vendredi 17 mai 2013

Somewhere

Pas de salamalecs entre nous, Somewhere est infâme. Même parmi ceux qui, après trois films seulement, avaient volontiers placé Sofia Coppola sur le toit du monde, au sommet du cinéma américain contemporain, même parmi ceux qui l'avaient déclarée surdouée et qui s'étaient empressés de faire d'elle la cinéaste la plus géniale des temps modernes, même parmi ceux-là beaucoup se sont parjurés, ont renié leur jugement, revu à la baisse le soi-disant génie de cette fille à papa, une fois face à face avec Somewhere, ce film malingre, insignifiant. La critique professionnelle s'est majoritairement contentée de saluer le film (on ne touche pas aux idoles, et la fille Coppola suit son père en entrant petit à petit au panthéon des auteurs admirés quoi qu'ils fassent), mais le public ne s'est quant à lui pas fait prier pour descendre la jeune femme de son piédestal usurpé. Et c'est triste pour la réalisatrice quand on pense que Somewhere est le film le plus intime de Sofia Coppola, qui a voulu dresser le tableau de son enfance passée, semble-t-il, à péter dans la soie et à se nourrir exclusivement de truffes (d'où sa tronche) grâce aux paquets de dollars accumulés sous son matelas par son brave tas de papa.


Francis Ford avait revendiqué la paternité de Virgin Suicides en découvrant le succès inattendu du film de sa fille, il n'en a pas fait autant pour Somewhere, même si la tâche lui était rendue facile par la présence dans l'équipe du très regretté Harris Savides, le célèbre dirlo photo qui tient la caméra sur cette photo et qui lui ressemblait beaucoup, d'extrêmement loin.

Le film raconte l'histoire d'un type qui fait des tours en solitaire et en boucle sur un circuit en plein désert, au volant de sa Ferrari ronflante et rutilante. "Raconte une histoire", c'est beaucoup dire, on est ici dans la veine indé américaine où prime le quotidien, le non-événementiel et le vide narratif volontaire, à ceci près que des gens comme Van Sant ou Jarmusch ont déjà maintes fois travaillé cette matière et, armés d'une vraie vision doublée d'un grand talent, en ont tiré des films brillants. Chez Sofia Coppola, le vide sonne creux et les silences sont trop parlant. En affichant à l'écran, et à tous les étages, un désert morne, la réalisatrice ne fait qu'avouer la pauvreté de son propos. Elle filme platement et durant d'interminables séquences un gros blaireau qui est aussi un acteur célèbre et qui s'emmerde à cent sous de l'heure. Le personnage principal est une star pleine aux as qui se fait chier au volant de son bolide comme il se fait chier sur son lit d'hôtel devant le spectacle pathétique des deux plus mauvaises pole danseuses de Los Angeles convoquées par ses soins. Il se fait également chier en regardant sa fille faire du patinage, il se fait chier de même en conférence de presse, en interview, en nageant dans une piscine de rêve, en mangeant des farfalles, bref il se fait tout le temps chier et Sofia Coppola croit que c'est une raison suffisante pour nous faire chier aussi. Le héros du film se fait même chier sous la douche car il doit tenir son bras dans le plâtre hors de portée du jet d'eau : la séquence revient plusieurs fois tant elle est éloquente. Bref cet acteur se fait chier tout le temps, comme tous ces gens riches que Sofia Coppola connaît si bien pour en faire partie (c'est elle qui le dit), qui n'ont pas d'amis, qui ne se divertissent jamais, qui n'ont rien à faire de leur temps, qui n'ont d'intérêt pour rien, qui ne travaillent pas, qui ne lisent pas, ne se promènent pas, ne parlent pas...


Dans la réalité on était plus près du casting de La Planète des singes que de la couverture de playboy ou du catalogue des 3 Suisses que nous vend le film à chaque seconde.

Or, si l'on en croit la réalisatrice, on tient là le premier biopic déguisé de Francis Ford Coppola. Et il nous glace le sang ! Biopic "déguisé" car c'était pas été assez cool pour Sofia de filmer un obèse à barbe énorme en pantalon blanc et en tongs aux côtés de sa fille aux traits ingrats d'adolescente, aux cheveux en bois massif et aux dents hippiques, sorte d'Eva Longoria complètement dégénérée. D'où l'acteur jeune et séduisant (Stephen Dorff, un nom à ne surtout pas retenir) et sa petite fille blonde trop cute (la réellement douée Elle Fanning, que l'on préfère dans Twixt de papa Coppola) avec son sourire jusqu'aux oreilles et ses dents si joliment tordues, pour remplacer le cachalot au cigarillo et la jeune autiste au bec de lièvre. Toujours est-il que grâce à cette biographie oblique de Francis Ford Coppola, on comprend mieux la dérive du gros cinéaste et le léger écart de niveau entre des films comme Apocalypse Now et Jack (clairement le film d'un dépressif rendu dingue par sa progéniture). On pige mieux le black-out terrible qui dura 8 ans dans la carrière du réalisateur suite à la sortie du premier grand film de sa fille en 1999, Virgin Suicides. Cette déperdition cinématographique du parrain du cinéma italo-américain alla de pair avec une prise de poids démentielle et laissa le champ libre à sa fille pour une carrière népotique et navrante dont Somewhere est une sorte d'acmé.


Les stars de cinéma bourrées aux as ressemblent donc à ça ? Je préfère encore palper les bourses universitaires du Cnous échelon 5.

Mais revenons à Sofia Coppola, qui confond minimalisme et vacuité, plan-séquence et montage aux abonnés absents, qui confond Virgin Suicides, son film sur des adolescentes façon American Beauty, et Elephant. Qu'est-ce que c'est que Somewhere ? C'est, à travers une suite de scènes très scolaires, où rien n'affleure, où rien n'arrive, ni à l'image ni à l'intérieur de l'image, le portrait d'un gros connard bourré de fric et creux comme une barrique. On passe une heure et demi à regarder un débile qui ne fait strictement rien à part se gratter le cul avec sa main plâtrée et sentir le bout de ses doigts. Le plus triste dans l'affaire c'est que ça se croit malin en usant et en abusant d'un symbolisme de devoir sur table de français de 4ème. Je veux parler par exemple de la première séquence, vaguement inspirée d'un certain cinéma indépendant américain des années 70 (Macadam à deux voies, etc.) où la voiture de l'acteur tourne en rond sur un circuit dans le désert, sans but, en bonne métaphore du destin du personnage et à l'image de l'ensemble du film à venir. Bravo. Idem quand les personnages ont pour seule occupation les jeux vidéo, et surtout la Wii, qui leur permet de s'enfoncer dans la superficialité d'une activité virtuelle et dans un ersatz d'existence tangible. Chapeau bas. Le spectateur n'a plus qu'à bouffer sa main et garder l'autre pour demain. Ça se croit beau et impérieux, comme dans cette scène de dix minutes où la caméra balaye et re-balaye lentement le patinage de la gamine dans une veine très japonisante de type cinéma contemplatif asiatique et où la glace s'empare des membres du spectateur alors qu'il est assis sur son canapé en plein cagnard. Ça se sent branché et irrésistible parce que la musique employée pour le film l'est soi-disant. A l'ouest rien de nouveau avec celle qui reste et restera l'ex de Tarantino, le grand manitou de la BO de fou, lequel l'a récompensée en lui remettant le Lion d'Or de la Mostra de Venise 2010. Ce film apathique a pourtant dû procurer un ulcère à l'autre excité du bonnet, mais c'était signé par son ex-femme et après tout ça ne fait que rajouter de petits arrangements entre amis au déjà pesant soupçon de piston ambiant (c'est moins une attaque contre le père ou la fille Coppola que contre certains médias qui s'excitent sur les films de la fille en partie parce qu'elle porte le nom du papa).


Si ce revers slicé en passing ne finit pas derrière la haie, je ne suis plus blogueur ciné.

Ça se croit surtout brillant avec ce dernier plan où notre abruti de comédien réunit ses dix neurones après avoir chialé un bon coup - car je ne l'ai pas assez dit mais le propos passionnant de Sofia Coppola c'est que les riches sont tristes aussi et que les stars dépriment comme nous - et décide d'arrêter sa belle voiture sur le bord d'une route désertique pour en descendre et marcher vers la caméra d'un pas assuré, tout sourire, libéré comme par enchantement du carcan d'ennui de sa morne existence. Le film coupe là-dessus et Sofia nous envoie le générique, mais dans la version longue on voit l'acteur s'arrêter net, dire : "Où je vais comme ça, à pattes dans le désert, en laissant mon cabriolet super cher derrière moi la con de ma race ?", et retourner poser son cul sur le cuir brûlant du siège de sa bagnole d'enfer pour faire encore et encore des tours en solitaire. Mais Sofia a préféré sauver son personnage, son gros papa, Francis "Ford" Coppola, qui a fini par sortir de sa dépression pour continuer à avancer. On allait s'en douter en voyant ses nouveaux films, pas la peine de nous raser gratis, Sofia... Somewhere, comme sa réalisatrice, se croit alors qu'il n'est pas. Film de la pire espèce, comble de vanité et de misère intellectuelle, sommet d'indigence artistique et de niaiserie totale, c'est une sacrée daube, et on peut parier que quiconque aurait réalisé ce film n'aurait plus le crédit nécessaire pour en tourner aucun, mais Madame s'appelle Coppola, alors elle enchaîne, elle va à Cannes, et on aura longtemps droit à de nouvelles chieries sans se faire de souci, promis.


Somewhere de Sofia Coppola avec Stephen Dorff et Elle Fanning (2011)

mercredi 15 mai 2013

Australia

Il était temps que je vous raconte le truc pas banal qui m'est arrivé devant ce film. Vous devez bien savoir qu'au cinéma, lorsqu'on va voir des films un peu longs, s'hydrater intensément et bouger régulièrement sont les deux conditions sine qua non à une séance sans danger pour la santé. Australia dure 165 minutes, 163 de trop. Cette séance de ciné anodine a bien failli me coûter la vie. C'est ce qu'il en coûte à rester 165 minutes pétrifié, littéralement transformé en statue de cire. Pris de court par la monstruosité de l'oeuvre de Bazile Lurhmann, j'ai choisi comme solution de repli de m'abstenir de tout mouvement pour ne pas gifler le premier venu ou me servir du sommet du crane de mon voisin de devant comme d'un djembé. Je me suis aussi, pour les mêmes raisons, interdit de me lever pour ne pas fuir et perdre ainsi les 3,5€ du tarif réduit que j'avais obtenu en me tassant un peu devant une guichetière à la ramasse. C'est donc tout honteux que je suis resté enfoncé dans mon siège pendant les cinq heures qu'a duré le viol. Pas question de péter non plus, de peur de ne pas pouvoir balancer l'odeur sur mes voisins avec quelques moulinets des deux bras, puisqu'à force d'immobilisme volontaire j'étais pétrifié sur place. Impossible de me lever après la fin du générique de clôture. J'ai frôlé l'embolie pulmonaire. Je suis sorti de la salle les deux pieds devant, sur une civière, un paracétamol entre chaque orteil en éventail. Amené à l'hôpital le plus proche, on m'a appris que je souffrais d'une thrombose veineuse profonde. Ce problème de circulation était dû à une position statique tenue trop longtemps, dite de la "statue de sel", pouvant mener à la mort. A bord de ma civière je ne faisais plus le fier.


Australia de Baz Lhurmann avec Hugh Jackman et Nicole Kidman (2008)

lundi 13 mai 2013

De rouille et d'os

De Rouille et d'os, comme Un Prophète en 2009, a su émerveiller public et critique à sa sortie, dans une grande orgie dégueulasse et insupportable dont Jacques Audiard, cinéaste salué comme le plus important de sa génération dans notre beau pays, était l'élément central, récipiendaire de nombreux cumshots verbaux et tapuscrits. Je m'étais arrêté au bout de la première demi-heure de son précédent film, j'étais allé suffisamment loin pour savoir que je ne mangeais pas de ce pain-là et pour tout de même comprendre comment cela avait pu plaire à ce point. En ce qui concerne De Rouille et d'os, par contre, c'est un grand mystère ! Je lis les extraits des critiques presse sur Allociné, et ça me fout les chocottes... Comme pour Looper, les seuls qui soient lucides, ce sont les Cahiers du Cinéma, qui le traitent comme il se doit ! Je peux aisément comprendre que des personnes regardant peu de films et habituées aux documentaires racoleurs qui passent à la télé puissent être touchées par un tel film. Mais la critique et les cinéphiles de tous poils, comme toutes les personnes ayant une haute estime de l'art cinématographique, devraient logiquement enfoncer ce film et son réalisateur à la noix, cet escroc qui passe pour un génie... Sa dernière livraison pèse des milliards de tonnes. C'est bête et laid, c'est plein de tics de mise en scène qui se veulent beaux (Audiard adore notamment filmer le soleil et faire des effets de lumières super cons dignes d'un adolescent qui découvre à peine la photographie) et la bande originale vous proposera un bel aperçu des chanteurs qui étaient à la mode au premier semestre 2012 et dont on ne se souviendra même plus dans six mois. C'est ultra too much dans le mélo, le pathos, tout ce que vous voulez, tout est surligné par la musique quand ça ne l'est pas par autre chose, c'est vraiment, vraiment, mais vraiment nul.


Quelle idée d'avoir mêlé à ce désastre cet animal si noble et majestueux qu'est l'orque, "la baleine tueuse" ? Il y avait mille autres façons de perdre ses jambes !

Ce qu'il y a de dingue à constater, c'est que ça ne donne pas du tout envie de s'en prendre à Marion Cotillard (une cible qu'on adore pourtant !). On ne peut rien lui reprocher de spécial, si ce n'est que c'est évidemment ridicule de la retrouver dans ce rôle taillé sur mesures où elle joue sans maquillage, sans soutien-gorge, sans jambes, sans rien, où elle se met totalement à nu pour aller à l'envers d'une glamourisation hollywoodienne qui lui tend les bras. Le choix est trop voyant et ça rend le tout assez risible. Mais dans le film, la faute ne lui revient pas, elle fait son travail ; et si son principal conseiller s'appelle Guillaume Canet, on comprend qu'elle aligne les choix les plus attendus. A la limite l'acteur belge Matthias Schoenaerts est plus énervant... Faut dire que son personnage de crétin complet ne l'aide pas. Il joue un père incapable de s'occuper de son gosse albinos. Vers la fin du film, son beau-frère lui amène son fils pour qu'il puisse passer une après-midi avec lui. Ni une ni deux, il décide que la meilleure chose à faire est d'aller s'amuser à glisser avec le gamin sur un lac gelé. Avant que ça n'arrive, j'ai dit à voix haute : "Si la glace craque et que le gosse se noie dans l'eau glacée, c'est l'un des piiiiiiiires films au monde". A peine j'avais fini de dire le mot "pire" que le gosse se neiguait ! Au cinéma, je pense que j'aurais réagi comme devant le Paris de Klapisch au moment où l'ignoble Julie Ferrier chute en scooter après avoir pris quelques virages inutiles le sourire aux lèvres, c'est à dire en m'esclaffant bruyamment. C'est du même niveau ! Klapisch, Audiard, même combat ! Bref. Le gosse passe donc cinq bonnes minutes dans l'eau glacée, jusqu'à ce que son enflure de père brise la glace à l'aide de ses poings (lui qui, au quotidien, gagne de l'argent au black grâce à des combats de rue ridicules - ses poings lui servent enfin à faire le bien, c'est beau, snif !). Mais le gosse ne crève pas, on parvient à le réanimer à l'hosto après "3 heures de coma" (sic). C'est l'avant-dernière scène du film et c'est du lourd lourd lourd !


Je me suis toujours méfié de David Lynch, Tim Burton, Jim Jarmusch et tous ces autres cinéastes qui font trop gaffe à leur style...

Il faut traiter Audiard comme il se doit : mal. Ma "critique" en révoltera certains, d'où les guillemets. C'est un cri du cœur. Je suis le cinquième "hater" de Jacques Audiard sur Vodkaster. Nous sommes 5 face à ses 127 fans, et c'est un site encore mal connu, il sont des milliers et des milliers dans la nature ! C'est pas normal. Si je pouvais concevoir que ce cinéaste de pacotille réussisse à faire illusion avec ses précédents films, l'arnaque aurait dû éclater au grand jour avec celui-ci. Je répète à qui mieux mieux qu'il faut toujours se méfier des cinéastes qui prêtent trop attention à leur look, qui soignent trop leur allure. Il y a quelques contre-exemples dans l'Histoire du cinéma, comme Jean-Luc Godard et ses petites lunettes de soleil rondes (ce qui explique toutefois la photographie trop lumineuse de quelques-uns de ses films), Eric Rohmer et ses pantalons de velours à grosses côtes (l'homme avait simplement du goût !), Ron Howard et ses pulls sans manches... C'est vrai, vous en trouverez d'autres, même outre-Atlantique, mais ce sont autant d'exceptions qui confirment la règle ! Un grand réalisateur se doit d'avoir l'air d'un chien, d'un clodo à peine présentable, il demeure derrière la caméra, et non sous le feu des projecteurs, il peut magnifier ses acteurs dans ses propres films, mais non sa propre personne sur les tapis rouges. A partir du moment où un cinéaste se soucie trop de son apparence, j'éprouve naturellement beaucoup de méfiance à son égard. Au dernier festival de Cannes, où son film fut très justement ignoré par un Jury par ailleurs totalement à côté de la plaque, Jacques Audiard s'est présenté le sourire jusqu'aux oreilles, gagnant d'avance, naïf, idiot, en smoking trois pièces bien ajusté, des lunettes à grosse monture noire sur le bout du nez, écharpe rouge autour du cou à la Jean Moulin, crâne rasé de près à la Lénine, le tout surmonté d'un chapeau melon noir du plus bel effet à la Emma Peel, avec pour ne rien gâcher le petit bouc poivre et sel à la Gérard Jugnot des grands jours. Bref, Jacques Audiard avait toute la panoplie du pur salop qui étale enfin la vaste mascarade qu'il incarne sur le devant de la scène. Quand je l'ai vu accoutré comme ça, je n'ai pas du tout été étonné. Cela faisait sens. Un tel guignol se doit de parader avec des habits de luxe et de soigner son image avec la minutie d'un dangereux criminel ; mais par pitié, n'en faites pas le plus grand cinéaste hexagonal actuel, car en réalité, c'est peut-être l'un des pires !


De Rouille et d'os de Jacques Audiard avec Marion Cotillard et Matthias Schoenaerts qui devra changer de nom s'il veut réussir à Hollywood (2012)

jeudi 9 mai 2013

The Grandmaster

Wong Kar-Wai est typiquement le genre de cinéaste dont les films semblent plus enclins à laisser des images en guise d'empreintes durables dans l'esprit de leurs spectateurs plutôt que des histoires, des personnages ou des dialogues marquants. Le problème de The Grandmaster, c'est que ce constat - que l'on fait d'habitude a posteriori, lorsque l'on cherche les traces que les films ont laissées en nous ou quand ils nous reviennent en mémoire d'eux-mêmes - on peut le faire alors même que le film se déroule sous nos yeux pour la première fois. La raison à ce phénomène n'est malheureusement pas la puissance écrasante des images du nouveau film du cinéaste, qui nous laisseraient sidérés et bloqueraient jusqu'à la compréhension du récit, mais bien la faiblesse de ce dernier.




Le scénario de The Grandmaster est parfois confus mais surtout brouillon dans son organisation même et dans sa visée globale. C'est la difficulté du biopic, ou de la fresque historique : l'histoire est déjà écrite et ne s'écrit pas toujours de façon aussi limpide ou efficace qu'on pourrait l'espérer. La tâche du conteur est alors de travailler sur ce matériau pré-existant et de le façonner de telle sorte qu'il devienne non seulement suffisamment clair mais qu'il prenne un semblant de direction définie, et surtout semble vouloir dire quelque chose. Or Wong Kar-Wai, qui veut coller la grande histoire de la Chine sur la petite histoire du Kung-Fu, et qui s'attarde parfois sur des personnages secondaires sans doute primordiaux dans cette histoire mais malheureusement préjudiciables à l'économie narrative du film et à son équilibre, n'a pas toujours l'air de savoir ce qu'il veut faire de ce récit, ni ce qu'il a finalement à nous dire.




On ne sait jamais très bien ce que le cinéaste est en train de nous raconter, au point d'ailleurs que cette incertitude permanente nous empêche de fabriquer, consciemment ou inconsciemment, un horizon d'attente. Nous voilà donc abandonnés à la pure contemplation d'images quasiment dépourvues de tout socle narratif solide, et un spectateur qui ne sait pas où il va peut facilement trouver le temps long (puisqu'il n'attend rien et ne saurait même s'exercer à prévoir la portée finale du récit). Il faut donc à tout prix être absolument fasciné par les images pour les admirer pendant deux heures sans savoir leur idée profonde ni le propos qui les relie. Or les images de The Grandmaster sont souvent belles, et c'est ce qui sauve assez largement le film de Wong Kar-Wai. La scène d'introduction, où Ip Man (Tony Leung) se bat sous la pluie, à condition que l'on accepte les codes du genre et l'esthétique excessive du cinéaste, séduit. Mais les suivantes du même acabit en répètent les effets et perdent en puissance. D'autant que certains des effets de style déployés dans In the Mood for Love et 2046 sont ici poussés à l'extrême et utilisés sans interruption : ralentis, mouvements de caméra, chatoiement de l'image, effets de flou, bichromes noirs et or, etc. Si bien que le projet de Wong Kar-Wai, que l'on peut soupçonner d'avoir sciemment installé un flou autour de son script pour bercer le spectateur dans le vague et le laisser seul face à la plastique de l'image, montre vite ses limites.




In the Mood for Love gagnait à ne faire intervenir cette forme sur-stylisée que par intermittences, comme un leitmotiv mélancolique. Les plans-séquences en mouvement et au ralenti scandaient des séquences au style opposé, faites de plans fixes et réalistes sur des scènes très prosaïques. 2046, film volontairement et très judicieusement complexe voire bordélique, variait les styles et les tons dans un amalgame joyeux et savant de réalisme romantique et de science-fiction futuriste. Dans The Grandmaster il n'y a pas de contrepoint à une esthétique unique et jusqu'au-boutiste. Sauf à considérer les variations de rythme entre les scènes de combat et les autres, car il est vrai que l'on avait un peu oublié l'aptitude de Wong Kar-Wai à la vitesse et au montage effréné. Mais les scènes de combat, quand elles ne sont pas magnifiées par l'ambiance particulière des scènes de pluie, tombent dans une démonstration de force à la Matrix (même si c'est vache pour Wong Kar-Wai). Ces scènes fonctionnent mais finissent par lasser, et si des effets de ralenti avec jeux de lumières et mouvements des formes sont bienvenus quand ils magnifient la figure d'une femme en robe descendant un escalier, ils ne font que rajouter de la forme à la forme déjà emphatique des gestes du Kung-Fu.




Rien d'étonnant donc à ce que les deux plus belles scènes du film soient celles où Wong Kar-Wai fait ce qu'il a toujours fait de mieux : filmer la beauté expressive des visages dans un bar, la présence des corps amoureux mais interdits dans une rue (c'est la scène où Gong Er, le personnage interprété par la sublime Zhang Ziyi, se livre au maître Ip Man), ou restituer aux mouvements des corps leur grâce et les déployer dans le temps (dans la séquence où la petite Gong Er apprend les arts martiaux dans le jardin de son père, séquence calme où la mise en scène du cinéaste sublime une scène non sur-chargée et donne enfin à voir le Kung-fu comme de la danse). The Grandmaster, pour résumer, devient beau quand Wong Kar-Wai suit les préceptes des grands maîtres de son film et se détourne de toute quête de gloire et de toute volonté d'épate au bénéfice de l'art.


The Grandmaster de Wong Kar-Wai avec Tony Leung, Zhang Ziyi, Jin Zhang et Chang Chen (2013)

mardi 7 mai 2013

Mud

On l'a dit, on l'a redit, et on le répète, Jeff Nichols fait partie des jeunes cinéastes contemporains les plus doués et les plus intelligents. Mud, son troisième film, est un peu moins strictement indépendant que les deux précédents - avec tout ce que cela implique : davantage de personnages, de noms connus à l'affiche, d'action, de modèles narratifs canoniques et de musique, toutes proportions gardées -, et prend de vrais risques en multipliant les sujets (l'amour sous toutes ses facettes, amour filial, amical ou conjugal à tous âges) et les approches (conte pour enfant, drame adolescent, film d'aventure, récit d'apprentissage, drame familial, drame social, film de gangster), mais Nichols brave les difficultés, ressort grandi de tout ce qu'il tente, évite tous les écueils et réussit à nouveau un petit miracle.




L'intelligence du cinéaste est telle qu'il se tire de tous les guêpiers dans lesquels il s'est lui-même fourré (rappelons qu'il est aussi scénariste de ses films). Et si l'on ne peut s'empêcher de donner une fois de plus dans la critique positive par la négative, vantant les mérites d'un artiste pour tout ce qu'il ne fait pas et que tant d'autres à sa place auraient malheureusement fait, chose qui ne viendrait pas à l'esprit pour d'autres cinéastes de l'acabit de Nichols (ne citons que Kelly Reichardt), c'est que Jeff Nichols, au lieu de se tenir à l'écart des sentiers battus, se les impose et les affronte, quitte à composer avec des situations narratives éculées qui suscitent des attentes inquiètes chez les spectateurs mal-habitués que nous sommes. Il faut dire à quel point on se désespère, devant un film d'une telle subtilité, d'être à ce point conditionné par la vision répétée de films qui n'en ont aucune. Qui ne s'attend pas, quand Galen (le toujours excellent Michael Shannon) aperçoit son neveu en train de causer avec Mud (le très beau McConaughey), à ce que l'oncle du petit Neckbone (Jacob Lofland) dénonce le meurtrier en cavale, ou empêche son protégé de l'aider ? Qui n'est pas persuadé qu'Ellis (le jeune Tye Sheridan est déjà impressionnant) va se faire attraper par les chasseurs de prime quand il retourne voir Juniper (Reese Witherspoon) au motel ? Qui ne craint pas, dans la fusillade finale, que le père d'Ellis tire sur Mud en le prenant pour l'agresseur de son fils ? Ou que les salopards de l'histoire ne s'en prennent au petit Neckbone qu'ils viennent de capturer, pour parvenir à leurs fins ?




Et pourtant rien de tout cela n'arrive. Et quel soulagement. Mais le plus fort dans tout ça, c'est que Nichols, qui a le don pour prendre des tournants surprenants face à la plupart des pièges qu'il s'est créés, se laisse néanmoins aller à certaines facilités, glisse parfois vers l'attendu et le redouté, comme lorqu'Ellis tombe dans le ruisseau ou quand le vieux Tom Blankenship (gigantesque Sam Shepard), ancien tireur d'élite, comme le scénario nous l'a plusieurs fois répété, reprend finalement du service et fait parler la poudre au moment opportun. Dans ce dernier cas, on est typiquement face à un "truc" de scénario qu'on attend d'un film d'action bateau, d'ailleurs c'est plus ou moins ce qu'on nous sert à la fin du récent Jack Reacher, et si tant est qu'on l'accepte dans un film avec Tom Cruise, c'est tout ce qu'on ne veut pas voir chez Nichols. Pourtant, allez savoir comment, le cinéaste a un talent tel que rien ne paraît idiot ou facile chez lui, et qu'on marche à fond dans son histoire, y compris quand il emprunte quelques raccourcis et marche sur des cordes bien usées. C'est que la beauté des personnages écrits par Jeff Nichols, caractères sensibles, intelligents et touchants, tous aimables, au sens littéral, ajoutée au talent immense du cinéaste pour choisir et diriger ses acteurs, à la finesse qui se dégage du script ainsi que de la mise en scène, emporte le morceau et nous a conquis de longue date quand ces éventuels poncifs surviennent.




Se confronter à des stéréotypes narratifs et les sublimer - le jeune Ellis est à l'image de son auteur, lui qui projette un idéal romantique cliché et tente de le reproduire en mieux - n'est qu'une preuve parmi d'autres du courage du jeune cinéaste américain. Écrire un film d'une telle richesse thématique, entremêler autant de personnages, de genres et d'émotions, convoquer qui plus est tout un réseau de références littéraires, cinématographiques ou mythologiques, n'était pas une mince affaire. C'est par conséquent sur le récit, les personnages et l'émotion que Nichols se concentre en grand "storyteller", quitte à retourner vers une mise en scène discrète, digne de son premier film Shotgun Stories, moins audacieuse ou frappante que celle déployée dans le sublime Take Shelter. Le cinéaste travaille clairement ici sur l'histoire, une histoire qui rappelle les romans d'aventure de l'enfance. On pense, dès le début du film, aux oeuvres de Mark Twain (quand Ellis et Neckbone traversent le fleuve Mississippi), voire à L’île aux pirates de Stevenson (via l'apparition de Mud, avec son empreinte marquée d'une croix), mais aussi au cinéma de Robert Mulligan (To Kill a Mockingbird) ou à Stand by Me, films centrés sur des petits sudistes, rendus matures par les difficultés économiques et sociales de leur coin et déjà marqués par les aléas sentimentaux de leurs parents ou par leur absence, qui se mettent en quête d'une histoire à vivre, quitte à grandir d'un coup et à recevoir quelques coups. Nichols évoque aussi de grands récits métaphysiques (peut-être Fitzcarraldo, avec ce bateau perché dans un arbre) et propose une plongée franche au cœur du romanesque, celui des contes fantastiques (après tout l'histoire est engendrée par un gamin, et même les noms évoquent les romans de piraterie ou la mythologie : Mud, Neckbone, Juniper...) avec leur lot de magie et de cruauté.




Mud apparaît donc autant comme un film d'aventure que comme une réelle aventure cinématographique pour son auteur qui, contrairement à ce que pourrait laisser croire la tournure (relativement) plus commerciale de son nouveau film, prend des risques et gagne encore en ampleur avec ce récit très riche, très étoffé, ancré dans une foule de genres et de courants romanesques réinvestis avec talent. On a hâte que le cinéaste renoue avec les tentatives formelles plus franches et très réussies de son deuxième film, mais on se réjouit de le voir nous embarquer avec brio dans un grand récit sur l'amour, ses conditions et sa force de conviction. D'autant que le cinéaste, principalement occupé à raconter, n'en oublie pas de filmer et le fait magnifiquement, qu'il s'agisse de mettre en avant ses superbes acteurs ou la nature sauvage, mystique, de l'île secrète et réservée. Ces plans de paysage qui ponctuent les trajets de Mud et des deux garçons sur la petite jungle flottante, sont tout sauf des plans de coupe ou des contemplations extatiques et esthétisantes, ils participent de l'envoûtement fantastique du récit et sont autant de lieux parcourus ou à parcourir par une enfance en voie de métamorphose, sur le point d'apprendre le mensonge et la trahison et d'essayer de se maintenir hors de leur portée. Car même si l'espoir demeure un horizon, rien n'est simple dans le monde dépeint par Jeff Nichols, qui mêle les histoires et les registres, parvient aussi à jongler entre humour et émotion, et réussit son nouveau défi avec l'intelligence qu'on lui connaît, intelligence qui désormais n'est plus à prouver.


Mud de Jeff Nichols avec Tye Sheridan, Matthew McConaughey, Reese Witherspoon, Sam Shepard, Sarah Paulson, Ray McKinnon et Michael Shannon (2013)

dimanche 5 mai 2013

Mama

Lors du dernier festival du film fantastique de Gérardmer, le président du jury, Christophe Lambert, a parait-il prononcé un discours étonnant, mais plein de bon sens, où il se plaignait de la piètre qualité des films sélectionnés en compétition. Il est vrai que le festival, qui soufflait sa 20ème bougie, et que l'on annonce en perte de vitesse et sur le point de disparaître depuis toutes ces années, ne s'est jamais véritablement distingué par la pertinence de ses choix. Le discours de Christophe Lambert, assez osé et original pour un président du jury, faisait donc du bien à entendre, et son courage fut logiquement salué avec ferveur dans une revue comme Metaluna. La question que je me pose aujourd'hui est donc la suivante : après avoir établi un tel constat, comment peut-on décemment décerner le Grand Prix à un film comme Mama ? Comment peut-on ?




Mama est un nouvelle production de Guillermo Del Toro, décidément pas décidé à faire du bien au genre qu'il affectionne tant, après le déjà ultra merdique Don't Be Afraid of the Dark. Mama est le remake et l'extension, en long métrage, d'un court du même auteur, l'argentin Andrès Muschietti. Le court métrage aurait apparemment tapé dans l’œil, et pas le bon, du mexicain obèse fan de robotique, qui aurait aussitôt flairé les dollars et proposé à son nouveau poulain d'en faire un film d'une durée approximative d'1h40. Mama nous narre l'histoire de deux fillettes abandonnées dans la forêt et retrouvées des années après par leur oncle (Najat Vallaud-Belkacem), qui les accueille chez lui avec sa petite amie rockeuse (Jessica Chastain). Le couple ignore que les gamines sont désormais sous la protection d'une entité vengeresse qu'elles nomment ridiculement "Mama", un fantôme au caractère peu commode qui verra d'un très mauvais œil qu'on lui retire de façon très arbitraire la responsabilité parentale qu'il s'était lui-même attribué.




Derrière cette histoire faussement compliquée où l'on essaie timidement de nous faire douter de la personnalité des deux gamines, se cache finalement un bête film de fantôme insupportable, qui s'enlise immédiatement dans des situations déjà vues milles fois ailleurs. Il n'y a strictement rien à sauver. Bon, allez, je sauve un court passage où la mise en scène fait pour une fois preuve d'un peu d'intelligence : ce long plan fixe où l'une des gosses joue avec ce que l'on imagine être sa sœur, hors champ, avant que celle-ci apparaisse à côté dans le couloir. Je ne suis pas clair, mais ceux qui l'auront vu comprendront, et cela préservera aux autres aventureux le seul moment un peu malin du film. Car à part ça, RAS. Et on a droit à tous les clichés, de la petite vieille qui nous sort en trois répliques le b.a -ba des grands principes qui régissent l'existence des fantômes parmi nous, à la découverte du douloureux passé du fantôme en question, dans un flashback proprement hideux, où le comble du ridicule scénaristique et de la laideur visuelle sont atteints.




Les scènes de trouille sont très pauvres aussi, et sentent sacrément le rance. Je pense par exemple à cette scène où le docteur des gamines retourne dans la cabane où ses patientes ont grandi afin d'en savoir un peu plus sur Mama. Soudainement plongé dans le noir, le toubib se met à se servir du flash de son appareil photo pour voir ce qui l'entoure. Au fil des flashs successifs, Mama pointe le bout de son nez, et nous sommes supposés avoir les chocottes comme jamais, sauf que Muschietti semble ignorer qu'on a déjà vu exactement la même scène dans des titres bien connus tels Saw ou Shutter (pour ne citer qu'eux), avec une toute autre efficacité sur le spectateur, car les séquences en question étaient diablement mieux amenées et exécutées. Bref, c'est tout simplement navrant. Et ce n'est là qu'un exemple parmi tant d'autres...




Les 40 premières minutes de Mama se suivent d'un œil distrait, le rythme est tel que l'on regarde tout cela tant bien que mal, déjà passablement agacé, mais ça va encore. La deuxième partie du film est autrement plus terrible pour les nerfs, et je ne parle évidemment pas d'anxiété ni d'un quelconque effroi ressenti devant ce recyclage ignoble. Il devient alors évident qu'il n'y aura plus aucun retournement de situation capable de sauver les meubles. D'ailleurs, de surprise, il y en a finalement aucune, dans ce scénario où un revenant doit simplement accomplir un dernier méfait pour venger sa mort cruelle avant de décamper une bonne fois pour toute. Le pire du pire nous est réservé pour la toute fin, une conclusion grotesque qui nous propose une partie improvisée de tir à la corde opposant la terrible Mama à Jessica Chastain, sur une corniche, avec, au milieu, les deux gamines et, en guise de corde, la ceinture à nouer d'une robe de chambre. Et je ne raconte pas des blagues...




En parlant de Chastain, on se demande bien ce que la belle est venue faire dans cette galère. Affublée d'une tignasse noire qui ne lui sied guère, l'actrice assure le minimum syndical, et se contente d'arborer des tenues de rockeuse tutoyant trop souvent le ridicule. Certaines d'entre elles nous laissent cependant admirer une poitrine sautillante qu'on ne lui connaissait pas si volumineuse, tandis que d'autres s'avèrent impitoyables pour tout son bottom : moulée dans ses jeans grunges troués, la charmante Jessica a l'air d'avoir un gros cul et deux poteaux en guise de jambes ! C'est cruel ! On la préfère en rousse aérienne chez des cinéastes réellement inspirés par son visage si particulier, qu'en patate gothique dans cette horreur de film commis par un footballeur raté... Rien à dire des autres acteurs qui pataugent eux aussi là-dedans, notamment sur les deux petites, auxquelles j'avoue qu'on ne peut rien reprocher. Quoique si, j'ajouterai un mot sur ce dénommé Nikolaj Coster-Waldau : il est beau gosse, certes, y'a pas à dire, il ressemble à un surfeur viking, mais qu'il retourne donc chercher les vagues en Mer du Nord, il ne manquera à personne !




L'important succès rencontré par le film de Muschietti au box office américain doit laisser penser aux personnes peu curieuses que, cette année, Gérardmer ne s'est pas trompé. Et pourtant... Et pourtant ! Un festival comme celui-ci ne devrait-il pas plutôt mettre en avant des films moins faciles, plus exigeants et originaux, comme Berberian Sound Studio ou You're Next, qui concourraient aux côtés de Mama lors de cette sinistre édition ? Je n'ai pas vu ces deux films, je m'appuie seulement sur quelques avis de confiance, et je suis persuadé qu'ils sont infiniment mieux que la daube infâme de Muschietti. De toute façon, je me dis qu'on peut difficilement faire pire.

Pendant le générique d'ouverture, ma compagne a poussé un cri d'horreur lorsqu'elle a lu "Produced by Guillermo Del Toro". Elle se souvenait de Don't Be Afraid of the Dark. J'aurais dû l'écouter. Elle m'en veut encore. Elle m'en veut encore ! Meurs, Gérardmer !


Mama d'Andres Muschietti avec Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau et Megan Charpentier (2013)

vendredi 3 mai 2013

Les 4 fantastiques et le surfeur d'argent

La plupart des films de super-héros délivrent un message de paix, de tolérance, d'acceptation de la différence. C'est particulièrement le cheval de bataille de la saga X-Men, où les mutants luttent avec des armes très différentes contre l'exclusion et le rejet, et qui traite d'ailleurs le sujet avec plus d'intelligence que la plupart de ses concurrents. Récemment on a pu constater la quantité de gens, en France notamment, qui sont prêts à se battre corps et âme pour prôner une soi-disant normalité, une pseudo "loi naturelle", un modèle divin, qui parfois même affirment ouvertement leur mépris de l'autre, et qui sans le vote des députés du 23 avril 2013 se mobiliseraient sans fin pour prôner encore et toujours le conservatisme, quitte à stigmatiser autrui et à cultiver la haine.




Si au moins cette immense part de la population pouvait se montrer cohérente en rejetant et en boycottant la production hollywoodienne majoritaire actuelle, celle des super-héros en collants et des mutants capables de traverser les murs, de pisser des glaçons ou de mater à travers les fringues, cette masse de blockbusters merdiques qui ont le mérite de vanter, vite fait mal fait, la tolérance, l'altérité, le respect et l'amour du prochain, tout ne serait pas perdu, et ça leur donnerait peut-être un premier argument recevable auprès de nous. Mais même pas.


Les 4 fantastiques et le surfeur d'argent de Tim Story avec Ioan Gruffudd, Jessica Alba, Chris Evans, Michael Chiklis et Julian McMahon (2007)