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13 juillet 2024

Funny Games U.S.

Do you have any cuddly toys? The other day a colleague who had just returned from a stroke explained to us that he had comfort meals in which to take refuge in the event of a hard blow or even a bad cold. He gave us the example of the large dish of buttered spaghetti in a vase plate, topped with a fried egg. And he asked us for our comfort food meals. Obviously we found a couple (lasagna, plowman's soup, seared liver, stuffed oysters, veal roustons), but that's not the subject. We started, on the other hand, and it's more connected to the blog, to wonder if we had any comfort films. What does it mean ? Films where you can find refuge in the event of a major bout of the blues, films where you can find shelter in the event of losing faith in cinema, films where you can reassure yourself in times when life becomes vicious. One title made the consensus for us, like a blinding flash: Funny Games U.S. by Michael Haneke, with Naomi 2,21Gigo/Watts, even if we didn't see it again as adults.
 

 
 
Why this film? No doubt for its unity of place. Very often, closed doors appear to us like potential comfort films, for the comforting side of packing, the feeling of snuggling up in a tight camisole, of curling up in a blanket that smells of incense or damp towels exits from the broken dryer, these film-places, almost film-worlds, where nothing will surprise us, where the space is marked out, under control, known and recognized, well traveled, let's just mention Kitchens and outbuildings, My Night at Maud's, Le Dîner de cons, The Corde, 12 Angry Men, Assault, or the most recent Zone of Pinterest by Jonathan Glazer and his unforgettable lines: "I said left Pignon...". Another advantage of Funny Games U.S. on the comfort side is its total absence of adversity, animosity, tension, or threat. Nothing but reassuring, soothing, neutral and benevolent camera gazes, with the culmination of the famous final wink to the spectator, passed down in the annals of good-natured cinema, and which invites us to bathe in the flow of the film, to become one with the diegesis and to perceive the characters as members of our own beloved family. As we reach the end of this review, there is a small doubt however: not sure that we are really talking about the right film.
 
 
Funny Games U.S. by Michael Haneke with Naomi Watts and Tim Roth (2k7)

10 juillet 2024

Funny Games

Avez-vous des films-doudous ? L'autre jour un collègue fraîchement revenu d'un AVC nous expliquait qu'il avait des repas-doudous dans lesquels se réfugier en cas de coup dur ou même de gros rhume. Il nous citait l'exemple du grand plat de spaghettis au beurre dans une assiette-vase, surmonté d'un œuf au plat. Et il nous demandait nos repas-doudous. Évidemment on a en a trouvé une paire (les lasagnes, la soupe du laboureur, le foie snacké, les huîtres farcies, les roustons de veau), mais c'est pas le sujet. On s'est mis, en revanche, et c'est plus connecté au blog, à se demander si on avait des films-doudous. Qu'est-ce que ça signifie ? Des films où trouver refuge en cas de gros coup de blues, des films où s'abriter en cas de perte de foi dans le cinéma, des films où se rassurer dans les moments où la vie se fait vicieuse. Un titre a fait le consensus pour nous, tel un flash aveuglant : Funny Games de Michael Haneke, avec Bruno Putzulu, même si on ne l'a pas revu étant adultes.
 
 
 
 
Pourquoi ce film ? Sans doute pour son unité de lieu. Très souvent, les huis-clos nous apparaissent comme des films-doudous en puissance, pour le côté réconfortant du packing, le sentiment de se blottir dans une camisole bien serrée, de se lover dans un plaid qui sent l'encens ou des serviettes humides sorties du sèche-linge en panne, ces films-lieux, presque des films-mondes, où rien ne va nous surprendre, où l'espace est balisé, sous contrôle, connu et reconnu, archi parcouru, ne citons que Cuisines et dépendances, Ma nuit chez Maud, Le Dîner de cons, La Corde, 12 hommes en colère, Assault, ou le plus récent Zone of Pinterest de Jonathan Glazer et ses répliques inoubliables : "J'avais dit à gauche Pignon...". Autre avantage de Funny Games côté doudou, son absence totale d'adversité, d'animosité, de tension, de menace. Rien que des regards-caméras rassurants, apaisants, neutres et bienveillants, avec comme point culminant le fameux clin d’œil final au spectateur, passé dans les annales du cinéma bon enfant, et qui nous invite à baigner dans le flow du film, à ne faire qu'un avec la diégèse et à percevoir les personnages comme des membres de notre propre famille adorée. En touchant à la fin de cette critique, petit doute cependant : pas sûrs qu'on parle bien du bon film.
 
 
Funny Games de Michael Haneke avec Bruno Putzulu (1997)

17 mars 2018

Annihilation

Après le remarqué Ex Machina qui abordait l'un des thèmes favoris de la science fiction actuelle, l'intelligence artificielle, le britannique Alex Garland persévère dans le genre en adaptant cette fois-ci le best steller de Jeff Vandermeer, Annihilation, paru en 2004 et auréolé de nombreuses distinctions. Ce livre s'inspirait de deux grands classiques venus de l'Est : Stalker, des frères Strougatski, et Solaris, de Stanislas Lem, des incontournables de la SF, à lire absolument, qui ont chacun donné lieu à des adaptations signées Andreï Tarkovski, elles-mêmes entrées dans l'histoire du 7ème Art. C'est dire si Alex Garland fait preuve d'ambition et s'inscrit dans un héritage littéraire et cinématographique particulièrement lourd à porter. En réalité, c'est principalement à Stalker que l'on repense ici puisque le point de départ est grosso modo le même. Il s'agit d'une idée a priori très excitante, popularisée par les frères Strougatski puis magnifiée par le chef d’œuvre de Tarkovski : l'exploration d'une vaste et mystérieuse étendue de notre planète influencée par une présence venue d'ailleurs, une zone à haut risque aux effets inexplicables sur les visiteurs qui s'y aventurent courageusement. Nous suivons une petite troupe de scientifiques, exclusivement féminine, menée par Natalie Portman et Jennifer Jason Leigh, désireuse d'atteindre le centre de ladite zone afin de percer son secret, de comprendre pourquoi celle-ci croît inexorablement, transformant tout ce qu'elle absorbe.





Dès les premières minutes d'exposition, le film s'avère hélas assez laborieux. Alex Garland installe péniblement des personnages tout à fait anodins, interprétés par des acteurs qui semblent peu concernés (la palme revenant à Jennifer Jason Leigh, fantomatique). Mais parce que le pitch est prometteur, on demeure vaguement intrigué et, surtout, impatient d'entrer enfin dans la fameuse zone, ce "scintillement" étrange qui, à l'image, se caractérise par des vagues de lumières aux couleurs de l'arc-en-ciel, miroitant au loin. Ce n'est qu'à la trentième minute que la bande à Natalie Portman y pénètre enfin, après un dernier temps d'attente, un ultime regard lancé derrière leurs épaules, histoire de créer un suspense qui se fait toujours désirer. Nous apprenons ensuite que la présence venue d'outre-ciel a pour effet de faire muter les organismes, de les mêler de manière hasardeuse les uns aux autres, faisant fi des barrières des espèces et des lois les plus élémentaires de la Nature. Cette particularité aurait pu permettre à Alex Garland toutes les folies visuelles. Malheureusement, si la "direction artistique" se veut soignée, le cinéaste s'avère incapable de la mettre convenablement en valeur, de créer des images réellement fascinantes. Visuellement, Annihilation est d'une pauvreté accablante, malgré deux ou trois bonnes idées disséminées ici ou là qui auraient mérité un bien meilleur traitement et en dépit d'un scénario qui offrait un prétexte solide à toutes les extravagances.





A l'image, c'est à un psychédélisme très sage auquel nous avons affaire, donnant régulièrement au film une sorte de style pseudo New Age daté et de mauvais goût. Initialement écrivain et scénariste, Alex Garland révèle encore toutes ses limites en tant que metteur en scène. Il nous rappelle que son Ex Machina était déjà très surestimé et bénéficiait, lui aussi, d'un pitch particulièrement aguicheur, d'un scénario que n'honorait pas son travail de réalisateur, mais qui a suffi à en tromper plus d'un. En évoquant immanquablement Stalker, Annihilation nous rappelle sa petitesse dérisoire fasse à l’œuvre gigantesque de Tarkovski. Mais Alex Garland ne s'arrête pas là et convoque aussi régulièrement d'autres références trop imposantes pour lui. On note ainsi de nombreux clins d’œil et de situations rappelant The Thing de John Carpenter. Là encore, la comparaison s'avère très cruelle puisque contrairement au maître, le britannique est bien incapable de développer la moindre atmosphère et ne capture guère de visions d'épouvante ni ne provoque aucun effroi face à l'inconnu, aucune sidération face à l'inexplicable. Il parvient seulement à nous donner le vertige face au terrible abîme qui le sépare des grands cinéastes qui, eux, ont su marquer la science fiction en mettant leur immense talent à son service. Pour réussir un tel film, il faut en effet un certain génie, un brin de folie. Produire des images marquantes n'est pas donné à tout le monde. Imaginez le script d'Under the Skin entre les mains d'un guignol. C'est impensable. Jonathan Glazer a su le sublimer, en faire une œuvre tout à fait à part. Alex Garland n'est définitivement pas de cette trempe, il aurait peut-être dû laisser faire quelqu'un d'autre. Mais ils ne sont hélas pas nombreux ceux qui, aujourd'hui, auraient été capables d'en tirer un chouette film.





Alors que son histoire lui offre mille possibilités, nous avons donc droit à des fleurs de toutes les couleurs, à deux biches albinos sautillant dans les bois, à un crocodile à la dentition variée et à un ours à la tronche de sanglier. Génial... On a le désagréable sentiment qu'il manquait un illuminé à bord, l'équivalent d'un Giger ou d'un Rob Bottin, capable de matérialiser les plus folles digressions. Ce n'est qu'à la toute fin qu'Alex Garland se lâche un peu et nous propose une scène plutôt surprenante. Natalie Portman y est confrontée à un double bizarroïde lors d'un face à face donnant lieu à une chorégraphie où le temps, enfin, paraît suspendu par l'étrangeté du spectacle proposé. C'est hélas bien trop tard... Orphelin de la moindre tension, en dehors d'une scène plutôt réussie et porteuse de la plus belle idée (l'ours mutant qui reproduit les appels à l'aide de sa dernière victime humaine — notons qu'elle est sonore et non visuelle), Annihilation est également dénué de rythme et d'ambiance. Pompeusement découpé en plusieurs chapitres aux titres sibyllins, ce film très creux nous propose des flashbacks réguliers qui nous permettent de faire plus ample connaissance avec le couple sans intérêt formé par Natalie Portman et Oscar Isaac. On se farcit ainsi des scènes de plumard lamentables où le second chatouille la première après avoir échangé sur Dieu et la Création lors de dialogues imbuvables. Merveilleux...





Au bout du compte, Annihilation laisse une impression drôlement désagréable, celle d'une arnaque mal menée, d'esbroufe sans style particulier. Un comble. Le scénario qui invitait à des métaphores évidentes semble cacher tant bien que mal son indigence derrière une nébulosité ridicule qui n'émoustille en rien notre imagination et ne nous incite nullement à combler ses vides, ses trous laissés béants. Le plan final, pied de nez minable, achève de nous plonger dans la pire perplexité, il ressemble tristement au cliffhanger facile d'un épisode de série télé de bas étage. Il paraît que le film parle avant tout de dépression, d'autodestruction. C'est vrai qu'il nous fait broyer du noir et que la démarche de Garland s'apparente à un suicide. Annihilation accomplit la désolante prouesse de nous amener à douter du pouvoir de l'art cinématographique quant à sa capacité à exploiter pleinement les grandes idées de science fiction et à reproduire les plus singulières expériences de lecture (on pourrait, ou plutôt, on devrait pouvoir penser à La Couleur tombée du ciel de Lovecraft, à La Forêt de Cristal de JG Ballard). Et l'on frémit de nouveau en pensant que l'adaptation des Montagnes Hallucinées par le peu doué Guillermo Del Toro pourrait être remise sur les rails suite au succès de La Forme de l'Eau. Alors que John Carpenter réussissait à évoquer l'esprit si périlleux de Lovecraft dans The Thing, en s'y attaquant par des voies détournées, Alex Garland nous confronte simplement à son impuissance et échoue à effleurer les grands écrivains, les maîtres de la science fiction, en empruntant pourtant un chemin bien plus direct. On termine le film avec l'envie très vive de se nettoyer les yeux, de raviver notre amour pour le cinoche, le vrai, en se replongeant dans le décidément inégalable Stalker d'Andrei Tarkovski.


Annihilation d'Alex Garland avec Natalie Portman, Jennifer Jason Leigh et Oscar Isaac (2018)

27 janvier 2015

Bilan 2014


Chaque année, nous faisons partie des derniers blogueurs ciné à livrer leur verdict sur l'année cinématographique passée. Chaque année, nous invoquons de nouvelles excuses ; cette fois-ci, nous attendions d'avoir vu Dracula Untold avant de boucler nos classements. En janvier 2011, c'est à reculons que nous nous étions soumis pour la première fois à cet exercice ; pas préparés, nous avions à peine été capables de fournir un malheureux top 5 chacun. En janvier 2012, c'est à reculons que nous nous étions adonnés pour la deuxième fois à cette pratique désormais incontournable et, pour la franchir, nous avions eu la chic idée d'unir nos forces, lors d'une froide après-midi d'hiver, autour d'un kefta-chocolat auch, passée à rédiger ensemble et sans effort une fine analyse de l'an de grâce cinématographique 2011, accompagnée du top officiel de QT, livré un exclusivité. En janvier 2013, rebelotte : kefta, chocolat, et c'était plié. Mais, déjà, l'écriture se  faisait plus laborieuse, la difficulté de l'exercice nous rattrapait et l'année suivante, cette "session" où la rédaction du top annuel était seule à l'ordre du jour, se transformait en un épinglage en règle d'un film de Rob Reiner que nous gardions depuis trop longtemps en travers de la gorge. C'est donc séparément, sans ardeur, que nous avions écrit puis regroupé nos grifouilles, surtout satisfaits de se débarrasser de ce fardeau régulier. Aujourd'hui, alors que des kilomètres nous séparent, nous avons choisi de faire plus court et, après des années de tergiversations, nous allons pour la première fois vous proposer un top commun, réunissant donc nos films préférés de 2014 en un seul et même classement de 20 titres. Une décision prise face à la si grande similarité de nos tops respectifs, et malgré la présence, un peu embêtante pour l'un d'entre nous, du Gone Girl de David Fincher. Voici donc notre top 2014 :



http://ilaose.blogspot.com/2014/02/tonnerre.html
 

http://ilaose.blogspot.com/2014/07/bird-people.html

http://ilaose.blogspot.com/2014/04/night-moves.html
 
http://ilaose.blogspot.com/2014/05/the-battery.html
 
http://ilaose.blogspot.com/2014/04/aimer-boire-et-chanter.html

http://ilaose.blogspot.com/2014/03/her.html

http://ilaose.blogspot.com/2014/12/mister-babadook.html

 


1/ Under the Skin
2/ Tonnerre
3/ Deux jours, une nuit
4/ Bird People
5/ Night Moves
6/ The Battery
7/ Aimer, boire et chanter
8/ Her
9/ Mister Babadook
10/ Sils Maria
11/ Still the Water
12/ Les Bruits de Recife
15/ Sunhi
16/ P'tit Quinquin
18/ Boyhood


Il aura été assez difficile cette année d'établir un ordre précis, surtout en tête de classement. Aucun film ne s'est véritablement et très nettement détaché à nos yeux. Au lieu d'un élu écrasant, trônant seul et de façon incontestable sur l'année, on perçoit plutôt, couronnant le tout, un lot de très beaux films avec leurs petits défauts, des œuvres pour le moins différentes mais ô combien estimables. Puisqu'il en faut une, la première place revient à Under the Skin du surdoué Jonathan Glazer, peut-être le film le plus surprenant, le plus remuant, le plus ambitieux, qui sait, de l'année. Nous ne l'avons pas encore critiqué dans ces pages mais il a suscité une longue et foisonnante conversation entre tous les membres de la rédaction, trop longue et trop foisonnante sans doute pour que l'un d'entre nous trouve le courage de s'y attaquer dans un article. Pourtant le cœur y est.


Kleber Mendonça Filho, retenez ce nom, il aura une Palme un jour ! Les Bruits de Recife, son "soap opera filmé par Carpenter" est déjà une belle proposition de cinéma et, surtout, une sacrée promesse.

Deux autres films de notre top 10 n'ont pas généré de bafouilles sur ce blog, à commencer par l'excellent film des frères Dardenne, Deux jours, une nuit, œuvre profondément bouleversante, aussi galvaudé que soit ce mot. Comme d'autres grands films de cette année (ceux de Pascale Ferran ou de Spike Jonze, par exemple), celui des Dardenne prend notre époque à bras-le-corps (avec une triste mais évidente justesse, n'en déplaise à certains critiques pourtant habitués à mieux, qui lui ont reproché de s'arranger avec la vérité et n'ont que prouvé leur terrible méconnaissance de ladite vérité, celle du monde contemporain en général et de l'entreprise en particulier), et hausse à un niveau encore jamais atteint le cinéma des frères aux pieds palmés venus tout droit des Awires, mot compte automatiquement double au Scrabble. Tout compte double avec les Dardenne : ils sont deux, ils ont deux Palmes, l'histoire de leur dernier film se déroule sur deux jours, et ils possèdent bien deux paires de couilles grosses comme des marmites.


Le petit Ellar Coltrane zieute la même chose que nous : ce petit téton qui pointe sous le débardeur de sa mère.

L'autre "lauréat" de notre bilan qui ne figure pas encore parmi les 1040 titres (toujours bon à rappeler) de notre index, c'est Sils Maria, de l'ami Olivier Assayas, qui fêtait ses 60 ans hier (bon anniv Ounivié !). Ce film à double visage, qui puise dans toute une histoire du cinéma au risque de manquer de surprises, mais se révèle par ailleurs d'une rare maîtrise et permet à son auteur de renouer avec les sommets, trouve une place logique et somme toute assez confortable à mi-chemin de notre grand classement commun. Les autres films ? Inutile d'en dire plus, nous les avons pour la plupart critiqués (cliquez sur les liens, y'a de l'hypertexte à tous les étages sur ce blog à la pointe). Mais ne tardons plus et passons directement à l'essentiel, autrement dit à vos classements, le top et le flop de nos chers lecteurs :



http://ilaose.blogspot.com/2014/03/12-years-slave_4.html


Même si nous avons chaque année beaucoup de titres en commun, c'est la première fois que nous partageons le même n°1 que vous, et nous en sommes ravis. Under the Skin, pour le coup, domine votre classement de la tête et des épaules. L'écart qui le sépare des suivants est vertigineux. Pour le reste, le classement a somme toute bien fière allure et, si cette phrase a le moindre sens, nous pouvons dire que nous ne sommes pas peu fiers de nos lecteurs.

Autant d'ailleurs pour votre Top que pour votre Flop, qui réunit une belle envolée d'oies galeuses sur lesquelles, pour une bonne partie, nous avons tiré à feu nourri cette année (à commencer par vos trois vainqueurs, 12 Years a Slave, Lucy et Maps to the Stars, mais aussi l'inévitable Gilliam qui obtient un zéro pointé pour son archi-naze Zero Theorem). Autant d'oiseaux de mauvais augure que nous sommes ravis de voir s'éloigner pitoyablement vers les rivages de l'opprobre avec des tonnes de plomb dans l'aile. Un seul film nous semble injustement mitraillé, le très clivant Her de Spike Jonze, qui arrive 7ème de ce par ailleurs très juste flop infamant et 10ème de votre glorieux top (exploit déjà réalisé par David Cronenberg avec Cosmopolis en 2012 et par Harmony Korine avec Spring Breakers en 2013).

On remarque, statistiquement parlant, et on en terminera sur cette analyse, que le flop contient six titres de films en un seul mot. Six sur dix ! Après un petit calcul nous pouvons assurer que cela représente 60% des suffrages. Hasard ou coïncidence ? Claude Lelouch hésite en clignant des paupières comme un dingue, mais une chose est sûre, c'est que les films dont le titre tient en un mot sont manifestement plus menacés d'être à chier et de finir épinglés sur le mur de la tehon en fin d'année. Ceci expliquerait peut-être la présence forcée de Her dans le flop, malgré ses indéniables qualités. Et aurait pu justifier que Nymphomaniac y finisse aussi, qui le mérite, du coup, objectivement. Ceci est, quoi qu'il en soit, un sérieux avertissement lancé aux cinéastes qui s'apprêtent à sortir un film en 2015.


 A coup sûr, l'une des tronches marquantes de l'année 2014.

Que dire pour conclure ? Sinon merci. Cette année encore, vous avez été nombreux à participer aux votes, et nous tenons à vous remercier. Notamment Fabrice Guedon (aussitôt rebaptisé, au vu de son top tonitruant, Fabrice Guedin), Sylvain Métafiot (notre ptit, ptit, ptit, ptit métafillot), Pierre Guilho (qui a toujours du mal à établir son top de fin d'année, la faute à une persistance rétinienne de malade qui fait que les images des films de l'an passé sont encore imprimées dans sa tronche) Olivier Père (et Dieu sait que nous vous engageons à régler votre pas sur le pas de notre Père), Hamsterjovial (nous aimerions que ces jours où il est en verve et nous lâche quelques uns de ces commentaires dont il a le secret soient des jours sans fin), Le Ciné-Club de Caen (des années que nous envoyons nos souscriptions sous forme de chèques et toujours pas reçu le moindre programme, ça tourne au moins ?), Gondebaud (qui cette année nous a un peu fait faux bon de gaud), Thibault et Olivier (nos dirlo photo travelo), Édouard Sivière (qu'on attendait au tournant sur Night Moves - Nage Nocturne en VF - cette année), Max L. Ipsum (dit "Max l'Opossum" sur Senscritique.com), Camille Larbey (dont le top est tout à fait zarbey), Céline P. (que nous remercions pour les triples glaucomes dus à l'ancienne présentation de son, au demeurant, très chouette blog), le dr. Orlof (accro à la piquouse, et qui ne nous en a donc pas trop voulu d'avoir loupé son giga anniversaire cette année, une patte ce doc, bon anniv ! on est dans les temps ?), Inisfree (c'est quand que tu payes ta tournée ?!), Guillaume A. (la ramasse sur le flop, comme d'hab), Josette K. (notre chef machino, à gauche, sous le lien, sur la photo), Émilien (qui n'a pu voir que les films qui passaient dans le quartier chinetoque de Paname...), Jean-Pascal Mattéi (qui n'a pas mattéi grand chose cette année, si ce n'est son pote Taddéi), Asketoner (littéralement "demandez-le à elle", donc vous gênez pas), Fred MJG (quand se décidera-t-elle a changer de boîte mail ? Pour la 3ème fois, on ne reçoit pas tes messages !), Kevin Watrin (il a changé la première lettre de son nom, ça a changé sa vie), Victor Coulon (& the gang), Tepepa (test), Semmelweis (si vous pouviez nous en ramener un ou deux de votre prochain séjour en Suisse ? paraît que ça porte la chkoumoune !), Nolan (le changement de nom, ça suit son cours ?), Rick et Pick (mais aussi leurs acolytes Colégrame, Bour et Bour et Ratatam), Mathieu Ash (tes souhaits), Magenta Prod (frère de Pascal ? On espère pas...), et d'autres, nous avons sûrement oublié des noms, que leurs porteurs se manifestent gentiment et nous pardonnent, ou se taisent à jamais.


On espère à présent que l'année 2015 sera faite de moments de grâce, comme ceux qui parsèment le beau Still the Water de Naomi Kawase.

Mais remercions aussi nos collaborateurs fidèles de cette année, à commencer par celui qui, pour la première fois, a maté des films, déjà, puis a chaussé ses lunettes et pris la plume, nous avons nommé Vincent, routier cinéphile en direct de Salamanque (où il est connu comme le loup blanc sous le surnom de Piso 2C), mais aussi les vieux routards : Poulpard, jamais avare en racontards, Joe G. et ses multiples avatars, qui ne perd pas une occasion de foutre tout le monde mal à l'aise, Nônon Cocouan, juge et parti dans cette affaire, toujours prodigue en coups de latte pour ses têtes de turcs favorites, et puis Simon, le "darron", fan de Dominique A.(bus de voix aigüe est dangereux pour la santé) et dénicheur de gros coups invétéré (mais après coup).

Merci à tous d'avoir participé à ce bilan 2014 et, d'une manière ou d'une autre, à la vie de ce blog, que nous espérons encore longue en votre compagnie.

4 janvier 2015

Lucy

Attention, devant ce film qui relate la progression exponentielle des capacités cérébrales d'une abrutie, le spectateur inattentif est susceptible d'être victime d'une chute de QI perceptible par l'oreille humaine. Quand on lance le dernier rejeton surnuméraire (il avait juré de s'arrêter à dix daubes ! tous les Besson seraient-ils des traitres ?) de la filmographie de Luc Besson, on s’attend à un truc profondément bête et laid. On est encore trop bienveillant. Lucy est nettement pire que tout ce que l’on pouvait imaginer. Le film s’ouvre sur un assez long dialogue, totalement inutile et insipide, entre Scarlett Johansson (qui à ce moment-là du film n’utilise pas encore 100% des capacités de son cerveau, avoisinant plutôt les 0% bien tassés) et un tocard baratinant pour la conduire chez le salaud de coréen qui fera d’elle une valise humaine pour sac de drogue ultra prisé puis, de loin en loin et malgré lui, un génie, une déesse, une étrange antimatière noirâtre et, in fine, une clé USB. Dans ce dialogue, le compagnon de Lucy lui (à ne pas confondre avec Lucy Liu, ni avec Gong Lui) affirme, tout fier de lui : « Je suis allé au musée hier et j’ai découvert, tiens-toi ienb, que la première femme s’appelait Lucy ». Cette phrase, totalement débile, et effrayante en soi dans la bouche d’un trentenaire faisandé, résume à elle seule la naissance du projet de ce film. Un contact Facebook de Besson a dû afficher un statut disant que « l’être humain n’utilise que 10% de ses capacités cérébrales » et, fort de cette révélation hallucinante, Luc a enchaîné les lectures (la page wikipédia sur Darwin et celle sur la théorie de l’évolution), frisant la rupture d’anévrisme à force de concentration, puis il s’est enfoncé de tout son poids dans son fauteuil de scénariste puis de réalisateur pour nous pondre cette horreur.




Besson n’a pas évolué d’un pouce depuis les débuts de sa carrière. Il nous ressort, vingt-quatre ans après, les mêmes plans, déjà ringards en 1990, qu'il avait usés jusqu’à la corde dans Léon. Ces ralentis sur l’héroïne marchant d’un pas sûr vers l’adversaire, dans un couloir, un flingue dans chaque main, centrée dans le cadre, filmée en plongée puis en contre-plongée et en travelling, un coup avant, un coup arrière, en montage alterné avec le vilain (Choi Min-Sik, le Gary Oldman coréen) qui écoute de la musique classique au casque, musique qui, pour le spectateur torturé, rythme la lente marche classieuse de l’âme vengeresse tirant sur tout ce qui bouge telle une machine parfaitement rodée pour finalement arriver face à l'ennemi suprême, lui planter des couteaux dans les mains et lui sortir de grandes phrases crétines avec aplomb. C’est le culte de la maîtrise martiale, et Besson maîtrise ces plans-là, alors il les répète à l’infini. Depuis Nikita il maîtrise aussi les personnages féminins qui dégomment leurs geôliers machos, et rejoue donc aussi cette vieille partition miteuse, en faisant des geôliers des bridés, sujet qu'il gère bien depuis Wasabi. Depuis ses productions Taxi, Taxi 2, Taxi 3 et ainsi de suite, il maîtrise aussi les grosses bagnoles qui vont vite en plein paname, qui zigzaguent à toute berzingue entre les poteaux et créent des tonnes d'accidents sans récolter une rayure, alors on n'y coupera pas, quitte à ce que la scène soit parfaitement gratuite dans le scénario.




Mais entre le nettoyeur et la nettoyeuse, entre Léon et Lucy, Besson a quand même vu quelques films. Au moins trois. Matrix d’abord, et on aura droit à Lucy détaillant les lignes de codes horizontales de la matrice dans une scène d'un autre temps. Sans oublier la grande fusillade finale opposant les gentils et les méchants tous vêtus de noir et tirant en rafales dans des colonnes de marbre pour que tout pétarade à foison. Besson a bien aimé Old Boy aussi, auquel il emprunte son acteur principal et qu’il cite frontalement dans une scène complètement incohérente parmi tant d’autres (scène de combat au corps-à-corps contre une armada de coréens dans un couloir, sauf que Lucy, alors qu’elle parvenait à endormir une foule en un claquement de doigts deux scènes plus tôt et qu’elle est censée devenir toujours plus puissante, élimine désormais ses opposants un par un, sans difficulté mais de façon plus laborieuse…). Besson n'est pas resté insensible au charme de Tree of Life, enfin, et il égrène son film d’action d’images documentaires piochées ça et là dans les documentaires de France 5 et d'Arte, montrant la belle nature et la méchante civilisation. Dans la lignée de Malick, il n'hésite pas non plus, le temps d’une scène mémorable, à repartir vers la naissance du monde, réunissant les dinosaures et la première Lucy, la vraie, la première femme au look de singe. Cette dernière touche le doigt de la nouvelle Lucy transhumaine dans une reprise complètement ridicule du plafond de Sixtine. Besson n’a vu que trois films depuis 24 ans mais il connaît ses classiques, foutez-lui la paix. Et son message est clair : Dieu n'est pas mort, il n'est simplement pas né (comme l'auteur de cette thèse, qui lui est trépané), ou plutôt pas encore exaucé, car Dieu c'est l'homme 2.0, ou en l'occurrence la femme 2.0, la femme surboostée par des drogues miraculeuses, la femme améliorée, faite machine (ici, donc, une clé USB de marque DaneElec, avec une capacité tout de même de 8GB).




Le pire c’est que l’homme, et là je parle de Besson, n’a certes pas évolué mais il a même plutôt nettement régressé. Ses premiers films ne valaient pas grand chose, sinon rien, mais il savait encore y développer, bon an mal an, des esquisses de personnages. Ultra simplistes, ok, mais quand même, et ils avaient même droit à des relations (l'orpheline et son Léon reconverti en mère poule, reconversion logique dans l'esprit de Besson vu le goût prononcé du personnage pour les plantes vertes et le nettoyage...). Aujourd’hui ce n’est même plus le cas. Aucun personnage dans ce film. Lucy n’est strictement rien ni personne. La seule scène qui tente de la définir est celle où elle se fait opérer (elle sait retirer une balle de son épaule, ne craint plus la douleur, apprend le chinois en une fraction de seconde, mais ne sait ni conduire, ni s’ouvrir le ventre…). Elle profite qu'on lui déroule la bidoche pour appeler sa mère et lui dire qu’elle l’aime et qu’elle se rappelle désormais des moindres détails de son existence pré-natale. Elle est toujours sensible, puisqu’elle chiale comme une madeleine en se rappelant le liquide amniotique de sa mère (elle choisira plus tard un flic lambda pour rester à ses côtés, un pseudo-élu, lui aussi inconsistant, qu'elle embrassera au prétexte qu'il lui faudrait "se rappeler" ce que c'est qu'un mec, elle qui se souvient de toute l'histoire de chaque cellule de l'univers...), mais, toute émotive soit-elle à ce stade de son évolution, elle vient d’assassiner sèchement un chauffeur de taxi innocent parce qu’il ne savait pas où se trouvait l’hôpital.




On peut laisser passer des tonnes d’incohérences quand un film de science-fiction (et presque tous en contiennent) a suffisamment d’arguments pour mériter ces efforts, mais Lucy est une avalanche d’inepties entassées dans un enveloppe dégueulasse qui ne fait pas l’effort minimum, à défaut de déployer une mise en scène ne fût-ce que correcte, de nous présenter un personnage ou simplement une histoire qui se tienne. Tout cela ne raconte en vérité strictement rien, au point qu’on a l’impression d’avoir regardé l’épisode pilote d’une série qui ne devrait surtout pas se poursuivre. A la dernière seconde du film, après que Johansson s’est dématérialisée pour se transformer en cette fameuse clé USB contenant tout le savoir qu’elle a accumulé en 24 heures (l'idée pourrait être intrigante, mais, après un tel désastre audiovisuel, elle provoque un rire nerveux), la voix-off de Johansson (actrice aussi misérable dirigée par Besson qu’intéressante dirigée par Glazer, dans Under the Skin) nous déballe : « Maintenant vous savez quoi faire ». On se demande alors, incrédule : « Mais quoi ? ». Ah si, ne plus jamais accorder une seconde de notre temps aux abjections de Luc Besson.


Lucy de Luc Besson avec Scarlett Johansson, Morgan Freeman et Choi Min-Sik (2014)