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30 juin 2021

Come True

Faut-il avoir bien peu d'amour propre pour conclure son film de cette façon ? Un mouvement de caméra laborieux qui aboutit misérablement sur l'écran d'un portable posé sur l'abattant d'une cuvette de toilettes... C'est pourtant ça, le dernier plan, le one perfect shot final, de Come True : un portable sur des chiottes. L'affichage du téléphone nous révèle un message sibyllin qui vient parachever le twist ridicule et très lourdement amené de ce tout petit film de genre, SF mêlée d'horreur, à l'allure peut-être clinquante mais en réalité tout juste bon à se faire remarquer par des âmes charitables au milieu des programmations médiocres de festivals de cinéma fantastique. On aurait pourtant aimé s'enthousiasmer pour le deuxième long métrage du canadien Anthony Scott Burns qui, sur le papier, nous propose une plongée dans les tréfonds de nos cauchemars et donc de notre inconscient : on y suit une adolescente en fugue (Julia Sarah Stone, très stone), aux nuits agitées, qui trouve refuge chez une équipe de scientifiques menant des expériences sur le sommeil...



 
Dès l'apparition du titre, qui rappelle le superbe générique d'ouverture d'Halloween III, et pendant les premières minutes, j'y ai cru, très sincèrement. Quand il ne filme pas des teuchios anonymes, Anthony Scott Burns est capable de nous intriguer, de torcher quelques jolis plans, de développer un semblant d'atmosphère. A grands renforts de nappes synthétiques, qu'il a en partie composées lui-même et qui nous rappellent quelques bandes sons bien connues, il cherche visiblement à nous choper, à mettre en place quelque chose, une ambiance. C'est assez facile, en fait, et cela n'accouche jamais de grand chose hélas. On s'accroche en vain à l'esthétique plutôt soignée de l'ensemble, reconnaissant à Anthony Scott Burns, également chef opérateur et monteur, un certain savoir-faire qui fait de son film une œuvre jamais désagréable à la vue et aux oreilles (à condition d'aimer le bleu et les sonorités électroniques). Mais ça ne suffit pas... On relève peut-être du savoir-faire mais l'imagination du cinéaste apparaît défaillante et limitée : son premier long était un remake et celui-ci n'en fera jamais l'objet. Malgré le laisser-passer onirique, il s'enfonce dans un imaginaire somme toute assez dérisoire, évoquant davantage les récents slashers inspirés de meme internet (Slender Man), des clips darks ou autres cinématiques de jeux vidéos horrifiques que les plus belles heures du cinéma fantastique. On se dit que le réalisateur, seul à la barre, aurait peut-être gagné à être accompagné par un pote raisonnable, là pour le recadrer, pour lui tapoter sur l'épaule gentiment et lui dire "tututut, ça, c'est pas la peine". Hélas...



 
Et puis le film s'étire. S'agitent autour d'écrans cathodiques vintages et de concepts fumeux des personnages antipathiques et inintéressants, la palme revenant au nerd en chef incarné par le très fade Landon Liboiron, tandis que le cinéaste multiplie les scènes qui ne servent à rien si ce n'est à dépasser la case "moyen métrage". Dans ce marasme, on relève également les références, les clins d’œil plus ou moins appuyés, glissés là pour flatter le spectateur et lui dire "hey, on aime les mêmes choses". On remarque très bien l'affiche de Terminator placardée dans l'un des bureaux des nerds, on identifie sans souci La Nuit des morts-vivants de Romero que va voir l'héroïne au cinéma, il est vivement conseillé à notre ado rebelle la lecture de Philip K. Dick, "ses concepts vont te retourner le cerveau", et enfin, les personnages se surnomment en référence au Rocky Horror Picture Show, accompagné d'un "t'es une fille brillante de connaître ça". En réalité, on pense surtout à un simili Drive, avec ce romantisme urbain maniéré, toujours épaulé d'une musique électronique, signée Electric Youth, déjà présent sur la tracklist du film de Nicolas Winding Refn (je ne suis pas un hater de Drive, mais ce rapprochement n'est ici pas un compliment, tant il convoque surtout une certaine vacuité et un esthétisme facile commun aux deux titres). Le scénario de Come True avance, tout doucement, sans l'assurance flippante d'un somnambule, mais avec la gaucherie d'un ado mal réveillé, mal luné. Il nous perd donc en cours de route, avant de finir droit dans le mur, avec une révélation qui finit de nous convaincre de la vacuité terrible de l'ensemble. Un smartphone sur l'abattant des WC, c'est donc ce qui nous attend à la toute fin des très longues 105 minutes que dure Come True, une bien triste récompense pour tous les curieux encore à la recherche des dernières pépites du cinéma de genre. 
 
 
Come True (Bad Dreams) d'Anthony Scott Burns avec Julia Sarah Stone et Landon Liboiron (2020)

1 décembre 2020

Calm with horses

Calm with horses est la confirmation des débuts très encourageants de Nick Rowland derrière la caméra, lui qui avait déjà signé auparavant des courts métrages assez remarquables (visibles sur sa page Vimeo). Ce film de gangsters irlandais nous empoigne dès ses premières images par son ambiance forte et son style soigné, plein d'assurance, bien nourri par les nappes sonores électroniques de Blanck Mass. Pour son premier long, Nick Rowland a choisi d'adapter une nouvelle signée Colin Barrett et, à la vue de son film et sans en avoir lu une seule ligne, on est convaincu qu'il a dû savoir en capturer l'essence ou en tout cas en exploiter parfaitement le potentiel. Calm with horses s'ouvre par quelques mots prononcés en off par son personnage principal, Douglas, alias Arm, un ex-boxeur devenu homme de main pour la famille de truands qui tient la région. C'est lui que l'on envoie foutre des roustes pour régler quelques problèmes et faire le sale boulot. Il est un peu simple et c'est là une façon comme une autre de se servir de ses muscles, alors il s'exécute, machinalement. Jusqu'au jour où on lui demande carrément d'évincer un pauvre type... Ça, il ne peut pas, il n'y arrive pas, car, au fond, Douglas n'est pas un mauvais bougre, loin de là, il préfèrerait se remettre dans le droit chemin, se rabibocher avec son ex et pouvoir s'occuper de leur gamin.





Calm with horses nous plonge en douceur dans l'Irlande profonde et rurale, avec ces reliefs verts et boisés, ces villages un peu crados, ces quelques maisons isolées et ces barres d'immeubles curieusement paumées là, vétustes, giflées par une petite bruine permanente et écrasées par des nuages gris massifs, omniprésents. Malgré ce décor a priori plombant, Nick Rowland ne tombe pas dans la grisaille facile et n'en fait pas des caisses sur la misère qui frapperait les lieux et ses habitants, on sent plutôt qu'il doit aimer la région : les paysages sont magnifiques et les bâtisses joliment filmées. Également habile quand il s'agit de filmer la tension et l'action, avec notamment une courte poursuite en voiture aussi simple qu'efficace, Rowland réussit aussi à dresser une petite galerie de gangsters très crédibles, aux tronches plus ou moins ravagées par l'alcool ou autres drogues. Sans en faire trop, en quelques coups de pinceaux, il nous fait croire en ces types-là et peut s'appuyer sur des acteurs au diapason. Déjà croisé dans Dunkerque et La Mise à mort du cerf sacré, Barry Keoghan propose de nouveau une prestation intéressante, très nuancée. Il campe ici le petit frère du personnage principal, plus mauvais et retors, c'est lui qui le mène par le bout du nez et lui fait commettre des saloperies.





Surtout, le réalisateur britannique parvient très vite à nous rendre intéressant son personnage principal, dès ses premiers mots, que l'on imagine directement empruntés à l'auteur de la nouvelle, où notre homme s'interroge sur l'origine de sa violence. "I can hurt people but there's no hate in any of it now. Don't go thinking all violence is the work of hateful men. Sometimes... it's just the way a fella makes sense of his world." Par sa trajectoire narrative et sa façon de nous lier si fermement au destin d'un pauv' type que l'on aimerait malgré tout voir s'en sortir, s'affranchir pour de bon de son milieu dominé par des gangsters camés, Calm with horses peut rappeler le deuxième volet, le plus réussi, de la trilogie Pusher de Nicolas Winding Refn. Et si ce film acte la naissance d'un réalisateur doué, il est aussi la révélation d'un acteur étonnant, comme Pusher II révélait Mads Mikkelsen, un acteur à la tronche fascinante déjà entraperçue dans Lady Macbeth, le dénommé Cosmo Jarvis. Il impressionne par son allure totalement crédible pour ce rôle : une carrure très large, un intimidant bloc de force brute, et un visage insaisissable, légèrement dissymétrique. Il est tour à tour très beau et disgracieux, dans tous les cas charismatique, et même magnétique pourrait-on quasiment dire, tant l'acteur dégage quelque chose de spécial, parfaitement saisie par le cinéaste. Les dernières minutes sont entièrement consacrées à ce visage tourmentée et en souffrance, centre de gravité d'un premier film réussi qui constitue une belle promesse pour l'avenir, porté par un acteur et un réalisateur dont on garde les noms dans un coin de la tête. 
 
 
Calm with horses de Nick Rowland avec Cosmo Jarvis et Barry Keoghan (2020)

25 janvier 2020

Wildlife - Une saison ardente

Wildlife est le premier film derrière la caméra de Paul Dano, si l'on met de côté tous ceux auxquels il n'a pas participé mais pendant les tournages desquels il se situait physiquement derrière le champ couvert par l'objectif. Pour sa première réalisation en tant que réalisateur, l'acteur de 34 ans s'attaque à une adaptation de l'écrivain Richard Ford : le récit d'une dislocation familiale dans le Montana des sixties, vue à travers les yeux d'un ado (Ed Oxenbould) amené à grandir d'un seul coup en observant ses parents se défaire (Jake Gyllenhaal et Carey Mulligan). Après avoir perdu son job, le papa s'en va combattre le feu pour gagner quelques dollars tandis que la maman essaie de s'en sortir en solo, quitte à se résoudre à séduire un vieux type répugnant mais plein aux as...




Paul Dano nous raconte tout ça en prenant son temps, en s'appliquant autant qu'il peut, et en laissant une belle place à ses trois personnages, campés par des acteurs animés du même souci de bien faire. Le tout donne quelque chose de pas désagréable, certes, mais qui manque clairement d'un peu de vie, de souffle. La mise en scène de Paul Dano est très soignée, mais peut-être trop, coincée dans une volonté de joliment faire qui laisse peu de place à l'inattendu. Vraisemblablement désireux de rappeler les fameuses toiles d'Edward Hopper, le jeune cinéaste nous propose toutefois quelques images agréables à la vue. En outre, on peut aussi saluer l'attention qu'il porte aux regards, aux interactions invisibles entre ses acteurs. C'est par là que passe l'essentiel de ce qui se joue entre eux, notamment entre le père et son fils, une relation délicatement dépeinte, qui échappe aux stéréotypes redoutés. Il y a une douceur plaisante et palpable entre les deux êtres. Mais si Jake Gyllenhaal et Ed Oxenbould (une drôle de tronche un peu lunaire, déjà croisée chez Shyamalan dans The Visit) font le taff, il y en a une qui brille tout particulièrement : la maman, Carey Mulligan.




Il y a presque dix ans (ça ne me rajeunit pas), je vous en faisais l'éloge pour son charme mutin et son jeu au poil dans le pourtant médiocre Never Let Me Go. Je prédisais un bel avenir à cette actrice désormais âgée de 34 ans et qui a, depuis, fait des choix plutôt honorables si on la compare à ses semblables : elle n'est jamais apparue dans des blockbusters merdiques, préférant tourner pour des cinéastes plus ou moins appréciés par ici (les frères Coen, NWR, Steve McQueen, Thomas Vinterberg, Baz Lhurmann...), n'atteignant pas cependant le niveau de reconnaissance que l'on pouvait imaginer. Elle est le grand atout de Wildlife, son principal intérêt, celle qui parvient justement à animer un brin les images trop léchées de son réalisateur. Quelques jours après avoir vu Wildlife, on se souvient de son personnage et non du film à proprement parler. D'un physique changeant, pouvant tour à tour se montrer fragile ou supérieure, d'une beauté intimidante ou d'une mesquinerie la rendant disgracieuse, elle focalise l'attention du spectateur en quête d'énergie tout au long de ce récit pas désagréable mais trop atone. Carey Mulligan est un plaisir à voir évoluer là-dedans, elle est la grande attraction d'un premier film avec lequel nous ferons, grâce à elle, preuve d'indulgence. 


Wildlife - Une saison ardente de Paul Dano avec Carey Mulligan, Ed Oxenbould et Jake Gyllenhaal (2018)

16 avril 2019

La Colère d'un homme patient

Voici donc l'un des derniers lauréats du Goya du Meilleur Film, l'équivalent pour l'Espagne des Oscar et autres César. Des récompenses qui ne signifient donc pas grand chose et ce n'est malheureusement pas le premier long métrage de Raúl Arévalo, primé en 2017, qui va nous faire changer d'avis. La Colère d'un Homme Patient n'est pas un mauvais film en soi, mais s'il s'agit bel et bien de ce qui est sorti de mieux, de l'autre côté des Pyrénées, cette année-là, alors le cinéma espagnol doit traverser une période bien sombre de son histoire. Mais revenons à nos moutons et à cet homme si patient et colérique... Le scénario à la fois simple et tordu de Raúl Arévalo avait le potentiel pour donner lieu à un très solide thriller, à une sorte de western contemporain sec et efficace. Hélas, trop d'emphase, trop de petites manières inutiles, font de ce film tout de même captivant un objet assez prétentieux et lourd, qui paraît péter plus haut que son cul et échoue à emporter réellement l'adhésion. Le titre "la colère d'un homme patient" doit être traduit par "la vengeance est un plat qui se mange froid", super froid : huit ans d'attente. Pour faire court, un homme attend la sortie de prison d'un autre pour mettre la main sur la bande qui a tué sa femme et son beau-père lors d'un banal braquage. L'homme du titre s'immisce patiemment dans l'entourage du prisonnier durant son absence, séduit sa femme et devient un habitué du bar de son frère, puis l'attend sagement à la sortie de taule pour l'embarquer dans une cavale meurtrière à travers l'Espagne, à la recherche de ses complices.




Raúl Arévalo semble s'affairer, dans la première et trop longue partie de son film (pourtant court, 90 minutes au compteur), à dissimuler la simplicité de son scénario, à le rendre vainement opaque. On a donc droit à 20 premières minutes d'exposition pénibles où il faut faire preuve de presque autant de patience que le personnage principal. Le film est découpé en petits chapitres aux titres minimalistes "Le Bar / Ana, etc", et se pare d'un voile de mystère tout à fait superflu. Quand la cavale commence enfin, on reprend un peu flot, et certaines scènes s'avèrent assez haletantes. La violence, filmée sans complaisance et généralement tenue hors champ, est toute intériorisée, elle semble suinter de chaque homme, toujours menaçante, nourrissant une ambiance très lourde. Peut-être influencé par NWR et sa trilogie Pusher, Raúl Arévalo choisit un style très réaliste, il colle aux dos de son acteur, pour nous placer au plus près de ses agissements. Devant la caméra, Antonio de la Torre est irréprochable, tout en souffrance et en rage contenues. Quand le scénario a fini de révéler ses maigres secrets, avec un twist pas bête pour conclure, on en vient à regretter que Raúl Arévalo n'ait pas choisi une façon plus humble de le tourner. Il serait alors peut-être passé à côté des récompenses en carton mais il aurait sans doute gagné notre estime et ceux des amateurs de films de genre.


La Colère d'un homme patient de Raúl Arévalo avec Antonio de la Torre, Ruth Diaz et Luis Callejo (2017)

9 janvier 2018

Brawl in Cell Block 99

C'est peu de dire que l'on attendait avec impatience le nouveau film de S. Craig Zahler, lui qui avait déjà laissé entrevoir de si belles et précieuses qualités dans son premier long-métrage, le western horrifique Bone Tomahawk. Le cinéaste, dont l'ambition n'est visiblement pas de plaire à tout le monde, persévère dans le cinéma de genre : il signe avec Brawl in Cell Block 99 un film de prison particulièrement violent et âpre, en s'affirmant même encore davantage dans la série b (rien de péjoratif ici), louchant du côté du cinéma d'exploitation des années 70 et donnant presque à son dernier bébé des allures de film "grindhouse" pleinement assumées. Brawl in Cell Block 99 nous propose d'assister à la descente aux enfers d'un personnage impressionnant et impassible campé par un Vince Vaughn que l'on avait tout simplement jamais vu comme ça. L'acteur, capable d'évoluer dans tous les registres, incarne ici Bradley Thomas, un grand costaud au crâne rasé et tatoué d'un énorme crucifix, fier d'arborer un drapeau américain devant sa porte.





Si vous comptez voir le film, vous pouvez peut-être zapper ce paragraphe, mon bref résumé de l'intrigue. S. Craig Zahler prend encore une fois son temps pour développer son scénario et dévoiler ses cartes ; j'ai découvert le film en n'en sachant rien et c'était d'autant plus appréciable ! Première scène : Bradley Thomas (Vince Vaughn donc) se fait licencier puis apprend, en rentrant chez lui, que sa femme (Jennifer Carpenter) voit quelqu'un d'autre. Malgré cela, le couple décide de se donner une deuxième chance en essayant de nouveau d'avoir un enfant, tandis que Bradley gagnera sa vie en transportant de la drogue pour son pote Gil (Marc Blucas). 18 mois plus tard : Bradley est devenu un homme de confiance pour transférer la came et vit dans une belle et grande maison avec sa femme qui est à 3 mois d'accoucher. Hélas, suite à un transfert de drogue qui a mal tourné (excellent passage à la tension palpable), il se retrouve en prison moyenne sécurité (vous saisirez la nuance...). Une fois incarcéré, un mystérieux visiteur (Udo Kier) apprend à Bradley que sa femme est menacée et celui-ci n'a d'autre choix que de provoquer son transfert en prison haute sécurité pour mettre la main sur un autre détenu afin de sauver sa famille.





Âmes sensibles, s'abstenir ! Le nouveau film de Craig S. Zahler est particulièrement tendu, proposant même quelques éclats visuels d'une violence sans concession dans sa dernière partie, tout à fait à l'image de son précédent long métrage, Bone Tomahawk, qui, après une lente et longue construction, nous proposait une conclusion brutale et gore. Ces images choc, ces détails sordides, participent ici à l'espère d'humour très particulier du film, présent tout le long. Dès les premières minutes, une tension sourde suinte de l'écran, parfaitement véhiculée par le colosse Vince Vaughn qui met ici toute sa carrure (il mesure près de 2 mètres et là, ça se voit !), sa présence physique, au profit d'un personnage calme, à la rage contenue, mais que l'on sent susceptible d'exploser à tout moment. A l'image, S. Craig Zahler choisit de donner un teint bleu-gris à ses scènes d'extérieur de jour, un choix a priori discutable mais efficace puisque l'on a d'emblée une sensation d'enfermement, augurant de l'avenir tout tracé du personnage principal. On suit Vince Vaughn de très près et quand Zahler le filme de dos, on repense inévitablement à Mads Mikkelsen dans l'excellent deuxième volet de la trilogie Pusher de Nicolas Winding Refn, dans lequel l'acteur danois avait également la boule à zéro avec un tatouage, "RESPECT", plutôt ironique là aussi, gravé à l'arrière du crâne. Clin d’œil volontaire ou non, on ne peut pas trop l'affirmer, une chose est sûre : les deux films déploient une intensité similaire et ne dévient jamais de leur sombre ligne, dressant le destin d'un homme irrémédiablement poussé dans les ténèbres (avec une issue bien plus heureuse chez NWR).





L'ambiance à couper au couteau de Brawl in Cell Block 99 est donc particulièrement lourde et réussie. S. Craig Zahler atteste des mêmes qualités que dans l'excellent Bone Tomahawk. Il y a là un talent rare pour faire exister des personnages, pour écrire des dialogues soignés (je pense notamment à l'interrogation policière avant la première incarcération, avec nombre de répliques bien trouvées, parfois même trop écrites et préparées), pour prendre son temps à développer et construire patiemment son film afin de mieux préparer aux scènes marquantes. Le réalisateur gère en effet parfaitement ses temps forts et ses moments plus tranquilles. Il se révèle un cinéaste d'action hors pair, filmant étonnamment bien les bagarres, à des années lumière du pénible surdécoupage en vogue dans la plupart des productions actuelles. Chez lui, la violence est sèche, brutale et expéditive. Ces scènes, toujours très lisibles, diffusent une adrénaline contagieuse et nous cramponnent à nos fauteuils. Vince Vaughn, très intimidant, y est d'une efficacité redoutable. On ne sait pas s'il a fallu beaucoup d'entraînement à l'acteur mais le résultat à l'écran est bluffant, fluide et naturel. On a mal pour ceux qui croisent sa route, les bruitages de membres fracturés sont d'ailleurs éprouvants (on se souvient qu'un soin particulier avait également été apporté à la bande son glaçante de Bone Tomahawk). Notons aussi que le casting nous propose quelques agréables surprises, avec deux tronches bien connues que l'on est contents de revoir : Don Johnson, parfait en directeur de prison à poigne, le cigare au bec, et le revenant Udo Kier, glacial dans un rôle indiqué au générique comme celui du "placid man" qui lui va évidemment comme un gant.





Dès lors que Vince Vaughn met les pieds dans sa première prison, nous nous sentons coincés avec lui pour sept longues années de taule. A travers quelques petits détails bien choisis, Zahler semble nous décrire de façon réaliste l'univers carcéral jusqu'à ce que son film prenne une tournure "bis" plus franche quand le personnage débarque à Redleaf, la prison haute sécurité réservée aux plus dangereux détenus. Le film, qui se tenait jusque-là très bien, délaisse alors un peu en cohérence (nous avons un peu plus de mal à y croire) ce qu'il gagne en termes de sensations fortes. En quelque sorte, Zahler paraît abandonner le réalisme et l'ambiance pour l'action et l'effroi, insistant sur le calvaire de son personnage et montant la violence de quelques crans. Brawl in Cell Block 99 s'effiloche encore un chouïa dans sa conclusion, quand bien même celle-ci nous scotche encore plus à notre fauteuil, à l'image de Bone Tomahawk, qui faiblissait quelque peu sur sa fin. Il est d'ailleurs amusant de constater à quel point les deux films se ressemblent, nous proposent un parcours similaire, sans pour autant donner l'impression de se répéter.





Au bout du compte, même si le film a de menus défauts et s'effrite quelque peu dans son dernier tiers, on ne peut que saluer de nouveau le travail d'orfèvre de S. Craig Zahler, qui nous a une fois de plus mis au tapis et confirme tous les espoirs placés en lui. Nul doute que l'on tient là l'un des films les plus terribles de l'année passée, "terrible" dans tous les sens du terme : on en ressort assez secoué, sous le choc, chancelant. L'artiste multi-facettes qu'est Zahler (il a écrit quelques polars, dont certains sont parus chez Gallmeister, et il est un musicien confirmé qui a composé lui-même les excellents morceaux qui constituent la BO du film) est actuellement en train de finir de mettre en boîte son prochain film, Dragged Across Concrete, dont il a bien sûr signé le scénario. Un nouveau thriller où Vince Vaughn partagera l'affiche avec nul autre que Mel Gibson. Connaissant le potentiel colérique de la star sur le retour, on a vraiment HÂTE de voir le résultat ! En attendant, S. Craig Zahler entre définitivement dans mon panthéon personnel. Il l'ignore mais il a un pied-à-terre assuré dans un joli coin du Sud de la France...


Brawl in Cell Block 99 (Section 99) de S. Craig Zahler avec Vince Vaughn, Jennifer Carpenter, Don Johnson, Udo Kier et Marc Blucas (2017)

5 janvier 2018

Tangerine

Alors que The Florida Project vient de sortir sur nos écrans, accompagné d'une très bonne presse, il était temps de s'intéresser au précédent long métrage du cinéaste américain Sean Baker : Tangerine. Réalisé en 2015 et couronné d'un prix au festival de Deauville la même année, Tangerine nous narre les mésaventures de deux amies prostituées transgenres lors d'une journée de Noël particulièrement mouvementée dans les longues rues ensoleillées de Los Angeles. Sin-Dee Rella (Kitana Kiki Rodriguez) vient de sortir d'un mois passé en taule et retrouve son amie Alexandra (Mya Taylor). Celle-ci lui apprend accidentellement que son petit-ami, le proxénète Chester, l'a trompée avec une autre pendant son absence. Remontée comme une pendule, Sin-Dee décide alors de mettre la main sur la coupable et de régler ses comptes avec Chester.





Le style du film pourra peut-être en rebuter certains d'entrée de jeu. Sean Baker installe immédiatement un rythme soutenu et filme au plus près de ses personnages, avec une caméra très mobile embarquée dans les rues de Los Angeles à l'allure de ses personnages. Tangerine a la particularité d'avoir été tourné à l'aide de trois iPhone 5s, c'est d'ailleurs surtout pour cette raison que l'on parlait du film à sa sortie. Pourtant, Sean Baker dépasse totalement cette sorte de pari technique, qui donne en outre un résultat très intéressant à l'écran. Contrairement à ce que l'on aurait pu craindre, sa mise en scène est très fluide et ne tombe jamais dans les affres d'une réalisation désireuse de développer une tension en multipliant les mouvements inutiles, saccadés et tremblotants. On pourrait d'ailleurs pratiquement ignorer que le film a été tourné avec des iPhones, quand bien même cela donne à Tangerine une couleur et une lumière assez uniques.





Et peu importe le matériel utilisé tant que le regard porté sur les personnages est si juste. Ce qui séduit dans Tangerine est en effet la façon qu'a Sean Baker de nous montrer ces deux prostituées : leur belle et véritable amitié, leurs émotions en dents de scie et leur environnement un brin craignos... A ce propos, rares sont les films qui nous donnent autant l'impression d'être plongé dans la réalité de la ville de Los Angeles et d'avoir bel et bien arpenté ses rues en long et en large. On est frappé par l'authenticité et la fraîcheur qui se dégagent de cette œuvre vierge de toute condescendance et de complaisance mal placées. Sean Baker filme à la bonne hauteur, à la bonne distance, et ne juge à aucun moment ses personnages, incarnés par des acteurs étonnants. Sa mise en scène et sa posture rappellent en cela celles adoptées par Nicolas Winding Refn quand il nous immergeait en plein Copenhague interlope dans sa brillante trilogie Pusher.





Nous suivons également la journée d'un conducteur de taxi arménien, sincèrement épris de l'une des prostituées, et cet homme, si humain et crédible dans son errance sexuelle et ses déboires familiaux, nous est rendu presque attachant. Le film de Baker, dont les 88 petites minutes passent à toute vitesse, atteint son apogée dans sa conclusion, lorsque tous les personnages se retrouvent au Donut Time, le repaire du proxénète. Là encore, le cinéaste a le talent de ne pas en faire trop, de rester dans cet équilibre précieux jusqu'au bout, avec un humour très appréciable. On ressort de là assez touché par cette histoire, en ayant hâte de découvrir le film suivant de Sean Baker, nouveau nom à suivre du cinéma indé américain. 


Tangerine de Sean Baker avec Kitana Kiki Rodriguez, Mya Taylor, James Ransone, Mickey O'Hagan  et Karren Karagulian (2015)

17 octobre 2017

Detroit

Depuis plus de 10 ans maintenant, Kathy Bigelow filme avec une acuité sans pareille et sans commune mesure tous les plus grands événements qui ont façonné notre société actuelle. Avec son dernier bébé, laconiquement prénommé Detroit, la réalisatrice-scénariste et productrice s'impose, de façon autoritaire et autonome, comme la plus fine observatrice de la géopolitique de son propre pays. Elle fait partie, avec NWR et Damian Chapelle, des cinéaste-clés pour comprendre le monde d'aujourd'hui et donc celui de demain.

Cinq longues années après la sortie surprenante de son chef d'oeuvre Zero Dark Thirsty qui revenait sur une arrestation significative et terriblement d'actualité, cela serait un beau pléonasme d'affirmer, bras dessus bras dessous, que le nouveau long métrage de la cinéaste originaire de San Carlos (Californie) était attendu au tournant. A l'heure des fake news et de l'infostanée, la réalisatrice a mis pas moins de cinq printemps à modeler un projet qu'elle mûrissait en secret depuis longue date. Précisons aussi que le développement hell n'a pas été facilité par l'administration Trump : on peut déjà parier que le énième Président des Etats-Unis ne manquera pas d'adresser un tweet assassin (et sexiste) à l'auteure lors de l'avant-première du film au Texas. On s'en réjouit d'avance... Mais nous nous concentrerons ici plutôt sur le volet cinéma de l'oeuvre, notre objet d'étude sur ce site spécialisé. 




Quand Zero Dark Thirsty levait le voile sur les méthodes de la marine américaine pour mener à bien une arrestation de nuit sur un terrain étranger (caméra infrarouge, casque renforcé, chaussures de marche, binoculaires haute précision, talkie-walkie longue portée, abnégation, reconnaissance du terrain vague, travail d'équipe), Détroit choisit de nous narrer des affrontements de rue lambda dans la jungle d'une mégapole urbaine et s'intéresse aux tentatives de coercitions engagées par les forces de l'ordre. Mais K-19 Bigelow, alias "the Special K", que nous avons eu la chance d'interviewer durant les premiers jours du tournage (en 2012, aux heures dorées de ce blog, loin, bien loin de nos aléas financiers actuels), nous a affirmé - en français dans le texte - n'être au courant de rien : si son film partage des similitudes avec des événements réels s'étant produits dans le Midwest des Etats-Unis, ça n'était pas dans ses intentions initiales. C'est sur le tournage que le film a véritablement pris forme et s'est peu à peu transformé en une chronique poignante et sans concession d'une bien triste page de l'histoire nord-américaine. Un drame social complexe, dont on découvre, stupéfait, tous les tenants et aboutissants. La cinéaste et scénariste, qui vit le jour en autarcie, loin de la capitale du Michigan et bien longtemps après les faits, s'est progressivement rendu compte qu'elle était la mieux placée pour nous livrer un récit objectif et sans bavure - si on peut se permettre - de ces événements terribles qui marquèrent le monde entier. Après vision sur grand écran du résultat, nous ne trouvons qu'une seule chose à dire : yes she can's... 




En 1967, toutes les caméras internationales étaient braquées sur la ville reine de l'industrie automobile et c'est avec une délicatesse quasi féline que Kathryn Bigelow s'est immiscée par un trou de souris, l'air de rien et presque par hasard, au cœur du conflit, pour mieux nous le dépeindre à chaud, près de 50 ans après les faits. Big Bigelow interroge a posteriori le passé pour mieux réinventer le futur. Il faut en effet avoir vécu dans une bulle pour ne pas savoir que les émeutes de Détroit sont plus que jamais d'actualité et résonnent tristement dans notre quotidien, à l'heure où les exactions policières font hélas la une de tous les journaux. Le film de Bigelow apparaît comme un véritable coup de balai dans la fourmilière... Elle semble s'étonner à chaque instant de son propre talent, et nous avec elle. Elle s'impose pourtant comme le plus grand homme politique du moment. Oui, vous avez bien lu : "homme", mais avec un grand F... Son film est à la fois le travail passionné d'un reporter aux aguets et l'oeuvre survoltée d'une d'artiste surdouée. Henri Cartier-Bresson meets Pabulo Picasso dans les ruelles étroites et bouillonnantes de la ville tentaculaire de la côte Ouest. Nous n'en sommes pas ressortis indemnes... 




Tel le détroit de Gilbraltar, Détroit de Bigelow décide de nous montrer la partie immergée (ou émergée, selon de quel côté de l'Atlantique on se trouve) de cet iceberg à la dérive qu'est la société américaine. Face à un spectacle si désolant, nous sommes tout simplement sur notre séant et ce pendant 2h30 (280 minutes). À la fin de la séance, on se demande si ça n'est pas la première fois que l'on est aussi longtemps resté assis. Il est utile de préciser que notre salle de projection privée dispose d'un distributeur automatique de M&M's et d'un micro-ondes, il n'est donc pas rare que nous nous levions en cours de séance pour satisfaire des besoins bien naturels. Si le très long métrage de la réalisatrice de Démineurs nous donne de nouveau envie de se révolter face aux injustices, il n'oublie pas toutefois de nous faire rire (je repense ici à cette scène déjà culte où le lieutenant en charge des opérations demande les clés du véhicule à son collègue alors qu'il les a dans la poche de son propre pantalon). Bigelow filme avec une caméra, sans se soucier de ce qu'il y a derrière elle, en ne s'intéressant qu'à ce qu'il y a devant.




Le charme de K8, unanimement reconnue comme une très belle femme dans les corridors d'Hollywood, et bien qu'elle soit toujours située derrière l'objectif, suinte littéralement à l'écran. Des anachronismes étonnants (on relève la présence de smartphones, de smartbox, de smarties, de smarts) parasitent le film, comme pour mieux nous rappeler que ces émeutes pourraient encore survenir à tout moment. A la manière de Sofia Coppola dans Marie-Antoinette, Détroit nous met ainsi face à nos contradictions, dans une position loin d'être tout à fait confortable. Il nous montre une époque que l'on croyait révolue pour mieux nous en faire douter. Il nous rappelle de rester vigilant afin que des accidents d'un tel genre ne puissent pas se reproduire. Un double effet kiss cool que John Woo n'aurait pas renié... Bigelow, qui a autorisé ses acteurs à l'appeler Totoro-san pendant le tournage, a encore choisi un casting d'exception fait d'inconnus et de grands brûlés. On applaudit la démarche. Le résultat est une véritable réussite quand on sait que certains acteurs étaient souffrants pendant le tournage (on remercie le tweetos @HerbeDeBison pour cet éclairage sur notre fil twitter), certains n'ayant pas survécu aux directives de leur patronne. 




Si le chômage a augmenté de 1% en juillet, l'activité de Bigorneau n'a, quant à elle, guère cessé, bien au contraire. La promotion du film bat son plein et l'auteure en est la chef d'orchestre en sous-sol. Malgré ce que le titre équivoque laisse à penser, et d'après une stratégie bien rodée par les Star Wars, c'est bien le premier film d'une trilogie antéchronologique que nous propose Katherine Bigelow. Une saga qui, à coup sûr, marquera nos rétines à tout jamais et nous attendons les quatre prochains volets de pied ferme. L'ancienne concubine de James Cameron est aujourd'hui sur tous les fronts, poing levé, afin de faire passer son message, celui-là même que son film véhicule avec force et fracas, sans oublier de nous divertir. N'y allons pas par quatre chemins : Détroit est un film qui vous laissera KO, chancelant, à l'agonie sur votre fauteuil, après avoir reçu un coup fatal en plein cœur, sur la tempe. La gueule écumante de bave, l'estomac plein jusqu'aux pieds, l’œil au beurre noir, on en redemande. Katherine Bigelow a su réaliser un film coup de pied - caméra au poing - dans la ruche fourmillante de la cité du Midwest. C'est du cinéma qui nous prend aux tripes sans manquer de nous amuser et de mettre nos neurones en ébullition. En d'autres termes : du très très grand cinéma. Bigelow, dont le dernier mail nous informe qu'elle n'a pas obtenu le final cut, se dit tout de même "assez satisfaite" ("quite disatisfied") du travail accompli. "Rendez vous à la Mostra de Berlin" nous dit-elle en guise d'adieu. La Palme l'y attend bien au chaud... Ce détroit s'impose comme un nouveau sommet (sic !) de cinéma en plein air.


Detroit de Kathryn Bigelow avec John Boyega, Jack Reynor, Will Poulter et John Krasinski (2017)

8 janvier 2017

Bilan 2016





http://ilaose.blogspot.fr/2016/03/un-jour-avec-un-jour-sans.html
1. Un jour avec, un jour sans de Hong Sang-Soo


2. Toni Erdmann de Maren Ade


http://ilaose.blogspot.fr/2016/03/bone-tomahawk.html
3. Bone Tomahawk de S. Craig Zahler


4. L'avenir de Mia Hansen-Love


5. Rester vertical d'Alain Guiraudie


http://ilaose.blogspot.fr/2016/12/personal-shopper.html
6. Personal Shopper d'Olivier Assayas


7. The Assassin de Hou Hsiao-Hsien


 8. Carol de Todd Haynes


9. The Neon Demon de Nicolas Winding Refn


10. Victoria de Justine Triet


11. Julieta de Pedro Almodovar


12. La Loi de la jungle d'Antonin Peretjatko


13. The Strangers de Na Hong-jin


http://ilaose.blogspot.fr/2017/05/paterson.html
14. Paterson de Jim Jarmusch


http://ilaose.blogspot.fr/2017/01/in-valley-of-violence.html
15. In a Valley of Violence de Ti West


On était à la bourre sur 2015, mais on est à fond sur 2016 (19 films de 2016 critiqués sur le blog à ce jour, record de la blogosphère !). On a vu de nombreux longs métrages cette année (d'où le peu de critiques, on était souvent en salles...), et on veut aider notre prochain. On sait trop ce que c'est de passer les fêtes de fin d'année entre deux téléviseurs pour rattraper le retard et boucler un top d'au moins 10 titres onze mois plus tard. Que dire de ce bilan (outre la giga surprise de cul de classement) ? Nous n'avons eu aucun mal cette année à dresser un top satisfaisant pour l'un comme pour l'autre, chacun a pu placer ses pépites sans démoraliser l'autre (ou preeeeeesque), et en fion de classement on a juste mis un film qu'on a vu tous les deux... un film qui tombait à pic pour éjecter Elle, poids-lourd de l'année qui n'a pas du tout fait l'unanimité au sein de la rédac' (aucun de nous n'est maso, contrairement à Elle, le personnage éponyme, et pourtant nous avons échangé pas mal de coups et de blessures à propos de ce film). Vous retrouvez dans le trio de tête Bone Tomahawk, qui est là pour dégoûter tous les Quentin Tarantino et compagnie, pour leur rappeler qu'avec un peu d'humilité (trois chevaux, un mec qui boîte et un bone tomahawk), on peut encore réaliser un western qui tienne la route et qui sente la poussière. A ce titre, on peut peut-être saluer Claude Lelouch (c'est rare dans nos pages, première fois ever, et dernière), qui était président du jury à Gérardmer et qui a su distinguer le grain de l'ivraie en couronnant le film de ce cher Bone Tomahawk (un réalisateur à suivre), le préférant à The Witch, film d'horreur indé couvert d'éloges réalisé par un petit faiseur hipster qui méritait qu'on le renvoie à son brouillon. Au top de ce top, une excellente soirée pour l'autre, un grand film pour l'un, venu de Corée et signé du sosie officiel de l'un d'entre nous. A part ça, d'autres bons films. Et puis il y a des absents, par exemple Homeland et Le Bois dont les rêves sont faits, que nous n'avons pas vus et qui n'ont pas leur place ici puisqu'il s'agit de mockumentaires, de même que nous n'avons pas cité Stranger Things ou Ma Loute, qui sont des séries télévisées et n'ont donc rien à foutre dans un top ciné. Nous ne pouvons pas tout voir, n'ayant que 4 yeux. Nous sommes aussi passés à côté d'Aquarius et de Toni Erdmann, le film tant acclamé de Maren Ade, que l'on a quand même mis en 2, pour la crédibilité du classement (même si du coup on vient d'annihiler toutes nos chances à ce niveau-là).