27 novembre 2016

True Story

True Story. Beau titre. Un intitulé lynchéen. En parlant de Lynch, l'autre jour ma tata jobarde, la femme de mon tonton Scefo, m'a conseillé d'aller voir "le dernier film social de Lynch sur le Pôle Emploi". Elle me sort ça à table, en plein repas dominical. J'étais comme un fou. D'habitude je me renseigne un peu sur les sorties ciné... Et ma tata jobarde me sort un scoop, elle me laisse carrément sur le cul entre le fromage et le dessert. J'étais surexcité, curieux à en crever de voir le nouveau film de Lynch, un vrai tournant dans sa carrière, un virage à 180° vers le cinéma sociétal réaliste engagé ! Con de tata... Lynch, Loach, à deux lettres et quelques neurones près, on y était... Bref. Revenons au film de Rupert Goold et à son magnifique titre. Les distributeurs français ont hésité à le traduire par Pur scénar, Gros script, Récit exact ou Beau film. Au final ils n'ont rien traduit du tout. Ils ne l'ont pas regardé non plus.


Un beau ticket de cinéma vendu pour True Story, en double programme avec Scream 4, pour 12$50, soit 11€80 les deux films, une affaire. Un(e) gros(se) veinard(e) a vu ce film sur écran géant, le 4 du mois de ??? 20?? On l'applaudit.

Comme dit l'adage, "vérité en-deçà des Pyrénées, mensonge au-delà". De quel côté est l'en-deça des Pyrénées ? Aucune idée... Cette histoire véridique, sur laquelle Rupert Goold a misé toute sa vie, c'est celle d'un type accusé à tort, qui passe des siècles en taule avant que le vrai meurtrier aille se dénoncer. Énorme. Enfin, pas sûr de bien résumer. La tagline est pas mal non plus : "Aurez-vous le courage d'y croire ?" D'où ma question : si le film était basé sur une histoire fausse, l'auraient-ils vendu en nous disant : "Aurez-vous le courage de ne pas y croire ?" Je reste sceptique face à cette accroche, de même que je suis mal à l'aise devant le travail de l'infographiste qui a superposé et mélangé les tronches de Jonah Hill et James Franco sur l'affiche. D'ailleurs c'est un film plein d'effets de fondu, des fondus au noir, des fondus au blanc, des fondus enchaînés, des fondus bourguignone. Ce serait un titre plus exact : Fondue. Je sais que pour certain(e)s les très sexy James Franco, Felicity Jones et Jonah Hill sont des arguments de vente massifs, mais je vous défie d'avoir le courage de mater cette merde, du moins jusqu'au bout. Un point positif quand même pour terminer, et parce que tout n'est pas à jeter : le dvd est disponible en 48h à la livraison sur certains sites.


True Story de Rupert Goold avec James Franco, Jonah Hill et Felicity Jones (2015)

23 novembre 2016

Bleeder

De retour en salles cette année, Bleeder est le deuxième long métrage de Nicolas Winding Refn, réalisé en 1999, soit trois ans après son coup d'éclat initial, Pusher, plongée violente et réaliste dans le monde des trafiquants de drogue danois qui plaça le réalisateur sur orbite. On y retrouve les trois acteurs principaux de la trilogie Pusher : Kim Bodnia, Mads Mikkelsen et Zlatko Buric. On replonge aussi dans les mêmes décors : les rues ternes de Copenhague, ses appartements lugubres et ses döners peu ragoûtants, ses journées grises et ses nuits sanglantes (si vous voulez vous passer l'envie d'aller visiter la capitale danoise, regardez l'un des premiers films de NWR !). Mais contrairement à chaque épisode de la saga Pusher, qui se focalise toujours sur un seul personnage, le collant littéralement aux basques du début à la fin et épousant totalement son point de vue, Bleeder s'éparpille davantage et nous propose de suivre deux types appartenant à la même bande de zonards. 





Kim Bodnia interprète Leo, un trentenaire qui, c'est le moins que l'on puisse dire, accepte fort mal sa paternité à venir et s'enfonce dans une crise existentielle sans échappatoire. Mads Mikkelsen campe Lenny, un grand obsédé de cinéma tenant un vidéo-club et qui tente, très laborieusement, de séduire la blonde bossant au kebab du coin. Deux gros paumés, ne sachant pas trop quoi faire de leurs vies, soignant et exprimant leur mal-être de différentes manières, qui trouvent refuge dans la violence, le cinéma, ou les deux à la fois. Bien que le personnage joué par l'inévitable Mads Mikkelsen ait une présence moindre à l'écran, on sent que Nicolas Winding Refn est beaucoup plus attiré par lui, et nous de même par conséquent. Inutile de partir dans de grandes analyses pour se dire que l'acteur fétiche du cinéaste incarne ici une sorte d'alter ego. Cinéphile transi, il permet au réalisateur de citer explicitement, à travers lui, ses plus grandes influences, sans détour et avec une grande simplicité. 





Cette cinéphilie dévorante, partagée par le personnage et son auteur, transparaît via des films qui tournent souvent en arrière-plan, diffusés sur le mini-poste du vidéo-club ou dans la petite salle de projection de Lenny, des œuvres contenant toute la violence qui finira par se propager bien au-delà. Un univers cinématographique et des influences qui prennent également la forme d'une longue récitation quand Mikkelsen énumère mécaniquement à un client hagard tous les réalisateurs mis en avant dans sa boutique, ou quand il répond, sans aucune hésitation, que son film préféré est Massacre à la tronçonneuse à la jeune fille qu'il tente d'approcher. C'est d'ailleurs Liv Corfixen, filmée avec une attention toute particulière et future épouse de NWR, qui obnubile le pauvre Lenny, amateur de cinéma de genre et grand handicapé social dont les maladresses amènent quelques moments d'humour dans ce monde si noir. 





Si Bleeder s'avère moins intense, moins maîtrisé, en bref, moins réussi que n'importe quel Pusher, il est tout de même traversé par des scènes saisissantes, d'une tension et d'une violence qui font parfois froid dans le dos (je pense ici au sombre destin de Leo). Mais c'est peut-être lors de ces moments plus légers, nous montrant les errances, le morne quotidien et les discussions anodines de la petite bande, que NWR nous séduit davantage. Il se rapproche alors d'une certaine façon du cinéma américain indépendant de cette période et de ses "slackers", il rappelle aussi, et plus directement, ces petits apartés et ces dialogues triviaux entre camés qui faisaient le charme du premier Pusher. Dans une veine encore très réaliste, caméra portée, nerveuse ou attentive, près des corps, un style bien éloigné de celui auquel on l'associe depuis Drive, NWR filme ses personnages avec un regard et une sincérité qui emportent l'adhésion. Car Bleeder, c'est aussi et surtout des personnages remarquables, qui existent durablement une fois le film achevé. Les acteurs sont au diapason et le jeu de Mads Mikkelsen, déjà excellent et auquel le réalisateur offrira bientôt son rôle le plus marquant dans Pusher II, contribue évidemment à rendre son personnage plus attachant. Nous sommes rassurés que le film choisisse de se terminer sur lui, avec la promesse d'une idylle enfin possible...


Bleeder de Nicolas Winding Refn avec Kim Bodnia, Mads Mikkelsen et Liv Corfixen (1999)

18 novembre 2016

Ce sentiment de l'été

En pleine convalescence, au sortir de l'hosto, la tronche encore enfarinée par l'anesthésie générale, québlo sur mon canapé, je cherchais un film susceptible de me détendre, de me faire voir la vie en rose, de me laisser fumer des mauves tranquille. Sur une pauvre clé USB, déjà tanquée dans mon lecteur dvd/bluray, deux films. J'avais le choix entre Green Grass de Paul Greenzone, film sur la guerre en Irak et les mensonges éhontés de ces enfoirés de Bush et Blair à propos des armes de destruction massive de Saddam, qui avait 9 chances sur 10 de me foutre la rage, et Ce sentiment de l'été. On est en novembre, il fait pas toujours clair dehors, pas toujours chaud dedans, avec un titre pareil, mon choix fut vite fait. En prime, le casting pouvait se pointer dans mon salon sans que je trouve à gueuler : Anders Danielsen Lie, le jeune homme d'Oslo 31 août, deux acteurs rohmeriens, Marie Rivière et Feodor Atkine, la sympathique Laure Calamy d'Un monde sans femmes et de Rester vertical, et au milieu de tout ça la jeune première Judith Chemla, la Chem'.




Le film commence plutôt bien. On observe une jeune femme qui se réveille toute nue auprès de son compagnon (Danielsen Lie), qui va se faire un café, traîne sur son balcon au soleil, se douche, part au boulot, fait son taff - qui semble agréable - avec le sourire, mange un morceau, s'y remet, baignée d'une lumière ma-gni-fique, toujours aussi zen, lumineuse, puis elle sort du boulot, elle fait dix mètres dans un parc et tombe raide morte. Rupture d'anévrisme ? En tout cas les symptômes sont les mêmes. Elle a cané. Euh, ok. Après on suit la famille et le petit copain, qui souffrent, se regardent en silence, ne pigent rien, sont dévastés par la tristesse. Et apparemment le film va consister à les regarder en chier plus ou moins. Et ça s'appelle Ce sentiment de l'été. Titre presque aussi traitre et salaud que celui de Quelques heures de printemps. J'ai quand même tenu une grosse demi heure à partir du moment où celle qui nous était présentée comme l'héroïne joviale et rayonnante se vautre décédée au bout de trois minutes de métrage. Puis après avoir bien cherché les rayons de soleil dans tout ce merdier j'ai tout arrêté. Le film est peut-être bien malgré tout. Je n'en sais rien. J'ai préféré lancer le dernier épisode de Jason Bourne. C'est de la merde mais là au moins on s'attend aux ruptures d'anévrisme, et on sait qu'elles ne débarqueront pas sans prévenir, en général elles sont précédées par un coup de feu, ou alors par un coup sec du tranchant de la main de Jason Bourne sur les cervicales de ses potes, accompagné d'un bruit de cagette brisée. CLAC.


Ce sentiment de l'été de Mikhaël Hers avec Anders Danielsen Lie, Judith Chemla, Marie Rivière et Feodor Atkine (2016)

14 novembre 2016

L'Affaire SK1

L'Affaire SK1, premier film de Frédéric Tellier, nous montre en parallèle la traque policière et le procès du tueur qui a terrorisé l'est parisien dans les années 90, Guy Georges. Il s'agit d'une nouvelle tentative ambitieuse de polar à la française, n'hésitant pas à aller puiser son inspiration dans des faits réels assez récents et cherchant à provoquer le vertige chez le spectateur plongé dans une enquête qui n'en finit pas et placé face au portrait d'un monstre au visage humain. On aurait aimé s'enthousiasmer pour ce film mais force est de constater que s'il parvient sans souci à captiver son auditoire et qu'il nous rafraîchit la mémoire sur le déroulé de cette enquête, il ne restera guère gravé dans nos mémoires de cinéphiles. Loin de là. 




Il y a quelque chose d'assez pathétique dans la volonté ostentatoire de Frédéric Tellier de créer une fascination pour le 36, quai des Orfèvres. Il n'y a rien à faire, ça ne prend pas. Ça sonne faux. On ne marche pas. Et nous ne sommes pas étonnés d'apprendre que M. Tellier était directeur artistique du film lourdingue d'Olivier Marchal. On ne croit pas à cette équipe de flics obsédés par leur enquête qui passent leurs week-ends ensemble en bateau pour mieux resserrer les liens et dont les vies privées sont totalement bouffées par le boulot ; on ne croit pas à ces personnages à peine dessinés qui s'encouragent les uns les autres à coups de tirades très stéréotypées et parfois grotesques : "Faut qu'on la résolve cette affaire, merde !", "On gratte, on gratte, on gratte ! On secoue le cocotier et on verra ce qu'il en tombe !". Les dialogues sont un sérieux handicap, ils paraissent beaucoup trop écrits, quand ils ne tombent pas tout simplement dans la caricature. "Toutes ces horreurs que tu voies au 36, j'ai peur que ça t'abîme..." dit la femme du flic à son mari rongé par l'enquête. Les acteurs ont tous un mal fou à réciter leurs répliques de façon crédible, même ceux que l'on a déjà vu très bon ailleurs (je pense par exemple à Olivier Gourmet). Raphaël Personnaz a beau tout essayer, avec la barbe ou rasé de près, il n'a toujours pas le charisme ni les épaules pour porter un tel film. Mais il n'est pas vraiment à blâmer. 




C'est bien Frédéric Tellier qui se montre incapable de développer la tension nécessaire et, surtout de donner du souffle à son petit bébé. L'affaire SK1 s'étale sur plus d'une décennie, mais nous ne ressentons jamais cette impression du temps qui traîne, qui passe, qui s'accumule comme les cadavres de jeunes filles retrouvées égorgées et violées. Tellier aligne les vignettes en s'appliquant à reconstituer l'affaire au plus près, mais il sacrifie le suspense, oublie de créer une atmosphère, de faire du cinéma. Devant L'Affaire SK1, on pense davantage à un reportage soigné d'M6 qu'à un de ces grands thrillers américains auquel Tellier aimerait tant ressembler. Quand il s'intéresse à Guy Georges et tente timidement de dresser un portrait psychologique du tueur, Tellier donne de nouveau l'impression d'effleurer son sujet, d'échouer dans l'essentiel. Jamais nous ne ressentons ces sentiments contradictoires d'attirance et de répulsion pour ce serial killer que visent apparemment le cinéaste. C'est bien dommage. Tout cela reste tout à fait regardable et un peu mieux qu'un épisode de Faites entrer l'accusé, mais ça n'est pas vraiment du bon cinéma...


L'Affaire SK1 de Frédéric Tellier avec Raphaël Personnaz, Adama Niane, Nathalie Baye, Olivier Gourmet, Michel Vuillermoz et Christa Theret (2014)

6 novembre 2016

Independence Day : Resurgence

Si vous avez une quelconque curiosité pour le Mal, vous devrez regarder ce film un jour ou l'autre. Independence Day : Resurgence compte parmi les plus grands maléfices commis de main d'homme. Et on doit ce prodige, peut-être le pire film du monde ?, à Roland Emmerich, qui rempile vingt ans après le premier film du nom, pour vingt fois plus de destruction, vingt fois plus d'effets spéciaux, vingt fois plus de conneries à la seconde de métrage (c'est possible). Ce film est quasiment incompréhensible à force d'être mal écrit. On ne pige rien tant c'est con. Si vous ne l'avez pas vu, vous ne pouvez pas imaginer. C'est impossible. Et c'est pas seulement que c'est écrit à la truelle, que les personnages sont des clichés abominables, les dialogues misérables et la mise en scène à s'asseoir sur des grenades dégoupillées, c'est au-delà de ça, c'est presque de la magie de foirer un film à ce point.






Ci-dessus quelques photogrammes de la fin du film. Je reste fasciné par l'incommensurable laideur des plans de Roland Emmerich. Ses incrustations sont tellement dégueulasses. Il nous avait déjà livré quelques monstruosités visuelles dans 2012 et je crois qu'il a encore poussé la barre un peu plus loin ici. Ah tiens, je n'ai pas dit un mot de l'histoire. En gros, les méchants aliens reviennent vingt ans plus tard. Juste avant leur arrivée, un vaisseau alien d'une autre race est venu nous aider, mais les chefs des gouvernements du monde ont décidé, en deux seconde chrono, sans raison ni justificatif de domicile, de leur tirer dessus. Du coup l'humanité doit subir une autre attaque des salopards (à laquelle ils réagissent exactement comme vingt ans plus tôt : à coups d'avions de chasse et de Bill Pullman, qui rempile aux côtés de Jeff Goldblum, parmi quelques nouveaux, dont Charlotte Gainsbourg et Liam Hemsworth, frère de Chris, ici dans le rôle de la tête brûlée horripilante, la même que celle incarnée par Charlie Hunnam dans Pacific Rim et tant d'autres daubes du genre). Tout cela bien sûr avant de piger que la petite boule blanche venue au début, et qui s'avère parler un excellent anglais (elle cause comme la voix digitale de la SNCF), leur veut du bien, et veut même faire des humains ses soldats pour aller botter le cul des méchants extra-terrestres chez eux. Ce qui nous vaut une dernière réplique digne des meilleures saillies de Donald Trump : "We're gonna kick some alien ass !", annonçant avec fracas la suite de cette suite... promesse d'un spectacle aux confins de l'imaginaire et de la merde.


Independence Day : Resurgence de Roland Emmerich avec Bill Pullman, Liam Hemsworth, Charlotte Gainsbourg, Jeff Goldblum et Maika Monroe (2016)

1 novembre 2016

Dernier train pour Busan

Bon, si c'est ça le renouveau du film de genre populaire, comme on a pu le lire un peu partout, c'est quand même pas le rêve... C'est une histoire d'épidémie zombie, en Corée. Lesdits zombis sont sauvages, violents, obsédés par la chair humaine, indifférents à tout le reste, rapides, aveugles dès qu'on éteint la lumière, incapables d'ouvrir une porte, ultra débiles donc. A l'est que dalle d'à peu près neuf. Mais c'est surtout un film à très gros sabots, ou à très grosses tongs si les tongs sont bien des chaussures coréennes (il me semble que c'est bien le cas). C'est lourdingue dès le départ (un jeune papa divorcé bosse dans la finance, bosse trop et ne s'occupe pas de sa fille, qu'il finit par accompagner je ne sais où en train parce qu'à force d'agir comme un tocard il est à deux doigts de passer pour un définitif enfoiré - situation initiale sous-spielbergienne donc, de Hook à La Guerre des mondes), et jusqu'à la fin du film (bien lourde, vraiment, je ne spoile pas mais que c'est lourd nom de dieu... la chute au ralenti à l'arrière du train, la petite fille qui chante dans le tunnel alors qu'elle a la chance d'être dans le noir et de ne pas attirer d'éventuels zombis, quelle conne... je ne spoile pas, mais c'est lourd). 




Entre les deux, on peut dire que c'est lourdaud aussi, on tient bon parce que l'action n'est pas trop mal menée (même si c'est du non-stop, pas mal redondant au bout d'une heure à passer d'un wagon infesté à un autre... encore plus si on s'est déjà fadé le Snowpiercer de Bong Joon-Ho), malgré des scènes vraiment grossières (la croisade épique des trois cons à travers trois wagons jusqu'au chiotte où se sont planqués les autres - et encore le réal nous épargne l'effet foireux à la Old Boy... on sent qu'il était à ça de nous l'infliger...). Mais surtout, tout cela n'est pas finaud pour un sou. Combien de fois encore verrons-nous ce papa indigne qui, face à l'adversité, prouve à sa fille qu'en réalité il n'est pas totalement un con et qu'il peut même, parfois, tenir à elle ? Combien de fois ce directeur de compagnie hystérique qui ne pense qu'à sa gueule et qui est prêt à sacrifier tout le monde pour s'en sortir mais qui, au final, se fait dévorer comme de juste ? Combien de fois le gros type costaud, rigolard, un peu rustre mais plein d'humanité qui se sacrifie pour sa femme enceinte en lui glissant le prénom de leur futur enfant (Toshiba je crois) ? Combien de fois le coup de fil fastoche, à la fin, qui révèle que c'est la finance qui est à la base de tout ce merdier, sans non plus trop s'embêter à justifier un phénomène qu'il vaut souvent mieux laisser inexpliqué. Bref, parler de renouveau pour qualifier ce film,  c'est tout de même à pleurer.


Dernier train pour Busan de Sang-Ho Yeon avec Gong Yoo, Kim Soo-Ahn et Dong-seok Ma (2016)

26 octobre 2016

Audrey Rose

Audrey Rose est peut-être loin d'être le film le plus recommandable de la si longue et hétéroclite filmographie de Robert Wise mais il est, à coup sûr, l'un des plus étranges. Il ne s'agit pas non plus d'une pépite oubliée du cinéma fantastique des années 70 et, à sa sortie, il semble avoir souffert d'être dans l'ombre de L'Exorciste, ce qui est somme toute logique, même si les deux films ont finalement très peu à voir. Découvert aujourd'hui, et sorti de ce contexte défavorable, Audrey Rose est pourtant une vraie curiosité qui mérite amplement le détour. Après s'être essayé à pratiquement tous les domaines, Bob Wise signe ici une œuvre apparaissant longtemps inclassable, naviguant et hésitant entre les genres, prenant des bifurcations inattendues, et dont il faut attendre la dernière scène pour être fixé et la ranger définitivement dans la catégorie du drame familial qui tache et cloue même sur place par la franchise de son fin mot.




Audrey Rose est constitué de deux parties bien distinctes. La première, plus conventionnelle, est illuminée par le talent d'Anthony Hopkins, un acteur dont je n'ai guère l'habitude de dire beaucoup de bien, mais qui est ici irréprochable dans un rôle pourtant compliqué. Nous devons en effet absolument croire en ce père en détresse, persuadé d'avoir trouvé en la petite Ivy, une new-yorkaise de 11 ans, la réincarnation de sa fille, Audrey Rose, décédée dans un tragique accident de voiture (scène d'ouverture glaçante). La précision du jeu de l'acteur, conjuguée à la maîtrise du cinéaste, nous permettent d'accepter ce scénario qui aurait pu, entre d'autres mains, aboutir à un insupportable mélo hollywoodien. Bien qu'il soit difficile à cerner, il se dégage du film une sincérité rare qui maintient alerte et finit par emporter l'adhésion. Audrey Rose est portée par la conviction sans faille d'un cinéaste bien décidé à donner vie au scénario étonnant écrit par Frank De Felitta, fidèlement adapté de son propre livre et de son vécu personnel.




Dans cette première partie, les scènes de crise, où la pauvre gamine revit en cauchemar la mort de son ancêtre, s'enchaînent et s'avèrent toutes assez efficaces, surtout la première, alors que le ridicule tend à chaque fois les bras au réalisateur. C'est dans ces moments-là que l'on reconnaît le savoir-faire de Robert Wise et que l'on peut également penser au classique de William Friedkin sorti 4 ans plus tôt. Cette fillette de bonne famille, s'agitant sur son lit en proie à des souffrances inconsolables et bientôt appelée à subir quelques tests pour déterminer l'origine de son mal (surtout une longue séance d'hypnose, qui clôt quasiment le film, et donne lieu à une scène tendue et très réussie), rappelle inévitablement la petite Reagan possédée. Mais Robert Wise parvient néanmoins à maintenir ses distances et la relation entre les deux films est en réalité très mince et ponctuelle, presque accidentelle. En outre, jamais Audrey Rose n'entre dans l'horreur et seulement par deux fois nous sommes à la lisière du fantastique, mais jamais nous n'y pénétrons véritablement. C'est une porte qui semble s'ouvrir toute seule comme dans un bon vieux film de maison hantée jusqu'à ce que l'on se rende compte que c'est encore la gamine qui fait une nouvelle crise de somnambulisme. C'est une tasse de thé qui paraît se renverser d'elle-même quand Hopkins évoque la mort de sa fille, mais qui nous est montrée de façon tout à fait anodine, comme un pur accident, et l'on finit par penser qu'il s'agissait d'une simple maladresse du personnage meurtri et emporté par son récit.




Le talent d'Anthony Hopkins, alors assez jeune et presque bel homme, s'exprime tout particulièrement dans deux scènes parmi lesquelles celle précédemment évoquée, où l'acteur captive et saisit par le débit de sa voix, son intonation et ses mots délicatement posés, très calculés, mais donnant parfaitement vie à un récit destiné à agiter l'imagination. Un mauvais réalisateur aurait peut-être choisi d'illustrer ce long monologue par un montage parallèle lourdingue, Robert Wise sait que le génie de son acteur suffit et il a bien raison de miser tout sur lui. La deuxième scène où Anthony Hopkins impressionne est celle, toujours dans la première heure, où il implore l'aide de la mère d'Ivy, pour que celle-ci lui permette de passer du temps avec sa fille, et c'est cette fois-ci dans ses postures, ses regards et ses mimiques subtiles, encore une fois très travaillés, que l'acteur nous fascine.




La seconde partie du film est la plus étonnante. Audrey Rose devient une sorte de réflexion sur la réincarnation et prend les allures d'un film de procès comme les américains savent en faire. Anthony Hopkins, au banc des accusés, est alors relégué au second plan, mais le film ne perd pas pour autant de son intérêt et continue d'intriguer. Sa force, sa singularité tient justement dans ce choix du réalisme à tout prix, dans sa prise de parti osée, quitte à parfois flirter maladroitement avec le documentaire sur l'hindouisme par l'intermédiaire de ces quelques images peut-être un peu superflues nous montrant les pratiques indiennes. On regarde donc tout ça avec les sourcils légèrement relevés, ne s'attendant pas à les hausser encore davantage à la toute fin, qui laisse vraiment sur le cul. Il serait totalement impensable qu'un tel film se termine comme ça aujourd'hui. De par son audace et sa singularité, Audrey Rose appartient bel et bien à la folle décennie du cinéma américain. 


Audrey Rose de Robert Wise avec Marsha Mason, Anthony Hopkins, Susan Swift et John Beck (1977)