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13 juillet 2024

Funny Games U.S.

Do you have any cuddly toys? The other day a colleague who had just returned from a stroke explained to us that he had comfort meals in which to take refuge in the event of a hard blow or even a bad cold. He gave us the example of the large dish of buttered spaghetti in a vase plate, topped with a fried egg. And he asked us for our comfort food meals. Obviously we found a couple (lasagna, plowman's soup, seared liver, stuffed oysters, veal roustons), but that's not the subject. We started, on the other hand, and it's more connected to the blog, to wonder if we had any comfort films. What does it mean ? Films where you can find refuge in the event of a major bout of the blues, films where you can find shelter in the event of losing faith in cinema, films where you can reassure yourself in times when life becomes vicious. One title made the consensus for us, like a blinding flash: Funny Games U.S. by Michael Haneke, with Naomi 2,21Gigo/Watts, even if we didn't see it again as adults.
 

 
 
Why this film? No doubt for its unity of place. Very often, closed doors appear to us like potential comfort films, for the comforting side of packing, the feeling of snuggling up in a tight camisole, of curling up in a blanket that smells of incense or damp towels exits from the broken dryer, these film-places, almost film-worlds, where nothing will surprise us, where the space is marked out, under control, known and recognized, well traveled, let's just mention Kitchens and outbuildings, My Night at Maud's, Le Dîner de cons, The Corde, 12 Angry Men, Assault, or the most recent Zone of Pinterest by Jonathan Glazer and his unforgettable lines: "I said left Pignon...". Another advantage of Funny Games U.S. on the comfort side is its total absence of adversity, animosity, tension, or threat. Nothing but reassuring, soothing, neutral and benevolent camera gazes, with the culmination of the famous final wink to the spectator, passed down in the annals of good-natured cinema, and which invites us to bathe in the flow of the film, to become one with the diegesis and to perceive the characters as members of our own beloved family. As we reach the end of this review, there is a small doubt however: not sure that we are really talking about the right film.
 
 
Funny Games U.S. by Michael Haneke with Naomi Watts and Tim Roth (2k7)

5 août 2016

Demolition

On rassure tout le monde d'emblée : malgré son patronyme francophone, Jean-Marc Vallée n'est PAS français, il est canadien, et si ça ne tenait qu'à moi, il le RESTERAIT. Si, avec Demolition, il voulait démolir le concept même de cinéma, il y est parvenu ! Si, avec Demolition, il voulait démolir la carrière de Naomi Watts, il y est arrivé. Si, avec Demolition, il voulait démolir l'avenir de Jake Gyllenhaal, il a atteint son but. Si, avec Demolition, il voulait démolir ma soirée, il a dépassé ses objectifs en fusillant ma semaine à bout portant parce que j'ai dû en regarder 15 minutes par jour pour ne pas imiter Gyllenhaal et tout casser chez moi. Une semaine marquée du sceau de l'infamie !




Je m'autoproclame martyr de Jean-Marc Vallée. Cet homme a le tout Hollywood dans sa poche. McConaughey a tapé du poing sur la table pour qu'il réalise Dallas Buyers Club, Whitherspoon a exigé que ce soit lui qui mette en image son livre de chevet, Jake Gyllenhaal n'a rien demandé, il l'a simplement confondu avec Villeneuve (pas le réalisateur mais le pilote Formule 1).




Dans ce film, tout est cliché. Jake Gyllenhaal, trader dans l'entreprise de son beau-père, perd sa femme dans un accident de voiture. Il n'arrive pas à éprouver du chagrin, il est insensible. Le jour de l'accident, il est plus marqué par le fait qu'un distributeur automatique lui ait volé 1$ que par la mort de sa femme. C'est ainsi que lors de la cérémonie funèbre il s'isole pour écrire une longue lettre à la société qui gère les distributeurs automatiques pour exiger un remboursement mais surtout pour déblatérer sur sa vie. C'est déjà lourd de vous l'écrire alors imaginez donc le film. La voix off de Gyllenhaal cynique et désabusée lit à nos pauvres oreilles ces lettres imbuvables. Il finit par rencontrer la responsable du SAV de cette société, fascinée par ces écrits, qui n'est autre que Naomi Watts. Une amitié teintée d'intimité se met alors en place entre les deux personnages tandis que Gyllenhaal prendra son métier un peu par dessus la jambe et préfèrera payer des artisans démolisseurs pour les aider à démolir diverses maisons, d'où le titre moisi du film.




Pour finir, une pensée pour le personnage de la femme décédée de Gyllenhaal, qui passe pour une fille à papa, adultère, faisant la gueule à sa mère pour une histoire de serviettes de bain et qui conduit sans regarder la route. De petit connard de trader participant à foutre la planète dans la merde, Gyllenhaal devient, après l'avoir perdue, un grand philanthrope auprès des enfants trisomiques qui réussit même à rendre le sourire à son beau-père irascible. Une belle histoire d'amour en creux...


Demolition de Jean-Marc Vallée avec Jake Gyllenhaal, Naomi Watts et le beau-père de Jake Gyllenhaal (2016)

13 mars 2015

Birdman

Cette année, bonne limonade, l'Oscar du meilleur film a leaké avant son sacre et sa sortie officielle en salles. Qualité bluray. Merci à Yify. Sous-titres impec'. Ni trop longs, ni trop concis, qui permettent de bien se concentrer sur la mise en scène maraboutante du fou volant Alejandro Gonzalez Iñarritu. On peut dire (si vous connaissez le blog, vous le savez) qu'on ne l'aime pas, malgré beaucoup d'intérêt pour la péninsule ibérique, la paëlla, la civilisation maya, le Machu Picchu, les empañadas, sa sainteté Popocatépetl, le Quetzatcoatl, Fernando Pessoa, Pablo Ñeruda, Brazilia la ville-avion et les bruits de Recife. On a pourtant vu absolument tous les films du génie des favellas de Mexico (sauf Amours de chiennes, plus vieux fichier sur notre disque dur, preuve d'un nez creux, quand même, et d'un certain feeling, en prime).




21 grammes, Babel, depuis ses débuts Iñarritu alterne le moins bon et le moins bon, et Birdman ne déroge pas à la règle. Sacrer ce film est une erreur historique de la part de l'Académie des Sciences et des Oscars, historique ! Comme chaque année. Ceux qui s'étaient indignés de voir Kevin Spacey recevoir l'Oscar du meilleur acteur au nez et à la barbe d'Haley Joel Osment (et pour quel résultat ? deux carrières brisées net...), ont encore de quoi chialer avec ce braquage organisé par un sylphe bigleux venu nous cracher toute sa prétention au visage dès les premières images. S'inspirant de Truffaut et de Cassavetes pour mieux tringler leurs fantômes, Iñarritu change de registre et veut définitivement s'installer dans le paysage du cinéma contemporain. Jusqu'à présent gens du voyage, le cinéaste à la réussite insolente semble avoir décidé de planter sa tente et de camper dans le salon d'Hollywood. Il s'achète une respectabilité avec Birdman. Sur le papelard, on a tous bavé : Michael Keaton dans un métafilm, incarnant un acteur sur le retour hanté par des succès passés (sommes-nous les seuls à avoir fait le rapprochement entre "Birdman" et "Batman" ? à ce jour nous ne l'avons lu nulle part. So obvious...). Le personnage de Michael Keaton essaie lui aussi de s'acheter une crédibilité dans le film, en montant une pièce de Raymond Carver à Broadway. Il s'entoure d'une galerie de personnages censés nous délivrer un message sur l'industrie du rêve, ce qui nous vaut un défilé d'acteurs qui nous imposent tour à tour leur ptit numéro : Edward Norton, Naomi Watts, Zach Galifianakis ou Emma Stone.




Edward Norton parlons-en. Voilà quelques années qu'il est là. Souvent dans des films qu'on ne regarde pas. Vive les roux. On n'a rien contre les taches de rousseur ni contre le teint diaphane. Les yeux chassieux ne nous répugnent pas spécialement. Mais Edward Norton est la preuve sur pattes qu'on peut tout à fait correspondre aux tags cochés pour aboutir à un résultat rageant. Invitez-nous dans une banque du sperme, proposez-nous deux supports pour remplir la mission, l'un est une photo de plain pied d'Edward Norton, l'autre un portrait A4 de Morgan Freeman : notre choix est fait. On préfèrera toujours partir de la base Morgan Freeman, quitte à ce que notre imagination doive franchir quelques haies. L'acteur de Fight Club a son moment de bravoure, soit une scène où il hurle ses quatre vérités à son père, Michael Keaton, en tirant une tronche pas possible, à tel point que le spectateur inattentif croira qu'Iñarritu a tourné la scène en fish-eye. Sur le plateau seule Emma Stone possède des fish eyes.




Un mot, au passage, sur la mise en scène d'Iñarritu. Tout le film se présente comme un seul et unique plan-séquence, qui se veut une mise à sac du spectateur éberlué, un tour de force admirable et monumental. On a repéré les coupes (là encore, sommes-nous les seuls cons à avoir ponctué l'avant-première au Grand Rex en hurlant toutes les cinq secondes : "Là ça a dû couper ! Là ça a dû couper !"). Ne jetons pas bébé avec l'eau du bain, Iñarritu a une petite idée sympa (on en compte toujours une dans la copie des purs cancres), celle de ménager des ellipses étonnantes comme autant de coutures temporelles improbables dans la supposée continuité de ses longs plans-séquences. Mais quitte à ne pas jeter bébé, on peut dire qu'il a globalement une sale tronche. Les mouvements de caméra incessants et tape-à-l’œil nous épuisent rapidement, d'autant qu'ils sont au service d'un discours très lourd et d'acteurs peut-être sympathiques mais qui en font somme toute des caisses. On a par exemple déjà hâte de réhabiliter Zach Galifianakis et Naomi Watts, même si on commence à perdre espoir pour la seconde. Quant à Norton, sa fameuse baston en slip ne fait pas le buzz par chez nous. Nous ne sommes pas dans ton délire Edward, pas plus que dans celui d'Iñarritu, qui était plus à l'aise dans ses baskets quand il bossait chez Taco Bell | Your Destination for Tacos and Burritos All Day.


Birdman d'Alejandro Gonzalez Innaritu avec Michael Keaton, Edward Norton, Naomi Watts, Emma Stone, Zach Galifianakis et Amy Ryan (2015)

2 juin 2014

Là-haut

Premier paragraphe et déjà une charge politique : notez bien que tous les ballons de l'affiche sont aux couleurs de la firme Google©. Rappelons que ce film a été conçu par Pixar, qui travaille l'essentiel de son temps sur ordinateur, or tout ordinateur est un jour ou l'autre connecté au net, qui lui-même nous conduit dès le départ sur, on vous le donne en mille, Google©... On a connu pub plus directe encore avec le récent Les Stagiaires, comédie giga balourde qui n'a pas eu honte de faire ouvertement une pub éhontée de Google© deux heures durant. Mais la propagande la plus efficace n'est-elle pas celle qui s'immisce dans nos foyers et dans nos esprits par la petite porte, par la chambre à coucher des enfants, par le soupirail, par la hotte du Père Noël ? De ce point de vue, Pixar (on aimerait un jour connaître le prénom de cet homme qui se fait appeler par son seul patronyme, comme s'il n'était qu'une marque, tels le politicien Mao, le chanteur Prince ou le graphiste Ben), avec Là-haut, venait de vendre son âme au Diable en acceptant de travailler pour Walt Disney et donc, manifestement, pour Google Chrome, comme ministre de la propagande et de l'éducation du peuple.


"Donne-moi ton code wifi que je puisse avoir un support visuel et prendre mon pied"

Il va sans dire qu'on lance un tel film avec beaucoup d'appréhension et un regard extrêmement affûté. On est charmé, il faut bien l'avouer, par ces premières minutes qui nous content en accéléré la vie d'un couple, de la rencontre jusqu'au trépas de l'un des deux éléments en présence, lequel trépas survient au bout de deux minutes de film et espère quand même nous rétamer, in vain... On se fout en fait de la vieille morte pour la simple raison qu'on en pince à mort pour le vieux crouton qui lui survit, basé sur les traits de Robin Williams (pas sûr que ce soit vrai mais c'est évident). Le vieux Carl Fredricksen, vendeur de ballons de 78 ans, perd goût à la vie et décide de reprendre les choses en main en attachant une tétrachiée de ballons au toit de sa maison pour foutre les voiles et littéralement prendre du recul. Mais c'est sans compter sur le minus du tiéquar qu'il a embarqué dans sa cave sans faire gaffe. Ce gamin de 8 ans (basé sur les traits juvéniles de Joseph Gordon Levitt période Mysterious Skin) était en train d'essayer de chourer au vieillard ses vieux numéros de Lui et de Newlook des années 80 featuring Samantha Fox et Sophie Favier. Ce gosse n'a que 8 piges mais c'est un putain de génie. Il finira général un jour, du moins c'est ce que lui promet Carl, laissé sur le cul par l'audace de ce petit bout de chou à la puberté précoce, accro aux mamelles démesurées.


Souci de cadrage mais seul arrêt sur image net de ce piaf insaisissable.

Les deux personnages sont ainsi projetés dans mille aventures qui les mèneront ni plus ni moins vers le bout du monde. Nous ne nous rappelons strictement d'aucune aventure. A part d'une bagarre, assez longue, à bord d'un zeppelin où notre cher vioque Carl Fredricksen, suédois de confession judaïque, est opposé à un nazi repenti (basé sur les traits de Lambert Wilson). Mais le souvenir de Up croise peut-être ici celui de Indiana Jones et la dernière croisade dans nos mémoires guypearcées*. On se rappelle aussi, et comment faire autrement, d'un personnage de piaf allumé, branché sur naomillewatts*, qui pétarade dans tous les sens, qui flambe du cul et occupe le champ comme jamais aucun acteur n'a su habiter le cadre auparavant. On vient de revoir la bande-annonce (éthique de blogueur ciné oblige) et on vient donc de se rappeler comme par miracle de cette idée des ienchs qui peuvent déblatérer grâce aux inventions du nazi bricoleur qui habite l'île du docteur mourro et se trimballe dans son zeppelin. Ce film, qui contient quelques scènes agréables, voire drôles, tout calculé qu'il est, marqua la fin de l'âge d'or de sieur Pixar, qui par la suite a fait comme tout le monde : enchaîner suites, prequels, sequels, remakes et ainsi de suite. Le dénommé Pixar n'est désormais plus que l'ombre de lui-même.


C'est grâce à ce film qu'on a tous pris conscience que le vieux rêve de pouvoir communiquer avec les ienchs est une chimère : ils n'ont rien à dire à part réclamer ce qu'on sait 
(des croquettes et des supports visuels pour prendre leur pied).


* Guypearcé /gu@ïpirsé/ : néologisme, verbe issu de l'anglais "Guy Pearce", nom propre, patronyme de l'acteur américain Guy Pearce, principalement connu pour son rôle d'amnésique trisomique dans Memento (2000), le film breaktrough de Christopher Nolan (1970 - ASAP).

* Naomillewatts /facile à prononcer/ : néologisme, nom commun issu de l'anglais "Naomi Watts", nom propre, patronyme de l'actrice australienne Naomi Watts, remarquée par David Lynch dans Mulholland Drive (2001) et principalement connue pour mettre sous tension. Note : c'est depuis ce film et sa rencontre avec l'actrice électrostatique que David Linge n'a plus besoin de se peigner les cheveux (ni de les laver).


Là-haut de Pixar avec Robin Williams, Joseph Gordon Levitt et Lambert Wilson (2009)

30 janvier 2014

The Last Days on Mars

Que ce film-là ait su susciter l'enthousiasme des amateurs de cinéma de genre lors de ses projections dans différents festivals montre bien le niveau de détresse terrible d'un public sevré de bons films et désespérément à la recherche de la nouvelle star. The Last Days on Mars n'est certes pas spécialement honteux et n'engendre aucune espèce d'animosité, mais il n'en reste pas moins qu'un très très banal film de SF horrifique où une nouvelle contagion transformant les hommes en zombies est simplement déplacée sur la planète rouge. Géant.

On se demande bien ce qui peut animer un jeune cinéaste comme Ruairi Robinson, qui signe là son premier long métrage. On sent qu'il connaît ses classiques, mais que fait-il pour s'en démarquer ? A quoi bon tourner un nouveau film de zombies sur la planète rouge ?! Comment se passionner pour une telle histoire ? Robinson se contente de filmer des situations que l'on connaît par cœur, avec peut-être un certain sens du rythme et, à l'évidence, une réelle application qui atteste de sa sincérité, mais tout cela ne suffit pas du tout, hélas, à sauver son bébé de la médiocrité. The Last Days on Mars ne laisse strictement aucun souvenir.


Ci-dessus Liev Schreiber sur son canapé en tenue d'astronaute en train de faire découvrir The Last Days on Mars à sa fille (photo @ Naomi Watts). 

Force est de reconnaître que la minceur du budget ne transparaît pas vraiment à l'écran, encore faut-il ne pas pousser le regard trop loin ni s'attarder sur l'affiche du film. Quand les lettres "L I E V S C H R E I B E R" barrent le haut d'une affiche, c'est tout de même signe d'une misère totale... L'acteur fait encore une fois tout son possible, mais il n'a tout simplement pas la carrure d'un premier rôle. On l'imagine aisément montrer ce film à sa compagne Naomi Watts lors d'une soirée dvd organisée par ses soins. On imagine Naomi Watts regarder ça du début à la fin, très poliment, presque avec amour, puis l'encourager à continuer, tout en préparant sa vengeance en douce lors d'une future soirée dvd avec Perfect Mothers au programme. Pauvre Liev Schreiber...


The Last Days on Mars de Ruairi Robinson avec Liev Schreiber, Olivia Williams, Elias Koteas et Romola Garai (2013)

29 septembre 2013

Diana

C'est le grand come-back d'Oliver Hirschbiegel. Il est de retour avec un biopic de Lady Diana, son Altesse royale la princesse de Galles et comtesse de Chester, duchesse de Cornouailles, duchesse de Rothesay, comtesse de Carrick, baronne de Renfrew, Dame des Îles, princesse d'Écosse. Contrairement à bien des journaleux peu scrupuleux, nous nous sommes fixés comme règle de toujours citer son nom complet, tel qu'il apparaissait sur sa carte d'identité longue comme un parchemin. C'est surtout l'occasion pour nous de pointer une étrange tendance actuelle d'Hollywood, celle qui consiste à faire jouer les beautés par des tromblons et les tromblons par des beautés. C'est par exemple Michelle Williams qui incarne Marilyn Monroe et Scarlett Johansson qui prête ses gros traits à la délicate Janet Leigh. Et c'est donc l’incandescente Naomi Watts, avec un truc de dingue collé sur le haut de la tronche, qui donne son joli minois à Lady Di.




On peut le dire, maintenant que le deuil est fait, que la part de sacré commence à s'estomper : Lady Diana n'était pas non plus le phénomène de beauté que Paris Match Voici Gala nous ont vendu pendant des années... On s'en rend d'autant mieux compte aujourd'hui grâce à Google Images d'une part, grâce à Kate Middleton d'autre part, qui dans le genre Altesse royale la princesse William, duchesse de Cambridge, comtesse de Strathearn et baronne de Cunnilingus, se place là. Disons-le : Lady Di était une pure guenon, et là si on était en train de pisser sous le pont de l'Alma ce serait peut-être plus apprécié. Si elle avait ressemblé à Naomi Watts, j'aurais été paparrazzo et j'aurais eu la dernière photo !


Diana d'Oliver Hirschbiegel avec Naomi Watts (2013)

2 février 2013

The Impossible

Attention, chaud devant ! Tous aux abris ! Grosse merde en vue ! La bande-annonce laissait présager d'un film larmoyant au possible et vraiment insupportable. Ne me demandez donc pas pourquoi je m'y suis risqué. Pure curiosité mal placée de blogueur ciné. En fin de compte, le film est moins affreux que je ne l'imaginais, mais il est tout de même très mauvais et ne présente surtout à mes yeux aucune sorte d'intérêt. Nous sommes fin décembre 2004 et la petite famille d'Ewan McGregor et Naomi Watts a donc la chic idée de s'envoler pour la Thaïlande pour passer des fêtes de Noël bien tranquilles, au soleil, sous les palmiers. Dans l'avion, la jolie Naomi s'inquiète : "Es-tu sûr d'avoir bien mis en marche l'alarme avant de partir, chéri ?" demande-t-elle à Ewan McGregor, rassurant, le brushing impeccable, la mèche bien relevée sur le côté, nickel. L'espagnol Juan Antonio Bayona nous montre d'emblée une maman qui s'inquiète d'un petit souci banal du quotidien, nous qui savons bien que ce quotidien sera bientôt totalement bouleversé par un raz-de-marée sans précédent. A leur arrivée dans leur superbe résidence de vacances, Naomi, intransigeante, refuse une canette de Coca à l'un de ses fils, pourtant pas bien gros, et lui conseille de se contenter d'un verre d'eau, c'est meilleur pour la santé. Là encore, nous aurons facilement compris l'allusion. Quand ils auront tous reçu une gigantesque vague d'eau sur la tronche, on se dit que la sévère Naomi regrettera d'avoir privé son fils de ce petit plaisir sucré. C'est fin, c'est bien senti, c'est signé Bayona, merci.




Tout le début du film est de cette eau-là. Cela suffit sans doute à titiller les cordes sensibles des spectateurs les plus faciles, impatients de sortir les kleenex, désireux de verser leur petite larme hebdomadaire. En ce qui me concerne, j'étais déjà passablement agacé, me demandant très tôt ce qui m'avait poussé devant un spectacle si pauvre, si convenu et prévisible. C'est qu'on la sent drôlement venir cette vague... Bayona ne fait pas dans la dentelle. Son film, d'une lourdeur sans nom, ne flotterait pas, il coulerait à pic. Il baigne dans la plus totale médiocrité. Et je vais arrêter là mes jeux de mots minables. L'idole de Bayona, sa principale influence ici, est sans conteste Steven Spielberg. Il tente, comme le papa d'ET a déjà pu le faire quelques fois, de nous proposer un drame familial poignant, larger than life, ponctué de quelques scènes spectaculaires et d'autres intimistes, mêlant les deux registres dans un alliage qu'il espère réaliser avec la même habileté que son modèle. Mais Bayona n'est pas tonton Spielby, et comment ! The Impossible ne ressemble même pas à un side project qu'aurait mené un Spielberg fatigué et en mode pilote automatique, car occupé à tourner deux autres films plus ambitieux en même temps.




Que dire de la scène tant attendue, celle dite de la grosse vague bleue ? On ne peut pas dire qu'elle soit ratée. On la mate les yeux grands ouverts, saisis, il est vrai, mais non sans trouver assez ridicules les poses  prises par chacun des personnages voyant arriver la flotte déchaînée, déjà visibles dans l'affreux trailer. Ceci dit, quel est réellement le talent du réalisateur espagnol là-dedans ? Tous les films catastrophe, même les plus mauvais (et ils le sont trop souvent !), ont ce pouvoir d'attraction sur le spectateur lors des scènes chocs. On aime tellement quand tout pète et explose dans tous les sens ! Même à la télé, aux infos, on attend que ça, un petit tremblement de terre ou, plus inoffensif et agréable à l’œil, une mignonne éruption volcanique. Notons que les effets spéciaux sont ici très bien faits, le mélange entre images réelles et ajouts de synthèse fonctionne parfaitement, on n'y voit que du feu. Pour le reste, le petit suspense mis en place par Bayona consiste à voir à quel point il va oser s'en prendre à son actrice vedette, par des plans aquatiques où nous voyons son corps fragile agressé par des branchages et autres détritus déchaînés par la vague.




Naomi Watts passe ensuite 80% du film en position allongée, recouverte d’hématomes et de blessures en tous genres, à demander dans quel état est sa jambe la plus amochée les rares fois où elle trouve la force de prononcer quelques mots. C'est donc aujourd'hui ce qui suffit à être en position de favorite pour l'Oscar de la Meilleure Actrice. Hollywood aime décidément les femmes, de préférence séduisantes, qui osent s'amocher méchamment pour les besoins d'un rôle taillé sur mesure. C'est pour cela qu'il n'aurait pas du tout été étonnant de retrouver à nouveau Marion Cotillard parmi les nominées, pour son rôle de cul-de-jatte dans l'atroce De Rouille et d'os. On se réjouit de son absence ! Naomi Watts aura toutefois fort à faire face à Emmanuelle Riva, également en lice pour la prestigieuse récompense en toc, et qui la dépasse largement en terme de souffrances subies par Amour pour le sage tyran Haneke.




Mais revenons à l'Impossible. Quand la famille, déchirée par la vague, se découpe en deux, nous sommes sans doute supposés attendre avec le cœur serré qu'ils se retrouvent enfin. Personnellement, je n'avais qu'une hâte : que la sympathique Watts retrouve ses guibolles et aille piquer une ou deux têtes en monokini ! Non en réalité, je n'étais pas si naïf, j'attendais tout simplement qu'on en finisse, que le papa ours retrouve enfin maman ours, et que leurs trois petites enflures de gosses puissent enfin s'embrasser à nouveau, en chialant en harmonie, avant d'aller jouer au ballon en attendant la rentrée. Ça a bien fini par arriver, mais je dois vous avouer que j'ai eu eu recours à un dispositif particulièrement pratique, de taille réduite, fonctionnant par infrarouge ou ondes radio, permettant d'assister aux pires catastrophes sans perdre son temps, le séant bien enfoncé dans son fauteuil. Faut dire que j'en avais ras-le-cul !




Le film nous annonce fièrement dès le générique d'ouverture qu'il se base sur ce qu'a réellement vécu une famille espagnole ayant miraculeusement survécu au tsunami du 26 décembre 2004 qui a ravagé l'Asie du Sud Est. Dans un souci de rendre l'histoire du film plus universelle et donc encore plus dénuée d'identité propre, la nationalité espagnole des protagonistes a été purement et simplement gommée. Nous savons que le fantomatique Ewan McGregor (qui garde sa chevelure parfaite avant, pendant et après le tsunami !) bosse au Japon, mais qu'il a le mal du pays, et la famille projette de déménager, on ne sait où, et à vrai dire, on s'en fout. C'est une famille sans charme, sans attache, sans identité, sans caractère, incarnée par des acteurs plus lisses que jamais nageant dans un film qui leur ressemble affreusement. On préférait Bayona orphelin.


The Impossible de Juan Antonio Bayona avec Naomi Watts, Ewan McGregor et des gosses sur lesquels je ne mise pas un kopeck (2012)

2 novembre 2012

King Kong

Peter Jackson a reçu onze Oscars pour Le Seigneur des anneaux 3. Parmi les onze grands chauves dorés qui lui furent remis certains étaient des récompenses dites "techniques", mais Jackson, en tant que "director", peut se vanter d'avoir remporté onze Oscars. Je dis bien onze, plus de statuettes qu'il n'a de doigts pour les compter, de quoi se fabriquer un baby-foot en or massif (avec une seule équipe pour gagner par Knock Out à tous les coups). Or Peter Jackson a dit et répété n'avoir réalisé ses neuf premiers films, dont le lauréat des onze Oscars en question (qu'on devrait lui retirer), dans le seul but de pouvoir filmer un jour le King Kong. En 2005, fort du succès démentiel de la trilogie de l'Anneau et couvert d'or, Jackson a réalisé son rêve. Nous nous sommes donc retrouvés devant ce film de 180 minutes (3 heures grosso modo) dans lequel une séquence de trois quarts d'heure montre un gorille immense se bastonnant selon les règles du kung-fu contre trois tyrannosaures en chute libre dans un canyon traversé en contrebas par un troupeau de diplodocus numériques effarés. En s'attaquant à King Kong, littéralement "le roi des cons", son rêve de gosse, le film de chevet qu'il rêvait de remaker depuis tout ce temps, Peter Jackson voulait enfin se faire un ami en la personne du seul type plus gros et plus poilu que lui à Hollywood, et je ne veux pas parler de l'acteur Jack Black mais bien du gorille éponyme.



Peter Jackson a signé son autobiographie avec ce film au budget de 207 millions de dollars. Il raconte l'histoire d'un gros gorille né sur l'île de Pukerua Bay le 31 octobre 1961, jour d'Halloween, et débarquant 44 ans plus tard aux USA pour foutre la merde en grimpant sur des immeubles. En réalité Jackson n'a pas vissé son cul sur l'Empire State Building, comme on le voit dans le film lors d'une bataille finale du plus bel effet entre le King, aka Elvis, et un avion à réaction, mais sur les deux tours jumelles du World Trade Center. On a mis la chute des Twin Towers sur le dos d'attentats islamistes commandités par Ben Laden alors que c'était juste la suite logique de la visite de Peter Jackson dans l'une puis l'autre tour un certain matin de septembre 2001, et quand les deux colonnes ont fini par s'écrouler Jackson était déjà loin, sans doute un pied dans le MacDo du coin en train de déguster un CBO et l'autre dans le Quick voisin à boulotter un Quick'n'toast en attendant d'entamer le second, offert pour un euro de plus grâce à sa carte d'étudiant en infographie falsifiée, ignorant que ses entrées répétées dans les ascenseurs du complexe, survenues pourtant quelques heures avant le casse-dalle morbide quotidien, avaient fissuré les poutres porteuses des deux bâtiments à tout jamais. D'où le deuxième volet de la trilogie de l'anneau, Les deux tours, qui tentait d'imposer dans les esprits la théorie de l'attentat en désignant les Hobbits, petits êtres grassouillets et velus aux grands pieds, parmi lesquels le cinéaste passerait inaperçu, comme l'axe du Bien, et Ben Laden comme l'axe du Mal, sous les traits de Sauron du Mordor toujours bien planqué sous un tchador. Fierrot le pou, aka Mathieu Kassovitz, toi et ton pote Bigard pouvez repartir de zéro... Mais revenons au récit de ce film autobiographique : le gigantesque singe finit en meneuse de revue dans une salle de spectacle à Manhattan, offrant un show pathétique à des foules en manque de sensations fortes. C'est ainsi tout le parcours de Peter Jackson (sauf que dans la vraie vie la bête ne s'est pas emballé la belle Naomi Watts en lui roulant une pelle à New-York, sous la neige, devant une pleine lune digitale d'outre-tombe, dans un happy end monstrueusement laid) qui nous est restitué dans un calvaire interminable de surenchère pyrotechnique, d'amalgames douteux (les habitants de l'île du monstre, au début du film, sont assimilés physiquement à des africains, mais ils ont aussi les yeux rouges et pas grand chose d'humain, on peut passer l'éponge mais on peut aussi trouver ça craignos), de connerie scénaristique et de pure chienlit cinématographique. Le cinéaste néo-zélandais aurait déjà entamé l'écriture du scénario de la suite (car, comme son public, il aime les séries sans fin), dont le working title, "Slim Fast", ne fait pas des masses rêver.



Vous allez me dire que s'attaquer au physique, ça ne se fait pas, mais je ne peux pas faire l'insulte à Peter Jackson de m'attaquer à sa psychée, à son intelligence ou à sa sensibilité, il l'a fait lui-même, non pas dans des films impersonnels comme ceux de la trilogie du Seigneur des anneaux, mais dans un film tel que Lovely Bones, et le résultat fut un massacre du cinéma en deux heures et huit minutes seulement. A tel point que Peter a décidé de faire comme George Lucas en se concentrant plutôt sur ce qu'il maîtrise et qui fait entrer des tonnes de pognon dans les caisses des grands studios et dans les poches sans fond de ses anciens bermudas convertis en tantes Quetchua depuis son régime Dukan. Jackson préfère ne pas avoir à se creuser les méninges ni à produire aucun effort artistique (en réalisant Lovely Bones il a moins "fait un effort artistique" que "laissé parler le taré XXL qui sommeillait en lui"), et il va donc se contenter de répéter les formules qui marchent et nous pondre le prequel en trois parties de sa trilogie fantasy à base de minimois écolos et de magiciens pédophiles, ainsi que les deux suites du Tintin de Spielberg. L'homme est physiquement passé de Carlos à Kate Moss mais niveau ciné il reste lourd.


King Kong de Peter Jackson avec Naomi Watts, Jack Black, Adrien Brody et le King Kong (2005)

23 octobre 2012

Dream House

Passons rapidement sur le cas de Dream House, qui fut salué comme l'un des plus mauvais films sortis sur nos écrans l'an passé, si ce n'est le plus mauvais, et qui fut même renié par son propre auteur, Jim Sheridan himself. Remarquons tout de même qu'assez rares sont les films unanimement rejetés par la critique et le public, de cette façon, dans une lapidation verbale aussi harmonieuse que définitive. Et rares sont les films qui vont même jusqu'à être vigoureusement déconseillés et considérés comme des purges infâmes par leurs réalisateurs, honteux et demandant pardon. Mais c'est paradoxalement à cause du sort terrible réservé à ce film que j'ai eu envie d'y jeter un œil curieux ! Une curiosité assez mal placée, comme souvent, qui m'a amené devant un film pas spécialement révoltant ou dégueulasse, mais tout simplement raté de A à Z, et presque touchant dans sa nullité incontrôlée, comme peut l'être un triste téléfilm de deuxième partie de soirée. Un film qui nous offre le spectacle assez pitoyable d'acteurs perdus s'échinant à sauver les apparences, se débattant dans des situations improbables et alignant des dialogues qui sonnent toujours terriblement faux, le tout dicté par un scénario exécrable et grotesque, vu revu et rerevu. La pauvre Naomi Watts fait vraiment peine à voir. Rachel Weisz n'y croit pas une seconde et ça se voit. Et, parmi ces âmes en peine, ces stars traînées dans la boue, il y en a une qui attire ici tout particulièrement l'attention... 




Profitons en effet de ce film minable pour dire quelques mots de son acteur principal, j'ai nommé Daniel Craig, le James Bond, et saisissons cette occasion en or pour dévoiler une anecdote véritable qui mériterait d'être mieux connue. Il faut pour cela se rappeler de la scène qui a fait exploser la popularité de l'acteur britannique au regard bleutée et aux oreilles décollées. 29ème minute du 21ème James Bond, Casino Royale : sur une plage des Bahamas, Daniel Craig sort de l'eau fièrement, le torse ruisselant, laissant apparaître un boxer particulièrement tendu sous la pression d'un service trois pièces au diapason, zélé, au service de sa majesté. Cette scène imprévue au tournage (l'acteur avait oublié sa tenue de bain habituelle - sa combinaison sous-marine - et la marée devait être plus haute) accoucha de l'image qui réussit dans le même temps à ressusciter celle de James Bond et à sacrifier toute entière la carrière de l'acteur, condamné dès lors à rouler des mécaniques sous sa barbaque au relief si travaillé. Dans chacun de ses contrats, une mention stipule que Daniel Craig doit obligatoirement apparaître en slibard et torse nu ! Piégé par son propre succès, il donne ainsi l'impression de montrer son corps ciselé à la moindre occasion et dans tous ses films, sans exception, même lorsqu'il est cerné par des nazis armés jusqu'aux dents (Les Insurgés) et même par -15°C sur une île perdue au large de la Suède (Millenium). Il en fait donc autant dans le triste Dream House, d'abord lors d'une pénible scène de douche inutile et anormalement longue, puis en extérieur, sous des conditions météorologiques encore très défavorables puisque l'action se déroule dans un paysage enneigé, en plein hiver, quelque part dans le Wisconsin. Malgré cette fâcheuse habitude, Daniel Craig ne m'est pas antipathique, avec sa grosse tronche ridée qui me rappelle quelqu'un, mais en tant qu'acteur, je ne lui fais pas confiance. Tout comme je ne fais plus confiance à Jim Sheridan, quelles que soient ses excuses et les circonstances atténuantes.


Dream House de Jim Sheridan avec Daniel Craig, Naomi Watts et Rachel Weisz (2011)

16 mai 2011

Stone

En ce moment, il est de bon ton de cirer les pompes de l'acteur Robert De Niro. L'actuel président du 64ème Festival de Cannes est le véritable Dieu de la Croisette. Profitant de l'occasion, tout le monde y va de son petit éloge adressé à l'acteur bicentenaire. Je ne suis pas là pour remettre en question son statut de légende vivante du 7ème Art, loin de moi cette idée, je ne me permettrais pas. En outre, je le considère également comme un très grand acteur, bien entendu. Que ce soit dans S1m0ne ou, plus récemment, dans 88 minutes, l'acteur m'a plus d'une fois mis sur le cul. Je n'écris pas non plus ces lignes pour rappeler que la carrière de la star est en chute libre depuis le début du nouveau millénaire, ce qui commence à faire un petit bout de temps. Non, ce serait trop facile, et j'estime qu'à 60 ans passés et avec le statut qui est le sien, on peut tout à fait se permettre de foutre en l'air sa propre carrière. C’est bien légitime. Non, c'est d'un sujet plus léger, plus terre-à-terre mais néanmoins assez tristounet dont je veux aujourd'hui vous dire deux mots. 
 
Il emmagasine, il emmagasine, sa grosse ride entre les sourcils en dit long... A force, il va finir par imploser !
 
Malgré les applaudissements interminables qui suivent l'acteur partout où il passe depuis l'ouverture du Festival (applaudissements auxquels il répond systématiquement "It's ok, it's ok" le dos voûté et les épaules bien basses), il ne vous aura certainement pas échappé, si vous êtes bon observateur, que l'homme affiche une mine peu réjouie, disons même une très sale tronche fort peu avenante. De Niro a l'air véritablement à cran. Las. Dégoûté. Vénèr. C'est un type au ras des pâquerettes que Cannes semble s'efforcer de fêter en grandes pompes comme pour tenter d'éluder l'inéluctable déclin de son festival. Aux multiples rides présentes sur son front d'homme mûr est venue s'ajouter une autre ride, quelques centimètres plus bas, comme figée, attirée par le bas des deux côtés, et autrement plus cruelle car elle est formée par ce qui habituellement lui sert de bouche. Pas spécialement connu pour sa loquacité en temps normal, Robert de Niro est tout simplement muet comme une tombe depuis mercredi dernier. Il n'en lâche pas une, et ça commence à la foutre mal. Vraiment. Surtout quand on est amené à croiser mille journalistes à la minute, à donner son avis sur tout un tas de films et à échanger avec un jury susceptible composé de professionnels de la profession. On pourrait penser que l'acteur prend vraiment à cœur son rôle de président du jury et fait valoir le fameux droit de réserve. Ou bien qu'il est agacé par la triste blague remise à la mode par le Petit Journal de Canal+ (toujours là quand il s’agit d’entretenir le culte de la vanne pourrave) consistant à lui demander s'il est bel et bien en train de nous parler et s'il a réellement baisé notre femme. Cette parodie des deux scènes les plus mémorables de sa carrière ne le fait plus rire depuis environ 30 ans, et ça se comprend complètement. Mais ça n’est pas ça, sinon l’acteur aurait pété les plombs plus tôt. Alors pourquoi ? Pourquoi Monsieur le Président tire la gueule ? 
 
Quand il se force à sourire, ça donne ça ! La partie gauche de son visage est irrémédiablement figée par le courroux tandis que la partie droite lutte encore pour sourire, mais plus pour longtemps.
 
J'ai mon explication. Elle vaut ce qu'elle vaut, mais elle est d'une logique imparable. Si l'acteur est imbuvable et d’une humeur exécrable depuis son arrivée sur le sol français, c'est tout simplement parce que celle-ci coïncide avec la malhabile sortie en salles de Stone, un film dont il n’est pas très fier, et il y a de quoi ! Un film dont la sortie fait clairement tache à l’heure où l’on vante tour à tour la brillante carrière de Robert de Niro. Et l’acteur est le premier à en avoir conscience. Un mauvais timing de la part de Metropolitan Filmexport qui croyait faire là le coup marketing de l'année, et dont même Télérama a su relever le côté malavisé et nauséabond ! Car Stone est une horreur, un navet XXL, un monument de comique absurde et involontaire, une véritable ignominie. 
 
L'ambiance n'était pas non plus au beau fixe sur le plateau, à en juger le regard assassin qu'un Ed Norton à fond dans son rôle adresse au caméraman (qui aurait déclaré qu'il ne faisait que son boulot).
 
La première scène du film donne le ton et annonce la couleur. On nage en plein ridicule involontaire, qui pourra faire rire les amateurs de daubes et qui agacera tous les autres, moins patients. Alabama. Années 60. Il fait une chaleur à crever. Un jeune homme est affalé devant la télé. Une grosse pustule sur sa joue droite le fait vaguement ressembler à une caricature juvénile de Bob de Niro. Sa femme lui apporte de la bière sans qu’il la remercie ni lui adresse le moindre regard. Son visage désabusé en dit long : elle est au bout du rouleau, elle n’en peut plus de ce gros beauf fan de Formule 1 et qui préfère regarder le Superbowl plutôt que de fêter l'anniversaire de leur fille. Elle se rappelle leurs jeunes années et se demande à quel moment tout à basculé. Était-ce le jour où elle a refusé que son mari passe par "l'entrée de derrière" un jour qu'il était plus polisson que de coutume ? Sur ces interrogations, elle monte dans la chambre où dort leur petite fille, s’assoit au bord du lit, dégoutée, et se met à réfléchir profondément tout en contemplant une mouche en train de lutter pour sa survie, emprisonnée entre la fenêtre et la moustiquaire. C’est une métaphore subtile de sa propre situation. La jeune femme prend alors son courage à deux mains et descend au rez-de-chaussée pour dire ses quatre vérités à son con de mari. « Tu me fais chier, j’en ai marre, j’ai eu ma dose, j’étouffe, je veux me barrer, je te quitte, tu m’as fait chier, en plus tu pues quand tu rentres du boulot et tu ne te laves même pas avant d'aller te coucher. Je dois changer les draps tous les trois jours et par conséquent les laver, et comme on n'a pas de machine à laver parce que Monsieur estime que ce sera moins bien lavé qu'avec l'huile de mon coude, c'est bibi qui va encore s'y coller et ça a le don de me pourrir chacune des journées qui jalonnent mon existence ! ». Sur le coup, le jeune De Niro ne semble pas réagir mais, après quelques secondes de brainstorming intense, il bondit soudainement de sa chaise et file à son tour dans la chambre. La jeune femme le rejoint effrayée et le découvre au bord de la fenêtre grande ouverte, la petite fille dans ses bras, menaçant de la jeter dehors et par conséquent de la tuer. « Si tu me quittes, je la laisse tomber. Tu penses que j’en suis pas capable ? Tu te fous le doigt dans l’œil ! I swear to God, I swear to God ! ». Sous le choc, la femme le rassure et lui promet qu’elle restera avec lui. Le battant de la fenêtre se referme sur la mouche, morte instantanément par coup du lapin son destin est scellé, celui de la jeune femme rousse aussi, la métaphore est subtile. Le réalisateur John Curran est au sommet de son art. Le couple se rabiboche et même se bécote, emporté par l’émotion (pendant que leur fille, témoin de la scène vient de signer pour 20 ans de psychanalyse). Problème réglé, et brillamment s’il vous plaît. On pense que le film est terminé. Mais non, ça n’est que la scène d’introduction. Encore 1h40 de nawak ! 
 
Je sais ce qu'il me reste à faire si ma meuf menace de foutre les voiles : la même chose, mais avec le chat
 
Par la suite, Stone prend des allures de thriller sous Prozac mélangé à du Tranxen 200, mêlant les pires ingrédients du « legal drama » aux plus tristes poncifs chers aux films dits « de taule ». On y voit un Edward Norton dans la peau d’un taulard à la coupe de cheveux improbable qui, pour obtenir le droit de sortir de taule plus tôt, fout sa jolie petite amie (Milla Jovovich dans un rôle taillé sur mesure) dans les pattes de celui qui doit décider de sa liberté conditionnelle (De Niro). Manipulée par son boyfriend dont elle est éperdument amoureuse, Milla Jovovich doit donc procéder à du chantage sexuel, user de ses charmes tout relatifs pour amadouer Robert De Niro, évidemment à « deux jours de la retraite » avant d’être plongé dans cette sale affaire (comme Morgan Freeman et Danny Glover dans tous leurs films). 
 
L'intrigue du film résumée en un fan-art. Pour chaque film que je mate, je crée un montage de cet acabit, avec le titre au milieu. Ça me permet de me rappeler du film en cas de trou noir. Je range tout ça sur mon Iphone 3GS et je peux consulter mon album-souvenir à ma guise pour mieux discuter ciné avec mes amis. C'est très utile pour les films de merde comme celui-ci. On voit que Guy Pearce fait pareil dans la version uncut de Memento. A ce propos, ça fait six mois que je planche sur le fan-art d'Inception, que je n'arrive décidément pas à résumer de cette façon.
 
Tout cela nous donne d’abord droit à un terrible duel d’acteurs, dans la même veine que la confrontation à couteaux tirés entre Anthony Hopkins et Alec Baldwin dans le film éponyme. Ed Norton campe à nouveau un personnage mi-ange mi-démon et cabotine comme c’est pas permis. Il nous offre ainsi quelques passages très plaisants aux dialogues savoureux. Face à lui, Robert De Niro fait déjà parler sa mauvaise humeur naturelle et ne se laisse pas impressionner par l’argumentaire pourtant brillant du taulard dont il n’est pas du tout convaincu de la rédemption. Et qu’il est donc bien décidé à garder sous clé encore quelques temps, au moins le temps qu'il parte à la retraite, soit dans deux jours si vous avez tout suivi. Quand il sera ensuite confronté au jeu de séduction de Milla Jovovitch (c'est un non-sens), ce sera une autre paire de manches, et le grand De Niro finira par succomber. Avant cela, nous aurons tout de même pu voir l’acteur se mordre les lèvres jusqu’au sang, les yeux rivés sur le plat postérieur de sa partenaire, lors de scènes terrifiantes de vérité inavouable. 
 
Une posture proposée par l'actrice pour charmer son partenaire. Milla Jovovich est l'indice permettant normalement se savoir à l'avance que l'on a affaire à une saloperie de film. Je l'ai compris qu'après-coup. Sur ce plan, elle me donne presque envie de reconsidérer mon orientation hétérosexuelle.
 
Hélas, Stone est surtout un drame humain dépeint à coups de hache et ultra glauque, le fil rouge de toute cette histoire demeurant la relation pénible et malsaine qu’entretient De Niro et sa bonne femme. Bien que hautement déprimant, c’est tout de même cet aspect du film qui nous vaut la scène la plus énorme, la plus inattendue, celle que je me suis repassée 3-4 fois de suite et qui m’a fait hésiter une seconde avant de supprimer le .avi. Le pire, c’est que ce moment d’anthologie échappe pratiquement aux mots. J’aimerais pouvoir vous le raconter, mais je m’en sens incapable. Il faut l’avoir vu. Ça restera comme un des grands moments de cinéma de l’an de grâce 2011, et je tâcherai de m’en souvenir quand le moment des rétrospectives et des bilans sera venu. Dans cette scène, où le ridicule du film atteint son paroxysme, l’actrice jouant la vieille femme de De Niro pète littéralement un câble. Après s’être envoyé l’équivalent d’un jerrican de rouge derrière la cravate, elle se met à baragouiner des horreurs sans nom dans sa barbe, aux côtés d’un De Niro en tongs sur sa chaise-longue, plus occupé à finir son sudoku et qui préfère d’abord faire comme si de rien n’était. Quand la vieille rouquine l’invite à aller sucer des queues en Enfer, dans un clin d’œil déroutant à L’Exorciste, c’en est trop, et De Niro, à son tour, sort de ses gonds. Se retrouvant coincé dans une impasse avec deux acteurs disjonctés prêts à s’étriper, le réalisateur s’extrait de cette scène très difficilement, la rendant d’autant plus grotesque. 
 
Ce gros plan mortel survient après un travelling en apesanteur accompagné d'une musique ambient sinistre. C'est la Grande Faucheuse qui nous contemple droit dans les yeux.
 
On a en effet connu John Curran un peu plus inspiré dans Le Voile des Illusions, où il filmait déjà Ed Norton, nettement plus convaincant dans la peau d’un docteur bien décidé à éradiquer le choléra et épris de la belle Naomi Watts de manière alternative. Ici, le cinéaste livre un des films les plus plombant qu’il m’ait été donnés de voir. Les deux derniers plans du film, qu’il vous faut à tout prix voir également, sont à vous glacer le sang, littéralement. On a notamment droit au regard caméra le plus foudroyant de l’Histoire. Et que dire de cette scène tragi-comique où un Edward Norton oubliant qu’il est filmé apparaît ravi d'avoir enfin compris le double-sens derrière le slogan des barres chocolatées Twix ? Qu’est-ce que ça vient faire là ? 
 
Olivier Assayas est plus que déçu par l'attitude de la star
 
Ce film est la raison pour laquelle Bob De Niro enchaîne scotch sur scotch sur les terrasses cannoises à l’heure qu’il est, la tronche bourrée de Doliprane et de Vicodin introduite illégalement sur le territoire français, le tout sous un soleil de plomb n’arrangeant rien à l’affaire. Ce n'est pas bon de mélanger l'alcool et les médicaments. C’est à cause de Stone qu’un climat de haine sans précédent règne parmi les membres du jury, une ambiance irrespirable instaurée par le Président, à grands renforts de soupirs méprisants qui en disent longs, de mains posées "par inadvertance" sur le cul de Uma Thurman, et de doigts d’honneur sans équivoque. Le plus triste, c’est que je viens de vous résumer ses trois seuls modes de communication. En coulisses, il se dit qu’un remake sanglant de Shining se prépare dans les décors clinquants du Grand Palais et dans les loges VIP putrides du Grand Journal…On imagine déjà un torrent d'hémoglobine se déverser sur les fameuses marches et finissant par noyer quelques starlettes à la manque... 
 
 
Stone de John Curran avec Robert De Niro, Edward Norton et Milla Jovovitch (2011)

12 mai 2011

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

Il paraît que ce film de Woody Allen s'est fait démonter par la critique... Je ne comprends pas vraiment pourquoi. Surtout qu'il y a bien d'autres films sur lesquels se déchaîner... Alors évidemment, c'est pas un grand film, pas un chef d'œuvre ni rien de tel (j'ai presque envie de rappeler : "Ow, ça reste Woody Allen..."), mais ça se regarde avec plaisir, vraiment. Et je le préfère infiniment à la plupart des derniers films du cinéaste binoclard, notamment ceux qui font la part belle à Scarlett Johansson, à commencer par Match Point, qui avait reçu les louanges d'à peu près tout le monde alors que je ne le trouve pas bon du tout, sans causer du médiocre Scoop et surtout de Vicky Cristina Barcelona, qui me semblent infiniment plus mauvais. D'ailleurs, ce dernier, si on me forçait à le revoir, il me plomberaient complètement. Ce film vaut strictement que dalle ! C'est une carte postale de l'Espagne ultra-cliché. Enfin bref. Pour moi l'année 2010, celle de la sortie de Vous allez rencontrer un gros titre à rallonge de merde, est donc un bon "cru", comme il est de coutume de dire quand on cause du film annuel de Woody Allen. 
 
 
Sur votre droite, ce n'est pas un bel et sombre inconnu, c'est Anthony Hopkins, qui est tout de même célèbre en-deçà des Pyrénées.
 
Déjà, les acteurs ont tous l'air à leur place, légitimes et appropriés. On n'a pas le sentiment qu'ils sont là histoire de rajouter à leurs filmographies un petit Woody Allen, ce qui fait toujours bien dans le milieu. Non, là, même le gros Josh Brolin, que je n'aime pas beaucoup d'habitude, s'avère crédible et juste dans son rôle d'écrivain raté qui n'éprouve plus rien pour sa femme, Naomi Watts, elle aussi très bien. Puis Antonio Banderas est nickel dans son petit rôle de beau vieux (avec juste deux scènes payées des clopinettes, si j'étais une meuf il m'aurait à l'aise, en tant que mec aussi je le dégomme). Quant à l'inénarrable Sir Anthony Hopkins, l'acteur a peut-être le rôle le plus grossièrement écrit mais il lui donne une certaine épaisseur en étant assez remarquable, plutôt subtil dans son jeu, et c'est assez exceptionnel pour être souligné. L'actrice indienne Freida Pinto, qui était vulgaire et insupportable dans Slumdog Millionaire sous la caméra de l'infâme Danny Boyle, est ici d'une beauté rare. On comprend que Josh Brolin perde ses moyens face à elle et qu'il se mette à lui déblatérer ses pires astuces de routier.
 
 
"Tu vas faire un film avec Woody Allen"
 
Quant au film, plus généralement, il est mené à un rythme très soutenu et je ne me suis ennuyé qu'un quart d'heure, ce qui est pas mal avec un Woody Wood Allen récent. Il est assez léger, tantôt grave, mais c'est la légèreté qui l'emporte clairement, et c'est tant mieux, ça donne au film un charme désuet que n'avaient pas certains des derniers Allen, parfois un peu trop démonstratifs, moralisateurs, schématiques. Ici Woody Allen donne davantage l'impression de nous faire croquer un bout de la vie de plusieurs personnages et il nous quitte même en laissant certaines intrigues en suspens, ce qui n'est pas plus mal. C'est rarement surprenant, mais je me suis laissé aller dans son récit sans souci. Je peux peut-être comprendre que ceux qui préfèrent les Woody Allen focalisés sur un personnage principal cynique incarné par lui-même ou un alter ego (comme c'était le cas dans Whatever Works, qui m'avait bien plu aussi) puissent être déçus par ce film. Mais pas moi. Après je ne cache pas que j'ai passé une super soirée quand je suis allé voir ce film au ciné. J'étais avec mes beaux-parents qui sont déjà vraiment sympathiques et puis on a terminé la séance avec un repas pantagruélique dans une taverne bavaroise qui sert tripes sur tripes, tripoux à l'entrée, andouillette AAAAA en plat de résistance, boudin blanc en sorbet béchamel au dessert, le tout noyé dans la choucroute et le pinard bouchonné, bref, le pied ! Or il se peut qu'une soirée si géniale, doublée d'une digestion compliquée, ait quelque peu influencé mon appréciation du film en bois de Woody Allen.
 
 
Josh Brolin est un mateur.
 
Parce qu'en y repensant avec du recul, et quitte à passer pour un indécis en complète contradiction avec lui-même ou pour un schizo, il faut bien dire que l'histoire ne présente aucun intérêt. On a déjà vu et entendu ça un bon million de fois, ces personnages pathétiques qui en chient avec leurs sentiments et qui remettent en cause leur vie affective... Le vieillard qui a peur de vieillir, qui fait du sport et qui épouse une playmate bodybuildée ; l'écrivaillon raté en jogging Reebok qui tombe dingue de sa voisine d'en face, une indienne qui a pris son intégration ibérique à bras le corps en apprenant à jouer de la mandoline, prompte à éveiller un besoin d'adultère chez l'écrivain raté qui la reluque, lequel se fout dans la merde en pompant le manuscrit de son ami dans le coma ; on a aussi droit à la trentenaire fanée par sa vie de couple peu trépidante qui tombe amoureuse de son patron et qui est triste parce qu'elle voudrait avoir un premier enfant avant d'être grand-mère ; la vieille mamie un peu tarée et déboussolée par son divorce qui fait caguer tout le monde avec sa voyante attitrée... Personnellement j'en ai rien à faire de leurs histoires. C'est la même soupe que nous vomissent tous les derniers Woody Alien depuis pas loin de dix piges. Une galerie de portraits sans intérêt, un mixte de personnes bavardes comme pas deux et aux dialogues sans saveur, le tout filmé le plus platement possible par un fantôme des plateaux qui nous fait suer chaque année en ouverture du festival de Cannes avec son nouveau navet printanier. C'est du théâtre de boulevard sans qualité, basé sur des personnages caricaturaux. L'histoire est vaine, la morale finale est foireuse. T'as fini Allen ? 
 
 
"Non, je déconne pas, j'ai beau avoir 76 ans, je reste vigoureux. Là je la tiens avec ma main gauche parce qu'elle tremble toute seule. Mais je te démontre comment je dois la tenir au repos avec ma main droite pour ne pas me pisser dessus..."
 
Et si le film a quelque chose de "sympathique", s'il se laisse mater sans broncher (ce qui n'est certainement pas un gage de qualité), c'est uniquement parce qu'il est rythmé et qu'il semble enjoué, n'empêche que c'est jamais drôle ni subtil, et c'est pas un plan séquence de cinq minutes avec des acteurs qui s'engueulent dans le champ en nous rappelant toutes leurs années de labeur à l'Actor's Studio qui va sauver ce naufrage. On est en droit d'attendre mieux de Woody Allen (tous ses derniers films sont ratés si on y repense) que ce navet bourré de clichés et de facilités, comme la voix-off bien pratique pour s'éviter de mettre joliment en place le récit de ce qui n'est qu'un film choral de plus. C'est nul. Des derniers Woody Allen j'ai largement préféré Vicky Christina Barcelona (qui était complètement naze) !
 
 
Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu de Woody Allen avec Naomi Watts, Josh Brolin, Anthony Hopkins et Antonio Banderas (2010)

27 avril 2011

Mulholland Drive

Rédactrice exceptionnelle du blog, Nônon Cocouan m'a rejoint pour parler à quatre mains du film le plus coté de ces dix dernières années, celui qui a ouvert la voie au cinéma du 21ème siècle.

Qu'on se le dise, il y a un avant et un après Mulholland Drive. Avec ce film, on quittait le traditionnel "Attention ! Changement de réalité", pour entrer dans la pure fusion schizophrénique de ces réalités. Matrix et eXistenZ avaient déjà ouvert la voie à ce type de confusion concertée mais ces films-là distribuaient des clés et se donnaient finalement à lire, sans ambiguïté pour le premier, dans toute son ambiguïté pour le second, avec son fameux système de twists. Aucun de ces deux films n'avait créé un engouement interprétatif comme celui qu'a suscité le mystérieux film de Lynch (mystérieux, Lynch, doux pléonasme*). Chacun y allait de son explication plus ou moins vaseuse, cherchant à comprendre le pourquoi du comment en décortiquant un à un tous les éléments de l’œuvre. L'oncle Lynch avait pourtant bien dit qu'il n'y avait rien à comprendre et qu'il était inutile de chercher, mais les fans incorrigibles n'écoutèrent pas leur nouvelle idole et s'époumonèrent à forcer le film, à lui faire dire ce qu'il ne disait pas (bien que n'interdisant aucun de ces discours poussifs).


Combien de Rita dans cette image ?

Par exemple, sur l'élément le plus énigmatique du film, le fameux loup-garou qui apparaît derrière le bar Winkie's et qui est en "réalité" (mais où est la réalité ?) un vieux clodo crado : tout a été dit. Qu'il s'agissait d'une affirmation de la portée psychanalytique du film via l'apparition du "surmoi" de Freud sous la forme d'un ouistiti ; mais encore, pour certains terre-à-terre, que ce clochard couvert de poils et de merde avait pour vocation de représenter toute la misère que le miroir aux alouettes clinquant d'Hollywood tend à dissimuler. Naomi Watts en personne, subjuguée par le talent divin de son pygmalion, y est allée de sa petite hypothèse : d'après elle cette scène serait la prophétie lynchéenne annonçant sa gloire à venir et sa future collaboration avec le gros gorille d'Hollywood (on parle bien sûr de Peter Jackson, pas de King Kong). Finalement, las de toutes ces spéculations et déçu que personne ne l'ait reconnu, Lynch a fini par révéler le pot aux roses : fan d'Hitchcock, il a voulu comme son maître apparaître dans son film avec un caméo de tous les diables. Son image de dandy en a pris un coup puisqu'on l'a tous pris pour un gros chien.


Sous la merde, le dandy.

Pourquoi chercher à tout prix à élucider le mystère quand toute la beauté et la richesse du film résident précisément dans ce mystère ? Ne cherchons pas en vain à inventer des réponses pour chaque énigme de ce film, apprécions-en plutôt les abysses métadiscursifs et laissons-nous prendre au pur jeu cinématographique de Lynch. Le cinéaste à mèche folle a pour intention première d'explorer la fascinante puissance d'illusion du cinéma et de nous manipuler alors à sa guise en se jouant des codes rigides de la "grammaire" du cinéma dit classique. Il lui suffit par exemple de faire légèrement flotter sa caméra pour rendre onirique et inquiétant un banal dialogue en champs-contrechamps dans le fameux Winkie's ; ou de carrément rompre la continuité du procédé avec un faux raccord sur les énormes nichons plastifiés de Laura Elena Dern, implants mammaires qui constituent sans nul doute le plus gros mystère du film. Lynch joue avec ce que le spectateur croit connaître du cinéma en faisant disparaître Betty au détour d'un panoramique ou en la dédoublant avec un simple travelling en vue subjective.


Le plastique, c'est fantastique...

Qu'est-ce qu'un personnage de cinéma ? C'est peut-être la question la plus vertigineuse que pose Lynch dans son film : est-ce qu'il est identifiable par sa couleur de cheveux ? Sa voix ? Son vécu ? Sa mémoire ? Son costume ? Son lieu de résidence ? Ou suffit-il de le nommer pour qu'il prenne vie ? C'est déjà ce que se demandait Hitchcock avec le personnage de Roger Thornill/George Kaplan dans La Mort aux trousses, autre grand film sur la désorientation et les faux-semblants. A ce titre, Lynch use de tout un réseau référentiel (de Sunset Boulevard à Rosemary's Baby en passant par Persona et Le Mépris, sans oublier Vertigo), pour bouleverser nos attentes, nos habitudes et nos certitudes en faisant fonctionner à plein tube notre mémoire cinéphilique. C'est un autre tour de force de Lynch car ces références ne sont jamais des béquilles indispensables à l'intérêt de son film, comme ce peut être le cas chez De Palma (cinéaste incontournable quand il est question de mise en abyme, et que par conséquent nous contournerons**). Reconnues, ces références sont autant de valeurs ajoutées : sans elles le film opère de façon indépendante et remplit allègrement son cahier des charges en charmant aussi bien le spectateur aguerri que le néophyte.


Le caoutchouc, super doux !


Encore que pour être charmé il faille apprécier l'humour noir décalé et absurde, les histoires sans queue ni tête, le manque de tendresse et d'humanité, les énigmes à la noix et l'absence de véritable point d'achoppement émotionnel. On peut penser comme moi que c'est le comble de la facilité qu'un film ne donne aucune réponse pour laisser le spectateur faire tout le boulot et ramasser les lauriers d'une intelligence hermétique auto-proclamée, ou qu'il s'agit de la quintessence du métafilm le plus maîtrisé, libre et foisonnant qui soit, comme je le pense. On peut trouver ça pourri ou génial, pour moi ça l'est. C'est un putain de chef-d’œuvre complètement à chier.


* Rappelez-vous notre définition de l'adjectif "lynchéen".
** Nous ne le contournerons pas longtemps puisqu'une prochaine semaine thématique lui sera entièrement consacrée !


Mulholland Drive de David Lynch avec Naomi Watts, Laura Elena Harring et Justin Theroux (2001)