dépasser la laideur esthétique du film et à suivre cela sans souci. Le jeune réalisateur (tout juste 28 ans) réussit donc son coup en visant le divertissement avant tout, quitte à désamorcer un moment de suspense par une pirouette humoristique bien sentie (le fan de Justin Bieber !). En fin de compte, Searching est un tout petit film plutôt malin et assez divertissant, mais qui ne mérite en rien les dithyrambes et qui prouve peut-être que le grand public se fiche désormais pas mal de la tronche du produit proposé tant que celui-ci lui permet de s'évader pendant 90 minutes. Un assez triste constat.


Searching : portée disparue d'Aneesh Chaganty avec John Cho et son ordi (2018)

17 décembre 2018

500 Nations

Marre de la dictature du 16/9 ! Kevin Costner, dans son formidable documentaire 500 Nations (prononcez tou saouzande néchyeuns), a décidé de prendre tout le monde à contre-pied : il a choisi de nous présenter des "native americans" en format 4/3 ! A l'aube du dernier millénaire, suite à la course aux armements, avec 10 dollars en poche et une grande histoire à raconter, muni d'une caméra DV dernier cri et de son courage porté en bandoulière, avec l'assurance des gens qui savent dire "non !" au moment crucial, suite aux débordements de Tien-Han-Men et à quelques encablures du Viet-Nam, les deux pieds bien plantés dans son assurance, les mains fermement agrippées à sa détermination et, surtout, par dessus tout, au delà de tout, la peur au ventre, Kevin Costner a décidé de retourner danser avec les leups pour rendre hommage à la peuplade qui l'a mené au sommet d'Hollywood ! L'acteur vedette nous donne sa version de l'Histoire des indiens d'Amérique du Nord, de la période précolombienne jusqu'à la fin du XIXe siècle, et il prend son temps : 385 minutes réparties sur 8 galettes dvd ! Costner déblatère à en perdre le souffle et on l'écoute les larmes aux yeux. Ce documentaire fleuve est disponible à la fnac pour la bagatelle de 85 euros.





500 Nations de Kevin Costner avec Kevin Costner et Wes Studi (1995)