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3 décembre 2019

Le Meilleur reste à venir

Nous partageons aujourd'hui avec vous ce billet d'humeur de l'un de nos plus proches collaborateurs parisiens, qui a bien des raisons d'être à cran en cette semaine de mobilisation.

Existe-t-il plus désagréable que cette affiche ignoble qui décore tous les bus parisiens cette semaine ? Cette complicité virile et hilare entre deux mâles blancs soixantenaires, un harceleur de femmes et un gros goujat, dont on est censés être les complices ; ce check digne d’une fin de chanson à un concert des Enfoirés, les cravates dénouées, tellement "à la cool" ; ce contre-jour si "joli" et cette typo manuscrite dégueulasse avec, immense, ce titre optimiste et agressif alors que les potes de ces mecs-là sont en train de nous la mettre bien profond et, enfin, les noms maudits de ce duo de réalisateurs infernal déjà responsable de l’affreux Prénom... Allez crever !


Le Meilleur reste à venir d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte avec Patrick Bruel et Fabrice Luchini (2019)

5 mars 2015

Alceste à bicyclette / Gemma Bovery

J’ai de la sympathie pour Fabrice Luchini. Le personnage peut parfois agacer dans ses multiples interventions promotionnelles, sur les plateaux de télévision ou dans les studios de radio, quand il se lance dans son éternel numéro de "bon client" en roues libres, citant à tours de bras ou rebootant Valéry en l’adaptant à un pseudo-langage des cités qu'il croit actuel et qui est pourtant déjà vieux d’il y a quinze ans au moins. Mais je lui garde ma sympathie, d’abord parce qu’il a été Perceval et tant d’autres personnages mémorables chez Rohmer, ensuite parce que certains de ses spectacles valent leur pesant de cacahuètes. Sa passion de la littérature s’y éprouve et s’y transmet formidablement, bien mieux que dans ses envolées médiatiques surfaites. Aussi peut-on comprendre que notre homme saute sur les scripts qu’on lui envoie et qui évoquent, de près ou de loin, l’amour des lettres (rappelez-vous, déjà en 2007 il était à l'affiche de Molière). Mais bon sang il y a des limites. Je vois mal ce qui peut donner moins envie de lire Molière ou Flaubert qu’Alceste à bicyclette et Gemma Bovery.




Petite blague pour détendre un peu les esprits, enfin surtout le mien, parce que je suis tendu là et je n'ai pas envie de faire de cet article une salade composée d’injures contre deux films anodins. Blague donc, que je vous autorise à resservir dans les dîners pour y paraître sympathique :

- Gay et Pagaie sont sur un bateau. Gay tombe à l'eau. Qui reste-t-il ?
- Pagaie.
- Ok, mais du coup qui reste-t-il ?
- Pagaie !
- Soit, mais du coup ?
- Pagaie putain Pagaie !
- D’accord, pas Gay, il est tombé à l'eau, mais du coup, qui reste-t-il ?

Ad libitum... Maintenant beaucoup moins drôle : Philippe Le Guay et Anne Fontaine sont sur un bateau. Philippe Le Guay tombe à l'eau. Qui reste-t-il ? Anne Fontaine, et là pas d'entourloupe possible, et c'est tout le problème, parce que du coup on est bien dans la merde. Et c’est idem si c’est Le Guay qui reste à quai. Mais, l’un dans l’autre, si l'un des deux chavire, ça fera du bien au cinoche français.




Il ne faut jamais dire Fontaine, je ne boirai pas de ton eau. Mais on peut dire Anne Fontaine, je ne mangerai plus de ta merde. Je m’abstiendrai de faire toute vanne sur le blaze de Philippe Le Guay, il n’a pas besoin de ça. Mais tant pour la finesse de leur nom que pour celle de leur art, Phil Le Guay et Femme Fontaine peuvent se donner la main. Dans le film de Le Guay, deux acteurs jadis grands amis se retrouvent pour adapter Le Misanthrope. L’un, Lambert Wilson, est une vedette qui a fait dans le compromis pour réussir, il jouera Philinte, l’ami d’Alceste, prompt au compromis. L’autre, Luchini, est un misanthrope, il jouera Alceste, le misanthrope. Tout cela est bien ficelé. Le personnage de Luchini vit reclus à la campagne, loin des planches, mais il finira par accepter la proposition de son ami de remonter le chef-d’œuvre de Molière, jusqu’à ce que les tensions entre eux rejaillissent, évidemment, le bellâtre mondain reprenant ses habitudes de séducteur pernicieux et l'atrabilaire amoureux se repliant définitivement après une énième blessure sentimentale. Pour mettre un peu de piquant entre les deux vieux croulants, Le Guay glisse non seulement une femme aimable mais aussi une jeune actrice porno qui veut se lancer sur scène, personnage qui ne suscite rien de savoureux, outre une vieille réplique de Luchini maintes fois recyclée (l'actrice porno lui aurait avoué qu'« une double péné à 8h du mat', c'est auch »). Je veux bien l’aimer, Luchini, mais j’aimerais que son amour de la littérature ne le pousse pas davantage à errer dans ces comédies littéralement dramatiques dont les fabricants osent s’appuyer sur les grands auteurs pour nous livrer de fabuleuses bennes à ordures.




Du côté de Fontaine, Luchini vit également reclus à la campagne, il a quitté le boucan parisien pour se consacrer à la boulangerie, en Normandie, sur les terres de Flaubert. Mais, entre deux fougasses, il redécouvre les fugaces sensations de l’érection quand il fait la connaissance de son nouveau couple de voisins, Charly et Gemma Bovery, dont les patronymes ne tardent pas à lui évoquer le chef-d’œuvre de son auteur fétiche. Et ça ne s’arrête pas là. Gemma s’ennuie beaucoup dans sa campagne et rêve d’une autre vie, comme Emma dites donc. Bref, vous l'aurez compris, le film est une sorte d'adaptation de Madame Bovary à travers le portrait d'un double de l'héroïne flaubertienne (façon The Hours mais sur Flaubert et pour les nuls). Big up quand même pour Luchini, qui change de partenaire et bénéficie de la plus belle promotion canapé de l'histoire du cinéma français, passant sans transition de l'épaule droite certes confortable de Lambert Wilson aux nibards indénombrables de l'anglaise Gemma Arterton. Chez Fontaine, qui marche dans les pas de Le Guay, on essaie aussi de pimenter un peu l'amour de la langue et de ne pas s'en tenir à la stricte littérature, aussi nous gratifie-t-on de quelques plans qui visent juste et sont, en même temps, à pleurer, à pleurer de joie et de tristesse d'ailleurs, je veux parler des plans sur les grosses miches de Gemma Arterton, reluquées par Luchini tandis qu’il lui apprend à pétrir la pâte à pain (pas un plan sur Gemma Arterton ne démarre d'abord sur sa poitrine, en fait)... Tout cela ne donne envie d’aimer ni la littérature, ni le cinéma, mais cela pourra vous conforter dans votre passion si vous aimez les nichons. Et là, enfin, je pige un peu mieux Luchini, qui n'a pas tant fait ce film pour transmettre aux spectateurs le goût du participe présent de Flaubert que pour se voir transmettre quelques raisons de bander. Et face à ça, face à ce Luchini-là, qui pendant la promo n'avait de cesse de répéter : "Je m'en taaaaaaape, mate l'affiche...", face à ça, je ne trouve rien à dire.




Aussi me contenterai-je de réclamer à une âme charitable de réaliser, à partir de quelques séquences du film d'Anne Fontaine (on aurait plutôt attendu cela du film de mec dans ce maudit diptyque, mais comment en vouloir à Le Guay ?), quelques gifs dignes de ceux tirés des aventures du mini-short de Gemma Arterton dans Tamara Drew. Je songe entre autres à cette scène complètement gratuite où l’actrice britannique se met au jogging et trottine dans un village normand dans une tenue de sport qui aura vu du pays... Ou à cette autre scène où Gemma retire son manteau et se retrouve en sous-vêtements pour le plus grand plaisir du grand blond bouclé au strabisme divergent des Amours Imaginaires, qui incarne ici la version moderne de Rodolphe, et que le spectateur a aussitôt envie de soumettre à la question dans un pur autodafé. Luchini lui-même cherche le gif sur toute la toile. On peut le croiser (@Robert_Luchini_officiel) à toute heure du jour et de la nuit, et surtout de la nuit, en train de rôder sur twitter, TumblR et Printerest, quémandant ce foutu gif qui lui trotte dans la tronche depuis le tournage et qui a carrément remplacé dans sa caboche toutes les citations de Jean de La Molière, Louis-Ferdinand Fontaine, Paul Nietzsche, Friedrich Valéry, Philippe "Murray" Head et Fabulous "Fab" Barthes qu'il croyait à jamais enregistrées sur son disque dur.


Alceste à bicyclette de Philippe Le Guay avec Fabrice Luchini et Lambert Wilson (2013)
Gemma Bovery d'Anne Fontaine avec Fabrice Luchini et Gemma Arterton (2014)

8 février 2014

Tonnerre

Tonnerre, récit du retour au foyer paternel d'un musicien solitaire, Maxime (Vincent Macaigne), et de la rencontre amoureuse de ce jeune homme et d'une très jeune fille peu sûre d'elle, Mélodie (Solène Rigot, aperçue dans le 17 filles des sœurs Coulin), n'est que le premier long métrage de Guillaume Brac, après le court Le Naufragé et le moyen Un monde sans femmes. Mais il fait naître à son tour l'impression saisissante, bouleversante, que c'est la vérité qui se montre là, dans ce mélange tout à fait remarquable de réalisme (ces non-acteurs impliqués de façon semble-t-il plus que personnelle dans le récit, comme Hervé, le divorcé au revolver) et de pur romanesque (avec la deuxième apparition, justement, de ce fameux revolver, et tout ce qu'elle implique). Surgit de chaque moment du film l'impression que c'est ça. Que c'est exactement ça. Pourtant rien de cliché, de banal, de facile. A l'opposé du "on connait ça par cœur...", on est dans le "c'est enfin ça !", du côté de cette émotion brutale et sourde qui s'empare de nous quand, par exemple, on lit, sous les plumes rares de quelques écrivains plus justes, plus sensibles et plus précis que les autres, des mots qui disent exactement cela qu'il y a de plus enfoui ou de plus évident, mais de pourtant non-dit, en nous. On a devant Tonnerre l'impression, et il faudrait plutôt dire la certitude, car il ne s'agit pas de se laisser convaincre mais de reconnaître, d'éprouver la vérité, la certitude donc que c'est comme ça qu'un homme tombe amoureux d'une femme, en scrutant le corps actif de l'autre au point d'oublier le sien, hébété, sous la neige, dans une séquence sublime qui rejoint la poésie neigeuse de The Day he Arrives de Hong Sang-soo. C'est comme ça aussi qu'on se met très vite à aimer à l'excès une fille trop jeune, dont la blancheur des traits (au sens de la page blanche), juvéniles et comme intacts, pousse l'homme à y projeter une pureté écrasante et idiote. C'est comme ça qu'une fille regarde un homme pour qu'il l'embrasse pour la première fois, que ce premier baiser ait lieu dans les catacombes de la ville de Tonnerre ou ailleurs. Comme ça aussi, quand par l'horrible cela se produit, que l'on perçoit déjà que l'autre s'éloigne et que c'est perdu. Que l'on sent cette distance irréparable qui naît tout d'un coup entre deux êtres (concrètement "entre" eux, dans l'espace qui les sépare, même infime, comme devant l'immeuble de Mélodie avant qu'elle ne parte en week-end), et qui croît trop vite. Comme ça qu'on nie d'abord ce gouffre grandissant, sans y parvenir vraiment, puis qu'on le refuse sans pouvoir faire autrement, quand la fin est nommée. Comme ça qu'on pleure sans retenue, le corps cessant de se tenir, poids mort écroulé, et qu'on retourne sur le lieu de la promenade amoureuse, bassin merveilleux, au sens du merveilleux médiéval, devenu vaste étang de mélancolie, verdâtre et insupportablement pourri.




Maxime, l'amoureux éconduit, interprété par un Vincent Macaigne une fois encore sublime devant la caméra de Guillaume Brac, est un peu comme Yvain (le chevalier au lion de Chrétien de Troyes) qui, repassant près de la fontaine magique qui jadis l'a mis entre les bras de Laudine, et ce longtemps après que sa dame l'a banni pour avoir manqué à sa promesse et pour être demeuré absent trop longtemps, est à peu de choses de sombrer à nouveau dans la folie, cette folie mélancolique qui l'a soudain exclu de l'humanité, rendu à l'état animal, errant nu dans la forêt, jusqu'à ce qu'un ermite le sauve et le rende à son humanité. Comme si la folie maladive était inscrite dans un lieu et s'y attrapait, de même qu'on dit "attraper froid" ou "mal". C'est me semble-t-il en repassant devant le bassin frelaté que Maxime sombre. A ceci près que sa sortie de l'humain consiste d'abord en une plongée très profonde dans la honte, une honte qui relève de la perte de conscience momentanée de soi-même et des autres, lorsqu'il brise une armoire et hurle dans son oreiller, brisant les lois tacites du savoir-vivre (au sens littéral du terme) et laissant son père désemparé. Deuxième étape de la sortie de l'humain : la folie à proprement parler, un abandon à la violence. Dans les deux cas, Maxime "s'abîme", pour citer Roland Barthes citant le Werther de Goethe. Je ne voulais pas parler de Rozier, que je connais mal, ni de Rohmer, que je connais bien, car ces détours légitimes deviennent obligatoires pour parler de Brac, et pour cause, puisqu'on retrouve là cette impression de vérité, ce réel mêlé de romanesque, cette simplicité rehaussée de noblesse, cette nudité et cette richesse, ces questionnements moraux, philosophiques, et cette intelligence du cinéma qui font le génie d'Eric Rohmer. Mais je n'en parlerai pas, et je parle donc de Chrétien de Troyes, adoré et adapté par Rohmer, et de Roland Barthes, adorateur de l'adaptation de Chrétien par Rohmer, et lui-même adoré et interprété par Luchini, acteur fétiche de Rohmer et acteur principal de Perceval. La boucle est bouclée et, du reste, il me semble que Tonnerre est aussi un film sublime en tant qu'il est une mise en scène d'un certain nombre de figures amoureuses dont Roland Barthes recomposa le discours via une prose poétique en fragments d'une précision sans pareille.




Werther, comme Yvain, ne souffre l'absence de l'autre que parce qu'il s'éloigne de l'objet aimé. Maxime est, lui, de ceux qui restent. Barthes : « Or, il n'y a d'absence que de l'autre, c'est moi qui reste. L'autre est en état de perpétuel départ, de voyage ; il est, par vocation, migrateur, fuyant : je suis, moi qui aime, par vocation inverse, sédentaire, immobile, à disposition, en attente, tassé sur place, en souffrance, comme un paquet dans un coin perdu de gare. L'absence amoureuse va seulement dans un sens, et ne peut se dire qu'à partir de qui reste - et non de qui part : je, toujours présent, ne se constitue qu'en face de toi, sans cesse absent. Dire l'absence, c'est d'emblée poser que la place du sujet, la place de l'autre ne peuvent permuter ; c'est dire : "Je suis moins aimé que je n'aime". » Maxime, sur le quai de gare, venu fêter la fin programmée et espérée de l'absence de Mélodie, son bouquet de fleurs en main, est ce paquet en perpétuelle attente, tassé, perdu. « L'identité fatale de l'amoureux n'est rien d'autre que : Je suis celui qui attend ». Quand Maxime, après son accès de folie dans le cabanon au bord du lac, demande à Mélodie non pas de lui expliquer (même s'il dit et répète "Je comprends pas là…") mais de lui raconter ce qu'elle a fait durant ce week-end où il l'a perdue, c'est peut-être précisément pour permuter, pour ne plus être le présent, l'immobile, c'est pour mettre un terme à l'angoisse et aux images d'autant plus cruelles que forcément multiples créées par l'absence et l'attente, c'est afin de forcer la présence de l'autre par-delà son absence effective.




Maxime, à travers son histoire immédiatement périlleuse avec Mélodie, reproduit aussi le scénario paternel de l'escapade dans une cabane lointaine, au nord de l'Italie pour le père, dans la forêt pour le fils, en compagnie d'une demoiselle largement plus jeune. Ainsi Maxime n'aurait vécu cette histoire que pour en rejoindre une autre : pas seulement celle du père, aussi celle de la mère. Le personnage semble reproduire, sans l'avoir pré-conçu, une "primitive agony" (Winicott, encore et toujours cité par Barthes), pour se donner une chance, paradoxalement, d'à nouveau rater l'autre. C'est se donner une autre chance de perte, permuter une autre absence, celle de la mère agonisante quand il était, lui, absent. Ou comment reproduire un échec dont, cette fois-ci, on partagerait les torts et la douleur. Et Barthes pourrait lui répondre : "Ne soyez plus angoissé, vous l'avez déjà perdue". Maxime a déjà perdu sa mère comme il a déjà perdu Mélodie, perdue dès ce message où elle prétextait une fatigue pour ne pas le voir avant son départ, définitivement avec ce geste, devant l'immeuble de sa cité, où Maxime lui tire les cheveux en essayant de l'embrasser : faut-il qu'il l'ait perdue pour que déjà, à ce stade de leur relation, elle lui dise comme ça "tu me fais mal", et pour qu'il ait ce geste pénible.




Le film passe près de perdre son spectateur (on le sait gré ensuite d'avoir pris ce risque immense mais mesuré) quand Maxime devient fou, sauf que la scène est tournée avec une intelligence telle, et qu'elle s'inscrit dans le discours du film avec une telle finesse d'observation et de réalisation, qu'il n'en est rien. « Tout amoureux est fou, pense-t-on. Mais imagine-t-on un fou amoureux ? Nullement. Je n'ai droit qu'à une folie pauvre, incomplète, métaphorique : l'amour me rend comme fou, mais je ne communique pas avec le surnaturel, il n'y a en moi aucun sacré ;  ma folie, simple déraison, est plate, voire invisible ; au reste, totalement récupérée par la culture : elle ne fait pas peur. (C'est pourtant dans l'état amoureux que certains sujets raisonnables devinent tout d'un coup que la folie est là, possible, toute proche : une folie dans laquelle l'amour lui-même sombrerait.) ». Or Maxime fait soudain très peur quand il tombe du côté de ce surnaturel et de ce sacré. Il est même terrifiant, et deux fois plus quand notre terreur s'enfonce dans celle exprimée sur le visage d'Ivan, le footballer, aux traits déconstruits par la peur. Maxime est d'autant plus terrifiant que sa folie dévore son amour, et rend cet amour pour le coup invisible. L'amoureux n'est plus que fou, et pousse Mélodie à un acte de folie réciproque, peut-être encore plus insensé, plus improbable, quand elle affirme que Maxime n'en a qu'après son corps et se déshabille comme pour le lui foutre sur la gueule, usant de son corps comme Maxime a usé de son arme à feu, pour terroriser et ne pas laisser le choix, sinon ce "ferme ta gueule !" que le jeune homme pousse en la giflant. Ce geste de la jeune fille relèverait d'ailleurs presque, en beaucoup plus aggravé, du fameux "point sur le nez" de Barthes, produisant une parfaite "contre-image de l'objet aimé" ou quand "la bonne Image" est soudainement "altérée", "renversée". Mélodie n'est plus alors seulement perdue en tant qu'objet aimé pour Maxime, qui doit certainement se rendre compte à cet instant qu'elle n'est pas la page blanche dont il est tombé amoureux et qu'il n'a pas pris le temps de seulement la lire, elle devient un objet impossible, donc un souvenir périmé. Et il fallait bien provoquer ce renversement, d'une folie l'autre, pour que l'amoureux redevienne raisonnable, à l'excès même : il ne peut mentir au policier qui l'y encourage pour tenter d'alléger sa peine. La passion laisse place à la raison, puis au pardon, qui vaut ici pour stricte libération, de l'autre et de soi-même, pour Maxime comme pour Mélodie.




Mais la grande beauté du traitement des figures amoureuses telles que déployées par Brac n'est pas le seul joyau de vérité de ce film. Si cette histoire d'amour passe, reste le père et la relation au père, cet autre dont on finit par découvrir qu'il est un même, aussi faible que soi, et qu'on aime alors peut-être vraiment pour la première fois, après l'avoir seulement admiré, quand il devient un frère, un heureux désastre, un enfant et une solitude, dormant beaucoup et jouant un peu, ce double qu'il ne faut pas questionner longtemps pour qu'il revienne sur le nœud de son histoire, mais qui chante encore, et plus volontiers que nous encore. Bernard Menez joue un peu à côté, mais comme un père peut jouer à côté. C'est comme ça, là encore, qu'un père tente de rejoindre son fils sur son terrain : en chantant faux. Quand Maxime demande à son père s'il trouve Mélodie jolie, alors que le père a déjà vu la jeune femme (c'est lui qui l'a présentée à son fils), il répond : "J'ai pas bien eu le temps de voir tu sais", faisant référence à la nuit précédente, où Mélodie est allée, à demi-nue, ouvrir la porte des toilettes où le père lisait. C'est la réponse malaisante, à côté, d'un père à son fils, qui laisse un blanc, en souriant, parce qu'il sait que son père va se rattraper, ce que le père fait effectivement. Autre vérité : la façon dont Maxime parle à son père, sans parler de ce qui compte, en repoussant le sujet qui pourrait inverser les rôles, du moins jusqu'à ce qu'un autre événement (la disparition de Mélodie), étranger en apparence à leurs affaires, mais évidemment parfaitement lié à elles en vérité, ouvre étrangement les vannes. Le premier long métrage de Guillaume Brac raconte deux histoires parallèles, une histoire d'amour et une histoire filiale, plus belle l'une que l'autre, forcément et étroitement intriquées via Maxime, par l'imaginaire intime de ce personnage magnifique, et il les raconte toutes les deux avec cette intelligence d'où surgit le sentiment bouleversant qui naît quand se dit et quand se reconnaît la vérité.


Tonnerre de Guillaume Brac avec Vincent Macaigne, Solène Rigot, Bernard Ménez, Jonas Bloquet et Hervé Dampt (2014)

7 avril 2013

Astérix et Obélix au service de Sa Majesté

Ce film-là, on ne peut pas l'aborder frontalement. On est obligé de le prendre à rebours, par des chemins de traverse, de choisir des angles précis. S'attaquer à la mise en scène, au scénario, aux décors ou aux effets spéciaux serait trop long, ou trop rapide. Mais les acteurs... Plusieurs questions se posent, presque toutes restent en suspens. Nous sommes, avouons-le, un peu perdus et désemparés après la projection privée de ce film, et avons bien du mal à coucher tout ça sur le papier. D'abord, il faut savoir que cet épisode d'Astérix pâtit cruellement de l'absence de Christian Clavier dans le rôle titre (ça, c'est juste pour qu'on soit les seuls à l'avoir dit, on n'en pense pas un traître mot). Du côté des personnages, Panoramix manque également à l'appel, élément central de la BD il est ici condamné au hors-champ. Qu'on nous enlève le chef du village, qu'on nous prive du barde, qu'on nous supprime le poissonnier, mais pas Panoramix ! C'est l'âme de l’œuvre d'Uderzo et Goscinny. C'est la raison d'être des aventures d'Astérix & Obélix. Alors pourquoi ?... Peut-être à cause d'une malédiction qui planerait sur ce rôle depuis la première adaptation de la bande dessinée. Tous les acteurs qui ont prêté leurs traits fatigués au célèbre druide sont aujourd'hui six pieds sous terre, du pourtant fringuant Sim au tonitruant Claude Piéplu en passant par l'unique et inimitable Smaïn : toutes ces personnalités sont parties pour le dernier continent, terrassées par le rôle. Jouer dans cette saga semble épuisant pour les nerfs. Il faut voir la tronche que tire Edouard Baer, d'ordinaire pétaradant. Il est aveuglé par un maigre filet de lumière dans les scènes en extérieur, affichant l'air du déterré qui n'a pas pioncé de la semaine, ou du sniffeur de coke qui voit la vie en noir de chez noir. Il faut voir aussi l'allure fatiguée de Fabrice Luchini, qui paraît avoir 10 ans de plus, même s'il nous offre le meilleur César ever, malgré sa performance minable. 




Ça fait tellement longtemps qu'on attendait de voir Edouard Baer en Astérix... On en était tout fébriles ! A ce propos, saviez-vous qu'Edouard Baer est le seul acteur de la célèbre saga à avoir interprété deux rôles distincts ? Il était déjà Otis dans le second épisode, le chef-d’œuvre oxydé de Chabat. Hélas, nous sommes extrêmement déçus par le traitement réservé au personnage d'Astérix dans ce nouvel opus. Cœur de la BD, véritable poumon des travaux dessinés d'Uderzo, il est ici réduit à une espèce de pervers sexuel qui ne pense qu'à se vider les bourses dans la première anglosaxone venue. Dolores Chaplin doit d'abord faire face à ses avances, puis c'est au tour de la pâle Charlotte Le Bon d'être assaillie par une drôle de teub auréolée d'une moustache blonde remplie d'irréductibles morpions gaulois. Edouard Baer n'a pas l'air dans le coup. Il joue comme s'il était en état d'arrestation pour détention de stupéfiants de classe A. Pourquoi n'ont-ils pas pris un vrai nain pour faire Astérix ? Mimi Mathy était dispo, et pas besoin de la teindre ! Warwick Davis, l'éternel Willow, l'inoubliable Leprechaun, a également un agenda 2012-2013 vierge de toute espèce d'annotation, il était dispo... 




Petit tour d'horizon du cas Depardieu. Son nez ressemble à un vié fatigué, dans un sens comme dans l'autre. Soit l'on y voit deux couilles énormes et glabres surmontées d'une verge qui s'épanouit au milieu de son front, très satisfaite d'être astiquée à chaque fois que l'acteur hausse les sourcils par à-coups. Soit, à l'inverse, on considère ses "narines" comme les deux sphères d'un gland de dinosaure à l'urètre bien dégagé, suspendu dans le vide, dans l'attente d'une nouvelle cible facile lui tournant le dos à la hâte. Une chose est sûre, l'acteur-star parti dans le froid fout vraiment mal à l'aise. 




Un petit mot sur Gillaume Gallienne, qu'on nous avait présenté comme la seule satisfaction de ce ratage total, comme la dynamite humaine de ce film mort-né, comme le vent de fraîcheur soufflant sur le cinéma français. Il est aussi enjoué que tout le reste du cast, c'est à dire qu'il donne l'impression que sa carte bleue a été piratée et qu'on a effectué un retrait en Roumanie d'un million d'euros sur son compte courant et que l'on a vidé son PEL sans préavis. Gallienne, sociétaire de la Comédie Française, participe activement à l'enculage de la bonne humeur du spectateur. On a juste envie de lui foutre un énorme coup de pied au cul. En parlant de cul, celui de Charlotte Le Bon a visiblement tapé dans l’œil de Laurent Tirard, le pur nullard aux manettes de ce fiasco, désormais expert dans l'adaptation des œuvres de Goscinny (il avait déjà réalisé Le Petit Nicolas), au grand dam de ce dernier, qui danse le smurf non-stop dans sa tombe au Père Lachaise. 




Autre interrogation sur le casting : pourquoi n'ont-ils pas mis un vrai black à la vigie du bateau de pirates ? Certes Mouss Diouf est mort et Giant Coucou aussi, mais il restait Omar Sy (seul bémol à sa présence, de taille toutefois, rajouter un million de dollars de budget au film pour l'entendre rire, et un million supplémentaire pour embaucher Fred, car Omar ne tourne jamais un film sans son acolyte sur le plateau, ou au moins en coulisses), il y avait aussi Fabrice Eboué (mais pas assez noir à notre goût), Alex Descas (mais c'est pas tout à fait le genre), et Pascal Légitimus (qui a toutefois pâli avec l'âge). Bref, en fin de compte on comprend. Dans le même ordre d'idée, pourquoi est-ce que l'immigré qu'ils raccompagnent à la frontière est un blanc couvert de cirage et non un vrai black ? Là encore, on ne sait pas. Ceci dit on n'y perd pas totalement au change. Seul rayon de soleil dans ce foutoir ignoble : le dénommé Atmen Kelif, éternel fauteuil voltaire d'Edouard Baer, véritable faire-valoir de son maître, figurant à vie, fantôme du cinéma français (à tel point qu'il n'est que trop rarement crédité et trop rarement payé pour son travail). Qui se souvient d'Atmen Kelif dans Mon Pote ? L'intermittent du spectacle militant est ici très bon dans le rôle du petit paki immigré à moustache, dont l'accent suffit à faire sourire lors de sa première apparition. C'est bien la seule fois que l'on a souri devant ce film, alors ça méritait d'être souligné.




On doit parler des BB Brunes, mais on aimerait plutôt leur faire la peau et leur couper les oreilles. Il n'y a bien que Depardieu qui semble réellement prendre son pied lors du concert final, mais rappelons que c'est très probablement le fait de son addiction connue, reconnue et avérée à la bibine et à tout ce qui relève du liquide fermenté. Le film se termine sur cette drôle d'image arrêtée où on le voit mimer avec ses poings diaboliques une double fellation surprise. L'acteur avait clairement la baraka. Mais les milliards que coûte cette seule performance improvisée de fin de tournage valaient-ils d'être brûlés ? Rappel du coût de ce film : 60 000 000€ soit $80 000 000, ce que la rédaction de ce blog gagnera en 600 siècles (on est deux rédac' chefs, et pas mal de secrétaires). Au box office, le film s'est écrasé lamentablement en réussissant à faire moins que tous les précédents opus. Sincèrement, on ne pense pas que la 3D sauve le truc.




P.S. : Pas un mot sur Dany Boon, Gérard Jugnot ou Valérie Lemercier. Transformez ce silence en un immense mollard qui aurait son nom dans le Guiness Book et qui serait balargué avec un sourire (ce qui n'est pas évident à réaliser) dans la direction de ces êtres dépourvus d'âme depuis qu'ils l'ont vendue au diable. Enfin, quand même un petit mot sur Dany Boon, sachant que sa prestation, d'une durée totale de 10 minutes, ponctuée en tout de trois lignes de dialogue, lui a été rétribuée la coquette somme de 600 000€...


Astérix et Obélix au service de Sa Majesté de Laurent Tirard avec Edouard Baer, Gérard Depardieu, Guillaume Gallienne, Fabrice Luchini, Charlotte Le Bon, Catherine Deneuve, Valérie Lemercier, Dany Boon, Atmen Kélif et d'autres zonards (2012)

26 mars 2013

Dans la maison

Il a osé n'aime pas Ozon et ce dernier ne fait rien pour que ça change. Franchement, Il a osé n'aime vraiment pas Ozon, on vous le répète. François, si tu nous lis, nous n'aimons pas ton travail. On dit "travail" mais dans ton cas c'est plutôt un job d'été qui s'éternise depuis trop longtemps. Il y a toujours une pointe de curiosité avant de lancer le dernier téléfilm d'Ozon, un début de pitch, un acteur, une actrice, une anecdote, une situation, une affiche, un titre, bref il y a toujours une mini étincelle qui nous mène droit dans le mur et qui nous fusille une soirée à bout portant. On le sait et pourtant il y a encore et toujours ce je-ne-sais-quoi qui nous décide à lancer le dernier feuilleton de la saga Ozon. Ceci dit on devrait parler au passé parce que là c'était la der des der. On ne nous y reprendra plus. C'est ce qu'on a juré à notre voisine quand on a abattu la cloison mitoyenne de nos deux appartements à l'aide de notre télévision à tube cathodique et à écran bombé, télévision aussi légère que notre humour mais aussi fracassante que notre rage dès qu'on aborde le cas Ozon. Une célèbre chanson s'intitule "Antisocial, tu perds ton sang froid", en l'occurrence "Francis Ozon tu nous fais perdre notre sang froid et tu nous dois une caution !".




On a comparé Dans la maison à un Pasolini. Un critique sans discernement a comparé noir sur blanc le dernier Ozon au Théorème de Pasolini (A²+B²=C²). Beaucoup d'autres ont applaudi des deux mains cet épisode de L'Instit avec Fabulous Fab Luchini à la place de Gérard Klein. Faute de grives on trique sur de la pure merde. Ok y'a une idée là-dedans. L'idée du film c'est que le scénario s'écrit sous nos yeux, et que c'est un lycéen doué en français qui nous le pond. C'est l'idée du film et c'est aussi son problème, car il est de fait écrit par un pigeon. Ozon ayant concocté un script inepte, il a eu la chic ingéniosité de le prétendre improvisé par un gamin pour se dédouaner par avance. Mais comme il n'est pas non plus modeste, il fait dire au personnage du prof joué par Luchini que cette histoire est à se taper le cul par terre, s'envoyant un gros bouquet de fleur en recommandé à domicile. Ozon est de toute évidence très fier de lui, de son petit bijou machiavélique, de son film qui est à Hitchcock ce que Camel Meriem est à Zizou, c'est-à-dire un gros pet qui n'a même pas d'odeur (donc pas d'âme).




Plusieurs scènes nous ont choqués. D'abord celle où la tronche de Luchini surgit entre deux fauteuils dans la chambre d'un des adulescents du film, au milieu d'une séance de seigue commune, une séquence inédite et surprenante d'entre-branlage (on a beaucoup parlé de "voyeurisme" pour qualifier cette œuvre, mais à ce niveau-là c'est pathologique) entre le petit héros et son camarade de classe campé par le fils caché de Ségolène Royal (ce qui explique sa ressemblance avec François Hollande) et du comique Bouder (pour sa tronche fondue façon raclette à l'acide chlorhydrique - ce type de tronche qui nous fait penser qu'il y a sans doute quelqu'un tout là-haut, adepte de l'humour des Monty Python, qui nous fait des blagues). Autre moment décourageant, antérieur dans le film, mais tourné a posteriori lors du tournage (il y a donc une logique qui régit notre critique), la séquence d'exposition qui nous présente la vie d'un lycée à coups d'avances rapide, digne du générique de l'émission Giga Giga présentée par Manu Gélin : c'est horrible. En réalité l’œuvre entière nous a choqués et nous a bousculés sur le fondement de notre cinéphilie. Pour la première fois il nous faut avouer que l'on a pris la décision que le cinéma occuperait une place moins importante dans notre vie, et que ce serait irrévocable. Plus de films lancés au petit déj, plus de séance de minuit qui dure jusqu'à minuit du jour d'après, plus de session saga Le Parrain, Alien VS Predator, L'Arme fatale ou Leprechaun.




Nous voulons consacrer ces dernières lignes au cas Kristin Scott Thomas, qui toujours nous dérange beaucoup. Devant Partir, on a failli partir à cause d'elle. Devant Cherchez Hortense, on a failli partir chercher la première Hortense venue, pour mieux la perdre de vue. Dans Le Patient anglais, elle nous a fait perdre toute patience envers les anglais. Dans Ne le dis à personne, elle nous a donné envie de hurler au monde entier "ta race maudite !". Dans L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, elle nous a filé le désir de porter des oeillères et de la finir en viande hachée, parce qu'on achève bien les chevaux. Dans Deux sistas pour un gangsta, on ne l'a même pas remarquée car on avait les yeux rivés sur la chute de reins d'Eric Bana (putain de gars...). Dans Dans la maison elle joue l'épouse de Luchini et franchement, autant de haine devant un écran, nous n'avions pas ressenti ça depuis le discours de Grenoble de Sarkozy. Finalement, ce discours de Grenoble, c'était pas si con ! L'idée de déchoir de la nationalité française quelqu'un qui a fait trop de mal au pays, ça se médite, et ça pourrait s'appliquer à cette femme sans patrie qu'est Scott Thomas, qui n'a jamais réussi à se débarrasser de cet accent de chiotte et de cette voix éraillée qui a le don de brancher nos coeurs sous tension et de faire surgir en nous le Malin.


Dans la maison de François Ozon avec Fabrice Luchini et Kristin Scott Thomas (2012)

17 septembre 2011

Les Femmes du 6ème étage

L'histoire que nous raconte Les Femmes du 6ème étage se déroule dans les années 50. C'est sans doute pour ça qu'il ne faut pas s'étonner d'admirer des décors vétustes, façades abîmées et intérieurs fatigués, éclairés par une lumière terne qui se garde bien de gâcher l'absence de vivacité des couleurs, ce camaïeux de pastel avec une prédominance de gris, de noir, de marron caca d'oie et de jaune pisse. Rien de plus normal. Nous sommes dans un film d'époque, l'époque est ancienne, donc tous les éléments qui la composent aussi. C'est bien connu, à l'époque les gens vivaient dans de vieux habits, habitaient de vieux appartements, et ils utilisaient des objets patinés par le temps, voire même cassés parfois, car anciens et usés avant même que d'avoir été inventés. Et vu que l'époque était en noir et blanc (d'après les photographies et vidéos qu'on a pu sauvegarder en tout cas !), les couleurs n'y existaient pas, en tout cas pas de façon franche. Le jaune, oui, mais sépia s'il vous plaît ! Le rouge, non. Le rouge n'existait pas dans les années 50, trop coloré comme couleur. Le rouge est apparu sur terre à l'époque du technicolor, pour s'en assurer il suffit de regarder des films ou des photographies des années 60, où l'on voit bien que les objets sont très colorés, beaucoup plus que ceux aperçus sur les photographies en noir et blanc des années 50. Le bleu n'existait pas non plus dans l'immédiat après-guerre, ou alors un bleu pâle, délavé, un bleu ancien quoi, cqfd. Du gris, en fait.



Le film a sans doute été tourné dans un musée, dans des lieux anciens, avec des fauteuils sur le point de s'éventrer, des tapisseries décolorées, des costumes figés par la naphtaline, ceux-là même que les gens portaient à l'époque. Quand on visite un tel musée on se demande comment nos ancêtres ne se lassaient pas d'habiter des lieux qui sentaient le renfermé, de porter des vêtements cartonnés et d'utiliser des outils vétustes. C'est quand même fou de penser qu'à l'époque rien n'était neuf du coup, tout était vieux déjà. Si on pousse cette logique imparable jusqu'au bout on est les premiers êtres humains à fréquenter des objets propres, des choses en bon état, puisque tous les êtres humains d'avant vivaient forcément dans le passé, entourés de choses vieilles par conséquent. Tout ça se tient. C'est d'une logique imparable et je félicite le dos courbé Monsieur Philippe Le Guay, le réalisateur de ce film, pour avoir su rester fidèle à cette logique en filmant ses personnages du milieu du siècle dernier dans des costumes moisis, rongés par les mites, déambulant dans des décors poussiéreux calcinés par le temps.



Dans ce vieux décor pourri d'époque donc, Les Femmes du 6ème étage raconte l'histoire d'un couple de bourgeois vivant à Paris. Ils traitent leur bonniche septuagénaire comme une vieille savate. On les comprendrait presque parce que la vieille est insupportable. J'ai passé dix minutes à prier pour qu'elle dégage du film et quand mon vœu a enfin été exaucé ce fut un soulagement terrible... Nos deux connards embourgeoisés engagent donc une nouvelle servante pour leur repasser le linge, laver le sol, faire la vaisselle, astiquer les chiottes, récurer la baignoire, lessiver le parquet et préparer le petit déjeuner de "Monsieur", qui met un point d'honneur à ce qu'on l'appelle ainsi. Sur les conseils de ses bonnes amies, autant de "Madame de" (mes deux) enfarinées et bardées de rubis, la maîtresse de maison, qui tient à ce qu'on l'appelle "Madame" comme Monsieur, et qui est interprétée par Sandrine Kiberlain, décide d'engager une espagnole peu coûteuse, à condition qu'elle soit "propre" bien que d'origine ibérique, ce qui n'est apparemment pas facile à dénicher. "Monsieur", joué par Luchini (quand on sait combien cet homme peut être drôle et spirituel, et combien il est érudit, on a envie de le supplier d'arrêter de tourner dans des conneries pareilles), Monsieur donc fait passer à la nouvelle bonne le test ultime de la bonniche idéale : elle doit lui préparer un œuf coque, trois minutes et demi de cuisson, trop c'est raté ("œuf bouillu, oeuf foutu"), pas assez c'est pire. Il casse le dessus de la coquille, y trempe sa cuillère, la musique grimpe, le suspense est à son comble, c'est LA scène d'action du film, une séquence au suspense haletant qui nous rappelle si besoin est que Philippe Le Guay est un professionnel de la profession.



Mission accomplie haut-la-main, l’œuf coque est à se damner, Conchita est prise. Contrairement à la vieille servante du début du film et contre toute attente, elle sait compter jusqu'à trois et demi. Puis "Monsieur" va tout d'un coup devenir aidant et gentil avec la caste des servantes, et prendre conscience de la difficile condition des bonniches espagnoles. Pourquoi ? Parce que sa bonne est bonne. Il la trouve bonne. C'est une bonne, normal, mais en plus d'être bonne elle est bonne. Et pour cause elle est jeune et mince, contrairement à toutes les autres bonnes espagnoles de l'immeuble qui sont autant de vieillardes à varices ou d'obèses à barbe, donc elle est particulièrement bonne. Puis à côté de la nordique Sardine Kiberlain, récemment à l'affiche de Romaine par moins trente sans maquillage, une espingouine ersatz sans relief de Pénélopé Cruz on la trouve forcément bonne. Luchini tombe donc amoureux de sa bonne et décide par conséquent d'aider les femmes de ménage de l'étage au-dessus (le 6ème si vous avez bien lu le titre) en payant un plombier moustachu afin qu'il répare les cabinets à la turque des espagnoles (qu'un plan bien senti au début du métrage nous présente débordant de fientes). Monsieur prête même son téléphone à une grosse barrique du 6ème étage qui veut appeler au pays pour savoir si son neveu, bizarrement prénommé Pep' Guardiola (clin d’œil du réalisateur Philippe Le Guay au sélectionneur de la Mannschaft ?), est né avec ses dix doigts. Le bourgeois gentilhomme ira jusqu'à permettre à sa bonne sacrément bonne, dont la chambre de bonne est dépourvue d'eau courante, de prendre son bain chez lui, profitant de l'occasion pour la reluquer sans scrupule tant elle est bonne. Tout cela est passionnant.



A la quinzième minute, "l'héroïne", entre guillemets, la bonne méga bonne, appelle à l'aide les autres espagnoles de l'immeuble, qui sont bizarrement toutes de sa famille (à moins que l'Espagne ne soit une immense famille consanguine ?), pour venir l'aider à nettoyer la grande baraque des bourgeois. Les blew grana rappliquent, elles mettent un tube de Dalida à la radio et font le nettoyage à sec en dansant et en chantant, la banane aux lèvres. Ma grand-mère faisait les ménages et je peux vous assurer qu'elle chantait pas "Itsi Bitsi Petit Bikini"en lavant le carrelage de ses enfoirés de patrons qui la sous-payaient et qui la traitaient comme une merde. Normalement, si c'est que de moi, j'arrête le film à ce moment-là. La scène est immonde et elle arrive pile à la quinzième minute (la barre fatidique au-delà de laquelle j'éteins mon lecteur devant les pires saloperies de cet acabit). Mais j'ai tenu. Je ne sais pas pourquoi. Au bout de 37 minutes j'ai quand même fini par tout éteindre. J'en ai plus que marre de m'envoyer entièrement des chiures pareilles. Je demande franchement qui peut bien trouver son compte dans un film comme celui-là ? Je ne parle pas des papas et mamans qui sont allés le voir au cinéma, accrochés par Luchini ou par le contexte des années 50 qui leur évoque leur propres parents, et qui en sortant ont lâché un collégial "Ouais enfin c'était pas maaaaaal", soucieux de ne pas se plomber davantage le moral en repensant aux 8€50 X 2 qu'ils viennent de jeter aux ordures et aux 90 minutes de supplice qu'ils ont perdues devant un navet maxi modèle. Je parle de tous les autres français dans tous les autres cas de figure. Comment peut-on décemment trouver son compte devant un film pareil, qui n'est ni intéressant, ni bien joué, ni bien écrit, ni bien filmé, ni gai, ni savoureux, ni instructif, ni drôle, ni croustillant, ni dépaysant, ni divertissant, bref qui n'a strictement et définitivement aucune qualité. Comment peut-on ?


Les Femmes du 6ème étage de Philippe Le Guay avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain et Carmen Maura (2011)

19 mars 2011

Barnie et ses petites contrariétés

C'est l'anniversaire des dix ans de Barnie et ses petites contrariétés. A cette occasion je voulais vous torcher quelques lignes à propos de ce film que j'adore. Bon, pour être plus sincère, j'aime surtout un très court passage du film que je viens de chercher pendant toute une matinée sur google images. Je suis sûr qu'on pourrait en faire un gif animé de type mythique. Ceux qui connaissent le film sauront de quoi je parle. Même ceux qui n'ont vu que la bande annonce. Je parle évidemment de cet instant inoubliable qui m'a personnellement fait ressentir une grosse contrariété, d'autant plus que j'étais en présence de belle-maman quand je l'ai maté, ce moment terrible où Marie Gillain suce le doigt de Fabrice Luchini (une fois n'est pas coutume muet comme un espadon), comme s'il s'agissait de son berlingo. Elle te bouffe ce doigt comme si sa vie en dépendait, avec le regard qui va bien, ce regard qu'il est même rare de croiser dans les films pornos parce que les actrices y font leur boulot sans passion. Là on la voit la passion, on la palpe.



Ces cinq secondes en disent long sur Marie Gillain. Car il est impossible qu'une femme sorte ça de nulle part. Ce regard-là il est vrai ou il n'est pas. Ou alors Marie Gillain est vraiment la plus grande actrice de l'histoire du cinéma, rien qu'avec cette scène. Donc parions plutôt sur le fait qu'elle n'ait aucun a priori contre ça. Et je dis "ça" avec le plus grand respect pour une pratique ancestrale, vieille comme la nuit des temps, ne soyez pas naïfs. Depuis que l'homme a une queue et une bouche, la pipe est sa préoccupation première. Il faut bien se dire que tout le kamasutra a été inventé dans la première heure du monde. Tout a été tenté dans le berceau de l'humanité. Si vous repensez au petit dessin de Darwin où on voit un type se redresser lentement jusqu'à marcher, dîtes-vous bien que dès la première case de cette bd - la plus fameuse bande-dessinée du monde à ce jour - dès la première case la messe était dite et même si notre macaque était encore seul à cette époque-là il avait déjà sucé sa propre queue. J'aimerais savoir si y'a des races de singes qui sucent leur propre queue... Sûrement que oui ?


Barnie et ses petites contrariétés de Bruno Chiche avec Marie Gillain, Fabrice Luchini et Nathalie Baye (2000)

23 septembre 2009

La Fille de Monaco / Sliver

Believe it or not : La fille de Monac' c'est le Sliver français. Première phrase de cette double critique, j'annonce la couleur. Sliver c'est ce film repère du cinéma Hollywoodien du milieu des années 90, avec un Tom Berenger à peine sorti de "rehab", un Alec Baldwin tâchant bec et ongles de se faire un prénom au sein de la seconde plus grande famille du cinéma après celle des Lumière, et surtout, surtout, une Sharon Stone dont le seul nom en tête d'affiche suffisait à faire dresser les foules. Même les malheureux qui n'auront eu internet qu'en 2005, à une époque où Mariah Carey et Christina Aguilera étaient les nouvelles coqueluches des gros fumistes, même ceux-là auront tapé le nom de cette star sur Google Image. La beauté de ce casting faisait de Sliver un petit bonheur d'analyse filmique, trop souvent rencardé au triste rang de porno tout public ou de thriller érotique façon Hollywood Nights.


Côté côte d'azur, la star est une miss météo à l'élocution problématique quand il s'agit d'en faire sortir des dialogues intelligibles. Je me contenterai quant à moi d'évoquer l'affreux cas de ce film, remake non-reconnu et moribond d'un doublon américain qui forçait le respect. Côté clients, les deux pôles opposés : l'avocat chétif, grisonnant, baveux et plein aux as ; l'agent de sécurité bronzé, sportif et analphabète doté d'abdos dodus. C'est ainsi que le fessier rebondi et travaillé en salle de muscu d'un Baldwin motivé à mort pour "faire la diff" avec son frère est troqué contre le goût surdopé du verbe d'un Pat' Luchini sous viagra. Par ailleurs un Roshdy Zem souffreteux a manifestement bien du mal à nous faire tirer un trait sur le Tom Berenger de Platoon.


Rien, jamais rien ni personne ne nous fera oublier cette scène où, en plein restaurant, Sharon Stone se retrouvait sans culotte et invitait Alec Baldwin à chatouiller son fort intérieur du bout des pompes avant d'y enfiler sa gambas jusqu'à la garde dans un plan séquence de tous les diables, sommet du cinéma horrifique, totalement traumatisant. Jamais rien ni personne ne nous fera oublier cette scène où Baldwin copule avec Sharon Stone contre un des piliers de son vaste appartement, instantané de l'Histoire du cinématographe où Philip Noyce parvint littéralement à "faire pleurer la pierre" tandis qu'un gros pilier de béton chialait à l'image dans le dos d'une actrice survoltée trop occupée à marabouter son partenaire de jeu, ce diable de Baldwin, dans la position dite du "crabe".


La Fille de Monaco d'Anne Fontaine avec Fabrice Luchini, Roshdy Zem et Louise Bourgoin (2008)
Sliver de Phillip Noyce avec Sharon Stone et Alec Baldwin (1993)

18 mars 2008

Paris

Fête du cinéma oblige, nous sommes allés le voir. Il fallait aller au cinéma, profiter de la réduction, et notre choix s'est porté sur ce film. Nous avons longuement hésité entre celui-là et 10000, le film de Roland Emmerich. Klapisch ou Emmerich ? Emmerich ou Klapisch ? Voilà deux metteurs en scène dont on se délecte. Choisir Emmerich c'était payer pour voir des mammouths numériques courser des paysans du paléolithique souffrant de rages de dents, citoyens lambdas de l'âge de pierre pour qui le dilemme de chaque jour n'était pas de savoir s'ils allaient faire les courses ou si ça pouvait attendre le lendemain mais bien de savoir s'ils parviendraient comme la veille à sortir vainqueurs de leur féroce combat contre 15 mammouths remontés comme des pendules. Choisir Klapisch c'était payer pour voir un film choral idiot. Le choix s'est porté sur le second. Entre Camilla Belle vêtue de peaux de bêtes dans un film sur les Léopards de la préhistoire, et Juliette Binoche fumant du splif dans un appartement trop grand, nous avons fait notre choix.



Et sans le regretter. J'ai rarement autant ri au cinéma. Il s'est passé un truc assez rare. Ce film c'est une comédie dramatique : comprendre un petit drame dans lequel on rit quelques fois. Or nous nous sommes énormément marrés entre les scènes faites pour ça, pendant le drame en clair. C'est ce genre de film tellement profondément raté qu'il en devient génial. J'en veux pour preuves plusieurs scènes impliquant Romain Duris, qui joue le rôle d'un jeune danseur dont le cœur bat de l'aile et qui va mourir. Comment ne pas se marrer devant ces scènes, aperçues dans la bande annonce, où il annonce à sa sœur qu'il va y passer en murmurant avec une gueule que lui seul peut tirer : "Je te dis que je vais bientôt crever, et toi, tu m'engueules putain...", ou encore quand il sermonne sa sœur sur leur balcon en poussant dans un long râle: "Profiiiiiiite putain...". Que dire de ce plan magnifique où Duris, pourtant mourant, reste sur son balcon sous un torrent de neige. Sans parler de la fin, quand il est vautré dans le taxi qui l'amène à l'hôpital et qu'il regarde le ciel par la fenêtre comme un vieux clebs. Grandes scènes. Grandes scènes pendant lesquelles la salle restait de marbre tandis que nous riions de bon cœur. Il est d'ailleurs arrivé que certains se marrent avec nous sans trouver ça drôle, le rire étant parfois communicatif.



Et puis durant les séquences supposées drôles, et je dis bien supposées, la salle s'esclaffait comme un seul homme. Qu'on m'explique ces gens qui meurent de rire quand Luchini raconte à son frère le texto qu'il a envoyé à sa jeune étudiante (Mélanie Laurent) et dans lequel il s'est fait passer pour un camarade de classe en écrivant : "T'es tro belle, j'te kiffe trop grave". Cet extrait, loin d'être drôle, était entièrement dans la bande annonce. Du coup toute la salle l'avait déjà vu 101 fois. Et pourtant le public était plié en quatre. Dramatique comédie...



En tout cas ce film restera pour moi un grand souvenir. À ranger aux côtés d'un Fauteuils d'orchestre. Ces films que l'on ne saurait noter. 1 sur 10 ou 10 sur 10 ? Ces rares films à la fois terriblement mauvais et du même coup affreusement drôles. Klapisch tente tout ici, et c'est en tout cas son meilleur film à ce jour, de loin. Il tente tout, le film n'en finit pas, et d'ailleurs il ne finit pas, il s'arrête pour des raisons de délais de tournage mais il pourrait rajouter 2 plombes de film sans qu'on s'en aperçoive, et on les accueillerait avec le sourire. Ce bon Klapisch a même introduit des séquences tirées des rush de La graine et le mulet qui n'ont rien à voir avec son histoire, puis un court métrage complet tourné en 2D avec Cluzet dans le rôle principal. Son film n'a ni début ni fin, ni queue ni tête, comme la ville de Paris soi-disant. Les événements se suivent et ne se ressemblent pas, sans qu'on en comprenne toujours le sens. Les acteurs sont tous excellents et ça participe évidemment de l'effet hautement comique de certaines séquences prévues pour un effet tragique. Soulignons que la B.O. aura votre peau, notamment quand Duris écoute dans son salon la bande originale complète des Poupées Russes. À propos de ça on retrouve Zinedine Soualem. Il fait les marchés, c'est l'épicier du coin, et une nuit quatre mannequins avides de vit viennent le voir lui et ses potes dans l'immense entrepôt où ils vont chercher leurs marchandises pour les vendre au matin sur leurs étals, et Zinedine Soualem baise avec une des mannequins au milieu des quartiers de viandes pendus au plafond après une longue scène de séduction dans le labyrinthe de barbaque. C'est une séquence ça, probablement un hommage à Rocky, en tout cas ça constitue une séquence entière même si elle n'a aucun lien avec le reste du film, et y'en a mille autres comme ça. Pour vous donner une idée du génie de Klapisch !



À côté de ça Luchini tourne un documentaire d'Histoire pour la télé payé cent mille euros la bobine (véridique) et tombe amoureux de son étudiante. François Cluzet mène une vie normale, même s'il tourne dans des clips en 2D pour vanter les mérites de son entreprise dans le bâtiment. Romain Duris va bientôt crever putaiiiiiin... En faisant son marché Juliette Binoche tombe amoureuse d'Albert Dupontel, également vendeur à la tire dans le film. Un jeune africain tente de rejoindre la France en canoé-caillac. Julie Ferrier tombe amoureuse de Gilles Lellouche, lui aussi vendeur de fruits et légumes sur les marchés couverts, tout de suite après qu'il l'ait humiliée en lui faisant faire la brouette pendant 10 minutes dans un bar bondé de connards. Karin Viard joue une boulangère raciste comme elle seule sait le faire. Maurice Bénichou est excellent dans son rôle de psychiatre. Tous les acteurs font très bien leur boulot dans ce film mi-figue mi-raisin. Un film désespérément mauvais devant lequel j'ai passé un grand moment.


Paris de Cédric Klapisch avec Romain Duris, Juliette Binoche, Albert Dupontel, Gilles Lellouche, Fabrice Luchini et Mélanie Laurent (2008)

11 février 2008

Molière

Quand j'ai vu cette affiche à l'époque de la sortie de ce film, je me suis dit intérieurement que jamais de la vie je ne le regarderai, ou du moins que j'essaierai de toujours l'éviter. Je craignais une biopic immonde, à l'image de Romain Duris sur l'affiche. Sans Rémi je n'aurai jamais eu la curiosité de voir ça et je savais donc très peu de choses sur le film vu que ce n'est pas du tout ce que j'imaginais. C'est en fait une comédie sans trop de prétention et plutôt légère qui raconte les déboires de Molière (Duris) qui accepte de bosser pour Monsieur Jourdain (Luchini), son boulot consiste à lui apprendre à jouer la comédie afin que Jourdain puisse séduire une femme du monde qui possède un salon (Sagnier) ; mais dans le même temps, Molière s'éprend de la femme de Monsieur Jourdain (Morante).



On regarde surtout pour les prestations des acteurs : Fabrice Luchini, assez drôle et à qui le rôle convient tout à fait ; Romain Duris, qui s'en tire plutôt bien pour une fois ; Laura Morante, que je trouve très belle comme dans Fauteuils d'Orchestre ou Coeurs ; et Edouard Baer, qui a apparemment réussi à insérer quelques blagues bien à lui dans le film. On croise également Fanny Valette (déjà vue dans Changement d'Adresse), une très belle et jeune actrice mais qui est ici fort peu mise à son avantage. C'est une vraie tristesse de voir de quoi elle a l'air dans le film quand on sait à quel point elle est jolie normalement. Donc le film est plutôt sympa et agréable à suivre, mais dans la forme on a vraiment droit au strict minimum de la part de Laurent Triardo et de son équipe de techniciens en bois. Le dirlo photo aurait notamment bien des cours à prendre auprès de celui de L'Assassinat de Jesse James, qui a tout pigé à la bougie. Molière est parfois limite désagréable pour l’œil et pas seulement parce que Romain Duris possède un menton en putréfaction aussi large que son front, chose tout à fait anormale. Bref, c'est dommage qu'ils aient bâclé le boulot, ç'aurait eu une autre allure si ça avait été fait avec plus d'application. Ensuite le film est notamment intéressant dans la façon qu'il a de mélanger différents éléments provenant de différentes pièces de Molière dans une même histoire, mais sur ce point-la je ne préfère pas trop m'aventurer car je ne maitrise pas vraiment bien ce sujet. Y'a aussi un passage très marrant où Edouard Baer canarde le chien de Jourdain à la chasse. On se l'est repassé 3 fois.

Ce film est donc une bonne surprise pour moi.


Molière de Laurent Tirard avec Romain Duris, Fabrice Luchini, Laura Morante, Fanny Valette e Edouard Baer (2007)