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22 septembre 2020

Le Clan des irréductibles

Le deuxième long métrage réalisé par Paul Newman après le beau Rachel Rachel est l'adaptation d'un livre de Ken Kesey, écrivain américain majeur à qui l'on doit également Vol au-dessus d'un nid de coucou. Datant de 1964, Sometimes a Great Notion est seulement paru en France il y a quelques années, en 2013, sous le titre plus littéral Et quelquefois j'ai comme une grande idée. C'est l'histoire d'une drôle de famille de bûcherons de l'Oregon qui se met à dos tous les travailleurs syndiqués de sa ville en refusant de se joindre à leur grève et en continuant obstinément le boulot. Le film de Paul Newman nous plonge d'entrée de jeu dans ce conflit qui oppose le clan des irréductibles, à savoir la famille Stamper, aux grévistes venus négocier en barque et éloignés de la maison des Stamper, située sur les rives du fleuve, à coups de dynamite. Revient ensuite au foyer familial le fils cadet, moins bourru que les autres et influencé par la contre-culture des années 60. Son retour au bercail fait ressurgir un passé douloureux et alimente les tensions familiales.




Si le film de Paul Newman a de vraies faiblesses, des défauts évidents (on a du mal à comprendre les enjeux de la grève et donc ce qui motive l'entêtement des Stamper ; certains personnages ne sont pas assez creusés, notamment celui incarné par la belle Lee Remick, ou un peu trop caricaturaux, et je pense surtout ici au patriarche campé par Henry Fonda), il emporte toutefois largement l'adhésion d'abord grâce à cette façon très efficace de nous mettre immédiatement à la table et entre les murs d'une famille si spéciale, ensuite et surtout grâce au souffle étonnant qui semble animer la bobine du début à la fin. C'est suite au désistement de l'inconnu au bataillon Richard A. Colla, avec lequel il ne s'entendait pas, que Paul Newman a pris les choses en main. Et force est de constater que le sujet devait l'inspirer... Il y a là-dedans des scènes proprement sidérantes, à commencer par toutes celles où l'on voit la petite famille en plein travail. Par des moyens très simples, un montage soigné, une caméra patiente et méticuleuse, quelques mouvements d'appareil fluides et des vues aériennes impressionnantes, l'acteur-réalisateur parvient à nous immerger totalement dans le métier et, par conséquent, à nous rendre palpable tous ses dangers. Il développe ainsi une tension sourde lors de séquences assez longues mais qui pourraient très bien l'être davantage, où nous voyons Newman et sa bande abattre des arbres démesurés dans les montagnes puis les transporter à l'aide d'énormes machines. Ce spectacle fascinant, à la fois très réaliste et presque lyrique, nous laisse littéralement coi et, de mémoire de cinéphage, je n'avais jamais vu le travail de bûcherons (et un travail manuel et physique, en général) être aussi intensément dépeint à l'écran.




Il y a aussi une autre scène terrible, et je pèse mes mots, où les choix de Paul Newman s'avèrent particulièrement judicieux et ont encore pour effet de nous saisir complètement et même de laisser une empreinte durable chez le spectateur. Il s'agit de la mort par noyade de l'un des membres de la famille Stamper, le beau-frère toujours jovial et blagueur, qui se retrouve coincé sous un immense tronc d'arbre à la suite d'un de ces accidents de chantier que l'on craignait tant, alors que la marée fait très progressivement monter le niveau d'eau du fleuve... Paul Newman, qui joue l'aîné de la fratrie, tente vainement de venir en aide à son beauf, personnage attachant dont l'humour caractéristique est toujours au beau fixe malgré la situation, en essayant d'abord de tronçonner en vain l'imposant tronc puis en s'employant aux bouche-à-bouche avec l'énergie du désespoir, jusqu'à ce que l'inéluctable survienne. La mise en scène de Newman est encore très précise, juste, et dicte un rythme tangible à l'action. On y est ! Mais cette scène ne se raconte pas, bien qu'on en ait forcément très envie après l'avoir vue, elle se vit ! Elle est vraiment très forte et poignante. On en ressort KO. Là encore, de mémoire de cinévore ventripotent, c'est sans doute l'une des morts par noyade les plus marquantes de l'histoire du cinoche, tout simplement. Bref, s'il n'est donc pas le plus connu des films signés Paul Newman, Le Clan des irréductibles, par son étonnant mélange de réalisme brut et de lyrisme forestier, ainsi que pour ces quelques passages réellement impressionnantes qui méritent d'être vécus, vaut donc amplement le détour.


Le Clan des irréductibles (Sometimes a Great Notion) de Paul Newman avec Paul Newman, Henry Fonda, Lee Remick, Michael Sarrazin et Richard Jaeckel (1971)

25 février 2020

L'Homme qui voulut être roi

L'Homme qui voulut être roi, adaptation de la nouvelle de Rudyard Kipling par John Huston, est un film sur l'amitié. Les deux personnages principaux, Daniel Dravot (Sean Connery) et Peachy Carnehan (Michael Caine), sont deux britanniques, anciens militaires et francs-maçons, décidés à conquérir un pays à eux seuls, le Kafiristan (province imaginaire de l'Afghanistan), où nul européen n'a mis le pied depuis Alexandre le Grand. Les deux hurluberlus partagent les mêmes facéties, la même légèreté, la même insolente cupidité et surtout le même panache. Ils voient les choses en grand et ne prennent rien très au sérieux. Sinon leur amitié, qui les pousse au début du film à se rendre dans le bureau de Kipling lui-même (interprété par Christopher Plummer), journaliste au Northern Star, afin de compulser cartes et encyclopédies au sujet de leur future destination, mais surtout pour le prendre à témoin (contrat et signatures à l'appui) de leur serment d'amitié : pacte de loyauté et promesse devant l'autre de ne céder aux tentations de la chair et de la boisson qu'une fois leur mission accomplie.




Bien entendu, le serment sera finalement rompu, l'un des deux bougres, Dravot, pris pour un Dieu par le peuple soumis (une flèche tirée en plein cœur finit par chance sa course dans sa médaille franc-maçonne et fait croire à son immortalité), refuse de mettre un terme à l'aventure et de rentrer au pays riche comme Crésus aux côtés de son compagnon, préférant régner pour toujours sur le Kafiristan et prendre femme, ce qui vaudra aux deux compères de strictement tout perdre et de se retrouver gros-jean comme devant, leur seule amitié retrouvée pour toute richesse. Mais en revoyant ce film récemment, outre le plaisir de suivre les aventures de Caine et Connery (dont les personnages, à l'origine, devaient être interprétés par Bogart et Gable, puis par Kirk Douglas et Burt Lancaster, Peter O'Toole et Richard Burton, Paul Newman et Bob Redford et enfin Omar et Fred — John Huston ayant préparé ce film pendant 25 ans avant de l'accoucher), deux choses m'ont profondément touché. La première, c'est la magnifique introduction, où un Michael Caine méconnaissable, défait, borgne, à moitié fou et en guenilles, débarque chez Kipling tel un fantôme pour lui raconter l'aventure de sa vie — et c'est comme si l'un des personnages inventés par l'écrivain, mystérieusement incarné, venait en personne dicter son histoire à son propre créateur. Ou Kipling en Robert E. Howard, l'auteur des aventures de Conan le barbare, qui prétendait écrire lesdites aventures sous la dictée de Conan le Cimmérien en personne, venu les lui raconter depuis un monde parallèle et le pousser à les coucher sur le papier sous la menace d'une rafale de bouffes dans la gueule. 




L'autre, c'est cette scène, qui survient relativement tôt dans le film, durant le périple des deux aventuriers vers le Kafiristan. Lors de leur traversée des régions montagneuses de l'Inde, et après bien des difficultés, les deux hommes se retrouvent soudain confrontés à un gigantesque canyon qui met un terme définitif à leur avancée. Résolus à cet échec et convaincus de leur mort prochaine, Dravot et Carnehan décident d'aller s'asseoir à l'abri d'un rocher pour tailler un dernier bout de gras et se remémorer leurs multiples aventures passées, souvenirs qui ne manquent pas de déclencher chez eux quelques rires, puis beaucoup, de plus en plus nombreux et de plus en plus généreux, jusqu'à ce que ces éclats de rire, amplifiés, répercutés et démultipliés par l'écho des montagnes, déclenchent une formidable avalanche ayant pour effet de combler la faille qui séparait nos deux larrons de leur destination. 




Sauf erreur de ma part, cette scène est absente de la nouvelle de Kipling, dans laquelle Carnehan, racontant son périple à Kipling, ne mentionne l'avalanche que comme un risque potentiel lorsque Dravot chantait à tue-tête dans la montagne, après la mort de leurs dromadaires puis des mules qu'ils avaient volées à des voleurs — Dravot répondant à sa remarque que si un roi ne peut plus chanter, que lui vaut d'être roi ? C'est donc une scène propre au film de Huston que celle où, riant une dernière fois de leurs faillites avant de mourir, les deux amis déclenchent une catastrophe qui résout leur problème et leur sauve la vie. J'ai déjà souvent parlé d'amitié au cinéma, et de rire, à propos de La Horde sauvage ou plus récemment de Zorba le grec, et peut-être me direz-vous que je fais une fixette, mais tout de même, quelle idée, et quelle scène ! 


L'Homme qui voulut être roi de John Huston avec Michael Caine, Sean Connery et Christopher Plummer (1975)

3 avril 2018

Norma Rae

Réalisé en 1979 par Martin Ritt, Norma Rae est un film social militant de la plus belle eau. Il est porté par l'énergie débordante d'une actrice, Sally Field, qui fut justement récompensée d'un Oscar et d'un Prix d'interprétation à Cannes suite à cette performance soufflante. Elle incarne donc Norma Rae, ouvrière d'une usine de textile dans une petite ville du sud des Etats-Unis, qui se bat pour créer un syndicat qui permettra d'améliorer leurs conditions de travail. Elle est encouragée dans sa démarche par Reuben Warshowsky, un syndicaliste venu de New-York joué par Ron Leibman, qui essaie de canaliser son énergie et de lui apporter un peu de méthode. Une relation très particulière va naître progressivement entre les deux personnages aux caractères très différents mais aux convictions identiques, une sorte d'admiration mutuelle, un amour platonique, Norma Rae étant déjà mariée avec Sonny (Beau Bridges, le frère de Jeff), un collègue à la personnalité bien plus terre-à-terre que le new-yorkais, mais animé d'un amour sincère et entier pour sa femme.




Le film de Martin Ritt excelle dans la peinture de ces relations tandis qu'il parvient, sans difficulté, à nous intéresser à la lutte de son héroïne, attachante et passionnée. Le cinéaste réussit à nous décrire celle-ci en associant une grande intelligence, accouchant d'une œuvre très humaine, à cette efficacité typique des films américains de ce genre, quand ils sont réussis. La scène durant laquelle Norma Rae se révolte pour de bon, en écrivant en grand le mot "UNION" sur un morceau de carton et en montant sur sa table de travail pour mieux le brandir à ses collègues, qui coupent leurs machines les uns après les autres, dégage une rare intensité. Les acteurs sont tous excellents et ont chacun leur moment de grâce. Une scène m'a même tout particulièrement ému, celle où Sonny, conscient de l'attirance que sa femme éprouve pour Reuben Warshowsky et du fossé qui le sépare du new-yorkais, lui répète ses sentiments, en toute simplicité, et avec une sincérité aussi touchante que désarmante. Une scène vraiment sublime, Beau Bridges y est immense.




Plus connu pour ses collaborations mémorables avec Paul Newman (notamment l'excellent Hud, que je recommande vivement, mais aussi Hombre), Martin Ritt signe ici un très beau portrait de femme et un superbe film, mêlant brillamment les désirs politiques, sexuels et sentimentaux, qu'il est bien agréable de redécouvrir aujourd'hui. 


Norma Rae de Martin Ritt avec Sally Field, Ron Leibman et Beau Bridges (1979)

15 janvier 2017

Mystic River

Comme tout le monde, on a longtemps cru que l'affiche était à l'envers, comme tout le monde, on l'a retournée au moment de la placarder au-dessus de notre lit. Mais non, aucun couac dans ce film cousu de fil blanc. Il serait trop long de faire le tour du casting et de présenter chaque force en présence. On peut se concentrer sur les trois têtes d'affiche. Commençons par celui qu'on voit de loin. Tim Robbins, qu'ils ont raccourci sur l'affiche pour ne pas qu'il mange la tagline, est là pour morfler, comme dans 99% de ses rôles, avec son regard d'agneau et son air de chien battu. L'autruche de Baltimore finit 9 films sur 10 la tête dans l'eau, et Mystic River ne fait pas exception à la règle. Excusez-nous pour le spoiler, mais qui n'a pas vu ce film ? Même quand il est sorti sur les écrans, tout le monde connaissait sur le bout des doigts le scénario diabolique imaginé par le malade Denis Lehaine, l'écrivain américain jadis maçon de profession qui sait bâtir des intrigues en béton armé et charpenter des personnages en bois massif. Sur Robbins, pas grand chose à rajouter. Il se contente d'encaisser les coups comme un phoque sur la banquise, vulnérable et adipeux, de nouveau pris pour cible, la faute à son charme naturel de charognard à la manque.


1er jour de tournage : Sean Penn sort de sa caravane et s'en prend à Tim Robbins. La prod' est obligée d'appeler la police pour calmer la vedette.

Attaquons-nous au gros morceau. Sean Penn dit avoir "tout appris" de ses deux métiers (acteur et comédien) sur ce film. Sous les ordres d'Eastwood, dont il partage les opinions politiques d'extrême-droite, la collaboration fit des étoiles. Habité et enragé par son rôle, Sean Penn, chaque matin, à peine sorti de sa caravane, surgissait sur le plateau tel un boxer trop longtemps calefeutré sur son tabouret dans l'angle du ring, et mettait des roustes à Tim Robbins, quant à lui clairement engagé à gauche (pour rappel, la "gauche" en Amérique correspond grosso mierdo à notre FN français), soit à l'opposé de l'échiquier politique au pays de l'Oncle Sam. 


 2ème jour de tournage : sur le qui-vive, la police stoppe un acteur trop préparé pour le rôle, juste avant que son pied ne touche le pas de la porte de sa caravane.

Sale ambiance sur le plateau, mais comme souvent au cinéma, c'est dans les pires conditions qu'on chie des pépites d'or. Pour preuves, l'animosité qui régnait entre Humphrey Bogart et Lauren Bacall, qui les a amenés à en découdre plus que souvent, ou encore Paul Newman et Bob Redford, dont l'inimitié légendaire a pourri plus d'une cérémonie prestigieuse (dieu merci le sang ne se voit pas sur un tapis rouge) et ruiné plus d'un tournage, mais accouché de quelques merveilles instantanées.


3ème jour de tournage : la colère ne faiblit pas. Avant même d'avoir pris sa douche et après une nuit de cauchemars, Sean Penn débaroule hors de sa caravane tel un lion hors de sa cage. Dieu soit loué, Tim Robbins est sous bonne garde.

Bref, le Penn, Shaüwn Penn, ce facho reconnu, qui est l'incarnation du smiley inversé (":-("), n'a pas eu à se forcer pour tirer une tronche de dix kilomètres de long avant, pendant et après chaque clap du maître de guerre Eastwood. Rappelons que ce dernier, peu de temps avant, incarnait son propre rôle de Casper dans le film Casper. Il faut donc bien dire que Mystic River a été le film coup de poing d'Eastwood, c'est à partir de là qu'il a renoué avec la critique et le succès. Les journalistes ont un peu mis de côté ses engagements politiques de fumier (ultra libéral, chacun pour sa peau, oeil pour oeil dent pour dent, an eye for an eye et and a tooth for a tooth, l'oeil était dans la tombe et regardait Casper, pro-NRA, pro-IVG, go-vegan, healthyfood, fitness therapy, etc.), pour le consacrer grand manitou du cinéma américain néo-classique aux côtés de Cristi Puiu et Cristian Mungiu. Nous ne tarirons pas d'éloges sur ce film, puisqu'on vient de lui en faire pas mal. 


 Dernier jour de tournage : Sean Penn n'aura pas réussi à "se faire" Tim Robbins. Plusieurs policiers de Baltimore sont mis au vert pour quelques mois. Ceux-là mêmes qui disent avoir régulé le soulèvement de Los Angeles en 1963 affirment avoir eu plus de difficultés à maîtriser "le Penn".

Ce film nous a marqués à jamais (si c'est bien dans celui-là qu'un vieux raciste apprenti boxer récure sa bagnole en proposant un échange entre un petit gamin et un joueur de rugby à qui il répète en boucle "Mo Cuisha") - sacré Lehaine ! On se souvient encore de cette image finale, un regard-caméra d'école, où Kevin Bacon, sis à côté de Laurence Fishburne à l'enterrement de feu l'innocent et saint Tim Robbins, fixe le Penn du regard (et à travers lui le spectateur, complice de sa culpabilité) en lui adressant un clin d’œil qui veut dire "Je sais tout, et je ne ferai rien, puisque t'as déjà neigué Robbins, qui de toute façon allait finir comme tel". Un deus-ex-machina qui nous laisse pantois. Décidément, cette rivière sur laquelle on voit défiler le cadavre de Robbins, gonflé d'eau comme un gnou ayant su échapper aux crocos mais un peu trop soiffard, était vraiment mythique. Le dicton ne dit-il pas : "Reste le cul vissé à la berge, tu verras passer le corps de Tim Robbins" ?


Mystic River de Clint Eastwood avec Sean Penn, Tim Robbins, Kevin Bacon, Lawrence Fishburne, Laura Linney (2003)

10 août 2014

Rachel Rachel

Ils doivent se compter sur les doigts de la main les cinéastes qui ont voulu et su filmer une femme. Pas seulement sublimer le corps féminin en portant sur lui un regard masculin, ce que beaucoup de cinéastes ont fait et parfois très bien fait, ni même simplement composer quelque beau personnage de femme au sein d'un ensemble plus vaste, mais consacrer toute son attention à une femme, regardée pour elle-même et mise au cœur de l’œuvre pour en être le sujet autant que la pulsation. Paul Newman fait assurément partie des rares qui auront filmé une femme de cette façon-là, et dès son premier coup d'essai (Rachel Rachel est son premier film, on retrouvera cette façon de filmer les femmes, enfant ou adulte, quatre ans plus tard, dans le remarquable De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites).




Il est tentant, en ce sens, de comparer Newman à un autre acteur-cinéaste de la même période : John Cassavetes. On peut d'ailleurs trouver d'autres points de comparaison entre les deux hommes, qui sont sans aucun doute deux des plus beaux spécimens mâles sortis d'Hollywood (dans le sens où ils y sont apparus et où leurs réalisations en ont plus - Cassavetes - ou moins - Newman - débordé les frontières), et qui ont tous deux filmé leur épouse : Gena Rowlands pour Cassavetes, Joanne Woodward pour Newman. Orson Welles aurait pu compléter le trio d'acteurs-cinéastes tombeurs ayant filmé leurs femmes, mais je ne crois pas qu'il ait filmé Rita Hayworth de cette manière-là, sans le prisme de la séduction, sans distance admirative, sans désir masculin. Ce qui ne l'empêche pas de l'avoir sublimement filmée, entendons-nous bien. Mais chez Newman comme chez Cassavetes, on trouve cet amour peut-être plus immense qui consiste à regarder la femme en face, pour ce qu'elle est, à filmer l'autre, par exemple, tel qu'elle se vit - et particulièrement enfant - quand elle ne se sent pas regardée.




Rachel Rachel est passionnant par le portrait qu'il dresse d'une institutrice marquée par le métier de croque-mort de feu son père (très beaux flashbacks sur la jeunesse du personnage, petite fille blonde sérieuse, confrontée à la mort et prête à se la coltiner plus que de raison pour obtenir l'intérêt et l'amour de son père), désormais prisonnière d'une mère veuve et possessive. Rachel est une célibataire esseulée et soumise, assaillie de désirs intempestifs, envahissants et presque inquiétants (Newman joue simplement mais très efficacement sur les faux-raccords dans un montage brusque et troublant qui substitue à la réalité les visions sexuelles fantasmatiques étranges de son héroïne). Les divagations mentales de la jeune femme, de natures diverses, sont là dès l'ouverture du film, quand elle se réveille dans sa chambre, se parle à elle-même et se revoit petite fille tandis que sa mère vient la chercher pour "aller à l'école", phrase qui résume toute l'inertie d'une vie monotone passée à vieillir dans un village de campagne sans surprise.




Sur le chemin du travail, Rachel a ensuite des absences, et se voit par exemple en train de lécher la main du directeur de l'école. Pas loin de s'enliser dans une enfilade d'hallucinations, elle frôle le délire quand son amie la convie à l’Église, où un prêtre surexcité invite ses ouailles à se tenir les mains, contact physique qui est au nœud de la névrose du personnage. Et rien ne s'arrange quand sa collègue (incarnée par Estelle Parsons, la mémorable épouse hystérique de Gene Hackman dans Bonnie and Clyde) l'embrasse soudain à pleine bouche. A travers ce beau personnage, Newman évoque aussi l'homosexualité féminine, sur un plan intime plutôt que social, assez éloigné donc d'un film comme La Rumeur de William Wyler, avec ses deux institutrices soupçonnées d'homosexualité, jouées par Shirley MacLaine et Audrey Hepburn. Si bien qu'à la longue, Rachel pourrait devenir une fausse-jumelle de Carole, le personnage de Catherine Deneuve dans Répulsion...




Mais quand elle retrouve une vieille connaissance, un ancien camarade d'enfance revenu au pays, le personnage de Rachel, jeune femme solitaire, perdue, si désespérée qu'elle se jette au cou du premier homme venu, avec sa frange blonde et son air négligé, évoque plus directement l'héroïne éponyme du Wanda de Barbara Loden, tourné l'année suivante. Loden, dans son unique et incroyable film, a voulu et su elle aussi filmer une femme, en des temps où c'était bien rare, et avec une force peu commune. Si Newman signe un film moins radical et moins puissant que celui de Loden, il a le mérite de présenter un autre intérêt majeur : être un homme et filmer une femme en évinçant toute notion de désir ou de convoitise au profit d'un regard à la fois direct et saturé d'amour. Car c'est avant tout la présence de Joanne Woodward, la présence absolue de cette femme, qui fait événement. Elle est plus éclatante ici, déjà relativement loin de la jeune première qu'elle fut et pratiquement sans maquillage, que dans un film comme Feux d'été, antérieur de dix ans, où, toute en beauté, elle séduisait son Newman, alors acteur, dans un rôle tout trouvé d'irrésistible pyromane. Filmée dans sa nature, la présence brute et évidente qui se dégage de la moindre des expressions de l'actrice, de la moindre inflexion de son visage, de son sourire mutin, innocent, sincère et enfantin, comme de ses traits défaits par la tristesse, conjugué à un personnage fin et d'une grande humanité, nous maintient fascinés et émus d'un bout à l'autre du film.


Rachel Rachel de Paul Newman avec Joanne Woodward, James Olson, Kate Harrington, Estelle Parsons et Donald Moffat (1968)

8 juin 2014

Luke la main froide

Tourné en 1967 par Stuart Rosenberg (à qui l’on doit notamment Amityville, la maison du diable), Cool Hand Luke compte parmi les meilleurs films de Paul Newman. En 67, l’acteur a déjà fait étalage de ses talents d’acteur et de son charme ravageur dans Les Feux de l’été ou dans La Chatte sur un toit brûlant. Il est physiquement au sommet, sa carrière bat son plein (la même année, il tourne dans Hombre, un western de son ami Martin Ritt), et va, deux ans plus tard, associer son immense pouvoir de séduction à celui de Robert Redford dans Butch Cassidy and the Sundance Kid. Mais aussi plaisantes ou brillantes soient ses performances dans tous ces films, c’est peut-être dans Cool Hand Luke que Newman trouve son personnage le plus fascinant. Brick Pollitt, le fils favori de Big Daddy dans La Chatte sur un toit brûlant, cet homme dépressif, détruit par le suicide de son meilleur ami (et possible amant), en conflit avec sa femme (la divine Elizabeth Taylor), résolu à s’oublier dans l’alcool, était un personnage particulièrement passionnant, et brillamment incarné, mais à sa complexité s’oppose la simplicité biblique de Luke la main froide, dont les motivations restent beaucoup plus opaques, si tant est qu'il en ait.




Que sait-on de Luke ? Au début du film, complètement ivre, l’homme s’amuse à décapiter des parcs-mètres quand une patrouille de police tombe sur lui. Il sourit et se fait coffrer. Luke atterrit ensuite dans un centre pénitentiaire peu commode, ou ce même sourire distant et ironique lui vaut de se confronter au plus costaud de ses camarades de chambrée puis aux matons chargés de le briser. Tout ce que fait Luke, depuis la première jusqu’à la dernière minute du film, est voué à le divertir de son ennui profond, viscéral, identitaire. A chaque fois qu’il se lance dans une nouvelle entreprise idiote ou vouée à l’échec, et qu’on lui demande la raison de ses actes, il répond quelque chose comme « Faut bien s’occuper ». Et s’occuper pour lui consiste à se lancer des défis au choix, inutiles, extravagants ou dangereux, quand ce n’est pas les trois à la fois. C'est boxer contre la montagne de muscles du pénitencier, tant qu'il parvient à se remettre sur ses jambes, quitte à se faire littéralement démolir, ça peut aussi signifier gober cinquante œufs en une heure pour vaguement épater la galerie, ou pourquoi pas achever de goudronner une route le plus vite possible, sans oublier, bien sûr, s’évader à plusieurs reprises.




Filmé en position christique, vêtu d’un simple slip, allongé sur une table, le ventre gonflé des cinquante œufs qu’il vient de s’enfiler au risque d’y laisser sa peau, Luke ne cesse de défier Dieu, joue avec la mort, se montre prêt au sacrifice le plus idiot qui soit, par simple désœuvrement, et parce que, jugeant le monde qui l’entoure insensé, il refuse coûte que coûte d’y « filer droit ». On peut le briser mais pas le mettre au pas. Libre ou mort, Luke ne pourra jamais se conformer à l'ordre établi. D’une brutale humanité quand il pleure la mort de sa mère en chantant, ou quand il dit à Dieu, dans une église, à la fin du film, qu’il n’a sa place nulle part sur cette Terre, le personnage finit par accéder à une dimension fantastique. Quand, après avoir été frappé de plein fouet par une balle (venue sanctionner cette ultime et définitive réplique, lancée sur un ton rieur et revanchard : « Je crois qu'on a un problème de communication ! »), il continue de sourire à son compagnon de cellule, baigné d’une lumière rouge diabolique, Luke semble immortel, ou plutôt déjà mort (d’où la froideur de sa main), et prend les allures d'un diable incarné, tout sourire. Un triste diable solitaire et pétri d’ennui, condamné à une spirale sans fin de joyeuse auto-destruction. Et la compilation des sourires de légende de Luke qui conclut le film transmet en fin de compte tout le poids d’une dépression entière et irrémédiable, en même temps qu’elle nous laisse sur l’image paradoxalement lumineuse d’un des personnages les plus sombres et les plus bouleversants qui soient.


Luke la main froide de Stuart Rosenberg avec Paul Newman, George Kennedy, Joe Van Fleet, Clifton James, Harry Dean Stanton et Dennis Hopper (1967)

1 octobre 2012

Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants

Quiconque a vu ce film se souvient de cette scène où le couple que forment Yvan Attal et Charlotte Gainsbourg fait une bataille de bouffe à travers un immense appartement parisien à dix briques le mètre carré. La baston est rythmée par la drôle de chanson de Burt Bacharach, avec ses chœurs guillerets et ses voix haut perchées, qui accompagne une course poursuite assez comique, digne d'un dessin animé, dans Butch Cassidy and the Sundance Kid de George Roy Hill. Attal et sa femme regardent le film à la télé quand ils commencent à se tartiner de Nutella et à se balancer gaiement des giclades énormes de moutarde et de ketchup au visage, n'épargnant aucun des murs de leur gigantesque baraque dans des allers et retours répondant directement à ceux de Robert Redford et Paul Newman, les cow-boys du film de Roy Hill. Yvan Attal communique avec l'histoire du cinéma dans cette séquence, il dialogue directement avec le cinoche, il réinvente le western à la sauce mayonnaise, il se torche avec notre cinéphilie. Attal marche dans les pas du cinéma américain moderne, lui qui se veut le digne héritier du cinéma de papa de Claude Berri, qui joue le rôle de son propre paternel dans le film.



Au-delà du clin d’œil cinéphile lourdingue et de la nullité de la séquence, ce qui frappe, et là je pense que vous serez tous d'accord, c'est la façon dont les personnages fusillent à bout portant la caution de leur palace en réduisant consciencieusement en bouillie chaque parcelle de leur appartement. Je ne sais pas vous mais moi j'enrage de les voir faire, de devoir les mater en train de dégommer le moindre recoin d'un loft à cent bâtons le nanomètre carré au bas mot, de répandre des milliards de plumes d'oreiller (cf. l'affiche) sur le sol maculé de flotte, de confiture, d’œuf pourri, d'Actimel, de pinard et de purée de leur chambre avant de s'entre-dégommer au milieu de la pièce pour ajouter un peu de fluide séminal à la béchamel ambiante. Pour peu qu'on imagine la femme de ménage (parce qu'il faut en avoir une, que dis-je, il faut en avoir une armée pour se permettre de telles frasques) qui devra nettoyer ce chantier le lendemain matin, et c'est une envie de meurtre qui nous prend.



N'importe qui de normalement constitué ne supporte pas cette scène et ne peut la regarder sans se dire que les personnages sont de gigantesques cons. Qu'ils sont beaucoup trop cons même, anormalement cons, à un point qui rompt l'effet de fiction. On ne marche plus, c'est pas crédible ! A la limite on pouvait faire semblant de croire à Alain Chabat en couple avec Emmanuelle Seigner, ou à Johnny Depp craquant sur Charlotte Gainsbourg au Virgin en écoutant Creep de Radiohead. C'est difficile à avaler mais après tout si Depp a été marié pendant trente ans à Vanessa Paradis, il peut bien tomber sous le charme de Gainsbourg, autre enfant-star sortie de la cuisse de Jupiter grâce à un papa bien placé, massacrant la chanson comme la comédie, dotée d'une mâchoire non-négligeable et affichant un poids plume d'enfant de huit ans. Et puis Radiohead ça peut faire des miracles. Qui n'a pas fini une soirée trop arrosée dans le pieu d'une fan, même pas très jojo, de Karma Police ? Le film se veut d'ailleurs un clip complet et atroce de tous les hits du groupe. Attal en place au moins dix intégralement dans sa bande son pour recouvrir ses plans en caméra tremblée le représentant lui et sa bande de potes, des personnages plutôt irritants qu'il voudrait proches de ceux d'Husbands... La musique est absolument omniprésente, comme dans les pires rejetons de chez Sundance. Mais, pour revenir au sujet, si on peut à la limite gober le reste d'un script souvent ignoble, on ne peut pas, on ne peut décidément pas croire à ces gens qui détruisent leur appartement de milliardaires avec un smiley gros comme ça collé sous le nez. Faut-il être plein aux as comme Attal et Gainsbourg eux-mêmes pour tourner une telle scène sans se poser de question et sans se douter que le quidam qui matera leur film tiquera forcément au moins là-dessus...



Deux scènes plus tôt (je vous refais le film à l'envers, ça ne peut pas être pire qu'à l'endroit) Gainsbourg, qui se doute de quelque chose et soupçonne son mari de la tromper, est au bistrot, commande un café, pleure et part en payant mais sans toucher à sa tasse. Je vous le dis : j'ai mal devant cette scène. J'ai envie de crier à l'autre charlot de Gainsbarre de le boire son putain de café à 10 euros la mini-tasse en plein Montmartre, d'au moins y tremper les lèvres, au pire de le verser dans son sac si vraiment elle n'a pas soif et n'a pas la tête à boire un café. Mais on ne fait pas ça ! J'ai peut-être trop longtemps vécu - et aujourd'hui encore - en faisant attention à mes dépenses et en mettant un point d'honneur à ne pas jeter l'argent par les fenêtres, peut-être aussi qu'à force de me faire taper sur la gueule par ma femme quand j'ai le malheur de ne pas finir mes boîtes de céréales j'ai acquis une sorte de conscience aiguë de la nécessité de ne pas gâcher, je ne sais pas, mais ces scènes-là me démolissent littéralement. Apparemment Yvan Attal s'en régale quant à lui. Son film en lui-même est un semblable gaspillage, de temps et d'argent, autant le sien que celui des pauvres malheureux comme moi qui auront vu son long métrage sur écran géant à l'époque sans pouvoir se plaindre.


Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants d'Yvan Attal avec Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat, Emmanuelle Seigner et Claude Berri (2004)

7 mars 2012

Le Stratège

On m'avait dit "Ce film va te faire aimer le baseball, même si t'y connais que dalle, même si tu te fous de ce sport débile ! Non, je t'assure, ce film va te passionner pour le baseball, sans même connaître les règles de ce jeu chiant comme la mort !". C'est vrai, je le reconnais, pendant la première demi-heure, j'étais carrément dedans, j'étais devenu un fervent supporter des A's d'Oakland. La mayonnaise avait pris ! J'étais captivé par toutes ces discussions absurdes autour du recrutement des joueurs. J'étais en immersion totale dans ce petit monde dont j'ignorais strictement tout. Pendant cette première demi-heure, je comprenais sans difficulté que ce film ait été acclamé par la critique. Le souci, c'est que le film dure près de deux heures et quart. Je l'écris en toutes lettres exprès. Rendez-vous compte. Deux heures et quart de baseball. Et en coulisses, s'il vous plaît, pratiquement jamais sur le terrain. Seules des bribes de matchs nous sont montrées, jamais assez pour qu'on rentre dedans ou que l'intensité d'un match ne transparaisse à l'écran. On doute même qu'un match de baseball puisse seulement parvenir à être un peu intense. Je dois néanmoins bien reconnaître que je suis allé consulter la page wikipédia française consacrée au baseball dès le générique de fin, mais je ne crois pas qu'il s'agisse là d'un tour de force réalisé par le film ou que cela soit la preuve de sa qualité. Je suis aussi allé lire l'intégralité de la page wiki consacrée aux pneumatiques après avoir vu Rubber.




Deux heures et quart à voir Brad Pitt essayer de recruter des lanceurs, des receveurs et, pire encore, un champ extérieur droit ! Deux heures et quart à mater Brad Pitt donner des coups de fil à droite à gauche, infatigable, intenable, le tout en mâchouillant frénétiquement des chewing-gums, croyant-là singer à la perfection le manageur sportif ultra anxieux. L'acteur en fait des caisses ! Au début, là encore, je dois l'avouer, j'ai trouvé son jeu assez plaisant, à l'image du film, mais très vite, il a fini par me lourder sévèrement. Alors Brad doit être content, il a désormais son petit film sportif dans sa filmographie, comme Paul Newman, comme Robert Redford, et comme tant d'autres de ses modèles qui ont su avant lui saisir l'occasion d'interpréter des rôles d'homme à poigne, pour mieux les investir de toutes leur présence charismatique. Sauf que Brad Pitt en fait trop. C'est écrit sur son front qu'il cherche les récompenses, qu'il est à la pêche aux Golden Globes. Et c'est lassant.




L'autre souci, c'est que le personnage incarné par Brad Pitt a une gosse. Une gamine de 12 ans qui apprend péniblement à jouer de la guitare et qui aime, ô malheur, pousser la chansonnette. Soit dit en passant, quand le film tente vainement de nous dépeindre la vie familiale lamentable de Brad Pitt (séparé de sa femme et profitant de sa fille à de très rares occasions), dans le but de nous faire ressentir de la compassion pour son personnage, il touche le fond. Brad Pitt montre alors qu'il sait verser des larmes à la demande. Tant mieux pour lui. Mais revenons-en à cet insupportable détail, qui vient flinguer Le Stratège au moment le plus cruel. Dernière scène du film. Après avoir prouvé l'efficacité de ses méthodes de management, Brad Pitt se retrouve seul dans sa bagnole, rappelé à sa triste situation d'homme moderne. Il enfourne un cd dans son lecteur. Retentit alors insidieusement l'air d'une musique démoniaque que l'on a déjà tous bien trop subi. "I'm just a little bit cauff'' in da middle life amaz'ing nada mas' and I don't know where to go but nada mas I'm tired and I'm all right, oh-oh dum dudum deedum doudi dada doudi da dou dou dou dou..." entonne sa petite fille sur ce cd enregistré par ses soins. Là non, désolé, ça ne passe plus, pas avec moi. Si j'ai pris mon mal en patience pendant les deux derniers tiers du film, cette ultime scène m'a achevé. Voir chialer Brad Pitt seul au volant de sa bagnole, à la toute fin du film, sur les paroles terribles de cette chanson de malheur, ça a fini de me convaincre. Je venais de voir un film de merde, tout juste bon à offrir une nomination au tant convoité Oscar du Meilleur Acteur pour cette enflure de Brad Pitt, qui cabotine du début à la fin, la mâchoire inférieure plus en avant que jamais, la bouche toujours ouverte. J'ai dit "stop" et ça tombait bien, c'était fini. Ouf !


Le Stratège de Bennett Miller avec Brad Pitt, Jonah Hill et Philip Seymour Hoffman (2011)

20 janvier 2011

Slap Shot (La Castagne)

Voici donc l'ancêtre de toutes les comédies sportives de Will Ferrell. Ce film de George Roy Hill, cinéaste multifacettes capable d'un peu tout, y fait en effet énormément penser. On y retrouve un Paul Newman entraîneur-joueur d'une équipe de hockey sur glace truffée d'enflures, de débiles plus ou moins profonds, dont trois frères particulièrement impulsifs et violents, et un québécois toujours à la ramasse qui déblatère régulièrement dans un français des plus hideux possibles. A l'image du personnage incarné par Will Ferrell dans Semi-Pro, Paul Newman doit sauver son équipe de la dissolution, lui faire remonter la pente par tous les moyens. Y'a quelques passages vraiment hilarants. Évidemment, c'est moins débile que les films de Will Ferrell (quoique parfois...), mais ça m'étonnerait pas que Slap Shot soit l'un des films de chevets de notre comique préféré. Et surtout, c'est mené tambour battant, à un rythme effréné, ça dure deux plombes mais on ne s'ennuie pas. La toute première scène, avant même le générique, annonce bien la couleur : on y assiste à l'interview cocasse de l'un des joueurs débiles qui montre les différentes prises lors des bagarres en hockeys à l'animateur tv, cobaye stoïque de sa démonstration. En outre, les matchs de hockeys sont filmés avec talent, on comprend tout ce qui se passe, ce qui n'est pourtant pas évident, c'est très fluide, et la mise en scène parvient parfaitement à retranscrire la brutalité et la rapidité de ce jeu, par des effets très simples mais toujours bien sentis. En bref, voici là un fameux film qui mérite d'être redécouvert.


Slap Shot (La Castagne) de George Roy Hill avec Paul Newman, Michael Ontkean et Strother Martin (1977)