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22 septembre 2020

Le Clan des irréductibles

Le deuxième long métrage réalisé par Paul Newman après le beau Rachel Rachel est l'adaptation d'un livre de Ken Kesey, écrivain américain majeur à qui l'on doit également Vol au-dessus d'un nid de coucou. Datant de 1964, Sometimes a Great Notion est seulement paru en France il y a quelques années, en 2013, sous le titre plus littéral Et quelquefois j'ai comme une grande idée. C'est l'histoire d'une drôle de famille de bûcherons de l'Oregon qui se met à dos tous les travailleurs syndiqués de sa ville en refusant de se joindre à leur grève et en continuant obstinément le boulot. Le film de Paul Newman nous plonge d'entrée de jeu dans ce conflit qui oppose le clan des irréductibles, à savoir la famille Stamper, aux grévistes venus négocier en barque et éloignés de la maison des Stamper, située sur les rives du fleuve, à coups de dynamite. Revient ensuite au foyer familial le fils cadet, moins bourru que les autres et influencé par la contre-culture des années 60. Son retour au bercail fait ressurgir un passé douloureux et alimente les tensions familiales.




Si le film de Paul Newman a de vraies faiblesses, des défauts évidents (on a du mal à comprendre les enjeux de la grève et donc ce qui motive l'entêtement des Stamper ; certains personnages ne sont pas assez creusés, notamment celui incarné par la belle Lee Remick, ou un peu trop caricaturaux, et je pense surtout ici au patriarche campé par Henry Fonda), il emporte toutefois largement l'adhésion d'abord grâce à cette façon très efficace de nous mettre immédiatement à la table et entre les murs d'une famille si spéciale, ensuite et surtout grâce au souffle étonnant qui semble animer la bobine du début à la fin. C'est suite au désistement de l'inconnu au bataillon Richard A. Colla, avec lequel il ne s'entendait pas, que Paul Newman a pris les choses en main. Et force est de constater que le sujet devait l'inspirer... Il y a là-dedans des scènes proprement sidérantes, à commencer par toutes celles où l'on voit la petite famille en plein travail. Par des moyens très simples, un montage soigné, une caméra patiente et méticuleuse, quelques mouvements d'appareil fluides et des vues aériennes impressionnantes, l'acteur-réalisateur parvient à nous immerger totalement dans le métier et, par conséquent, à nous rendre palpable tous ses dangers. Il développe ainsi une tension sourde lors de séquences assez longues mais qui pourraient très bien l'être davantage, où nous voyons Newman et sa bande abattre des arbres démesurés dans les montagnes puis les transporter à l'aide d'énormes machines. Ce spectacle fascinant, à la fois très réaliste et presque lyrique, nous laisse littéralement coi et, de mémoire de cinéphage, je n'avais jamais vu le travail de bûcherons (et un travail manuel et physique, en général) être aussi intensément dépeint à l'écran.




Il y a aussi une autre scène terrible, et je pèse mes mots, où les choix de Paul Newman s'avèrent particulièrement judicieux et ont encore pour effet de nous saisir complètement et même de laisser une empreinte durable chez le spectateur. Il s'agit de la mort par noyade de l'un des membres de la famille Stamper, le beau-frère toujours jovial et blagueur, qui se retrouve coincé sous un immense tronc d'arbre à la suite d'un de ces accidents de chantier que l'on craignait tant, alors que la marée fait très progressivement monter le niveau d'eau du fleuve... Paul Newman, qui joue l'aîné de la fratrie, tente vainement de venir en aide à son beauf, personnage attachant dont l'humour caractéristique est toujours au beau fixe malgré la situation, en essayant d'abord de tronçonner en vain l'imposant tronc puis en s'employant aux bouche-à-bouche avec l'énergie du désespoir, jusqu'à ce que l'inéluctable survienne. La mise en scène de Newman est encore très précise, juste, et dicte un rythme tangible à l'action. On y est ! Mais cette scène ne se raconte pas, bien qu'on en ait forcément très envie après l'avoir vue, elle se vit ! Elle est vraiment très forte et poignante. On en ressort KO. Là encore, de mémoire de cinévore ventripotent, c'est sans doute l'une des morts par noyade les plus marquantes de l'histoire du cinoche, tout simplement. Bref, s'il n'est donc pas le plus connu des films signés Paul Newman, Le Clan des irréductibles, par son étonnant mélange de réalisme brut et de lyrisme forestier, ainsi que pour ces quelques passages réellement impressionnantes qui méritent d'être vécus, vaut donc amplement le détour.


Le Clan des irréductibles (Sometimes a Great Notion) de Paul Newman avec Paul Newman, Henry Fonda, Lee Remick, Michael Sarrazin et Richard Jaeckel (1971)

16 février 2013

L'Étrange incident / L'Ouragan de la vengeance

Quand on découvre un film et qu'on aime le lieu qu'il nous ménage, le faisant nôtre petit à petit jusqu'à complètement habiter son espace, il est parfois brutal, mais l'amour du film en est souvent accru, qu'une brèche s'ouvre d'un seul coup dans ses murs confortables pour nous propulser vers un autre territoire, un autre film et une autre époque. Notre sphère vient d'entrer en dialogue avec un autre monde, et donc avec nous-mêmes, qui formons le pont entre les deux. Comment voir désormais L'Étrange incident (1943) sans penser à L'Ouragan de la vengeance (1965), et vice versa. J'ai personnellement vu le second, ultérieur, avant le premier, mais c'est en découvrant récemment l'aîné que j'ai aussi découvert le lien qui les reliait.




L'Étrange incident (The Ox-Bow Incident), film de William A. Wellman avec Henry Fonda, Dana Andrews et Anthony Quinn, raconte l'histoire de trois hommes capturés en pleine nuit, dans leur sommeil, autour d'un feu de camp allumé en rase campagne, par un groupe de citoyens persuadés (du moins pour une large majorité d'entre eux) que les trois cowboys ont volé puis tué un éleveur de leurs amis, et bien décidés à rendre justice sans attendre l'arrivée pourtant annoncée du shérif du coin. L'Ouragan de la vengeance (Ride in the whirlwind), film de Monte Hellman avec Jack Nicholson, Cameron Mitchell, Millie Perkins et Harry Dean Stanton, raconte l'histoire de trois hommes qui, après avoir dressé leur campement pour la nuit près d'une cabane occupée par des malfaiteurs en cavale, se réveillent encerclés par une armée de shérifs fermés à toute négociation et ouvrant le feu sur eux sans sommation, convaincus de l'appartenance des trois innocents au groupe de bandits et pressés de les prendre en chasse dans le désert.




Les deux films racontent donc des histoires assez similaires avec l'arbitraire et l'injustice pour sujet central. Mais surtout le film d'Hellman s'ouvre pratiquement là où se finissait celui de Wellman avec ses trois cavaliers qui, sur la route du chalet où ils seront mêlés à une fusillade inattendue, découvrent en guise de mauvais présage un pendu (ou plusieurs ? le cadrage laisse libre d'imaginer un hors-champ...). Sans doute un malfrat puni par des vigilantes, ou un marcheur qui aura servi d’exutoire à quelque mauvaise rencontre. Quoi qu'il en soit le cadavre fait dire à l'un des trois camarades circonspects : "Man gets hung…" ("Les hommes se font pendre..."). Ce pendu, symbole de fatalité, pourrait bien être l'un de ceux que Wellman ne montrait pas à la fin de son film, jouant lui aussi du hors-champ et avec quelle sensible cruauté, mais que nous ne pouvions nous empêcher de voir et avec la gorge au moins aussi nouée que la leur. 




Cette liaison entre les deux films est peut-être sur-interprétée mais la gratuité et surtout l'étrangeté de cette introduction dans L'Ouragan de la vengeance sème le doute (même si la scène - dont Peter Fonda s'est peut-être inspiré pour l'introduction de L'Homme sans frontière, tourné six ans plus tard - est terrible et annonce le destin funeste des protagonistes). Jack Nicholson, qui a produit et écrit le scénario du film de 1971, et Monte Hellman lui-même, cinéphile que l'on imagine a priori sensible au très bref western quasi-théâtral (tout le film tient sur deux décors), minimaliste et tragique de William Wellman, ont probablement vu et eu L'Étrange incident en tête au moment de tourner leur film. Le western d'Hellman s'écarte cependant du film de Wellman dans la mesure où il choisit la cavale au lieu du quasi huis-clos à ciel ouvert original, tendant bien sûr vers le road movie cher aux années 70 et à Monte Hellman en particulier (qui réalise l'année suivante un autre road-western encore plus radical tant dans la forme qu'en termes d'enjeux philosophiques, avec les mêmes Jack Nicholson et Millie perkins, The Shooting, et sublime le genre du pur road movie en 71 avec Macadam à deux voies).




Le film d'Hellman est aussi beaucoup plus pessimiste que celui de Wellman. L'Étrange incident condamne une société expéditive et vengeresse, critique en filigrane la peine de mort, clame le bienfondé du procès et l'absolue nécessité de justice en montrant un groupe d'hommes convaincus de détenir la vérité et pressés de se venger contre trois innocents, lesquels ont beau jeu de se défendre quand leur parole n'est d'aucune portée. Chez Hellman, qui signe une œuvre moins politique que philosophique, les trois victimes n'ont pas même l'occasion de dire quoi que ce soit à leurs poursuivants, ils sont condamnés et mitraillés d'emblée (l'un d'entre eux est tué dès le départ), ils courent au devant d'une mort imminente, inévitable et injuste, ne s'arrêtant qu'un instant pour jouer aux échecs chez l'habitant (jeu qui n'aura jamais aussi bien porté son nom), et chevauchant sans espoir dans un ouragan de fatalité (le titre original est bien meilleur que le français). Ils n'ont pas plus droit à un procès que leurs homologues de 43 mais n'ont même pas la vaine possibilité de dialoguer avec leurs bourreaux ou d'écrire une dernière lettre à leur épouse. Pire, l'injustice et une mort inutile s'abattent partout autour d'eux, sur la famille chez qui ils pensaient trouver refuge et dont le bon père (figure de Sisyphe comme il y en a partout chez Hellman, qui passe ses journées à frapper avec une hache sur une souche d'arbre) est abattu bêtement. Il ne reste plus à Jack Nicholson et à Cameron Mitchell qu'à avancer en attendant d'être rattrapés par leurs poursuivants ou par le temps, ce qui donne à Hellman l'idée de cette non-fin géniale où Jack Nicholson se retrouve seul sur son cheval, chevauchant lentement vers nulle part et arbitrairement interrompu par le film lui-même au beau milieu (ou plus vraisemblablement juste avant le terme) de son existence.


L'Étrange incident de William A. Wellman avec Henry Fonda, Dana Andrews et Anthony Quinn (1943)
L'Ouragan de la vengeance de Monte Hellman avec Jack Nicholson, Cameron Mitchell, Millie Perkins et Harry Dean Stanton (1965)

11 février 2008

A History of Violence

Trois ans après Spider David Cronenberg récidive. Ralph Fienes n'est plus de la partie. Viggo Mortensen, auréolé du succès des Seigneur des Anneaux 1, 2 et 3, accepte le rôle de Tom Stall, personnage à double facette, afin de se donner une crédibilité en tant que comédien. Dans ce film-ci il ne se contente plus de trimballer une grosse épée, désormais il a un gros calibre et il s'en sert. Pour interpréter le rôle de Jack Stall (le fils de Tom), Cronenberg engage Ashton Holmes, c'est assez audacieux quand on sait que le personnage est tout au plus âgé de 17 ans et qu'Ashton Holmes soufflait sa 28ème bougie sur le tournage du film. Les maquilleurs auront bien essayé de dissimuler son énorme glotte, rien n'y fait, on n'est pas dupes. Deux acteurs relèvent un peu le niveau : William Hurt et Ed Harris. Deux interprètes de talent qui, eux, ont lu le scénario et en ont bien compris l'aspect comique.



David Cronenberg installe la tension dès l'introduction pour accrocher l'attention de son spectateur. Un plan-séquence démonstratif ouvre le film sur deux tueurs qui se regardent tuer tandis que Cronenberg se regarde filmer. Les deux assassins sont dans la routine, ils font leur boulot lentement, mécaniquement, et la caméra les suit sur la même ligne. Cronenberg dresse ensuite le portrait de la famille idéale Nord-Américaine. Quand la petite dernière se réveille en sueur après un cauchemar, c'est toute la sainte famille qui se plie en quatre pour la réconforter en souriant. Au petit-déjeuner, c'est la grande entente et la bonne humeur autour de quatre gamelles bien tassées de Quaker Oats. Edie Stall accompagne Tom Stall au travail où il rejoint ses employés modèles dans un bar impeccable. Le jeune et sympathique Jack Stall fait gagner son équipe au base-ball avant de s'incliner face au gros dur du lycée, car il est gentil. Et le soir venu, les enfants n'étant pas là, Madame Stall se déguise en pom-pom girl pour offrir à son mari sa millième première fois d'adolescent, un festival son et lumière de sexe brut. La libido du couple bat son plein tandis que les deux amants entament leurs ébats par un 69 d'outre-tombe. Cronenberg semble là vouloir alimenter sa réputation de metteur en scène sulfureux, en d'autres termes il cherche à signer ce film en montrant ce qui d'ordinaire n'est même pas suggéré dans le ciné grand public ricain, et qui pourtant est si banal.



Avec ces deux séquences, Cronenberg établit une sorte de dichotomie entre deux mondes diamétralement opposés. Il y a deux catégories de gens, les tueurs laids et méchants absolument dépourvus d'humanité qui abattent une petite fille innocente, "inutile", de sang froid, et la bonne famille idéale pleine de bons sentiments et de gaieté à revendre. Pour passer d'un monde à l'autre, Cronenberg s'inspire d'un raccord d'Il était une fois dans l'ouest, et passe du coup de feu plein cadre sur une gamine inconnue au cri strident de la fille Stall qui s'éveille d'un cauchemar, comme Leone passait du coup de revolver d'Henry Fonda au sifflet aigu d'une locomotive au début de son chef-d’œuvre. La menace plane sur le monde apparemment calme et sans faille de Tom Stall... Après les présentations consécutives de ces deux sphères hermétiques et contraires, on admire le fils Stall qui, du haut de ses dix ans d'avance sur ses camarades et de retard sur la vie professionnelle, s'emballe facilement la fille la plus laide de son établissement scolaire sur un trottoir quand, soudain, le gros dur qui lui cherchait des noises au début du film arrive au volant de sa voiture et s'apprête à lui tomber dessus. C'était sans compter sur le gros 4x4 des deux tueurs de l'introduction qui vient bloquer sa route. D'un simple regard les deux tueurs font oublier les mauvaises intentions du petit caïd à l'égard du fils Stall. Les gros poissons mangent les petits, c'est la chaîne alimentaire, plus le bolide est gros plus son conducteur est dangereux. C'est brillant. Aussitôt après, les deux tueurs s'arrêtent dans le bar de Tom Stall. Le gros dur du lycée a joué l'intermédiaire, le passeur, le pont entre le monde des méchants et celui des honnêtes gens.



Les deux tueurs braquent alors le bar de Tom Stall, qu'ils prennent pour un dénommé Joey Cusack, mais notre papa poule et barman idéal les désarme et les tue avec une facilité déconcertante. Le personnage principal du film devient alors à proprement parler son "héros". Mais ce n'est que le début de ses déboires. Suite à cet acte de bravoure, Stall devient une héros national en même temps que la proie des médias, et c'est ainsi que ses vieux démons reviennent le hanter en la personne de Carl Fogarty (Ed Harris au top dans un rôle de borgne). La scène où Fogarty rend visite à Tom Stall dans son bar va plonger l'entourage du héros (contrairement au spectateur) dans une longue période de doute quant à sa réelle identité. Cronenberg perd son temps et aiguille laborieusement le spectateur vers la solution que nous avons tous devinée de longue date : Tom Stall EST Joey Cusack. Aucun spectateur ne doutait plus de la réponse depuis l'entrée d'Ed Harris dans le bar, aidés en prime par le jeu d'acteur tout en finesse de Mortensen... A noter, peu après, une scène ô combien pénible où Viggo court en traînant la patte derrière la voiture de Fogarty dont il croit qu'elle se dirige vers la maison familiale. Il aura alerté sa femme pour rien, Fogarty voulait seulement l'effrayer. Le plus ennuyeux n'est pas le faux suspense installé par Cronenberg mais la façon peu crédible et agaçante qu'a Tom Stall de se justifier de cette alerte auprès des siens. Cronenberg répète ses scènes et ses effets dans le magasin de chaussures où Edie Stall (Maria Bello) croira avoir perdu sa fille et la retrouve près d'un Fogarty apparemment amical. Scène sauvée de peu par un Ed Harris de haute volée qui conclut la scène par un inoubliable et mélodieux : "Mrs Stall, don't forget your shOOooes". Le film prend alors des allures comiques déjà entretenues, peu ou prou intentionnellement, par le caractère risible de certaines scènes (dont celles consacrées au rapport père-fils qui sont d'une simplicité et d'un cliché aberrants) et de certains personnages (les deux tueurs du début).



Le point de vue apparemment manichéen de Cronenberg pourrait sembler renversé par le personnage de Tom Stall qui semble tant bien que mal faire le lien entre les deux catégories de personnes présentées au début du film, lui qui réunit le papa modèle et le tueur sans scrupule. Quand Edie Stall découvre la vérité sur le sombre passé de son époux, elle vomit littéralement ses mensonges mais ne condamne pas le tueur qu'il a été, allant jusuqu'à l'innocenter auprès du shérif : c'est alors que survient le second rapport sexuel du couple. À ce moment précis de l'histoire du couple Stall, on ne peut plus décemment parler de "faire l'amour". Edie frappe Tom au visage, lequel riposte fermement, se transformant aussitôt en Joey Cusack, qui semble exciter Edie suffisamment tandis que la tendresse du premier rapport est remplacée par la brutalité d'une levrette à même l'escalier en bois d'ébène de la baraque.



Tom Stall n'est pourtant pas vraiment Joey Cusack, dont il devra se laver à la fin du film dans une scène pseudo christico-mystique avant de retrouver sa famille. De facto, le manichéisme échafaudé au début du film et que l'on croyait dissout par ce personnage complexe se voit renforcé par sa dualité même puisqu'il y a deux personnages en un que tout oppose, qui ne peuvent cohabiter. Tom Stall tue son frère, son alter ego maléfique, et redevient cool.



Cronenberg prétend vouloir filmer la violence dans son plus simple appareil, le plus banalement qui soit. Or s'il parvient à restituer la rapidité de tout affrontement et son aspect définitif, il se veut très maniéré et franchement esthétisant. Après chaque combat il nous gratifie en prime d'un gros plan agressif, hyperréaliste et inutile sur les visages défoncés des victimes de Stall. Là encore, par ces effets gratuits, Cronenberg semble vouloir renouer avec ses antécédents de réalisateur de séries B et poser sa marque sur un film pourtant destiné au plus large public possible. N'est-ce pas là une façon pour Cronenberg, à l'image de son personnage principal, d'être rattrapé par un passé qu'il s'efforce de noyer au profit d'un statut plus enviable d'auteur qui ratisse large ?


A history of violence de David Cronenberg avec Viggo Mortensen, Maria Bello et Ed Harris (2005)