Affichage des articles dont le libellé est Robert Zemeckis. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Robert Zemeckis. Afficher tous les articles

13 novembre 2020

La Dernière vie de Simon

Simon a un don : il peut prendre l'apparence physique de n'importe quelle personne qu'il a déjà touchée. Comme c'est encore un petit garçon, il ne s'en sert pas à des fins sordides ou malsaines, mais pour aller s'acheter une barbe à papa en prenant l'aspect d'un moniteur de son foyer. Parce que Simon est orphelin, mais finit par trouver une famille d'adoption, celle de ses deux seuls amis, Thomas et Madeleine, qui vivent en Bretagne dans une belle baraque. Tout bascule le jour où Simon et Thomas font la course à travers bois et que ce dernier glisse dans un de ces insondables abîmes du relief breton. Simon décide alors de prendre l'apparence physique de Thomas, et son identité. Voici donc le pitch du premier long métrage de Léo Karmann, le fils de Sam, une œuvre très naïve que quelques-uns ont présenté comme un vent de fraîcheur sur le cinéma français. Certes, il est rare que celui-ci s'essaie au fantastique de cette manière, avec un tel sérieux et l'ambition évidente d'un élan romanesque. Mais dans les faits, on tient simplement là un pénible ersatz des films de Spielberg ou Zemeckis des années 80, très vraisemblablement signé par un faquin déjà nostalgique, qui a grandi avec ce cinéma-là et n'a pas beaucoup élargi son horizon depuis. Derrière son idée de départ toute bête mais a priori prometteuse se cache une sorte de pseudo conte fantastique au scénario aussi prévisible que lourdingue, qui prend rapidement une tournure assez gênante, lorsque les personnages deviennent adultes, avec la romance faisandée qu'il met en scène (vous l'aurez compris, Simon est amoureux de sa sœur, Madeleine, qui est atteinte d'une maladie incurable, histoire d'en rajouter encore une couche).




Léo Karmann croit pouvoir nous emporter dans son histoire à grands coups de violons envahissants et omniprésents, de mouvements de caméra plein d'emphase, les paysages de Bretagne filmés comme des cartes postales, recouvrant le tout d'un symbolisme lourdingue (le héros, usurpateur d'identité, finit par travailler dans la miroiterie de son père adoptif). Les dialogues et le jeu des acteurs, en particulier Martin Karmann (frère de...), sont à l'avenant. La légèreté, la subtilité, connaît pas ! Le jeune cinéaste est si peu malin qu'il nous montre même les transformations de son personnage principal lorsque celui-ci révèle son secret à ses deux amis, nous offrant des morphings hideux dont on se serait volontiers passé, quand n'importe qui doté d'un peu de bon sens aurait naturellement choisi de laisser cela hors-champ. Après Trois jours et une vie, La Dernière vie de Simon est aussi le deuxième film français tout récent qui parvient à provoquer l'hilarité à la mort accidentelle et tragique d'un enfant (la chute dans le gouffre, précédée d'une longue glissade pathétique), scène pivot des deux films ; c'est problématique, non ? En fin de compte, le premier long de Léo Karmann, 31 ans, ressemble à son ignoble affiche, pour une fois nullement mensongère, et ne laisse que peu d'espoir pour la suite, tant il paraît maladroit et boursoufflé, à contre-temps et venu d'une autre époque. Un vent de fraîcheur ? Tu parles, moi j'ai plutôt senti comme une vieille odeur de pet bien rance.


La Dernière vie de Simon de Léo Karmann avec Camille Claris, Benjamin Voisin et Martin Karmann (2020)

31 mars 2018

Le Pont des espions

Steven Spielberg s'intéresse à un épisode méconnu de la Guerre Froide : l'échange d'espions entre les américains et les soviétiques, en février 1962, suite à l'arrestation de Rudolf Abel et de longues négociations menées à Berlin par l'avocat James Donovan. A priori, rien de spécialement sexy, à moins d'être attiré par cette période, mais c'est sans compter sur l'art du récit, toujours intact, de tonton Spielby qui mène tambour battant un scénario solide enrichi de quelques touches d'humour appréciables, signé par les frères Coen. Le résultat à l'écran est très divertissant et, malgré la longueur du film (2h20), on ne voit guère le temps passer. On n'a aucun mal à s'intéresser aux aventures de cet avocat qui n'a pas froid aux yeux, incarné par un excellent Tom Hanks. L'acteur, qui mériterait un César d'honneur pour l'ensemble de son œuvre voire pour le simple fait d'exister, apporte toute sa bonhomie légendaire à ce personnage qu'il nous rend immédiatement attachant et sympathique. Hanks tire parfois des tronches terribles qui donnent envie de faire un arrêt sur image pour examiner chacune de ses rides afin de percer les secrets de son art. Très à l'aise chez son ami Spielby, il est sur un nuage, au sommet de son charisme et de son talent d'acting, en roue libre, lui qui a appris à parfaitement maîtriser l'allemand pour les besoins du film. On a envie de le prendre dans nos bras et de lui faire un bisou bien baveux sur la joue.




Après avoir ciré les godasses toujours impeccables de Tom Hanks, j'aimerais à présent m'attarder sur le cas de tonton Spielby. On est rude avec tonton Spielby. Nous sommes ingrats. Il est l'un des rares, de sa génération, à Hollywood, à avoir su garder toute sa tête, à ne pas avoir sombré définitivement, et à continuer de réaliser des films tout à fait dignes. Rien que pour cela, pour sa remarquable longévité, il mérite d'être salué. Beaucoup d'autres, à commencer par son frère jumeau raté Bobby Zemeckis, devraient prendre exemple sur lui. Ridley Scott aussi notamment. Mais tellement d'autres... La liste serait trop longue. Tonton Spielby nous livre ici son film d'espionnage, et il le réussit avec brio. Un film d'espionnage peut être intéressant mais chiant, avouons-le, même quand il est assez réussi. On peut se perdre dans les méandres du scénario, trouver le temps long, être heureux du dénouement, donner l'impression de piger et mettre une note honorable sur IMDb sans avoir capté tchi et en ayant passé un moment en réalité pas si terrible. Pas de ça avec tonton Spielby ! On se régale vraiment devant son film, limpide, bien rythmé et jalonné par quelques scènes qui nous scotchent comme il faut, même quand elles ont été réalisées sur ordinateur (la scène du bombardement de l'avion, qui fait de l'effet même sur petit écran). La mise en scène de Spielby, très soignée, s'avère parfois assez inspirée, énergique. Elle sait donner du peps quand il en faut. En nous narrant cet épisode de la Guerre Froide, Spielberg parvient aussi joliment à nous replonger dans une ambiance propre à cette époque, quitte à grossir le trait, à se permettre quelques facéties, pour entretenir le mythe. En bref, tout est fait pour prendre son pied. Et c'est réussi.


Le Pont des Espions de Steven Spielberg avec Tom Hanks, Mark Rylance et Amy Ryan (2015)

9 décembre 2016

The Walk : rêver plus haut

Avec la sortie d'Alliés, les gens semblent avoir pris conscience de la maladie dégénérative de Bob Zemeckis. Pourtant, Das Walk était un premier signal. Ce film nous évoque le fumier que les agriculteurs n'utilisent pas parce qu'il est trop sec, trop aigre, pour que quoi que ce soit pousse dessus si ce n'est de la rancœur et de la haine. Au sommet de ce faramineux tas de fumier : un enfoiré, aka Joseph Gordon-Levitt. Quoi de mieux pour incarner un Nemourien qu'un texan de l'est ? Surmonté d'une perruque orange abominable, mais qui a le mérite de trancher avec le gris poutrelle et le bleu acier qui dominent les teintes du film, l'acteur est à gerber. Ne se contentant pas d'agresser nos yeux, il triture aussi nos oreilles. La starlette affirme avoir appris quelque charabia de français afin d'être crédible : on est loin du compte. Gordon-Levitt, coincé dans un pull rouge à col roulé (parce que le vrai Philippe Petit en a porté un, une fois, et a été photographié dedans), parle français avec un sale accent anglais, et s'efforce de parler anglais avec un sale accent français. Nous n'avons jamais rien entendu de plus laid, depuis le dernier râle de notre chat Toxic sur son lit de mort.


 Le même film avec Jennifer Love Hewitt, et c'est pas la même...

Également à l'affiche du film, Charlotte LeBon (the enigma). Elle essaie de persuader son con de mec d'abandonner le projet de marcher sur un fil entre les deux tours du World Trade Center (encore un film post-nuke...) : mais il le fait quand même. Le film est entrecoupé de saynètes se déroulant sur le haut du toit de la Statue de la Liberté, où un Philippe Petit tout sourire s'envoie des fleurs et revient sur sa propre vie (tous ces moments où il s'est entraîné à marcher sur la corde à linge tendue dans son jardin et sur le câble d'alimentation de son fer à repasser branché dans sa salle de bain). Après avoir subi les préparations laborieuses et les engueulades ridicules du couple pendant une heure, où toute tension est annihilée par le fait que chaque spectateur connaît plus ou moins cette histoire en bois et par la fatigue cognitive de Bob Zemeckis, nous devons nous farcir JLG en tenue de danseuse noire, en legging, faisant le clown sur son fil et narguant les flics qui font des pas chassés sur les toits des deux tours, de part et d'autre du filin, en suivant ses moindres soubresauts ridicules. Cette interminable scène a eu le mérite de nous rappeler toutes ces fois où on a surexcité des chiens sans arrière pensée pour finalement - les bras ballants et le regard triste - les voir partir au quart de tour vers le premier greffe égaré sur une branche entre trente-six gueules de loups à l'affût, prêtes à n'en faire qu'une bouchée. Nous rêverions de nous enfumer le Levitt.


The Walk : rêver plus haut de Robert Zemeckis avec Joseph Gordon-Levitt et Charlotte LeBon (2015)

29 août 2016

Sir ! Yes Sir ! - Les meilleurs sergents-instructeurs




Je vous propose, sans aucune raison particulière (sinon que le service militaire risque de revenir à la mode dans les années qui viennent), un petit tour d’horizon, non-exhaustif, d’une figure récurrente du cinéma, et plus particulièrement du cinéma américain : le sergent-instructeur. Je ne sais pas si je suis seul dans ce cas, mais j’ai beaucoup d’affection pour ce personnage. Il ne doit pourtant pas exister beaucoup de catégories socio-professionnelles auxquelles j’aimerais moins avoir affaire. Cependant, je l’avoue, quand j’ai eu à me rendre au Pôle Emploi, je me suis fabriqué un profil de garde-chiourme sans pitié, de maton homophobe, dans l’espoir qu’on me propose un poste de sergent-instructeur et de pouvoir ensuite aller fouetter des culs en portant un chapeau vert. Tout ça grâce au cinéma et à quelques films bien précis. J’ai un faible, un gros faible, je vous le dis, pour les sergents-instructeurs de tous poils. Aussi, voici un classement des 10 meilleurs sergents instructeurs au cinéma selon moi.



10
 
Thuram et Zizou en plein échauffement à Bellefontaine ? Non Gossett Jr. et Richard Gere, qui s'est mis au yoga sur ce tournage.

A la 10ème place, le Sergent Emil Foley, interprété par Louis Gossett Jr., dans le médiocre Officiers et gentleman de Taylor Hackford. Gossett Jr. y mène la vie dure à Richard Gere, fils d'un sous-officier de marine alcoolique et putanier. Le bellâtre aux yeux d'oriental, sosie officiel de Zizou et horrible comédien, vient de s'inscrire sur les listes de l'armée pour devenir aviateur. Tout du long, Foley en fait baver à Dick Gere, jusqu'à ce que ce dernier en perde son bouddhisme et que les deux hommes s'affrontent sur un tatami, tout nus, dans un corps-à-corps troublant. D'autant plus troublant qu'en ce qui me concerne la véritable figure mémorable de ce film (qui ne l'est pas pour un dinar, mémorable) reste plutôt celle de la jolie Debra Winger, compagne de Gere et véritable bouffée d'air frais entre deux parcours du combattant et autres sauts de haies avec feu de barrage à balles réelles.


La belle Debra Winger, délaissée pour un grand noir avec une chaussure blonde...



9

La 9ème place revient à Warren Oates dans la faiblarde comédie signée Ivan Reitman en 1982, Les Bleus, avec Bill Murray et Harold Ramis. C'était la toute fin de carrière du grand Warren, qui comme son ami Peckinpah n'avait sans doute pas sa place dans les années 80. Il est assez effacé dans son rôle de sergent-instructeur sur le retour un rien grognon, taquiné par ces sales gosses de Muray et Ramis, qui se sont engagés pour parer leur ennui et quitter une vie d'échecs multiples et variés (l'intro évoque très vite fait celle de Dumb & Dumber). A moins que ce soit le script qui batte de l'aile. Quoi qu'il en soit, Warren, au final, prendra parti pour ses bêtes noires, en pseudo-père de substitution, partant les tirer des griffes communistes où ils se sont égarés par bêtise. Belle époque, dite "classique", du cinoche ricain !


Warren Oates incarne Hulka, un sergent-instructeur trop cool pour porter pareil blaze.



8

Le sergent Zim, incarné par Clancy Brown, n'est pas le personnage le plus mémorable de Starship Troopers, malgré ses méthodes originales et bon enfant (par exemple quand il transperce la main d'un de ses novices avec un jet de couteau sublime pour lui donner une leçon de modestie), et malgré toute l'estime que semble lui porter Paul Verhoeven, qui le laisse mystérieusement disparaître du film (telle Lea Massari dans L'Avventura, hommage évident) au moment où les personnages principaux ont terminé leur stage d'entraînement et foncent attaquer les Arachnides, pour le faire revenir en grande star inattendue dans un finale en fanfare : engagé comme simple soldat, c'est lui qui parvient à capturer le cerveau ennemi (une grosse couille gluante) dans une grotte de la planète P. Néanmoins, ce comeback délirant paraît un peu forcé et marque moins les esprits que celui de Jean Rasczak (Michael Ironside), professeur d'arts plastiques un rien prosélyte dans la première partie du film, reconverti meneur intraitable des Francs-Tireurs dans la deuxième.


 Le sergent Zim, grand pédagogue, a lui-même lancé ce couteau à beurre sur son élève.



7

Changeons de registre avec un sergent-instructeur aux antipodes de la figure autoritaire dessinée par Verhoeven : le sergent Cass d’Opération Shakespeare, rôle tenu par le mémorable Gregory Hines, un beau noir moustachu (morphotype idéal du sergent-instructeur, comme cet article tend à le prouver). Le sergent Cass est emblématique de l’autre grande catégorie de sergents-instructeurs, les grandes gueules au grand cœur. Cass commence par casser les couilles de Danny DeVito, prof de littérature improvisé dans une caserne, bien décidé à faire entrer Shakespeare dans la tronche des gosses des cités venus apprendre le pas de l'oie. A la fin du film, le sergent Cass, avec ses yeux de clebs battu, finit quasiment en larmes, sous la pluie et sous son chapeau de scout, planté là parmi la bleusaille (dont Marc Whalberg dans le rôle d'un demi-demeuré) à écouter un soldat lui réciter la plus belle tirade du Henry V de Shakespeare, celle de la St Crépin (« Encore une fois sur la brèche, mes amis… »). Bouleversant.


Avec une gueule d'amour pareille, Gregory Hines ne pouvait pas tenir son rôle d'enflure bien longtemps. Ce type-là aime forcément la littérature.



6

Il ne s'agit peut-être pas à proprement parler d'un sergent-instructeur, puisqu'il est adjudant-chef, mais il tient quand même un rôle assez similaire. Il s'agit de l'adjudant-chef Picard (François Darbon, Darbon qui sera d'ailleurs dans le film le nom de la fiancée d'Antoine Doinel, Christine Darbon). Il apparaît brièvement au tout début de Baisers volés, unique film non-américain de la liste. Doinel sort du trou, convoqué par Picard, qui termine une entrevue avec ses hommes où il leur recommande de manipuler leur arme avec délicatesse (c'est comme les femmes, "on leur met pas tout de suite la main au cul"). S'ensuit un dialogue savoureux, où Picard compare Doinel au chien de Nivelle, "celui qui fout le camp quand on l'appelle", et le renvoie à la vie civile avec des piques bienveillantes qui font sourire un Jean-Pierre Léaud muet et aussi rieur, mais plus couillon, que dans Les 400 coups ou Antoine et Colette.


 François Darbon, paysan dans Le Caporal épinglé de Renoir, adjudant-chef chez Truffaut.



5

Le plus célèbre, celui qui vient à l’esprit de chacun quand on parle de sergent-instructeur et de cinéma, l’incontournable Gunnery Sergeant Hartman (Ronald Lee Ermey) de Full Metal Jacket est appelé à la barre des enculés. Il est l'incarnation pure et dure du taré militaire, de la teigne en uniforme, du formateur jobard qui file des surnoms humiliants, dresse les futures recrues les unes contre les autres, forme plus des assassins que des fantassins, hurle des horreurs sur ses bleus et les torture quotidiennement avec un plaisir non-dissimulé avant de retourner coucher avec son fusil-mitrailleur. Le chapeau posé sur les sourcils, Ronald Lee Ermey vocifère sur sa bleusaille à chaque fois qu'il apparaît, comme M. Massol, mon prof de physique-chimie en classe de Terminale L. Kubrick, en forçant le trait pour tendre vers une rigoureuse caricature du personnage, a sans doute visé assez juste, et nous a quoi qu’il en soit livré une référence, le portrait le plus terrible mais le plus mémorable du sergent-instructeur type.


Soit son pantalon de pyjama kaki est un taille haute, soit Ronald Lee Ermey rivalise avec Titi Henry dans la catégorie des prétendants au surnom de "Cobra".



4

Quelques films nous ont ceci dit offert des sergents-instructeurs plus fréquentables, de ceux dont on se délecte encore et encore, et sans se lasser. Par exemple le sergent-instructeur de Hot Shots !, « Red » Herring, incarné par Bruce A. Young, parodie de la parodie de sergent-instructeur fournie par Kubrick quatre ans plus tôt. Malheureusement peu présent dans la célèbre comédie menée par Charlie Sheen, Valeria Golino et Cary Elwes, Bruce A. Young l’illumine néanmoins par une performance inoubliable. Sa seule apparition consiste à entrer dans le dortoir des jeunes pilotes en hurlant des tas de trucs plus ou moins débiles, émaillés de répliques cinglantes, dont un « Sors les pectoraux ! » lancé à la blonde de l’équipe, au garde-à-vous en soutien-gorge, ou encore le génial : « Tu ferais mieux de pas signer le chèque si t’as pas le fric en caisse ! ». Je cite notre homme en français pour la bonne raison que c’était encore l’époque où les traducteurs et les doubleurs y mettaient du cœur, y compris avec un accent "noir" douteux, et où la VF avait du bon pour ce genre de film.


Ce qui accapare mon regard ici consiste en deux obus proéminents et fièrement rebondis, qui se situent dans le coin inférieur gauche de l'image.



3
En 3, le génial Lt. Thaddeus Harris, instructeur de Police Academy interprété par le non moins génial G.W. Bailey. La peau de vache par excellence, qui déteste toutes ses recrues sans exception et se fait un plaisir de les pousser vers la sortie en leur rendant la vie impossible. Notamment à coups d'injures qui révèlent chez lui une forme de génie. Quand il accompagne les bleus dans les dortoirs, Harris s'en donne à cœur joie, et son chouette doubleur avec. Après avoir gueulé son classique "Plus vite ! plus vite !", il chantonne : "Nous devons trouver à ces chers petits merdeux un endroit pour dormir !", et il vient juste de finir sa mélodie, et personne n'a répondu, qu'il enchaîne déjà : "Vous feriez mieux d'écouter au lieu de ramener votre fraise, bande de connards !" Une fois qu'il a attribué une chambre à Mahoney, le personnage principal, il continue : "Tous les autres pédés, venez avec moi !" C'est tellement gratuit, laid, et dit avec le cœur qu'on aimerait être dans la bande. Idem un peu plus tard : "Vous faites partie de la section F., F. comme Fumiers. Quand je dis "Hey, les fumiers", vous comprenez que c'est vous". Un discours à retenir pour tous les profs qui débutent. Harris finit le film la tête tanquée dans le trou de balle d'un cheval et il en sort grandi. Sacré mec.


Le Lt. Harris, génie de l'insulte.



2

Mais le Drill Sergeant de Forrest Gump marque aussi des points dans la catégorie des sergents-instructeurs ultra grossiers, d'autant que lui se veut sympathique. Il faut dire que, dans le film de Robert Zemeckis, le rôle du supérieur irascible et vociférant est confié au conducteur du bus de l’armée (Kenneth Bevington), qui, quand Forrest Gump lui donne son nom avant d’aller s’asseoir, comme il avait l’habitude de le faire dans le bus de l’école, se met sans prévenir à lui hurler dessus : « Tout le monde s’en tape le coquillart de ton blase, couille molle ! T’es même pas digne de me lécher mes bottes de merde ! Gare tes grosses miches de tantouse dans ce bus, tu es à l’armée maintenant ! ». A noter que l’ultra-violence de ce propos homophobe littéralement hurlé, poussé le cou en avant par un chauffeur sur-énervé, chauffé à blanc sans raison apparente, vers la nouvelle recrue Gump, est multipliée par deux via les gouttes d’eau que projettent les essuies-glaces du bus et qui semblent sortir de la bouche du type, comme autant de postillons énormes. Sans doute la plus grande idée de mise en scène de toute la filmographie de Bob Zemeckis. 


Moustache ? Pas moustache ? Impossible à dire. Le sergent-instructeur de Forrest Gump est toujours filmé à contre-jour, ou dans la pénombre, ou les deux, de telle sorte qu'il constitue un trou noir dans l'image, d'où n'émanent que des paroles d'amour hurlées sur son 1ère classe préféré.

La part de débilité militaire (pléonasme ?) étant entièrement et fièrement assumée par le chauffeur du car, le véritable sergent instructeur du film, interprété par le magnifiquement nommé Afemo Omilami, peut quant à lui se montrer parfaitement agréable, et même encourageant. Mais tout le génie de ce personnage, c’est de prendre le parfait contrepied de son rôle tout en le tenant sans faillir : il hurle, mais pour louer les talents de sa nouvelle recrue. C’est ce qui en fait l’un des meilleurs sergents-instructeurs de l’histoire du cinéma. Il faut voir ce type (encore une fois trop vite évacué du film alors qu’il en est la principale attraction) s’émerveiller des réponses débiles de Gump (qu'il invective toujours en gueulant : "GUUUUUUUUMP") à des questions au moins aussi débiles. Quand on lui demande pourquoi il a remonté son arme aussi vite, question faramineusement conne au départ, le soldat répond, tout penaud, « Parce que vous me l’avez demandé sergent-instructeur », et l’autre de trouver ça putain de brillant. Le génie d’Afemo Omilami tient dans cette scène. Il promet au deuxième classe Gump qu’il sera général un jour, le traite de génie et mise sur un QI de 160, le tout en lui gueulant au visage comme si l’autre lui avait chié dans les pompes. C’est là toute la noblesse des meilleurs sergents-instructeurs, et je crois sincèrement que tout bon film devrait en compter au moins un dans son casting. Imaginez un personnage de sergent-instructeur dans Shakespeare in Luv.



1

En numéro 1, un autre sergent-instructeur assez colérique mais très drôle, l’inégalable Sergent Apone, sous les traits d’Al Matthews. Il n’est pas qu’un sergent-instructeur d’ailleurs, c’est aussi un vrai sergent sur le terrain, mais il tient son rôle à la perfection dans le Aliens de James Cameron. Noir et moustachu, comme Louis Gossett Jr., Gregory Hines, Bruce A. Young et Afemo Omilami, Al Matthews jouit lui aussi d’un doublage au poil, et disparaît également trop vite de l’écran, massacré par un alien particulièrement détestable dès la première escarmouche du film. Mais le sergent Apone a quand même eu le temps de nous faire rêver avant de crever, et ce dès sa première apparition, quand les capsules d’hyper-sommeil du vaisseau de guerre Sulaco s’ouvrent pour nous présenter tour à tour les différents membres du commando de marines. Apone, à peine réveillé, enfourne un cigare sous sa moustache et au moins jusqu’à sa glotte, puis nous gratifie d’un discours savoureux : « Alors mes cailles vous attendez quoi ? Votre café au pieu ? Encore une jolie journée de soleil ! Être dans les marines c'est comme des vacances à la ferme, chaque repas est un banquet, chaque fin de mois, on est millionnaire, chaque corvée est une partie de plaisir ». Et quand Hudson (l’indispensable Bill Paxton), mettant le pied au sol, se plaint du froid, Apone conclut l’échange en tirant le dessous de sa paupière avec son index : « Regarde-moi dans l’oeil ! ». Ca n’a l’air de rien comme ça, mais c’est du grand numéro d’acteur.



Le sergent Apone dans toute sa splendeur. Je me suis mis à fumer le cigare après avoir vu le film pour la première fois, vers 7 ans.

Le sergent-instructeur est aussi un homme de discours, c’est lui qui doit motiver les troupes avant la bataille, et Apone est un modèle du genre, notamment à chaque fois qu’il s’en prend à Hudson (« Ta gueule Hudson »). On se rappelle aussi de ce moment magique où Ripley (Sigourney Weaver) lui demande s’il y a quelque chose qu’elle peut faire, et où il répond, presque sans lui laisser le temps de terminer sa phrase : « Y’a quelque chose que vous savez faire ? ». Le doubleur mérite à lui seul un Oscar. Quand la jeune femme lui prouve qu’elle sait manipuler un robot de charge et lui demande où elle doit mettre une roquette, Apone lui répond de sa voix rugueuse et sur ce ton rigolard inimitable en avalant quasiment tout son cigare. Grâce aux quelques courtes scènes marquées par la prestation d’Al Matthews, et presque exclusivement grâce à elles (disons grâce à son tandem avec Bill Paxton), Aliens a fini par devenir une comédie à mes yeux, une armored-car-comédie, un véritable chef-d’œuvre.


Officiers et Gentleman de Taylor Hackford avec Louis Gossett Jr. (1982)
Les Bleus d'Ivan Reitman avec Warren Oates (1981)
Starship Troopers de Paul Verhoeven avec Clancy Brown (1998)
Opération Shakespeare de Penny Marshall avec Gregory Hines (1994)
Baisers volés de François Truffaut avec François Darbon (1968)
Full Metal Jacket de Stanley Kubrick avec Ronald Lee Ermey (1987)
Hot Shots ! de Jim Abrahams avec Bruce A. Young (1991)
Police Academy de Hugh Wilson avec G. W. Bailey (1984)
Forrest Gump de Robert Zemeckis avec Afemo Omilami (1994)
Aliens de James Cameron avec Al Matthews (1986)

26 janvier 2013

Flight

Deux grands cinéastes tout public font leur come-back sur nos écrans français en ces mois frappés par le froid intense : Bob Zemeckis et Stevie Spielberg. Deux cinéastes dont les plus grands succès sont forcément derrière eux, mais dont on espère (dans le sens français et espagnol du terme - esperar : attendre) depuis des années un sursaut d'orgueil. Les statistiques démontrent que nous avons tous au moins un film de Zemeckis et Spielberg dans nos dvdthèques. Statistique non démentie en ce qui me concerne, puisque je possède les dvds de Predator et Un Jour sans fin. Spielberg et Zemeckis, les Romario-Bebeto du 7ème Art, ont marqué le cinéma de divertissement des années 80 et 90. Le premier nous revient avec le film définitif sur l'une des plus grandes figures de la courte Histoire américaine, j'ai nommé Malcom X. En course pour les Oscars et salué unanimement par les critiques, le long film de Spielberg et ses deux heures trente minutes de dialogues non-stop aura toutefois bien du mal à s'attirer les réelles faveurs du très grand public, celui qui se lève tôt et n'a pas envie qu'on lui fusille la tronche sur la Toile le soir venu. Quant au second, j'ai nommé Bob Zemeckis, nous avons vu son Flight et nous avons été agréablement surpris, au point que nous avons décidé d'y consacrer un papelard à part entière.


Zemeckis a enfin décollé le nez de son PC pour redécouvrir la joie d'un vrai tournage aux côtés d'une pointure qui n'a pas hésité à s'ouvrir l'arcade sourcilière pour littéralement "être" son personnage !

Après être passé dans différents travers de motion capture nauséabonds, revoilà enfin le gros Zemeckis en présence de vrais acteurs et d'images réelles. Il s'attaque a priori à une histoire assez banale : un pilote d'avion cocaïnomane et alcoolo sous l'emprise de ces deux stupéfiants notoires arrive tout de même à utiliser son bolide hors de contrôle comme un fer à repasser pour un champ de maïs qui n'en demandait pas tant. Il le retourne complètement pour le faire atterrir en catastrophe mais de manière inespérée, sauvant ainsi la vie de la quasi totalité des passagers, équipage compris. Accueilli comme un héros par les médias et le grand public, le retour sur terre sera tout de même douloureux pour notre pilote ahuri quand il se rendra compte que les traditionnels tests toxicologiques réalisés après le crash-test fatidique révèlent qu'il était "high in the sky" avant même de mettre les mains sur le gros manche du cockpit. A partir de ce postulat de départ ma foi assez peu intéressant et digne d'un "60 minutes" de derrière les fagots, Robert Zemeckis, en pleine possession de ses moyens, nous livre ce que nos amis anglophones nomment modestement une "character study" portée par un acteur au top de sa forme, qui trouve en Whip-le-pilote-de-ligne-de-coke-défoncé son plus beau rôle à ce jour.


A big-ballsy man in a readamaged plane ! Bilan : 6 morts et un Oscar.

Un Oscar pour Denzel ! N'ayons pas peur des mots, Denzel Washington est ici en état de grâce, au point de faire une ombre insondable et insolente à ses partenaires, notamment la Kelly Reilly des Poupées Russes et de L'Auberge Espagnole, qui n'est là que pour agiter ses gros lolos, faire le nombre et justifier une "romance" (notez les guillemets) dont on se serait bien passé. Rappelons que Denzel Washington est pourtant le symbole d'un cinéma américain que d'ordinaire je fuis comme la peste, ce cinéma qui s'échine à nous présenter un "ordinary american hero believing in God, Jesus, and Freedom" au volant soit d'un tracteur, d'un tractopelle, d'un métro, d'une grue, d'un train, et condamné à rejouer cent fois le même rôle et à vivre l'héroïsme avec une humilité trop exagérée pour être crédible. C'est aussi lui l'acteur spécialisé dans les incarnations de personnages historiques de couleur noire et, plus largement, dans la représentation de figures réelles typiquement US : Frank Lucas, le fameux mafieux guadeloupéen de Harlem dans American Gangster, Steve Biko, l'activiste anti-apartheid serbo-croate de Cry Freedom, Rubin Carter, le boxeur poids moyen, et bientôt Steve Jobs selon les dernières rumeurs. Autant de célébrités qu'il est forcé d'imiter de manière souvent bien frustrante. Condamné par conséquent à jouer dans des biopics hollywoodiens sans saveur, adorés par les ménagères de moins de 50 ans et par l'establishment (l'AFI et la MPAA, au premier rang des accusés), l'acteur a ainsi multiplié les "rôles à Oscars". Il a même fini par obtenir la récompense tant convoitée via un rôle à contre-emploi ridicule (Training Day, où il joue un pur enfoiré) en profitant de l'ambiance hypocrite post-11 septembre tournée vers les minorités qui régnait alors à Hollywood (Halle Berry et Jim Broadbent furent récompensées la même année). 


"Écoute, poupée, c'est pas le moment de me demander des cours d'acting !" semble dire Denzel. Notez aussi qu'il lui indique subtilement que la circonférence de son avant-bras est sensiblement égale à celle de son "Python de la Fournaise".

Malgré cela, Denzel fait partie de ces types qu'on ne peut pas s'empêcher d'apprécier. A l'image d'un Vincent Lindon, d'un Bruce Willis, d'un Russel Crowe, d'un Samuel L. Jackson, d'un François Cluzet, Denzel attire de façon assez inexpliquée et instinctive la bienveillance, la sympathie, l'hilarité, voire la concupiscence chez les plus ouverts d'entre nous. Quand il rit, on pleure de rire avec lui. Quand il pète, on hume notre écran. Quand il félicite Kamel le Magicien, on a envie d'être le père de Kamel le Magicien pour pouvoir poser notre main sur son épaule et dire "je suis fier de toi mon fils, Kamelemagicien". Quand il acquiesce des yeux, on hurle "OUI !" le cul vissé sur notre canapé. S'il nous demandait de le suivre dans un combat réactionnaire, on partirait à ses côtés, sans cligner des yeux, le couteau entre les dents. S'il était l'auteur d'un homicide volontaire, je me présenterais les bras en croix au commissariat, au Central 13, comme son alibi, et je déclarerais avoir passé la soirée au lit avec lui, avec pour preuve mon sphincter anal éprouvé. D'habitude, je suis comme Zidane : tu peux me dire ce que tu veux tant que ça ne concerne ni ma maman ni ma soeur, mais Denzel saurait me faire changer d'avis même sur ce grand principe qui régit mon existence depuis le collège, à l'instar de mon idole que je considère double détenteur de la Coupe du monde de la FIFA. Bref, Denzel a de l'allure, un vrai charisme, et il est glabre, ce qui ne me laisse jamais indifférent.


Après chaque prise, les journalistes et critiques ciné s'agenouillaient face à Denzel, le micro tendu et la caméra braquée sur lui, dans l'espoir de connaître les secrets de sa performance ! Ici-même, on peut le voir répéter son "speech acceptance" qu'il donnera le 24 février !

Robert Zemeckis est-il un grand directeur d'acteurs ? Sait-il diriger un interprète de la manière la plus adéquate vis-à-vis du contexte et du cadre qu'il a choisi (plan américain, plan d'ensemble, plan rapproché...) ? Il est impossible de répondre lorsque l'acteur se nomme Denzel Washington. La star est auto-dirigeable. Denzel Washington est le Hindeburg d'Hollywood. Malgré tout, Robert Zemeckis a certainement su lâcher la bride quand il le fallait et tirer sur la laisse lorsque c'était nécessaire. Le cinéaste a beau être d'une laideur sans pareille, il sait encore séduire son public et n'a pas perdu la main quand il s'agit d'être un efficace et redoutable conteur d'histoire (à condition d'être le plus loin possible d'une palette graphique). Certes, certaines scènes sont trop faites pour nous tirer les larmes et d'autres s'avèrent assez superflues, comme celles, au début du film, qui nous présentent la triste vie du personnage campé par la fatigante Kelly Reilly. On aurait préféré connaître ce personnage en même temps que le beau Denzel, sans se taper les désormais classiques injections de drogues qui nous dépeignent à coups de rangers un personnage au fond du gouffre dont on sait qu'il ne pourra que remonter la pente. Une telle exposition était inutile pour que l'on comprenne ses bien simples turpitudes, et il ne faut jamais perdre de vue que l'intérêt du film réside en Denzel Washington et dans le personnage qu'il incarne.


Bruce Greenwood, à gauche, a ici des allures de coach de L1 dépité sur son banc de touche, dépassé par des joueurs, Samuel Cheadle et Didier Washington, qui ne pensent qu'à la troisième mi-temps.

Véritable couteau suisse de l'Actor's Studio, l'acteur marche ici sur l'eau avec une aisance qui échappe aux mots, bien que toujours à deux doigts d'en faire trop. Il parvient à tout faire passer, à sauver des scènes a priori vouées à l'échec ! Quid de cette scène consécutive à l'enterrement de l'hôtesse de l'air qui entretenait avec lui des rapports plus qu'amicaux basés sur un échange réguliers de liquide séminal ? Face à une partenaire anonyme qui s'accroche tant bien que mal pour être à la hauteur, Denzel a seulement besoin de petits mouvements jugulaires et sourciliers pour placer le film sur orbite à cet instant précis. Quid de cette scène très risquée où son personnage retourne, désoeuvré, vers son ex-femme et son con de fils, la mort dans l'âme, avec 2 grammes d'alcool par millilitres de sang (de quoi tuer un taureau de la ganadería Miura, descendant d'Islero, celui qui a eu la peau du grand Manolete aka Adrien Brody dans un film que strictement personne n'a vu) ? En allant au bout de son idée d'acting, consistant à prendre son fils dans ses bras malgré son extrême réticence, Denzel arrache cette scène du ridicule et parvient presque à la rendre assez poignante. Bref, l'acteur réussit l'impossible et tient le film à bout de bras, bien mis en valeur par le savoir-faire indéniable et toujours intact de Robert Zemeckis. 


Gros scandale à prévoir du côté de chez wam si, au bout d'une nuit à croiser les doigts et à prendre mon mal en patience face à un streaming pourri, Denzel repart de la cérémonie des Oscars sans sa statuette...

Flight est donc une bonne surprise. Un film qui remet Robert Zemeckis sur les rails et qui offre à un acteur hors norme un rôle enfin à la mesure de son charisme. En nous faisant croquer un best of des Stones, et en plaçant au moindre prétexte les chansons préférées de sa jeunesse, on sent bien que Zemeckis se fait plaisir et il parvient aisément à nous communiquer son enthousiasme sincère. On pardonnera donc ses quelques travers à ce film très hollywoodien mais si plaisant à suivre, comme il est beaucoup trop rare d'en voir depuis des années. Cet article est déjà très long, je vous laisse. Matez Flight, en cette période de vache maigre américaine, il vous apparaîtra comme un film très sympathique et réconfortant. La rédemption pour tonton Zemeckis !


Flight de Robert Zemeckis avec Denzel Washington et des figurants dont Kelly Reilly, Don Cheadle et John Goodman (2013)

23 août 2012

Jumanji

A la mi-août, quand on a déjà fait tous les trucs sympas à faire pendant les vacances et qu'on se retrouve un peu à court d'idées, on finit souvent autour d'un jeu de plateau. Paradoxalement c'est cette activité-là qui nous fait le plus suer alors qu'on vient de passer l'été à jouer au beach soccer, à faire des parties de ping-pong endiablées et à essayer de cacher sa gaule sur la plage. Lors de ces après-midi où le temps paraît s'être arrêté et où le soleil semble coincé à son zénith, bien décidé à nous griller la caboche, on a tous forcément rêvé d'échanger notre gros monopoly (aux billets de banque marqués au feutre par un tonton un peu à part qui a essayé de faire des mauvais coups à la boulangerie du coin) contre le jeu de plateau ultime : Jumanji (à prononcer "You-man-yee"). Quel est le nom du messie qui a réalisé le film du même nom et premier "film de plateau" de l'histoire du cinéma ? Est-ce que quelqu'un est capable de citer son patronyme sans chercher nulle part ? Nous on misait sur Chris Columbus, le yesman des 8/12 ans. En réalité ne cherchez pas c'est Joe Johnston, un saint homme, un sous-Columbus, un gros colombin. Homme de main de Spielberg, Johnston, contrairement à Robert Zemeckis, n'est pas à proprement parler son "poulain", Joe Johnston c'est de la pure main-d’œuvre, un ouvrier à la petite semaine, de la chair à canon. Spielberg l'envoie toujours sur les projets les plus bancals, et parfois banco ! Comme là.


Quelle famille, sur la route des vacances, ne s'est pas arrêtée sur le bas-côté pour boucler vite fait une partie de jeu de plateau ?

En 1995 on allait au cinéma deux fois l'an, une première fois pour mater Madame Doubtfire (le saviez-vous : le film devait d'abord s'intituler "Mademoiselle Doubtfire" pour coller au titre original "Misses Doubtfire", mais quand les distributeurs français ont maté le scénario de plus près pour s'apercevoir que c'était une vieux trans pédophile qui jouait le rôle ils ont viré de braquet pour mettre "Madame", ce qui ne change certes strictement rien), une autre pour voir Jumanji (combien de "i" et combien de "j" dans "Jumanji" ?). Quand les deux séances ciné de l'année c'est le Madame Doubtfire de Chris Columbo et le Jumanji de Joe Johnston, on peut parler d'une année noire et surtout se demander comment on a pu devenir les cinéphages numéro 1 de la région PACA après ça... En revanche rien d'étonnant à ce qu'on soit devenu des fanas de Robin Williams, qui était sur le toit du monde à l'époque.


Robin Williams était loin de se douter à l'époque que cette image du film résumerait bientôt son propre engloutissement dans une filmographie d'outre-tombe.

Après s'être séparé du groupe Take That (prononcez "Tik Tak"), Robin Williams a enchaîné les tubes et les hits au hit parade et au box office. En 91 il joue la fée clochette dans Hook de tonton Spielby, en 92 il obtient le Golden Globe du meilleur acteur pour son rôle de pécheur à la ligne dans Fisher King, la même année, celui qu'on appelait "la voix de génie" prête sa voix au génie d'Aladdin pour rester à jamais connu pour sa voix du génie. En 93 il explose dans Doubtfire où il ridiculise Pierce Brosnan d'un coup de pied dans le cul qui propulse James Bond droit dans l'eau, en 95 il s'écroule en jouant dans Neuf mois aussi, le remake ricain du chef-d’œuvre de Patrick Bradoué, mais il refait surface aussi sec dans un projet à priori peu engageant, basé sur un jeu de plateau, qui finira pourtant par emporter le morceau, j'ai nommé le fameux Jumanji. Il sombre après ce succès en prêtant ses "rides du rire" au prequel precog inversé de L’Étrange histoire de Benjamin Button dans le Jack de Coppola, mais se relève avec l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle grâce à Will Hunting avant de définitivement manger la poussière avec Flubber, le biopic américain de Gustave Flaubert, mais aussi avec Docteur Patch et mille autres films où on voit bien que l'acteur y met du cœur, sauf qu'au bout d'un moment ça ne suffit plus pour sauver les meubles.


La fameuse séquence de l'attaque des singes ! On ne s'en rend pas bien compte aujourd'hui mais ça à l'époque c'était le renouveau des effets spéciaux. Même s'il fallait faire un petit effort pour y croire, cf. ci-dessus.

Jumanji a également offert son premier gros rôle à Kirsten Dunst dans le rôle du dé à coudre sur le plateau de jeu. Pour incarner la vieille godasse trouée, un jeune acteur, Bradley Pierce, qui depuis joue encore à Jumanji mais sans caméras autour de lui, seul dans son grenier, matez sa page allociné, y'a de quoi faire déprimer un mort. Feu cet acteur connaît par cœur les règles du jeu de Jumanji, et pour cause puisque comme le personnage principal du film il est coincé dans un monde parallèle en pleine jungle, attendant que quelqu'un daigne jeter le dé et faire un six. Tout comme lui, nous attendons que Joe Johnston ou un autre trimard de base à son image relance les dés et nous ponde le Jumanji 2 que la fin très ouverte de l'original laissait espérer et que nous attendons depuis 17 ans maintenant. Selon google la suite existe bel et bien, réalisée par Jon Favreau, et s'intitule Zathura. Si c'est vrai, quelle idée de changer le nom ?! C'est comme si un type tournait la suite d'Avatar et l'appelait "Gros Bâtard", ou si le deuxième Memento s'intitulait "Agenda". C'est du Favreau dans toute sa splendeur... Bref, pour revenir au film et en dire quand même quelques mots, sachez que si on attendait à ce point une suite c'est qu'on l'avait forcément kiffé au ciné. On ne l'a pas revu depuis l'âge de huit ans mais à l'époque on avait pris un pied terrible. A cette époque où on ne voyait la lumière du jour que deux fois par an et où nos parents nous faisaient crécher dans le grenier, accrochés à un piquet avec une gamelle d'eau pour tout hobby et les côtes du jambon hebdomadaire pour tout amuse-gueule, croyez-nous, on attendait la suite de Yu-man-yee. J'espère qu'on vous a bien fait ressentir à quel point on avait aimé ce film, pas juste parce qu'il était sympa du coup, aussi parce que c'était un peu de lumière.


Jumanji de Joe Johnston avec Robin Williams et Kirsten Dunst (1995)

1 mars 2012

Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne

Il y a un vrai plaisir à regarder ce film et à retrouver quelque chose du Spielberg d'autrefois, celui qui nous amusait tant, armé de son savoir-faire légendaire, de sa sincérité et de sa science du divertissement. Tintin est très plaisant à regarder, le film captive énormément, rappelant à quel point Spielby est décidément doué quand il veut bien, capable même de scotcher quelqu'un comme moi qui suis tout sauf un tintinophile et qui n'ai strictement rien à faire des aventures dessinées de Tintin (j'ai essayé de lire les bandes dessinées plusieurs fois et ce personnage qui décrit tout ce qu'il fait pendant qu'il le fait dans des bulles de six pieds de long pour des cases de deux centimètres sur trois m'a toujours gonflé un maximum). Le film parvient donc à donner du goût pour les personnages d'Hergé, notamment dans l'introduction assez magistrale, avec en vrac la création du héros par Hergé lui-même, puis une sorte d'avatar de Spielberg qui vend la maquette du bateau de la Licorne à Tintin pour lancer le mouvement de l'histoire, et enfin des jeux de miroir et de reflets très ingénieux pour nous dévoiler peu à peu le personnage. Et cela continue avec les allers-retours de Tintin (idéalement "dessiné", à la fois enfant et adulte) entre son appartement et la bibliothèque, qui nous laissent le temps de nous familiariser avec lui, même si Tintin en particulier et les autres protagonistes en général auraient pu être plus étoffés, notamment en ce qui concerne le statut de reporter de Tintin, et même si Spielberg aurait pu nous les rendre plus attachants par davantage de scènes posées, mais le rythme hallucinant de l'ensemble en aurait pâtit. Le film avance à toute allure, à l'image de son très joli générique d'ouverture digne de celui de Catch me if you can, c'en est même impressionnant, et pourtant il parvient à ne jamais nous perdre, nous essouffler ou nous lasser.
  



Spielberg réussit le même genre de gageure en termes d'effets spéciaux : le film ne repose que sur eux et pourtant il ne se résume pas à cela. C'est pourtant très bien fait visuellement (jamais surchargé, à l'image de l'appartement de Tintin justement, d'une sobriété tout-à-fait bienvenue) et d'autant mieux fait que Spielberg a eu la géniale idée de conserver un côté bande-dessiné dans les traits de ses personnages, un léger aspect cartoon, notamment sur la partie la plus casse-gueule : les visages. Tous les personnages ou presque ont une tête légèrement trop grosse et même s'ils sont par ailleurs très finement animés et réalisés leurs attributs faciaux sont assez "faux", tel l'énorme pif de Haddock, impliquant qu'on reste dans la légèreté et qu'on ne cherche jamais à traquer l'expression ratée, comme devant les tristes derniers films du fils spirituel de Spielberg, Robert Zemeckis, que son maître vient d'enterrer six pieds sous terre. Après une tentative plus ou moins semblable à Tintin avec le très moyen Polar Express, Zemeckis nous a malmenés avec ses essais de captation numérique dans le piteux La Légende de Beowulf




Contrairement à son ex-poulain, Spielberg n'est pas dans une quête aussi vaine que stupide de réalisme absolu consistant à recréer numériquement un faux Anthony Hopkins plus vilain que le vrai ou une fausse Angelina Jolie pire actrice que l'originale pour un résultat absolument hideux, qui nous donnait envie de conseiller à Bob Zemeckis de filmer les vraies stars au lieu de s'échiner à très mal les reproduire. A contrario Spielberg réalise un film réellement magnifique, sidérant parfois, que son équilibre entre réalisme numérique et grossièreté cartoonesque préserve de tous ces reproches. Il nous évite aussi de passer le film à nous esbaudir devant la qualité des reproductions, comme devant Avatar par exemple, qui nous en foutait plein la vue afin qu'on oublie de s'attarder sur un scénario faiblard voire médiocre. Spielberg ne semble pas vraiment chercher l'épate à tout prix, en tout cas pas au point d'oublier de faire un vrai film, et néanmoins tout cela est superbement fait, aussi nous arrêtons-nous ponctuellement sur tel ou tel détail bluffant (les vagues à la surface de l'océan, la robe de la Castafiore, les grains de beauté sur les tronches des sbires de Sakharine) sans focaliser là-dessus au détriment du récit, et nous voilà repartis aussi sec et sans avoir décroché dans la fiction excessive et enthousiasmante du film.




La dimension cartoon du film nous fait tout avaler, y compris certaines scènes d'action où les gags sont parfois complètement invraisemblables, improbables, dignes du coyote de Bib-bip s'écrasant dans le canyon pour se relever aussitôt, ce qui permet des péripéties souvent drôles et légères à la fois et aboutit à une sorte d'euphorie du jeu. A noter que malgré cet engouement presque puéril à créer des gags dignes des toons de Qui veut la peau de Roger Rabbit, Spielberg (qui a exprimé quelques regrets concernant ses retouches d'E.T., dont il avait gommé toutes les armes à feu pour les remplacer par des talkie-walkie) filme des fusillades et des morts, dans l'esprit de la bande-dessinée qu'il respecte à la ligne. Que le film aille vers le cartoon enfantin ou qu'il revienne vers la bande-dessinée adulte d'Hergé, tout y est très bien filmé, calmement dans les scènes calmes, avec une grande maîtrise du cadre et des déplacements où l'on retrouve ce bon vieux savoir-faire du cinéaste, et avec folie quand Spielberg se dit qu'il a un truc dans les mains qui lui permet de réaliser quelque chose qu'il ne pourrait pas faire avec un vrai décor et décide de faire un plan séquence de cinq minutes où ça n'arrête pas une seconde, avec à nouveau une grandiloquence de dessin animé très exaltante, le cinéaste semblant s'amuser davantage à tourner dans tous les sens que dans l'affreuse grande scène de course poursuite d'Indiana Jones 4 (autre égarement que Spielberg a regretté publiquement), et faisant preuve d'une joie de s'amuser extrêmement communicative.




Et puis on retrouve quelque chose qui avait quitté Spielberg depuis un certain temps, une sorte d'instinct du cinéma, un sens inné du cadrage, du rythme, de la cadence des dialogues et de l'action, une "musicalité" qui m'a toujours fasciné dans ses films (de Rencontre du troisième type à Jurassic Park en passant par Duel, E.T. et Indiana Jones, mais c'est vrai pour une vingtaine de ses films). Oncle Spielby retrouve enfin ce quelque chose dans l'agencement des mouvements de caméra, des dialogues, des voix (même si en l'occurrence j'ai vu Tintin en VF, très bonne VF soit dit en passant), des sons (et de la musique normalement, dommage que John Williams ne soit plus capable de pondre un thème musical qui reste en mémoire toute une vie, je me demande si c'est une demande de Spielberg ou pas, toujours est-il que sa partition s'accorde quand même bien aux soubresauts permanents du film), une efficacité fascinante qui fait que c'est réussi, assez inoubliable souvent, et que les films possèdent quelque chose de "parfait", même si le mot paraîtra extravagant à certains pour parler de Spielberg. Disons que ce dernier atteint à nouveau une certaine perfection de SON art et que c'est très réjouissant. Est-ce qu'on repensera à ce film plus tard ? Est-ce qu'on le reverra ? Je pense que la réponse est oui, en tout cas en ce qui me concerne. Ce qui est sûr c'est qu'en le découvrant j'ai pris un vrai plaisir, un plaisir très simple devant un film de divertissement efficace, agréable et très bien réalisé, d'un genre de plus en plus rare.


Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne de Steven Spielberg avec Jamie Bell, Andy Serkis, Daniel Craig et Simon Pegg (2011)

15 avril 2011

Le Dernier survivant

Cela faisait longtemps que je voulais voir ce film signé Geoff Murphy dont le pitch m’a toujours intrigué. On y suit les mésaventures d’un pauvre type qui se retrouve seul au monde après une terrible catastrophe. Il existe bon nombre de films de SF post-apocalyptiques aux pitchs similaires, à commencer par les adaptations plus ou moins fidèles de Je suis une légende dont nous avions épinglé la plus tristement connue : celle où un Will Smith plus mégalo que jamais, au point de détourner le sens original du titre de l’œuvre de Richard Matheson, nous laisse admirer ses séances de muscu et se complaît à humer le fumet de ses propres pets. Mais ce genre d’histoire m’attire toujours, allez savoir pourquoi… Cela doit être le fantasme, assez communément partagé, de se retrouver seul sur Terre et de pouvoir ainsi faire tout ce qu'on veut, tout ce qui est d'ordinaire interdit. Évidemment, on pense d’abord à aller dévaliser les rayons du premier supermarché venu, dans le but premier de s’envoyer toutes les bouteilles de Yop disponibles avant que la date de péremption ne soit atteinte. C’est ce que je ferais. Et figurez-vous que c’est aussi la première chose à laquelle pense le héros de ce film, incarné par le sympathique Bruno Lawrence. Nous le voyons donc se régaler de quelques bouteilles de sa boisson lactée préférée, puis pester contre son propre organisme, regrettant de ne pas pouvoir aller physiquement au-delà de 8 litres et d’arriver trop tôt à satiété. Sans parler des nombreux pets huileux occasionnés...


Il ne découvrira jamais la suite des aventures de Marty McFly...

Nous le voyons ensuite se rendre seul au cinéma et se projeter les derniers gros films hollywoodiens qu'il n'a pas encore pu aller voir, faute à un agenda surchargé. L'action se déroulant en 1985, notre héros s’envoie avec enthousiasme le premier Retour vers le Futur. Une fois la séance terminée, il parvient à nous faire beaucoup de peine lorsqu’il se met à réclamer une suite, en hurlant, hystérique et les larmes aux yeux, « Une autre, une autre, encore, enchaîne Bob Zemeckis, enchaîne ! », emporté dans un délire pathétique, celui d’un homme rendu fou par la solitude. Après s’être fait une raison et quelques bouteilles de Yop supplémentaires, nous voyons notre héros investir les plus grandes baraques de sa ville et se fusiller chacune de ses nuits en hésitant entres tous les plumards à sa disposition, allant et venant tel un mort-vivant, bien déterminé à trouver le matelas idéal. Plus triste encore, nous le découvrons sillonner les routes à toute berzingue et se servir d’essence à foison dès qu’une station service se présente à lui, pour finalement changer de bagnole dès qu’une nouvelle lui fait davantage envie, pour répéter le même cirque ad vitam. Sans surprise, nous assistons au spectacle jouissif de cet homme désireux d'essayer toutes les armes à feu disponibles et qui s'entraîne au tir sur des monuments et autres attractions touristiques, détruisant ainsi avec hargne les vestiges d'un monde perdu, d'une époque révolue. Bien entendu, nous avons aussi droit à l’inévitable petite scène comique où le dernier survivant du titre se promène cul nu dans des rues habituellement très fréquentées, collant son zob aux vitrines des grands magasins et arborant fièrement son cobra devant les caméras de surveillance... Bref, rien que du très très normal.


Le regard chafouin d'Alison Routledge, l'actrice d'un seul film...

La première demi-heure du film, pas désagréable à suivre, consiste en cet étalage sympathique de ces petits plaisirs simples et saugrenus auxquels notre pitoyable héros s’adonne dans le vain espoir de noyer son extrême solitude. Le film pose alors la question suivante : que vaut un plaisir lorsqu’il ne peut être partagé ? Pas grand-chose, à l’évidence, puisque le personnage principal finit par croiser le chemin d’une nouvelle survivante (comme quoi, le titre français de ce film n’est vraiment pas malin, et le titre original, The Quiet Earth, fait plus sens). Par chance, cette autre survivante n’est pas véritablement un cageot puisqu'il s’agit d’Alison Routledge, un beau brin de femme aux longs cheveux roux et bouclés, à la mine malicieuse et espiègle, bref, une actrice dotée d'un charme singulier fait pour lentement conquérir le cœur des spectateurs et encore plus rapidement celui du héros. Se forme alors un couple bien décidé à comprendre l’origine de cette fin du monde un peu trop précoce à leur goût. On apprend alors que le héros est plus ou moins impliqué dans ce qu’ils appellent l’Effet, cet accident terrible qui provoqua soudainement la disparition de tous les êtres vivants à la surface du globe !


...voire d'une seule scène. Elle fondera ensuite une célèbre maison d'édition d'ouvrages universitaires.

Le film se met alors à se traîner un peu et il a même eu de plus en plus de mal à retenir mon attention... Si ce n’est lors d’une courte scène a priori anodine et finalement très surprenante dans laquelle l'actrice rousse amène gentiment le petit-déj au pieu de son nouvel amant : elle est habillée en femme de chambre, ou au moins du haut, puisque lorsqu’elle se retourne pour s’en aller de la pièce, on découvre avec plaisir qu’elle ne porte rien en bas, et nous voyons son mignon joufflu s’éloigner timidement. L’actrice joue alors avec les envies du héros, et par la même occasion, les nôtres. Apparemment pas au courant de la teneur exacte de cette scène, l'acteur principal effectue alors un râle viril et un mouvement de stupeur tout à fait naturels. Un chouette moment. Ça, la première demi-heure, et peut-être la toute fin, où l’on nous gratifie d’une image de pure science-fiction assez mémorable. Tout cela fait de The Quiet Earth un curieux petit film de SF ma foi plutôt sympathique.


Le Dernier survivant (The Quiet Earth) de Geoff Murphy avec Bruno Lawrence, Alison Routledge et Pete Smith (1985)