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26 février 2025

L'Enfant du paradis

Premier film DE et AVEC Salim Kechiouche, je ne pouvais pas le louper, moi qui ai toujours été ensorcelé par cet acteur au charisme dingue croisé à plusieurs reprises chez Abdel Kechiche. On pourra d'ailleurs dire ce que l'on veut du réalisateur de La Graine et du Mulet, force est de constater qu'il a inspiré certains de ses acteurs de façon évidente, pour des passages derrière la caméra au moins encourageants et parfois couronnés de réussite. Je pense bien sûr aussi à l'excellente Hafsia Herzi, dont les films personnels portent la marque du cinéma de Kechiche. Mais je ne vais guère m'aventurer plus loin sur ce terrain forcément glissant. Pour son premier long, Kechiouche choisit de nous narrer les déboires d'un acteur qui tente de reprendre sa vie en main après une période que l'on imagine difficile car marquée par l'addiction à la drogue et les conflits familiaux. 




Resserré sur 1h13, le film nous amène dans la cité d'origine du dénommé Yazid, sur ses tournages, chez sa nouvelle meuf, chez son ex et son fils, et nous permet ainsi de bien saisir la vie passée et actuelle d'un gars toujours sur la brèche. On ne peut que déduire la part autobiographique du film tant le jeu de l'acteur-réalisateur paraît naturel et sincère (il faut le voir jouer le mec bourré, c'est une petite masterclass à montrer dans toutes les écoles de comédiens), lui qui ponctue son œuvre de nombreux extraits de vidéos familiales et intimes où nous le voyons, minot, amuser la galerie. Ces passages nous aident à cerner le personnage, à mieux identifier ses zones d'ombre (quid de la figure paternelle, toujours absente ?). On comprend les griefs de sa nouvelle petite-amie (impeccable et très belle Nora Arnezeder), qui n'hésite pas à le placer face à ses démons pour lui faire comprendre qu'il doit se réconcilier avec lui-même et sa famille avant de se projeter dans un futur radieux en sa compagnie. C'est l'une des scènes fortes d'un film qui en compte quelques-unes, porté par des acteurs tous excellents et une mise en scène délicate, au plus près des situations, qu'elles soient tendues ou apaisées. On pourra regretter qu'il n'y ait pas davantage de scènes chez la grand-mère, personnage adorable, authentique, au parlé mélodieux. Ses petits-déjeuners, faits de crêpes traditionnelles algériennes, préparés avec un amour infini pour son petit-fils, filent tout simplement la bave aux lèvres (j'avais ressenti un peu la même chose devant La Passion de Doddin Bouffant, de la première à la dernière minute ou presque, car les choses se gâtent un peu à la mort de Binoche - désolé pour le spoiler mais à la fois, je préfère vous préparer). Notons enfin l'apparition remarquable de Zinedine Soualem, dans le rôle du futur beau-père de Kechiouche. Toujours un plaisir de croiser la longue tronche de Zizou Soualem ailleurs que dans un Klapisch. Je précise toutefois qu'il a l'air chaud à gérer en tant que beau-père. Il est intimidant, avec ses regards noirs et sa chemise cintrée beaucoup trop petite pour lui. L'Enfant du paradis est donc un assez beau premier film, que je recommande aux nombreux fans du beau brun ténébreux d'origine algérienne.




L'Enfant du paradis de Salim Kechiouche avec Salim Kechiouche et Nora Arnezeder (2023)

11 avril 2021

Shadow in the Cloud

Vous vous souvenez de Sils Maria d'Olivier Assayas ? Nope ?... Mais si ! Ce film où Kristen Stewart et Juliette Binoche faisaient de la rando dans les Alpes et allaient admirer les nuages serpenter dans les vallées ! Toujours pas ?! Bref. Dans les méandres métadiscursifs vertigineux issus du cerveau dérangé d'Assayas, Chloë Grace Moretz incarnait une starlette hollywoodienne en plein boom, sur le point de jouer dans un film d'auteur européen aux côtés de notre Juliette Binoche nationale. Cette dernière, pour mieux connaître sa future partenaire, allait voir par curiosité l'un de ses derniers films en salle. Elle découvrait alors, stupéfaite et hilare, une caricature de blockbuster américain : un film de SF abscons, décérébré et grotesque dont elle ne comprenait strictement rien, où la jeune vedette jouait (fort mal) une héroïne à laquelle rien ne résistait. Eh bien Shadow in the Cloud, c'est un peu ça. La prophétie du devin Assayas, qui ne prenait certes pas un très grand risque en imaginant son actrice dans ce genre de productions, s'est réalisée. La réalité a rejoint la fiction. Ou plutôt, les deux fictions ont fait corps, les étoiles se sont parfaitement alignées dans ce que l'on nommera dorénavant l'Olivier Assayas Universe.



 
Shadow in the Cloud est donc l'amusante parodie d'Assayas, à quelques détails près... Il ne s'agit pas d'un infâme blockbuster US au budget faramineux mais d'une plus modeste production en grande partie néo-zélandaise. C'est une série B dont la sortie n'a pas pu se faire en fanfare dans nos salles, en raison du contexte sanitaire, et qui a plus logiquement fini sa course sur ces plateformes VOD auxquelles elle semblait destinée. C'est enfin un véhicule pour sa jeune actrice blonde, jusqu'à présent plus souvent cantonnée aux rôles d'adolescentes, qui lui permet d'affirmer sa maturité et sa féminité en incarnant une véritable héroïne de films d'action : une aviatrice qui n'a pas froid aux yeux doublée d'une mère désireuse de sauver la vie de son bébé, envers et contre tous.

 

 
Le scénario, au sous-texte féministe brouillon qui le rend à peine sympatoche, est un foutoir complet. Bavard à un point agaçant dans sa trop longue première partie, il accumule ensuite les incohérences et les absurdités. Évidemment, la vraisemblance n'est pas ce que l'on attend d'un tel film, où une hideuse bestiole ailée et griffue s'en prend à un avion de chasse en pleine Deuxième Guerre Mondiale. Mais il est tout de même déconcertant de voir les réactions, ou plutôt l'absence de réaction et du moindre étonnement, des uns et des autres à la vue de cette vilaine chose agressive qu'ils prennent pour un gremlin en raison de cette légende, soutenue par les spots de propagande de l'époque (l'un des plus connus ouvre d'ailleurs le film), qui attribuait les avaries de l'aéronautique militaire des Alliés aux méfaits de ces créatures imaginaires et malfaisantes (une légende déjà exploitée dans un épisode mémorable de la série La Quatrième dimension, Cauchemar à 20 000 pieds).


 
 
Mais si on a la curieuse impression que le scénar a été écrit en mode cadavre exquis lors d'une soirée trop arrosée (ou pas assez...), c'est peut-être parce qu'il a connu une gestation très particulière. Le maudit texte est passé de mains en mains après une première version signée Max Landis (fils de John), accusé entre temps par plusieurs femmes de harcèlements sexuels répétés (père et fils cumulant à eux deux un beau CV). C'est finalement Roseanne Liang, aussi à la réalisation, qui y a apporté la touche finale, révisant tout le récit à la lueur du casier judiciaire de son premier auteur, faisant de son film un réquisitoire à peine déguisé contre la masculinité toxique. La démarche est honorable, l'intention est bonne, mais le trait est hélas trop lourd, maladroit et force est de constater qu'à l'écran, cela ne fonctionne pas complètement. On a pigé la métaphore, on a compris où réside la véritable monstruosité et contre quoi il est le plus important de lutter, mais ça n'est pas brillant pour autant, loin de là. 
 

 
 
Admettons cependant qu'il est plutôt plaisant de voir la frêle Chloë Moretz donner une leçon à ses compagnons d'infortune, à la virilité mise à mal, avant d'administrer une terrible rouste au pauvre gremlin qui, en plus des ennemis de l'Axe, leur menait jusque-là la vie dure. Une créature disgracieuse que nous prendrions presque en pitié quand, à la toute fin du film, notre impitoyable héroïne la défonce sans sommation après l'avoir trainée dans la boue en la tirant par la queue : une vraie humiliation. Aussi, le film a un rythme trépidant et nous réserve sont lot de situations tellement too much qu'elles en deviennent captivantes : il faut voir Moretz accomplir des acrobaties aériennes impossibles en portant en bandoulière l'espèce de cartable contenant son bébé (un cartable qui devrait déborder de rejets corporels en tout genre...). La BO très électro qui, pour le meilleur, ressemble à un hommage trop appuyé à John Carpenter et, pour le pire, à un pur instrument de torture auditive, apporte également son petit charme à l'ensemble. Mais ne vous y trompez pas, si Shadow in the Cloud est une toute petite chose amusante comme il en sort finalement pas tant que ça, ça ne vaut vraiment pas cher et je ne vous le recommande pour rien au monde. 
 
 
Shadow in the Cloud de Roseanne Liang avec Chloë Grace Moretz et des guignols (2020)

4 janvier 2021

L'Empreinte / Angel of Mine

Angel of Mine est le remake d'un film français signé Safy Nebbou, L'Empreinte de l'ange (désormais connu sous le titre L'Empreinte tout court suite à une bataille judiciaire avec une maison d'édition qui détenait les droits d'un bouquin du même titre : on en apprend des choses intéressantes sur Wikipédia). Si je devais faire le remake d'un film français, je ne choisirais certainement pas un film de Safy Nebbou, un réalisateur très mauvais qui s'est ridiculisé l'an passé avec le nullissime Celle que vous croyez (et qui a par la même occasion ridiculisé son actrice principale, Juliette Binoche). Safy Nebbou aime les histoires "bigger than life". Celle de L'Empreinte est pas mal du tout, dans le genre, jugez du peu : une maman est persuadée de trouver, en la sœur cadette d'un pote de son fils, la fille qu'elle a perdu sept ans plus tôt. Houlala, dans quoi je me suis aventuré moi ? C'est tellement tordu que c'est impossible à résumer en trois lignes comme j'envisageais de le faire et mon pitch de poche s'avère ultra bidon ! Je vous le refais en version longue, excusez-moi. Je disais donc : un beau jour, une maman, en instance de divorce et ravagée psychologiquement, vient récupérer son gosse à l'anniversaire d'un de ses potes. Au milieu des autres enfants présents, elle remarque une gamine dont elle est sûre et certaine qu'il s'agit de sa fille qu'elle est supposée avoir perdue dans l'incendie de la maternité alors qu'elle était à peine âgée de 5 jours (ça se fait pas de clamser à cet âge-là, elle a même pas eu le temps de profiter un brin). Une disparition brutale dont elle ne s'est jamais remise, d'où le divorce en cours, car le mari n'en peut plus de gérer la dépression de sa future ex-femme. La maman va donc s'immiscer dans la famille de la fillette, dont elle prétend vouloir acheter la maison qui est en vente sur LeBonCoin alors qu'elle n'a pas un kopeck. Elle espère en réalité pouvoir se rapprocher de la gosse et faire éclater la vérité aux yeux de tous. Ça sera pas évident, croyez-moi, d'autant plus que l'autre maman ne verra pas tout ça d'un très bon œil (normal, imaginez un peu la situation !). Vous avez mieux pigé là ? Rassurez-moi... Je me disais que le même scénario, en remplaçant la fille par un chien, pourrait donner un film du tonnerre. Vous imaginez la chose ? "C'est mon clébard, je le sens, il y a quelque chose entre lui et moi. C'est mon Baltazar Kormakur, ce n'est pas votre Reuno. C'est le chien que je croyais avoir perdu sur une aire d'autoroute un jour maudit de juillet 2006. Je ne m'en suis jamais remis ! Regardez, il m'obéit au doigt et à l’œil et répond à son doux nom de Baltazar Kormakur." On aurait pu assister à une chouette bagarre entre les deux maîtres autour d'un clébard que l'on imagine forcément merveilleux et meilleur acteur que la gosse au centre de toutes les convoitises dans les deux films, frenchie et ricain, auxquels je reviens immédiatement. 
 
 
 

Dans la version française, la maman ravagée est incarnée par une Catherine Frot étonnante dans un rôle à contre-emploi. Elle qui joue d'habitude les pimbêches ou les daronnes sans histoire prête ses traits délicats (elle m'a toujours fait vibrer, c'est depuis Le Dîner de Cons...) à une femme que l'on croit longtemps être une psychopathe atteinte au dernier degré. Sauf que Safy Nebbou nous fait douter et que son scénario est bien plus tordu qu'on ne le croit... mais je vous en dis pas plus, ça serait dommage ! Face à Frot, nous retrouvions Sandrine Bonnaire dans la peau de l'autre maman, celle qui veut protéger sa fille (et vendre sa maison, mais ça, ça passe vite au second plan, quand bien même son mari est à cran). Believe it or not, c'est la première fois que l'on mentionne le doux nom de Bonnaire sur ce blog pourtant calé, Bonnaire, ce monument du cinoche français ! Les deux actrices réussissaient à nous accrocher à ce film comme un camé à sa came. Franco, Safy Nebbou a zéro talent, mais à chaque fois j'ai des yeux gros comme ça devant ses films à la con, je dois bien le reconnaître. Celle que vous croyez aussi m'avait scotché, même si j'étais un peu gêné pendant cette scène désormais culte où Binoche, confinée avant l'heure dans sa bagnole, se masturbe lors d'un FaceTime avec François Civil (je l'ai vu avec mes parents, c'était assez chaud). L'Empreinte de l'ange (je préfère le premier titre et je suis sûr que Safy aussi) faisait donc partie de ces films qui arrivent à t'agripper les mirettes pendant 1h45 puis te lâchent d'un seul coup au générique du fin, et tu te sens comme une merde dans ton salon, seul, avec cette histoire sordide en tête, et une soirée fumée de plus au compteur. Tradition française oblige, l’œuvre de Nebbou tenait plus du drame psychologique de dix tonnes, fondé sur un duo d'actrices solides qui se faisaient plaisir, qu'autre chose. Côté ricain, on a chaussé des sabots tout aussi lourds mais peut-être plus tranchants (si un sabot peut l'être, j'ai bien conscience que ma métaphore est pourrie). On a de suite flairé le potentiel de malade du scénario impossible de Safy Nebbou et Cyril Gomez-Mathieu (dont le nom est ici rappelé en gras dans le générique final, le gars doit être fier de lui et revendiquer la paternité de cette idée originale, paraît-il tirée d'un fait divers, allez piger...). En effet, Angel of Mine tend beaucoup plus clairement vers le thriller pur jus, avec invasion du foyer et affrontement musclé, il s'inscrit dans la lignée de ces films qui fleurissaient dans les années 90 suite au succès retentissant du pourtant médiocre Liaison Fatale et dont les titres claquaient bien plus. Je pense tout particulièrement à La Main sur le berceau (The Hand That Rocks the Cradle en VO). Qui ne se souvient pas vaguement de La Main sur le berceau ? Rebecca De Mornay était top dedans. On avait kiffé devant ces films, avouez-le. Jamais on ne les reverrait aujourd'hui mais, sur le moment, ça faisait le taff, on se disait que les américains savaient y faire, y'avait pas à chipoter là-dessus.



Niveau acting, Angel of Mine n'arrive pas à la cheville de son homologue hexagonal. Sandrine Bonnaire et Catherine Frot versus Noomi Rapace et Yvonne Strahovski, je suis désolé mais, dans un combat de catch en tag team, j'vous raconte pas le carnage, ça serait vite réglé, la confrontation serait très déséquilibrée. La faute à qui ? Strahovski. On l'avait déjà croisée dans la série 24, où elle ne se montrait jamais à la hauteur au sein de la cellule antiterroriste. Elle ne l'est pas non plus ici en tant que maman qui essaie de garder le grappin sur sa fille. Elle doit avoir le visage trop carré, ça l'empêche d'exprimer toute une palette d'émotions ; il y a quelque chose qui cloche. A ses côtés, Noomi Rapace fait pourtant tout son possible. Les choix de carrière de cette actrice plutôt douée m'interrogent. Elle doit aimer les films de seconde zone, c'est pas possible autrement. Contrairement à Frot, Rapace n'étonne pas dans un tel rôle. On lit sur son visage que ça ne va pas, c'est un peu comme Glenn Close (en moins cheum ceci dit). Kim Farrant, la réalisatrice, s'appuie beaucoup sur l'actrice suédoise pour toutes les scènes-clé. Je n'ai plus aucun souvenir des personnages masculins du film français (le futur ex-mari de Frot et le père de la fillette convoitée), mais ces derniers font complètement pitié dans la version US. Luke Evans aussi a un problème de tête carrée, on dirait un playmobil qui ne mettrait pas du tout en avant les histoires. Quant au mec de Strahovski, c'est un pur guignol lui aussi, un gros naïf à l'accent australien ridicule. 
 
 
 
 
Malgré l'absurdité de toutes les situations dépeintes, la grossièreté du trait et le manque de surprise, on regarde connement tout ça, et je suis persuadé qu'en ignorant tout du film original, on peut même s'y laisser prendre. Ça fait presque plaisir de voir un thriller aussi fou, qui ose se terminer par un pugilat dans la cuisine, avec débris de verres et ongles sanglants, et qui reprend de si vieilles recettes, on a comme l'impression de remonter dans le temps, de retomber en enfance. Trente ans plus tard, c'est plus la même limonade cependant. Angel of Mine ne sort même pas en salles et n'est même pas répertorié sur le site Vodkaster : j'ai dû le leur signaler pour qu'ils l'ajoutent à leur base de données et ainsi m'offrir le petit plaisir de lui accorder la note de 1,5/5. Pourquoi 1,5/5 pour un film qui ne vaut pas tripette ? Parce que je ne vous ai pas encore parlé du meilleur moment d'Angel of Mine, celui qui a su provoquer chez moi un éclat de rires retentissant. Il survient lors d'une sortie familiale à la patinoire, où Noomi Rapace tape encore l'incruste, collant toujours aux basques de la gamine tant convoitée. Aux anges sur la piste, seule avec la fillette, Rapace profite pleinement de ce moment d'extase quand survient le drame : un patineur imprudent vient les heurter ! Elle lâche alors la petite qu'elle tenait jusque-là par les épaules avec amour. Livrée à elle-même et en panique, la gosse glisse piteusement et se retrouve allongée sur la glace, KO. C'est là que Kim Farrant nous offre l'un des plus merveilleux moments de cinoche qui soient : après un plan sur le visage horrifié et inquiet d'Yvonne Strahovski, nous voyons la gamine glisser sur le dos et heurter la bande de la patinoire, pour rebondir pathétiquement dessus et ainsi ressurgir très mollement dans le cadre. Je me le suis repassé quoi ? 12 fois. J'ai bien dû revoir ce passage-là une douzaine de fois, oui. Oh putain quel pied... Ça y'est, je me suis donné envie de le voir une 13ème fois ! Merci Kim, merci Safy !


L'Empreinte (de l'ange, je suis désolé) de Safy Nebbou avec Sandrine Bonnaire et Catherine Frot (2008)
Angel of Mine de Kim Farrant avec Noomi Rapace et Yvonne Strahovski (2019)

14 décembre 2019

Doubles vies

Ce film est une série de coups de couteau dans les reins. Ffft ffft ffft. Dans les films, c'est ce bruit qu'on entend quand les types lardent de coups de lames le flanc gauche d'un Liam Neeson impassible. Comment quelqu'un d'aussi brillant que Olivier Assayas, auteur de livres aussi indispensables que Présences ou L'Encyclopédie des farces et attrapes au cinéma, a pu pondre un film aussi indigne. Comment une bible de Gutenberg humaine du cinéma, qui peut te sortir sans réflexion un top 1000 des plus beaux plans d'ouverture du cinéma (à sa place, si on nous demandait, mais vu qu'on ne nous demande pas, on ne se fait pas prier, on citerait volontiers En quatrième vitesse d'Aldrich, Délivrance de John Boorman, Eyes Wide Shut de Kubrick ou encore la fameuse toupie d'Inception), comment un crack de la bobine celluloïd, qui la veille au soir nous pondait encore un Personal Shopper de haute facture, peut à ce point se fourvoyer dans un film inique, dont le plan d'ouverture annonce la couleur, puisqu'il s'agit de la porte d'entrée d'un cloaque parisien qui s'ouvre sur un Guillaume Canet souffreteux, blafard, mesquin et déjà merdeux.





Le film est un condensé de clichés, de phrases toutes faites, d'idées reçues, de méditations de trépanés archi-datées et ringardes sur l'avenir du petit monde de l'édition et les livres numériques, tout ça récité platement et avec un ridicule consommé par une troupe de tocards imbuvables et niais qui nous assènent leurs pensées débiles sur la politique et le monde comme il va avec un sérieux de pape dans un enchaînement sans fin et monotone d'élucubrations toutes plus fétides et idiotes les unes que les autres. Et comme si la situation n'était pas déjà assez embarrassante, tous ces guignols ont entre eux des histoires de cul nauséabondes et souvent improbables, en tout cas franchement inintéressantes, encore plus quand elles concernent le tocard en chef campé par Guillaume Canet qui se croit crédible en patron d'une maison d'édition découvrant, en 2019, que le numérique commence à prendre un petit essor, bien aidé dans sa découverte de l'eau tiède par son assistante/orifice Christa Theret, qui enfile les perles pendant tout le film. RIP Christa Theret, qui a explosé dans LOL et qui depuis n'est pas parvenue à recoller les morceaux, MDR.





Le fond du fond est atteint dans cette scène de conversation (la douze millième du film qui en compte bien onze mille) sur une petite terrasse en bord de mer, dans un décor digne des Petits mouchoirs, où les pires sbires de la bande, le quatuor infernal constitué de Canet, Macaigne, Hamzaoui (Hamzanon de notre côté) et Binoche évoquent la possibilité de tirer un film du dernier torche-cul de Vincent MacCain, et mentionnent pour le premier rôle nulle autre que Juliette Binoche. Ce qui donne cette farce et attrape métafilmique savoureuse où Juliette Binoche affirme, sourire aux lèvres, qu'elle croit pouvoir obtenir le numéro de téléphone de Juliette Binoche. A ce moment-là, on est persuadé qu'Olivier Assayas a trouvé une nouvelle énergie fossile, un combustible qui reposait là, sous nos yeux, tel Cthulhu dans son antre de R'lyeh. De quoi embraser le monde. A la toute fin de ce supplice, que l'on regarde de la première à la dernière minute totalement médusé, tel un lapin dans les phares d'une jeep conduite par un forcené, en se demandant comment un cinéaste de la trempe d'Assayas a pu commettre un tel packaging de fientes, Nora Hamzaoui (c'est toujours Hamzaniet) annonce fringante à un compagnon d'infortune qu'elle attend le divin enfant. Deux solutions : soit on aura droit à un Doubles vies², ce qui sera impossible à gérer, soit ça donnera un énième épisode de Chucky, la poupée de sang.


Doubles vies d'Olivier Assayas avec Guillaume Canet, Juliette Binoche, Vincent Macaigne et Nora Hamzaoui (2019)

18 janvier 2015

Une Rencontre

Nous rêvons de tourner le remake de ce film, à ceci près que la rencontre concernerait un de nos pires glaviots et l'objectif de la caméra de Lisa Azuelos (voire une parcelle, même infime, de l'un de ses costumes en marbre). Pourtant Azuelos tourne ici son meilleur film. Pourquoi ? C'est le plus court. Une heure dix montre en main. On en est agréablement étonné. Et puis, nouveauté chez Azuelos, le film a une très forte et une vraie cohérence visuelle d'un bout à l'autre : c'est de la chienlit du premier instant jusqu'au tout dernier. A l'image de l'affiche, le projet consiste en des tonnes de halos et de lens-flares-du-bec avec dominantes violet et orange, deux couleurs effectivement complémentaires mais qui se foutent sur la gueule constamment tout au long du film, comme dans le jeu Seven Colors (le premier jeu PC de l'histoire, jamais compris le principe).




Marceau... On l'a souvent épargnée pour les pires raisons, promotion canapé oblige, mais faut revoir sa filmographie à la loupe, ses choix de carrière, les phrases qu'elle débite en interview et qui n'ont aucun sens, son jeu aussi, si on peut parler de jeu, car elle s'amuse toute seule. L'actrice préférée des français est aussi la meilleure amie d'Azuelos. Or rappelez-vous que les amis de mes ennemis sont mes sacrés ennemis, mes pires ennemis même vu qu'ils sont les meilleurs amis de mes ennemis. Quand on voit certains cinéphiles s'en prendre à des gens comme Juliette Binoche, ou Catherine Deneuve, en les traitant de cruches ou de bourgeoises insupportables, on se demande ce qu'il faudrait dire de Sophie Marceau. Mais à la rigueur, on commence à s'habituer à la voir enchaîner les horreurs, depuis environ La Boom.




Alors que Cluzet... comment gérer le cas Cluzet ? Quelle attitude adopter devant cet homme qui peut être attachant, agréable à vivre, et qui régulièrement fout la rouste à notre bon sens. Par exemple quand il va tourner pour Azuelos, dont le film est un enchaînement de clips exécrables qui donnent l'occasion à la réalisatrice de nous confirmer que ses goûts musicaux sont aussi cradingues qu'on pouvait l'imaginer. Mine de rien, Azuelos est en train de se fabriquer une filmographie singulière dans le paysage cinématographique mondial, qui a la particularité de dégager une odeur digne de ces égouts londondiens qui ont fait le buzz l'an passé parce qu'ils étaient remplis à craquer de formidables amas de graisse de cuisine et de déjections organiques embaumant les rues et répandant dans les nez un mal équivalent à celui qu'est supposé renfermer le Necronomicon.


Une Rencontre de Lisa Azuelos avec François Cluzet, Sophie Marceau, et mon poing affûté (hope so) (2014)

27 mai 2012

Cosmopolis

Une fois de plus très déçu par le nouveau film de David Cronenberg. Je me demande pourquoi vu qu'à chaque fois c'est pareil, pire, je me demande pourquoi j'espère à chaque fois quelque chose de formidable. Pourquoi en effet m'obstiner à aller voir les films de Cronenberg au cinéma avec un vif espoir d'être emporté alors que je n'ai jamais été un grand fan du bonhomme, et alors que j'ai particulièrement peu apprécié ses derniers films, le mal écrit et vulgaire A History of Violence, le très creux et assez grossier Les Promesses de l'ombre puis le si bavard et surtout si fade A Dangerous Method. Je sais pourquoi. C'est parce que Cronenberg sait choisir des sujets qui, sur le papier, font rêver. Je m'étais déjà laissé piéger à la perspective de voir le cinéaste le plus organique d'Amérique, le plus charnel des cérébraux, se confronter aux chantres de la psychanalyse. Je me suis fait avoir à nouveau par le programme alléchant du roman de Don DeLillo, écrivain postmoderne par excellence ayant traité plus ou moins en avance le sujet brûlant de la chute des empires financiers et de la fin annoncée du capitalisme. Sauf que dans un cas comme dans l'autre, l'attente fut déçue et l'espoir incomblé.



Même si Cosmopolis est finalement beaucoup plus ambitieux et beaucoup plus riche que les plates querelles psycho-sexuelles des sieurs Jung et Freud, on peut lui reprocher les mêmes bavardages insipides et besogneux. La dernière scène du film, qui oppose Robert Pattinson à un Paul Giamatti en toute petite forme, scène qui dure 22 minutes mais qui passe pour une éternité, atteint un comble dans ce verbiage sans consistance, aussi permanent que bassinant. Dans ce film à 99% parlé, les dialogues sibyllins, paraboliques, métaphoriques, systématiques et diarrhéiques sont peut-être ce qui pèse le plus. David Cronenberg n'arrête pas de se vanter d'avoir lu le roman de Don Delillo en deux jours et de l'avoir adapté en six. Il lui a suffi, dit-il, de surligner dans le roman les répliques qui l'espantaient le plus et de les juxtaposer sur un document wordpad vierge pour voir apparaître son film. Les journalistes de tous bords reprennent en cœur ces paroles et s'extasient de la rapidité d'exécution du maître. Qu'un artiste prétende avoir accouché de son œuvre en trois heures (Cronenberg) ou en trente ans (Terrence Malick), et les médias font identiquement dans leur froc. Sauf que devant le résultat on ne peut s'empêcher de penser que Cronenberg aurait peut-être pu prendre un poil plus de temps et travailler davantage pour que son film si ambitieux soit à la hauteur de son ambition.



On peut certes trouver bien des qualités à ce film ambitieux. La première est son extrême actualité, puisqu'en bonne antithèse de la success story énamourée de Mark Zuckerberg par David Fincher, il fait le portrait d'un milliardaire de la finance âgé de 28 ans, reclus dans sa limousine blindée, insonorisée et incrustée de multiples écrans permettant au personnage de jouer avec le monde sans être infiltré par ce dernier. Le golden boy Eric Packer fait un mauvais pari sur le yuan, commence à perdre son immense fortune et préfère par conséquent s'autodétruire en une journée. Cronenberg a la bonne idée de rester avec son personnage dans chaque plan du film et de se cloitrer avec lui dans le véhicule "prousté", comprendre "rallongé", qui lui sert de bureau et de foyer, où il accueille à longueur de journée et à tour de rôle ses différents coopérateurs. Le cinéaste en profite pour travailler sérieusement sur le son, plus précisément sur le silence, et pour faire quelques plans ingénieux, notamment sur le corps rampant de la marchande d'art Juliette Binoche. Il y a aussi de bonnes idées de scénario, notamment celle d'un personnage principal ne vivant que par la pensée, du moins par le langage qui est censé l'exprimer, dont le métier consiste à collecter des informations et à les utiliser à bon escient, mais qui passe son temps à se faire ausculter le corps, à faire des check-up médicaux très "profonds", à baiser pute sur pute, dont le seul projet à court terme est de se faire couper les cheveux, et qui finalement trouve sa chute dans la seule aporie possible de son système perfectionniste : il n'avait pas prévu la moindre probabilité d'anomalie dans son calcul, la moindre imperfection dans le cours des choses, à l'image de celle que contient son corps, son asymétrie de la prostate. Mais l'asymétrie de la prostate de Packer et sa mise en relation avec son mode d'approche du monde ne sont portés que par les dialogues. Pour le reste Cronenberg nous montre son héros dans ses divers rapports quotidiens au corps, avec ceci de spécial (mais aussi de banal) que le personnage ne semble jamais prendre son pied, contrairement aux Jung et Spilrein d'A Dangerous Method, le personnage de Packer retournant sans cesse au corporel, priant sans discontinuer pour du sexe, mais n'y trouvant manifestement aucun épanouissement, comme si la fracture avec le monde physique était définitive et consommée.



A porter au crédit du film, il y a aussi la façon dont Cronenberg montre l'inanité de la révolte populaire et son manque absolu d'effet probant, notamment dans la scène de la manifestation où les révoltés se contentent de taguer la limousine, qui sera nettoyée dès le lendemain matin, et de la bousculer un peu sans que cela n'interrompe la conversation du milliardaire confortablement assis à l'intérieur. Les brandisseurs de rats sont absolument incapables d'atteindre les magnats de la finance. C'est ce que traduit aussi la scène de Mathieu Amalric avec sa tarte à la crème, séquence plutôt drôle qui intervient comme une bouffée d'air frais dans un film rigide et beaucoup trop sérieux, qui dit elle aussi cette nullité des moyens d'action de la populace. Ce propos sonne assez juste à l'heure où des badauds occupent Wall Street, font des sittings ici et là, manifestent à qui mieux mieux, cassent des vitrines, brûlent des bagnoles, font un bienheureux bruit qui n'arrive pas aux oreilles de la poignée de financiers milliardaires qui dirigent le monde, contre lesquels on ne peut finalement rien, sauf à les descendre en mexican stand off, mais le film s'interrompt avant que ça n'arrive, ou à espérer leur autodestruction, l'erreur infinitésimale dans leur calcul qui nous fera tous chuter mais qui permettra peut-être un redressement ultérieur.



Bref, il y a des choses à sauver dans Cosmopolis, qui n'est pas un mauvais film, qui n'est en somme qu'un film raté. Raté parce qu'on s'ennuie ferme de chez ferme malgré le sujet et les quelques bonnes idées du cinéaste. Le film dit des choses vraies sur notre époque mais il les dit de telle manière qu'on a l'impression de n'entendre que ce que l'on sait déjà. Rien ne paraît neuf ou passionnant, notamment parce que le récit est servi par des personnages complètement faux, des sortes d'avatars que l'on a déjà vus et revus dans mille et un films et que l'on connaît sur le bout des doigts. Les dialogues sont peut-être magnifiques dans le roman mais ainsi portés à l'écran ils sont d'un ennui sans faille, et malheureusement la mise en scène n'est pas toujours aussi intense que lorsque la caméra filme Binoche. De nombreuses scènes, notamment entre le héros et son épouse, dans divers snacks et restaurants, sont loin d'être magnifiées par les cadrages de Cronenberg et on en cherche la sortie avec ardeur. Pire encore dans le salon de coiffure, où le chauffeur et le coiffeur échangent sur leur ancien boulot commun de taxis dans une conversation absurde et inquiétante. On se croirait chez Lynch avec cette bizarrerie très léchée, ces dialogues incompréhensibles, ces personnages énigmatiques, ces répliques barrées "à clés" et compagnie, mais sans les fulgurances de mise en scène et sans l'aspect magique déployé par le cinéaste à mèche folle. Celle de Cronenberg ne parvient pas à magnifier son propos et malheureusement on retient surtout les protagonistes clichés, au choix agaçants ou inintéressants, et leur blabla épuisant. Cosmopolis est un ennuyeux gâchis parce qu'il accomplit de bonnes choses, se maintient sur une ligne avec cohérence, installe une atmosphère particulière, propose une esthétique pas négligeable, mais rien ne se passe pour le spectateur, aucune émotion n'affleure, aucune réflexion ne persiste sur ce sempiternel milliardaire déconnecté, et c'est là sa limite, car on est devant le film comme Packer dans sa voiture : on s'emmerde. Dommage.


Cosmopolis de David Cronenberg avec Robert Pattinson, Sarah Gadon, Juliette Binoche, Mathieu Amalric, Samantha Morton, Emily Hampshire et Kevin Durand (2012)

25 février 2012

Le Patient Anglais

A côté de ce classique du dimanche soir signé Anthony Minghella et adoré de tous nos parents qui se l'enfilent sans se plaindre à chaque rediffusion télévisée, une fois par semaine, le pourtant presque écœurant Out of Africa passerait presque pour un modèle de sobriété et de distinction. English Patient bat le film de Pollack à plates coutures en termes de trophées et de renommée puisque feu Anthony Minghella (l'un des deux seuls Anthony cinéastes de l'Histoire du cinéma, avec Anthony Mann, l'écart entre les deux étant digne de celui qui sépare Sam Mendes et Sam Peckinpah) rafla deux Golden Globe et pas moins de neuf statuettes aux Oscars, neuf ! Ce qui le plaça au pied du podium hollywoodien où trône encore aujourd'hui Ben-Hur, récemment rejoint par Le Retour du roi et Titanic. Faut dire que ce gigantesque succès de pacotille synonyme de grosse manne à pognon était télé-guidé par la machine Minghella, et machine est le mot juste puisque l'homme, mort prématurément en 2008, ne réalisa qu'une poignée d'autres films du même calibre, des tragédies romantiques pour gonzesses vouées à faire main basse sur toutes les récompenses, dont Retour à Cold Mountain, une autre Rolls-Royce des cérémonies qui ne rencontra pas son public : 7 nominations aux Oscars, 8 aux Golden Globes, et seulement deux prix d'interprétation pour Renée Zellweger dans le pire second rôle de sa vie, alors qu'à ses côtés Kidman et Portman se disputaient les slips des quelques spectateurs mâles du film, dont votre humble serviteur, tiraillé entre le passé et le présent dans un grand écart douloureux pour les bijoux de famille. La machine Minghella s'était sans doute un peu enrayée après avoir brillé de mille feux dans Le Patient Anglais, un modèle quasi limite du genre : tout est réuni dans ce film pour faire chialer le monde. Tout c'est d'abord une mise en scène d'une platitude absolue et d'un académisme obtus qui met un point d'honneur à ne surtout jamais tenter quoi que ce soit pour ne pas déranger le confort de ces messieurs dames. La seule tentative formelle tient dans un fondu enchaîné qui confond les dunes de sable du désert vues du ciel et les plis du drap qui recouvre le corps souffreteux d'un personnage condamné à une mort lente par un accident d'avion dans le désert en question, personnage dont la troisième jambe intacte, et désormais plus vivante que lui, a valeur d'Everest saillant au milieu des dunettes que ses guiboles sans vie forment sous le plaid filmé avec amour par Minghella.




Tout c'est aussi et donc surtout un récit calibré au nanomètre pour épater la bourgeoise. Je vais essayer de vous faire un résumé de l'histoire, accrochez-vous à votre fauteuil et tâchez de ne pas fermer l’œil. La première scène du film nous montre un avion sur le point de s'écraser dans le désert. Le pilote (Ralph Fiennes, à l'époque au sommet des charts en Angleterre après sa performance entre autres dans La Liste de Schindler, et dont ce rôle chez Minghella fut le chant du cygne, vu qu'il se croûta ensuite lamentablement) essaie de s'extraire de l'appareil tant bien que mal au risque de se faire cramer le sommet du bulbe par les flammes que crache le moteur en feu de son zinc et de se retrouver avec une banane flambée à la place du crâne pour le restant de ses jours. Nous le retrouvons ensuite dans un camp de blessés, brûlé au dernier degré et agonisant (les flammèches embrasant ses cheveux secs se seront répandues comme un feu de paille sur l'ensemble de son habeas corpus). Il apprend alors à un infirmier qu'un certain officier, sur lequel on l'interrogeait, est mort, tué par un éclat d'obus, ce qui ne tombe pas dans l'oreille d'une sourde puisque Juliette Binoche, elle aussi infirmière dans le camp, fond en larmes au second plan en apprenant la nouvelle du décès de son fiancé. "J'ai dit un truc qu'il fallait pas ?", demande Fiennes, complètement dans les choux sur son plummard. Dans la séquence suivante la même infirmière éplorée, la belle Binoche, fait partie du convoi voué à déplacer les grands brûlés en lieu sûr quand elle aperçoit par hasard une amie à elle, assise à l'arrière d'une jeep sur le point de dépasser le cametard qui la transporte elle et les blessés (dont Fiennes, à prononcer "Fiénès", lequel fait décidément peine à voir, carbonisé de la tronche aux pieds). Binoche et son amie discutent cinq bonnes minutes pour fêter leurs retrouvailles tandis que les chauffeurs du camion et de la jeep se lancent des regards exaspérés en essayant de rouler à la même vitesse pour ne pas déranger la conversation, comportement assez improbable en temps de guerre mais soit. Binoche rend un bracelet en or à sa copine, qui le lui avait gentiment prêté... Puis la jeep accélère car son conducteur en a ras-le-bol, doublant le camion et traçant à fond la caisse sur la route avant d'exploser sur une mine 200 mètres plus loin. Binoche, qui a vu toute la scène, saute du camion en marche, court en hurlant vers ce qui n'est plus qu'un volant bouillant planté au milieu d'un cratère, et retrouve sur le bas-côté le fameux bracelet en or intact, dont la propriétaire s'est volatilisée sous l'impact de l'explosion, littéralement atomisée. Tout n'est donc pas perdu, mais Binoche l'a mauvaise et en conclut que les gens qui l'aiment sont condamnés à mourir très vite et de préférence dans un grand "BOUM !"



Dégoûtée par sa destinée, elle décide de se retirer dans un monastère en Toscane et garde Ralph Fiennes à ses côtés, qui est par ailleurs devenu amnésique après s'être extirpé de son avion thermostat 6, petit détail que j'avais omis de rappeler. Anthony Minghella n'a cessé d'affirmer en interview au moment de la sortie du film que le Comte László Almásy (Ralph Fiennes) a réellement existé, "c'est une histoire vraie !" clamait le cinéaste par monts et par vaux, même s'il ajoutait ensuite que la chronologie des événements, la liaison avec Katharine (Kristin Scott Thomas) et ses conséquences ainsi que tous les autres événements du script relèvent de la pure fiction nécessaire à la narration. Binoche s'occupe donc du blessé amnésique, véritable merguez humaine, tout en cavalant à droite à gauche comme une surexcitée. En parallèle à ça, Ralph Fiennes (prononcez-le comme bon vous semble car ce patronyme est jugé imprononçable par son porteur lui-même) recouvre lentement la mémoire, et le film est alors envahi de longs flash-backs, au point qu'on se retrouve face à deux films emboîtés l'un dans l'autre. On a deux histoires pour le prix d'une ! Avant de cuire dans son cockpit, Fiennes était le bel homme que l'on sait et il courtisait sans en avoir l'air une femme mariée sous les traits distingués de Kristin Scott Thomas, l'éternelle aristo du Commonwealth. Lors d'un trek dans le désert, on voit Fiennes (ne le prononcez pas) bâcher la jeune femme avec un sang froid de bad boy genre renard du désert intrépide typique, de quoi faire chavirer la belle comtesse, séchée en apparence par le soleil aride du désert maghrébin mais détrempée en réalité par les assauts du beau ténébreux. Quand elle lui pose une simple question, Fiennes le taciturne qu'il ne faut pas faire chier répond qu'il a fait le même voyage en bagnole avec un touareg quinze jours plus tôt sans que ni lui ni son passager ne prononcent un traitre mot en 5 heures de trajet, et de conclure : "c'était le plus beau jour de ma vie". Scott Thomas s'en prend plein la gueule pour pas un rond, au propre comme au figuré, littéralement tabassée par un vent de sable tapageur elle se fait en prime remettre en place dès qu'elle ouvre la bouche, elle n'a pas droit à un regard de la part de son interlocuteur focalisé sur la route (je rappelle qu'ils sont dans le désert, où il n'y a pas de route) à part quand, lors d'une pause bien méritée, elle se trouve de dos, penchée en avant... son guide britannique la considère tantôt comme une sous-merde tantôt comme un récipient : elle est amoureuse.




S'ensuit une scène clé du film. La voiture de tête du trekking est pilotée par un raciste notoire qui n'arrête pas de claquer dans ses doigts pour que l'arabe transformé en petit sablé assis sur le toit inconfortable de sa bagnole se penche sur le côté du véhicule et lui cause par la fenêtre, sans doute pour lui indiquer la "route". A chaque fois que le pauvre arabe s'exécute le fumier qui est au volant lui jette une cacahuète dans la bouche que l'autre chope difficilement au vol avant de retourner se percher sur le véhicule. Le conducteur, qui se veut un véritable enculé du quotidien, espère en foutre plein la vue à Fiennes, assis à ses côtés, qui a quitté la caisse occupée par Scott Thomas car elle le saoulait trop et pour se faire encore plus aimer d'elle. Mais à la troisième cacahuète, l'arabe glisse et se casse la gueule du toit, tombant à flanc de dune dans un précipice où le conducteur le suit par réflexe (ou pour l'achever en lui roulant dessus ?), lançant son 4x4 à la renverse dans un banc de sable. Le conducteur du véhicule suivant croit à un soudain changement de direction, un raccourci à travers sable, et fonce à son tour faire des tonneaux dans le sable, le tout sur la musique de Gabriel Yared. Bref on se retrouve avec deux véhicules enlisés sur trois et il faut que la dernière voiture fasse demi-tour pour aller chercher du secours auprès de l'époux de Scott Thomas, resté en ville. Les émissaires montent à bord du dernier tout-terrain fonctionnel, y compris notre charmante touriste déjà emballée et pesée par son guide anglo-saxon, qui s'installe à la place du mort. Mais au démarrage les pneus patinent et le bolide manque de rester tanqué dans le sable. Scott Thomas abandonne sa place de bon cœur pour camper pendant deux jours sous un soleil de plomb aux côtés de son bellâtre. Aussitôt la dame descendue de voiture, celle-ci démarre sans difficulté. Les 34 kilos que pèse l'actrice empêchaient l'automobile remplie à ras-bord d'une demi douzaine de sherpas de s'élancer convenablement. Passons. Si vous avez lu jusque là vous pouvez affirmer que vous avez "vu" ce film.



La nuit tombe et Scott Thomas la regarde tomber, assise en tailleur sur une dune. Fiennes la rejoint et lui conseille de se radiner dans une des deux bagnoles immobilisées. Mais madame "regarde les étoiles en désordre" (sic.), "J'essaie de les ranger" dit-elle à un Ralph Fiennes à deux doigts de péter les plombs. Ce renard de Tunis qui semble avoir roulé sa bosse dans tous les océans de sécheresse de l'Afrique du Nord lui montre alors une tempête de sable qui se lève à trente mètres de leur campement de fortune. Après en avoir pris plein la tronche, les deux tourtereaux ensablés de pied en cap se calfeutrent dans leur voiture embourbée et regardent les vagues déchaînées de poussière s'abattre contre les vitres de la carlingue. Fiennes, tout en caressant les cheveux de sa blonde, se lance alors dans un interminable laïus sur les différents types de vent qui sévissent dans le désert. Car non content d'être un baroudeur de Kebili et de Rabat, notre anglais est cultivé. Il lit aussi Kipling et tient un journal dans lequel il évoque Scott Thomas sans la nommer comme une femme "dont les vêtements flottent" (sic...). Quand sa compagne de déroute tombe sur ces pages secrètes elle en fond dans sa culotte, toute cette poésie, tout cet amour, ça la finit littéralement. Ils sont toujours coincés dans la voiture par la terrible tempête quand Fiennes poursuit sa leçon de climatologie en causant d'une antique armée d'arabes qu'on avait levée pour affronter un vent considéré comme particulièrement redoutable et Scott Thomas s'endort net, le sourire tout de même figé sur la face et une main posée sur la braguette de son somnifère. Au petit matin, les deux futurs amants se réveillent en catastrophe pour constater qu'ils ont raté le passage de leurs sauveteurs. Après cette contrariété ils se décident à déterrer l'autre bagnole, complètement recouverte de sable, dont les passagers sont en train de mourir étouffés.




Retour au présent : Binoche, la Toscane, l'abbaye de Santa Anna in Camprena, le gros lardon fumé cloué au lit etc. Quoique, la peau du visage de Fiennes a déjà meilleure allure. L'homme semble se régénérer lentement, naturellement, Binoche est la Malicia de son Wolverine (private joke pour les tarés de comics !), elle qui bute tout ce qu'elle touche et lui qui retrouve ses facultés sans broncher. En tout cas nos deux larrons vont bien. Binoche lit Kipling à Fiennes qui n'écoute que d'une oreille (car il ne lui en reste plus qu'une). Et puis un nouveau venu se pointe. Un Australien patibulaire incarné par Willem Dafoe. Binoche étant également australienne dans le film, le courant passe immédiatement entre eux et Dafoe est convié à partager les murs des deux héros. Mais ce type est louche, il a un secret. Il s'en prend rapidement à Fiennes auprès de Binoche en ces termes : "Je sais quelque chose que vous ne savez pas sur ce soi-disant english pashient...". A partir de là l'intrus va s'acharner à questionner Fiennes sur son passé obscur et pousser le convalescent à se rappeler l'intégralité de son histoire oubliée. J'ignorais qu'il suffisait aux amnésiques d'un type curieux un peu insistant pour revoir leur passé dans les moindres détails, mais soit. En tout cas c'est ce que parvient à faire Fiennes, poussé à cela par un Willem Dafoe ganté de mitaines noires qui n'a de cesse de laisser pianoter ses huit doigts sur tous les meubles de la pièce en faisant les cent pas autour du plumard du grand brûlé. Le blessé alité n'en peut plus de voir l'autre lui tourner autour en faisant des moulinés avec les bras pour mieux faire mater ses mains amputées de leurs pouces et il finit par lui demander ce qui est arrivé à ses crayons. Mais on ne saura la réponse que plus tard. Je place là un suspense identique à celui placé par Anthony Mandela, j'espère que vous kiffez !



Dans un nouveau flash-back langoureux, Kristin Scott Thomas lave les cheveux de Ralph Fiennes (comme Bob Redford lavait ceux de Meryl Streep, Le Patient Anglais et Out of Africa, ces deux terribles fresques mélodramatiques à Oscars, ont décidément bien des points communs), puis elle le rejoint dans son bain, ce qui donne l'occasion à l'actrice de se montrer entièrement nue pour ne pas complètement perdre les spectateurs mâles qui regardent le film aux côtés de leurs épouses et concubines en pointant discrètement leur index sous leur nez en direction de l'écran pour transformer mentalement la romance à l'eau de rose de Minghella en shoot'em up à la première personne. Fiennes demande à sa dulcinée ce qu'elle aime dans la vie (erreur de débutant) et elle lui répond en vrac : "La vie, les fleurs, le chocolat, la musique de merde, le shopping, l'eye-liner, les roses... la vie quoi !". Puis elle lui retourne la question, à laquelle il répond : "Le silence, le désert et ta mère" (sic. semper tyrannis), et elle enchaîne en lui demandant ce qu'il n'aime pas (les meufs et leurs questions...). Alors le séducteur répond de façon plus ou moins habile (très maladroit ou échaudé par les devinettes de sa conquête) qu'il n'aime pas s'attacher, ni en voiture ni en amour, et qu'il vaut mieux pour elle qu'elle tire un trait sur le mariage. Scott Thomas en laisse tomber son savon, repousse la tête de Fiennes jusqu'alors scotchée à ses nibards et sort du bain, vexée semble-t-il. Mais un peu plus tard, alors qu'elle est en train de servir des plats dans une cantine de soldats à Pienza (Italie), Ralph Fiennes vient retrouver sa maîtresse et lui demande discrétos de simuler un malaise pour le rejoindre dans la cave. Elle s'exécute et s'ensuit une scène d'amour torride et gluante entre ces deux amants illégitimes. Juste après la fin du coït, accompli debout à même une poutre qui s'en souviendra toujours, Fiennes s'escape juste avant que le mari de la jeune femme la rejoigne, lui avoue qu'il adore quand elle sue comme ça. Puis cet époux naïf embrasse sa belle et s'étonne de son odeur d'amande douce et de tajine aux pruneaux. Voilà qui nous rencarde sur l'eau de toilette pas très virile de Fiennes ou sur l'odeur de son liquide séminal après ingestion d'un gros couscous royal, si on opte pour une interprétation plus flatteuse mais moins glamrock ; et voici surtout qui fout Scott Thomas drôlement dans la merde. Plutôt que de prétexter qu'elle a récemment changé de déodorant ou qu'elle s'est un peu lâchée sur les keftas de la cantine, elle fronce les sourcils, écarte son époux naturellement suspicieux d'un coup de coude et s'éclipse sans mot dire. Évidemment le mari cocu a tout pigé et il passera ensuite toute une (longue...) séquence assis dans sa voiture à regarder la façade d'un hôtel où Scott Thomas déballe encore ses pectoraux au pieu avec un Fiennes tout fou. Si vous avez tout lu jusqu'ici vous êtes un gros malade.




Dans l'autre récit, celui au présent, Binoche s'est isolée dans une ramification du monastère et joue du piano sur un instrument désaccordé, penché à la verticale suite à un bombardement. Un cri se fait entendre : "Arrête, arrête tout, chawarma !". C'est Saïd de Lost qui rapplique, enrubanné car de confession Sikh, et qui implore Binoche d'arrêter sa musique car selon lui les allemands adorent piéger les pianos, et parce qu'en outre elle joue "comme une merde" (sic. encore). Notre nouvel invité est un expert en déminage. Binoche le rassure : "Ca fait deux plombes que je me fous en l'air sur ce claveçin et rien n'a sauté". Mais Saïd jette tout de même un œil sous la queue du piano, coup d’œil rapide vu que l'instrument est complètement retourné sur lui-même, pour découvrir ce qui doit être une bombe : "Voyez...". Binoche rétorque alors avec un sourire : "C'est peut-être parce que je jouais du Bach que ça n'a pas explosé". Saïd la fusille du regard. "Je dis ça parce que Bach est Allemand...", ajoute Binoche. "Je sais, j'ai beau être black je connais Bach, c'est pas drôle pour autant", conclut le démineur avec un regard glaçant. Binoche vient de se faire torcher, un homme lui a rabattu son claque-merde, conséquence ? Je vous le donne en mille : elle est folle amoureuse. Plus tard elle passera des plombes à la fenêtre, à mater le démineur Sikh s'affairant dans le jardin, et Fiennes n'aura de cesse de lui dire : "Allez, va te le faire, tu peux te faire qui tu veux ! Va te le faire !". Elle suit son conseil et va ouvrir les hostilités en allant conseiller à Saïd de laver ses longs cheveux noirs et soyeux non pas avec de l'huile de moteur mais avec de l'huile d'olive (véridique), profitant de lui donner ce conseil pour le mater torse poil en pleines ablutions. Puis elle finira par coucher avec lui après une séance de haute voltige. En effet Saïd l'emmène dans la grand salle du monastère, lui noue une corde autour du ventre, puis l'envoie en l'air grâce à un astucieux système de poulies pour la faire valdinguer aux quatre coins de l'édifice avec une torche à la main, lui permettant de regarder les peintures murales tout en chopant la chiasse. Et pendant ce temps la guerre fait rage... Suite à ça Binoche tombe dans les bras de Saïd et ils s'envoient en l'air pour de bon, ce qui permet à l'actrice de montrer un sein afin de maintenir la concentration des spectateurs hommes en transe. A ce propos je me demande encore comment Juliette Binoche a pu recevoir l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour ce film, même si je l'adore sincèrement. Dans ce film elle ne fait strictement rien à part s'ébahir la plupart du temps pour des conneries et fondre en larmes dès que ça se présente...



Dans un énième flash-back, Fiennes se retrouve seul dans le désert (je passe pas mal d'épisodes, vous m'en voudrez pas ?) quand l'avion de son ami et rival (l'époux de Scott Thomas), approche pour lui venir en aide. Mais au lieu de se poser en douceur, le mari jaloux et revanchard lance son appareil en piqué sur Fiennes pour le tuer et en finir avec sa propre existence trahie. Sauf que, et nous ne le découvrons qu'en même temps que Fiennes (qui a donc échappé au crash grâce à quelques pas chassés sur le côté), le cocu avait prévu d'embarquer Scott Thomas dans son crime et suicide, la femme volage, l'infidèle impie, également présente à bord du planeur. Fiennes découvre que le mari est mort mais que sa bien-aimée vit encore. Le crash a été terrible, d'une violence inouïe (imaginez un avion qui s'écrase à pic et à pleine vitesse sur une butte de terre sèche, dites-vous que le film déborde de fric et que tout ça est suffisamment bien fait pour nous suggérer la violence du choc, dont même Robert Patrick sortirait en lambeaux), mais Scott Thomas apparaît à peine un peu débraillée sur le siège avant de l'appareil, les lunettes de travers. On nous dit cependant qu'elle est grièvement blessée et Fiennes décide de la transporter vers un abri. Sur le trajet en direction d'une caverne tout à fait appropriée, Scott Thomas lui dit qu'elle l'a toujours aimé et Fiennes explose en sanglots. Finalement il la dépose dans une grotte en lui laissant du papier, détail qui peut sembler scabreux mais au moins Fiennes est-il un homme prévenant. Il lui abandonne aussi un crayon et une lampe torche. Puis une fois mise à l'abri, il lui jure de ne jamais l'abandonner et ment aussitôt en partant chercher du secours à trois jours de marche dans le désert le plus total (même si les scènes ont en réalité été tournées aux oasis de Chebika et Midès, mais laissons ce goof de côté). On le voit crapahuter à bout de forces et le montage alterné nous dévoile la fin de Scott Thomas, dont la torche n'a plus de piles. Arrivé à bon port, Fiennes demande à un officier de lui prêter sa voiture, de la morphine et un médecin pour aller sauver sa femme qui clamse dans une caverne au fond du désert. L'officier commence à faire chier en lui demandant ses papiers d'identité. Fiennes ne les a pas sur lui, tu m'étonnes ! On lui demande son nom. Il répond : "Salazny". L'autre répète "Schwarzy ?" et lui demande d'épeler. Fiennes le chope par le col et s'apprête à lui casser la gueule quand un soldat lui met un coup de crosse sur la nuque. Il se réveille dans une jeep battant la campagne, menotté, demande ce qu'il fout là et l'officier lui répond qu'il va en taule, "Sale fritz !". Fiennes proteste qu'il est anglais et, pour l'heure, peu patient, mais l'officier rétorque : "Salazny von Bismarck c'est Anglais peut-être ? Fous fous foutez de ma gueule ?" (dans la VF). Puis notre héros malmené se retrouve dans un train de prisonniers en direction de Benghazi. Prétextant une envie de pisser il tue son garde et saute du train. Boitant et suffocant, le voila reparti pour la ville le long des rails, poussant un hurlement de désespoir qui résonne dans tout le désert filmé en plan d'ensemble par un Minghella un poil zélé, appuyé par un ingé son au rabais. L'incompréhension irritante de l'officier, l'angoisse du temps perdu dans une course contre la montre entre la vie et la mort, l'injustice ulcérante subie par le héros et sa femme impuissante, tout est là pour nous pourrir la vie.




Finalement retourné en ville, Fiennes est vexé qu'on l'ait pris pour un Allemand et il s'en va donc pactiser avec l'ennemi. Moyennant quelques informations de premier ordre, les "fritz" lui donnent de l'essence pour qu'il puisse retourner vers sa femme en avion (l'un des moyens de transport mis en avant par le film, aux côtés du 4x4 et de la bicyclette). C'est à cause de ces informations échangées avec les allemands que Willem Dafoe, qui était un associé du mari de Scott Thomas et un espion australien infiltré dans les rangs de la Wermarcht, est fait prisonnier et torturé par un officier nazi surmené. D'où la perte de ses précieux pouces, et d'où sa colère à l'encontre de Fiennes qu'il prenait pour un collabo. Bref, Fiennes retourne dans la grotte au milieu du désert, retrouve sa femme morte, s'allonge près d'elle, lui caresse les cheveux, puis la porte hors de la caverne en hurlant sa peine, le visage baigné de larmes. Retour au présent. J'abrège un peu. Saïd est appelé pour désamorcer un obus tombé sans éclater près d'un pont, il est sur la bête quand un convoi de tanks américains débarque à toute berzingue pour fêter la fin de la guerre : on est en 1945 et les Allemands viennent de capituler. Mais les vibrations des chars sont sur le point de faire sauter l'énorme bombe sur laquelle Saïd a le cul vissé. Après un long suspense, ce dernier coupe un fil au hasard et il est sauvé alors qu'on s'attendait tous à ce qu'il y passe, puisque Binoche venait de (diablement) le toucher et s'apprêtait à le rejoindre sur son vélo, et aussi parce que c'est l'arabe du film. Mais nous avons passé trop de temps avec ce personnage pour le voir mourir si atrocement désatomisé par une explosion à bout portant, et l'iniquité d'une mort survenant dans la minute suivant l'annonce de la capitulation serait trop insupportable au spectateur déjà frustré par les malheurs à répétition que subissent tous les personnages. Chez Minghella et tous ceux de son espèce, il faut raison garder et spectateur ménager. La guerre est finie, tout le monde est content. Binoche, Saïd et Dafoe mettent Fiennes sur un brancard et lui font faire dix fois le tour de la fontaine en bas du monastère, réduisant probablement son espérance de vie déjà brève de moitié. Saïd aura juste le temps de voir mourir l'un de ses meilleurs amis (quant à lui inconnu du public, rassurez-vous), parti planter le drapeau américain sur la tête d'une statue au milieu de la place du village voisin avant de se faire déchiqueter par une mine posée là avec malice par un Allemand vicieux et sans doute précog. Après quoi le démineur Sikh s'en va sur sa moto, laissant Binoche livrée à elle-même et livrée à un nouvel éclat de larmes... Cette dernière reste auprès de Fiennes qui n'en a plus que pour quelques minutes, agonisant suite au tour de manège improvisé autour de la fontaine pour fêter la fin des hostilités, et elle lui lit les derniers mots écrits par Scott Thomas sur son journal avant de mourir, ce qui a pour résultat immédiat de propulser Fiennes dans l'au-delà. De nouveau triste mais souriante, Binoche est appelée par Dafoe qui quitte le monastère vers Florence à bord d'une voiture pilotée par une belle italienne sur laquelle il semble avoir des vues. Binoche regarde le soleil d'Italie, assise sur le siège arrière de la jeep, affichant un sourire aussi mélancolique que comblé. Fin. Rideau. Neuf Oscars dont ceux du meilleur réalisateur et du meilleur film. O_O


Le Patient Anglais d'Anthony Minghella, avec Juliette Binoche, Ralph Fiennes, Kristin Scott Thomas, Willem Dafoe et Naveen Andrews (1996)

11 février 2012

Elles

J'avais 8 ans quand mon père m'a dit en pointant la télé du doigt, où passait Le Hussard sur le toit : "Fils, ramène-moi ça au bercail et je te materai autrement". J'ai quarante piges, toujours puceau, mon papa me hait, mais j'ai pigé son idée. Ceci dit pour une fois on va pas insister sur la plastique de rêve de Pinochet Juliette, sur sa beauté qui ne cesse de croître, sur son sourire ravageur ou sur ses toutes petites rides aux coins des yeux qui nous tiennent régulièrement sous le joug, mais plutôt rappeler que c'est une grande actrice qui de film en film s'installe un peu plus dans le panthéon de mon pantalon. De Trois couleurs : gris à Copie conforme en passant par Le Cacolac avec Johnny Depp, Juliette Binoche fait le grand écart et réunit tout le spectre du cinoche mondial : de la pire daube (dont fait peut-être partie le film ci-contre ?) au chef-d'œuvre incontesté. Elle est si agile de son corps d'éternelle danseuse étoile qu'elle n'hésite pas à plonger ses doigts dans la gouache et à étaler ses gros orteils sur les tapis de sol. J'aimerais me réincarner en tube de peinture étalé sur un tapis de sol, et voir venir...




Elles de Malgozka Szumowska avec Juliette Binoche, Anaïs Demoustier et Louis-Do De Lencquesaing (2012)

15 juin 2011

Mon pote

En ce moment, Benoît Magimel est au top du top. L'acteur est à son zénith. Il est tout en haut, sur un nuage, et il nous contemple avec son si beau regard, aussi azuréen que bienveillant. A l’heure actuelle, il n'a selon moi aucun équivalent dans le paysage cinématographique mondial. Je le dis comme je le pense. Il était déjà le seul à sortir indemne voire grandi du fléau nommé Guillaume Canet, puisqu’il campait un homosexuel refoulé et convaincant dans Les Petits mouchoirs. L'acteur surdoué parvenait à ne pas trop se noyer dans la caricature, contrairement à tous ses partenaires, et ce malgré des cheveux d’une couleur carotte assez incongrue. Une nomination à l'Oscar aurait été amplement mérité pour l'ex de Juliette Binoche (rien que ça !) et sosie moins chevelu du footballeur Philippe Mexès. Plus récemment encore, il s'est illustré dans le téléfilm L'Avocat, un thriller efficace sur fond de mafia montpelliéraine qu'il porte à bout de bras ! Rappelons aussi que Benoît Magimel fait partie de ces nombreux talents découverts par Étienne Chatiliez, le véritable Arsène Wenger du septième Art, aux côtés d'autres poids lourds de l'actorat français comme Isabelle Nanty et Tsilla Chelton aka Tatie Danielle. Celui que l'on surnomme Magic'mel a explosé très tôt, dès l'âge de 6 ans, dans La Vie n'est pas un long fleuve tranquille, un titre qui aujourd'hui ne manque pas de faire sourire quand on sait à quel point la vie du jeune comédien, programmé pour triompher, semblait déjà écrite. Le pire, c'est que je ne pense pas un traître mot de ce que je suis en train de déblatérer, mais je vais un peu continuer sur ce ton, c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour réussir à torcher un papelard sur ce maudit film qu'est Mon pote.



A gauche, Benoît Magimel avec le maillot de l'équipe de France lors d'un match de gala organisé au profit des victimes du earthquake japonais. A droite, Philippe Mexès en costard le 27 mai 2008 après avoir remporté pour la deuxième fois consécutive la coupe d'Italie.

Cette fois-ci, c'est à un film de Marc Esposito que Benoît Magimel donne des allures de classique instantané, à ranger aux côtés des plus grosses infamies françaises des années 2000. Le lauréat du prix d’interprétation masculine du 54ème Festival de Cannes incarne ici un taulard roi du "braquo", fan incollable de grosses cylindrées, qui se voit offrir l'occasion en or de regagner sa liberté à condition de devenir un pigiste sérieux au sein d'un magazine sur les quatre roues dirigé par un Édouard Baer au grand cœur. Comme tous les films signés Marc Esposito, LE cinéaste de l'amitié homme-mec, et comme son titre l’indique sans détour, Mon pote est le récit poignant de la relation unique qui va progressivement se nouer entre les deux personnages principaux, qui sont donc campés par un Ed Baer mortellement sérieux et l’incontournable Ben Magimel.


Preuve de la grande amitié qui s'est développée entre les deux hommes, ici Édouard Baer présente Benoit Magimel à son père (au centre) qui a l'habitude de porter constamment un casque autour du cou pour ne rien rater de son émission radiophonique préférée "Là-bas si j'y suis" de Daniel Mermet.

Dans ce dernier Esposito, il y en a littéralement pour tous les goûts. On est en présence d’un film multicéphale naviguant entre différents genres. Cela va du polar rugueux à la Michael Mann (on notera une scène de braquage à couper le souffle) au film social à la Dardenne (même si contrairement aux jumeaux belges, Esposito se paie le luxe de ne jamais tomber dans le misérabilisme) en passant par la comédie pure et la tragédie grecque. En outre, Marc Esposito nous gratifie de quelques plans fabuleux, véritables toiles mouvantes immortalisées par un as de la caméra en pleine possession de ses moyens faisant preuve d’un sens du cadre hors du commun. Avec ce film, le réalisateur français, par ailleurs fondateur de deux des plus grandes revues consacrées au septième art (Studio Magazine et Première), nous rappelle tous les possibles du cinéma. Son film est d’une laideur infinie. Voir ça sur grand écran doit littéralement rendre malade et donner envie de casser des rétroviseurs de bagnoles à la sortie. Pour ne rien gâcher à la fête, Esposito a fait appel à de véritables professionnels pour torcher la bande originale de son film. Un supplice récurrent, à base de banjos et autres instruments à cordes mal accordés, signé Calogero et son frère Giaocchino. On reconnaît immédiatement la patte folle du musicien natif d’Echirolles (38), accompagné par son frère cadet, vraisemblablement débile.


Benoît a profité du film pour faire découvrir l'une de ses grandes passions à son pote Édouard : la junk food. On les voit ici en train de déguster les pâtes cartonnées de la Mezzo di Pasta. Quick, FastSushi, Speed Rabbit, Mad Kebab, Domino's Pizza et l'inévitable McDo... tout y passe.

Le cliché ci-dessus en dit long sur la complicité qui régnait entre les désormais meilleurs amis du monde, puisque c'est à ce moment précis que Benoît Magimel demande un conseil crucial à Édouard Baer et que celui-ci lui répond : "Canet te propose de jouer un homo refoulé dans son film une bande de gros connards qui passent des vacances de beaufs au Cap-Ferret pendant que leur pote est en train de clamser à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière et qui se font remettre les idées en place par un producteur d'huitres à la manque et bourrées d'hydrocarbures aromatiques polycycliques ? Fonce mec, ne te pose même pas la question, fonce !" Chose à relever également dans Mon pote : le générique, qui ravira ces grands écumeurs du quotidien à la recherche d’endroits où s’étale leur police préférée, j’ai nommé le Comic Sans MS. Les premières minutes du film rendent en effet hommage à cette typographie bien connue et contenteront tous ces passionnées ayant 2.0 de QI qui collectent ses moindres apparitions, les immortalisant quand ils en croisent dans la rue sur des panneaux publicitaires, l’APN toujours autour du cou, ou sur l’internet, l'index de la main gauche constamment rivé sur la touche « Imp Ecr ». Avis aux amateurs, donc, vous tenez là une petite perle.


Ci-dessus, un aperçu de la scène-clé du film que je vous spoile sans vergogne : le personnage joué par Benoît Magimel décide de changer de sexe (c'est effectivement lui ci-dessus à droite grâce à l'aide exclusive du célèbre maquilleur-prothésiste Rob Bottin) pour pouvoir vivre pleinement sa passion pour Édouard Baer. Ce dernier s'avouera "bluffé et troublé" par ce travestissement réussi.

Mon pote est truffé de moments que je me suis surpris à me repasser en boucle, comme pour me pincer et m’assurer que je n’avais pas halluciné ce que je venais de voir. Je ne ferai pas l’énumération de toutes ces scènes rendues mémorables par leur bêtise, les couacs présents à l’écran, ou leur profonde connerie, autant d'aspects chers au cinéma d'Esposito. Ce serait trop long et bien laborieux. J’évoquerai donc rapidement ces passages où apparaît la femme d'Édouard Baer (campée par Diane Bonnot, une actrice au sourire ignoble, y'a pas d'autre mot), un personnage vulgaire et con qui donne un aperçu effroyable de la haute idée que doit avoir Marc Esposito du sexe opposé. Je ne peux pas passer sous silence cette longue scène de dialogue filmée en plan-séquence, dans un travelling arrière laborieux, anéantie par le frottement du blouson en cuir de Benoît Magimel. On n’entend strictement rien à cause de ce goof ridicule provoqué par la volonté tenace d’un comédien bien décidé à ne pas quitter son blouson préféré. Enfin, comment ne pas évoquer ce moment terrible où Magimel sort définitivement de taule ? On a alors droit à tous les vieux clichés pourris. On le voit être aveuglé par le soleil (alors qu'il prenait l'air quotidiennement), prendre une grande inspiration et lâcher, soulagé, "Je suis sorti putain...". Une scène navrante qui rappelle les plus belles tirades de Romain Duris dans le chef-d’œuvre de Klapisch, Paris. Sachez que l’on a aussi droit à un passage aussi court qu’exquis où Magimel se met à raper, improvisant un morceau de slam qui annonce une belle carrière d’acteur-chanteur. Je m’arrêterai là.

Pour la petite histoire, sachez que j'ai maté ce film en iDTGV, sur un écran 4 pouces. Ça valait pas mieux. Plus exactement, je l'ai maté en compartiment iDZAP, espace soi-disant propice à la convivialité, aux rencontres et aux échanges. Y'avait un homme d'affaire qui se seiguait non loin de moi. Je le lui ai fait remarquer. "Hé, tu te seigues là ?!". Et il m'a juste répondu "Bah on est en iDZAP, reste tranquille, respire, sors ta teub et fous-toi à poil". Chaud... Vous comprenez bien pourquoi je me suis aussitôt replongé dans ce film dégueulasse, une daube sans nom dont la morale douteuse lui fait paradoxalement éviter le pire : être encore plus prévisible dans son extrême nullité.


Mon pote de Marc Esposito avec Benoît Magimel, Édouard Baer, Atmen Kélif et Diane Bonnot (2010)