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27 juin 2021

Mimic

Dieu sait que le film qu'on s'était fait dans notre tronche en entendant 800 fois la bande-annonce à la radio était mille fois plus audacieux et foisonnant que la "proposition de cinéma" de Guillermo Del Toro. Vous tiquez peut-être sur le "à la radio" ? Bah ouais, à l'époque vos deux serviteurs avaient une dizaine d'années chacun et partageaient encore leur chambre avec leurs frères aînés, et leur unique source de distraction était un poste radio émetteur. C'était comme ça quand on grandissait dans le trou de balle du monde avant l'avènement d'internet. Et à l'époque, la bande-annonce-radio faisait des ravages, surtout avec un titre pareil : "Mimic". Stallone faisait toutes les voix off des bandes-annonces radio en ce temps-là. A chaque fois qu'il répétait "Mimic !", on avait un afflux nerveux et la poutre en bois qui tenait le toit craquait d'un coup sec. Le pitch aussi foutait l'eau à la bouche, au moins autant que la tagline de l'affiche française : "Ils nous imitent. Ils nous ressemblent. Mais ils peuvent pas nous blairer". C'est ce que nos darons répètent à longueur de journée à tous leurs voisins à propos de nous.




NY, début des années 90, des insectes propagent une gastro terrible qui se répand dans les couloirs nauséabonds du métro. Pour l'arrêter, une scientifique a l'idée saugrenue de créer des cloportes-briquets afin qu'à coups répétés de pets-flammes les usagers du métropolitain eux-mêmes désinfectent les sous-sols de la ville. Quelques années plus tard les cloportes-briquets, véritables OGM issus du cerveau malade de la scientifique campée par Mira Sorvino (carrière arrêtée net grâce à ce film booster) ont bien grandi. Mieux, ils ont développé l'art du mimétisme, commun à bien des cloportes comme Laurent Gerra ou Nicolas Canteloup. "La prochaine étape de leur évolution, c'est notre extinction". Stallone finissait son annonce sur cette phrase qui avait pour effet de nous coller le bonbon au papier et de nous rendre extrêmement anxieux quant à l'avenir.
 
 

 
A quoi reconnaît-on que c'est un Guillermo Del Toro ? D'abord parce qu'il le renie à longueur d'interview. Ce qui a l'effet paradoxal de nous rappeler l'existence de ce con de film. Mimic regorge aussi d'une petite paire de semi-promesses non-tenues, comme bien des œuvres du maestro, lequel met plus d'inspiration dans ses tacos et dans la déco fumeuse de sa chambre que dans ses films, qu'il renie les uns après les autres, à quelques exceptions près. Bon à savoir : la VF est une splendeur. Notamment grâce au personnage du flic interprété par le trop rare (il est mort... ce film, véritable tremplin pour ses acteurs, a eu sa peau) et si irritable Charles S. Dutton qui, remettant le couvert cinq ans après ALIEN³, affirmait volontiers qu'il aurait aimé faire autre chose de ses journées que, nous citons, "poursuivre ces putains d'insectes à la con, ces menthe-religieuses de merde". Pour boucler la boucle nous vous conseillons donc sincèrement de regarder le film à la radio.


Mimic de Guillermo del Toro avec Mira Sorvino et Charles S. Dutton (1997)

5 juin 2018

Mission : Impossible

C'est donc dans ce film qu'un hélicoptère poursuit un TGV dans le tunnel sous la Manche. En 1996 deux nouvelles inventions du génie civil font perdre la tête à De Palma : le TGV et le tunnel sous la Manche. Deux créations que même les Chinois nous ont enviées et qu'ils nous ont achetées au prix fort. De Palma a voulu faire la promotion de ces nouvelles inventions dans ce que Laurent Weil a nommé "le meilleur film d'action qui se déroule dans un tunnel, loin devant Daylight". Cette séquence de haute voltige venait conclure un film d'une lenteur accablante dans un feu d'artifice pyrotechnique de goofs. Tout le monde l'a dit, les trains ne se croisent pas dans le tunnel sous la Manche, contrairement à ce que nous fit croire De Palma. L'autre séquence d'action du film, à peine moins ridicule, c'est évidemment celle où Tom Cruise est suspendu à une corde au-dessus d'un ordinateur, tentant de taper le bon mot de passe pour accéder à sa session Windows 95. La moitié du public rêverait que l'acteur soit nu comme un ver dans la scène, pour voir son étoile noire ou pour que ses couilles chatouillent le bout de son nez (car il est très petit et monté comme un poney), l'autre moitié espère qu'il s'étrangle avec sa corde. A la fin de la scène c'est une goutte de sueur irrépressible qui tombait du front du comédien sur le touchpad de son PC et qui activait le système d'alarme ultra chatouilleux du magasin FNAC Micro où il essayait de tirer du matos Hi-Fi. On était suspendus à une goutte de sueur ! Si à la place de Cruise on avait eu droit à un Ving Rhames pendu par le cul et poussé dans ses derniers retranchements, c'est une cascade de sueur qui se serait déversée sur l'écran de l'iPad tant convoité, car l'acteur souffre d'un hyperhidrose palmaire primaire, ce qui fait qu'il a constamment le front et les aisselles embobinés dans des serviettes.


Jeu d'adresse : sachant qu'Emmanuelle Béart mesure 1,61m et se tient légèrement de biais, tracez une ligne partant du sommet de son crâne et se terminant au sommet du bellâtre sis à droite de la photo. Que remarquez-vous ? La ligne est parfaitement horizontale [surlignez pour voir la solution]

Oui car le grand Ving Rhames était de la partie. Casting 4 étoiles pour ce film faisant la part belle aux français : Tom Cruise, Jean Reno, Jon Voight, Kristin Scott Thomas, Emilio Estévez et Ving Rhames. Mais surtout Emmanuelle Béart. Car c'est aussi dans ce film qu'elle est apparue pour la première fois avec une ventouse à la place de la bouche, très utile tout de même pour sauver le héros Ethan Hunt dans certaines situations périlleuses. Pensant sans doute que ce film allait la propulser au sommet du cinéma ricain, la star s'est crue obligée de se faire démolir la tronche pour ressembler aux idoles de l'époque : Carmen Electra, Pamela Anderson, Julia Roberts ou Sylvester Stallone aka "le Sly". Quel carnage, quels ravages, si son ramage se rapporte à son plumage on est mal. Rappelons aux plus jeunes d'entre nous, qui n'ont peut-être pas appris à bander devant Manon des sources ou Un Cœur en hiver, assis aux côtés de leur tante aveugle, que Manu Béart était facilement parmi les cinq plus belles femmes du monde en ce temps-là. Rappelons à ceux qui n'ont jamais fait le pari avec les potes du bahut d'arriver à tenir les 4h18 de La Belle noiseuse sans débander une seule fois, y compris quand seul le gros Piccoli est à l'image, que la Béart des débuts c'était l'Himalaya.


Ce petit bijou de femme s'asseyait régulièrement sur Daniel Fauteuil en ce temps-là, comme quoi tout est possible dans le football, ne désespérez pas !

Quid de ce gimmick de la série Mission : Impossible : le message informant le héros de sa mission censé s'auto-détruire dans la minute. C'était une bonne idée au départ mais depuis que ma directrice de recherche l'a adoptée pour me faire part de ses commentaires sur mon Mémoire, ça me séduit moins. J'ai donc trois raisons au moins d'en vouloir à De Palma par rapport à ce film. Il va me foutre dedans pour cette année scolaire très coûteuse, il a contribué à exploser le visage d'une idole, et il a aidé à établir Tom Cruise à la tête d'une franchise entièrement dédiée à sa mégalomanie. C'est l'acteur qui choisit toujours le metteur en scène qui lui cirera les pompes sur chaque nouvel épisode de la série. On a donc eu droit à John Woo dans le second volet, avec son lot de vols de pigeons et de ralentis sur des types qui tombent ou qui retirent leurs masques, comme dans tout bon John Woo. On a subi le troisième épisode réalisé par J.J. Abrams, la poule aux œufs d'or des séries télé qui sur le coup s'est un peu planté dans une éternelle redite des mêmes scènes d'action interminables où l'on doit admirer Tom Cruise et ses muscles saillants. Et on vient de subir le quatrième volet où le choix de la star concernant le metteur en scène fut un peu plus audacieux puisqu'il a fait appel à Brad Bird, le réalisateur de Ratatouille, qui réalisait là son premier film avec de vrais acteurs.


Hypnotique...

Tom Cruise choisit aussi ses partenaires dans chaque film. Dans le premier épisode il se contentait de pousser ses camarades hors du cadre afin d'y régner en seul maître. Il y avait quelques plans étonnants où on le voyait littéralement jouer des épaules à la manière d'un Marcel Desailly rudoyant pour sauver un corner. C'était encore timide, la star d'un mètre vingt de haut n'ayant pas le physique de "The Rock", le meilleur pote de Deschamps en défense centrale, pour étaler la concurrence. Avec un type comme Tom Cruise dans la surface de réparation y'a corner à chaque ballon. Et vu sa taille, y a but à chaque corner. Dans le deuxième film il n'y avait plus que Ving Rhames, présent pour respecter un certain quota de blacks et pour faire marrer l'acteur sans lui faire de l'ombre. Dans le troisième épisode, Cruise avait fait table rase de tout l'esprit originel de la série qui consistait à taffer en équipe : l'acteur était absolument seul en scène, parcourant le monde et défonçant des milliards d'ennemis avec la seule aide de son GPS humain, incarné par un Simon Pegg (un acteur comique blond typiquement brittish remarqué dans Hot Fuzz et Shaun of the dead, deux films moisis), pendu à son kit main libres pour guider le héros dans ses courses poursuites. Typique de Tom Cruise que d'essayer par tous les moyens d'être seul sur l'affiche, ne cédant de place que pour un maximum de courtisanes qui, alliées ou ennemies du héros, n'en ont toutes que pour son regard irrésistible et son sourire irrésistible aussi. Et aussi, selon le scénario, que l'acteur a retouché avant le tournage, pour sa teub de "37 cm de long". J'avoue que moi-même j'en pince pour Tommy Cruise depuis Top Gun, devant lequel ma sœur s'envoyait en l'air avec elle-même.


Mission : Impossible de Brian De Palma avec Tom Cruise, Jean Reno et Emmanuelle Béart (1996)

12 janvier 2016

Demolition Man

L'un des films phares de "l'année Sly". On est en 1993 ou 1995, Sly Stallone est à l'affiche de Cliffhanger, Judge Dredd, Assassins, et donc Demolition Man, aka D.M. (même si aller voir ce film au cinéma était tout sauf un devoir maison). Commençons par l'affiche, qui contient plus d'idées et de punchlines que la plupart des films d'action actuels. On compte sur ce seul poster pas moins de trois taglines, dont la fameuse : "Le futur n'est pas assez grand pour ces deux cons". Sly "Stallone" Snipes est opposé à l'acteur Dennis Rodman pour un duel au sommet entre un flic blanc et un truand noir. Rappel de l'histoire : Los Angeles, 1996, un flic aux méthodes un poil rustres, qui lui valent le surnom de "Demolition Man", interpelle un braqueur récidiviste sociopathe nommé Simon Phoenix. Les deux hommes s'annihilent et se retrouvent cryogénisés. 




Trente-quatre ans plus tard, dans une société aseptisée, où le mal, du crime de masse au moindre gros mot, a disparu, Simon Phoenix et le démolisseur feront un peu tache dans le tableau. En effet, Simon Phoenix se réveille plus tôt que prévu, la faute à une érection du matin vieille de 34 ans qui aura fini par élimer le caisson métallique dans lequel il était retenu prisonnier au cryo-pénitencier du coin. Malgré un lavage de cerveau longue durée, le criminel n'a rien oublié de ses petites pulsions perso et ne tarde pas à remettre la ville à sac. Pour l'arrêter, la flicaille désormais impuissante de Los Angeles, rodée aux seules contraventions pour papier jeté sur le trottoir, se propose de rebrancher l'Homme Démolition, seul capable de castrer une bonne fois pour toutes le malade à crête blonde qui rue dans les brancards. Il sera tout de même épaulé, dans le but de se familiariser avec un monde complètement nouveau, par deux policiers des temps modernes, dont une fliquette pas piquée des vers, incarnée par Sandra Bullock.




Mais avant de revenir sur ce dernier point, rappelons que le film dresse le portrait d'une société futuriste incroyablement crédible, et chaque jour qui passe donne raison à Marco Brambilla, le réalisateur, pote d'enfance de Sly (car Stallone a vécu en Italie, et les deux bambins tapaient la balle ensemble dans les ruelles de Milan). On parle beaucoup de 1984, Le Meilleur des mondes, Fahrenheit 451, Ravage, comme autant de dates dans la peinture de sociétés futuristes totalitaires glaçantes. Marc Brambilla affirme n'avoir lu aucune page de ces livres, et pourtant son film rivalise. Chez nous, nous avons d'un côté du salon une dvdthèque, de l'autre côté une bibliothèque, or Demolition Man est rangé dans la seconde, entre tous ces classiques de la littérature d'anticipation qui ont façonné notre esprit critique durant l'adolescence et qui nous ont fait taper du poing sur la table en plein repas, lors du troisième mariage inoubliable de Tonton Scefo, en plein toast : "A quoi bon ?!".




Les scènes et les répliques marquantes dans ce film sont indénombrables. Rappelez-vous ! "1, 8, 7, secteur nord-ouest", cette réplique nous a valu une semaine d'exclusion du bahut à l'époque, car les profs n'en pouvaient plus de nous voir lever le doigt toutes les cinq minutes juste pour réciter cette phrase avec la voix robotique du film. "Allez passer une semaine à l'ombre chez vos parents, ça vous passera", nous avait dit le principal du collège. Sauf qu'on a passé une semaine à ré-étudier le film et que la date de réintégration de l'établissement scolaire coïncidait fort heureusement avec les grandes vacances. Il y a aussi toutes ces séquences où les deux héros déballent des tonnes d'insanités pour faire griller les machins à PV qui jalonnent toutes les rues de la ville, ces ordinateurs qui filent des amendes à quiconque prononce un mot de travers. Les deux acteurs en tête d'affiche s'en donnent à cœur joie et nous ont appris des tas d'injures nouvelles. Ces fumiers de Sly et Rodman sont en roues libres du début à la fin du film. Le premier était sur son nuage. C'était l'acteur le plus bankable d'une époque où ce mot n'existait pas. L'engager, c'était s'assurer d'un retour sur investissement fracassant. Les producteurs savaient d'avance qu'ils rembourseraient tous les frais de production (y compris le fric brûlé pour ses petites facéties personnelles de starlette capricieuse), et ce dès la première projection. Quant à Rodman... Citez-nous un exemple de sportif qui a réussi à tourner dans un chef-d’œuvre, à l'exception des 22 héros de l'équipe de France dans Les Yeux dans les bleus.




Mais ce film, c'est pas que des muscles. C'est aussi de la peau, ferme en chaque endroit, celle de Sandra Bullock, alors à son zénith, malgré deux sourcils ignobles mais bien pensés pour coller au futur. Avec Eric Rohmer, Marco Brambilla est le seul cinéaste à nous avoir autant excités sur un genou (voir, et fixer du regard, le photogramme ci-dessus). On veut bien sûr parler de cette scène d'amour à distance, par wifi, entre Sly et Bullock assis face-à-face, la seconde portant un peignoir blanc qui nous a valu quelques nuits blanches. La tension érotique de cette séquence platonique a donné un gros coup de pied au cul à notre enfance. On a vite réclamé la sexualité d'un homme adulte, tirant un trait sur la pourtant fatidique période de l'adolescence. Pas de transition, pas de "passage", voyage sans escale des bacs à sable au spring break. A l'époque, Traque sur Internet, Speed, puis Demolition Man ont installé Bullock tout en haut de notre palmarès perso, aussi garde-t-on une affection éternelle pour cette actrice. Et quand maman s'est rendue compte que, sur les murs de la chambre, les photos de Meg Ryan, idole de notre enfance, aimée d'un amour tendre et désintéressé pour la joliesse et la douceur de ses traits de petite blonde à la manque, avaient laissé place à celles de Sandra Bullock, elle nous a simplement murmuré : "T'as un peu changé..." Bref, Demolition Man est un film qui a beaucoup compté pour nous, et on comprend parfaitement que Marco Brambilla n'ait rien tourné ensuite, un peu à la façon de Charles Laughton. One perfect shot.


Demolition Man de Marco Brambilla avec Sylverster Stallone, Dennis Rodman et Sandra Bullock (1993)

2 août 2015

Fievel au Far West

Cinq ans après avoir émigré aux États-Unis, la famille Souriskewitz vit de nouveau dans la misère et, plus précisément, dans un triste appartement new-yorkais en plein cœur d'un quartier malfamé. Les Souriskewitz constatent chaque jour le mensonge cruel qu'était la fameuse promesse du premier épisode, à savoir "En Amérique, il n'y a pas de chats", immortalisée par une interminable chanson qui rendit fou mon frère Poulpard. C'est à la suite d'une nouvelle attaque féline que la famille décide de déménager vers l'Ouest dans l'espoir de faire fortune et d'avoir de meilleures conditions de vie. Ils ignorent que les chats sont partout les mêmes salauds et ils devront encore composer avec des énergumènes tout aussi dangereux que ceux qu'ils croisèrent jadis à leur arrivée au Pays de la liberté. Voici donc le pitch du deuxième volet des aventures de Fievel qui fut un échec cinglant au box office à sa sortie mais qui compte encore quelques fans convaincus dont je fais évidemment partie.




Suite à des différends artistiques avec son tout-puissant producteur Steven Spielberg, Don Bluth n'est hélas plus de la partie, il cède sa place à Phil Nibbelink et Simon Wells. Il fallait bien s'y mettre à deux pour pallier l'absence du génie de l'animation, mais même en binôme, ils ne parviennent pas à renouer avec la qualité visuelle du premier volet. Le trait est plus grossier, plus brouillon, moins inspiré et, mises à part de rares idées (comme ce morphing lors de cette scène d'introduction onirique, qui transforme la balle fusante du revolver de Fievel, se rêvant déjà en cowboy, en un bouchon de liège mollement projeté d'un triste jouet), on est loin des fulgurances artistiques et du niveau d'exigence chers au réalisateur du Secret de Nimh. Ça n'est donc pas là que réside l'intérêt de cette suite qui trouve cependant son salut dans un versant comique renforcé via des dialogues soignés et, surtout, sa focalisation sur l'adorable personnage de Tiger, le gros chat roux débile et meilleur ami de Fievel.




Car si Fievel, le souriceau puceau, n'a pas bougé d'un pouce, Tiger, le chat maladroit au cœur tendre, a pris du volume, dans tous les sens du terme ! Cette suite est un véritable festival à la gloire de Tiger, doublé en VF par un pur génie, j'ai nommé Alain Dorval, plus connu pour être la voix française de Sylvester Stallone. Passées les premières minutes du film, croisement animé assez glauque entre le pire de Ken Loach et d'Emir Kusturica, où l'on découvre les conditions de vie déplorables des Souriskewitz (père toujours scotché à sa bouteille et à son vieux violon, mère condamnée à faire la manche, fille aînée tentée par la prostitution et l'argent facile, et un Fievel à deux pas de la délinquance), le film choisit donc la voie de la légèreté, et celle-ci prend la forme d'un chat obèse au pelage orange et rose. L'humour est bien plus présent avec, comme point culminant, cet enchaînement de sketchs irrésistibles où Tiger doit apprendre à devenir un chien auprès de Buffalo Blurp, le vieux clébard shérif usé et fatigué (très beau personnage léonien), désireux de passer le relais. Il faut entendre Tiger imiter l'aboiement du chien et se perdre dans une mélodie hilarante, il faut le voir se rouler par terre et chuter piteusement d'un rocher de la Monument Valley, il faut l'admirer s'essayer au fameux "regard oblique" sous les yeux du vieux Buffalo, désespéré. Gamin, je pouvais me repasser ces scènes en boucle !




Blague à part, je me souviens avoir vu ce film tout en dégustant quelques sachets d'un mets que j'adorais à l'époque mais sur lequel je ne suis plus jamais arrivé à mettre la main depuis. C'est même l'une des grandes malédictions de ma vie... Il s'agissait d'une spécialité américaine, à en juger les décorations du paquet, au goût légèrement caramélisé, peut-être réalisée à base de maïs soufflé, mais mes connaissances très minces en cuisine m'empêchent de l'affirmer avec certitude. D'aspect, cela ressemblait à des sortes de grains qui auraient éclatés, de couleur blanc cassé, un peu comme du polystyrène que l'on aurait fait gonfler et dorer au four. Je m'en goinfrais des poignées entières, j'en raffolais ! Cela croustillait sous la dent et donnait une curieuse impression de manger du vide, un vide sucré et moelleux... On pouvait en manger sans s'en lasser, sans jamais arriver à satiété. L'impatience de découvrir les suites des aventures de Fievel est comparable et à jamais liée à mon appétit infini pour cette étrange friandise oubliée...




Mais revenons à notre bon Fievel. Cette suite reprend d'abord le même schéma que l'original mais finit par s'en éloigner pour mieux nous faire marrer. Elle a aussi l'avantage d'avoir un dernier tiers qui ne traîne pas en longueur et va droit au but. Un voyage en train très mouvementé remplace l'inoubliable traversée de l'océan tempétueux du premier opus. Les vilains chats sont autant d'hommes d'affaires crapuleux et de politiciens véreux qui veulent s'accaparer l'Ouest sauvage. Le film apparaît comme une nouvelle métaphore de l'Histoire américaine mais, ne maîtrisant guère ce sujet, mon analyse s'arrêtera là (à vous de voir !). Je préfère laisser parler ma seule nostalgie et me souvenir de ces dernières images pleines d'optimisme où un petit ruisseau apparaît miraculeusement dans le désert grâce à la fuite du château d'eau, la végétation se mettant alors à pousser, à fleurir sur les rives et la vie de reprendre son cours tout doucement. La dernière image du film est particulièrement savoureuse : on y voit le grand vilain, Chat R. Ton (brillant jeu de mots), atterrir entre les deux énormes seins de la passagère d'un train, et retrouver instantanément le sourire. Avec cet ultime facétie, Nibbelink et Wells mettent tout le monde d'accord, enfants comme adultes, et nous rappellent toute la simplicité de la vie.


Fievel au Far West de Phil Nibbelink et Simon Wells avec la voix d'Alain Dorval (1991)

12 mai 2015

Girls Only

Déjà, ras-le-cul de ces actrices.teurs. On ne peut plus voir Keira Knightley en peinture. On ne lui fera pas le reproche trop répandu par les suprémacistes mecs d'avoir les seins rangés dans le buffet et la mâchoire en tiroir-caisse, on lui fait seulement le procès de trimballer ses guenilles et ses moues boudeuses dans des films qui pourraient nous faire fermer boutique. Des comédies sur "le devenir mature et autres décisions d'adultes", comme le dit l'affiche originale, qui pourrait être celle de mille autres films contemporains du même genre sur les grands problèmes de la vie de ces trentenaires qui refusent de grandir. Et quand c'est Lynn Shelton qui se tient derrière la webcam, on sait que ça ne va pas voler très haut. Rappelons que son meilleur film s'intitule Your Sister's Sister, triangle amoureux entre Emily Blunt, Mark Duplass et l'une de nos godasses jetée à mi-parcours en plein milieu de notre écran plat. 




Un petit mot sur l'histoire de Laggies (c'est le titre original du film, pour ceux qui croyaient qu'on avait changé de critique en court de route). Keira Knightley, après s'être débarrassée de son mec, personnage méprisable et méprisé, après avoir subi le mariage sordide de sa meilleure amie abrutie et s'être rendue compte de l'adultère de son père, s'acoquine avec une zonarde de base âgée de 14 ans, chez laquelle elle finira pour un séjour à durée indéterminée, réapprenant le b.a-ba du kiff. Chloé Grace Moretz, qui contredit à chaque film notre critique de Texas Killing Fields, interprète l'adolescente un peu délurée qui servira de guide à notre héroïne décérébrée. L'arrivée de son papa, Sam Rockwell, va rappeler à la trentenaire en mal de folie et de jeunesse qu'elle a aussi un appétit sexuel à satisfaire et qu'elle est finalement plus attirée par les quarantenaires pleins aux as que par les pré-ados puceaux du bas comme du haut. 




On souffre du début à la fin. On en a marre de voir Sam Rockwell s'alanguir sur ses acquis et s'agiter faiblement dans des films qu'il ne regarderait pas lui-même. Il ne passerait pas forcément, en l'état actuel des choses, notre fameux test dit "du briquet". Quelqu'un entre dans la pièce, si t'as un briquet à portée, quel est ton premier réflexe ? Lui proposer un clope ou lui foutre le feu au froc. Concernant Sam Rockwell, à l'heure actuelle, notre réflexe est de l'allumer. Imaginez une torche humaine qui court tel un canard sans tête vers la baie vitrée pour sauter par la fenêtre et qui se heurte à un double-vitrage sans merci... Contre-exemple typique : Ethan Hawke, auquel on propose d'emblée une taff. Autres contres-exemples : Nick Cage ou Brendan Gleeson. Mais là, le test passe un peu les bornes, puisqu'on leur taillerait carrément une pipe.




On en a marre aussi de voir Chloé Grace Moretz jouer les fofolles dévergondées, sac Eastpack sur l'épaule, collant troué, chewing-gum éclaté sur le blair, œillades en culottes courtes. Celle que toute la toile machiste surnomme "le débouche-chiottes" à cause de sa bouche volumineuse lessive le parquet de trop de films... On ne l'a pas encore totalement rayée de notre watch-list, elle est encore dans sa puberté, et tout peut arriver, un bon choix de rôle, un cinéaste qui sait s'y prendre, un visage qui se re-proportionne... On laisse la porte ouverte. A cet âge-là, on en fait des conneries. Si on avait joué au cinéma à son âge, pas sûr que notre filmo aurait eu la tronche du premier de la classe. Pour rappel, voici en exclusivité notre top 10 1995 (surnommée l'année Sly/Bullock) : 

1) Striptease
2) Showgirls
5) Ace Ventura en Afrique
9) Traque sur internet
10) Judge Dredd / Demolition Man


Girls Only de Lynn Shelton avec Keira Knightley, Chloë Grace Moretz et Sam Rockwell (2015)

13 septembre 2013

Sous surveillance

Quand tu t'appelles Bobby Redford, tu peux avoir un casting en or malgré un scénar' en contreplaqué, il suffit de claquer des doigts. C'est ce que prouve son dernier film en tant que réalisateur, acteur et producteur exécutif : Sous surveillance (The Company we keep en VO, soit "La société que nous gardons"). Visez un peu l'affiche. Treize noms qui ont bien du mal à tous y contenir. De vieilles gloires du passé y côtoient de jeunes acteurs qui montent qui montent. Si le film, qui paraît déjà bien long, avait duré deux heures de plus, on imagine que le défilé de vieilles gueules cassées et de jeunes loups aux dents qui rayent le parquet aurait duré encore plus longtemps. Heureusement, la mégalomanie de Bob Redford a des limites !


Moment de malaise sur le tournage quand Susan Sarandon décide de mimer la position sexuelle préférée qu'elle réalisait naguère avec Tim Robbins, surnommé The Black Donkey dans la profession.

On suit donc ici le pâle Shia LaBoeuf, jeune journaliste désireux de faire ses preuves, en pleine enquête sur un vieil avocat (Robert Redford) dont le trouble passé ressurgit suite à l'arrestation d'une membre du Weather Underground (joué par Susan Sarandon), groupe d'activistes de gauche radicale ayant marqué les années 70 et considéré comme une organisation terroriste par le FBI. En deux temps trois mouvements, Shia (prononcez comme ça vous chante, "Who really cares ?!" répète-t-il à longueurs d'interviews, blasé) parvient à dépasser plus de 30 années de recherches acharnées menées par le FBI et expose au grand jour la véritable identité de Bob Redford. Ce dernier prend alors la fuite, Shia et le FBI se lancent donc immédiatement sur ses traces ; mais attention, n'allez pas imaginer une course-poursuite haletante au sein d'un thriller parano comme on n'en fait plus, non, pensez plutôt à un escargot fatigué et tout ridé (Redford) inspecté à la loupe par un enfant laid à moitié aveugle (LaBoeuf) entouré d'une bande d'incapables qui regardent du mauvais côté, dirigée par le toujours désagréable Terrence Howard.


Malaise encore sur le tournage lorsque Shia LaBoeuf décide d'aller sur généalogie.net pour retrouver ses ancêtre aveyronnais alors qu'il a une ligne de dialogue de la plus haute importance à placer face à Bob Redford (qui regrette à ce moment là de ne pas avoir choisi Mouloud Achour pour le rôle).

Comme il a du temps à paumer et que les énergumènes à ses trousses sont tous des purs zonards, Bob Redford profite de cette petite virée pour renouer les liens avec de vieux amis qui ne l'accueillent pas toujours avec le sourire. Le film prend alors des allures d'anti-Expendables, ces réunions musclées d'anciens collabos toujours fachos organisées par Sly, puisqu'il nous propose une morne galerie de portraits de gauchos ancestraux mal dans leurs peaux ayant tiré un trait sur leur passé un brin trop engagé. Ce film-là, c'est donc un peu le Expendables des soixante-huitards grabataires, sauf qu'ici les acteurs sont tous en déambulateurs et, à la place de mitraillettes et autres kalachnikovs, ce sont leurs idéaux en berne qu'ils traînent partout avec eux. Bien sûr, le rapprochement avec le film de Stallone n'est pas à prendre comme un compliment.


Malaise toujours sur le tournage de ce film en bois entouré de moquette sans âge lorsque Bob Redford lâche un pet cinglant sur le coin de la veste en velours côtelé de Dick Jenkins qui ne peut retenir un rictus de dégoût et un regard furtif et interloqué en direction de son interlocuteur censé être un gentleman.

On croise donc avec plus ou moins de plaisir des vieux gars comme Nick Nolte, dans l'un de ses fort probables derniers rôles (cela me fait de la peine de l'écrire aussi), Brendan Gleeson, un pack de bière à la main, et le plus grand d'entre tous, toujours au top, toujours la même tronche depuis 20 ans, j'ai nommé Dick Jenkins, le seul de la bande à ne pas être sur le déclin, artistiquement parlant. J'aurais aimé y voir aussi le grand Robert Duvall, mais c'était oublier ses véritables opinions politiques... Côté vieillardes, on retrouve Susan Sarandon, fidèle à elle-même, et Julie Christie, que l'on pourra mettre un petit moment avant de reconnaître. Ce medical check-up platement filmé est souvent déprimant quand on découvre le gros coup de vieux pris par l'un ou la mauvaise mine affichée par l'autre, et parfois étonnant, comme lorsque l'on constate que Julie Christie et Robert Redford se ressemblent désormais étrangement. Ils doivent avoir le même chirurgien, un type qui fait du bon taff, ceci dit, bien que leur beauté de jadis ait bien du mal à percer derrière l'écran juvénile superficiel qu'il leur colle aux tronches.


Malaise bis repetita lorsque Bob Redford décide de jouer toutes les scènes avec Julie Christie en lui tournant le dos comme pour se venger d'une relation amoureuse terminée sur un point d'exclamation, le sang et les larmes. Une balle dans son propre pied !

Au milieu de tout ça, les jeunes pousses ont bien du mal à s'affirmer, y compris la sympathique Brit Marling, que son amour pour les thrillers américains des 70's doit amener à faire des choix de carrière pas toujours judicieux (on l'avait également vue dans Arbitrage, aux côtés d'un Dick Gere aux abois, un film du même tonneau, mais plus sobre et réussi). Le tristounet Shia LaBoeuf démontre quant à lui qu'il n'a toujours pas les épaules pour porter un film tel que celui-ci. Notons que pour faire taire les critiques français qui pointent systématiquement du doigt sa ressemblance frappante avec Karim Benzema, la star porte ici une moumoute ridicule et des lunettes triple foyer qui ne suffisent pas à le rendre crédible en journaliste.


Malaise final très palpable et ressenti douloureusement par tout le cast & crew au moment où Shia LaBoeuf demande effrontément à Brit Marling de tirer sur son doigt afin de pouvoir lâcher un pet issu de l'ingestion et la digestion malheureuse d'une fricassée de Limoux avariée.

Beaucoup ont parlé de nostalgie ou de mélancolie pour qualifier ce thriller mou du genou réalisé par un Robert Redford vraisemblablement soucieux de redorer son mythe et celui de quelques collègues en évoquant un glorieux passé d'activisme de gauche. Pour ma part, j'y vois plutôt un narcissisme déplacé de la part du Sundance Kid. Même si cette scène douloureuse, où la vieille star se montre faisant son jogging, laborieusement, en nage, courant comme une vieille gonzesse, vient quelque peu contredire mon hypothèse. Force est de constater que l'on s'ennuie ferme devant ce film qui paraît déjà très daté. Le climax, c'est tout de même une course à deux à l'heure de Robert Redford et Julie Christie dans les bois, poursuivis par les bergers allemands obèses du FBI. Ils trainent la patte et sont filmés ridiculement, de dos, en tenue de jogging, et presque invisibles derrière les gros sacs Quechua qu'ils trimballent avec eux. Quand elle ne fait pas mal aux yeux, la mise en scène est en mode pilote automatique. Redford aurait sans doute mieux fait de confier la tâche à quelqu'un d'autre, même si je ne vois personne, dans le cinéma américain du moment, capable de torcher un thriller correct à partir d'un tel script. Au bout du compte, Sous surveillance pourrait aisément être rattaché à cette petite vague de films commémoratifs rances qui sont produits depuis quelques années et nous foutent à chaque fois un petit peu mal à l'aise...


Sous surveillance de Robert Redford avec Robert Redford, Shia LaBeouf, Richard Jenkins, Susan Sarandon, Chris Cooper, Brendan Gleeson, Stanley Tucci, Terrence Howard, Brit Marling, Anna Kendrick, Nick Nolte, et Julie Christie (2013)

10 juin 2013

Die Hard 5 : belle journée pour mourir

On va faire notre auto-critique sur ce coup-là. On a tout passé à Bruce Willis. Pourquoi ? A cause de sa bonne gueule et de ses heures de gloire de jadis. En gros à cause de la première trilogie Die Hard, du Dernier samaritain, de Hudson Hawk, de L'Armée des douze singes, de Pulp Fiction, Sixième sens et Incassable. En vérité on avait surtout de l'affection pour cet acteur, qui a été le héros de quelques gros films ayant accompagné nos adolescences en mal de plaisirs. Depuis, à chaque catastrophe cinématographique, on le dédouane. On l'absout. On s'en prend à tout le monde sauf à lui et on regrette seulement que son nom sanctifié soit associé à de telles saloperies, comme s'il était victime de notre triste époque. Quand on a parlé de Die Hard 4, on s'en est pris à Justin Long et bien entendu à Len Wiseman. Quand on a brocardé l'arnarque Looper, on a tapé sur Nolan et ses avortons, sur Gordon Levrette et Emily Blunt, mais pas un mot plus haut que l'autre sur Bruce Willis, qu'on excusait à demi-mot de figurer dans une énième merde. Mais Bruce Willis ne fait-il pas partie intégrante de son époque ? Ne contribue-t-il pas à sa médiocrité ? N'est-il pas le pylône soutenant la nouvelle trilogie Die Hard, son producteur exécutif et certainement son consultant de la première heure ? N'a-t-il pas les coudées franches sur la réalisation de ces projets, autant qu'un Tom Cruise sur la franchise Mission Impossible ? Notre petit doigt nous dit qu'il est pour beaucoup dans le naufrage du film d'action contemporain et notamment de notre cher John McClane...


Bruce Willis est sans aucun doute coupable de ce film autant que les autres mais il garde quand même ce vieux fond de classe dont l'énorme tête de nœud à côté de lui ne bénéficiera jamais.

Comme dans Indiana Jones 4, quand l'acteur devient trop vieux et qu'on espère réaliser une enfilade de gros films d'action hyper rentables, on fait débarquer le fils du héros histoire d'assurer le passage en douceur vers une renaissance de la saga sous les traits d'un personnage plus sexy et à la légitimité toute fabriquée. Mais si ce n'était que ça, que la présence d'un fils prodigue débile avec une grosse tête ronde d'abruti fini. Le pire c'est que derrière la caméra se tient un énième guignol du même acabit point de vue intellect, qui se dit fan de la première trilogie et qui croit que ça suffit pour la massacrer dans une suite ignoble. Avait-on seulement demandé à Renny Harlin de regarder un seul film américain avant de mettre sa patte viking au service d'une suite au scénario solide, 58 Minutes pour Vivre, film qu'on ne revoit plus aujourd'hui mais qui n'a rien de honteux et qui a eu le mérite inouï d'amener le terrible troisième épisode signé McT. Pour signer le cinquième film, Bruce Willis et ses sbires ont fait appel à John Moore, auteur de Max Payne, fameux jeu vidéo mais film atroce à l'esthétique digne des pires séries TV sur lesquelles on zappe en quatrième vitesse tout en détournant le regard.


Tous ceux qui ont croisé par mégarde la bande-annonce de cet immondice hollywoodien ont aussi croisé cette scène racoleuse, qui n'apparaît pas dans le film.

Le scénario de ce nouvel opus est misérable. Quelques allusions inévitables à l'âge avancé de Bruce Willis (qui joue comme un vrai connard là-dedans), des personnages secondaires qui se secouent sur le talent de tireur toujours intact de ce "vieux McClane, toujours au top", bien sûr impeccable lors d'une session de tirs au début du film où il dégomme tous les stands avec le sourire, des vannes morbides quand il y en a (ces petites répliques bien placées et qui nous foutent les larmes aux yeux, en particulier quand McClane passe le film à répéter qu'il est censé être en vacances et que ça ne l'étonne qu'à moitié d'encore les passer à faire sauter tout ce qui bronche), des scènes d'action nulles à souhait, auxquelles on ne comprend rien, qui sont toutes horriblement filmées et où tout est sujet à explosion, comme pour combler les désirs d'un enfant de quatre ans qui voulait faire du ciné pour casser ses jouets, bref, ce film est honteux, navrant, y'a pas de mot. On mate ça et on se cache pour oublier, on n'en parle à personne, on se tait après. 


Bruce Willis vient d'être décoré de l'insigne de commandeur dans l'ordre des Arts et des Lettres. Il était "ému aux larmes" selon les journaux. Nous aussi on a chialé.

Certains fans de la série disent que pour faire un bon Die Hard il faut un McTiernan et au moins un frère Grüber. Jugement bien pessimiste. On aimerait que ce soit possible autrement et que Bruce Willis ait un jour l'intelligence de faire appel à de bons scénaristes (deux ou trois maximum, pas toute une armée de trépanés se refilant la patate chaude pour accoucher d'un vaste gag à tiroirs involontaire) et surtout à un réalisateur qui aurait un minimum de talent et de quotient intellectuel. Même si ça marche rarement, les impératifs des studios imposant leur loi, Tom Cruise essaie d'embaucher des cinéastes potentiellement capables de renouveler sa saga chérie, Stallone lui-même a déniché le réalisateur de Red Hill pour Expendables 3, idem pour Schwarzy qui est allé tourner avec le réalisateur coréen de J'ai rencontré le diable. Dans tous les cas ça n'a pas donné grand chose mais c'était bien tenté. Bruce Willis, dont on se demande même s'il voit seulement la différence entre la première trilogie et celle qu'il est en train de faire capoter dans les grandes largeurs, a quant à lui logiquement choisi le réalisateur de Max Payne, John Moore. Arrête-toi ! 


Die Hard 5 : belle journée pour clamser de John Moore avec Bruce Willis (2013)

9 avril 2013

The Swimmer

En septembre de l'an passé les éditions Wild Side nous ont donné l'occasion de découvrir un film magnifique et important de 1968. Notre bon Simon a tout particulièrement aimé le film de Frank Perry et nous livre sa critique en direct de son smart-phone :

The Swimmer est longtemps resté méconnu, dans l’ombre des quelques films considérés comme les fers de lance du Nouvel Hollywood (Le Lauréat, Easy Rider…), avant lesquels il a pourtant été tourné. Grâce à une belle édition DVD chez Wild Side, le film devrait enfin retrouver le statut qu’il mérite auprès des cinéphiles français : celui d’un chef-d’œuvre d’une liberté et d’une audace narrative et esthétique folles, annonciateur de la parenthèse enchantée d’une quinzaine d’années que va traverser le cinéma américain. Le film brille d’abord par l’originalité de son postulat de départ, adapté d’un roman de John Cheever : un été, dans un quartier résidentiel campagnard et huppé du Connecticut, un homme à moitié nu décide de « rentrer chez lui » en passant par les différentes piscines du voisinage, cet enchaînement de piscines qu’il voit comme une rivière, qu’il nomme Lucinda, du prénom de sa femme. He’s swimming home. Il faut voir ce prologue : des branchages, des feuillages, des animaux sauvages saisis à la volée, par des petits plans rapides ou en travelling. Et tout à coup Burt Lancaster, alors âgé de 53 ans, corps musculeux et cramé de soleil, vêtu de son petit caleçon de bain, qui marche rapidement dans ces sous-bois, filmé de dos, arrive dans un premier jardin et plonge dans cette première piscine. On ne sait absolument pas d’où il arrive, d’où il sort, ça pourrait être du bois lui-même, de la terre. Le mystère et la puissance qui se dégagent de cette première scène ne nous lâcheront plus jamais.




Car si aucune explication psychologique du projet de Ned Merrill ne nous est donnée au départ, ce trajet de jardin en jardin, de piscine en piscine, raconté comme un véritable road-movie (comme souligné dans le très bon livre de Bernard Benoliel et Jean-Baptiste Thoret sorti l’an dernier, Road-Movie USA), n’est autre qu’un voyage vertigineux dans le passé d’un homme. Au fil de ce voyage, au gré des rencontres ou des retrouvailles, on comprend que Ned revient dans le quartier après une longue absence. On comprend vite aussi, par quelques allusions dans les dialogues, qu’il refoule quelque chose, lié à sa famille, sa femme et ses deux filles. Si les premiers voisins rencontrés semblent tiquer mais font la sourde oreille, préférant accueillir Ned avec ferveur, chaque nouvelle séquence mettra en lumière de façon plus claire les profondes failles intérieures du personnage, et chaque nouvelle rencontre sera moins chaleureuse, et plus impitoyable pour Ned. L’enthousiasme factice du début culmine dans sa rencontre à la fois sensuelle et malsaine avec l'ancienne baby-sitter de ses filles, qui a bien grandi, et cette incroyable scène où ils courent tous deux sur un parcours d’obstacles équestre, filmés au ralenti (et qui m’a rappelé la scène d’enthousiasme enneigé à la fois sublime et ridicule de Ryan O’Neill et William Holden, dans le beau Deux hommes dans l’ouest de Blake Edwards). A la fin de cette scène, après avoir sauté un obstacle, Ned se blesse au genou. C’est le début de sa chute. Tout à coup son âge le rattrape, et le corps et le visage d'un extraordinaire Lancaster, à la fois toniques et fragiles, musculeux et ridés, sont les véhicules idéaux de cette impression, comme étaient idéaux le corps et la tronche cassée et refaite de Stallone dans Rocky Balboa. Désormais Ned boîtera, sa grande silhouette se voûtera imperceptiblement, il se mettra à frissonner de froid... Sa belle détermination est érodée et son utopie se désagrège lentement, peut-être est-il déjà en train de mourir ?




Car le film est aussi la critique acerbe d’un certain mode de vie américain, qui avait connu son apogée dans les années 50, un mode de vie centré sur la consommation à outrance et des codes moraux hypocrites, et désormais en perdition. La trajectoire de Ned en est une parabole, mais Frank Perry inclut aussi dans le film des scènes ouvertement outrancières, où des personnages bourgeois festoient bruyamment en mangeant du caviar à la cuillère, où une population plus modeste s’entasse dans une piscine sur-chlorée, dans laquelle Ned se fraye un chemin après s’être fait humilier par le guichetier à l’entrée, qui l’oblige plusieurs fois à nettoyer ses pieds sales et blessés… Cet aspect satirique est bien présent, mais ne prend pas le dessus sur l’essentiel : le portrait d’un homme et de sa chute. Si, pendant une grosse heure, le film impressionne et réjouit par la singularité de son dispositif, par son audace et ses innombrables qualités formelles, en bout de course il bouleverse. D’abord avec cette scène où Ned retrouve son ancienne maîtresse (celle-là même dont il ne se rappelait plus l’existence lorsque, au début du film, il récapitulait à haute voix le trajet qui allait le mener chez lui). La confrontation met en lumière la complexité de leur relation passée, la façon dont elle a souffert par sa faute, comme c’est maintenant lui qui a besoin d’elle, qui a besoin de quelqu’un. Une séquence cruelle et déchirante qui, apprend-on dans le très bon bonus du DVD par le sus-cité Jean-Baptiste Thoret, a été tournée par… Sydney Pollack, suite au départ de Franck Perry pour divergences avec la production. Et chose plus étonnante : c’est Barbara Loden qui jouait initialement le personnage de la maîtresse, avant que Lancaster exige de retourner la scène, car Loden était trop puissante et trop magnétique à son goût. Pollack retourna donc la scène avec la belle Janice Rule, qui est très bien aussi.




Puis l’émotion suscitée par le film culmine avec cette dernière scène, que je ne raconterai pas ici pour ceux qui voudront découvrir le film, mais où Perry, sans mots mais avec sa seule caméra, traduit de façon admirable l’état mental d’un personnage qui se sera révélé et littéralement transformé sous nos yeux, au fil de son voyage : d’abord pure figure, à la fois puissante, décidée et mystérieuse, il (re)-devient cet homme brisé par le chagrin et sombrant dans la folie. Une dernière scène incroyablement puissante, à l’image de ce film tout entier, un film réellement important que tout amateur du cinéma américain des années 60-70 doit voir d’urgence.


The Swimmer de Frank Perry avec Burt Lancaster, Janet Landgard et Janice Rule (1968) 

21 décembre 2011

Fast & Furious 5

Avec Fast Five, Vin Diesel passe la cinquième ! Ok, elle est facile et tout le monde l'a déjà faite, c'est même la tag-line de l'affiche, mais il est vrai que pour ce cinquième volet de la série qui a fait de lui une méga star (sachant qu'il est absent du 2 et du 3), l'acteur/producteur a mis les petits plats dans les grands ! Et quand on imagine un colosse pareil manipuler de la vaisselle, dites-vous bien que ça fait des dégâts, ça déménage et ça valdingue dans tous les sens ! Dès la première scène, des bagnoles conduites par des abrutis prennent en chasse un train pour braquer d'autres bagnoles dernier cri qui se trouvent à l'intérieur. Résultat : un festival pyrotechnique qui vous nettoiera les tympans et qui fera sortir vos mirettes de leurs orbites pour mieux vous préparer aux deux heures qui suivent. Cette scène d'ouverture a en effet le mérite d'annoncer la couleur : si vous êtes venus pour voir des bolides faire des acrobaties improbables et des héros aux yeux rapprochés du nez survivre à l'impossible, alors vous en aurez pour votre argent ! Intellectuels, philosophes, matheux, Alain Finkielkraut et autres esprits trop cartésiens, passez votre chemin, Fast & Furious 5 est un divertissement débile totalement assumé et taillé sur mesures pour ceux qui n'en attendent strictement rien d'autre.



Fast & Furious 5 nous propose aussi un duel d'acteurs comme on en voit plus beaucoup dans les gros films d'actions hollywoodiens actuels. Après Mathieu Kassovitz dans le pénible Babylon AD et son sympathique making-off, Vin Diesel trouve enfin un adversaire à sa (dé)mesure en la personne de Dwayne Johnson aka "The Rock" (le caillou, 2m30 de haut, 2m30 de large, 120 kilos de viande rouge, de quoi faire un putain de méchoui) ! Leur confrontation fait des étincelles car on a véritablement face à nous deux freaks humains impressionnants comme seule l'Amérique peut en produire ; un duo de bêtes de foire simplement bonnes à affamer, à vêtir de guenilles et à lâcher dans la même cage, histoire de les voir s'affronter en comptant les points. Ce film, c'est un peu ça. A eux deux, Vin Diesel et Dwayne Johnson proposent un spectacle infiniment plus réjouissant que le tristounet The Expendables, la réunion d'anciens combattants mollement filmée par le vétéran Sly Stallone, où la barbaque avait beau être en plus grande quantité à l'écran, elle était dans un état de décomposition avancée et dégageait une légère odeur de putréfaction !



Vin Diesel et Dwayne Johnson apparaissent ici en pleine possessions de leurs moyens, au zénith de leur charme bestial ; ne sachant pas jouer la comédie, ils misent très naturellement tout sur la contraction de leurs muscles deltoïdes et la mise à jour de leurs intercostaux. Dwayne Johnson traverse le film en laissant de la testostérone dans son sillage tandis que Vin Diesel nous gratifie de quelques regards caméra plein d'androgènes et imprévus mais gardés au montage tant ils ont le pouvoir de laisser le spectateur plaqué au fond de son fauteuil, la peur au ventre, fasciné. Quand il s'exprime, Diesel prend son temps, captive complètement l'assemblée ou flingue une scène à lui seul. Pas d'entre-deux chez les champions ! Quand il apparaît, Dwayne Johnson attire invariablement l'attention sur la raie de son gros cul, aucun caleçon n'étant suffisamment large pour accueillir son anaconda et ne disposant pas à proprement parler de hanche. La raie de la star dépasse toujours clairement de ses pantalons taille basse car portés pour laisser le champ libre et mettre en valeur ses volumineux abdos. Inutile de dire qu'entouré par ces deux molosses, Paul Walker a bien piètre allure, malgré une tronche de beau gosse travaillée chaque matin des heures durant devant sa glace et de petits biscotos bien affutés, gagnés à la sueur de son front dans les salles de muscu. Côté actrice, l'habituelle Jordanna Brewster et les nouvelles venues Elsa Pataky et Gal Gadot assurent la décoration des scènes en intérieur. Au petit jeu du "qui d'entre nous sent le plus la teub", imposée par la production, Elsa Pataky gagne sur un score modeste, mais je ne fais là que vous transmettre le simple avis de mon propre "mini-moi", pas spécialement fier de lui sur ce coup-là...



Revenons à présent au film à proprement parler. Le scénariste derrière tout ça a eu la chic idée de faire de ce nouveau volet rapide et furieux un film de braquage "à l'ancienne", puisque notre gang accro aux grosses cylindrées doit réaliser un dernier gros coup avant de se ranger définitivement et mener une vie tranquille (chose impossible tant qu'on est pas milliardaire, si l'on en croit ce film et tout un tas d'autres venus d'Hollywood). Le film consiste donc en la réunion d'une équipe de choc capable de réaliser ce braquage, de sa préparation millimétrée à sa réalisation chaotique. Tout ça est un brin rendu compliqué par des agents du FBI menés par The Rock, bien décidé à épingler Vin Diesel avant son méfait, mais paralysé par le fait qu'ils se trouvent tous au Brésil, et plus précisément à Rio de Janeiro, où l'arrestation américaine est légalement impossible. Une critique qui a d'ailleurs été adressée à ce film, au milieu d'un accueil majoritairement très favorable, consistait d'ailleurs à lui reprocher de véhiculer une sale image de la ville sud-américaine, telle que vue par Hollywood, où règnent donc en maître corruption, drogue, insécurité, violence et inégalités. En effet, ce n'est pas dans Fast & Furious 5 que vous sera proposée une véritable analyse géopolitique crédible de la ville de Rio. Pour cela je vous conseille plutôt Le Dessous des cartes spécial Brésil. Ici, la géographie particulière de Rio de Janeiro permet au film de nous livrer quelques scènes dignes d'un jeu vidéo de plateforme. Le décor est un simple prétexte, un "monde", un "level" permettant aux personnages de sauter de toits en toits. Comme dit précédemment, tout ça a le mérite d'être pleinement assumé. On n'est pas dans l'infâme Die Hard 4, par exemple, où les scènes d'action improbables et le côté "jeu vidéo filmé" allaient totalement à l'encontre de l'esprit de la franchise.



Dans FF5 (à ne pas confondre avec la série Final Fantasy, les rôlistes seraient déçus !), certaines scènes d'action sont évidemment too much et on ne croit pas vraiment à la titanesque poursuite finale, où deux voitures sèment des flics, également bien véhiculés, alors qu'elles traînent derrière elles un énorme coffre blindé qui détruit tout sur son passage (et doit peser 120 tonnes). On n'y croit pas, mais on regarde quand même, avec de grands yeux, et l'envie de savoir jusqu'où ils oseront aller ! Tout le film m'a plongé dans cet état de curiosité absurde, ma foi pas désagréable. J'ai aussi pu constater que contrairement à bien des films d'action actuels, Fast & Furious 5 parvient assez bien à mêler image de synthèse et véritables cascades, on ne voit pas vraiment la différence. Malgré un léger ventre mou, chose difficilement évitable quand on lance le film sur un tel rythme, Fast & Furious 5 remplit aisément son cahier des charges et parvient plutôt bien à remplir sa mission durant 130 minutes. Une fois terminé, par contre, tout en reconnaissant avoir passé un assez bon moment, on se jure que l'on ne reverra plus de film de cette espèce de si tôt, comme rappelé à l'ordre par les derniers neurones valides qu'il nous reste. Enfin, je tiens à préciser que j'ai vu ce film avec mon père, qui est le président du fan-club français de Vin Diesel, ce fut donc un plaisir coupable et partagé.


Fast & Furious 5 de Justin Lin avec Vin Diesel, Paul Walker, Dwayne Johnson, Jordana Brewster et Tyrese Gibson (2011)

29 juillet 2011

Duel au sommet

Après la mer, retour à la montagne ! Duel au sommet (que vous trouverez parfois sous le titre Face nord) est basé sur une histoire vraie à laquelle ce film semble tenir coûte que coûte à rester très fidèle. En 1936, le Eiger est l'un des rares sommets des Alpes à encore poser des problèmes aux alpinistes les plus chevronnés, en tout cas en ce qui concerne son ascension par sa face nord, la plus abrupte, celle qui propose un à-pic de près de 2km (rendez-vous compte !). Pour marquer le coup, le régime nazi se fixe pour objectif de réussir à gravir cette montagne avant l'ouverture des fameux JO de Berlin, pour pouvoir ensuite s'en vanter et prouver la supériorité aryenne. Le gouvernement nazi envoie donc son meilleur duo d'alpinistes : deux frères tarés des alpages et des produits laitiers qui acceptent cette mission pour leur plaisir personnel avant de penser à servir une patrie dont ils ont l'air de fort peu se soucier. Ces deux alpinistes sont concurrencés par d'autres grimpeurs bien décidés à les devancer et sont suivis de près dans leur ascension par des journalistes présents au pied de la montagne pour relater leurs exploits tant attendus. Mais évidemment, l'ascension tourne mal...


La terrible face nord du Mont Eiger, trop méconnu du grand public malgré les efforts conjugués de Philipp Stölzl et de Clint Eastwood pour le rendre mythique.

Le solide point de départ historique du scénario aurait pu donner lieu à un film fameux (dans la limite du genre, bien entendu). Hélas, je ne serai pas aussi dithyrambique que les petites phrases lisibles sur l'affiche. Face nord est plutôt réussi quand il choisit de se focaliser sur nos deux grimpeurs en grande difficulté, bientôt rejoint par un duo d'autrichiens avec lesquels ils finissent par fraterniser après avoir été leurs principaux adversaires. Toutes ces parties situées à plus de 2500 mètres d'altitude se matent à l'aise et même avec un certain entrain. Les quelques effets spéciaux sont très réussis et le suspense fonctionne pas trop mal. On peut toutefois regretter que les personnages principaux soient si lisses, ce qui fait qu'on se fiche pas mal du sort que le destin va leur réserver. Malheureusement, tous ces moments sont entrecoupés par des scènes particulièrement chiantes où l'on suit ce qui se passe quelques centaines de mètres plus bas, et plus précisément à l'hôtel situé au pied du Eiger. Un prestigieux hôtel où tous les reporters présents pour couvrir l'évènement se sont réunis. On y suit surtout le couple de journalistes allemands : un vieux briscard de la presse teutonne et une pigiste débutante désireuse de gravir les échelons. Cette jeune femme, d'une laideur accablante, est par ailleurs éprise de l'un des deux grimpeurs, bien qu'elle ne dirait sûrement pas non à un threesome. Ces scènes-là sont autant de sévices infligés à un spectateur qui n'a qu'une seule envie : être coincé avec les autres tocards dans leurs bivouacs pourris, en pleine tempête, et retourner escalader avec eux dès la première accalmie ! C'est fort dommage, car délesté de ces moments si ennuyeux, le film se suivrait avec une toute autre excitation et gagnerait énormément en qualité, tout en restant d'une longueur raisonnable (puisque le film dure 2 grosses plombes !).


Le duo pense que l'affaire est dans la poche jusqu'à ce que quelqu'un de bien intentionné leur tapote sur l'épaule pour leur indiquer que la montagne en question se trouve juste derrière eux.

Duel au sommet nous quitte cependant sur une bonne impression puisqu'il se termine méga mal et donc de façon assez surprenante. Le héros clamse assez piteusement, pendu au bout d'une corde trop courte pour lui sauver la vie, sacrifié au prix de l'impitoyable vérité historique. Je viens donc de vous spoiler la fin, mais peut-on parler de spoiler quand le film retrace un évènement de notre Histoire que l'on devrait tous connaître sur le bout des doigts ? Là est la question ! Si vous avez lu ces quelques lignes, vous pouvez clairement considérer que vous avez vu le film.

De mon côté, je continue à attendre LE film qui saura m'accrocher à mon fauteuil comme K2 y était parvenu il y a des années. J'ai plutôt apprécié le documentaire Touching the Void (aka La Mort suspendue), mais ça reste du pipi de chat par rapport au film renié par James Cameron. Quant à Cliffhanger, il s'agit davantage d'un film dédié à la gloire de Sly Stallone qu'à celle de nos sommets enneigés : efficace, certes, mais vite écœurant quand on ne raffole pas de charcuterie. Et par pitié, ne me parlez surtout pas de Vertical Limit, je me refuse à regarder ce film où des yankees surexcités surfent nonchalamment de sommets en sommets. Respecte la montagne et la montagne te respectera, abruti !


Face nord (Duel au sommet) de Philipp Stölzl avec Benno Fürmann, Florian Lukas et Johanna Wokalek (2008)

4 juin 2011

London Boulevard

Quand t'es condamné à avoir le cul vissé sur le siège inconfortable d'un Téoz Eco pendant 10h avec comme seul échappatoire un mini laptop à la batterie chargée à bloc et contenant une petite paire de films sélectionnés à la va-vite, tu es normalement prêt à t'enquiller n'importe quelle saloperie, histoire d'éviter de regarder ton voisin envieux dans le blanc des yeux. C'est du moins ce que je croyais, jusqu'à cet épouvantable trajet Lille-Portbou où j'ai eu la sale idée de lancer London Boulevard. On pourrait appeler ça le "Test du Téoz Eco" : quand un film ne parvient même pas à capter notre attention lors d'un voyage en train interminable que l'on cherche pourtant à écourter par tous les moyens, c'est que le film en question est réellement merdique. C'est donc le cas de ce London Boulevard que l’on doit au dénommé William Monahan, un sale type dont je viens d’apprendre qu’il est surtout connu pour être un scénariste reconnu et multi-récompensé : point d'orgue de sa carrière, l'Oscar du meilleur scénario pour Les Infiltrés de Martin Scorsese, un malheureux remake à peine déguisé !


Y a pas mal de "sessions seigue" qui tombent à l'eau avec une telle photo

Colin Farrell incarne ici un ex-taulard roi du braquo qui profite à peine de ses premières heures de liberté quand il se voit proposer une offre qu'il ne peut refuser : devenir le bodyguard d'une actrice assaillie par les paparazzi, tellement célèbre qu'elle est chaque semaine en couverture de tous les magazines people. Et tellement bonne que ses cousins ont changé de nom pour avoir une chance de lui faire sa fête, on se comprend. Quand Farrell voit que cette actrice a les traits délicats de la maigrichonne Keira Knightley, son sang ne fait qu'un tour, surtout au niveau de ses corps caverneux, et il accepte illico. Mais c'est sans compter sur ses anciens potes truands qui ne l'ont pas oublié et qui lui rappellent dès qu'ils peuvent son passé de malandrin, notamment par des coups de fil incessants. Farrell ne passe jamais une heure tranquille en compagnie de sa future conquête anorexique sans être dérangé par son téléphone. "Hé y'a une fusillade suivie d'un McDo prévue demain à telle heure, t'en es ou quoi ? Y'aura du sang sur les murs et ça sera pas le mien, on va faire des bas-reliefs sur les murs avec les gueules de nos victimes !", "Ow j'ai un bon plan de braquo facile d'une BNP tranquille, je peux compter sur toi ou quoi ? C'est un plan en or, gros, on mettra des masques de présidents des States pour ne pas se faire reconnaitre et on fera une session surf après, pour se détendre...", "Tu viens chez wam demain soir ou quoi ? J'ai PES et le dernier Marc Esposito, mec, j'ai aussi la vidéo de Taïg Kris qui saute de la Tour Eiffel en HD !", "Yo Ferraille de mes deux astérosourcils de merde, j'ai gagné deux billets pour aller voir Sochaux - Guingamp (64ème de finale de Coupe de France) et j'ai direct pensé à toi quoi". Farrell a beau répondre "quoi" systématiquement, il finit par céder, et le voilà à nouveau embarqué dans une sale histoire à Montbéliard...


Déchu de ses poils, on dirait une photo du profil facebook de mon cousin

London Boulevard
est donc un très banal film de lascars que l’on pourra ranger dans les pires dvdthèques aux côtés de Get Carter (la version avec Sly Stallone !) et du coffret réunissant l’ensemble des saisons des séries Veronica Mars et Joey. Dès le départ, le film m’a foutu le cafard et a plongé le compartiment dans lequel j’étais installé dans une ambiance délétère. Ces histoires-là, je n’en veux plus ! Le coup du lascar à la gueule d'ange fraîchement sorti de taule (Colin Farrell) qui s'amourache d'une tocarde a priori inaccessible (Keira Knightley) tandis que lui pend au nez la menace de retomber dans ses travers et donc de finir à nouveau derrière les barreaux ou avec une balle dans le crâne : c'est du réchauffé, du déjà vu et revu des milliers de fois ! Et c’est d’un chiant tellement carabiné que ça m'emmène direct aux chiottes du Teoz Eco histoire de me vider de mon courroux quitte à me tordre les boyaux de manière irrémédiable…


Cette image résume deux effondrements de carrière imminents

Je vous dis tout ça alors que j'ai vu l'intégralité de ce film en un quart d'heure, en accélérant un max. Il a fait fondre la batterie de mon EeePC qui pédale dans la choucroute dès qu'il s'agit de passer des vidéos en avance rapide. Du coup, ce film m'a non seulement fait paumer 15 mn de mon temps mais peut-être environ 2 heures d'autonomie à la batterie de mon mini ordi. Résultat, j'ai passé les deux dernières heures de mon voyage à zieuter le décolbard de la vieillarde obèse assise en face de moi. Faute de mieux, j'étais en train de traverser la banlieue de Thionville !


London Boulevard de William Monahan avec Colin Farrell et Keira Knightley (2011)