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6 juillet 2013

La Charge des tuniques bleues (The Last Frontier)

En 1860, dans l'Oregon, la guerre de sécession à peine débutée, trois trappeurs, Jed Cooper (Victor Mature), son collègue Gus (James Whitmore) et leur ami indien Mungo (Pat Hogan), quittent la montagne où ils ont chassé tout l'hiver pour vendre leur butin. Mais à peine ont-ils fait un pas dans le film qu'ils sont détroussés par une bande de Sioux. Les premières images montrent la marche des trappeurs à flanc de montagne, puis vient un plan large qui met l'action en route et déploie déjà tout le talent d'Anthony Mann : nos trois hommes marchent vers la caméra, s'arrêtent soudain et regardent autour d'eux tandis que des indiens pénètrent le cadre par les flancs, à quelques pas du trio. Dans le même plan, d'autres indiens accroupis font leur apparition par le bord inférieur du cadre, en même temps que s'élève la caméra dans un mouvement ascensionnel qui lui fait surplomber la scène. Immobiles devant la montagne enneigée qu'ils viennent de quitter, les trappeurs sont encerclés. Puis Mann revient au plan américain sur les trois hommes et achève la séquence avec l'humour et l'ingéniosité qu'on lui connaît : nos trois gaillards décident de s'allonger dans l'herbe et de manger un morceau en bavardant au milieu d'une horde d'indiens patibulaires armés jusqu'aux dents. Ils ne broncheront pas davantage en abandonnant leurs armes et leurs chevaux aux Sioux pour sauver leur vie.


Une fois n'est pas coutume chez Mann, la communauté amicale ne se compose pas sous nos yeux, elle est donnée d'emblée.

Démunie, la petite compagnie décide de faire route vers le Canada, mais Jed veut d'abord se rendre à Fort Shallan pour qu'on lui rembourse sa marchandise, volée par les indiens en guise de représailles contre l'armée. Sauf que la rétribution des trappeurs passe par un engagement inattendu. Jed, Gus et Mungo viennent garnir les rangs du fort, en tant qu'éclaireurs, à défaut de porter l'uniforme bleu des soldats de l'Union, comme Jed en rêvait. A partir de là des tensions vont se créer, particulièrement entre Cooper, homme libre, "sauvage" même selon les militaires, et Marston (Robert Preston), le colonel en charge du fort. Humilié après avoir conduit 1500 hommes au massacre dans la bataille de Shiloh, qui lui a valu le surnom de "boucher", et doublement humilié depuis que le chef des Sioux, Red Cloud, a réduit l'un de ses forts en cendres, Marston est bien décidé à regagner ses galons en massacrant son ennemi peau rouge, quitte à envoyer au feu la bleusaille placée sous ses ordres ainsi que la poignée de "misfits" rejetés par l'armée qu'on lui a confiés, et quitte à laisser les civils de fort Shallan sans défense. Mais ce ne serait qu'un demi-motif de conflit entre les deux mâles dominants du film si la femme du colonel, Corinna (Anne Bancroft), n'avait tapé dans l’œil du trappeur au grand cœur, soucieux de se civiliser au point de projeter de se marier une fois parvenu à endosser l'uniforme.


Les civilisés d'un côté, les barbares de l'autre. Reste à savoir de qui l'on parle.

Le film est porté par des personnages absolument attachants, à commencer par les trois trappeurs, bande d'amis soudés, gouailleurs et buveurs, incarnés par de fiers acteurs, avec Victor Mature au premier rang. Opposé à un colonel aux mâchoires serrées et au regard froid, proche du personnage incarné par Henry Fonda dans Le Massacre de Fort Apache de John Ford, le grand Victor Mature, bonhomme très physique au sourire de doux ivrogne et aux cheveux explosifs, rayonne par sa présence. Surtout quand cet être d'instinct, goguenard et téméraire, s'éprend de la belle et policée Anne Bancroft, encore loin de son rôle de cougar sublime et supérieure dans Le Lauréat de Mike Nichols, ici toute frêle et timorée mais pleine de charme, y compris quand le personnage de Victor Mature se révèle aussi peu civilisé que le prédisaient les militaires en la giflant pour son indécision. Aucun personnage n'est borné aux contours d'un stéréotype fermé - et attachant ne veut pas forcément dire sympathique - pas même celui du colonel, homme blessé et soucieux de reconquérir son image, entre autres auprès de sa femme, plaçant le courage au-dessus de tout au mépris du bon sens, que ce soi-disant courage pousse son sous-fifre à l'insurrection ou le conduise lui-même et toute sa troupe au suicide.


L'art de construire des espaces de conflits et d'utiliser au maximum le paysage.

Si le film souffre un tantinet de quelques incohérences, notamment en ce qui concerne le comportement de Jed au sein du fort, dont la logique voudrait qu'on l'ait mis aux arrêts, voire passé par les armes, au moins dix fois dès la moitié du film, et définitivement quand, ivre mort, il tente de décourager les soldats de suivre le colonel au massacre en pleine cérémonie militaire ; et si le happy end, probablement imposé par le studio, semble idéologiquement douteux, bien qu'amusant, le film de Mann se tient parfaitement et fait sacrément plaisir à voir, comme tous les westerns du maître. Le cinéaste s'interroge sur l'ultime frontière entre civilisation et barbarie sans tomber dans la facilité, et tourne des scènes d'une simplicité qui n'a d'égale que leur puissance d'évocation, comme quand l'indien Mungo abandonne Jed Cooper pour retourner dans la montagne parmi les siens, regagnant "sa place", en intimant au trappeur et futur soldat de regagner la sienne au sein du fort.


Dustin Hoffman a bien failli donner la réplique à une cougar chauve... Cette image explique peut-être en tout cas le légendaire feu au cul de Mrs Robinson (Anne Bancroft) dans le film de Mike Nichols.

Mann jongle entre duels psychologiques et combats physiques (à noter une belle scène de bagarre, très violente, entre Jed et le sergent du fort), excelle autant dans les scènes de comédie que dans les scènes de drame, dans les séquences d'intimité amoureuse (le gros plan sur Victor Mature qui empoigne Anne Bancroft et l'embrasse de force en pleine nuit et à pleine bouche derrière une baraque du fort) comme dans les grands mouvements de combat (où un autre mouvement d'appareil ascensionnel fait sensation, quand Jed grimpe à un arbre et découvre les indiens tapis dans la forêt sur une crête, prêts à fondre sur les tuniques bleues en contrebas). Déployant des caractères bien trempés et immédiatement captivants au sein de paysages incroyables, filmés dans un beau cinémascope et ouvrant à tous les jeux de guerre possibles et imaginables, Anthony Mann parvient à rendre chaque situation savoureuse et contribue une fois de plus à donner ses lettres de noblesse au western.


La Charge des tuniques bleues (The Last Frontier) d'Anthony Mann avec Victor Mature, Robert Preston, Anne Bancroft, James Whitmore et Pat Hogan (1955)

17 avril 2013

Time Out

Time Out est de A à Z le bébé d'Andrew Niccol. Andrew Niccol, à ne pas confondre avec Mike Nichols, le réalisateur des excellents Carnal Knowledge ou La Guerre selon Charlie Wilson, à ne pas confondre non plus avec Jeff Nichols, jeune cinéaste américain très talentueux et ultra prometteur, auteur de Shotgun Stories et de Take Shelter, ni avec Nicolò Cherubin, latéral gauche du Bologne Football Club 1909, auteur de trois buts depuis le début de sa carrière professionnelle. Non Andrew Niccol est le triste bonhomme à l'allure de banquier malade qui, après avoir fait briller une lueur d'espoir dans l’œil des amateurs de science-fiction avec Bienvenue à Gattaca, s'est rendu coupable de deux étrons cinématographiques : S1mOne, film qui a contribué à faire passer Al Pacino de la vie à la mort, puis l'infâme Lord of War, navet pseudo politique et visuellement affreux avec au premier plan un Nicolas Cage maniaco-dépressif sous l'emprise de la coke. Voilà qui se cache derrière le nom d'Andrew Niccol, un réalisateur médiocre qui creuse sa propre tombe avec énergie, et Time Out ("In Time" en VO, merci aux distributeurs français d'avoir rendu le titre beaucoup plus clair) est son bébé, il l'a écrit et réalisé : accrochez vos ceintures, ça vole en rase-motte !


Dommage qu'Andrew Niccol ait choisi pour décor de son film d'action et de science-fiction futuriste les rangées de garages d'un immeuble de la banlieue de Roubaix.

Le projet de ce nouveau film d'anticipation, pessimiste par définition, s'annonçait bien mal, entre autres à cause de la présence en tête d'affiche du pâle Justin Timberlake, le rappeur blanc adulescent embauché comme sextoy humain chez Giorgio Armani. Et le couac filmique annoncé sur le papier se concrétise à l'écran sous la direction d'un Niccol qui n'a pas décidé d'être doué ! L'histoire repose entièrement sur une seule idée, à priori pas bête et finalement très conne, comme souvent dans ce genre de film (l'idée ultra symbolique qui tient sur un feuillet de PQ étant l'apanage des maîtres du genre, de Richard Matheson à Philip K. "Huge" Dick, mais tout le monde n'a pas leur talent). L'idée de Niccol ? "Le temps c'est de l'argent". Vieil adage s'il en est, pris au pied de la lettre par un cinéaste dont les neurones jouent des coudes sous nos yeux. Mais comment adapter cette mise à plat d'un proverbe universel à un scénario de deux heures ? Niccol est aux manettes et il a la tronche dans le guidon, jugez plutôt : dans le film les gens ne vieillissent que jusqu'à l'âge de 25 ans, âge à partir duquel leur corps n'évolue plus et reste à jamais le même. La mère de Justin Timberlake semble avoir le même âge que son jeune fils alors qu'elle se paye la cinquantaine en réalité. Mais pourquoi avoir engagé Olivia Wilde ? Pourquoi avoir casté cette actrice bangbros au rabais, sosie d'Anita Dark qui à moins de 24 ans semble plastifiée de la tête aux pieds, pour incarner la mère du héros ? Cet élément de scénario était déjà assez difficile à accepter comme ça pour ériger un tel rempart à notre crédulité. Voir Justin Timberlake dire "Merci m'man !" à une playmate au look de gogo danseuse trash transsexuelle qui lui sert son bol de chocapic matinal en tenant une bouteille de lait coincée entre ses deux plastic boobs en pneus réchappés, bizarrement ça ne passe pas. Par ailleurs le scénario ne dit rien des complexes d’œdipe morbides que ce mode de vie futuriste doit engendrer, ni des ravages psychologiques que doit provoquer chez certaines jeunes filles la seule idée de triquer à mort sur leur grand-père, ou chez certaines arrière-arrière-arrière-grand-mères bodybuildées celle de faire danser le slip de leur ptit ptit ptit ptit ptit fillot, mais passons.


"Salut m'man !"

Toujours est-il que les gens doivent donc gagner du temps en guise d'argent, à la sueur de leur front, travaillant d'arrache-pied pour recevoir non pas un salaire en cash mais quelques heures, voire quelques minutes, avec lesquelles ils sont supposés acheter tout ce qui se vend sans oublier d'en garder sous le coude pour ne pas passer l'arme à gauche au moindre découvert bancaire. Ils ont tous un compte à rebours luminescent incrusté dans l'avant-bras (cf. l'affiche du film) - qui rappelle les tatouages par lesquels les nazis marquaient les juifs des camps, mais le scénario ne fait rien de cette idée que Niccol n'a manifestement pas fait exprès d'avoir - et si ce compte à rebours atteint zéro, son porteur meurt comme d'un arrêt cardiaque. Dans ce monde-là les riches sont immortels et les plus pauvres crèvent à 25 balais et une seconde, pour résumer.


A en juger par le torticolis que s'inflige Timberlake, Amanda Seyfried, qui ne vieillit pas non plus mais dont la coupe de cheveux a environ mille ans, ne lui convient pas comme female partner.

C'est d'ailleurs sur cet écart entre les plus riches et les plus démunis que s'étend Niccol, heureux d'étaler ses trois idées : les pauvres de la banlieue périphérique vivent le plus vite possible (idée dont le réalisateur ne fait pas grand chose non plus du reste) et subsistent difficilement à l'aide de secondes grappillées ici ou là tandis que les super-riches du centre-ville s'ennuient à mourir et se dorent la pilule pendant les siècles des siècles. C'est tout ce que le film tire de son thème initial, une parabole enfantine et usée jusqu'à la corde sur les inégalités et l'injustice sociale. Après avoir reçu en don un milliard d'années (un peu plus, un peu moins, qu'est-ce qu'on s'en fout) de la part d'un jeune-vieux riche lassé de vivre, Timberlake voit sa mère mourir dans ses bras à une seconde près à cause d'un bus raté. La poisse. Tarder à déposer son chèque de paie n'est pas un projet dans ce monde de merde. La jeune maman de Justin, aux mollets et au cul galbés par des jours et des nuits de fitness hardcore, au visage creusé par les régimes et les anabolisants, aurait dû courir plus vite vers son fiston plein aux as prêt à lui refiler un peu de son fluide temporel, mais elle se traîne, trottine à deux à l'heure et s'éteint à un mètre des bras et de la verge tendus de son bambin incapable de se retenir de raidir devant un tel phénomène malgré le lien de famille étroit qui les unit... Contrarié par ce décès, Timberlake décide de s'infiltrer dans le centre-ville, fort de sa nouvelle fortune tant convoitée par les affamés du temps, afin de foutre la merde dans le système avec l'aide d'une gosse de riche au physique pourtant très pauvre, pressée quant à elle de vivre l'aventure. Il vaincra à coups de bras de fer (véridique) et de courses à pied, puis il partagera la richesse des milliardaires - soit des centaines et des centaines d'années de vie - avec tous les pauvres de son quartier. C'est pitoyable.


Timberlake n'est pas près de franchir la Ligne Seyfried !

Pour finir, une trivia allociné m'apprend que c'est le film le plus cher dans lequel ait joué Justin Timberlake, après Shrek le troisième et ses 160 millions de dollars flingués en airbooks, en palettes graphiques et en club sandwichs destinés à nourrir les geeks obèses qui se dépatouillaient de leurs gros doigts boudinés sur tout l'appareillage Apple offert par leurs patrons pour accoucher de gros connards verts. Justin T. a prêté son filet de voix pour ce film d'animation, malheureux de ne pas pouvoir faire reluquer sa plastique de rêve à des enfants condamnés à s'extasier devant l'âne de merde et le chat poté de mes deux. Time Out a coûté 40 millions de dollars, sachant que le seul effet spécial du film c'est le beeper implanté sous la peau du bras de l'acteur. Et si, comme a voulu me l'apprendre le bienveillant et si éclairé Andrew Niccol, "le temps c'est de l'argent", entendu que je n'ai pas dépensé un kopeck pour me procurer sa connerie de film, je m'estime en droit de lui réclamer mon dû : une heure et demi. Une heure et quarante et une minutes précisément, fusillées par ce ramassis de lieux communs estramassés dans un scénario infâme, mis en scène par ce qu'il faut bien appeler un pur zonard.


Time Out d'Andrew Niccol avec Justin Timberlake, Cillian Murphy et Olivia Wilde (2011)

30 juin 2012

Ce Plaisir qu'on dit charnel

De Mike Nichols je n'avais vu jusqu'ici que les films les plus célèbres : Le Lauréat bien-sûr, son chef-d’œuvre, puis ses films populaires du début des années 90, la comédie Working Girl, le drame A propos d'Henry, la comédie dramatique Wolf, avec Jack Nicholson transformé en loup-garou aux babines écumantes devant Michelle Pfeiffer. Et puis beaucoup plus récemment il y a eu Closer, entre adultes consentants, film assez vulgaire qui avait pour seul mérite de montrer Natalie Portman en string at her seductive best, et, dernier film en date du réalisateur, l'excellent La Guerre selon Charlie Wilson, film historique et politique, court, efficace, engagé et instructif. Curieux d'en savoir un peu plus sur la carrière du cinéaste et alléché par un casting masculin intriguant, j'ai découvert tout récemment Carnal Knowledge (sorti sous le titre "Ce plaisir qu'on dit charnel" en France), le cinquième film de Mike Nichols, réalisé en 1971, dans cette période plus creuse pour le réalisateur, entre Le Lauréat de 67 et son retour en grâce au box-office dans les années 80, époque où il peinait à rencontrer le succès en salles.




Carnal Knowledge n'est toujours pas aujourd'hui un film très connu, c'est pourtant une œuvre sympathique, parfois drôle et toujours intéressante. On y retrouve la patte Nichols puisque le film raconte le parcours de deux amis à travers les âges et au fil de l'évolution de leur rapport aux femmes. D'abord étudiants lambdas dans les années 50, partageant une chambre et passant tout leur temps ensemble à débattre sur ces dames pour palier leur désir immense d'enfin dévoiler le mystère féminin, puis jeunes adultes aux parcours différents, l'un marié, l'autre courant les jupes, et enfin adultes confirmés au début des 70s, prêts à faire le point sur leurs échecs et leurs relatives réussites. On pense au Lauréat pour le portrait des jeunes étudiants en fin de cycle prêts à perdre leur pucelage pour découvrir la réalité du sexe et du rapport amoureux. On retrouve dans les rôles principaux Art Garfunkel, du célèbre duo Simon and Garfunkel qui signa la bande-originale du Lauréat, et Jack Nicholson, un acteur fétiche pour Nichols, qui en fit plus tard la star de son fameux Wolf. Et, toujours dans la liste des marques de fabrique du réalisateur, le scénario et la liberté de ton sur les questions sexuelles et sur les difficultés à vivre en couple évoquent bien sûr Closer, même si le film est infiniment plus fin que ce dernier.




La première partie de Carnal Knowledge est peut-être la meilleure, c'est en tout cas sinon la plus "légère" en tout cas la moins cruelle, où nous voyons Nicholson et Garfunkel, dans les rôles de Jonathan et Sandy, discuter sans fin, dans leur chambre, dans la rue, à la fac, à propos des femmes et de leurs progrès respectifs dans la conquête de l'impossible. Le générique d'ouverture du film laisse entendre en voix-off une conversation sur la femme idéale, "intelligente, douce, grande, avec des gros nichons, souriante aussi, mais surtout avec des gros nichons", discussion que les deux compères semble partager depuis leurs lits respectifs (où nous les retrouverons régulièrement plus loin dans le film), tard la nuit, à voix presque basse, et qui ne manquera pas de rappeler beaucoup de souvenirs aux spectateurs mâles du film. En tout cas cette introduction m'en a personnellement rappelé énormément et de très bons, aussi ai-je immédiatement associé l'interprétation des deux acteurs en voix-off à un certain décor et à une certaine heure de la nuit, à un contexte que j'ai bien connu fut un temps. Puis la comédie devient "douce-amère" lorsque Sandy (Garfunkel) sort avec une jeune femme magnifique, Susan (Candice Bergen), puis raconte ses aventures à son meilleur ami qui part aussitôt courtiser la même fille et parvient à sortir avec elle aussi, sans que l'autre ne soit au courant. Le personnage de Susan, dont les raisons et les sentiments ne sont jamais directement évoqués et qui se révèle d'autant plus mystérieuse, contribue à rendre le premier tiers du film particulièrement passionnant, notamment grâce à des scènes comme celle, marquante, où Susan pleure au téléphone avec Jonathan, qui l'exhorte à tout révéler de leur union à un Sandy doublement trompé, ou celle, étonnante, où Nichols filme uniquement la jeune femme lors d'un repas au restaurant avec ses deux amants maintenus hors-champ, riant longuement et aux éclats à des blagues en séries que nous n'entendons pas. Le ballotage de Susan et le déchirement lentement consommé avec l'un des deux hommes (avec les deux en réalité, même s'il n'est officiel qu'avec un seul et se transforme en mariage malheureux avec l'autre) font alors pencher la comédie vers le drame pur et dur.




L'amertume se ressentira plus encore dans la troisième partie du film, rapidement concentrée sur le trajet de Jack Nicholson qui a abandonné Susan à Sandy et courtise énormément de filles puis raconte ses exploits à son ami marié, rangé des voitures, que le cinéaste semble ne plus suivre précisément parce qu'il n'a rien à vivre. C'est d'ailleurs une force narrative du film : on a beau ne pas suivre une seule seconde le parcours de Sandy, ne pas même en entendre parler, les rencontres des deux protagonistes au restaurant ne tournant qu'autour des récits érotiques de Jonathan que son acolyte casé écoute passivement, on imagine néanmoins les scènes de la vie conjugale de ce couple sans histoires qu'il forme avec Susan, la routine et le train-train, on voit les lectures au coin du feu et les repas silencieux que Nichols ne filme pourtant jamais, le cinéaste parvenant par là même et paradoxalement à étendre la fiction bien au-delà de frontières désormais resserrées. Plus tard Nicholson s'installe avec l'une de ses conquêtes, playmate aux énormes obus, qui tâche de lui mettre le grappin dessus et le regrettera vite quand elle sera devenue femme au foyer, sans projection sociale et sans envies, puis sans vie sexuelle ni désir. Nichols tourne alors une séquence de dispute assez géniale où il cadre l'actrice nue assise sur le lit juste au-dessus des seins pour qu'à chaque inspiration sa poitrine soulevée soit sur le point de surgir du bord inférieur du cadre et d'apparaître au spectateur hypnotisé. Le cinéaste crée une tension érotique réelle avec pas grand chose et surtout en ne montrant rien, érotisme qui dénote complètement avec la guerre que se mènent la playmate et Jack Nicholson face à elle. L'acteur, géant comme à son habitude, est emporté par sa verve et sa colère, qu'il crache à la face de sa femme, aveugle au corps de rêve de cette bombe sexuelle en puissance ; ou comment résumer à merveille le paradoxe du personnage, qui a aimé cette fille pour ses "gros nichons" (ceux-là même qu'il jugeait indispensables à la femme idéale au début du film) mais qui, même posté face à ce que le corps de sa femme a de plus beau à offrir, se retrouve insensibilisé par un quotidien blafard. Le couple éclate dans cette empoignade assez violente qui se termine avec l'arrivée de leurs invités, Sandy, depuis divorcé, et sa nouvelle compagne manifestement très détachée. Les deux amis de toujours se proposent alors d'échanger leurs femmes pour la soirée, afin de vivre quelque chose de stimulant, mais sans succès. Aux cadrages fixes très organisés et très composés de la première partie du film se substituent alors des mouvements de caméra plus lâches balayant les espaces où les personnages se querellent sans cesse, dans un appartement surcadré aux espaces délimités qui peut évoquer en mode mineur celui du Mépris. Le montage lui-même se veut plus délié, moins rassurant, plus moderne en somme, dévidant toujours la linéarité chronologique du récit mais sur la base d'ellipses nombreuses et non-soulignées qui donnent au spectateur le sentiment, bien de son époque, de la fuite du temps et de la perte de contrôle des personnages.




A la fin du film, après une séance de diapositives organisée par Nicholson où, désabusé, il passe en revue toutes les femmes de sa vie, les deux camarades, qui ne seront jamais restés fidèles que l'un à l'autre (encore que la tromperie s'en soit mêlée et que la divergence de trajectoires et de vues pollue leurs débats), marchent dans la rue et font le point sur leurs parcours pour élire le plus glorieux des deux, mais aucun ne parvient à convaincre l'autre, ni le spectateur du reste, assez dépité face aux échecs sentimentaux cuisants des personnages et au portrait assez inquiétant de la vie amoureuse dressé par Nichols dans ce film somme toute bien construit, certes inquiétant mais prévenant, qui donne à voir ce qu'il faut éviter à tout prix et par tous les efforts possibles sous peine de se réveiller à 50 ans avec une gueule de bois terrible, celle-là même qui semble terrasser Nicholson dans l'ultime séquence où il est réduit à fréquenter une pute récitant le scénario qu'il a scrupuleusement écrit pour elle dans l'espoir de parvenir encore à bander... Ni le mariage à l'ancienne avec un amour de jeunesse, ni la libération sexuelle battant son plein en ce début des années 70 n'aboutissent à un quelconque espoir de bonheur, et si Sandy émet l'hypothèse qu'il n'y a pas peut-être pas de plaisir à attendre d'une femme qu'on aime, Jonathan n'en trouve pas davantage auprès d'une playmate aux seins énormes ou d'une pute quelconque, à moins de faire jouer un rôle à cette dernière et de s'en remettre à un automatisme sexuel morbide pour fuir toute réalité des rapports humains sincères et véritables. Nichols ne propose aucun entre-deux et réalise un film d'un désenchantement total.


Ce Plaisir qu'on dit charnel (Carnal Knowledge) de Mike Nichols avec Jack Nicholson, Arthur Garfunkel, Candice Bergen et Ann-Margret (1971)

11 février 2009

Closer, entre adultes consentants

Closer est un film dans lequel nous pouvons apercevoir les courbes idéales de Natalie Portman et rien que pour cela il mérite d'être vu. De plus, Julia Roberts, actrice lourdement surestimée, paraît cette fois-ci parfaitement employée et montre enfin qu'elle peut avoir du talent. Cependant, son charme ne m'atteint toujours pas. Mais là n'est pas la question.

Du côté des hommes, deux beaux spécimens sont confrontés, physiquement opposés mais tout de même aussi bien bâtis l'un que l'autre à leur façon. Ces deux acteurs étant respectivement Jude Law et Clive Owen (à ne pas confondre avec Owen Wilson, l'acteur blond, Micheal Owen, le footballer en pré-retraite, et Owen Hart, l'ancien catcheur toujours dans nos coeurs).

Jude Law, tout le monde le connait : Stargate, Bienvenue à Gattacca, Léon, Come-back à Cold Mountain, A.I., Le Talentueux Mr Ripley... C'est actuellement l'un des acteurs les plus appréciés par les adolescentes. Quant à Clive Owen, sa réputation est moindre, bien qu'il ait joué le Roi Arthur dans le film Le Roi Arthur et qu'on l'ait entr'aperçu dans le totalement passé inaperçu Mortal Countdown.

Derrière la caméra, Mike Nichols, le fameux réalisateur d'Abyss et Titanic. Décidant de mettre de côté les effets spéciaux, il a choisi cette fois-ci de nous raconter une histoire un peu plus intime.




C'est l'histoire d'un gars (Jude Law) qui marche dans la rue à Londres et qui voit une gonzesse (N. Portman). Sorte de coup de foudre électrique, mais la gonzesse se mange un taxi en pleine face. Grâce à ce petit incident, ces deux personnages feront connaissance puis, bon an mal an, ils finiront par avoir de régulières relations sexuelles. Plus tard, le gars, devenu écrivain, ira chez une photographe pour réaliser des clichés professionnels dans le but de promouvoir son futur livre. C'est là que se créera chez lui une attirance suspecte pour cette femme (Julia Roberts) qui me semble-t-il provoquera chez lui un afflux de sang au niveau de son organe copulateur. Un an plus tard, invité au vernissage de l'exposition réalisée par la photographe, Jude Law renouera avec elle une relation basée sur des rapports sexuels et des éjaculations intravaginales régulières ce qui déplaira à leur conjoints respectifs que sont Clive Owen, dermatologue fan de MSN, et bien sûr notre Natalie, sans emploi me semble-t-il. Un bond dans le temps de plusieurs mois nous amène au moment où Jude Law et Julie Robert avouent à leurs compagnons respectifs qu'ils entretiennent une relation plus qu'amicale car fondée sur de nombreuses introductions de verges dans tous les orifices possibles ainsi que de touchés rectaux de part et d'autres. Toutes ces révélations provoquent la rupture des deux couples. Julia et Jude se mettent alors en ménage. Nous nous retrouvons ensuite quelques mois plus tard, au moment où Julia demande à son ancien compagnon (Clive Owen si vous avez bien suivi) de signer les papiers du divorce (en effet, ils étaient mariés). Ce dernier n'accepte qu'à condition de pouvoir sortir son "énorme calibre" (c'est lui qui le dit) et de l'introduire avec égard dans le vagin de Julia Roberts. Entre temps, ce même homme aura réalisé le même genre d'exploit sexuel avec Natalie Portman qu'il aura rencontrée dans une boîte de strip-tease (la scène-clé du film). Julia avouera à Jude cet écart pénétratoire, ce qui malheureusement provoquera une crise dans son couple et finira par une rupture et un retour de Julia vers son ancien mari. Le tout sur la musique de Rolando Villazon. Jude retrouvera Natalie dans sa boîte de strip-tease, ils se remettront en ménage, c'est-à-dire qu'ils auront recours régulièrement à des actes intimes qui ne demandent le concours d'aucun objet même si on peut parce qu'y paraît que c'est mieux. Malheureusement pour Jude Law, tout ceci se finira mal car il aura le malheur d'être trop lourd avec Natalie en ne cessant de lui demander s'il est possible que, lors de leur séparation, elle ait pu échanger des fluides génitaux avec le ténébreux Clive Owen et si cela avait été agréable au touché comme au goût. Le point final de l'histoire c'est Jude Law tout seul comme une merde, Julia et Clive à nouveau réunis, et Natalie marchant dans les rues de New-York dotée d'un sex-appeal à réveiller les morts et à faire revenir les gays dans le droit chemin.


Mon avis sur ce film, il pourrait se résumer en deux minutes : tous les moments où l'on voit Natalie Portman plus ou moins dénudée.


Closer, entre adultes consentants de Mike Nichols avec Natalie Portman, Clive Owen, Jude Law et Julia Roberts (2005)

8 février 2008

La Guerre Selon Charlie Wilson

Avis à la population, que ceux qui veulent aller au cinéma dans les très prochains jours s'épargnent la daube annuelle des frères Coen et privilégient ce nouveau film de Mike Nichols. Une très bonne surprise. Nichols fait quelque chose de très rare aujourd'hui dans le cinéma Américain : il raconte une histoire sans déborder. Il raconte comment Charlie Wilson, un député Américain, a fourni et démultiplié au fil des ans le budget secret alloué à l'armement de l’Afghanistan, unique pays résistant à l'URSS pendant la guerre froide. Et il ne raconte que ça. Les quelques digressions qu'on pourrait trouver sont intrinsèquement liées au sujet et Nichols ne pouvait pas les éluder. Le film n'a donc aucun temps mort, voire aucun temps qui ne soit pas fort. Le film trace la réussite progressive du projet de Charlie Wilson, puis, une fois les armées soviétiques retirées du pays envahi, on assiste au refus des fournisseurs d'allouer un million de dollars à la reconstruction des écoles Afghanes alors qu'ils ont déboursé jusqu'à 1 milliard de dollars pour fournir les Moudjahidines en lance-roquettes Milan, laissant un pays à moitié peuplé d'enfants de moins de 14 ans armés jusqu'aux dents, envieux de venger leurs parents massacrés et ignorant l'histoire du conflit. Et le film se termine très vite, sur cet échec, inutile d'en faire plus. C'est d'une efficacité redoutable.




Tom Hanks fait son job correctement, comme toujours. Julia Roberts est plus hideuse que jamais et Dieu sait qu'elle l'a toujours été mais une fois n'est pas coutume ça colle assez à son personnage. Philip Témour Hoffman est très bon, et c'est sympathique de retrouver Ned Beatty vieux mais présent. Les secrétaires de Charlie Wilson c'est un défilé de gonzesses permanent. Avec en tête et très présente Amy Adams que je suis de très près depuis Catch me if you can (pour la retrouver récemment dans la série The Office). Cette fille est un savant mélange de Nicole Kidman, Jenna Fischer et Isabelle Carré, une petite merveille, et Nichols la suit à la trace à la fin du film tandis qu'elle rejoint Hanks d'un pas assuré, chaloupé, et que sa queue de cheval se balance de droite et de gauche devant sa croupe, et le vieux Mikey Nicholson s'arrête 5 bonnes minutes pour faire le point sur son fion de gazelle. Mémorable.

C'est une surprise parce que la dernière création de Mike Nichols c'était Closer. Un piètre film. Mais j'y suis allé sans sourciller parce que même quand il est raté un Nichols se regarde. Et puis ce type a quand même commencé sa carrière avec Le Lauréat. Et ses films suivants, même si aucun n'est aussi bon, font chaque année leur travail en occupant des dimanches soirs un peu ternes : le très mauvais Wolf, le bien connu Working Girl, et le moins célèbre À propos d'Henry dans lequel Harrison Ford pète les plombs.

Allez-y si vous devez aller au cinoche.


La guerre selon Charlie Wilson de Mike Nichols avec Tom Hanks et Amy Adams (2008)