28 septembre 2016

Dirty Pretty Things

J'ai annulé mes vacances aux Texas suite à la vision de Massacre à la tronçonneuse. Traumatisé ! Je n'ai plus jamais mis un pied dans l'eau après avoir vu Les Dents de la Mer. Et je sens fort des panards ! J'ai refusé une sacrée opportunité professionnelle en Antarctique à cause de The Thing. La chance d'une vie ! Je refuse de prendre des gens en auto-stop depuis Hitcher. Pas bête ! J'ai refusé un week-end tout frais payés dans un chalet à la montagne en compagnie de tonton Scefo, en repensant à Shining. Faut dire que Scefo est schizo... J'ai posé un lapin à des potes partis en roadtrip en Europe de l'Est à cause de cette saloperie de Hostel. J'en veux encore à ce zonard d'Eli Roth. Et j'ai décommandé mes billets EasyJet pour un petit séjour à Londres après avoir subi le thriller social de Stephen Frears, Dirty Pretty Things. Une vraie épreuve pour tout cinéphile. L'équivalent d'un épisode bien trash de l'émission Strip-Tease, en à peine mieux filmé, la déontologie journalistique en moins. Un éternuement à l'odeur putride et riche en microbes, reçu en pleine gueule.




Bon, la plupart des décisions évoquées ci-dessus sont aussi liées à de gros problèmes d'argent, mais quand même... J'en veux particulièrement à Stephen Frears, qui m'a pris en traître. Quelle horreur ce film ! Plus glauque, tu meurs. C'était l'un des premiers rôles post-Amélie Poulain pour Audrey Tautou. On a pratiquement tous fini devant, espérant qu'elle retire enfin le haut pour que sa carrière prenne son envol à l'étranger. A l'époque, on avait tous un cousin ou un grand frère fana de la dame pour nous traîner devant son nouveau film odieux. Internet et ses forums de fins limiers n'étaient pas encore accessibles dans nos chaumières reculées pour nous proposer l'essentiel, il fallait donc se taper le film. Son titre, aussi menteur qu'accrocheur, nous laissait imaginer le meilleur. On ne savait pas que c'était en réalité un billet sans retour vers l'enfer !




Audrey Tautou joue une immigrante turque déterminée à rester en Angleterre pour sortir de la misère. Elle passe tout le film à essayer de refiler son rein en loucedé en échange d'un passeport. C'est déprimant ! Et puis il pleut en continu et il ne fait jamais vraiment jour là-bas. Chaque image du film pourrait faire douter de l'existence du Christ à un chrétien convaincu. Les cheveux gras et des cernes morbides sous les yeux, Audrey Tautou n'est pas à son avantage. Capuches et cols roulés lui collent à la tronche. Stephen Frears nous fait douter de sa sexualité et de la notre. Cet homme-là n'est pas seulement laid physiquement, ses films le sont aussi. Il manque un rein et deux testicules à Dirty Pretty Things.

Quelques années plus tard, le bonhomme était nommé Président du Jury du 60ème Festival de Cannes. Je cherche encore à comprendre.


Dirty Pretty Things de Stephen Frears avec Audrey Tautou, Chiwetel Ejiofor et Sergi Lopez (2003)

14 septembre 2016

État second

Il mériterait d'être mieux connu, ce Peter Weir-là, ne serait-ce que pour la performance outstanding de Jeff Bridges. Il faut dire qu'il a le défaut d'être situé à un moment charnière de la carrière du cinéaste australien. Peter Weir l'a sorti juste après ce qu'on a appelé sa "période verte", pas sa plus inspirée, durant laquelle il a simplement réalisé Green Card, et juste avant l'incontournable Truman Show, succès planétaire avec Jim Carrey. Cette situation inconfortable a fait d’État second (aka Fearless) un film obscur, oublié, difficile d'accès. Il s'agit pourtant d'un bon Peter Weir et nous en sommes convaincus dès les premières minutes. La scène d'ouverture est peut-être la plus réussie du film. On se retrouve d'abord plongé dans le brouillard, puis nous devinons progressivement un champ de maïs, duquel nous voyons sortir Jeff Bridges, portant un bébé dans les bras, suivi de quelques personnes mal en point. Tout ça accompagné par une musique terrible, principalement des violons, semble-t-il, s'insultant les uns les autres, dans une ambiance qui scotche littéralement au fauteuil.




Puis la caméra nous révèle petit à petit que nous sommes sur les lieux d'un terrible accident d'avion, nous découvrons les décombres, les restes fumants de la carlingue, les secours en alerte, les corps calcinés, et les quelques rescapés qui assistent à cela, sous le choc, comme nous. Mais Peter Weir est si habile que nous découvrons tout cela sans jamais avoir l'impression d'abandonner Jeff Bridges une seconde. Celui-ci, avec seulement quelques éraflures et un complet gris quasiment impeccable, trimballe une classe pas croyable et a l'air de déjà flotter au milieu des événements, l'air ahuri, comme s'il n'était pas concerné par la tragédie. On suivra ensuite le lent retour à la réalité de son personnage.




Suite au crash aérien dont il ressort parfaitement indemne, Jeff Bridges perd la boule. Il devient littéralement fearless. Il se met d'abord à conduire comme Ace Ventura, la tronche par la fenêtre pour apprécier l'effet de l'air dans ses cheveux, tout en fermant les yeux. Heureusement pour lui, il roule à ce moment-là sur la fameuse route 66, droite comme la justice, aucun risque. Jeff Bridges s'arrête ensuite dans un diner pour se goinfrer de fraises, alors qu'il était allergique avant l'accident et ne pouvait pas les voir en peinture ! Plus incompréhensible encore, il abandonne sa femme, incarnée par une Isabella Rossellini encore au faîte de sa beauté, pour une chicanos rescapée du crash qui ne se remet pas d'avoir perdu son gamin (dont le petit corps brûlé vif a été retrouvé à plus de 10 kilomètres de la carlingue !).




Avouons-le, ce personnage-là, joué par Rosie Perez, est véritablement la plaie du film, son boulet. On en a très vite ras-le-bol de l'entendre gémir et chialer son gosse, très souvent hystérique, toujours inconsolable. Lors d'une scène assez osée, Jeff Brdiges la fait asseoir sur la banquette arrière de sa bagnole et fonce à toute berzingue contre un mur. Il accomplit alors le souhait le plus cher du spectateur, bien qu'en ce qui me concerne, je n'aurais pas pris le soin d'attacher sa ceinture de sécurité. Si elle se tire de ce crash test en pleine forme, elle ressort de cette expérience calmée, apaisée, on s'en contente donc largement. On n'est pas du tout étonné d'apprendre que Rosie Perez n'a rien fait de notable par la suite. On remarquera aussi que le mari de cette triste femme n'est autre que Benicio Del Toro, dans l'un de ses premiers rôles filmés (il était jusque là abonné aux apparitions coupées au montage). Aux côtés d'un Jeff Bridges qui éclipse un peu tout le monde, on peut aussi entrevoir le nez aquilin de John Turturo, dans le rôle d'un psychiatre tout à fait inutile, mais conscient de l'être, alors tout va bien.




En découvrant ce film aujourd'hui, on se dit que Shyamalan a dû tomber dessus avant de réaliser Incassable. Pas de super-héros ici, bien sûr, mais Peter Weir s'attache comme le natif de Pondichéry à décrire les conséquences de la survie à un tel accident sur la personnalité de son héros. Il nous raconte l'histoire d'un inadapté se croyant invincible, immortel et perdant progressivement pied. Au delà de ça, on retrouve un peu une même ambiance, langoureuse et embrumée. La première scène pourrait d'ailleurs tout à fait avoir été signée par un Shyamalan en pleine possession de ses moyens. On suit avec un réel intérêt les élucubrations de Jeff Brdiges dans son entreprise de réadaptation. La très belle scène finale nous prouve qu'il est bien de retour parmi nous, qu'il revient à la raison et donc vers Isabella Rossellini. Le film nous quitte ainsi sur une bonne impression. La scène du crash aérien, que Jeff Brdiges revit en souvenirs lors de cette ultime séquence, est franchement efficace. Peter Weir nous démontre alors qu'il n'est pas n'importe qui. Un bon Peter Weir, j'vous dis !


État second (Fearless) de Peter Weir avec Jeff Bridges, Isabella Rossellini, Rosie Perez, John Turturo et Benicio Del Toro (1993)

1 septembre 2016

The Way, la route ensemble

C'est joli puisque ça se passe, je dirais même que ça déambule, dans les Pyrénées, le Pays Basque puis le nord-ouest de l'Espagne jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle. Ensuite, n'importe qui suivrait Martin Sheen n'importe où, avec ses cheveux virevoltants, sa dégaine de vétéran du Viet-Nam et ses yeux constamment exorbités, même dans un Lidl au milieu des clodos en train de charger à ras bord leurs cagettes de Finkbräu.

Martin Sheen est ophtalmo en Californie lorsqu'il apprend au milieu de son parcours de golf que son con de fils unique Emilio, avec lequel il est légèrement en froid, vient de mourir victime du mauvais temps pyrénéen. En effet, Emilio avait décidé, sans en référer à son père, de se taper le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. D'où l'étonnement compréhensif de Martin Sheen quand Tcheky Karyo, se faisant passer pour le capitaine de la gendarmerie de Saint-Jean-Pied-de-Port, lui apprend le tragique mais banal accident dont a été victime son fils après seulement un jour de marche. Éploré, Martin Sheen file dans ce petit village bucolique des Pyrénées et débarque d'un TER, ce qui a dû l'éplorer un peu plus encore. Tcheky Karyo joue parfaitement le gendarme lambda français, tout en douceur et retenue, parlant sans effort un anglais châtié en faisant bien attention d'aspirer les h, ce que tout Français fait de manière naturelle, on le sait tous.


Après avoir tergiversé quelques heures, Martin Sheen décide de faire cramer son fils et d'aller répartir ses cendres le long du chemin de pèlerinage jusqu'à Saint Jacques de Compostelle, d'où le titre du film! Durant son voyage, il est rapidement harcelé par un gros hollandais fumeur de weed qui fait le pèlerinage pour perdre du poids afin de pouvoir remettre un de ses vieux costards pour le troisième mariage de son frangin. Il rencontre ensuite une canadienne jouée par Deborah Kara Hunger qui est ici tellement maigre qu'elle n'a jamais aussi bien porté son nom, et qui ressemble maintenant à un transsexuel toxicomane, canadien donc. Un peu plus tard, il rencontre un écrivain irlandais colérique et en panne d'inspiration qui a eu juste le temps de faire le pèlerinage avec toute l'équipe du film avant de s'envoler pour la Nouvelle-Zélande jouer un nain. Les rapports entre les personnages passent de cordiaux à tendus, puis de tendus à cordiaux au fur et à mesure des beignes, des insultes ou des mots d'amour qu'ils se balancent.


Le tout est illustrée par une musique survoltée choisie personnellement par Emilio Estevez! Pour notre plus grand désarroi, Emilio ne peut pas s'empêcher de nous mettre sa playlist idéale de ballade cheminantes tout au long de cette randonnée que l'on suit les yeux rougis par l'effort, cette playlist qu'il a effectivement mise sur son iPod Touch personnel et qu'il a fait subir à toute l'équipe du film le long des 800 bornes jusqu'à Santiago. Et malheureusement, entre les classiques instrumentales à la guitare, les solos violon enflammés et les ersatz de Bob Dylan gémissant des insanités nombrilistes, on a droit à l'habituel New Slang des Shins, qui est toujours ressorti par les réalisateurs à l'esprit étroit à chaque fois qu'un être humain chemine avec émotion d'un point A à un point B, que ce soit à pied, à cheval ou en voiture. Nick Drake est aussi de la partie, ce qui me fait soupçonner une certaine accointance, voire une amitié avec le démoniaque Zack Braff.


Pendant leur grande rando de plus de deux heures, nos quatre compères rencontrent des Français, des Basques et des Espagnols, tous joués par autochtones placides qui ont la particularité de parler anglais avec la facilité et la délicatesse du premier Wayne Rooney venu, ce qui leur facilite pas mal la route. On apprend aussi que l'Espagnol est voleur puisqu'à peine Martin Sheen a posé son sac devant la cathédrale de Burgos qu'il se le fait chaparder par un gamin présenté comme un Gitan. Sympa les préjugés Émilio. Il essaie de se rattraper ensuite en faisant ramener le gamin par le colbac par son père rouge de honte qui parle, lui aussi, un anglais d'Oxford sans effort. Tout ça nous raconte une bien jolie histoire, remplie de vignettes gastronomiques et de paysages montagneux et tourmentés, probablement comme l'esprit d'Emilio Estevez, qui se plait à apparaître tout le long du film, juste pour nous rappeler qu'il a une sacrée tête de con. L'arrivée sous les violons et solos guitares à Santiago de Compostela se fait par un jour gris et fade typique de la Province de La Corogne. Chacun des quatre personnages est ému, parfois jusqu'aux larmes comme notre Irlandais nain, et se fait tourner autour en contre-plongée par une caméra survoltée. C'est un film très chrétien.


TélécableSat nous dit candidement que ce film est plein d'humanité et qu'il nous permet de jouir de beaux paysages. Je ne peux pas être plus d'accord, mais j'y vois surtout la déclaration d'amour d'un fils à son père, un fils qui se rêve en cadavre et qui force son propre père dans la vraie vie à répartir ses cendres tout le long du chemin jusqu'à Saint Jacques de Compostelle ! Assez bizarre quand on y pense, et je ne sais pas comment Martin Sheen l'a pris quand son fils lui a présenté les grandes lignes de son grand projet cinématographique après son film sur la mort de Bobby Kennedy. Encore la mort, qui semble hanter Emilio Estevez, alors qu'il pourrait, comme tout le monde rêver qu'il décide de changer d'orientation professionnelle et devenir couvreur sous les ordres de Youri Djorkaeff qui serait l'un des 14 artisans couvreurs restants en France. Quatorze personnes pour plusieurs millions de toits! Au départ j'avais cru que ce film était une autre adaptation du livre On the Road de Jack Kerouac, car ça parle de route mais il n'y a pas Kristen Stewart qui dévoile sa poitrine dedans. Mais non c'est l'adaptation du livre Off the Road: A Modern-Day Walk Down the Pilgrim's Route Into Spain de Jack Hitt ! Un bon film d'ambiance, un bon film pour les fans des yeux fous de Martin Sheen. Pour les autres, je sais pas.


The Way, la route ensemble d'Emilio Estevez avec Martin Sheen, Deborah Kara Hunger, Yorick van Wageningen, James Nesbitt et Emilio Estevez (2010, sorti en France en 2013)

29 août 2016

Sir ! Yes Sir ! - Les meilleurs sergents-instructeurs




Je vous propose, sans aucune raison particulière (sinon que le service militaire risque de revenir à la mode dans les années qui viennent), un petit tour d’horizon, non-exhaustif, d’une figure récurrente du cinéma, et plus particulièrement du cinéma américain : le sergent-instructeur. Je ne sais pas si je suis seul dans ce cas, mais j’ai beaucoup d’affection pour ce personnage. Il ne doit pourtant pas exister beaucoup de catégories socio-professionnelles auxquelles j’aimerais moins avoir affaire. Cependant, je l’avoue, quand j’ai eu à me rendre au Pôle Emploi, je me suis fabriqué un profil de garde-chiourme sans pitié, de maton homophobe, dans l’espoir qu’on me propose un poste de sergent-instructeur et de pouvoir ensuite aller fouetter des culs en portant un chapeau vert. Tout ça grâce au cinéma et à quelques films bien précis. J’ai un faible, un gros faible, je vous le dis, pour les sergents-instructeurs de tous poils. Aussi, voici un classement des 10 meilleurs sergents instructeurs au cinéma selon moi.



10
 
C'est sur ce tournage que Richard Gere s'est mis au yoga.

A la 10ème place, le Sergent Emil Foley, interprété par Louis Gossett Jr., dans le médiocre Officiers et gentleman de Taylor Hackford. Gossett Jr. y mène la vie dure à Richard Gere, fils d'un sous-officier de marine alcoolique et putanier. Le bellâtre aux yeux d'oriental, sosie officiel de Zizou et horrible comédien, vient de s'inscrire sur les listes de l'armée pour devenir aviateur. Tout du long, Foley en fait baver à Dick Gere, jusqu'à ce que ce dernier en perde son bouddhisme et que les deux hommes s'affrontent sur un tatami, tout nus, dans un corps-à-corps troublant. D'autant plus troublant qu'en ce qui me concerne la véritable figure mémorable de ce film (qui ne l'est pas pour un dinar, mémorable) reste plutôt celle de la jolie Debra Winger, compagne de Gere et véritable bouffée d'air frais entre deux parcours du combattant et autres sauts de haies avec feu de barrage à balles réelles.


La belle Debra Winger, délaissée pour un grand noir avec une chaussure blonde...



9

La 9ème place revient à Warren Oates dans la faiblarde comédie signée Ivan Reitman en 1982, Les Bleus, avec Bill Murray et Harold Ramis. C'était la toute fin de carrière du grand Warren, qui comme son ami Peckinpah n'avait sans doute pas sa place dans les années 80. Il est assez effacé dans son rôle de sergent-instructeur sur le retour un rien grognon, taquiné par ces sales gosses de Muray et Ramis, qui se sont engagés pour parer leur ennui et quitter une vie d'échecs multiples et variés (l'intro évoque très vite fait celle de Dumb & Dumber). A moins que ce soit le script qui batte de l'aile. Quoi qu'il en soit, Warren, au final, prendra parti pour ses bêtes noires, en pseudo-père de substitution, partant les tirer des griffes communistes où ils se sont égarés par bêtise. Belle époque, dite "classique", du cinoche ricain !


Warren Oates incarne Hulka, un sergent-instructeur trop cool pour porter pareil blaze.



8

Le sergent Zim, incarné par Clancy Brown, n'est pas le personnage le plus mémorable de Starship Troopers, malgré ses méthodes originales et bon enfant (par exemple quand il transperce la main d'un de ses novices avec un jet de couteau sublime pour lui donner une leçon de modestie), et malgré toute l'estime que semble lui porter Paul Verhoeven, qui le laisse mystérieusement disparaître du film (telle Lea Massari dans L'Avventura, hommage évident) au moment où les personnages principaux ont terminé leur stage d'entraînement et foncent attaquer les Arachnides, pour le faire revenir en grande star inattendue dans un finale en fanfare : engagé comme simple soldat, c'est lui qui parvient à capturer le cerveau ennemi (une grosse couille gluante) dans une grotte de la planète P. Néanmoins, ce comeback délirant paraît un peu forcé et marque moins les esprits que celui de Jean Rasczak (Michael Ironside), professeur d'arts plastiques un rien prosélyte dans la première partie du film, reconverti meneur intraitable des Francs-Tireurs dans la deuxième.


 Le sergent Zim, grand pédagogue, a lui-même lancé ce couteau à beurre sur son élève.



7

Changeons de registre avec un sergent-instructeur aux antipodes de la figure autoritaire dessinée par Verhoeven : le sergent Cass d’Opération Shakespeare, rôle tenu par le mémorable Gregory Hines, un beau noir moustachu (morphotype idéal du sergent-instructeur, comme cet article tend à le prouver). Le sergent Cass est emblématique de l’autre grande catégorie de sergents-instructeurs, les grandes gueules au grand cœur. Cass commence par casser les couilles de Danny DeVito, prof de littérature improvisé dans une caserne, bien décidé à faire entrer Shakespeare dans la tronche des gosses des cités venus apprendre le pas de l'oie. A la fin du film, le sergent Cass, avec ses yeux de clebs battu, finit quasiment en larmes, sous la pluie et sous son chapeau de scout, planté là parmi la bleusaille (dont Marc Whalberg dans le rôle d'un demi-demeuré) à écouter un soldat lui réciter la plus belle tirade du Henry V de Shakespeare, celle de la St Crépin (« Encore une fois sur la brèche, mes amis… »). Bouleversant.


Avec une gueule d'amour pareille, Gregory Hines ne pouvait pas tenir son rôle d'enflure bien longtemps. Ce type-là aime forcément la littérature.



6

Il ne s'agit peut-être pas à proprement parler d'un sergent-instructeur, puisqu'il est adjudant-chef, mais il tient quand même un rôle assez similaire. Il s'agit de l'adjudant-chef Picard (François Darbon, Darbon qui sera d'ailleurs dans le film le nom de la fiancée d'Antoine Doinel, Christine Darbon). Il apparaît brièvement au tout début de Baisers volés, unique film non-américain de la liste. Doinel sort du trou, convoqué par Picard, qui termine une entrevue avec ses hommes où il leur recommande de manipuler leur arme avec délicatesse (c'est comme les femmes, "on leur met pas tout de suite la main au cul"). S'ensuit un dialogue savoureux, où Picard compare Doinel au chien de Nivelle, "celui qui fout le camp quand on l'appelle", et le renvoie à la vie civile avec des piques bienveillantes qui font sourire un Jean-Pierre Léaud muet et aussi rieur, mais plus couillon, que dans Les 400 coups ou Antoine et Colette.


 François Darbon, paysan dans Le Caporal épinglé de Renoir, adjudant-chef chez Truffaut.



5

Le plus célèbre, celui qui vient à l’esprit de chacun quand on parle de sergent-instructeur et de cinéma, l’incontournable Gunnery Sergeant Hartman (Ronald Lee Ermey) de Full Metal Jacket est appelé à la barre des enculés. Il est l'incarnation pure et dure du taré militaire, de la teigne en uniforme, du formateur jobard qui file des surnoms humiliants, dresse les futures recrues les unes contre les autres, forme plus des assassins que des fantassins, hurle des horreurs sur ses bleus et les torture quotidiennement avec un plaisir non-dissimulé avant de retourner coucher avec son fusil-mitrailleur. Le chapeau posé sur les sourcils, Ronald Lee Ermey vocifère sur sa bleusaille à chaque fois qu'il apparaît, comme M. Massol, mon prof de physique-chimie en classe de Terminale L. Kubrick, en forçant le trait pour tendre vers une rigoureuse caricature du personnage, a sans doute visé assez juste, et nous a quoi qu’il en soit livré une référence, le portrait le plus terrible mais le plus mémorable du sergent-instructeur type.


Soit son pantalon de pyjama kaki est un taille haute, soit Ronald Lee Ermey rivalise avec Titi Henry dans la catégorie des prétendants au surnom de "Cobra".



4

Quelques films nous ont ceci dit offert des sergents-instructeurs plus fréquentables, de ceux dont on se délecte encore et encore, et sans se lasser. Par exemple le sergent-instructeur de Hot Shots !, « Red » Herring, incarné par Bruce A. Young, parodie de la parodie de sergent-instructeur fournie par Kubrick quatre ans plus tôt. Malheureusement peu présent dans la célèbre comédie menée par Charlie Sheen, Valeria Golino et Cary Elwes, Bruce A. Young l’illumine néanmoins par une performance inoubliable. Sa seule apparition consiste à entrer dans le dortoir des jeunes pilotes en hurlant des tas de trucs plus ou moins débiles, émaillés de répliques cinglantes, dont un « Sors les pectoraux ! » lancé à la blonde de l’équipe, au garde-à-vous en soutien-gorge, ou encore le génial : « Tu ferais mieux de pas signer le chèque si t’as pas le fric en caisse ! ». Je cite notre homme en français pour la bonne raison que c’était encore l’époque où les traducteurs et les doubleurs y mettaient du cœur, y compris avec un accent "noir" douteux, et où la VF avait du bon pour ce genre de film.


Ce qui accapare mon regard ici consiste en deux obus proéminents et fièrement rebondis, qui se situent dans le coin inférieur gauche de l'image.



3
En 3, le génial Lt. Thaddeus Harris, instructeur de Police Academy interprété par le non moins génial G.W. Bailey. La peau de vache par excellence, qui déteste toutes ses recrues sans exception et se fait un plaisir de les pousser vers la sortie en leur rendant la vie impossible. Notamment à coups d'injures qui révèlent chez lui une forme de génie. Quand il accompagne les bleus dans les dortoirs, Harris s'en donne à cœur joie, et son chouette doubleur avec. Après avoir gueulé son classique "Plus vite ! plus vite !", il chantonne : "Nous devons trouver à ces chers petits merdeux un endroit pour dormir !", et il vient juste de finir sa mélodie, et personne n'a répondu, qu'il enchaîne déjà : "Vous feriez mieux d'écouter au lieu de ramener votre fraise, bande de connards !" Une fois qu'il a attribué une chambre à Mahoney, le personnage principal, il continue : "Tous les autres pédés, venez avec moi !" C'est tellement gratuit, laid, et dit avec le cœur qu'on aimerait être dans la bande. Idem un peu plus tard : "Vous faites partie de la section F., F. comme Fumiers. Quand je dis "Hey, les fumiers", vous comprenez que c'est vous". Un discours à retenir pour tous les profs qui débutent. Harris finit le film la tête tanquée dans le trou de balle d'un cheval et il en sort grandi. Sacré mec.


Le Lt. Harris, génie de l'insulte.



2

Mais le Drill Sergeant de Forrest Gump marque aussi des points dans la catégorie des sergents-instructeurs ultra grossiers, d'autant que lui se veut sympathique. Il faut dire que, dans le film de Robert Zemeckis, le rôle du supérieur irascible et vociférant est confié au conducteur du bus de l’armée (Kenneth Bevington), qui, quand Forrest Gump lui donne son nom avant d’aller s’asseoir, comme il avait l’habitude de le faire dans le bus de l’école, se met sans prévenir à lui hurler dessus : « Tout le monde s’en tape le coquillart de ton blase, couille molle ! T’es même pas digne de me lécher mes bottes de merde ! Gare tes grosses miches de tantouse dans ce bus, tu es à l’armée maintenant ! ». A noter que l’ultra-violence de ce propos homophobe littéralement hurlé, poussé le cou en avant par un chauffeur sur-énervé, chauffé à blanc sans raison apparente, vers la nouvelle recrue Gump, est multipliée par deux via les gouttes d’eau que projettent les essuies-glaces du bus et qui semblent sortir de la bouche du type, comme autant de postillons énormes. Sans doute la plus grande idée de mise en scène de toute la filmographie de Bob Zemeckis. 


Moustache ? Pas moustache ? Impossible à dire. Le sergent-instructeur de Forrest Gump est toujours filmé à contre-jour, ou dans la pénombre, ou les deux, de telle sorte qu'il constitue un trou noir dans l'image, d'où n'émanent que des paroles d'amour hurlées sur son 1ère classe préféré.

La part de débilité militaire (pléonasme ?) étant entièrement et fièrement assumée par le chauffeur du car, le véritable sergent instructeur du film, interprété par le magnifiquement nommé Afemo Omilami, peut quant à lui se montrer parfaitement agréable, et même encourageant. Mais tout le génie de ce personnage, c’est de prendre le parfait contrepied de son rôle tout en le tenant sans faillir : il hurle, mais pour louer les talents de sa nouvelle recrue. C’est ce qui en fait l’un des meilleurs sergents-instructeurs de l’histoire du cinéma. Il faut voir ce type (encore une fois trop vite évacué du film alors qu’il en est la principale attraction) s’émerveiller des réponses débiles de Gump (qu'il invective toujours en gueulant : "GUUUUUUUUMP") à des questions au moins aussi débiles. Quand on lui demande pourquoi il a remonté son arme aussi vite, question faramineusement conne au départ, le soldat répond, tout penaud, « Parce que vous me l’avez demandé sergent-instructeur », et l’autre de trouver ça putain de brillant. Le génie d’Afemo Omilami tient dans cette scène. Il promet au deuxième classe Gump qu’il sera général un jour, le traite de génie et mise sur un QI de 160, le tout en lui gueulant au visage comme si l’autre lui avait chié dans les pompes. C’est là toute la noblesse des meilleurs sergents-instructeurs, et je crois sincèrement que tout bon film devrait en compter au moins un dans son casting. Imaginez un personnage de sergent-instructeur dans Shakespeare in Luv.



1

En numéro 1, un autre sergent-instructeur assez colérique mais très drôle, l’inégalable Sergent Apone, sous les traits d’Al Matthews. Il n’est pas qu’un sergent-instructeur d’ailleurs, c’est aussi un vrai sergent sur le terrain, mais il tient son rôle à la perfection dans le Aliens de James Cameron. Noir et moustachu, comme Louis Gossett Jr., Gregory Hines, Bruce A. Young et Afemo Omilami, Al Matthews jouit lui aussi d’un doublage au poil, et disparaît également trop vite de l’écran, massacré par un alien particulièrement détestable dès la première escarmouche du film. Mais le sergent Apone a quand même eu le temps de nous faire rêver avant de crever, et ce dès sa première apparition, quand les capsules d’hyper-sommeil du vaisseau de guerre Sulaco s’ouvrent pour nous présenter tour à tour les différents membres du commando de marines. Apone, à peine réveillé, enfourne un cigare sous sa moustache et au moins jusqu’à sa glotte, puis nous gratifie d’un discours savoureux : « Alors mes cailles vous attendez quoi ? Votre café au pieu ? Encore une jolie journée de soleil ! Être dans les marines c'est comme des vacances à la ferme, chaque repas est un banquet, chaque fin de mois, on est millionnaire, chaque corvée est une partie de plaisir ». Et quand Hudson (l’indispensable Bill Paxton), mettant le pied au sol, se plaint du froid, Apone conclut l’échange en tirant le dessous de sa paupière avec son index : « Regarde-moi dans l’oeil ! ». Ca n’a l’air de rien comme ça, mais c’est du grand numéro d’acteur.



Le sergent Apone dans toute sa splendeur. Je me suis mis à fumer le cigare après avoir vu le film pour la première fois, vers 7 ans.

Le sergent-instructeur est aussi un homme de discours, c’est lui qui doit motiver les troupes avant la bataille, et Apone est un modèle du genre, notamment à chaque fois qu’il s’en prend à Hudson (« Ta gueule Hudson »). On se rappelle aussi de ce moment magique où Ripley (Sigourney Weaver) lui demande s’il y a quelque chose qu’elle peut faire, et où il répond, presque sans lui laisser le temps de terminer sa phrase : « Y’a quelque chose que vous savez faire ? ». Le doubleur mérite à lui seul un Oscar. Quand la jeune femme lui prouve qu’elle sait manipuler un robot de charge et lui demande où elle doit mettre une roquette, Apone lui répond de sa voix rugueuse et sur ce ton rigolard inimitable en avalant quasiment tout son cigare. Grâce aux quelques courtes scènes marquées par la prestation d’Al Matthews, et presque exclusivement grâce à elles (disons grâce à son tandem avec Bill Paxton), Aliens a fini par devenir une comédie à mes yeux, une armored-car-comédie, un véritable chef-d’œuvre.


Officiers et Gentleman de Taylor Hackford avec Louis Gossett Jr. (1982)
Les Bleus d'Ivan Reitman avec Warren Oates (1981)
Starship Troopers de Paul Verhoeven avec Clancy Brown (1998)
Opération Shakespeare de Penny Marshall avec Gregory Hines (1994)
Baisers volés de François Truffaut avec François Darbon (1968)
Full Metal Jacket de Stanley Kubrick avec Ronald Lee Ermey (1987)
Hot Shots ! de Jim Abrahams avec Bruce A. Young (1991)
Police Academy de Hugh Wilson avec G. W. Bailey (1984)
Forrest Gump de Robert Zemeckis avec Afemo Omilami (1994)
Aliens de James Cameron avec Al Matthews (1986)

24 août 2016

Bad Company

Premier film de Robert Benton, plus connu pour avoir réalisé le très oscarisé Kramer contre Kramer, Bad Company est un anti-western typique du cinéma américain des années 70. Barry Brown y incarne un fils de bonne famille qui se retrouve livré à lui-même sur les routes mal famées de l'Ouest après avoir évité de justesse l'enrôlement dans l'armée pour la guerre de Sécession. Très vite, il croise le chemin du chef d'une petite bande de voyous, joué par le très fringuant Jeff Bridges. Le film nous narrera alors en une série d'épisodes les différentes mésaventures de cette bande de jeunes partie vers l'Ouest à la recherche d'une vie meilleure.



On suit tout cela avec un certain plaisir notamment grâce aux deux personnages principaux, très attachants, l'un voulant rester droit dans ses bottes par rapport à ses croyances malgré les méfaits dans lesquels il est entraîné tandis que l'autre se fantasme fièrement en un hors-la-loi intrépide. On veut croire en leur amitié et son expression à l'écran, toujours pleine de pudeur et d'authenticité, nous offre les plus beaux moments du film. L'interprétation de Barry Brown, également fascinant dans Daisy Miller, y est pour quelque chose. Cet acteur malheureusement disparu quelques années après le tournage, membre méconnu du "club des 27", est la curiosité de Bad Company. Avec ses airs troublants de Ryan Gosling brun, il a une présence étonnante, dégageant une fragilité et une incrédulité qui conviennent totalement à son personnage.




Trait récurrent du Nouvel Hollywood, la naïveté et la soif de vivre des jeunes protagonistes est contagieuse pour le spectateur et systématiquement mise à mal par des retours à la réalité à la brutalité souvent saisissante. Certaines scènes sont aussi cruelles que mémorables, l'humour bravache se mêle à la violence crue, les beaux moments de douceur alternent les grands drames inattendus. Tout cela fait de Bad Company un film hautement recommandable, à ne surtout pas confondre avec celui dans lequel Anthony Hopkins affronte Chris Rock.


Bad Company de Robert Benton avec Barry Brown et Jeff Bridges (1972)

5 août 2016

Demolition

On rassure tout le monde d'emblée : malgré son patronyme francophone, Jean-Marc Vallée n'est PAS français, il est canadien, et si ça ne tenait qu'à moi, il le RESTERAIT. Si, avec Demolition, il voulait démolir le concept même de cinéma, il y est parvenu ! Si, avec Demolition, il voulait démolir la carrière de Naomi Watts, il y est arrivé. Si, avec Demolition, il voulait démolir l'avenir de Jake Gyllenhaal, il a atteint son but. Si, avec Demolition, il voulait démolir ma soirée, il a dépassé ses objectifs en fusillant ma semaine à bout portant parce que j'ai dû en regarder 15 minutes par jour pour ne pas imiter Gyllenhaal et tout casser chez moi. Une semaine marquée du sceau de l'infamie !




Je m'autoproclame martyr de Jean-Marc Vallée. Cet homme a le tout Hollywood dans sa poche. McConaughey a tapé du poing sur la table pour qu'il réalise Dallas Buyers Club, Whitherspoon a exigé que ce soit lui qui mette en image son livre de chevet, Jake Gyllenhaal n'a rien demandé, il l'a simplement confondu avec Villeneuve (pas le réalisateur mais le pilote Formule 1).




Dans ce film, tout est cliché. Jake Gyllenhaal, trader dans l'entreprise de son beau-père, perd sa femme dans un accident de voiture. Il n'arrive pas à éprouver du chagrin, il est insensible. Le jour de l'accident, il est plus marqué par le fait qu'un distributeur automatique lui ait volé 1$ que par la mort de sa femme. C'est ainsi que lors de la cérémonie funèbre il s'isole pour écrire une longue lettre à la société qui gère les distributeurs automatiques pour exiger un remboursement mais surtout pour déblatérer sur sa vie. C'est déjà lourd de vous l'écrire alors imaginez donc le film. La voix off de Gyllenhaal cynique et désabusée lit à nos pauvres oreilles ces lettres imbuvables. Il finit par rencontrer la responsable du SAV de cette société, fascinée par ces écrits, qui n'est autre que Naomi Watts. Une amitié teintée d'intimité se met alors en place entre les deux personnages tandis que Gyllenhaal prendra son métier un peu par dessus la jambe et préfèrera payer des artisans démolisseurs pour les aider à démolir diverses maisons, d'où le titre moisi du film.




Pour finir, une pensée pour le personnage de la femme décédée de Gyllenhaal, qui passe pour une fille à papa, adultère, faisant la gueule à sa mère pour une histoire de serviettes de bain et qui conduit sans regarder la route. De petit connard de trader participant à foutre la planète dans la merde, Gyllenhaal devient, après l'avoir perdue, un grand philanthrope auprès des enfants trisomiques qui réussit même à rendre le sourire à son beau-père irascible. Une belle histoire d'amour en creux...


Demolition de Jean-Marc Vallée avec Jake Gyllenhaal, Naomi Watts et le beau-père de Jake Gyllenhaal (2016)

30 juillet 2016

Hangover Square

Quand on lui demandait les trois secrets pour réaliser un bon film, John Brahm répondait : "Réussir le début, bien torcher le milieu, et pas chier la fin". C'est exactement ce qu'il s'employa à faire avec Hangover Square, beau film noir, oublié aujourd'hui, et pourtant fièrement porté, de toutes les façons possibles et à bouts de bras, par l'acteur Laird Cregar, un géant aux traits épais et au regard de bête traquée. Ce dernier venait de jouer dans The Lodger du même Brahm, où il incarnait Jack l'éventeur. On est alors en 1945 et c'est Cregar qui insiste pour que le studio achète les droits du bouquin de Patrick Hamilton, c'est lui qui rend le personnage principal inoubliable et c'est lui qui laisse sa peau dans l'entreprise, à seulement 31 ans. Impressionnant dans le rôle d'un petit compositeur du début du XXème siècle (avec les gros doigts du fin poète, dans le genre Guillaume Apollinaire) doublé d'un tueur qui s'ignore, Cregar crève l'écran à chaque instant, et plus encore quand Brahm mitonne des scènes aux petits oignons. 



L'introduction, avec le meurtre au couteau d'un vieil antiquaire dont le visage effaré et hurlant surgit à l'écran comme le meurtrier dans la boutique, et comme la séquence elle-même, sortie de nulle part, juste avant que l'échoppe ne s'embrase, lance le récit sur des charbons ardents. Et le feu, qui dévore le héros de l'intérieur et laisse son visage en sueur, ne manquera pas dans cette histoire, puisqu'il est de retour dans la terrible scène centrale, où le cadavre d'une jeune femme manipulatrice (Linda Darnell) est placé au sommet d'un bûcher lors d'une fête londonienne sous le regard enchanté d'une foule qui ignore tout de ce qu'elle acclame, et à la fin, tandis que notre compositeur monstrueux, après son ultime confrontation avec un agent de Scotland Yard (interprété par ce cher George Sanders), termine de jouer sa partition (signée Bernard Herrmann) au beau milieu d'un théâtre en flammes, dans ce qui s'avère être un finale magistral.


Hangover Square de John Brahm avec Laird Cregard, George Sanders et Linda Darnell (1945)