29 juillet 2011

Face nord

Après la mer, retour à la montagne ! Face nord (que vous trouverez parfois sous le titre Duel au sommet) est basé sur une histoire vraie à laquelle ce film semble tenir coûte que coûte à rester très fidèle. En 1936, le Eiger est l'un des rares sommets des Alpes à encore poser des problèmes aux alpinistes les plus chevronnés, en tout cas en ce qui concerne son ascension par sa face nord, la plus abrupte, celle qui propose un à-pic de près de 2km (rendez-vous compte !). Pour marquer le coup, le régime nazi se fixe pour objectif de réussir à gravir cette montagne avant l'ouverture des fameux JO de Berlin, pour pouvoir ensuite s'en vanter et prouver la supériorité aryenne. Le gouvernement nazi envoie donc son meilleur duo d'alpinistes : deux frères tarés des alpages et des produits laitiers qui acceptent cette mission pour leur plaisir personnel avant de penser à servir une patrie dont ils ont l'air de fort peu se soucier. Ces deux alpinistes sont concurrencés par d'autres grimpeurs bien décidés à les devancer et sont suivis de près dans leur ascension par des journalistes présents au pied de la montagne pour relater leurs exploits tant attendus. Mais évidemment, l'ascension tourne mal...


La terrible face nord du Mont Eiger, trop méconnu du grand public malgré les efforts conjugués de Philipp Stölzl et de Clint Eastwood pour le rendre mythique.

Le solide point de départ historique du scénario aurait pu donner lieu à un film fameux (dans la limite du genre, bien entendu). Hélas, je ne serai pas aussi dithyrambique que les petites phrases lisibles sur l'affiche. Face nord est plutôt réussi quand il choisit de se focaliser sur nos deux grimpeurs en grande difficulté, bientôt rejoint par un duo d'autrichiens avec lesquels ils finissent par fraterniser après avoir été leurs principaux adversaires. Toutes ces parties situées à plus de 2500 mètres d'altitude se matent à l'aise et même avec un certain entrain. Les quelques effets spéciaux sont très réussis et le suspense fonctionne pas trop mal. On peut toutefois regretter que les personnages principaux soient si lisses, ce qui fait qu'on se fiche pas mal du sort que le destin va leur réserver. Malheureusement, tous ces moments sont entrecoupés par des scènes particulièrement chiantes où l'on suit ce qui se passe quelques centaines de mètres plus bas, et plus précisément à l'hôtel situé au pied du Eiger. Un prestigieux hôtel où tous les reporters présents pour couvrir l'évènement se sont réunis. On y suit surtout le couple de journalistes allemands : un vieux briscard de la presse teutonne et une pigiste débutante désireuse de gravir les échelons. Cette jeune femme, d'une laideur accablante, est par ailleurs éprise de l'un des deux grimpeurs, bien qu'elle ne dirait sûrement pas non à un threesome. Ces scènes-là sont autant de sévices infligés à un spectateur qui n'a qu'une seule envie : être coincé avec les autres tocards dans leurs bivouacs pourris, en pleine tempête, et retourner escalader avec eux dès la première accalmie ! C'est fort dommage, car délesté de ces moments si ennuyeux, le film se suivrait avec une toute autre excitation et gagnerait énormément en qualité, tout en restant d'une longueur raisonnable (puisque le film dure 2 grosses plombes !).


Le duo pense que l'affaire est dans la poche jusqu'à ce que quelqu'un de bien intentionné leur tapote sur l'épaule pour leur indiquer que la montagne en question se trouve juste derrière eux.

Face nord nous quitte cependant sur une bonne impression puisqu'il se termine méga mal et donc de façon assez surprenante. Le héros clamse assez piteusement, pendu au bout d'une corde trop courte pour lui sauver la vie, sacrifié au prix de l'impitoyable vérité historique. Je viens donc de vous spoiler la fin, mais peut-on parler de spoiler quand le film retrace un évènement de notre Histoire que l'on devrait tous connaître sur le bout des doigts ? Là est la question ! Si vous avez lu ces quelques lignes, vous pouvez clairement considérer que vous avez vu le film.

De mon côté, je continue à attendre LE film qui saura m'accrocher à mon fauteuil comme K2 y était parvenu il y a des années. J'ai plutôt apprécié le documentaire Touching the Void (aka La Mort suspendue), mais ça reste du pipi de chat par rapport au film renié par James Cameron. Quant à Cliffhanger, il s'agit davantage d'un film dédié à la gloire de Sly Stallone qu'à celle de nos sommets enneigés : efficace, certes, mais vite écœurant quand on ne raffole pas de charcuterie. Et par pitié, ne me parlez surtout pas de Vertical Limit, je me refuse à regarder ce film où des yankees surexcités surfent nonchalamment de sommets en sommets. Respecte la montagne et la montagne te respectera, abruti !


Face nord de Philipp Stölzl avec Benno Fürmann, Florian Lukas et Johanna Wokalek (2008)

11 commentaires:

  1. Toi, vraiment, la montagne, elle te putain de gagne !

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  2. Vous avez écrit sur la plage, la montagne, mais quid de LA CAMPAGNE (Le bonheur est dans le pet) ? LES FONDS MARINS (Abyss) ? LA TURQUIE (Midnight Express) ? Et les films de vacances près d'un lac (LAKE PLACID) ?

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  3. Tes propositions sont plus ou moins bien senties par rapport au sujet (les vacances) mais elles ont le mérite d'exister. La prochaine fois tu prends ton stylet et tu t'y colles avec nous Joshya !

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  4. File une note à ce film Félix, personne ne l'a vu à part toi et personne ne peut le noter.

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  5. Merci Félix pour cette brève. Je connaissais pas le film mais je n'ai pas vu passer ton article sur session 9 du réalisateur de Machinist.

    J'attends de te lire.
    Continuez ainsi!

    Fais ton cinema

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  6. Eh bien, moi, je l'avais déjà vu, na! (et au passage, j'adore les films de montagnes qu'ils soient teutons ou canadiens --> petite pensée pour Guy Maddin)

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  7. Mon article sur Session 9 n'est pas encore paru, il sera publié dans le cadre d'une prochaine semaine thématique consacrée aux films de maisons hantées (ou de bâtiments hantés en tout cas ^^). Je te ferai signe quand ça sera publié !

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  8. Cette critique m'inspire cette strophe :
    C'est pas l'homme qui prend la mer,
    C'est la mer qui prend l'homme,
    Tatatin.

    Ne me demandez pas pourquoi.

    PLEX!

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  9. C'est pas le padre du TANK qui était de cette expédition justement ?

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