13 octobre 2011

Habemus Papam

Je n'attendais rien de précis de ce film, n'étant pas grand connaisseur de l’œuvre de Nanni Moretti et n'étant pas spécialement fan du seul film de cet auteur que j'avais vu jusqu'à présent (Le Caïman). Ceci dit j'étais très curieux de voir cet Habemus Papam après avoir découvert l'extrait génial diffusé à Cannes où Piccoli pousse une série de râles quand un cardinal annonce son élection pontificale. Michel Piccoli y est pour beaucoup dans la qualité du film, qui prend d'ailleurs quasiment l'acteur pour sujet en soulignant constamment l'analogie entre le comédien de théâtre et l'orateur politique et religieux. Et plus encore dans cette scène chez la psychanalyste où Moretti ne filme plus le Pape Melville mais bien Piccoli lui-même qui évoque sa passion pour la comédie et sa fatigue. Il y a quelques séquences comme ça - les meilleures en réalité - où le film est littéralement centré sur Piccoli, qui le porte en retour à bout de bras.



Pas que sans lui le film ne puisse avoir aucun intérêt, la scène d'introduction dont l'acteur est absent et qui représente le cérémonial du conclave est par exemple très maîtrisée et particulièrement captivante. Mais l'acteur et son personnage sauvent tout de même l'ensemble de l’œuvre, qui s'affaiblit petit à petit. Les séquences burlesques dans la cantine des cardinaux ou dans leur préau ne sont jamais totalement passionnantes. On sent que Moretti, comme Almodovar, a tendance à parfois forcer son humour qui du coup ne prend pas. On dirait que ces deux cinéastes (entre autres) veulent nous dire : "Je ne me prends pas au sérieux !", et on aimerait leur répondre : "Tu devrais... car ton film y gagnerait et en outre tu n'es pas toujours spécialement marrant !" Quant à la visée symbolique des divers éléments du scénario... Le parallèle appuyé par le montage entre la crise existentielle du religieux et celle du psychanalyste, l'incapacité à mener à leur terme les choses entreprises, qu'il s'agisse du pontificat ou d'un championnat de volley-ball... Ces idées-là ne me paraissent pas suffisamment porteuses ou génératrices d'idées de mise en scène fortes pour me passionner franchement.



Mais quand Moretti oublie le symbolisme un peu lourdingue de son scénario pour filmer les choses directement, et notamment à la fin de ce film qui semble n'avoir jamais véritablement commencé (et pour cause, l'élément de départ étant immédiatement court-circuité puisque l'accession de Melville au balcon pour faire son discours et se faire reconnaître est différée), advient une séquence poignante - grâce aussi et encore à Piccoli -, où le personnage dit son impuissance, avoue ses doutes, confie ses faiblesses, refuse finalement sa mission tout en craignant le jugement de Dieu et des siens, pour lesquels il prie et qu'il enjoint à prier pour lui en retour. Il abandonne tout simplement, constatant dans un ultime retrait bouleversant, surprenant et quelque part choquant : "Je ne peux pas être ce que je suis". Le personnage affirme ne pas pouvoir assumer les espoirs du peuple et paradoxalement il correspond à chacun de ses membres (ainsi qu'à ses confrères qui au début du film priaient d'une seule voix pour ne pas être élus...), il cristallise la grande angoisse de notre époque en assumant son épuisement, sa faillite à gouverner, son impuissance à symboliser l'espoir et son souhait d'abandonner dans ce qui me semble être l'une des plus belles et l'une des plus terribles fins de films de cette année.


Habemus Papam de Nanni Moretti avec Michel Piccoli (2011)

11 commentaires:

  1. Chouette article.
    Je suis globalement d'accord, en peut-être un peu plus sévère.
    Le film est plein de promesses, mais ne les tient finalement que dans la première demi-heure, la dernière scène et dans quelques éclairs liés directement à Piccoli. Pour le reste, tu sens que Moretti fait un peu du "remplissage", et parfois c'est carrément pénible, comme dans l'interminable scène de volley-ball, ou certains moments dans le théâtre.
    Mais toutes les choses dont tu parles sont en effet très intéressantes.

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  2. Joe "Euarrh Euarrrh eurarrrrheheh" G.13 octobre 2011 à 11:35

    Tu m'as donné envie de le voir, alors que la presse m'en avait éloigné.

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  3. Simon > On est d'accord sur le "remplissage" d'un certain nombre de scènes du film. Mais même si c'est pénible, et même si l'humour forcé gonfle un peu, ça reste complètement regardable, sans difficulté et sans vraiment agacer définitivement. Et les belles scènes l'emportent quand même pour moi, d'autant plus qu'elles ont la bonne idée de se trouver au début, au milieu (plus ou moins) et à la fin du film.

    Joe > Cool ! :)

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  4. Je l'ai pas vu moi. Mais si ça parle du meurtre d'un pape et de la chute de la religion catholique, entrainant dans ce chaos toutes les autres religions monothéistes et majoritaires, alors ça me plairait bien de le voir.

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  5. N'ayant jamais vu de film de Nanni Moretti, je suis allé au cinéma voir ce film parce que la bande annonce m'avait bien plu.

    Et, dans l'ensemble, je suis assez d'accord avec toi, bien que plus magnanime. En effet, j'ai également trouvé la scène de volley-ball assez lourde et inutile. Michel Piccoli est touchant de sincérité. Mais, pour l'ensemble du film, je suis plutôt conquis. La fin est effectivement sublime.

    J'ai, par contre, trouvé que la confrontation psychanalytique était directement évitée, ce qui est dommage. Nanni Moretti ne sert plus alors qu'à occuper les cardinaux dans leur attente, qui donnera alors plusieurs scènes très intéressantes. (notamment celle ou ils dansent, que j'ai trouvé sublime)

    Ce film est surtout la représentation d'une attente, d'où l'idée de remplissage suggérée ici. Idée pas fausse du tout, bien au contraire.
    Mais ce n'est que mon humble avis.

    Gondebaud.

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  6. Ton analyse du "remplissage" est intéressante, assez pertinente, j'avoue. C'est d'ailleurs sans doute parce que ce "remplissage" est lié à ce que raconte le film, à ce qu'il montre (une attente), qu'il n'est finalement pas si agaçant que ça et qu'on y assiste sans s'ennuyer véritablement. Bon ça reste du remplissage pas toujours très heureux, mais c'est vrai que, relié au sujet du film, on le comprend mieux, et on comprend mieux aussi pourquoi il passe si facilement, et pourquoi il ne l'emporte pas sur les très belles scènes. Merci pour ton "humble avis" :)

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  7. Entiérement d'acord avdc toi, les scènes d'attente pourraient être ennuyeuses mais ne le sont pas, elles servent au contraire le film, en contre-balançant les scènes avec Michel Piccoli. Et n'empêche, je me faisais la reflexion hier soir après avoir posté ce commentaire, tout le monde attend dans ce film. Les fidèles à la place Saint-Pierre qui attendent la confirmation du pape, les cardinaux qui attendent le rétablissement du pape, le psychanalyse qui lui n'attend que de rentrer chez lui, les spectateur qui attend en se demandant bien se qui va se passer (lui qui pensait voir un film sur une confrontation psychiatre/pape, il y a de quoi être étonné). Même le pape attend, au fond, une hausse de courage devant sa nouvele fonction épiscopale, ou tout du moins une inspiration divine, un signe qui lui fera redonner courage devant la tâche monumentale qui l'attend.

    Donc oui, ces moments d'attente, lorsqu'ils sont compris, n'ennuient pas et sont pour le spectateur aussi des périodes d'attente, pas désagréables, mais pas toujours utiles. (Surtout la scène de volley-ball, un peu trop longue)

    Mais de rien, c'est toujours avec grand plaisir que je me rends sur votre site, et encore plus en pouvant dialoguer sur ce grand art qu'est le cinéma.

    Gondebaud.

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  8. Oups, je suis désolé pour les nombreuses fautes de frappe.

    Gondebaud.

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  9. Si vous voulez voir un splendide film de Nanni Moretti, jetez-vous sur Journal Intime !

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  10. Une belle critique pour un film honorable. Je te conseille, pour compléter cette étude, de visionner un autre film de Nanni Moretti : "La messe est finie".

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