19 décembre 2023

Le Garçon et le héron

J'ai revu La Nuit du chasseur l'autre soir et, étrangement, j'ai repensé au dernier film de Miyazaki, Le Garçon et le héron, sorti cette année. Pour une scène, celle que j'ai le plus aimée dans le film du cinéaste japonais, film qui en compte beaucoup de très belles, y compris dans sa deuxième partie folle de liberté et d'éclatement narratif, au point de devenir difficile à cerner, peut-être à totalement aimer, du moins en une fois (comme du reste l'unique film de Charles Laughton est, me semble-t-il, particulièrement déstabilisant et a de quoi dérouter profondément qui le découvre et ne s'en remet pas, avec l'intuition que le film ne cessera de se faire aimer davantage à chaque redécouverte). Parmi les très beaux moments du film de Miyazaki, celui, vers la fin, où la mère morte du jeune héros lui dit qu'elle compte bien revivre sa vie et sa mort tragique une seconde fois tant le mettre au monde, lui, son fils, valait le coup. Mais la scène qui m'a le plus ému et que je retiendrai plus que toute autre du dernier Miyazaki est celle, dans la première moitié du film, où le héron, posé si mes souvenirs sont bons sur une pierre au milieu de la rivière, exhorte le garçon, debout sur la rive, à le suivre s'il veut retrouver sa mère : toute une horde de crapauds sort alors de l'eau et se met à grimper sur les pieds du garçon, puis recouvre tout son corps en scandant "Viens ! Viens ! Viens !" jusqu'à pratiquement l'engloutir sous un amas vivant et grouillant.
 
 

 
Je n'ai pas pensé à La Nuit du chasseur devant cette scène, mais j'ai repensé à cette scène devant La Nuit du chasseur et sa fameuse séquence de la rivière, avec l'enchaînement de plans fixes sur le cours d'eau filmé depuis la berge, où descend lentement la barque qui éloigne les deux enfants orphelins de leur beau-père, et l'inoubliable succession d'animaux sauvages au premier plan de l'image : crapauds, araignée, lapins, etc. Dans les deux films, c'est la mère morte qui porte et emporte les enfants, ces êtres endurants, comme les qualifie à plusieurs reprises le personnage interprété par Lilian Gish dans le chef-d’œuvre de Laughton. Le souvenir de sa mère porte Mahito, le garçon de Miyazaki ; sa présence dans la rivière, morte ligotée et noyée dans une voiture engloutie, porte Ben, le garçon de Laughton, et Pearl, sa petite sœur joufflue.
 
 
 
 
 
"There is still the river" dit Ben dans ce qui est, pour moi, le plus beau moment du film, parmi tant d'autres. La présence de la mère, son fantôme, et la rivière, c'est la même chose, qui soutient la barque (laquelle appartenait au père des enfants, avant qu'on l'arrête et le pende, ce père qui avant de mourir, loin de les soutenir, a accablé ses gosses du pire poids possible, celui des 10000$ volés et du secret de leur cachette, qui tout du long pèse sur leurs chances de survie), la mère est là, malgré tout, sous l'eau où file la barque abandonnée dans laquelle le frère et la sœur échappent enfin, pour un temps, aux griffes du meurtrier Harry Powell, aka Robert Mitchum. 
 
 


Les deux films, au fond, parlent de la même chose : qui nous porte et que portons-nous ? De quoi héritons-nous ? Le jeune héros de Miyazaki, dont la mère est morte sous des bombes incendiaires et dont le père fait fortune avec son usine d'avions de guerre, rencontre dans le monde parallèle où l'emmène le héron un vieillard qu'il appelle "grand-oncle", le maître de ce monde-là, chargé de le maintenir dans un équilibre précaire. Ce vieux bonhomme moustachu lui demande, à lui, Mahito, l'enfant, de prendre sa suite, ce que le garçon refuse, au risque que tout s'effondre. Le vieil homme, défaillant donc, n'est peut-être pas aussi coupable que le père criminel des gosses de Laughton, ni que leur mère devenue bigote, noyée avant de l'être vraiment dans sa soumission à son faux prêtre de mari et dans son abandon à Dieu, elle qui fait pratiquement vœu de cécité..., ni que le vieux pêcheur qui a promis à Ben qu'il serait toujours là pour lui, et que le garçon appelle "oncle" aussi, mais qui, par peur d'être accusé, ne dénonce pas le crime de Mitchum quand il découvre le cadavre de la mère de Ben sous la surface de la  rivière, et se noie à son tour, mais dans l'alcool, quitte à laisser les enfants se débrouiller. Quand, à la fin du film, rejouant le traumatisme de l'arrestation de son père, le garçon se jette sur Mitchum arrêté par les flics et lui balance les 10000$ sur le dos en gueulant que c'est trop lourd à porter, c'est aussi un refus d'hériter. Refus de l'argent sale du père (dans les deux films), et du monde que ce fric-là représente, mais aussi, chez Miyazaki, du poids d'un autre monde qui tombe.
 
 


 
Mais surtout, j'y reviens, chez Laughton comme chez Miyazaki, la présence de la mère par-delà la mort se manifeste dans la présence de la nature, des animaux sauvages que la rivière semble appeler chez Laughton, et qui, rien moins que menaçants, bordent le cours d'eau, accompagnent de leurs bruits nocturnes la descente de la barque ; ou qui viennent de la rivière, la quittent comme on sort d'un rêve (toujours liquide, si l'on en croit la terrible scène où Mahito retrouve sa mère endormie pour la première fois et la voit fondre sous ses doigts puis se liquéfier sous ses yeux), pour rattraper et appeler le garçon : "Viens !", chez Miyazaki. Dans les deux films, la séquence touche juste, plus encore quand on sait que ces choses-là ne sont pas que des histoires, et dans les deux films elle est bouleversante. 
 
 
Le Garçon et le héron de Hayao Miyazaki (2023)

10 décembre 2023

Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan

Le réalisateur Bourlouboulon a voulu faire un western "à la Sergio Leone", tout en reprenant les codes des productions Marvel (plans-séquences truqués de bastonnade d’une qualité que l’on qualifiera de médiocre par politesse) et en situant son action au temps des mousquetaires. L’histoire étant tombée dans le domaine public depuis plus de cent ans, pas de problèmes de droits et pas d’ayant droits qui mettraient un contrat sur sa tête pour non respect (au minimum) de l’esprit de cette œuvre que tout le monde connait au moins vaguement. L’intrigue originale est suffisamment dense pour faire deux films, voire une mini-série de dix épisodes. Mais Groboulon souhaite raconter d’autres choses car l’histoire originale ne lui semble pas assez riche en flingues et tirs de snipers au temps du roi Louis XIII. Les décors intérieurs restent la meilleure chose du film : hôtels particuliers, édifices religieux, châteaux. Les décors extérieurs le sont beaucoup moins. Par exemple, le lieu du premier duel entre D’Artagnan et les trois mousquetaires est une sorte de plantation de conifères vieille d’une trentaine d’années, sans aucun charme, sans aucune référence au bouquin. Les chevauchées "dans les champs" s’apparentent à des banques de vidéos achetées rapidement sur internet pour combler les rushes manquants après le tournage. Tout ça est recouvert d’un filtre jaune pisse qui laisse à penser que le directeur photo repartira avec le César 2024 de la photographie. L’ajout de la conspiration protestante menée par le frère (?) d’Athos pour tenter d’assassiner le roi via un fusil de sniper anachronique est une idée, débile certes, mais c’est une idée qui n’aurait jamais dû exister si vous souhaitez avoir mon avis personnel. Connaître dès leur première apparition l’identité complète des trois mousquetaires est également un manque de compréhension de l’esprit de l’œuvre. Mais passons. Il y a tant de scènes, d’idées, de choix, qui montrent que les personnes qui ont fabriqué ce truc-là n’ont rien compris au livre que ce serait un trop long article par rapport à l’intérêt de ce film, très mauvais quelle importance. Le pire est certainement la première scène de D’Artagnan qui semble atterrir dans la bouillie du Pacte des Loups alors que, dans le bouquin, ce passage-là a un énorme potentiel et fait une excellente introduction aux personnages de D'Artagnan, Rochefort et Milady. Petit aparté sur Rochefort, totalement oublié dans ce film, ce qui doit être une des décisions les plus débiles, car comme nemesis de D’Artagnan, il aurait été parfait. Je constate sur Wikipedia que Rochefort est bel et bien casté mais, personnellement, je ne l’ai pas vu. J’ai entendu qu’on parlait de Jussac à un moment… Ici, cette scène inaugurale est tout simplement affreuse, et elle donne le ton de tout ce qui suit. C’est pour moi le meilleur qualificatif pour ce film : AFFREUX.
 

 
 
Je ne parle pas du fait qu’au XVIIe siècle tout le monde est sale, tout est terne, tout est jaune pisse et triste. J’adresse une mention spéciale tout de même à Louis Garrel qui surnage au milieu de cette fange, et l’inverse d’une mention spéciale pour l’acteur qui joue Richelieu, Éric Ruf. Sachant que ce dernier est sociétaire et administrateur général de la Comédie Française, ça laisse rêveur. Évidemment, la principale erreur réside dans le casting principal, à savoir nos trois mousquetaires et D’Artagnan, j’ai tant de mots teintés de mépris et de consternation qui me viennent que je préfère en rester là pour éviter le procès en diffamation.


Les Trois Mousquetaires : D'Artagnan de Martin Bourboulon avec François Civil, Vincent Cassel, Romain Duris, Pio Marmaï, Eva Green et Louis Garrel (2023)

2 décembre 2023

Terrifier 2

Le cinéma d'épouvante compte donc dans ses rangs un nouvel énergumène. Celui-ci a fait une entrée particulièrement remarquée, allant jusqu'à squatter les pages des Cahiers du cinéma après avoir provoquer évanouissements et vomissements dans les salles obscures. Il a été définitivement admis cette année à l'académie des pires boogeymens du septième art, auprès des Jason Voorhees, Freddy Krueger, Michael Myers et consorts, mais ne ferait qu'une bouchée de tous ces types qui passeraient presque pour des enfants de chœur à ses côtés. Il s'agit évidemment d'Art le clown, la création de l'esprit torturé de Damien Leone. Réalisateur, scénariste, producteur, monteur, en charge des effets visuels, Leone est un véritable esthète, un pro des SFX et un amateur de boucherie fine, le genre de type adorable au quotidien, doux comme un agneau, qui canalise toutes ses plus noires pensées dans son art, animé d'un amour sincère pour l'horreur et sans doute même pour la fantasy, ce qui suinte de son travail et réfrène notre envie de l'attaquer sur ses faiblesses et ses excès. 





Si Terrifier 2 marque ma première rencontre avec ce maudit clown, il s'agit déjà de sa sixième apparition sur les écrans, puisqu'il a d'abord commencé par sévir dans des courts métrages puis des segments de films à sketchs, toujours confectionnés par Damien Leone. C'est le deuxième long métrage qui lui est consacré, le premier avait déjà tapé dans l'œil de quelques amateurs vigilants, le deuxième, considéré comme supérieur et dont on peut très bien comprendre toutes les subtilités du scénario sans avoir vu le précédent, l'a fait exploser aux yeux du grand public, qui n'en demandait pas tant. Si le clown de Ça vous faisait peur, il y a des chances que celui-ci vous traumatise à vie. Personnage mutique, mime Marceau diabolique, expert en cruauté et en souffrance, Art entre directement au panthéon des plus infréquentables croque-mitaines en redonnant un sacré coup de fouet au sous-genre d'ordinaire moribond et ennuyeux du slasher surnaturel. Nous sommes ici en plein dedans, ne cherchez pas d'explications ni de repères tangibles. De la première à la dernière seconde, le film baigne pour son plus grand bien dans une atmosphère surréaliste inquiétante à souhait, déployant progressivement un univers visuel solide, empruntant beaucoup au monde forain et riche des créations multiples d'une équipe artistique motivée par un chef de chantier survolté, Damien Leone en personne.  



 
 
On tient donc là un slasher pur jus, sans sous-texte social, apparemment dénué de la moindre morale, et, à vrai dire, comme on n'en fait plus. Le genre de trucs clivant, sale et gratis qui aurait fait un ravage à l'époque révolue des vidéoclubs, alimentant les discussions des couche-tard, attisant la curiosité des plus jeunes. On peut très bien rejeter d'un bloc l'œuvre sanglante et abstraite de Damie Leone. Je ne vous jetterai pas la pierre, j'ai failli en faire autant. Déjà, il est assez culotté de proposer un slasher long de près de 2h20. Mais cela fait partie du délire, nous répondra-t-on, et c'est un fait. Cette démesure participe en effet au sentiment de malaise et à l'ambiance brumeuse et automnale de ce cauchemar qui semble sans fin, sans issue, sans queue ni tête. Accessoirement, cela permet à Terrifier 2 d'être le film gore le plus long de l'histoire (information que je vous invite tout de même à vérifier, on ne sait jamais qu'un hurluberlu se soit déjà amusé à commettre pire méfait). Pendant tout ce temps, Damien Leone esquisse une sorte de mythologie autour d'Art the Clown, ici accompagné d'une fillette fantôme particulièrement flippante, complice passive de ses exactions. On devine qu'il s'attachera à compléter cet univers et à l'enrichir lors des forcément nombreux opus à venir. Pour ma part, cela a suffit à m'intriguer et à me donner envie d'en savoir plus. Je préfère quelques petites touches intelligemment distillées ainsi, et une large part laissée au mystère, plutôt qu'une pénible anamnèse de l'origine d'un tel tueur, de ses motivations éventuelles et une présentation laborieuse de ses piteuses victimes, surtout dans un tel film, où les explications de texte correspondent en général à des passages douloureux ou pathétique. 



 
 
Cet horrible film d'horreur et d'horreurs est empli de visions proprement abjectes, d'images marquantes et révulsantes. Les corps, particulièrement les visages et plus précisément les yeux, subissent tout, éclatent, fondent, s'ouvrent en deux et éclaboussent de long en large les fameux décors bariolés avec un soin savant. Terrifier 2 est un spectacle baroque à l'humour noir en pointillé, farci de détails macabres, et ponctué de longues scènes gore jusqu'au-boutistes, outrancières, où la violence est déréalisée, ce qui la rend plus tolérable. Ces excès amènent une distance salutaire, qui permet de ne pas rendre son déjeuner et tout simplement de tenir bon, mais ils peuvent néanmoins choquer. Il y a là comme un acharnement qui fascine et révulse tout à la fois. Car si la surenchère amène un décalage nécessaire et que certains plans ne laissent aucun doute quant à la fausseté des matières ou fluides en présence ainsi qu'au malin plaisir pris en coulisse par les artisans souriants aux manettes, ils sont aussi associés à une pointe de réalisme glaçante qui peut secouer, mettre à mal. Quelques pures visions de cauchemar restent en tête, l'air de rien, et on se souviendra d'une scène de meurtre sauvage dans une chambre à coucher dont la brutalité et la cruauté laissent coi. Elle peut évoquer l'un des premiers meurtres particulièrement sanglants des Griffes de la Nuit, de Wes Craven, quand Freddy tailladait une jeune fille blonde en nuisette et la traînait jusqu'au plafond en défiant les lois de la gravité, mais tout est ici bien plus cruel et cru, et on ne doute pas que cette scène-choc aura le même effet sur toute une génération de nouveaux spectateurs impressionnés. En fin de compte, on peut noter qu'il n'y a là-dedans aucun jump scares, Damien Leone préfère provoquer notre dégoût et engendrer un malaise plus lancinant, par ces différents moyens. L'action a beau se dérouler principalement durant Halloween et le tueur être un clown sadique, Damien Leone s'affranchit de la franchise lancée par Carpenter et renvoie Pennywise dans son bac à sable, il ne tire pas sur les mêmes ficelles et s'entête principalement à mettre en forme ses sordides hallucinations, à nous proposer un grand huit horrifique plus sec et dénué des idioties hideuses d'un James Wan.



 
 
Damien Leone atteste donc d'une brutalité graphique assez inédite, qui est vierge de toute explication psychologique. On sent d'ailleurs que ça n'est pas là le fort du cinéaste, qui peine un peu à dépeindre une famille monoparentale avec une mère dépassée par les événements et les agissements incompréhensibles de ses enfants, en réalité obnubilés ou dictés par le clown maléfique ; une petite famille vivant toujours dans l'ombre du deuil de leur paternel, qui était lui aussi fasciné par le tueur en costume et ses crimes odieux. Plus occupé à faire traîner en longueur des scènes quasi oniriques vouées à s'achever dans un bain de sang plus qu'à faire avancer le semblant d'une intrigue, le réalisateur se concentre seulement sur deux personnages, son clown au nez crochu mais aussi sa jeune rivale (Lauren LaVera), inévitable final girl. Il les dessine, littéralement, plus qu'autre chose, de la même façon que l'héroïne se conçoit elle-même une armure inspirée des dessins de son défunt père (sa famille est donc liée au clown, mais ce background assez brouillon n'est pas vraiment le point fort du projet, vous l'aurez compris, il sera néanmoins creusé dans la suite déjà tournée). Et le cinéaste semble y croire très fort, essayant à fond, et donc parvenant au moins un peu, même au regard des plus sceptiques, à leur donner ce caractère quasi mythique tant recherché. On est curieux de retrouver Art le clown à l'avenir, mais aussi de recroiser cette héroïne aux ailes d'ange factices, énièmes déclinaisons du sempiternel combat du bien contre le mal. Le long duel final et l'ultime mise à mort du clown, à la dernière mimique effrayante, concluent avec une logique certaine cet interminable circuit en train fantôme, qui en dégoûtera beaucoup mais pourra ravir quelques amateurs.
 
 
Terrifier 2 de Damien Leone avec Lauren LaVera et David Howard Thornton (2023)

22 novembre 2023

Vincent doit mourir

Pauvre Karim Leklou. Du jour au lendemain, il devient la cible d'agressions gratuites. Celles-ci surviennent d'abord à son boulot, dans l'ambiance d'ordinaire feutrée de bureaux de graphistes aux larges baies vitrées, puis à l'extérieur, dans la rue, partout, n'importe quand, et se font de plus en plus systématiques dès qu'il croise trop longtemps le regard d'un autre. Obligé à se confiner, à se mettre au vert, à éviter tout contact, il réalise bientôt qu'il n'est pas le seul concerné par cette sorte d'épidémie de violence irrationnelle. C'est donc à partir d'une idée de départ aussi simple que se déploie le premier long métrage de Stéphan Castang, un film original et audacieux, mélangeant les tons et les genres avec un certain succès, qui mérite pleinement d'être salué. Les premières minutes sont parsemées de quelques situations assez loufoques où Stéphan Castang dépeint le monde du travail en quelques coups de crayons glaçants, mettant en avant son ineptie par l'emploi malicieux du néo-lexique propre à ce milieu. Toute la première partie du film est la plus réussie, on hésite alors entre l'effroi et l'amusement, on en sait encore le moins possible et on a cette impression tenace de nager en plein cauchemar, un effet accentué par l'absurdité déconcertante de certaines situations et l'atmosphère digne d'un thriller paranoïaque progressivement instaurée par le cinéaste.





Il n'est jamais simple de tenir la longueur à partir d'un concept si fort et Vincent doit mourir s'essouffle un peu quand il choisit une voie plus consensuelle, tirant vers la comédie romantique un brin déjantée voire carrément torturée, en plein contexte de crise de plus en plus globale. Cela coïncide avec l'entrée en scène du personnage campé par la pourtant irréprochable Vimala Pons, toute désignée dès qu'il s'agit de s'amouracher d'un Vincent bizarre quelques années après Vincent n'a pas d'écailles, autre curieux film de genre français signé Thomas Salvador. L'actrice circassienne aux choix souvent judicieux va ici former un duo d'infortune avec Karim Leklou, dont la solitude s'achève enfin, remplacée par une harmonie en dents de scie. À partir de là, Le pas du cinéaste débutant semble moins assuré, plus timoré et convenu, moins incisif aussi. On peut le regretter. Heureusement, grâce à un final plutôt impressionnant, le film retombe tout de même sur ses pattes et nous laisse sur un souvenir positif, celui d'une version française originale de ce qui peut surtout s'apparenter à un film de zombies. Surprenant dans le sens où nous avons en effet rarement autant eu la sensation d'être mis à la place de la victime, collant à la peau d'un Karim Leklou dont nous suivons au plus près tous les malheurs. L'acteur au physique ambivalent, un peu gauche et ramollo, est idéalement choisi pour un rôle qui semble avoir été écrit pour lui. Son allure singulière participe pour beaucoup à l'étrange humour burlesque présent en filigrane. Son regard de chien battu, régulièrement cadré au plus près, s'avère aussi parfait. Nous sommes très souvent placés sous tension, à redouter pour lui les éclats de violence irrationnels à venir, et ce tout particulièrement avant la bifurcation amoureuse du récit. Miroir à peine déformé d'une société malade, le film de Stéphan Castang nous rend cette violence proprement repoussante, sciemment répugnante. On grimace bel et bien lors d'une scène mémorable d'affrontement à mort dans une fosse sceptique, sans doute le meilleur moment du film. 



 
 
En dehors de ce terrible morceau de bravoure bien crado, on peut par ailleurs regretter que la mise en scène de Stéphan Castang ne soit pas plus inventive et savante pour générer la peur. Je repense par exemple à une scène a priori banale de discussion dans un bar où une menace commence à poindre à l'extérieur, menace que l'on pourrait deviner et voir s'approcher en arrière-plan mais qui est ici assez platement amenée, la caméra du réalisateur n'exploitant guère la profondeur du champ, trop aimantée par le visage de ses acteurs (il y a une situation quasi identique dans L'Antre de la folie de John Carpenter, pour un résultat à l'écran autrement plus marquant et efficace). L'œuvre de Stéphan Castang pourrait aussi vaguement évoquer It Follows (dont une suite, réunissant le même réalisateur et la même actrice vient d'ailleurs d'être annoncée, et je suis très curieux de voir ça !), s'il faisait preuve de la même habileté que David Robert Mitchell pour faire surgir le danger et l'inquiétude au milieu de la plus vaste banalité. Malgré ces petites faiblesses et la légère déception suscitée suite à son départ canon, Vincent doit mourir est tout de même très largement recommandable, notamment pour les amateurs du cinéma de genre, dont le manque d'enthousiasme m'étonne un peu, eux qui d'ordinaire s'emballent pour bien moins que ça.


Vincent doit mourir de Stephan Castang avec Karim Leklou et Vimala Pons (2023)

15 novembre 2023

Past Lives – Nos vies d’avant

Voici donc le dernier phénomène du cinéma indé américain : Past Lives, le premier long métrage de la réalisatrice coréo-canadienne Celine Song, a fait sensation à Sundance, en janvier 2023. C'est une histoire d'amour toute simple, mais plutôt joliment racontée, en trois temps. C'est d'abord un amour d'enfance naissant, interrompu par les aléas de la vie : la famille de la petite fille, Nora, choisit d'émigrer aux États-Unis tandis que le garçon, Hae Sung, reste en Corée. Douze ans plus tard, ils se retrouvent, grâce à internet, et entretiennent sans se l'avouer une (very) long distance relationship, avant de choisir de faire une pause, d'une durée prévue d'un an, en raison de cet éloignement beaucoup trop important. Mais la vie suit son cours, chacun fait des rencontres, et c'est finalement douze ans après qu'ils se retrouveront de nouveau : ils ont à présent une trentaine d'années, et Hae Sung, fraîchement séparé de sa compagne, vient visiter New York et, surtout, revoir Nora, désormais écrivaine, installée dans East Village et quant à elle mariée... 




Longtemps, le film de Celine Song se laisse regarder poliment, toujours joliet, jamais lourd mais flirtant presque avec une certaine inconsistance. C'est que l'on a longtemps du mal à se passionner réellement pour les sentiments qu'éprouvent les deux personnages, à concevoir leur profondeur ou leur intensité, notamment lors de leurs échanges à distance, tant ceux-ci paraissent superficiels. Nous saisissons bien toutefois leur isolement, eux qui sont si souvent filmés dans des bulles, que ce soit les fenêtres Skype, les téléphériques coréens ou leurs petits studios. Le film parvient cependant à entretenir notre intérêt par ces ellipses qui le jalonnent et nous rendent forcément un peu curieux de découvrir comment vont évoluer les personnages et leur relation. La réalisatrice a aussi l'intelligence de ne pas s'éparpiller, elle se consacre exclusivement à ce couple contrarié par le temps et la distance, campé par deux acteurs, Greta Lee et Teo Yoo, plutôt agréables, dont la prise d'âge successive est très crédible. Jusqu'à ce qu'un troisième larron entre en scène...


 
 
A priori indésirable, apparenté aux parasites inévitables de toutes les romcoms hollywoodiennes à la noix, on le devine d'abord de loin : c'est un bellâtre brun qui vient contrecarrer tous nos petits plans ou au moins ralentir la formation définitive du couple attendu. Puis on le découvre de plus près et c'est là que l'on comprend avoir tout faux. Ce qui aurait pu définitivement plomber le film lui permet alors, étonnamment, de sortir du lot et de se démarquer du tout-venant du genre. Past Lives pourrait en effet être assez quelconque s'il n'était pas sauvé ou rehaussé in extremis par le personnage de l'époux américain campé par l'inoubliable pâtissier de First Cow, le bien-aimé John Magaro, qui n'a donc rien perdu de sa délicatesse. Mais si l'acteur apporte encore ici toute son élégance et sa douceur, c'est surtout la cinéaste qu'il faut saluer. Car Celine Song s'extirpe d'un piège inhérent à ce type de récits romantiques en faisant de l'habituel élément perturbateur celui qui va donner à son œuvre une sensibilité supplémentaire, en explicitant même ce problème très clairement. C'est une scène très simple de confession intime sur l'oreiller, dialogue fragile mais payant, entre cet homme à la voix fluette et tendre, loin du beau gosse de pacotille que l'on avait cru deviner à son apparition, et sa femme troublée par la situation, qui nous surprend par sa beauté sans fard. "Si nous étions les personnages d'une comédie romantique, je serais celui de trop" dit-il alors, mais beaucoup mieux que ça, pour résumé la chose. Le troisième larron existe et s'avère même précieux. 


 
 
Du trio que l'on découvre dès l'intelligente et ludique introduction du film, où, tandis que la caméra recule, la voix off de l'écrivaine s'interroge sur le rôle de chacun dans ce que l'on pourrait imaginer être un triangle amoureux, cet époux respectueux et aimant est finalement celui qui nous touche le plus. Pour sa finesse inattendue et sa légèreté bienfaitrice, et surtout le fait qu'il constitue une bonne surprise venue du cinéma indépendant américain adoubé à Sundance et pourtant a priori redouté, Past Lives rappelle à notre bon souvenir Minari, d'un autre cinéaste d'origine coréenne œuvrant en Amérique qui puisait dans ses propres souvenirs d'enfance pour nous parler d'identité et de déracinement. En dépit de sa pudeur parfois trop calculée (je pense à la toute fin, touchante mais convenue), l'œuvre de Celine Song est donc une petite réussite notable, dont nous retenons les nombreux et beaux plans larges, sublimant New York, dans lesquels nous voyons nos amoureux contrariés se retrouver et échanger, comme autant d'invitations à se perdre avec eux dans nos dérives sentimentales, à habiter un film où l'on se sent finalement plutôt bien.


Past Lives – Nos vies d'avant de Celine Song avec Greta Lee, Teo Yoo et John Magaro (2023)

25 octobre 2023

The Refrigerator

Un beau soir, en allant machinalement jeter un coup d’œil dans son frigidaire pour mesurer l'étendue de ses maigres richesses, Nicholas Jacobs, jeune scénariste new-yorkais sans le sou, a dû malencontreusement se refermer la porte sur les doigts. Un déclic s'est alors produit. Quelque chose a provoqué une vive décharge électrique le long de son nerf optique pour aller titiller les quelques neurones cachés dans son lobe pariétal gauche. Nicholas Jacobs venait d'avoir une idée, la première depuis des lustres ! Il prit soudainement conscience du potentiel horrifique de ce banal appareil électroménager, le réfrigérateur, qui n'avait encore jamais été exploité jusque-là. C'est ainsi qu'a germé l'idée de départ du film The Refrigerator sorti directement en vidéo en l'an de grâce 1991, peu de temps après la chute du mur de Berlin et la mort tragique de mon chat Leviathan, puis diffusé trois ans plus tard sur Canal +, à l'époque où la programmation de cette chaîne avait encore du sens. Même pas âgé de 10 ans mais déjà à l'affut des bonnes bobines horrifiques, j'ai découvert ce film en état de stupeur, au coin du feu, un beau matin d'hiver, aux côtés de mon père cinéphile littéralement fasciné par le titre et le pitch. Faute de pouvoir vous proposer une véritable analyse poussée de ce film qui fut décisif dans ma vie de cinéphage, je vais tout de même partager avec vous ce qu'il m'en... reste. Allusion ici à la superbe tagline de l'affiche : "No survivors. Only leftovers", "Pas de survivants. Seulement des restes", un jeu de mots brillant.


 
 
Il me semble que l'histoire débutait du mieux possible, sous le soleil, à la campagne. Un jeune couple en pleine idylle nous était présenté, une blonde (Julia McNeal) et un tocard lambda (Dave Simonds). Pour mieux monter crescendo dans l'horreur, il fallait sans doute commencer par nous exposer ce tableau parfait. Puis nos deux zigotos partaient s'installer pour New York, leur bourse modique leur permettant seulement de louer un petit appartement dans un quartier craignos de la ville. Un T1bis crado qu'ils étaient curieusement les seuls à convoiter dans une zone peu fréquentable où le marché immobilier demeure néanmoins tendu. Un appart' sordide présenté comme meublé sur la petite annonce et qui a en réalité pour seul ameublement un réfrigérateur. Un énorme frigo, d'au moins 350L, qui trône au milieu de la cuisine-salle à manger... La star du film a un look des plus communs. Le bon vieux frigo de mamie, un peu rouillé sur les coins mais toujours fonctionnel, aux poignets métalliques peu avenantes et encombrantes. Il ne s'en fait plus des comme ça aujourd'hui, on a arrêté, même les frigidaires au style "vintage" sont mieux pensés que ça. Nicholas Jacobs insiste ici sur la familiarité de cet objet qui, a priori, n'a strictement rien de particulier ; un frigo comme un autre, laid, blanc jaunâtre, imposant et très proéminent compte tenu de la petitesse du logement, mais indispensable et somme toute très pratique.


 
 
Par peur de nous ennuyer et se rappelant peut-être qu'il est aux manettes non pas d'un film d'auteur singulier mais d'une série b fauchée qui doit aller droit au but pour satisfaire son audience impatiente, Nicholas Jacobs accélère le rythme une fois le déménagement du couple effectué et n'entretient aucune sorte de suspense quant aux intentions de l'appareil maléfique. Celui-ci est possédé par une force démoniaque à l'instar de l'adolescente de L'Exorciste et de François Cluzet dans pratiquement tous ses derniers films. D'abord alerté par des aliments qui ressortaient un peu trop saignants ou un poil congelés, notre couple voit sa vie de plus en plus parasitée par l'horreur qu'ils alimentent au quotidien. En proie à de vilains cauchemars, ils apprennent que les locataires se sont succédé à vitesse grand V dans cet appartement putride, comme s'ils en avaient été chassés... Puis Nicholas Jacobs lâche progressivement les chevaux et des accidents se multiplient dans la cuisine-salle à manger, de plus en plus sanguinolents. Le refrigerator diffuse son influence malsaine et, en outre, rechigne à accomplir sa mission de base : garder la bouffe au frais. C'est donc d'abord le réparateur qui voit son bras se faire happer par la machine, celle-ci l'engloutit brutalement dans une scène restée gravée dans ma mémoire. Il faut entendre ce sosie d'Ice Cube se débattre pitoyablement et pousser des cris affolés tandis que le frigo s'en prend à lui. La scène est terrible et m'avait scotché sur place ! On doit pouvoir imaginer sans souci les techniciens occupés à tirer les ficelles hors champs, mais à l'époque, l'illusion était parfaite. 



 
Très belle idée de Nicholas Jacobs : les victimes du frigo réapparaissent ensuite en miniature sous la forme de restes, de petits plats mitonnés a priori appétissants mais bien dégoûtants quand on zieute de plus près la nature exacte des aliments. L'astuce de l'auteur-réalisateur est aussi d'entretenir le trouble via ces visions cauchemardesques : s'agit-il d'hallucinations provoquées par le réfrigérateur ou celui-ci est-il réellement capable de transformer ses victimes en bœuf bourguignon ? Autre idée sympathique de Nick Jacobs, et sans doute très pratique pour remplir le cahier des charges : le Refrigerator a un effet aphrodisiaque irrésistible sur tous ceux qui s'aventurent dans son rayon d'influence. On copule sauvagement et l'on prend son pied comme jamais contre lui, ce qui offre quelques scènes érotiques dignes d'un téléfilm du dimanche soir d'M6, un peu plus tordu que d'hab... Mon padre était amusé et moi, peut-être un peu gêné. Le meilleur moment du film, d'après mes trop vagues souvenirs, est ce final terrible lors duquel le Mal se répand sans limite dans l'appart : tous les ustensiles électroménagers se rebellent contre les occupants des lieux. Jacobs nous sert alors une sorte de clip gore de La Complainte du progrès de Boris Vian, une scène d'anthologie qui m'avait véritablement saisi à la gorge. Après ça, on ne regarde plus jamais de la même manière ses outils ménagers du quotidien, en particulier le robot mixeur, ici très vorace, il contribue en grande partie au carnage ultime. Les murs de la cuisine sont repeints en rouge.



 
Dernier souvenir du film, celui du tout dernier plan. Peut-être en guise de clin d’œil à l'excellent et sous-estimé Christine de John Carpenter, où la célèbre Plymouth terminait à la casse au milieu d'autres vieilles carrosseries de bagnoles compactées, The Refrigerator nous quitte sous la grisaille, à la décharge sordide du coin, pour nous offrir un dernier frisson similaire. Alors que le frigo a été en partie broyé et compressé, sa porte s'ouvre au bout d'un lent travelling avant qui fait froid dans le dos... Quand j'étais gosse, j'accordais une grande importance aux conclusions des films d'horreur : celle-ci m'avait pleinement satisfait. Contrairement à moi, l'hebdomadaire TV Guide s'est montré très cruel et impitoyable avec Nicholas Jacobs à la sortie du film, en ne lui accordant aucune étoile sur quatre possibles. Je vous traduis les dernières phrases de leur injuste et cruelle critique : "Peut-être que les intentions n'étaient pas de nous faire rire ou d'avoir des frissons – c'est une parodie, après tout. Peut-être Jacobs voulait-il simplement faire une allégorie sur le mal inhérent à la domesticité. Si tel était le cas, cela aurait pu être fait de nombreuses autres façons. Son Refrigerator est une sombre merde pure." Je n'ai pour ma part jamais pu revoir ce film depuis ma tendre enfance, mais je préfère à vrai dire en conserver ce si doux souvenir... 
 
 
The Refigerator (L'Attaque du frigo tueur) de Nicholas Jacobs avec Linda McNeal, Dave Simonds et Angel Caban (1991)

11 octobre 2023

The Cursed

L'histoire de la Bête du Gévaudan me fascine depuis mon plus jeune âge. Plus exactement depuis ce maudit soir où feue ma grand-mère me l'a racontée avec peut-être un peu trop de conviction et de talent. J'ai pas mal lu sur le sujet, je me suis rendu plusieurs fois sur les lieux, j'ai confronté toutes les hypothèses existantes, j'ai versé une larme devant la daube de Christophe Gans. Bref, cette histoire me tient à cœur, alors quand j'ai lu que ce film-là en proposait une nouvelle relecture, j'ai foncé les yeux fermés... Droit dans le mur, comme d'habitude. Mais j'éprouve bien moins d'animosité pour une telle œuvre, aussi anodine soit-elle, que pour un gros truc survendu. Sean Ellis ne cherche pas à mal faire, c'est évident, il est animé de bonnes intentions, il aborde le sujet avec sérieux et un certain classicisme dans la forme. On a presque envie d'y croire, avant de décrocher progressivement face à la prévisibilité et au manque d'originalité du projet, que symbolisent des personnages ennuyeux au possible campés par des acteurs fatigués (Boyd Holbrook, Kelly Reilly), et la redondance de scènes de cauchemars franchement pénibles. 




Le mythe du Gévaudan est donc ici remixé avec quelques ingrédients classiques du folklore entourant la figure du loup-garou. Toutes les idées ne sont pas mauvaises et le film contient notamment une scène d'autopsie qui surprend par sa dégueulasserie. Globalement, hélas, Sean Ellis n'est pas aidé par des CGI franchement pas jojo et une photographie grisâtre comme on en a beaucoup trop vu ces derniers temps. C'est qu'il ne faudrait pas oublier que l'action se déroule dans la campagne française au XIXe siècle... Le scénario nous propose enfin une nouvelle théorie sur la fameuse Bête (attention au spoiler – je préviens au cas où deux ou trois pelés s'aventureraient encore par ici). La Bête du Gévaudan, c'était donc encore un sale coup des gitans ! Un de leurs maudits sorts. Le genre qu'ils jettent sur ta famille et ce pour plusieurs générations si tu as le malheur de les éjecter un poil violemment d'un terrain ne leur appartenant évidemment pas et sur lequel ils ont pris leurs aises. Je sais pas vous, mais moi, j'élimine direct cette théorie de ma longue liste des possibles et retourne à mes recherches.


The Cursed de Sean Ellis avec Boyd Holbrook, Kelly Reilly et Amelia Crouch (2023)

4 octobre 2023

Bowling Saturne

Si, un beau soir, Patricia Mazuy vous propose un bowling, acceptez l'invitation, tentez le coup, vous ne serez pas déçus du voyage. Cette dame-là saura vous surprendre et vous scotcher. En tout cas, moi, je l'ai été : accroché, décontenancé, surpris par un film dont je ne savais pas grand chose et qui a su me cueillir en beauté. Âmes sensibles, méfiez-vous tout de même, on y trouve l'une des plus terribles scènes de l'année cinématographique 2022. Certes, je n'ai pas encore tout vu (d'où l'absence de top de notre part ces deux dernières années : on prend le temps de tout voir, strictement toutes les productions filmées annuelles au niveau mondial, afin de vous proposer un top sensé, et c'est assez prenant...), mais il y a donc au cœur de ce film une longue scène d'une violence inouïe. Elle est d'autant plus marquante qu'il s'agit d'abord d'une étreinte plutôt sensuelle qui glisse doucement vers un horrible féminicide, filmé sans complaisance mais de manière assez frontale par notre féroce cinéaste. Ça fout un coup, je vous préviens, on n'est jamais vraiment préparé à voir ça.


 
 
Bowling Saturne est un film sombre et cassé en deux avec, au beau milieu, une ellipse. Patricia Mazuy se penche sur une fratrie déchirée dont on devine aisément le lourd passé sans qu'elle ait à forcer le trait. Les personnages principaux, campés par deux acteurs irréprochables, sont donc deux frères, un flic ambitieux à l'existence que l'on imagine bien carrée (Arieh Worthalter) et un marginal, mystérieux, qui vit de kébabs et de petits boulots (Achille Reggiani). La première partie, la plus intrigante et déconcertante, s'intéresse à ce dernier, au frère refoulé, celui que le père, tout fraîchement décédé, n'a pas reconnu. Pour resserrer les liens et lui donner une chance de se remettre sur le droit chemin, l'autre, le flic, lui offre la gérance de ce bowling familial qui sert également de repaire aux chasseurs de la région, cette bande de vieux types peu fréquentables dont leur défunt père était le regretté leader. J'invite à présent ce qui n'ont pas vu le film à ne pas lire la suite...


 
 
C'est donc dans un contexte provincial assez singulier que Patricia Mazuy situe son œuvre atypique dont la première moitié est le glaçant portrait d'un psychopathe pur et dur. On erre avec ce type, au plus près de lui, on comprend d'abord grosso modo de quoi est faite son existence et on éprouve presque de l'empathie pour lui. Jusqu'à ce que l'on découvre, sidéré, de quoi il est capable, tout fait alors sens, la cinéaste nous ayant plutôt finement mis sur la voie. Après cette étude de personnage inaugurale qui nous laisse KO dès le premier round (j'insiste un peu trop, peut-être, mais on s'en est fadé des portraits de serial killers plus ou moins naturalistes et se voulant marquant, suffisamment pour dire que celui-ci est, dans son genre, particulièrement réussi), il y a donc une ellipse, puis le film vire au policier, au thriller, à l'enquête, devient a priori plus balisé, en se focalisant davantage sur le frère flic. Avec cette rupture nette, Bowling Saturne se renouvelle, maintient notre intérêt, conserve une ambiance déconcertante, retourne régulièrement plonger dans la lumière rougeâtre et glauque dudit bowling, jusqu'à une conclusion assez nihiliste qui s'y déroule, où la tension monte progressivement. Tout cela à peine gâché par quelques couacs regrettables...


 
 
Car oui, la dernière copie de Patricia Mazuy n'est de nouveau pas sans bavure et porte bien sa curieuse signature. En effet, ce qu'il y a d'étonnant dans ce film, tout le long, c'est que la réalisatrice mêle grande habileté et étonnante maladresse ; l'intelligence globale d'un scénario qui brasse des sujets très actuels avec une certaine acuité et un côté provocateur bienvenu est ainsi régulièrement contredite par de grosses ficelles surprenantes, qui minent un peu le suspense, voire des situations flirtant avec un léger ridicule. Je regrette d'abord quelques fausses notes évidentes qu'il est incompréhensible de tolérer dans une telle composition, des incohérences étonnantes dans le scénario d'un tel film policier. Je repense par exemple à ce moment, vers la fin, où le frère-tueur trouve le portable du frère-flic posé sur le bar de son bowling : il lit, peinard, ses sms puis répond le plus naturellement du monde quand ça sonne. Le portable pro d'un flic, sans aucun système de verrouillage donc... Peu étonnant, en réalité, que ce con de flic soit suspendu s'il est aussi peu rigoureux ! Le seul téléphone que je connaisse qui n'a pas de verrouillage, c'est le mien, car je suis trop flemmard et j'ai confiance en la Vie, mais je sais que c'est un sacré risque... Ça me joue d'ailleurs souvent des tours lors de mes week-ends avec mes neveux, qui en profitent pour me faire des blagues pas toujours d'un goût très heureux (il y a quelques POV dont je me serais bien passé, une ou deux photos mises en fond d'écran qui ont failli me coûter mon boulot...). Enfin bref, ce n'est pas gravissime, mais c'est bête, et quand ça survient lors du climax d'un film de cet acabit, c'est encore plus dommage, ça fait tiquer, on sort temporairement du film au plus mauvais moment. Autre aspect plutôt raté : la relation entre le frère-flic et la militante écolo (Y Lan Lucas), à laquelle on croit assez peu, qui est en outre fondée sur des échanges de café un brin risibles...


 
 
Malgré ces quelques bémols, qui participent peut-être paradoxalement à la plutôt charmante bizarrerie d'un film qui semble volontairement louche et bancal, je tiens à saluer le travail courageux, si ce n'est d'orfèvre, de cette drôle de cinéaste qu'est décidément Patricia Mazuy. Il est rare d'être ainsi secoué par un film français de ce genre-là, c'est vrai : on ne croise pas des thrillers de cette trempe tous les quatre matins. Et l'on peut déplorer qu'il soit resté si peu longtemps à l'affiche et n'ait pas eu le succès escompté. Peut-être n'y avait-il pas la place, la même année, pour ce film et La Nuit du 12, autre thriller costaud, plus abouti, mieux fignolé, qui brasse quelques thèmes durs similaires, en s'en saisissant également sans détour, et qui, lui, a pu rencontrer son public, remporter des trophées, avec le couronnement mérité du grand Moll. Allez savoir... Le titre de celui-ci, énigmatique à souhait, est pourtant pas mal et bien supérieur. Peut-être pas assez parlant non plus (pour info, c'est juste le nom du bowling)... Moi j'aurais vendu ce film-là comme le nouveau Se7en, un truc comme ça, à grand renfort de visuels inquiétants ou mystérieux (je me serais servi à balle du gros chien noir qui en impose, tiens !), de bandes-annonces racoleuses en veux-tu en voilà, en allant chercher tous les amoureux du cinéma de genre, quitte à faire des déçus, quitte à faire de la publicité complètement mensongère. On nous a bien fait avaler que La French était notre French Connection, ou Les Lyonnais le Heat français. La prochaine fois, Patricia, pense à oim pour promouvoir ton film !


Bowling Saturne de Patricia Mazuy avec Arieh Worthalter, Achille Reggiani, Y Lan Lucas et Leïla Muse (2022)

27 septembre 2023

La Machine à explorer le temps

On lave son linge sale en famille chez les Wells ! Dans ce film sorti en 2002 qui écœura unanimement la critique et le public, le petit Simon Wells s'en prenait sans vergogne à l’œuvre incontournable de son arrière grand-père, le si délicieusement nommé Herbert George. En choisissant de régler ses problèmes de famille sur pelloche et écran géant, pour mieux les jeter à la face du monde dans le cadre d'une psychanalyse d'envergure internationale, l'attitude de Simon Wells se rapproche clairement de celle d'une Maiwenn le Besco. C'est elle qui, dans son premier film intitulé Pardonnez-moi, filmait caméra au poing un Pascal Greggory moribond, dans le rôle de son paternel, qu'elle accusait de tous les maux. En plus d'avoir voté Sarko, elle lui reprochait principalement d'avoir abusé de sa frêle personne alors qu'elle n'avait même pas encore atteint la puberté... Sordide histoire, que le cinéma payait au prix fort.
 
 
Simon West, dans la machine inventée par son arrière-grand-père
 
Pour en revenir à La Machine à me faire paumer mon temps, la question que l'on se pose ici est la suivante : qu'a donc fait grampa' Herbert George pour mériter ça ? La question est en effet laissée en suspens car on nage ici dans le domaine de l'implicite puisque Simon Wells choisit une voie plus insidieuse que Maiwenn et se contente tout simplement d'assassiner le bouquin d'HG (prononcez "Ei-ch'-Jay" pour les intimes ou encore "Hèrbère" pour les fans allemands). Il ridiculise l'histoire de son bisaïeul, bien aidé par un Jeremy Irons survolté dans la peau de l'Über-Morlock, le chef des Morlocks qui martyrisent les petits Eloi (nota bene : il y avait justement un petit blond nommé Eloi dans ma classe de sixième, Eloi Lachuer, et coïncidence, c'était aussi le souffre-douleur de la classe je tiens à vous préciser que je n'ai pas participé à l’hallali, je faisais profil bas parce que j'étais relativement bien positionné sur la liste des souffres-douleur alternatifs). Bref, le film est très très mauvais et depuis, Simon Wells s'est spécialisé dans le film d'animation en participant notamment à Madagascar, Souris City et Gang bang de requins. Je pense que ça en dit long. A ce piètre film, préférez la version de 1960 signée George Pal qui, elle, rendait un bel hommage à l’œuvre cinégénique de Wells. 
 
 
Après les succès de Vorace et Memento, Guy Pearce enchaînait les mauvais choix
 
De mon côté, j'appellerai mes deux gosses Herbert et George, non pas en l'honneur de l'écrivain anglais ou pour réparer l'erreur commise par Simon Wells, non non, seulement parce que je trouve ces deux prénoms d'une classe folle ! Mon frère a prévu d'appeler ses gosses Matt et Damon quel que soit leur sexe ! Il est à deux doigts de réaliser ce rêve, il ne lui manque qu'une femme consentante.
 
 
La Machine à explorer le temps de Simon Wells avec Guy Pearce et Jeremy Irons (2002)

20 septembre 2023

Robot & Frank

Dans un futur proche, un vieil homme vit seul dans une belle baraque en bois. Son quotidien est fait d'aller-retour à la bibliothèque pour baver sur la plastique encore bien conservée de Susan Sarandon, de petites promenades en plein air au milieu de la chaussée pour gêner la circulation et de visites chez l'antiquaire du coin pour commettre quelques larcins sans conséquence. Car ce vieil homme est apparemment cleptomane, un cleptomane qui perd peu à peu la boule. Alzheimer pointe le bout de son nez. Son fils lui amène donc un robot qui l'aidera dans les petits gestes du quotidien et donnera du sens à sa triste vie. D'abord imposé au vieux pour lui éviter un placement prématuré en EHPAD, le robot va progressivement se faire une place dans le cœur du vieil homme et, surtout, trouver une utilité fort appréciable et plutôt étonnante pour celui qui s'avérera être un ancien gentleman cambrioleur qui a passé une bonne partie de sa vie en cabane. 


 
 
Première surprise : Angela Frank est un mec, c'est Frank Langella, qui joue donc Frank, le vieux type physiquement très en forme mais mentalement à la traîne. Autre surprise, à la vingtième minute, le film prend la tournure inattendue d'un heist movie (ou caper movie) croisé avec un buddy movie décapant où le duo de braqueurs est donc constitué d'un vieillard sénile et d'un robot servile ; un virage bienvenu qui donne un second souffle à ce long métrage d'abord très long. Frank décide donc de faire de son robot un voleur de grand chemin, son assistant personnel dans tout ce qui concerne les larcins, les vols à la tire, les forçage de coffres, les crochetages de serrures et compagnie. Malgré ses agissements borderline, le robot de ce film met un point d'honneur à respecter les fameuses lois de la robotique inventées par Isaac Asimov. Il fait donc le boulot proprement.


 
 
On pense d'abord que leur plan est de voler les bouquins de la bibliothèque avant que ceux-ci ne soient numérisés et disparaissent définitivement. On croit que le grand-père est un amoureux des livres, mais on a tout faux ! Lors du casse, le robot demande naïvement "Tu veux que je chipe quoi ? Jane Eyre ? Don Quichotte ? Et si c'était vrai ?", et le vieux lui répond "Prends le meilleur rapport poids/valeur pour pas t'encombrer, ça finira de toute façon sur eBay". En réalité, Frank est un braqueur de banque sans remord qui fait croire qu'il est gâteux, auquel on file un putain de robot dont il se sert pour préparer un putain de casse bien plus important. La bibliothèque n'est qu'un coup d'essai. Prochaine étape : le cambriolage de l'immense villa du salopard qui rôde autour de Susan Sarandon.


 
 
Ça y'est, vous savez presque tout de ce petit film inoffensif qui vous réservera une dernière surprise, un twist final qui n'ajoute toutefois aucune valeur ajoutée à l'ensemble. Ce que nous avons aimé dans Robot and Frank, c'est avant tout sa durée : 1h19 sans le générique de fin, que l'on coupe toujours immédiatement (on signale cependant que celui-ci nous propose un rapide documentaire du style "C'est pas sorcier" sur les avancées de la robotique en 2012, des images qui ont pour effet de nous glacer le sang et de nous prévenir des dérives futures). On a aussi aimé ces courtes scènes, hélas trop rares, où le robot part, à sa façon, à la découverte de son foyer d'adoption et fait connaissance avec son propriétaire fatigué. Ce dernier met du temps à apprécier la compagnie du robot mais finit par lui confier tous ses secrets et par le tenir en plus haute estime que ses propres enfants (incarnés par James Marsden, hideux mais parfois presque drôle dans le rôle du fils toujours à bout, et Liv Tyler, dont la tronche liftée et botoxée la fait de plus en plus ressembler à une vieille star du porno). 


 
 
Dans sa nouvelle maison, le robot se met très rapidement à l'aise. Il flashe d'entrée sur la machine à café, une magnifique Nespresso chromée aux couleurs chatoyantes qu'il emporte souvent avec lui dans un coin sombre pour quelques acrobaties mécaniques. Chaque mouvement du robot est accompagné par un bruit de sifflement, ce qui a pour effet de bousiller la bande sonore de ce film par ailleurs étonnamment silencieux. On ne compte plus le nombre de fois où on surprend le robot se gratter le cul, et quid de cette scène où Frank se plaint de l'odeur qui se dégage du tas de ferraille en se servant d'une de ses grosses paluches comme d'un éventail salvateur. Le robot est effectivement campé par un type d'1m60 planqué dans un costume, un pauvre gars qui devait beaucoup suer et qui a accepté de souffrir considérablement pour le rôle. On salue le courage de cet acteur non-crédité au générique et on apprécie le choix du réalisateur d'avoir su refuser la facilité, c'est-à-dire les effets spéciaux numériques. 


 
 
On peut se prendre de sympathie pour les deux protagonistes atypiques de ce film, mais on regrettera quand même sa lenteur extrême et toutes ces occasions manquées de faire davantage d'humour. Robot & Frank n'est jamais sorti au cinéma, mais il s'est taillé au fil des ans une bonne réputation chez les vieillards fans de robotique. Une niche comme une autre.


Robot & Frank de Jake Schreier avec Frank Langella, Susan Sarandon, James Marsden, Liv Tyler et Peter Sasgaard (2013)

13 septembre 2023

L'Astronaute

Deuxième film de et avec Nicolas Giraud, l'acteur-réalisateur avec la tronche et le patronyme les plus banals du monde. Après ça, pas dit que je rattrape son premier opus. Sur le papier, pourtant, l'accroche me branchait bien. Un type qui tente de réaliser le premier vol spatial habité amateur de l'histoire. Et je n'ai guère trop souffert durant le film, fenêtre ouverte, il faisait super beau, pas trop chaud, pas besoin du ventilo, j'avais pour une fois bien pris l'air, je pouvais donc à l'aise supporter un truc si grisâtre et terne pour boucler ma journée. C'est passé sans souci. En revanche, quelques temps après, avec un peu de recul, je me suis dit "tout ça pour ça ?!". Le pire, c'est que le pitch est menteur. Le type en question est un brillant ingénieur en aéronautique, recalé de peu au concours pour devenir astronaute (on lui a préféré un dénommé Thomas Pesquet). Nicolas Giraud, qui se fait ici appeler Jim, taffe chez Ariane et pique en loucedé tout le matos reçu à son boulot pour reconfigurer une fusée dans la grange de sa grand-mère. Je ne vois donc pas où réside l'exploit et l'amateurisme là-dedans, vu que notre petit génie frustré et ambitieux chourrave du matériel de pro et qu'il bénéficie en outre de beaucoup d'aide extérieure. Giraud s'entoure en effet d'une fine équipe de bras cassés, à commencer par Matt Kassovitz, plutôt crédible en vieille gloire du tennis français, Bruno Lochet, l'ancien Deschiens reconverti fournisseur de kérosène, et une jeune étudiante ultra douée mais un brin chtarbée, qui finira évidemment sous le charme de l'irrésistible chef de projet. Sans compter l'indispensable Mamie Gâteau, jouée sans effort par Hélène Vincent, qui nourrit, loge et blanchit tout ce beau monde, les abreuvant de cookies délicieux et de petits plats mitonnés avec amour. Là où ça coince, c'est du côté des parents de Jim, et Giraud nous sert de la psychologie de comptoir à base de relations filiales conflictuelles et de grandes réconciliations finales.

 
 
 
Bref, le film est donc ultra gris, sa photographie semble s'échiner à décliner toutes les nuances de la chevelure de son auteur. Il est prévisible de bout en bout et, surtout, sérieux comme c'est pas permis. Pas une touche d'humour là-dedans, malgré les petits sourires en coin de Kassovitz, que l'on sent bridé, presque constipé, peut-être malade. Ah si, il y a un petit moment drôle, d'une durée de 3 secondes, lorsque Kassovitz surprend Giraud en pleine méditation solitaire contre un arbre : ils buguent et se regardent en ayant l'air de se dire "What the fuck ?!". Faut pas louper ce passage-là, ça paraît pas raconté comme ça, mais c'est une bouffée d'air frais. À la fin, nous voyons évidemment Giraud s'accorder quelques minutes d'autosatisfaction dans l'espace (comme si tout le film ne suffisait pas), conclusion silencieuse mais très attendue d'un suspense mort-né. Il se rabiboche avec tout le monde, ferme pas mal de bouches, cloue d'autres becs et, enfin, fait le deuil de son grand-père, son inspirateur, mordu d'astronomie. Et l'on se dit que Nicolas Giraud aurait très bien pu rester prothésiste dentaire sans que l'art cinématographique n'y perde grand chose. 


L'Astronaute de Nicolas Giraud avec Nicolas Giraud, Mathieu Kassovitz, Bruno Lochet et Hélène Vincent (2023)