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10 novembre 2020

Nomads

Un anthropologue français (Pierce Brosnan, 32 ans, la vie devant lui, un accent pas français du tout, une beubar taillée pour pécho tout ce qui a deux guiboles, et des chemises en flanelle de toutes les couleurs), après dix années passées à écumer la planète à la recherche de tribus et autres communautés humaines sortant de l’ordinaire, décide avec sa femme de poser ses valises à Los Angeles, il a accepté un poste à l’UCLA. Concernant leur emménagement, c’est lui qui a choisi leur nouvelle demeure, en solo, sa femme lui accordant une confiance aveugle sur ce coup-là, il ne l’a jamais déçue auparavant, elle est folle de lui, il est beau comme un camion. Et malheureusement pour elle, son mari a le goût du risque puisqu’un meurtre violent a été commis dans cette maison. Brosnan en a été informé, il a hurlé à l’agent immobilier "I TAKE IT, TA GOULE !" après avoir quand même demandé à ce que la moquette imbibée du sang de l’ancien proprio soit changée avant que sa femme ne se pointe.


  

Peu de temps après avoir emménagé, Pommier, c’est son nom, se rend compte que de drôles d’oiseaux rodent autour de sa nouvelle propriété. Il découvre des tags incompréhensibles mais menaçants sur la porte de son garage tandis que les noctambules individus tout de cuir vêtus zonent à proximité. L’anthropologue aventureux prend le pas sur le mari prudent et notre héros part, appareil photo reflex en bandoulière, traquer ces présumés tagueurs partis à bord d’une camionnette. Alors qu’il a dit à sa femme qu’il partait faire un tour, il ne revient que deux jours plus tard. Pris dans sa fascination pour des êtres qui donnent l’impression de commettre le mal par simple jeu, il a perdu la notion du temps et il finit par pouvoir observer de très près ses nouveaux sujets d’étude pour quelques clichés en plan rapproché dans une atmosphère surréaliste et apparemment jouissive pour notre héros médusé.




Pressé de développer ses dizaines de pellicules utilisées pendant ces deux jours de jeu du chat et de la souris, Pommier s’enferme dans sa chambre noire et finit par n’obtenir que des clichés de bitume, mobilier urbain, immeubles typiques de Los Angeles, ruelles sordides ou parcs dans lesquels il ne fait pas bon d’aller se balader en solo la nuit. Pas un seul de ces énergumènes sur ses photos. Invisibles, ils n’ont pas imprimé la pellicule ! Pommier est-il fou, a-t-il halluciné pendant ces deux jours ? Ou bien est-il en présence de ce qu’il redoute ? Des Nomades, encore appelés Innuats, esprits malins qui déambulent dans certaines contrées et croyances de certains peuples ? Impossible en milieu urbain dense et civilisé comme Los Angeles ! Pourtant il faut se rendre à l’évidence, Pommier semble bien avoir affaire à de telles apparitions, se manifestant ici sous la forme de motards tout de cuir vêtus...




Se sentant épié, traqué dans sa propre maison, notre anthropologue réfléchit, boit du vin et part prendre l’air en pleine nuit. Sauf que ses sujets d’étude, qu’il a manifestement approchés d’un peu trop près, ne le lâchent plus ! Cerné, poursuivi, aux abois, il se réfugie dans un vieil immeuble à l’abandon qui est en fait habité par une bonne sœur âgée. Mais est-elle réelle ? Est-il en train de délirer ? Cette courte respiration dans ce film au rythme soutenu est la bienvenue. Autour d’un thé chaï latté, la religieuse lui conseille d’arrêter de faire le malin et de prendre les jambes à son cou face à des forces trop puissantes pour lui malgré sa beaugossitude et sa beubar de dingue. Se réveillant en sursaut dans sa caisse, entouré de ses nouveaux amis qui ne le lâchent plus, il décide de passer à l’action à coup de démonte-pneu sur le leader du groupe. Relaxé par cette explosion de violence, il rentre chez lui, déchire sa chemise, se fout à poil et engage un acte sexuel brutal et passionné avec sa femme qui semble apprécier à sa juste valeur cette manifestation de tendresse. Pas de chance, quand notre héros se réveille au petit matin, délassé par une nuit de sexe torride, le corps de sa victime biker a disparu. Malgré tout, tel François Hollande quand tout s'effondre autour de lui, il considère que "ça va mieux". Partant faire un peu de tourisme avec sa bonne femme, ils décident d’aller voir un magnifique POV (point of view) de Los Angeles au sommet de l’un ses plus hauts buildings. Pas de chance pour lui, il est toujours traqué ! Et alors que l’un de ses harceleurs s’approche et le nargue, ni une ni deux, il le fait passer par dessus la rambarde pour une chute qui rappellera aux vrais amateurs de McTiernan celle de Hans Gruber dans Die Hard. Après avoir mis sa femme à l’abri, Pommier retourne là où tout a commencé, dans sa maison, pour faire ses valises et fuir pour de bon. Sauf qu’il est attendu par des dizaines et des dizaines d’innuats nomads qui lui font sa fête. Suite à un tabassage, plus suggéré que montré, il finira sa misérable vie, délirant, à l’hôpital, terrassé par ce qui ressemble à un AVC fatal...




Toute cette histoire, que je vous ai allègrement spoilée (je vous en ai gâché le plaisir comme on dirait à l’Académie Française), est racontée à travers les souvenirs d’une neurologue qui est la dernière personne à avoir approché notre anthropologue vivant. Au moment de son ultime AVC, Pommier lui souffle une incantation étrange et, comme on le verra par la suite, ses souvenirs, son âme, sa conscience pénétreront au plus profond de la jeune femme. Affublée de ce terrible fardeau, notre neurologue, campée avec courage par Lesley-Anne Down, revit tous les souvenirs et toutes les situations des derniers jours de son patient. Échappant de peu aux bikers-innuats-fantômes avec la femme de Pommier, elles décident de quitter la Californie pour de bon. Quelle ne fut pas leur surprise lorsque, pensant être tirées d’affaire, elles croisent la route de l’un de ces motards qui s’avère être Pommier himself ! Il est devenu l’un d’Eux ! Dans un plan devenu iconique, Pommier enlève ses grosses lunettes de conduite et montre sa tronche enfarinée de motard à qui on ne la fait pas. Sans violence, comme si son ancienne vie influait encore ses actions, il laisse les deux femmes s’échapper au moment de passer la frontière californienne. Le message est clair, la Californie est désormais terra non grata pour ces dames. Un superbe plan réalisé à l’aide d’une superbe grue nous montre le motard faire demi-tour tout en dévoilant le panneau marquant la frontière californienne.




Après avoir vu ce film, un certain Arnold Schwarzenegger a accouru dans le bureau de Joel Silver, il a tapé son gros poing austro-américain sur la table, et a dit avec son inimitable accent "Je veux ce mec pour réaliser Predator, personne d’autre, bite !". Autre anecdote, le rôle de Pommier a d’abord été proposé à Depardieu, Gérard Depardieu ! Mais cet homme non visionnaire a évidemment refusé, passant à côté de l'opportunité de devenir une star aux USA malgré le statut de petit film de Nomads. Dommage pour lui ! De mon côté, je peux désormais affirmer sans mentir avoir bel et bien vu tous les films de John McTiernan. Tous. Je crois...


Nomads de John McTiernan avec Pierce Brosnan, Adam Ant et Lesley-Anne Down (1986)

23 avril 2019

Fleuve noir

Amateurs de polars aux scénarios fous flirtant avec le grand n'importe quoi, ruez-vous donc sur le dernier film d'Erick Zonca. Le réalisateur de La Vie rêvée des anges ne sort pas de son hibernation pour rien, lui qui signe seulement son quatrième film en l'espace de vingt ans. Il adapte cette fois-ci un roman de l'écrivain israélien Dror Mishani intitulé Une Disparition inquiétante, et s'appuie sur un casting étonnant : Vincent Cassel et Romain Duris se partagent l'affiche tandis que Sandrine Kiberlain, Charles Berling, Hafsia Herzi et Élodie Bouchez complètent la distribution. La preuve que, malgré la sale réputation du cinéaste, jugé trop autoritaire sur les plateaux, et la médiocrité totale de son précédent long métrage, Julia, on se bouscule encore pour participer à ses films... Les grands mystères de la vie...





Fleuve noir est également un must see pour ceux qui aiment assister au spectacle tantôt pathétique tantôt réjouissant d'acteurs en roues libres et aux abois. Affublé d'un look dégueulasse, Vincent Cassel en fait vraiment des caisses dans un rôle de vieux flic alcoolo initialement prévu pour Gérard Depardieu. C'est une vraie épave, on dirait presque l'incarnation du Gros dégueulasse de Reiser ! Cassel enquête sur la disparition du gamin de Sandrine Kiberlain, un ado qui habitait avec sa mère et sa sœur handicapée dans la barre d'immeuble d'un quartier populaire de banlieue parisienne. Très vite, Cassel suspecte le voisin et ancien prof particulier du gosse, à savoir Romain Duris, un drôle de type qui se mêle d'un peu trop près aux recherches et qui a franchement l'air louche. Car Romain Duris aussi se lâche complètement, il nous propose un jeu très maniéré qui pourrait donner des envies de meurtres aux moins tolérants mais qui, par miracle, apporte ici un grain de folie inattendu, une petite touche comique bienvenue. L'acteur fétiche de Klapisch s'en sort infiniment mieux que Vincent Cassel, qui fait la plupart du temps pitié dans ce rôle de vieux flic ravagé et ridicule.





Il faut dire que Zonca n'épargne pas son acteur vedette et lui donne à jouer des scènes que tout homme sensé et respectueux de lui-même n'aurait pas accepté de tourner. Vincent Cassel a quelques grands moments de solitude lorsqu'il doit s'occuper de son couillon de fils dealer de drogue et quand on le voit seul, chez lui, enchaîner les verres de whisky et lécher une photographie de son ex-femme... En plus, ces scènes très gênantes auraient vraiment pu être évitées, tout le versant du scénario consacré à ce personnage de flic minable ne faisant qu'allonger un film à l'intrigue centrale déjà bien suffisamment gratinée. On en a rien à fiche de son fils débile ! Non, s'il y a bien qu'une seule personne à saluer dans Fleuve Noir, c'est Romain Duris. Croyez-moi ou non, ça peut être étrange à lire, je peux comprendre que cela puisse choquer, mais c'est sincère : si je croisais l'acteur au hasard d'une rue, je lui enverrai une grande tape amicale dans le dos en lui disant "T'es énorme dans Fleuve noir !".





Avec son histoire qui part dans tous les sens, à la merci des agissements imprévisibles de ses deux personnages principaux complètement cintrés, Erick Zonca parvient aisément à nous captiver. Mais c'est un bien modeste exploit, car à côté de ça, le réalisateur échoue à tous les niveaux. Il ne développe aucune atmosphère particulière, alors que le cadre de son polar s'y prêtait assez bien (la barre d'immeuble où vit l'ado recherché et les bois qui la jouxtent, propices aux rencontres, ne sont pas exploités comme ils auraient pu l'être). On sent bien que Zonca a voulu nous livrer un polar noir, sordide, glauque, malsain. Il l'est, en effet, mais de la façon la plus terre-à-terre possible, comme peut l'être une émission de télé racoleuse. Nous ne sommes pas saisis par les enjeux du film, seulement hébétés par les agissements des différents énergumènes pitoyables qui le peuplent. Quand le fin mot nous est dévoilé, on est à peine atteint par la détresse de cette femme campée par Sandy Kiberlain et par l'horreur qu'elle nous révèle platement. Seul Romain Duris ressort grandi d'un tel film, après une conclusion qu'il illumine de nouveau de sa douce folie. Un curieux ratage, donc, qui appelle tout de même à une certaine bienveillance car c'est osé. Après avoir pondu sa merde décennale, Zonca peut à présent retourner dans sa tanière. A+ !


Fleuve noir d'Erick Zonca avec Romain Duris, Vincent Cassel, Sandrine Kiberlain et Charles Berling (2018)

25 décembre 2015

Les 101 dalmatiens

En ce jour de Joël (que nous vous souhaitons noyeux ! - logiquement cette première phrase vient de vous flinguer la fête), M6, la chaîne de télévision, qui ma foi existe encore, a décidé de diffuser le remake live des 101 dalmatiens de Walt Disney, réalisé en 1996 par Stephen Herek, deuxième du nom, le fils (Herek's son). Ce film, c'était le "grand come-back" de Glenn Close, au même titre que tous les films tournés par Glenn Close, actrice au parcours chaotique qui, disparaissant des salles de cinéma entre chaque film tourné, n'a cessé de "revenir" à l'écran. Glenn Close incarne ici Cruella d'Enfer, une stricte ordure humaine qui ne songe qu'à une chose : désosser 101 petits clébards innocents tachetés de black pour s'en faire un pur blouson. Glenn Close porte le film, il faut bien le dire, sur ses épaules (voir l'affiche), malgré la présence du plus fringuant Jeff Daniels au casting. Capable de déformer sa tronche dans tous les sens, plus qu'aucun animatronics ou autre dessin à main levée, l'actrice a décidé que c'était le moment ou jamais de cabotiner. Résultat électrifiant.


Sur le plateau, en bleu de travail, Glenn Close, interviewée pour les besoins du making-of par le patron de Diaphana, Mouss Diouphana, répond à la question : "Pourquoi ce film ?" en exhibant son chèque de paie. La même honnêteté, et la même longévité, qu'Harrison Ford, qui invoquait les mêmes arguments tout récemment pour expliquer son retour dans la saga Star Wars.

Je suis triste cependant, en ce jour de réveillon, car M6 a décidé de diffuser la version grand public montée par les studios Disney. Je vous recommande de tout cœur le DVD du film aux éditions Diaphana, dont les bonus soumettent à notre curiosité les deux autres versions de la fin du film, signées de A à Z par Stephen Herek : l'une ultra positive, l'autre ultra négative. La première est une variante d'une séquence bel et bien présente mais fort édulcorée dans le film tel qu'il a été diffusé aujourd'hui sur la sixième chienne, qui se situe juste avant le moment où les deux sbires de Cruella, Horace et Jaspert (ce dernier incarné par un Hugh Laurie loin de s'imaginer qu'il deviendrait bientôt un sex symbol), se font rôtir les burnes sur une clôture électrique. Dans la mouture originale de cette scène, prévue pour conclure le film, les gentils (les dalmatiens et Jeff Daniels, qui deux ans plus tôt était déjà toiletteur pour chiens dans Dumb and Dumber, chef-d’œuvre des frères Farrelly sur le point, d'après mes sources, de détrôner Vertigo en tête du palmarès du célèbre British Film Institute), gagnent, haut la main, large. C'est même un over happy end puisque le film se clôture sur une scène hilarante où Cruella d'Enfer, après avoir reçu coups de sabots sur targeons d'ailes de poulets dans la gueule au sein de la ferme où elle cherche les dalmatiens (le règne animal s'étant coalisé pour lui foutre la rouste), subit in fine les assauts déments du gros porc concupiscent dont elle a tiré le berlingot, malencontreusement confondu à travers un tas de paille avec la queue d'un des clébards traqués. Glenn Close est plus que jamais survoltée dans ces quelques minutes de cinéma underground où un goret enragé, le cousin dégénéré de Babe, crédité au générique de fin comme "Zgeg le cochon devenu acteur porno", la lui fait à l'envers sous les yeux ébahis de tous les bestiaux de la ferme. 


Jolie scène où Jeff Daniels joue à Earthworm Jim PC sous le regard bienveillant de son dalmatien, Davy Croquette.

Dans la deuxième fin alternative, c'est au contraire Cruella qui marque les trois points. Rien de visuellement traumatisant ni de gore dans cette version-là. A condition toutefois de ne pas du tout aimer les animaux. En effet, Cruella finit ici par mettre la main sur chacun des 101 chiots des quais (elle n'en loupe pas un), et les dépèce un à un sous l'objectif un brin complaisant de Stephen Herek, avant de les coudre tête-bêche, pour finir reine du défilé, pavoisant sur le podium avec son manteau de poils ras, toute de chiens morts vêtue. Gênant. Peut-être vous dites-vous que, tout compte fait, la version plus connue du film est encore la plus adaptée à un public enfantin. Certes, mais c'est faire fi de la cruauté inhérente aux contes merveilleux, et fermer les yeux sur l'audace délirante d'un authentique jobard du cinéma en la personne de Stephen Herek, fan incorrigible du cinéaste belge Jean-Louis Le Tacon, comme le prouvent ces deux fins originales qui réunissent l'amour du porc et la fascination pour le massacre animal qui font la richesse de Cochon qui s'en dédit, documentaire tétanisant s'il en est. Mais soit. Je peux comprendre. Chacun son délire. Et pour ceux qui veulent se perdre parmi les dalmatiens en ce 25 décembre, bouffer 250 minutes de ienchs et faire des rêves en noir et blanc jusqu'au nouvel an, le film est suivi des 102 dalmatiens, avec notre Gérard Depardieu national dans le rôle de Cruella d'Enfer. Exit Glenn Close. Cruella recherche cette fois-ci un clebs de plus, le cent-deuxième du titre, pour compléter sa tenue et agrémenter le manteau de ses rêves d'un slip XXL.


Les 101 dalmatiens de Stephen Herek avec Glenn Close, Jeff Daniels et Hugh Laurie (1996)

7 avril 2013

Astérix et Obélix au service de Sa Majesté

Ce film-là, on ne peut pas l'aborder frontalement. On est obligé de le prendre à rebours, par des chemins de traverse, de choisir des angles précis. S'attaquer à la mise en scène, au scénario, aux décors ou aux effets spéciaux serait trop long, ou trop rapide. Mais les acteurs... Plusieurs questions se posent, presque toutes restent en suspens. Nous sommes, avouons-le, un peu perdus et désemparés après la projection privée de ce film, et avons bien du mal à coucher tout ça sur le papier. D'abord, il faut savoir que cet épisode d'Astérix pâtit cruellement de l'absence de Christian Clavier dans le rôle titre (ça, c'est juste pour qu'on soit les seuls à l'avoir dit, on n'en pense pas un traître mot). Du côté des personnages, Panoramix manque également à l'appel, élément central de la BD il est ici condamné au hors-champ. Qu'on nous enlève le chef du village, qu'on nous prive du barde, qu'on nous supprime le poissonnier, mais pas Panoramix ! C'est l'âme de l’œuvre d'Uderzo et Goscinny. C'est la raison d'être des aventures d'Astérix & Obélix. Alors pourquoi ?... Peut-être à cause d'une malédiction qui planerait sur ce rôle depuis la première adaptation de la bande dessinée. Tous les acteurs qui ont prêté leurs traits fatigués au célèbre druide sont aujourd'hui six pieds sous terre, du pourtant fringuant Sim au tonitruant Claude Piéplu en passant par l'unique et inimitable Smaïn : toutes ces personnalités sont parties pour le dernier continent, terrassées par le rôle. Jouer dans cette saga semble épuisant pour les nerfs. Il faut voir la tronche que tire Edouard Baer, d'ordinaire pétaradant. Il est aveuglé par un maigre filet de lumière dans les scènes en extérieur, affichant l'air du déterré qui n'a pas pioncé de la semaine, ou du sniffeur de coke qui voit la vie en noir de chez noir. Il faut voir aussi l'allure fatiguée de Fabrice Luchini, qui paraît avoir 10 ans de plus, même s'il nous offre le meilleur César ever, malgré sa performance minable. 




Ça fait tellement longtemps qu'on attendait de voir Edouard Baer en Astérix... On en était tout fébriles ! A ce propos, saviez-vous qu'Edouard Baer est le seul acteur de la célèbre saga à avoir interprété deux rôles distincts ? Il était déjà Otis dans le second épisode, le chef-d’œuvre oxydé de Chabat. Hélas, nous sommes extrêmement déçus par le traitement réservé au personnage d'Astérix dans ce nouvel opus. Cœur de la BD, véritable poumon des travaux dessinés d'Uderzo, il est ici réduit à une espèce de pervers sexuel qui ne pense qu'à se vider les bourses dans la première anglosaxone venue. Dolores Chaplin doit d'abord faire face à ses avances, puis c'est au tour de la pâle Charlotte Le Bon d'être assaillie par une drôle de teub auréolée d'une moustache blonde remplie d'irréductibles morpions gaulois. Edouard Baer n'a pas l'air dans le coup. Il joue comme s'il était en état d'arrestation pour détention de stupéfiants de classe A. Pourquoi n'ont-ils pas pris un vrai nain pour faire Astérix ? Mimi Mathy était dispo, et pas besoin de la teindre ! Warwick Davis, l'éternel Willow, l'inoubliable Leprechaun, a également un agenda 2012-2013 vierge de toute espèce d'annotation, il était dispo... 




Petit tour d'horizon du cas Depardieu. Son nez ressemble à un vié fatigué, dans un sens comme dans l'autre. Soit l'on y voit deux couilles énormes et glabres surmontées d'une verge qui s'épanouit au milieu de son front, très satisfaite d'être astiquée à chaque fois que l'acteur hausse les sourcils par à-coups. Soit, à l'inverse, on considère ses "narines" comme les deux sphères d'un gland de dinosaure à l'urètre bien dégagé, suspendu dans le vide, dans l'attente d'une nouvelle cible facile lui tournant le dos à la hâte. Une chose est sûre, l'acteur-star parti dans le froid fout vraiment mal à l'aise. 




Un petit mot sur Gillaume Gallienne, qu'on nous avait présenté comme la seule satisfaction de ce ratage total, comme la dynamite humaine de ce film mort-né, comme le vent de fraîcheur soufflant sur le cinéma français. Il est aussi enjoué que tout le reste du cast, c'est à dire qu'il donne l'impression que sa carte bleue a été piratée et qu'on a effectué un retrait en Roumanie d'un million d'euros sur son compte courant et que l'on a vidé son PEL sans préavis. Gallienne, sociétaire de la Comédie Française, participe activement à l'enculage de la bonne humeur du spectateur. On a juste envie de lui foutre un énorme coup de pied au cul. En parlant de cul, celui de Charlotte Le Bon a visiblement tapé dans l’œil de Laurent Tirard, le pur nullard aux manettes de ce fiasco, désormais expert dans l'adaptation des œuvres de Goscinny (il avait déjà réalisé Le Petit Nicolas), au grand dam de ce dernier, qui danse le smurf non-stop dans sa tombe au Père Lachaise. 




Autre interrogation sur le casting : pourquoi n'ont-ils pas mis un vrai black à la vigie du bateau de pirates ? Certes Mouss Diouf est mort et Giant Coucou aussi, mais il restait Omar Sy (seul bémol à sa présence, de taille toutefois, rajouter un million de dollars de budget au film pour l'entendre rire, et un million supplémentaire pour embaucher Fred, car Omar ne tourne jamais un film sans son acolyte sur le plateau, ou au moins en coulisses), il y avait aussi Fabrice Eboué (mais pas assez noir à notre goût), Alex Descas (mais c'est pas tout à fait le genre), et Pascal Légitimus (qui a toutefois pâli avec l'âge). Bref, en fin de compte on comprend. Dans le même ordre d'idée, pourquoi est-ce que l'immigré qu'ils raccompagnent à la frontière est un blanc couvert de cirage et non un vrai black ? Là encore, on ne sait pas. Ceci dit on n'y perd pas totalement au change. Seul rayon de soleil dans ce foutoir ignoble : le dénommé Atmen Kelif, éternel fauteuil voltaire d'Edouard Baer, véritable faire-valoir de son maître, figurant à vie, fantôme du cinéma français (à tel point qu'il n'est que trop rarement crédité et trop rarement payé pour son travail). Qui se souvient d'Atmen Kelif dans Mon Pote ? L'intermittent du spectacle militant est ici très bon dans le rôle du petit paki immigré à moustache, dont l'accent suffit à faire sourire lors de sa première apparition. C'est bien la seule fois que l'on a souri devant ce film, alors ça méritait d'être souligné.




On doit parler des BB Brunes, mais on aimerait plutôt leur faire la peau et leur couper les oreilles. Il n'y a bien que Depardieu qui semble réellement prendre son pied lors du concert final, mais rappelons que c'est très probablement le fait de son addiction connue, reconnue et avérée à la bibine et à tout ce qui relève du liquide fermenté. Le film se termine sur cette drôle d'image arrêtée où on le voit mimer avec ses poings diaboliques une double fellation surprise. L'acteur avait clairement la baraka. Mais les milliards que coûte cette seule performance improvisée de fin de tournage valaient-ils d'être brûlés ? Rappel du coût de ce film : 60 000 000€ soit $80 000 000, ce que la rédaction de ce blog gagnera en 600 siècles (on est deux rédac' chefs, et pas mal de secrétaires). Au box office, le film s'est écrasé lamentablement en réussissant à faire moins que tous les précédents opus. Sincèrement, on ne pense pas que la 3D sauve le truc.




P.S. : Pas un mot sur Dany Boon, Gérard Jugnot ou Valérie Lemercier. Transformez ce silence en un immense mollard qui aurait son nom dans le Guiness Book et qui serait balargué avec un sourire (ce qui n'est pas évident à réaliser) dans la direction de ces êtres dépourvus d'âme depuis qu'ils l'ont vendue au diable. Enfin, quand même un petit mot sur Dany Boon, sachant que sa prestation, d'une durée totale de 10 minutes, ponctuée en tout de trois lignes de dialogue, lui a été rétribuée la coquette somme de 600 000€...


Astérix et Obélix au service de Sa Majesté de Laurent Tirard avec Edouard Baer, Gérard Depardieu, Guillaume Gallienne, Fabrice Luchini, Charlotte Le Bon, Catherine Deneuve, Valérie Lemercier, Dany Boon, Atmen Kélif et d'autres zonards (2012)

31 janvier 2013

Amitiés sincères

Commençons par être aussi sincères que le titre du film. Ce film, on l'a pas vu et on le verra jamais. On a juste envie de se faire Gérard Lanvin, lui qui actuellement est une véritable mitraillette qui distribue les doigts d'honneur à tout ce qui bouge. Surfant sur l'affaire Depardieu, l'acteur a récemment fait parler de lui en déclarant entre autres "J'emmerde ces cons de journalistes". Du côté des blogueurs ciné, je pense qu'on ne s'avance pas trop en affirmant que la réciproque est largement vérifiée. Gérard Lanvin se vante d'être le tout premier à avoir donné aux Restos du Cœur, signant sur le front de Coluche son chèque en bois. Quant à nous, nous serions les premiers à faire des dons pour qu'il prenne enfin sa retraite. Gérard Lanvin est un pur...

On s'arrête de suite car ça va mal tourner et demain y'a "Momon" qui va sonner chez nous pour nous foutre la rouste. Hors de question de crever pour un blog, même pour un bon mot ou pour épingler un pur...



Amitiés Sincères de Stéphan Archinard et François Prévôt-Leygonie avec Gérard Lanvin (2013)

17 juin 2012

Prometheus

On pourrait commencer cette critique par le sempiternel : "Que deviens-tu tonton Ridley ? Deux mots de tes nouvelles tonton Ridley Scott ? Quelles sont les dernières chroniques de Riddick ?". Sauf qu'on l'a jamais appelé "tonton" parce que ça impliquerait d'appeler Tony Scott tonton aussi, tonton par alliance, or à nous deux on compte déjà trois épileptiques et deux golmons dans nos familles. Et puis appeler Ridley Scott "tonton" c'est s'infliger trop de trahisons, trop de déceptions, trop de coups de pute. Remember 1492 Christophe Colomb, où Gérard Depardieu étendait ses slips de baleine à Cuba, pensant avoir découvert le nouveau monde. Remember A Armes égales, où Roger Moore, rasé à blanc, amusait la galerie dans un rôle à contre-emploi de femme. Remember Good Year, ce film sur les pneus avec Marion Cotillard dans le rôle du Bibendum Michelin. Remember Robin des Bois, le prequel de Gladiator. Voila des lustres que le cinéaste montrait des signes de sénilité très alarmants, depuis qu'il a soufflé ses 42 bougies plus exactement, mais comme tout le monde, comme toute la twittosphère, toute la planète ciné chauffée à blanc par un marketing minable mais parvenant au moins à faire passer le message de base, à savoir que le film allait sortir, on attendait bêtement ce promotheus annoncé comme le prequel de la mythique saga Alien.



Que dire qui n'a pas déjà été dit sur ce trou noir béant qu'est Prometheus ? D'autres que nous se sont attelés à relever chaque couac terrible de ce scénario écrit à six mains, chaque incohérence effarante de ce script travaillé depuis au moins 2009, chaque farce involontaire de ce récit mijoté par son auteur depuis des lustres, chaque manque hallucinant dans chaque scène de ce film de deux heures qui parvient à ne rien dire du tout et à tenir cette ligne de conduite 120 minutes durant. La prétention affichée par Ridley Scott et toute sa fine équipe pouvait laisser croire aux plus naïfs qu'il y aurait quelque chose à attendre de ce retour aux origines d'un mythe par son créateur himself, mais au final cette outrecuidance ne cachait qu'un abîme total que la vision du film rendrait définitivement insupportable. Et le pire c'est que Scott continue à rouler des mécaniques alors que son film est déjà vendu, alors qu'on l'a déjà vu et alors qu'on sait tous pertinemment qu'il n'est strictement rien. Rappelons que Ridley Scott va sur ses 75 ans stricto sensu. C'est un vieillard. Habituellement, quand on a affaire à un tel éclopé, on se dit qu'il pourrait très bien entrer dans notre rame de métro une canne à la main et qu'en bons jeunes hommes bien éduqués par des parents fachos, on se lèverait automatiquement pour lui laisser la place, avec le plus grand des respects pour un invalide de guerre dont la vie est derrière lui. Ainsi quand on en vient à critiquer l’œuvre d'un cinéaste de plus de 70 ans (limite fixée après concertation), on questionne notre probité de blogueurs ciné et l'un de nous dit "pas de violence face à un septa, le respect est naturel vis-à-vis des morts-vivants", sauf que là l'autre se braque à chaque fois et répond comme dirait Vasquez à Hudson dans Aliens : "Ta gueule !". On se dit ça à nous-mêmes quand il s'agit de Ridley Scott. On se dit ça pour n'importe qui en fait, mais particulièrement pour Scott qui est un gros vantard de merde.



Depuis qu'on est sortis de ce film, on n'arrête pas d'en parler, on n'a que lui à la bouche, on y revient encore et encore, on rêve de scènes qui n'existent pas et le matin on se lève groggy, on écume toutes les pages wikipédia liées de près ou de loin au film pour essayer de le réinventer et de se fabriquer le making-of en interne, un making-of façon "Faîtes entrer l'accusé" dans lequel Ridley Scott est appelé à la barre. Depuis qu'on est sortis du ciné on n'a de cesse de remettre nos lunettes 3D en espérant enfin voir apparaître un xénomorphe digne de ce nom, on est continuellement en train d'énumérer les bêtises du scénario, l'absence totale de mise en scène, la nullité des personnages, les quantités de scènes inutiles, le gâchis infini et irréparable de l'ensemble (même avec deux suites et avec quarante minutes de plus dans le director's cut de 27 heures à la Béla Tarr). On a passé toute la deuxième mi-temps de notre France-Ukraine de l'Euro 2012 à déblatérer sur ce qu'aurait dû être le film et sur tout ce qu'il n'est jamais. Et pourtant c'est pas que le film parvienne à s'imposer dans nos mémoires ou dans nos cœurs, c'est tout le contraire. C'est un drame, un traumatisme, une plaie, un désespoir de cinéphile, un ramadan de cinéphage. L'an passé y'a eu Fukushima, DSK. Cette année y'a eu twitterweiler, y'a eu le dépeceur de Montréal, qui a ressurgi dans un article sur Wimbledon six jours après sa capture, comme quoi y'a des chocs qui trottent dans la tête (et pourtant le décepeur n'a pas brillé par ses qualités ni par celles de son courtrajmé en forme de giallo gonzo infâme). En somme Prometheus c'est Knysna, il n'est jamais descendu du bus. On l'a attendu au moins quatre ans, avec toujours ce mince espoir, après les déceptions Die Hard 4, Indiana Jones 4, et d'autres du même acabit, on y croyait quand même, on se disait "putain cette année y'a le Resnais, le Kiarostami, le Nichols, le Kore-Eda, le Assayas, le Desplechin, le Herzog, eeeeeeeet y'a le Scott...", c'était un bonus ce Scott ! Tu parles d'un bonus... Quelle daube.



Les deux Aliens versus Predator, on ne les considérait pas comme faisant partie de la franchise, donc ils avaient beau usurper le nom de la saga ils ne l'égratignaient pas. Mais Prometheus, étant un Scott, fait directement du mal aux fans, à tel point que certains ont fait le choix tristement respectable de l'auto-défense, de l'auto-persuasion. On l'a fait aussi, pendant un quart d'heure, au début du film. Soi-disant que c'était pas grave ce gros mec blanc bodybuildé qui se jette dans l'eau après avoir avalé des vitamines de chez Lidl, vu la texture étrange, et après avoir vu rouge. Scène après scène on mettait de côté nos griefs en se disant que merde c'était pas grave. Et puis non, stop. A la sortie de la séance on a maté la tronche de Brain Damage, aka Poulpard, notre songwriter, qui est quand même une sacrée jauge pour connaître le seuil de contentement du gros salopard de base : même lui, avec son demi-sourire et ses lunettes 3D encore vissées au nez, n'en menait pas large, et jurait déjà que jamais il n'achèterait le dvd collector (alors qu'il avait déjà préparé l'appoint, lui qui déteste pourtant trimballer de la monnaie sur lui et entendre cling-cling dans sa poche, car il se sent toujours menacé). On finit par tellement mettre de côté les griefs que cette critique elle-même est un déni, elle prouve qu'on refuse de se cogner dans ce mur de rage et de lamentations que nous impose le film par son accumulation fascinante de connerie absolue. On est dans le déni, on ne veut pas affronter de plein fouet notre amère déception et notre blessure à jamais purulente, qui ne sera jamais cautérisée. Et le pire c'est qu'on ne méprise pas le film uniquement parce qu'on en espérait beaucoup mais parce qu'en dehors de toute attente déçue il est profondément naze, et le fait qu'on en attendait quelque chose ne fait qu'intensifier notre amertume. Jamais on ne nous rendra notre Alien.



P.S. Une scène du film nous a toutefois inspirés. C'est celle où le gros black qui pilote le vaisseau éponyme demande à Charlize Theron si elle ne serait pas pur cyborg, vu son allure mécanique de malade et sa tronche ultra symétrique, ce à quoi la blondasse à la démarche de taré répond aussi sec par une invitation à la pourfendre pour s'assurer de son humanité. On a tenté le coup nous aussi, avec tout un tas de candidates féminines, un public très divers, de la gothique pêchée à la sortie du lycée à la hippie de mes deux en passant par le mec de passage, on leur a demandé s'ils étaient robotiques pour qu'ils ou elles nous invitent à le vérifier par nous-mêmes dans un coin sombre. Seul le mec a semblé favorable et on s'en va le rejoindre pour remater la tétralogie sur ses genoux. On attend maintenant Dark Knight Rises, dans une drôle de pirouette cinéphilique : faut-il être dégoûté par le prequel d'Alien et par la vie tout court pour attendre quelque chose de Christopher Nolan.


Prometheus de Ridley Scott avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Idris Elba et Guy Pearce (2012)

26 avril 2012

Bellamy

Nous avons vu ce film au cinéma. C'était le dernier Chabrol, il fallait aller le voir sur grand écran, même si on ne savait pas du tout que ça serait le dernier Chabrol quand on est allé le voir. Quoique. Y'avait de gros indices... N'espérez pas le thriller hard-boiled annoncé par cette affiche sanglante qui ressemble à un poster de chez Total, avec le Bibendum Michelin et tout le tintouin. N'espérez pas le polar bourré de testostérone que laissent espérer les gros bras du casting : Cornillac, Gamblin, et surtout Depardieu. Ce film annonçait la mort au moins cinématographique de son auteur, définitive disons, parce que les précédents Chabrol étaient déjà en demi-teintes quand ils n'étaient pas complètement foirés : La Fleur du mal, La Demoiselle d'honneur, La Fille coupée en deux... Mais avec Bellamy on atteignait un comble dans la quête du vide, du néant. Impossible aujourd'hui de nous rappeler l'intrigue de ce film, son sujet global, le moindre dialogue ou la plus petite scène. Hormis peut-être deux décadrages sans saveur et le vague flash d'un face-à-face musclé entre Gamblin et Depardieu dans un Formule 1, où l'acteur obèse passait son temps à secouer ses draps et à refaire son lit. On croit aussi se souvenir d'une scène tendue entre un raptor surexcité et Laura Dern dans un mini-short que Lynch porte depuis en béret, mais nous ne sommes pas persuadés que cette scène soit bel et bien dans Bellamy.



Le pire c'est que même pendant la séance on aurait été infoutus de comprendre de quoi parlait le film. Entre co-rédacs on nageait complètement dans le récit insipide du père Chabrol (Félix imite avec ses mains le mouvement de la brasse à mes côtés). A la fin de sa vie, faire un film devenait plus que jamais pour Chacha un prétexte pour satisfaire à sa gourmandise et à son épicurisme légendaires, toujours la main droite au fion d'une serveuse ou d'une assistante (le souci naissant du fait qu'il n'employait que des membres de sa famille à tous les postes du plateau), et la main gauche accrochée à son quart de rouge, "la boisson du garde rouge !", se plaisait-il à hurler très fort. La fameuse pause d'entre midi et cinq devenait de plus en plus matière à procès pour Chacha et ses invités, pas les derniers à verser dans la picole, et notamment Depardieu, cas auquel nous avons choisi de consacrer la fin de cet article.



Toutes les grandes stars française du cinéma sont-elles condamnées à finir en eau-de-boudin ? Amy Winehouse, Whitney Houston, Jean Reno, Christian Clavier et donc Gérard Depardieu. Le trio infernal des gros tocards de droite, même si Reno et Clavier n'ont jamais au grand jamais été des stars, en tout cas pas en France. Sur ce blog on aimait Depardieu jusqu'à récemment, en vérité jusqu'à son intervention au meeting de Sarkozy, où il est allé gueuler que notre président serait un saint homme injustement lynché par le peuple de France, un homme qui "ne fait que du bien et dont on ne dit que du mal"... On pouvait espérer que l'acteur, qui a commencé sa carrière détendu du gland dans un film prônant une certaine liberté, couilles à l'air et chapeau de paille enfilé sur des cheveux de la même étoffe, ne serait pas devenu un militant de droite prêt à tout pour copiner avec les puissants quels qu'ils soient. C'est raté. On ne dira pas du jour au lendemain que c'est devenu un mauvais acteur, juste qu'il est totalement à côté de plaque, à la ramasse, qu'il nous fait de la peine et que s'il a toujours un bon moteur, y'a plus personne au volant.


Bellamy de Claude Chabrol avec Gérard Depardieu, Jacques Gamblin, Clovis Cornillac et Marie Bunel (2009)

14 mars 2012

Like Crazy

Alors que le film avait commencé depuis vingt bonnes minutes, j'ai ressenti le besoin d'être un peu éclairé et j'ai donc prié ma compagne de bien vouloir m'en résumer l'histoire. Elle m'a aimablement expliqué qu'il s'agissait d'un jeune couple qui tombe amoureux et qui se retrouve séparé pour une sombre histoire de visa, le jeune gars étant américain et la fille étant anglaise. Ils sont donc amenés par la force des choses à tenter d'entretenir ce qu'on appelle une "long distance relationship". Après un si complet et exact résumé du scénario de cette romance idiote, j'ai très naturellement demandé à ma compagne "Mais comment as-tu fait pour tout comprendre ?!", elle m'a simplement répondu "Bah je regarde le film moi, toi t'as le nez vissé sur ton smartphone, à jouer à Abduction World Attack". J'ai ensuite pu suivre le reste du film plus sereinement.



I Want You I Need You I Love You I Miss You Like Crazy m'est donc apparu comme une version rajeunie du film Green Card de Peter Weir, qui traitait déjà du thème des sans-papiers. Rappelez-vous : un Gérard Depardieu intenable et aux abois essayait de passer outre son interdiction de séjour sur le sol américain pour mieux batifoler à sa guise avec la belle Andie MacDowell. Résultat : un film assez chiant qui se terminait en eau de boudin à l'aéroport de Roissy, et une nomination à l'Oscar du meilleur acteur à la clé pour Gérard Depardieu, qui n'était pas encore le sombre connard adipeux qu'il semble être devenu aujourd'hui. Le plus tristement franchouillard des acteurs est ici remplacé par le dénommé Anton Yelchin, un jeune comédien d'origine russe, très touche-à-tout, découvert par le grand public dans Le Complexe du castor, où il jouait un ado en pleine crise, mais aussi aperçu plus tôt dans Benjamin Button, où il incarnait un vieillard aux portes de la mort interné dans la même maison de retraite que Brad Pitt. Le physique androgyne et atypique de cet acteur natif de Tchernobyl en avril 1986 lui permet de jouer un peu tout et de se glisser dans la peau de personnages de tout âges, de 7 à 77 ans, quels que soient leur sexe. Dans Like Crazy, on sera tout de même un peu étonné, au début du film, de voir qu'un acteur avec une sévère calvitie a été choisi pour jouer un lycéen (même si on imagine quelques redoublements, ça gêne un peu). Le personnage campé par Boris Yelchin devient ensuite ébéniste, fabricant de chaises en bois, et on y croit alors un peu plus. Face à lui, Felicity Jones, une actrice aux dents de devant dignes d'un canasson amoché, mais toutefois pas désagréable car assez éloignée des canons actuels. Quoique... Si c'est pour se taper un chameau fatigué à l'écran, je préfère autant un film avec Jessica Biel ou Megan Fox. Bref, je conclurai donc ce paragraphe en affirmant que le casting ne constitue pas le point fort de ce film.



La réalisation du dénommé Drake Doremus ne rattrape pas ce défaut, elle est tout à fait anodine. On relèvera toutefois que le réalisateur au pseudonyme ridicule est particulièrement friand des jump cuts et qu'il aime cadrer ses personnages à moitié cachés derrière des pans de murs ou des encablures de portes. C'est fort laid. On remarquera également qu'avec son scénario machiavélique, Like Crazy combine deux sujets actuellement très en vogue dans ce genre de films à l'eau de rose : les relations à distance et les premières amours. Pourquoi est-ce à la mode ? Sans doute parce que ça doit causer au public ciblé par ces films : les jeunes adultes, prêts à chialer leurs races devant les mésaventures de personnages suffisamment creux et lisses pour que n'importe qui puisse se projeter en eux. En réalité, Like Crazy est un pur "film pour radasses", comme le dit si bien mon père, avant de glavioter entre mes pieds.



Au bout du compte, un problème administratif à la con aura eu raison de cette romance minable et deux personnages secondaires (de bien tristes pions au service d'un scénario moisi) auront été jetés pour rien. Car il faut préciser que l'amour unissant les deux personnages principaux est si crazy qu'il ne les empêche pas d'aller niquer à droite à gauche quand le temps d'attente entre chaque séjour passé ensemble en Angleterre est un peu trop long. Pendant que le gars se trouve une meuf facile qui l'aide volontiers dans son atelier de chaises en bois, la gonzesse ne va pas chercher bien loin et se laisse tranquillement conquérir par son voisin de palier. Tout ça parce que Monsieur ne veut pas vivre en Angleterre, trop occupé à vendre des chaises en bois à L.A. "J'ai un bon business là-bas !" n'arrête-t-il pas de répéter. Non mais sans blague... Tiens, à ce propos, le titre du film vous fait tiquer, vous aussi ? Je vous explique : à un moment, le vieux type offre une grosse chaise en bois Ikea à sa meuf, sur laquelle il a gauchement gravé "Like crazy". Une triste chaise en bois, assez lourde et imposante, que la pauvre jeune fille se trimballe sous le bras durant tout le film, car, vous comprenez, elle est le symbole de cet amour fou.



Et pour ne rien gâcher à la fête, ce film m'a carrément foutu dans la merde. Pendant tout le film, ma compagne s'est mise à me demander "Quand est-ce que tu m'offres un bracelet ? Quand est-ce que tu m'offres des fleurs ? Quand est-ce que tu me fabriques une chaise ? Quand est-ce que tu répares l'autre que tu as ruinée y'a deux mois ? Quand est-ce que tu fais ci ? Quand est-ce que tu fais ça ?". Je ne pouvais rien répondre, de toute façon je n'avais pas le temps, puisque les questions se succédaient trop vite et les scènes lui donnant l'occasion de m'enterrer aussi ! Comme par exemple cette vilaine scène où l'on voit nos deux tourtereaux boire des bouteilles de champagne au goulot, lors de leur lune de miel. "Nous on pourrait même pas faire ça vu que tu n'aimes pas le champagne..." s'est alors plaint ma compagne. Guilty as charged de ne pas aimer le champagne ! Ni quasiment aucune boisson gazeuse à l'exception du Coca, de l'Orangina et de la Blanquette de Limoux (je suis une tafiole). Je n'aime pas le champagne, je n'aime pas le goût du champagne, ça me donne l'impression de boire de l'air rance. Venir à bout d'une simple coupe est pour moi un supplice. C'est grave, docteur ? Putain de film !


Like Crazy de Drake Doremus avec Anton Yelchin, Felicity Jones, Jennifer Lawrence et Charlie Bewley (2012)

23 septembre 2011

Hesher

Avant-propos crucial ! Ce film a été tourné il y a deux ans, il nous propose en tête d'affiche deux ex-enfants stars, dorénavant acteurs dans le vent : Joseph Gordon-Levitt et Natalie Portman, qui ont tous deux soufflé leur 30ème bougie récemment. Le premier, notamment grâce au carton d'Inception, est une star montante dont le faciès (mais pas la carrure vu qu'il est taillé comme une arbalète) permet à certaines demoiselles nostalgiques de ne plus autant regretter la disparition prématurée d'Heath Ledger. Quant à Natalie Portman, on ne la présente plus ! Elle est depuis longtemps une starlette de premier plan, mais ce n'est que depuis peu qu'elle a connu la consécration du petit monde sclérosé du cinéma grâce à sa prestation il est vrai remarquable dans Black Swan. Ces deux acteurs pourraient donc aisément permettre à ce film de connaître une sortie en fanfares. Et pourtant !



Hesher est sorti outre-Atlantique début mai, sans bruit, dans l'anonymat le plus complet. Et dans notre cher et beau pays, aucune date de diffusion n'est encore prévue. J'ai deux hypothèses. Soit tout ça est finement calculé, complètement fait exprès, il s'agirait d'une sorte de non-marketing pratiqué avec le vain espoir que Hesher gagne progressivement un statut enviable de petit film indé obscur et donc forcément culte, en misant tout sur le bouche-à-oreille. Culotté et risqué, mais pourquoi pas ! Autre hypothèse : il existerait un type, petit scribouillard indie, obstiné et convaincu, qui se serait fixé comme objectif de nuire à la reconnaissance de ce film. Un type qui s'opposerait corps et âme au succès que pourrait éventuellement rencontrer Hesher. Un grain de sable qui vient ruiner une petite mécanique d'ordinaire si bien huilée. J'ai vu Hesher, par un réseau de distribution alternatif et totalement gratuit, car ce sont les seuls qui permettent à l'heure actuelle de mettre la main dessus, et je ne vous cache pas que j'ai une nette préférence pour ma deuxième hypothèse. Elle est un peu plus farfelue, certes, mais ce genre de type, altruiste car soucieux qu'aucun de ses semblables ne s'inflige un tel film, ça pourrait tout à fait être moi. Alors j'ose espérer !



Hesher nous raconte les mésaventures d'un petit garçon blondinet (Macaulay Culkin) au caractère bien trempé qui vient de perdre sa maman dans un accident de voiture tragique (elle avait raté son avion). Son père (incarné par Dwight de The Office) n'arrive plus à remonter la pente depuis et la petite famille a élu refuge chez la grand-mère. Le garçon rencontre alors Hesher (Joseph Gordon-Levitt), un personnage hors norme. D'abord par son physique et son allure : aussi solitaire que perché, Hesher se trimballe toujours torse nue, voire en slibard kangourou dégueulasse, il arbore des tatouages débiles sur le torse et fait balancer ses cheveux longs et gras avec la grâce d'un orang-outang bourré à la bière au rythme de sa démarche de pithécanthrope. Hesher est aussi un cas social, pyromane de son état, qui passe son temps à arpenter les rues dans son vieux van pourri. Du jour au lendemain, l'imprévisible Hesher décide de s'installer sans prévenir chez la grand-mère. Au crépuscule de sa vie, celle-ci apprécie sa compagnie et l'accueille comme si c'était tout à fait naturel. Hesher entraînera rapidement le gosse dans quelques galères, tandis qu'une caissière de Super U, sous les traits familiers et agréables de Natalie Portman (elle a également les cheveux gras et des grosses binocles, elle est donc crédible en caissière !), s'immisce peu à peu dans le duo...



Je ne sais pas trop pourquoi je vous ai résumé en détails le pitch du film, peut-être par triste habitude de blogueur ciné ! Peut-être aussi pour que vous puissiez voir qu'il n'y a pas grand chose d'excitant à l'horizon. Hesher semble avoir pour seule ambition de nous montrer l'évolution de ces personnages à travers les différentes péripéties qu'ils traversent, à commencer par celui du gamin, véritable personnage central du film contrairement à ce que le titre peut nous laisser croire. Pourquoi pas. Hélas Hesher donne la nette impression que son réalisateur croit nous raconter une histoire formidable, à travers le deuil impossible d'une famille orpheline de la maman. Et si les intentions sont louables, le résultat est, au final, complètement raté. Spencer Susser (c'est le nom du réalisateur, j'invente rien) a notamment le défaut de vouloir tout montrer, y compris l'accident qui a provoqué la mort de la mère, dans un flash-back aussi brutal qu'inutile et regrettable. Ponctué de messages moralisateurs lourdauds, très souvent énoncés sous la forme de métaphores hideuses, le tout sur un ton mi-décalé mi-sérieux, mi-léger mi-grave, Hesher tourne très rapidement à vide et, dans sa dernière partie, tombe même carrément dans le ridicule le plus désolant. Notons toutefois que ça doit bien être le ton étrange de ce film, parfois intrigant, doublé de son rythme assez soutenu qui permettent de le regarder en entier, sans que l'on s'ennuie véritablement. Triste savoir-faire typiquement américain de ce genre de film indé !



Je ne peux pas vous parler de ce film sans partager avec vous certaines scènes qui ont failli m'achever. Signalons d'abord le terrible monologue de Natalie Portman. Du jamais vu, un vrai chemin de croix pour n'importe quel comédien et une épreuve dont la jeune & jolie actrice ne sort pas tout à fait indemne. Je vous replace la scène dans son contexte. Natalie vient d'être surprise par Macaulay Culkin en train de baiser avec Hesher. Le gamin vit alors une grande désillusion, puisque Natalie représentait pour lui une sorte de projection de sa maman, une nouvelle femme pure et innocente (je vous la fais courte). Bref. Natalie décide donc de se rendre chez le gosse pour se faire pardonner. C'est là qu'elle se plante en face de lui et déballe les lignes de dialogues les plus abominables qu'il m'ait été données d'entendre. "Heeeey... Salut. Ça va ? Heu... Bon... Je ne savais pas si je devais venir ou pas mais je ne pouvais pas m'empêcher d'y penser. Je me suis dit que si je venais, tu serais énervé et tu me détesterais, mais j'ai pensé que si je venais pas, tu croirais que je m'en fiche, et tu m'aurais détesté aussi. Alors j'ai décidé de venir. C'est ce que j'ai pensé. Donc, me voilà. Je veux m'excuser. Je me sens mal à propos de ce qui s'est passé. Et je comprends si tu ne veux pas qu'on soit amis, mais je n'ai jamais voulu te blesser. C'est juste que... Parfois... Je ne sais pas... Mais j'ai pensé que je devais te dire ça. Tu me détestes toujours de toute façon, mais je devais te dire ça. Et je l'ai dit." Qui donc a écrit ça sur papier ? Qui ? Le type d'Animal Kingdom ? J'ai vu son nom au générique, accolé à celui du réalisateur, je suis pas fou ! C'est terrible ! Et il faut savoir que Portman déballe ça tout en faisant ces petits gestes de mains que l'on fait quand on est gêné, ces manies que l'on observe surtout dans les classes de CP, lorsqu'on convoque un mioche au tableau pour qu'il fasse sa récitation. Bref, Portman sort le grand jeu, ses envies d'Oscar temporairement mises sur la touche.



Mais ça n'est pas tout. Comme dit précédemment, Hesher est rempli de messages philosophiques bidons que ses personnages déblatèrent avec une lourdeur sans nom, la finesse des dialogues n'étant à l'évidence pas l'une des qualités de ce long métrage. Il s'agit donc souvent de leçons de Vie, avec un grand V. La fin du film, où l'on assiste aux funérailles de la grand-mère (relisez le second paragraphe pour vous rappeler de qui il s'agit !) est le triste théâtre de ces grands messages existentiels. Une vieille femme ouvre le bal en nous annonçant que la vie, c'est comme marcher sous la pluie : tu peux te cacher et t'abriter ou tu peux te mouiller. Très profond et instructif, je note. Mais ça n'est rien à côté de ce à quoi on assiste médusé dans la foulée : le monologue final de Joseph Gordon-Levitt, celui à travers lequel nous sentons que le réalisateur se met littéralement à nu. Légèrement éméché, Hesher se lance dans un long discours ridicule avec, à la clé, un nouvelle métaphore de toute beauté. Il nous raconte qu'en voulant faire cramer un truc quand il était ado, il a provoqué une grosse explosion et ça s'est terminé à l'hosto, avec une couille en moins ! S'adressant à Dwight et à Macaulay Culkin, Hesher dit s'être longtemps focalisé sur cette couille perdue, au point de tomber dans une dépression carabinée, avant qu'un beau jour, il se rende compte que son autre couille fonctionnait à 200%, que la Nature avait vraiment bien fait les choses, et qu'il n'y avait donc aucune raison d'en vouloir à la Terre entière, bien au contraire. Message reçu ! Je traduis : la maman disparue est donc l'équivalent d'une couille perdue, que l'on peut aisément oublier pour réussir à vivre à nouveau heureux. C'est charmant... Pour ne rien arranger à tout ça, il faut là encore signaler le jeu d'acteur du dénommé Gordon-Levitt. Il en fait vraiment des caisses, mais sans le côté réjouissant de la chose, on est loin d'un Nicolas Cage ou d'un Gérard Depardieu. Son personnage, d'abord un peu attachant, ne fait pas illusion bien longtemps, il devient très vite agaçant et l'énervement culmine précisément lors de cette scène. Si ça ne vous suffit pas, sachez qu'après cet innommable monologue, on enchaîne sur la balade du cercueil de la grand-mère (elle avait prévu de faire une balade à pieds avant de mourir, les personnages réalisent ainsi son dernier souhait), au ralenti, sous fond de musique naze et de mauvais goût. Le film touche alors le fond du fond, au pire des moments possibles, c'est-à-dire juste avant de nous quitter !



Pour les fans hardcore de Natalie Portman, je signale quand même un bref passage potentiellement amusant où l'on voit Joseph Gordon-Levitt lui déblatérer la pire anecdote salace et porno au volant de son van crado. Natalie Portman, tétanisée, l'écoute bien malgré elle tout en faisant des petites moues dégoûtées et blasées. Ce passage-là est plutôt sympathique dans le sens où, pour ma part, c'est typiquement ce que j'aurais envie de raconter à une fille comme Natalie Portman, histoire de la bousculer un peu, elle qui a tellement l'air d'une sainte-ni-touche (à défaut de m'en servir comme d'une table-basse, bien entendu...).

Malgré cela, vous l'aurez compris, je ferai mon possible pour nuire à ce film ; et de votre côté, si vous avez lu cette critique dans son intégralité, vous pouvez aisément considérer l'avoir subi aussi !


Hesher de Spencer Susser avec Joseph Gordon-Levitt, Natalie Portman, Rainn Wilson et Devin Brochu (2011)

5 mai 2011

Je vais bien ne t'en fais pas

On a tous vu le "coup de gueule" de Mélanie Laurent contre la soi-disant virulence de la critique à son égard, consécutivement à la sortie de son album. Skeud dont la promo est assurée par tout le PAF à grand renforts de léchage de cul. Mélanie Laurent s'en prenait donc non seulement à "internet" mais aussi aux journalistes professionnels, qui sont tous acquis à sa cause. La plus belle séance de cirage de pompes médiatique a eu lieu, comme toujours, sur le plateau du Grand Journal avec un Robert Denisot plus mielleux que jamais, un Ali Badou moins philosophe que de coutume et une Mariane Massenet aussi bête que d'hab. La jeune starlette est actuellement sous le feu des projecteurs et se plaint malgré tout de ne pas être reconnue à sa juste valeur en tant que chanteuse. Pour ce qui est de sa carrière d'actrice, Mélanie Laurent doit penser que sa légitimité n'est plus à faire depuis qu'elle a incarné l'héroïne du dernier film de Tarantino et qu'elle s'est affichée comme une intime du cinéaste en dansant avec lui sur le tapis rouge de Cannes. En outre l'actrice n'a pas de souci à se faire puisqu'elle tourne dans une dizaine de films par mois. Sa philosophie c'est : "Sur dix saloperies de tournées, y'aura peut-être un succès, alors tourne ! tourne ! tourne ! Dans tous les cas je suis à l'affiche de Inglourious Basterds. RAB. Rien à battre". C'est cette starification qui lui a servi son album solo sur un plateau mais elle trouve le moyen de râler en parlant d'un "appel à la haine" qui se répand sur le web depuis, selon elle, l'avènement de la télé-réalité.


Godard disait : "Quand on regarde le visage d'une femme, on voit son âme".

Y'a beaucoup à dire. Trop à dire, quasi, sur le cas Laurent Mélanie. "On est jugé de tout" nous dit Mélanie "2 de QI" Laurent, elle qui a pour métier et pour passion le fait même de soumettre des objets à la critique, elle qui n'a jamais vécu en Russie sous le régime autoritaire de Joseph Stalone et qui ne sait pas ce que c'est qu'un vrai "jugement" aboutissant à un voyage sans retour sur ce qu'on appelait "L'île des cannibales", un endroit où les gens étaient tellement livrés à eux-mêmes, sans rien pour se sustenter, qu'ils finissaient par se manger. Combien de jours tiendrais-tu sur cette île, Mélanie Laurent ? Je ne mise pas un rouble sur toi. "On ne peut jamais répondre, vraiment", rajoute-t-elle en giflant l'air de ses revers de mains et en balançant ses faux ongles aux quatre coins de la pièce. Elle regrette de ne pas avoir suffisamment d'espace d'expression, elle qui s'aplatit sur tous les écrans de cinéma et de télévision du monde. N'y a bien eu que Fred Taddéi pour ne pas l'inviter. C'est le dernier à résister. Tous les autres l'ont accueillie sur un tapis roulant, les David Poujadiste, les Franz Olivier Gisberg, celui qu'on appelle Phileas FOG, Bolt your doors, lock your windows, there's something in the FOG. "Mais qui tu es pour me juger ? Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?", nous sort-elle dans un dédale de questions rhétoriques qui foutent le tourni, la ritournelle habituelle de qui n'a jamais réfléchi une seconde à son propos. Devant Manchester - Schalke, ces mêmes gens disent : "Moi je ne fais pas trois jongles donc je peux pas juger, moi je suis qui pour dire ça ? Pour critiquer Dwayne Rooney ?" Non. Moi-même qui suis Schalkeux, originaire de la ville de Schalke 04, je n'ai aucun complexe à dire que Raul a été une merde sur les demi-finales. Je pourrais donner mille exemples. Quid du gars qui va au resto pour bouffer un bon kefta couscous, qui se retrouve avec dans son assiette l'ersatz d'une purée de mousseline parsemée des mokos du cuisto, matez-moi dans les yeux, ce type-là se tait-il ? Prétextant : "Je ne suis pas cuisto, je suis mal placé pour critiquer, j'avoue que ça n'a pas le goût ni la texture habituels, mais c'est peut-être une autre recette à base de fientes" ? Non, j'en doute. Ce que je vous raconte là je l'ai vécu hier et je vous déconseille "Le Sherpa" à Toulouse.


Mélanie Laurent dans un film.

On peut en vouloir à Philippe Lioret car c'est lui qui a lancé la carrière de Mél L. avec le fameux Je vais bien ne t'en fais pas (pas de titrologie pour cette fois, pourtant y'a de quoi), où elle incarnait une disparue, une fugueuse, recherchée par ses parents et son frère, dans un remake déguisé de Fievel et le Nouveau Monde, à la différence près que dans l'original les personnages étaient des souris. Ah non ! Non non. C'est son frère qui disparaît et c'est elle qui le cherche ! Je m'en souviens trop mal... Du coup c'est une réécriture de Fievel mais du point de vue de la famille de souriceaux cette fois. Normalement, si le compte est bon, le frère de Mélanie Laurent a rencontré un gros chat pédé, Tiger, avec qui il est devenu méga pote et ensemble ils ont dégagé tous les chats de New-York à l'aide d'une souris géante fabriquée de toutes pièces. Voilà pour l'histoire du film de Lioret, dans lequel Mélanie Laurent jouait extrêmement mal. A la bande originale de ce film, signée aAron (?), préférez l'originale et surtout son tube : "Très loin là-bas". Il y a quelques années, j'ai essayé de choper l'attention de Mélanie Laurent (dont je suis secrètement fou amoureux) sur Facebook avec le leak youtube de cette chanson Disney, ça n'a pas marché. Par contre quand je lui ai envoyé "Lili" par Aaron, elle m'a ajouté en ami et j'ai déposé un cierge à Notre-Dame.


Je suis le seul à voir une grosse bite et deux énormes couilles dans sa main gauche ? Les Disney et les Pixar sont remplis d'images subliminales que les enfants ne comprendront que plus tard quand ils seront en taule !

J'accuse Lioret alors que le vrai coupable c'est Gérard Depardieu, le grand manitou du cinoche français qui l'avait repérée en premier sur le tournage du film Un con entre deux rives. Mélanie Laurent raconte la scène à longueur d'interview : le gros doigt boudiné de Depardieu lui faisant signe de s'approcher dans l'ombre d'un énorme monticule de choucroute, et elle, terrorisée en le prenant pour le fameux tueur en série pédophile de son village que les médias avaient surnommé "L'Anorak". L'actrice n'a jamais conscience d'égratigner l'image de celui qui l'a pistonnée puis portée aux nues en racontant cette anecdote sordide.


J'ai un doute, elle l'a eu le César ou pas ? J'imagine que oui, on fait pas ce genre de photo quand on l'a pas eu...

Mélanie Laurent, l'actrice sur des charbons ardents, la moving target de la critique, assaillie de toutes parts, attaquée par les charognards de la blogosphère, dépecée dans les papiers glacés, sera la maîtresse de cérémonie à Cannes dans une semaine. Elle a aussi reçu le César du Meilleur Espoir Féminin en 2007 pour le film que nous avons résumé plus haut, et quand elle l'a reçu, elle a tenu un discours très proche de celui de Sara Forestier, qui l'a remporté cette année avec Le Nom des gens, mais il fut coupé au montage par un Philippe Dana qui n'en avait rien à battre. Elle y disait ceci : "Philippe Lioret, quand j'ai fait ton film, je jouais une fugueuse alors que je suis la dernière des casanières et j'interprétais la sœur de mon frère fugueur alors que dans la vie je suis fille unique, truc de ouf". Je pense du coup qu'elle peut dire merci au zélé Philippe Dana, le précog de Canal+.


Je vais bien ne t'en fais pas de Philippe Lioret avec Mélanie Laurent et Kad Merad (2006)