Affichage des articles dont le libellé est George C. Scott. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est George C. Scott. Afficher tous les articles

21 juillet 2022

Les Complices de la dernière chance

En 1970, George C. Scott est au zénith de sa carrière. Fraîchement auréolé d'un Oscar pour son incarnation mémorable du général Patton – Oscar qu'il se permit de refuser arguant, à raison, de l'absurdité de telles récompenses – l'acteur pense enfin avoir trouvé le rôle à la Bogart dont il a toujours rêvé dans ce scénario signé Alan Sharp intitulé The Last Run. C'est d'abord John Huston qui doit s'atteler à la réalisation mais suite à une rixe avec l'acteur-star liée à des différends artistiques inconciliables, le cinéaste passe la main et c'est l'homme-à-tout-faire et stakhanoviste Richard Fleischer qui reprend le travail. Entre lui et George C. Scott, le courant passe beaucoup mieux, mais ça coince encore entre notre légendaire terreur des plateaux et l'actrice initialement choisie par la production, Tina Aumont. Ni une ni deux, Aumont éjecte, remplacée au pied levé par une débutante, Trish Van Devere, que Scott prend illico sous son aile. Ils tombent amoureux pendant le tournage, malgré la présence de celle qui est encore la femme de Scott, Colleen Dewhurst, dans un rôle pour le moins ingrat à l'écran comme en dehors. Van Devere et Scott se marieront quelques mois plus tard...


 
 
Autant connu pour sa gestation mouvementée que pour ses modestes qualités intrinsèques, The Last Run, devenu dans sa version française Les Complices de la dernière chance, figurait depuis un sacré bail dans ma watchlist, moi qui suis particulièrement friand des prestations bigger than life de George C. Scott et connais aussi les talents de l'humble Dick Fleisher. Il s'agit de la première collaboration entre les deux hommes, ils remettront le couvert dans la foulée pour un autre polar, autrement plus mémorable et inspiré, Les Flics ne dorment pas la nuit, que l'on vous conseille en priorité. Nous suivons ici un ancien pilote pour braqueurs (George C. Scott) qui vit, reclus, dans une petite ville portugaise après avoir perdu, il y a des années, femme et enfant. Il décide de reprendre du service en acceptant un contrat a priori tranquille qui consiste à conduire jusqu'en France un tueur fraîchement évadé et sa jeune fiancée.  
 

 
 
C'est dans une ambiance désenchantée et nostalgique, entretenue par les mélodies lancinantes de Jerry Goldsmith, que se déroule ce drôle de polar mollasson, bien loin du road movie trépidant que son pitch pourrait laisser supposer. Et au-delà des quelques coups de sang chers à George C. Scott et d'une paire de répliques bien senties, c'est cette espèce de voile funèbre omniprésent qui donne à ce film mineur son petit charme singulier. Dès les premières minutes, on sent qu'un sombre désespoir pèse sur cet homme solitaire et éteint, qui semble ne plus avoir aucun but dans la vie, au point de retourner machinalement du mauvais côté de la loi, comme s'il n'y avait plus que ça qui pourrait lui procurer un dernier frisson. Lors de sa mission, il retrouvera toutefois des couleurs face à la compagne du tueur : elle lui laissera entrevoir un avenir différent qu'il ne croyait plus possible, mais nous le savons tout de même condamné et la fin tragique tombera comme une évidence. 


 
 
Le scénario, retravaillé maintes fois lors du tournage, s'articule donc progressivement autour d'un double enjeu très simple et facile à identifier. Cela pourrait permettre à ce polar de rapidement tourner à plein régime. Hélas, par manque d'énergie et d'action, The Last Run peine à nous emballer comme on l'espèrerait. Notre trio en cavale parviendra-t-il à échapper aux autorités et à gagner sa liberté ? La jeune femme choisira-t-elle une vie plus posée auprès du vieux loup solitaire bientôt définitivement rangé des bagnoles ? Le film de Flesicher n'est pas déplaisant à suivre, loin de là, mais il nous maintient dans un état de torpeur proche de son héros blasé. Côté action, le bilan est mitigé, on a connu Fleischer plus adroit. Nous sommes proches de la carsploitation étant donné la place démesurée accordée au véhicule conduit par George C. Scott, une BMW 507 cabriolet de 1957 que l'acteur répare et pouponne avec soin pendant le générique d'ouverture puis qu'il s'en va tester sur les routes de la côte portugaise en faisant rugir son moteur  des premières minutes un brin déconcertantes, presque reposantes, qui ont pour mérite d'annoncer le rythme peinard du film à venir. Les deux trois scènes de poursuites en bagnoles qui émaillent ce polar sont étonnamment longues, mais pas toujours dingues... On a vu tellement mieux ! Et le suspense opère rarement, à l'exception d'une scène sympathique où notre héros imperturbable gruge facilement deux policiers espagnols en usant du charme de sa passagère et de la naïveté d'un autostoppeur croisé en chemin.



 
 
Côté sentimental, nous sommes assez peu concernés par le triangle amoureux plutôt original qui se forment progressivement sous nos yeux distraits, ceci en raison de la faiblesse de l'un des personnages qui le constitue, celui du malfrat relou incarné par le trop pâle Tony Musante, comédien italo-américain croisé ces mêmes années chez Dario Argento et Sergio Corbucci dont James Gray se souviendra bien plus tard du visage ténébreux puisqu'il lui offrira des rôles dans les excellents The Yards et We Own the Night. Musante peine ici à exister face à George C. Scott et l'un des meilleurs moments du film est sans doute celui où il se fait remettre sévèrement en place par la star, avec clé de bras doublé d'un étouffement sévère, lors d'une scène délectable qui ne paraît guère simulée et laisse s'exprimer la furie qui anime Scott. Heureusement, il se passe un truc entre le gros George et sa jolie partenaire, Trish Van Devere : leur idylle contrariée, à laquelle on aimerait croire mais que l'on sait condamnée d'avance, est plutôt touchante. Elle l’est d’autant plus quand on sait qu’en réalité, Trish, après être devenue sa quatrième épouse, est parvenue à supporter notre cher George jusqu’à la fin de ses jours...
 
 
 
 
Les Complices de la dernière chance de Richard Fleischer avec George C. Scott, Trish Van Devere et Tony Musante (1971)

24 novembre 2018

Petulia

Quel chouette film de Dick Lester ! Il faut dire que lorsqu'on dispose de Julie Christie et George C. Scott en tête d'affiche, Nicolas Roeg en chef op' et John Barry à la musique, on met toutes les chances de son côté ! Petulia donne en effet l'impression d'être la conjugaison du talent de tout ce beau petit monde et un fruit bien de son époque, encore délicieux aujourd'hui. Richard Lester nous narre la rencontre et l'histoire d'amour compliquée qui s'ensuit entre la jeune, pétillante et ravissante Petulia (Julie Christie) et le calme et beau docteur Archie Bolen (George C. Scott). Tous deux appartiennent à la bonne société de San Francisco, tous deux sont plus ou moins en instance de divorce. Pour Archie, ça n'est plus qu'une histoire de papiers à signer, mais c'est acté : il vit désormais seul dans un appartement hi-tech à l'agencement très étrange, s'occupe un week-end sur deux de ses gamins et, quand il revoit sa femme, ça fait souvent des étincelles... Mais du côté de Petulia, ça n'est pas encore ça : elle clame sa passion pour Archie alors que tout reste à faire avec son actuel mari (Richard Chamberlain), encore bien accroché à elle... Nous suivons donc avec plaisir ces deux personnages dans leurs vies désordonnées, cherchant peut-être un équilibre et un peu de tranquillité dans l'agitation ambiante.





Comment, en effet, ne pas s'intéresser au récit d'une romance contrariée quand celle-ci concerne deux superbes personnages incarnés par de tels acteurs ? Julie Christie magnétise littéralement la caméra avec son si grand regard d'un bleu foncé hypnotisant, elle prête ses traits délicats à ce qui peut d'abord apparaître comme un personnage léger, farfelu ("a kook" comme le dira Archie), qui deviendra petit à petit une figure tragique réellement poignante. Quant à George C. Scott, ici particulièrement classe et dans un registre que je lui connaissais peu, il impressionne encore une fois en héros romantique, tout en sobriété. L'alchimie entre les deux acteurs fonctionne à plein régime et ceux qui les entourent semblent contaminés par leur charisme et leur intensité, à l'image de l'élégante et gracile Shirley Knight, dans le rôle de l'ex-femme d'Archie, qui nous offre quelques scènes marquantes elle aussi. Cerise sur le gâteau, la musique de John Barry est superbe, à commencer par son thème principal (samplé par The Cinematic Orchestra, il me disait bien quelque chose !), vecteur dès le générique d'ouverture d'un spleen qui ira comme un gant à l'histoire contée.





Richard Lester, qui avait fait ses preuves sur les films des Beatles (A Hard Day's Night et Help !), se montre ici très inspiré et adopte un style qui n'est pas sans rappeler celui que choisira plus tard son directeur photo du moment, Nicolas Roeg (entre autres pour Don't Look Now, Walkabout et Bad Timing). Le cinéaste fait preuve d'une inventivité formelle de chaque instant et met en place une narration déroutante, menée à un rythme plutôt soutenu, régulièrement ponctuée par des inserts de flashbacks ou de flashforwards qui ont toujours du sens. Richard Lester renforce ainsi un sentiment, en replaçant un bref moment passé, ou glisse des images quasiment subliminales qui préparent et provoqueront de drôles d'impressions de déjà-vu. Ces tours de passe-passe agréables et déconcertants participent au pouvoir de fascination évident d'un film qui prend les allures d'un puzzle très simple à suivre et progressivement doté d'une vraie envergure. Car si Richard Lester et toute sa bande ont l'air de s'être bien amusés, parvenant notamment à capter une des facettes de leur époque (on note également les apparitions de Janis Joplin et du groupe The Grateful Dead), ils n'en ont pas moins oublié de nous émouvoir, de nous toucher pour de bon. La dernière scène empreigne même durablement nos esprits, nous restons pendus à la destinée indécise de ces deux êtres.





Au-delà de leur histoire personnelle, c'est aussi l'air du temps saisi, ce parfum si propre à la fin des années soixante, lourd de ses questionnements et de ses remises en cause, qui réussit à nous emplir d'émotions contradictoires, nimbées d'amertume. Petulia a un ton vraiment étonnant, tour à tour léger et amusant ou grave et acerbe. Pendant que les personnages se débattent dans leurs relations tumultueuses et leurs logements chics et confortables, la télé ou la radio diffusent en arrière-plan des infos sur la guerre du Vietnam qui, de l'autre côté du monde, bat son plein. Et que cachent la frivolité séduisante, la fantaisie permanente et les extravagances surprenantes de la si belle Petulia ? Nous découvrons peu à peu la véritable nature du lien qui l'unit à son mari et tout n'est pas si rose... Tout à fait à l'image de ses deux acteurs principaux, à leur zénith, le film de Richard Lester possède donc un charme fou. Plein de couleurs, de détails tantôt comiques tantôt sordides, d'idées de mise en scène et de montage en veux-tu en voilà toujours pleinement au service du récit, Petulia déborde de vie et s'impose finalement comme un puissant mélodrame.


Petulia de Richard Lester avec Julie Christie, George C. Scott et Richard Chamberlain (1968)

24 juillet 2015

Hardcore

Sorti en 1979, Hardcore est le second long-métrage que réalisa Paul Schrader, alors auréolé du succès de ses scénarios portés à l'écran par Martin Scorsese (Taxi Driver), Sydney Pollack (Yakuza) et Brian de Palma (Obsession), et déjà auteur de très bons débuts derrière la caméra avec Blue Collar. Hardcore n'est pas un chef d’œuvre sous-estimé, comme le cinéma américain des années 70 en recèle en nombre, que je vous inciterai à redécouvrir absolument. Non, c'est simplement un bon film, tout à fait digne d'intérêt, qui se regarde sans déplaisir. Et surtout, surtout, Hardcore est le film d'un acteur, George C. Scott, au zénith de son talent. Pour les admirateurs de la star, c'est un immanquable et, si vous nous suivez assidument, vous aurez compris que j'en suis un ! Je suis un fan hardcore de cet acteur au charisme si imposant, bien connu du grand public pour ses performances inoubliables dans Docteur Folamour ou Patton, qui compte également bien d'autres faits d'armes notables à son compteur. Plus largement, Hardcore est à recommander à tous ceux qui aiment les œuvres portées à bout de bras par d'immenses comédiens au sommet de leur forme.




Hardcore nous propose d'assister à la descente aux enfers d'un homme d'une soixantaine d'années, parti à la recherche de sa fille disparue, dont il retrouve la trace dans les bas-fonds de Los Angeles et, plus exactement, dans le monde du porno... L'acteur vedette incarne bien entendu ce vieux papa fatigué, totalement déconnecté de certaines réalités et perdu dans un monde dont il ne soupçonnait même pas l'existence. Homme d'affaire prospère et très puritain, vivant seul dans une petite bourgade paumée du Michigan, vraisemblablement veuf, cet homme se retrouve en effet plongé dans un univers poisseux qui ébranlera toutes ses croyances et ses convictions. Le regard hagard, les cheveux fous, la mine patibulaire et une chemise hawaïenne sur le dos, George C. Scott arpente les rues de L.A., de nuit comme de jour, mais surtout de nuit, tel un chien errant, totalement déboussolé, et animé d'une rage intérieure grandissante, de plus en plus incontrôlable. Le spectacle offert par l'acteur, parfaitement capté par Schrader, est tout à fait saisissant. Au fond du trou, son personnage choisira même de se faire passer pour un réalisateur de films porno, organisant à la va-vite un casting pour mieux remonter jusqu'à sa fille en interrogeant les différents acteurs qui se présentent à lui.




De ce film, qui vaut donc surtout pour la prestation encore une fois géniale de George C. Scott, je retiendrai surtout deux ou trois scènes, en plus de celle du casting évoquée précédemment. Il y a d'abord celle que je considère comme la scène-clé du film, où George C. Scott découvre ce qu'il est advenu de sa fille. Sans le prévenir ni lui donner plus d'indice, le détective miteux qu'il a engagé (un personnage par ailleurs assez délicieux incarné par le génial Peter Boyle) l'installe dans une petite salle de cinéma lugubre et lui projette le film porno dans lequel, entourée de deux gaillards bien charpentés, apparaît sa fille disparue. Dans cette scène très difficile, d'autant plus qu'elle s'étale étrangement en longueur, peut-être pour mieux nous faire ressentir toute la détresse de son personnage, George C. Scott s'en tire véritablement à merveille. A deux doigts d'en faire trop, sur la corde raide, il est tout simplement parfait. Cette scène devrait être montrée comme exemple dans toutes les bonnes écoles de formation d'acteurs !




Plus tard dans le film, George C. Scott forme un duo assez étonnant avec une jeune prostituée, actrice porno à ses heures perdues, campée par Season Hubley. Paumée elle aussi, elle tentera néanmoins de guider un peu notre homme dans ses investigations. Les interactions entre ces deux personnages que tout oppose donnera lieu à quelques dialogues assez savoureux. Parmi ceux-ci, je me souviens tout particulièrement de celui où les deux personnages échangent sur leur rapport à l'acte sexuel, en dévoilant tour à tour leurs positions là encore diamétralement opposées mais qui finiront par se rejoindre puisque la jeune femme conclura la conversation en disant, grosso modo, "Toi tu t'en fous parce que tu ne le pratiques pas, moi je m'en fous parce que je me fous de la personne avec qui je le fais". Autre scène, autre facette, plus discrète, du talent de ma regrettée idole : quand George C. Scott, démoli par la disparition de sa fille, lance un terrible regard noir à l'un de ses amis lui conseillant simplement de se relaxer, de respirer un bon coup et de laisser pisser. Une de perdue, dix de retrouvées, lui fait-il quasiment comprendre. George C. Scott se tourne alors vers lui en disant seulement "Could you ? Could you ?!", le tout accompagné d'un regard revolver à vous glacer le sang...




Hardcore est donc un film très plaisant pour tous les georgecéscottophiles dont je fais partie. Quand on voit la performance de la star, à aucun moment on peut se dire que les relations entre lui et son metteur en scène devaient être mauvaises. Et pourtant, c'était bel et bien le cas ! Durant le tournage, les rapports entre Paul Schrader et George C. Scott étaient si explosifs que la star aurait supplié son réalisateur de ne plus jamais faire de film ! Un accord que Paul Schrader s'engagea à respecter pour mieux apaiser l'ambiance sur le plateau mais qu'il contredit très vite en tournant un an plus tard American Gigolo. George C. Scott était à coup sûr un grand professionnel avant d'être un surdoué de l'acting... Un homme de devoir, un vrai pro au caractère impossible !


Hardcore de Paul Schrader avec George C. Scott, Season Hubley et Peter Boyle (1979)

3 février 2011

The Changeling

Si vous avez bien lu ma critique de The Hospital, vous avez pu remarquer que je suis assez fan du dénommé George C. Scott, cet acteur principalement connu du grand public pour son rôle dans Docteur Folamour de Stanley Kubrick mais aussi pour avoir incarné le fameux Général Patton et refusé son Oscar du meilleur acteur pour sa prestation. Alors quand il s'agit de parler d'un film fantastique très réussi, et injustement méconnu, que ce regretté acteur porte encore une fois sur ses épaules, je réponds évidemment présent. Et puis il faut dire que même si ce film sorti en 1980 jouit de sa petite réputation auprès de quelques connaisseurs fouinards, il a tout de même bien besoin d'un petit coup de pouce pour se faire encore davantage connaître. En effet, The Changeling n'est pas verni : en plus d'être bêtement réintitulé en version française L'Enfant du Diable (alors qu'il n'y est jamais question de Satan), il porte exactement le même titre original qu'un récent mélo hollywoodien imbuvable réalisé par une légende sur le déclin au service d'une actrice ridicule au patronyme antinomique. En outre, le réalisateur de The Changeling, Peter Medak, n'a strictement rien fait d'autre de notable, ni avant ni après. Ah si, il est connu pour avoir réalisé au moins un épisode de chaque série américaine qui existe, de 17 à la Maison à The Gang Bang Theory en passant par Dr House femme médecin. Oh ça lui en a fait du travail, il ne s'est jamais ennuyé, mais alors, ce n'est pas avec ça qu'on se souviendra de lui... Bref, pour faire plus court : ce film, on est pas grand monde à le connaître et j'essaie modestement de réparer cette anomalie.





Le film débute de façon très brutale. George C. Scott est avec sa femme et sa petite fille en partance pour un week-end en famille quand leur voiture tombe en panne sur une route de montagne très enneigée. Alors qu'il appelle un dépanneur depuis une cabine téléphonique, George C. Scott assiste, impuissant, à un terrible accident provoqué par un camion dont le conducteur a visiblement perdu le contrôle et qui vient, lancé à toute allure, s'encastrer sur sa petite famille qui, inconsciemment, jouait sur la chaussée. L'ambiance plutôt gaie et légère qui régnait jusque-là est comme qui dirait foutue en l'air. Cette introduction terrible et tragique pèsera, assez curieusement, sur tout le reste du film, comme un souvenir trop lourd et désagréable que l'on garde avec nous, tristement, à l'image du personnage principal, un homme brisé, que l'on retrouve quelques temps plus tard, déménageant dans un grand manoir également hanté et qui renferme un terrible secret...





The Changeling est à première vue une banale histoire de maison hantée. Mais progressivement, l'intelligence d'un scénario bien ficelé qui parvient à nous tenir en haleine jusqu'à la fin, la mise en scène très simple mais appliquée du sympathique faiseur derrière tout ça, et surtout, l'interprétation impeccable de George C. Scott, en font au bout du compte un film assez remarquable. Tout est ici très bien amené. Certaines scènes pourtant toutes bêtes sont d'une très grande efficacité et parviennent à faire peur sans user d'effets faciles, sonores (pas de coups de violons soudains) ou visuelles (rien de monstrueux ou de gore à l'image). Je pense notamment à cette scène de spiritisme où une médium vient donc communiquer avec l'esprit hantant la maison et où la tension monte crescendo. Et je me remémore à l'instant ce moment a priori anodin, où après que George C. Scott a quitté une pièce, le plan s'éternise curieusement, pour se terminer sèchement sur le son particulièrement dissonant produit par une touche de piano qui s'est enfoncée toute seule... C'est peut-être moi qui suis une petite nature, mais à ce moment-là, je me suis littéralement fait dessus, et je vous avoue ça sans honte, dans mon baggy encore trempé. Peut-être aussi que tout cela fonctionne parce que nous sommes facilement attachés au personnage incarné par George C. Scott et que nous partageons son malheur. Avec son regard de chien battu et son allure de vieux colosse abîmé par la vie, l'acteur contient dans sa présence puissante et fantomatique toute la peine du monde. On le suit bien volontiers dans son enquête qui l'amène à faire le deuil de sa propre tragédie en même temps qu'il découvre une histoire effroyable mais plausible et non tirée par les cheveux, comme c'est hélas trop souvent le cas dans les films de ce genre aujourd'hui.





Selon moi, ce film est par exemple infiniment mieux que le pourtant plus connu Poltergeist, qui date de la même époque mais qui a l'avantage d'avoir collé à lui le nom très vendeur de Steven Spielberg, son producteur et scénariste, alors que c'est en réalité Tobe Hooper, l'homme d'un seul film, qui l'a mis en boîte, sans inspiration. Mais The Changeling est d'abord, comme je l'ai dit, un très bon film fantastique, ce qui est finalement quelque chose d'assez rare, surtout de nos jours, où il est donc de bon ton de s'envoyer des œuvres oubliées du passé.


The Changeling (L'Enfant du diable) de Peter Medak avec George C. Scott, Trish Van Devere et Melvyn Douglas (1980)

6 janvier 2011

The Hospital

The Hospital est une comédie grinçante d'Arthur Hiller datant de 1971 où l'on retrouve George C. Scott dans le rôle du Dr Bock, directeur suicidaire d'un grand hôpital de Manhattan confronté à une série de morts inexpliquées dans son établissement. En plus de devoir faire face à sa profonde crise existentielle, le Dr Bock devra donc comprendre le pourquoi du comment, épaulé par la farfelue Barbara (Diana Rigg), la fille d'un patient tombée amoureuse de lui. Le film est mené tambour battant, l'action étant concentrée sur 24h. On reconnaît immédiatement la patte du talentueux scénariste Paddy Chayefsky, dont le nom est bien mis en évidence sur l'affiche et auquel on doit également le si mémorable Network de Sidney Lumet. The Hospital est peut-être plus réussi quand il se contente de nous dépeindre et de suivre le personnage incarné par George C. Scott que lorsqu'il nous décrit le fonctionnement terrifiant et absurde d'un grand hôpital, même s'il reste toujours très efficace.




Le film vaut surtout pour son acteur principal. George C. Scott est immense et d'une classe rare. Il nous livre quelques scènes géniales à se repasser en boucle, où il déblatère comme personne des monologues terribles, parfois vraiment drôles grâce à leur humour noir savamment dosé. George C. Scott est ici réellement impressionnant. J'adore cet acteur. Et il faut aussi dire que Diana Rigg a un certain charme, même sans son chapeau melon...


The Hospital d'Arthur Hiller avec George C. Scott et Diana Rigg (1971)