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4 février 2016

Everest

Avant de se lancer, une petite préparation physique s'imposait. On a maté pas mal de films sur des montagnes plus basses. D'abord, le film de vacances de tonton Scefo sur l'ascension de la dune du Pylat, la plus haute dune d'Europe. Tranquille ! On a enchaîné avec La Sanction de Clint Eastwood. 3970m : un petit Clint, un Clint mineur. Puis nous avons revu le sublime documentaire de Werner Herzog, Gasherbrum, la montagne lumineuse, sur l'alpiniste Reinhold Messner, un habitué des sommets dépassant les 8000 mètres. Dans le genre, difficile de trouver mieux. Après ça, nous étions fin prêts pour le Everest de Baltasar Kormákur, que nous attendions de pied ferme, en tant qu'amateurs de films de montagne (rappelez-vous nos articles sur K2 et Face Nord). 




Comment parler d'Everest sans revenir, même brièvement, sur la promo assez osée menée tambour battant par les studios d'Universal. Nous faisons évidemment allusion à ce tremblement de terre au Népal au moment de la sortie du film. Une opération marketing assez catastrophique... Mais nous ne pouvons pas en vouloir au réalisateur, ce sont les studios qui ont organisé ça. N'ayons pas peur des mots, c'était une opération ratée. Notre éthique indiscutable de blogueur ciné nous permettra néanmoins de dissocier l'oeuvre de ce fait divers et de juger le film pour ce qu'il est : une belle merde.




Très vite, Batlasar Kormákur ne s'avère pas à la hauteur du projet. De l'Everest, nous ne saurons rien. Où est-il situé ? Comment est-il apparu ? Pourquoi a-t-il grandi si vite ? Pourquoi s'est-il arrêté à 8848 mètres ? Comment le grimper au mieux ? Quel est le pique-nique à conseiller pour le jour J ? Toutes ces questions resteront malheureusement sans réponse. Ce film ne s'adresse ni aux scientifiques ni aux curieux, simplement aux amateurs de daubes. C'est tout juste si les grimpeurs justifieront leur idée fixe, gravir le colosse, par un laconique "Parce qu'il est là !" prononcé dans un éclat de rire général. Édifiant ! Plus con, tu meurs.




Le film de Baltasar Kormákur est l'adaptation du récit Tragédie à l'Everest (Into Thin Air: Death from Above on the World's Roof - A Personal Account of the Mt. Everest Disaster) de Jon Krakauer, publié en novembre 1997. Rappel des faits : depuis le milieu des années 90, l'Everest est, comme ma sœur, la cible des assauts répétés de dizaines et dizaines de pseudo et simili grimpeurs qui rêvent d'ajouter leurs noms à la liste, de plus en plus longue, de ceux qui ont réussi l'exploit d'atteindre le toit du monde et d'y redescendre sain et sauf. Deux expéditions faisant fi du mauvais temps décident de tenter le coup au même moment. Leur destinée tragique refroidira les ardeurs des alpinistes et marquera la fin de cette période de folie commerciale autour du plus haut sommet du monde aux flancs jonchés de détritus. 




Une quinzaine de mecs, au moins, part à l'aventure, la fleur au fusil. Comme Baltasar Kormákur est bien incapable de créer des personnages attachants, il a cru bon de s'entourer d'une panoplie d'acteurs aux tronches plus ou moins bien connues, pensant bêtement que cela suffirait à emporter l'adhésion des spectateurs. Jason Clarke, déjà entr'aperçu dans des films de sinistre mémoire, est le fade leader du gang. C'est un alpiniste chevronné qui a déjà conquis la bête plus d'une fois mais dont l'altruisme le mènera à sa perte. Josh Brolin incarne, comme à son habitude, le gros connard pas fin venu du Texas. Avec sa grosse gueule enfarinée, on aura vite envie de le voir glisser et sortir du cadre à tout jamais. Il s'en tirera bien amoché, incapable de prendre sa femme dans ses bras, couvert de bobos. Sam Worthington endosse le rôle le plus ridicule : celui du mec toujours dans les environs, au pied de l'Everest, qui regarde, la main vissée sur le front, l'air inquiet, où en sont les autres, prêt à agir en cas de souci. On le préférait sans ses guiboles dans Avorton...




Parmi toute cette bande d'acteurs, un seul retire véritablement son épingle du jeu et repart grandi de cette triste expérience : Jake Gyllenhaal. Pourquoi ? Parce qu'il est le seul à avoir réellement effectué la montée, et cela se voit ! Acteur total, héritier direct de l'école Schatzberg, que l'on a déjà vu perdre tous ses kilos superflus et se raser le crâne pour d'autres rôles, Jake Gyllenhaal a insisté pour être filmé dans les conditions du réel. Il est d'ailleurs le seul à mater du bon côté sur l'affiche. Nous éprouvons presque du respect pour son personnage que nous sommes déçus de voir mourir lentement de froid. Quant aux femmes : Robin Wright et Keira Knightley se contentent d'attendre près du téléphone, des nouvelles de leurs maris, les yeux humides, la voix tremblante. Disons-le tout net : Everest obtiendrait un résultat négatif au fameux test de Bechdel-Wallace. 




Est-ce normal de rire à la mort de chacun des personnages ? Est-ce normal de ne strictement jamais ressentir le moindre frisson, le moindre risque, le moindre vertige ? Everest révèle toutes les limites du talent et des compétences de Baltasar Kormákur. Son film ne fait aucun effet. Aucune tension dramatique. Aucun suspense. Aucune émotion, une fois le sommet foulé du pied par quelques uns de ces crétins dont la passion nous paraît bien étrangère. Et ne comptez pas sur Kormákur pour rendre la montagne cinégénique. Il n'y a même pas de beaux paysages à regarder. Et quand débarque la tempête fatale, nous avons droit à des effets numériques d'une laideur peu commune, c'est une merde grisâtre et lisse qui envahit l'écran mollement. Everest est raté sur toute la ligne et vient seulement nous rappeler qu'à Hollywood, les cinéastes capables de torcher des films efficaces sont désormais de plus en plus rares... 


Everest de Baltasar Kormákur avec Jason Clarke, Jake Gyllenhaal, Keira Knightley, Robin Wright Penn, Sam Worthington et Josh Brolin (2015)

12 mai 2015

Girls Only

Déjà, ras-le-cul de ces actrices.teurs. On ne peut plus voir Keira Knightley en peinture. On ne lui fera pas le reproche trop répandu par les suprémacistes mecs d'avoir les seins rangés dans le buffet et la mâchoire en tiroir-caisse, on lui fait seulement le procès de trimballer ses guenilles et ses moues boudeuses dans des films qui pourraient nous faire fermer boutique. Des comédies sur "le devenir mature et autres décisions d'adultes", comme le dit l'affiche originale, qui pourrait être celle de mille autres films contemporains du même genre sur les grands problèmes de la vie de ces trentenaires qui refusent de grandir. Et quand c'est Lynn Shelton qui se tient derrière la webcam, on sait que ça ne va pas voler très haut. Rappelons que son meilleur film s'intitule Your Sister's Sister, triangle amoureux entre Emily Blunt, Mark Duplass et l'une de nos godasses jetée à mi-parcours en plein milieu de notre écran plat. 




Un petit mot sur l'histoire de Laggies (c'est le titre original du film, pour ceux qui croyaient qu'on avait changé de critique en court de route). Keira Knightley, après s'être débarrassée de son mec, personnage méprisable et méprisé, après avoir subi le mariage sordide de sa meilleure amie abrutie et s'être rendue compte de l'adultère de son père, s'acoquine avec une zonarde de base âgée de 14 ans, chez laquelle elle finira pour un séjour à durée indéterminée, réapprenant le b.a-ba du kiff. Chloé Grace Moretz, qui contredit à chaque film notre critique de Texas Killing Fields, interprète l'adolescente un peu délurée qui servira de guide à notre héroïne décérébrée. L'arrivée de son papa, Sam Rockwell, va rappeler à la trentenaire en mal de folie et de jeunesse qu'elle a aussi un appétit sexuel à satisfaire et qu'elle est finalement plus attirée par les quarantenaires pleins aux as que par les pré-ados puceaux du bas comme du haut. 




On souffre du début à la fin. On en a marre de voir Sam Rockwell s'alanguir sur ses acquis et s'agiter faiblement dans des films qu'il ne regarderait pas lui-même. Il ne passerait pas forcément, en l'état actuel des choses, notre fameux test dit "du briquet". Quelqu'un entre dans la pièce, si t'as un briquet à portée, quel est ton premier réflexe ? Lui proposer un clope ou lui foutre le feu au froc. Concernant Sam Rockwell, à l'heure actuelle, notre réflexe est de l'allumer. Imaginez une torche humaine qui court tel un canard sans tête vers la baie vitrée pour sauter par la fenêtre et qui se heurte à un double-vitrage sans merci... Contre-exemple typique : Ethan Hawke, auquel on propose d'emblée une taff. Autres contres-exemples : Nick Cage ou Brendan Gleeson. Mais là, le test passe un peu les bornes, puisqu'on leur taillerait carrément une pipe.




On en a marre aussi de voir Chloé Grace Moretz jouer les fofolles dévergondées, sac Eastpack sur l'épaule, collant troué, chewing-gum éclaté sur le blair, œillades en culottes courtes. Celle que toute la toile machiste surnomme "le débouche-chiottes" à cause de sa bouche volumineuse lessive le parquet de trop de films... On ne l'a pas encore totalement rayée de notre watch-list, elle est encore dans sa puberté, et tout peut arriver, un bon choix de rôle, un cinéaste qui sait s'y prendre, un visage qui se re-proportionne... On laisse la porte ouverte. A cet âge-là, on en fait des conneries. Si on avait joué au cinéma à son âge, pas sûr que notre filmo aurait eu la tronche du premier de la classe. Pour rappel, voici en exclusivité notre top 10 1995 (surnommée l'année Sly/Bullock) : 

1) Striptease
2) Showgirls
5) Ace Ventura en Afrique
9) Traque sur internet
10) Judge Dredd / Demolition Man


Girls Only de Lynn Shelton avec Keira Knightley, Chloë Grace Moretz et Sam Rockwell (2015)

4 novembre 2012

Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl

Ce n'est peut-être pas la bonne affiche, prévenons les fans courroucés, mais il faut dire que c'est la même pour chaque épisode à quelques mots près écrits en taille 2 sous le titre de la franchise et nous n'avons pas nos carreaux sur le nez pour vérifier. Un jour ou l'autre on devait se confronter à la saga des Pirates of the carabayans, cette série qui a engrangé peut-être plus de dix milliards de pesos si on additionne les recettes de chaque épisode, et qui a fait de Johnny Depp l'idole de nos filles après avoir été celui de nos mères (soit le pied tendre favori de trois générations de vagins). Il faut dire qu'il est boloss cet homme-là, avec son petit charme de gitan fréquentable. Les jeunes filles sont souvent frétillantes à l'approche de mâles faussement dangereux, au soufre de pacotille. On a tous connu des gars comme ça au collège, ceux qui s'étaient tailladé le sourcil d'un coup de rasoir idéalement placé et que les filles prenaient pour des petites frappes, des têtes brûlées aventurières, alors qu'ils avaient juste eu l'idée précieuse de se fendre l'arcade avec le rasoir Gillette pro-glide de papa un beau matin, d'une cicatrice en forme d'éclair qui ne manquait jamais d'atteindre sa cible : le cœur des jeunes femmes naïves. En réalité ces garçons-là rentraient chez eux pour déguster le petit goûter préparé par une mamie-gâteau avant d'aller jouer dans leur bac à sable perso. Quant à nous, nous n'avions pas de cicatrice sourcilière... mais nous ne le devions qu'à une adresse inégalable face aux arts martiaux et autres objets contondants quand, au moment de rentrer dans la tanière paternelle, on devait éviter un ou deux coups de machette dès la porte passée, papa étant un peu échaudé par l'énième défaite de l'équipe de France contre la RDA. Puis quand il se penchait sur nos devoirs c'était pour nous asséner quelques problèmes mathématiques "pour les nuls" selon ses dires, du genre : "Sachant qu'un cœur humain au repos bat à 65 pulsations minute et que celui d'un enfant de ton âge poursuivi par son père muni d'un jerricane d'essence et d'une allumette incandescente peut monter jusqu'à 365 pulsations seconde, combien de kilomètres peux-tu parcourir avec ton cartable sur le dos avant de nous faire un bel infarctus sous les applaudissements de toute la sagrada familia ?" Après la fin de la question notre père enchaînait en hurlant à toute allure un compte à rebours diabolique : "5 ! 4 ! 3 ! 2 ! 1 ! Cours connard !"


Trop boloss...

Retour au film. Que nous propose Goré Verbinski ? Quel est le programme établi par ce polonais docile et sans avis qu'Hollywood est allé piocher en Europe de l'Est dans une chasse à l'homme top secrète portant le nom de code : "Seeking the most obsequious human being on earth" ? Comment surtout croquer en quelques lignes ce film pour s'en débarrasser et repartir sur les cas Depp, Bloom et Knightley, qui nous intéressent bien plus que ce triste manège filmé. Car Verbinski s'est donc contenté d'aller à Disney Land, de payer un pack de coupons pour autant d'attractions gratuites à sa bande d'acteurs et de les filmer sur les radeaux en plastique du parc forain le plus cher du monde. Après Chris Noonan qui avait osé adapter l'attraction Babe le cochon devenu berger dans son film Babe le cochon devenu berger, Goré Verbinski a pensé (enfin, pensé, on a pensé pour lui, Verbinski n'a jamais pensé et on a tendance à appliquer la politique des auteurs avec zèle sur ce coup-là) qu'une attraction plus attractive pourrait récolter bien plus de deniers et donner lieu à une avalanche de films reproduits à la chaîne sur le même modèle avec à peine quelques nouveautés à chaque nouvel épisode, ici des fantômes de pirates, là des vampiros lesbos, ci-contre des méduses libidineuses et autres sirènes nymphomanes, et ça n'a pas loupé.


L'une des meilleures scènes d'action du film.

On se réjouit aujourd'hui que la saga soit enfin en stand by, bien qu'on sache de source sûre que ce n'est qu'une pause temporaire et que le reboot guette. En attendant ce sont les carrières des acteurs vedettes de ce show insupportable qui sont en jet-lag. On a déjà épinglé Johnny Depp à plusieurs reprises et toujours avec le même plaisir, ce plaisir qu'on peut éprouver quand on se nettoie d'une envie de tout casser. Que dire de plus sur son cas, sur son look de malade, sur ses lunettes fumées, sur ses cheveux fumés, sur ses habits fumés aussi et sur le lardon fumé qui se cache à l'intérieur de son caleçon de pirate ? Qu'ajouter sur son immonde carrière surtout ? Notre homme se vante d'être un homme-livre capable de jongler entre les projets, et se targue d'une filmographie où l'on trouve de tout et surtout de la merde. Entre deux épisodes des Carabayans, Depp s'en va faire le mariole chez le Jean-Louis David américain du miséreux, aka Tim Burton. Puis après s'être ravitaillé chez son fournisseur de marie-jeanne, Emir Kusturica, il va pavaner chez Jarmusch, Mann, Polanski ou Gilliam, choisissant ses réalisateurs avec un soin de sociopathe, obsédé par l'idée fixe de plaire à tout le monde et d'assurer ses arrières, qui donne surtout envie de ne plus le voir filmé, à tout jamais. Opportuniste à la manque, toujours apprêté au poil près, c'est le Yann Barthès du ciné. Sauf que lui ne reste pas tanqué dans son vieux combo costard/converse passé de mode depuis 99. Il est passé par tous les looks possibles et imaginables, du string-bretelles à la Borat au bleu de travail taché de cambouis en passant par le costard trois pièces classique surmonté d'un Stetson ou la tenue gothique avec bonnet de bain, et tout ça histoire encore une fois de plaire à strictement tout le monde au moins une fois, quitte à perdre autant de fans qu'il en gagne à chaque nouveau relooking extrême.


Johnny Depp ne sort jamais sans ses trois mini foulards savamment superposés autour du cou pour ne pas attraper un rhume, et un quatrième accroché à la ceinture, parce qu'avec toutes ces couches de fringues il transpire comme un porc et doit essuyer la sueur qui tombe au bout de ses doigts huileux.

Dans ce film magique et aux côtés de Depp, dans son ombre, il y avait Orlande Bloom, natif d'Orlando dans le Colorado, l'éternel Legolas (ne pas prononcer le "s" final, avis aux fans, Tolkien de son vivant l'a dit et répété et vu comment il s'est fait chier à inventer un langage ce serait triste de voir que ses premiers fans le traînent dans la boue au quotidien) du Seigneur des Anneaux (ne pas faire la liaison entre "des" et "anneaux", cf. Tolkien himself) et l'éternel idole des androgynes. Promis à un avenir brillant, l'acteur n'en revient toujours pas d'être au casting des deux franchises les plus juteuses des années 2000, regrettant de ne pas avoir prêté ses traits d'elfe à un éventuel Robin dans la trilogie Batman moisie de sieur Nolan, lui qui l'appelait chaque matin en disant : "Mais je suis un peu pédé !... J'adore Christian Bale !... Je passe niquel dans une combi moulante !... Mais le vert me va très bien... Mais puisque je n'aurai même pas à m'entraîner pour le rôle ni à faire de sport du fait de mon expérience chez Peter Jackson en tant que Legola...". En définitive, Orlande Bloom n'obtient aucun rôle depuis ElisabethTown et vient de se faire remarquer, à la manière de Raymond Domenech, en allant pointer au Pôle Emploi pour être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi et avoir les transports gratuits, lui qui a de gros oursins dans les poches à défaut d'avoir des arbalètes dans le dos et des yeux derrière la tête, comme son éternel double fictionnel dans la trilogie de l'anneau. Nous n'ouvrirons pas Wikipédia pour vérifier la filmo de ce type histoire de ne pas pleurer pour le reste de la journée. Moins désœuvrée que son camarade Legola, Keira Knigthley avait son petit charme dans ce film, un charme qui s'est ensuite volatilisé au fil des ans et des tournages. Ayant tourné avec Joe Wright ou avec Cronenberg, elle aura eu un peu plus de pif que son pote elfe pourtant réputé pour son odorat de malade. Un pif tout relatif puisque lorsqu'on jette un œil plus attentif à sa carrière on y trouve des déchets non-recyclables du style London Boulevard ou Last Night. Keira Knightley a décidé de tout miser sur sa carrière et c'est pas de veine parce que si sa carrière était une famille ce serait la famille Adams, à base d'oncles fétides et de cousins machins.


Keira Knightley, pirate des calories.

Goré Verbinski s'en sort mieux que les seconds couteaux de sa trilogie en bois (devenue une tétralogie grâce à Rob Marshall, un réalisateur particulièrement dangereux, auteur entre autres de l'infamie nommée Nine). Après le troisième volet, il nous a raconté l'histoire de Rango, un caméléon pistolero toujours incarné par Depp, véritable caméléon de la mode et de l'acting. Est-ce qu'on peut parler de métafilm ? Peut-être pas. En tout cas le film a remporté un fier succès et a installé Goré Verbinski (qui enchaîne les gros coups médiatiques mais que personne ne connaît pour autant) dans le petit monde du western. Le réalisateur hollywoodien prépare en effet un nouveau film du genre, en prises de vue réelles cette fois-ci, toujours avec Depp au premier rang, qui semble déjà très original puisqu'il raconte l'histoire d'un Texas Ranger masqué luttant contre l'injustice et la criminalité, accompagné de son fidèle destrier Maïwenn et de son ami indien Tony Gatlift. On attend Goré au tournant.


Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl de Gore Verbinski avec Johnny Depp, Orlando Bloom, Keira Knigthley et Geoffrey Rush (2003)

1 août 2012

Friends With Kids

Matez l'affiche et vous aurez une idée assez précise de toute la profondeur de ce film que l'on doit entièrement à la dénommée Jennifer Westfeldt, actrice principale, scénariste, co-productrice et réalisatrice. Je l'avais déjà croisée dans la série 24, où elle jouait une traître de la cellule antiterroristes. Kiefer Sutherland lui réservait le traitement qu'elle mérite : un coup de poing dans le foie suivi d'un pouce indien pour l'endormir à tout jamais, ou au moins jusqu'à la fin de la saison. Par je ne sais quel miracle, cette actrice de pacotille s'est vue accorder les moyens de mettre en image son scénario de malheur où se bousculent ses plus grandes peurs de trentenaire insupportable qui, parvenue à la moitié de son existence, fait le point sur sa petite vie sentimentale et familiale, éloignée de tout autre problème matériel ou financier. Jennifer Westfeldt accouche ainsi d'un film somme toute très personnel où elle s'attaque à toutes les grandes questions existentielles qui la travaillent actuellement, avec l'ambition, à peine voilée, de réaliser le film-vérité de toute une génération de trentenaires aisées. Sous ses allures trompeuses de comédie faussement légère, Friends With Kids est donc un véritable catharsis auquel participe assez joyeusement toute une petite bande d'acteurs rigolos, plus ou moins en vogue et déjà stars des petits écrans américains, de Kristen Wiig (Mes Meilleurs Amies) à Jon Hamm (Mad Men), en passant par l'hideuse Maya Rudolph (Saturday Night Live) et la starlette Megan Fox (BangBros). J'en profite pour conseiller aux fans de Kristen Wiig, et je sais qu'il en existe bien deux ou trois depuis le retentissant succès de Mes Meilleures Amies, de passer leur chemin. Elle n'est ici que l'ombre d'elle-même et n'a jamais l'occasion de prouver son pétillant talent comique. 
 
 
C'est bien connu, avoir des gosses, ça tue l'amour. Non, ça tue le sexe. C'est le mariage, lui, qui tue l'amour. Comment avoir des gosses et continuer à niquer comme des bêtes tout en restant amoureux ? C'est la grande question qui alarment les deux protagonistes de ce film : Jason (Adam Scott) et Julie (Jennifer Westfeldt), deux célibataires âgés respectivement de 36 et 37 ans, amis depuis la fac, qui alignent facilement les conquêtes sans jamais s'engager sur le long terme ni ressentir de vrais sentiments pour leurs compagnons de jeux sexuels. A l'approche de la quarantaine, Jason et Julie décident, après en avoir rapidement discuté dans l'ascenseur, de faire un enfant ensemble pour qu'ils soient tous deux libérés de cette formalité et puissent ainsi chercher le vrai Amour, chacun de leur côté, sans que celui-ci ne risque ensuite d'être gâché par l'arrivée inévitable d'un encombrant marmot. Et le gosse justement, celui qu'ils comptent avoir et qu'ils auront effectivement, qu'en est-il dans tout ça ? Lors d'un repas de réveillon particulièrement animé, l'un de leurs amis leur fera remarquer qu'ils n'y ont pas beaucoup pensé, mais le sujet est soigneusement évité tout le reste du temps. Tout comme dans l'exécrable Polisse de l'infâme Maïwenn, mais dans une toute autre mesure, évidemment, l'enfant n'est ici qu'un gadget, un prétexte, un outil scénaristique totalement bidon. Les rares fois où le gamin apparaîtra à l'écran pour autre chose que chier ou vomir à la tronche de l'un de ses parents, gag dont Jennifer Westfeldt abuse clairement, son rôle se limitera à celui d'un petit singe nerveux à foutre en cage ou à abattre sans scrupule d'une balle entre les deux yeux. Ce film est donc à classer aux côtés de l'abject Un Heureux évènement dans la catégorie des films à ne surtout pas voir si vous comptez mettre au monde un nouvel être. Mais passons, et revenons à nos moutons : Jason et Julie, leurs petits problèmes de cœur et la brillante solution qu'ils ont trouvée. Mais avant cela, présentons un peu mieux l'amitié qui lie nos deux tourtereaux... 
 
 
Pour vous donner une idée, sachez que leur amitié est telle qu'ils sont capables de passer leur temps à se poser des questions-défis, vous savez, ces questions vicieuses qui, en offrant toujours une seule alternative, nous confrontent forcément à un choix très cornélien. Jason et Julie s'échangent ainsi des questions-défis tout le long du film, sans jamais se lasser de ce petit jeu, tout étonnés qu'ils sont par la correspondance systématique de leurs choix, révélatrice de personnalités totalement complémentaires et de la force sans équivalent de leur si précieuse amitié. Le film s'ouvre même là-dessus. Un intertitre nous apprend qu'il est 4h19 du matin quand Julie fait vibrer l'iPhone de Jason. Celui-ci se réveille difficilement et doit aussitôt choisir : "Mourir mangé par un alligator ou bouffé par un requin ?". "Bouffé par un requin, répond-il sans trop attendre en se frottant les yeux. L'alligator a la spécificité de noyer ses proies avant de les engloutir lentement dans son gros bide. Je préfère donc largement me faire croquer tout cru par un grand blanc. Je n'aurais pas le temps de dire ouf et souffrirait peu. D'après les gens qui l'ont vécue, la mort par noyade est la plus douloureuse de toutes". A l'autre bout du fil, mais toujours dans Manhattan, où nos deux personnages possèdent des gigantesques lofts de 1250m² meublés par des fous de la déco, Julie, hystérique et hilare, s'écrie "Moi aussi ! Moi aussi ! C'est fou ! J'enchaîne ! Préfèrerais-tu clamser demain par coup du lapin dans un accident de voiture brutal ou mourir dans 15 ans des suites d'un long cancer de la queue ?". Alors que le spectateur est déjà à cran, Jason répond aussi sec "Oh t'as pas plus gai comme question ?! Je préfère l'accident de bagnole, et fous-moi la paix jusqu'à demain matin, laisse-moi un peu pioncer. Je te dis A+". Regrettant d'avoir été un peu brusque avec son amie, Jason lui envoie de suite un texto pour arrondir les angles "@+ :-)" (facturé 0.30€ car c'est un portable japonais, les téléphones sont moins chers même si on est perdants sur le forfait). Ce à quoi Julie répond "Comment t'as réussi à faire le signe aceofbase sur ton téléphone ?!", "Faut appuyer sur 1 2 3 pour aller dans le menu avec plein de caractères" renvoie Jason, "T sur que 1 2 3 ça va pas juste taper 1 2 3 ?", "Au pire t'effaces... J'ai besoin de dormir..." rétorque Jason. "Oki bonne nuit à demain. Ou plutôt à tout' car on est déjà demain !". C'est le seul moment du film où Jason haussera un peu le ton face à la débilité à toute épreuve de son amie Julie. Il faut tout de même avouer que ce triste gimmick des questions-défis nous offre quelques échanges sympathiques et, à coup sûr, les plus joyeuses scènes de ce film finalement assez cafardeux. Sachant bien que vous n'irez pas le voir au cinéma et que j'ai déjà su vous couper toute envie de le télécharger illégalement, je vous propose ici un petit florilège de ces questions-défis qui ponctuent le film et lui donnent un peu de son si maigre intérêt. Voici donc un petit best of coolos & gratos de Friends With Kids, monté et arrangé par mes soins. 
 
 
On commence doucement avec cette petite interro orale surprise que Julie impose à Jason alors qu'ils sont tous deux affalés devant la télé, sur leur canapé, en train de déguster une pizza de chez Domino :
"Si tu devais choisir entre avoir la voix et l'accent toulonnais à gerber de Charles Pasqua ou porter l'énorme pustule qui croît un peu plus chaque jour dans le cou dégueulasse de Michel Polac ? - Je préfère porter une tare de Michel Polac plutôt qu'avoir l'accent de ce formidable connard de Charles Pastis, lui répond rageusement Jason en déglutissant sa part de pizza et en zappant sur CNN." Immédiatement après cette première question, la malicieuse Julie, aux neurones en ébullition, pense à un autre défi à la vue d'une pub pour Dior diffusée à la télé, qu'elle soumet aussitôt à son compagnon d'infortune : "Si tu devais choisir entre être le petit ami de Natalie Portman, et tout ce que ça implique : paparazzis, relations sexuelles et prises de becs régulières ou trouver une petite-amie assez jolie qui, pour te distraire, inviterait des copines chez vous et organiserait chaque dimanche soir des orgies lesbiennes avec strapon et sex swing dont tu serais l'unique spectateur tétanisé ? - Sans hésiter, les yeux dans les yeux, pieds et poings liés, la tête dans le guidon, lors d'un saut à l'élastique : Natalie Portman, dont tu sais que je suis le fan number one. Tu es tarée, Julie ! Elle a tout ! lui répond Jason plein d'enthousiasme. - Tu n'as pas réfléchi à tout, mon bon Jason, réplique Julie. Natalie Portman, c'est LA fille chiante par excellence, matée de tous les côtés par des gros vicieux pendant toute la journée, et toi enragé de voir ça... Sans compter les négociations interminables pour qu'elle ne joue pas dans la prochaine daubasse de George Lucas et le fait qu'elle te mette The Shins sur les oreilles toute la journée en te disant "It's going to change your life !", ni ses heures passées dans la salle de bain pour retirer de son sourcil droit ce petit poil qui était en trop... Elle ne fera jamais les courses, mon gros, tu seras son esclave ! Un esclave avec le sourire, certes, mais un putain d'esclave ! Et surtout, elle peut te tromper puis te quitter à chaque instant pour un Benjamin Millepanards de passage, ou tout simplement pour un autre fan disposant d'un kiki plus gros que le tien... Alors qu'une petite copine mignonne qui accepte de caresser sa cousine devant tes yeux ébahis pour ton seul plaisir, c'est HUGE jack off man !!" Alors qu'un long blanc très inhabituel entre les deux personnages suit ce dernier échange, un gargouillement d'estomac terrible rompt le silence et sort l'intarissable Julie de sa tranquillité : "Tu choisirais quoi entre chier des bâtons de dynamites allumés et devoir cavaler le plus loin possible après avoir coulé ton bronze ou devoir t'appeler "Butagaz" et trimballer une grosse bombonne de gaz partout où tu vas ? - Sans hésiter, je choisis de couler des bâtons de dynamite allumés, ça me rappelle trop l'inspecteur Roger Murtaugh dans Lethal Weapon 2 coincé sur ses chiottes, l'un des plus grands films de notre temps, à l'exception de beaucoup d'autres, déblatère Jason." Ne laissant aucun répit à son pote, Julie enchaine, tout en se servant un verre de Coca : "Si tu devais choisir entre 27 ans de Cacolac® à volonté, du vrai Cacolac® en bouteilles à décapsuler avec la boucle de la ceinture de sécurité, ou un CDI bien rémunéré chez Aubade® pour tester la tenue, l’élasticité, le palpé et le potentiel seyant et esthétique de leur nouvelle collection de soutiens-gorge sur modèles féminins véritables et avenants, que fais-tu ? demande Julie, manifestement contente de sa trouvaille. - Le CDI à Aubade® sans trop hésiter, rétorque Jason dans la foulée, ce serait le travail idéal et je ferais des heures supp' ! Travailler plus pour palper plus, comme dirait l'autre ! Je préfère nettement les seins au Cacolac, meuf, mets-toi bien ça dans la tronche pour Noël prochain..." Cette tirade implacable clôt les questions-défis de ce coutumier dimanche-pizza-tube passé entre les deux amis à regarder des vidéos d'animaux malades sur Youtube tout en mangeant des spécialités italiennes. Plus tard dans le film, Julie profite d'un moment de calme dans un taxi new-yorkais pour appeler son Jason, et lui sortir à brûle pourpoint, sans "bonjour" ni "comment ça va ?" : "Tu préfèrerais être avec la plus grosse conne de Manhattan mais affublée de la plus grosse, la plus ferme et la plus appréciable paire de seins que tu n'aies jamais vue ou te retrouver avec une très sympathique et intelligente demoiselle affublée d'une poitrine qui ferait passer celles de Keira Knightley et de Charlotte Gainsbourg pour du 110D ? - Ce serait une "grosse conne" au point d'avoir voté Sarko et d'essayer de me convaincre mordicus d'adhérer à l'UMP, tout en étant fan des blagues de Muriel Robin ? demande prudemment Jason. - Oui, et qui ne rirait même pas à tes blagues ! répond alors Julie du tac-o-tac. - Je choisis donc l'avorton de Marina Foïs, la mort dans l'âme, mais sache que tu cumules les mandats de salope en ce moment, et tu sais que c'est interdit par la Constitution !" dit Jason en fermant violemment le clapet de son iPhone. 
 
 
Voici pour ces quelques exemples de questions-défis qui, comme vous l'aurez constaté, sont en général axées autour de l'amour, la mort, l'apparence et le cul, c'est-à-dire les principales préoccupations de nos deux personnages. Pour se débarrasser de l'épineuse question de la naissance de ce gosse qu'ils planifient tous deux d'avoir avant leur quarantième bougie, ils ont un rapport sexuel quelque peu hasardeux en son commencement, mais qui se termine avec chance par une efficace fusion des gamètes mâle et femelle en une cellule unique nommée zygote. Avec bonheur, et sans doute parce qu'on lui a interdit de dépasser les deux heures de film, Jennifer Westfeldt choisit de passer très rapidement les étapes laborieuses et toujours chiantes de la gestation. Dans la séquence suivante, le petit Joe voit donc le jour, sous les yeux ébahis de son père Jason et le regard plus revanchard de sa mère Julie, qui en voudra longtemps au gosse d'avoir distendu son vagin (j'invente rien, je vous le promets !). Les deux trentenaires new-yorkais décident de vivre en colocation le temps que le gamin fasse ses nuits et sache aller seul sur le trône. Leur entourage, constitué de deux couples fatigués dont les sentiments se sont irrémédiablement dégradés depuis la naissance de leur enfant, est totalement sur le cul face à la réussite de leur choix de vie, que tous jugent original et osé. Ils ignorent que Julie est de plus en plus amoureuse de Jason, qui quant à lui ne ressent aucune attirance physique pour elle. "Il était déjà compliqué pour moi d'aller au bout pour donner vie à Joe" dit-il à Julie quand celle-ci lui avoue péniblement son amour, les larmes aux yeux. Prenant sur elle et décidant de réprimer pour de bon ses sentiments, Julie déménage avec le gosse et tente d'oublier Jason, tandis que ce dernier poursuit sa vie nonchalamment, à peine attristé de devoir désormais payer 70$ de taxi pour voir son enfant. 
 
 
Plus tard, Julie rencontre Kurt, incarné par Edward Burns, le sosie officiel de Tony Vairelles. Elle vantera la taille de son sexe pour rendre jaloux Jason, dont on a pu deviner auparavant qu'il possédait un pénis d'enfant. C'est sournois. Fin d'esprit, Jason traitera Kurt de "basketteur nazi", du fait de sa grande taille et de son prénom aux sonorités germaniques. Kurt est l'incarnation de l'homme idéal. Peu causant, diplomate et travailleur, il jouit d'un beau salaire dont il fait profiter ses proches. En outre, Julie rappelle régulièrement qu'il a une teub d'enfer, si grosse qu'il n'est pas du tout gêné par la vétusté d'un vagin devenu moins étroit, moins serré, moins "tight", depuis qu'un gamin hydrocéphale est passé par là. Hélas, Kurt ne se prend pas au jeu des questions-défis et, quand il s'y risque, il négocie l'alternative, discute longuement et fait perdre tout l'intérêt de la chose. De son côté, Jason fait la connaissance de Megan Fox, rencontrée au hasard d'une promenade dans un parc où son labrador, plus lourd et malin qu'elle, lui menait la vie dure. 1m75, 35kg, 80C-40-80 : elle a les mensurations idéales ! On dirait une fillette qui aurait la taille d'une mannequin et des seins d'actrice porno. I-dé-ales ! C'est donc le coup de foudre immédiat. Pour la séduire, Jason lui lance "J'ai vu un panneau à l'entrée du parc. Il est indiqué que cet espace vert est formellement interdit aux bombasses de votre genre. Non mais sérieusement, vous savez que ça ne se fait pas de se trimballer seule dans un parc en plein après-midi, avec une allure et une bouche pareilles ?! Vous risquez de vous faire sauvagement violer". Megan Fox n'avait jamais rien entendu d'aussi beau, elle donne immédiatement son 06 à cet ersatz de Tom Cruise, que l'on avait pourtant apprécié dans Step Brothers, dans le rôle du grand frère de Will Ferrell. 
  
A la fin du film, Julie invite Jason à "la baiser comme elle ne l'a jamais été" (sic !), histoire de lui prouver par A + B qu'il a changé et qu'il ressent désormais une réelle attirance physique pour elle. Le film atteint alors un sommet de romantisme hollywoodien. Le spectateur a la gorge serrée, très ému de voir ces deux personnages enfin ensemble, réciproquement amoureux, après avoir passé 1h30 à les voir se tourner autour, se jouer des tours et se tuer de questions-défis d'outre-tombe pour mieux tester leur amitié sans faille. Jason, très ému aussi, est encore sous le choc puisqu'il vient à peine de faire sa grande déclaration d'amour à Julie, tardive mais salutaire. Il trouve tout de même la lucidité de prévenir sa dulcinée que la meilleure façon de lui montrer qu'elle l'excite bel et bien serait tout simplement d'éjaculer le plus précocement possible. Julie ne veut rien entendre et lui répète "Je te dis que je veux être baisée comme je ne l'ai jamais été, je veux être baisée comme je ne l'ai jamais été". C'est alors que Jason fait appel à ses connaissances acquises en garde à vue (plus tôt dans le film, il vole un pot de confiture et, coincé par les flics, passe une heure au commissariat où il sympathise avec quelques prisonniers) et, après quelques coups de fil, accueille dans la chambre conjugale une bande de blacks fraîchement échappés de taule, montés comme des ânes et remontés comme des pendules. Écran noir, générique. Jennifer Westfeldt sera vraisemblablement baisée comme elle ne l'a jamais été. A nous d'imaginer ce que l'on veut pour se venger de guêpiers tels que ce film.

 
Friends with Kids de Jennifer Westfeldt avec Jennifer Westfeldt, Adam Scott, Maya Rudolph, Jon Hamm, Kristen Wiig, Edward Burns et Megan Fox (2012)

2 janvier 2012

A Dangerous Method

Dernier film de cette année que nous aurons vu au cinéma sans doute, Nônon Cocouan et moi-même nous sommes lancés vers le nouveau long métrage de Cronenberg, pour lequel nous avions une curiosité commune...

L'année finit sur une déception. le dernier film de David Cronenberg présentait pourtant quelques éléments alléchants : un duo d'acteurs mâles intéressant et surtout un sujet en or, la relation conflictuelle entre Jung et Freud, et celle, "dangereuse", unissant Jung à une de ses patientes. Sujet d'autant plus prometteur que traité par un cinéaste de la chair. Cronenberg allait-il mêler ses obsessions matérielles et charnelles à des concepts psychanalytiques ? C'était toute la question. Inutile de tourner autour du pot : il ne fait rien de tout cela.



Le duo d'acteurs d'abord : même s'ils proposent quelque chose de correct et si Viggo Mortensen lâche le registre du héros taciturne et violent que lui avait jusqu'ici octroyé Cronenberg, on est déçu par la platitude des interactions entre les deux grands personnages. Interprété par un Michael Fassbender tout en moustaches, Carl Jung, bien qu'opposant résistance à Freud, apparaît comme un disciple un peu falot et hébété. Quant à Freud, c'est une caricature du célèbre psychanalyste, le cigare toujours vissé au bec, les sourcils broussailleux, la voix grave et l'air du parrain à qui on ne la fait pas. Pourtant Dieu sait qu'entre l'aura et la densité des caractères originaux et la potentielle présence des deux comédiens, il y avait de quoi remplir les plans d'une tension électrique palpable lors de chaque rencontre et de chaque conflit. Concernant Keira Knigthley, elle nous fait un festival de ganaches insupportable et assez hallucinant. Il faut la voir dans la première scène, où elle incarne certes une malade mentale, mais où elle distord son visage au-delà de l'imaginable, allongeant son menton déjà complètement pas normal et tendant ses dents du bas un mètre en avant, faisant passer la reine alien du film de James Cameron pour Miss Monde. L'actrice, ici plus maigre que jamais (si, c'est possible) et plus zarb que toute autre, confine de plus en plus au freak de cirque sans pareil. Quant à son (sur)jeu, passons...



L'intrigue se résume à une évocation vulgarisée des principaux concepts psychanalytiques et des points d'achoppement entre Jung et Freud, dont les théories sont balayées en surface par les dialogues mais ne participent d'aucun enjeu ni narratif, ni figuratif, ni cinématographique. Cronenberg se contente de nous titiller avec trois scènes récitées d'interprétations de rêves où les deux chantres de la psychanalyse se livrent à des analyses de comptoir. Il se permet aussi de jouer vite fait bien fait avec des symboles vieux comme Freud et sans impact aucun qui réduisent la profondeur des sujets abordés par les protagonistes à du menu fretin : quand les deux adversaires, anciens maître et disciple, évoquent le fait de tuer le père, Jung lance quelques pointes à Freud qui aussitôt défaille et fait une attaque... Dans une des nombreuses séquences où Jung donne la fessée à sa maîtresse pour la faire jouir, scènes éminemment physiques où on attendait Cronenberg au tournant, le cinéaste se contente de filmer la patiente, apprentie psychanalyste qui prône la destruction du Moi dans la quête du plaisir sexuel, se regardant dans le miroir... Sans parler des très nombreuses scènes sans intérêt qui rallongent ce film déjà bavard, qu'il s'agisse des lectures en voix off des lettres que s'écrivent les personnages ou des nombreuses promenades en bateau, entrecoupées des rares transes psychotiques de Knightley, sans relief ou simplement agaçantes à cause de la tronche impossible de l'actrice.



Si la relation entre Jung et Freud est platement racontée, il en est de même pour celle qui unit Jung à sa patiente, Sabina Spilrein, et qui donne son titre au film. Pourtant, là encore, c'était l'occasion d'embrayer sur les enjeux mêmes du traitement psychanalytique, notamment avec la question de la relation médecin-patient et du transfert, mais la théorie est à peine survolée et ne prend pas corps dans l'histoire. On se retrouve avec une espèce de romance dont l'enjeu principal se résume au cas de conscience du mari qui trompe sa femme avec une autre. Le sujet de la déontologie est à peine abordé, les méthodes de la psychanalyse sont vaguement questionnées voire vite évacuées, comme quand, après seulement deux minutes et trois déboîtements de façade, la patiente Spilrein déballe les moindres détails inavouables de sa névrose, bref, tout en reste à un niveau très superficiel. Pour peu qu'on s'intéresse tant soit peu à la psychanalyse le film se regarde parce qu'on est dans l'attente qu'il nous en dise un peu plus et qu'il se charge en intensité au fur et à mesure de sa progression, mais rien ne prend et on s'endort en regrettant que Cronenberg n'ait pas pris son sujet à bras-le-corps, quitte à faire un film plus compliqué et au risque de réaliser une œuvre difficile en traitant profondément et sérieusement ses questions. A l'image, on a quelque chose de propret mais on ne peut que se rendre à l'évidence : le cinéaste n'a jamais su travailler la chair de son film, il n'y a rien là-dedans, l'histoire se suit sans irriter mais dans une triste indifférence.


A Dangerous Method de David Cronenberg avec Viggo Mortensen, Michael Fassbender et Keira Knightley (2011)

4 juin 2011

London Boulevard

Quand t'es condamné à avoir le cul vissé sur le siège inconfortable d'un Téoz Eco pendant 10h avec comme seul échappatoire un mini laptop à la batterie chargée à bloc et contenant une petite paire de films sélectionnés à la va-vite, tu es normalement prêt à t'enquiller n'importe quelle saloperie, histoire d'éviter de regarder ton voisin envieux dans le blanc des yeux. C'est du moins ce que je croyais, jusqu'à cet épouvantable trajet Lille-Portbou où j'ai eu la sale idée de lancer London Boulevard. On pourrait appeler ça le "Test du Téoz Eco" : quand un film ne parvient même pas à capter notre attention lors d'un voyage en train interminable que l'on cherche pourtant à écourter par tous les moyens, c'est que le film en question est réellement merdique. C'est donc le cas de ce London Boulevard que l’on doit au dénommé William Monahan, un sale type dont je viens d’apprendre qu’il est surtout connu pour être un scénariste reconnu et multi-récompensé : point d'orgue de sa carrière, l'Oscar du meilleur scénario pour Les Infiltrés de Martin Scorsese, un malheureux remake à peine déguisé !


Y a pas mal de "sessions seigue" qui tombent à l'eau avec une telle photo

Colin Farrell incarne ici un ex-taulard roi du braquo qui profite à peine de ses premières heures de liberté quand il se voit proposer une offre qu'il ne peut refuser : devenir le bodyguard d'une actrice assaillie par les paparazzi, tellement célèbre qu'elle est chaque semaine en couverture de tous les magazines people. Et tellement bonne que ses cousins ont changé de nom pour avoir une chance de lui faire sa fête, on se comprend. Quand Farrell voit que cette actrice a les traits délicats de la maigrichonne Keira Knightley, son sang ne fait qu'un tour, surtout au niveau de ses corps caverneux, et il accepte illico. Mais c'est sans compter sur ses anciens potes truands qui ne l'ont pas oublié et qui lui rappellent dès qu'ils peuvent son passé de malandrin, notamment par des coups de fil incessants. Farrell ne passe jamais une heure tranquille en compagnie de sa future conquête anorexique sans être dérangé par son téléphone. "Hé y'a une fusillade suivie d'un McDo prévue demain à telle heure, t'en es ou quoi ? Y'aura du sang sur les murs et ça sera pas le mien, on va faire des bas-reliefs sur les murs avec les gueules de nos victimes !", "Ow j'ai un bon plan de braquo facile d'une BNP tranquille, je peux compter sur toi ou quoi ? C'est un plan en or, gros, on mettra des masques de présidents des States pour ne pas se faire reconnaitre et on fera une session surf après, pour se détendre...", "Tu viens chez wam demain soir ou quoi ? J'ai PES et le dernier Marc Esposito, mec, j'ai aussi la vidéo de Taïg Kris qui saute de la Tour Eiffel en HD !", "Yo Ferraille de mes deux astérosourcils de merde, j'ai gagné deux billets pour aller voir Sochaux - Guingamp (64ème de finale de Coupe de France) et j'ai direct pensé à toi quoi". Farrell a beau répondre "quoi" systématiquement, il finit par céder, et le voilà à nouveau embarqué dans une sale histoire à Montbéliard...


Déchu de ses poils, on dirait une photo du profil facebook de mon cousin

London Boulevard
est donc un très banal film de lascars que l’on pourra ranger dans les pires dvdthèques aux côtés de Get Carter (la version avec Sly Stallone !) et du coffret réunissant l’ensemble des saisons des séries Veronica Mars et Joey. Dès le départ, le film m’a foutu le cafard et a plongé le compartiment dans lequel j’étais installé dans une ambiance délétère. Ces histoires-là, je n’en veux plus ! Le coup du lascar à la gueule d'ange fraîchement sorti de taule (Colin Farrell) qui s'amourache d'une tocarde a priori inaccessible (Keira Knightley) tandis que lui pend au nez la menace de retomber dans ses travers et donc de finir à nouveau derrière les barreaux ou avec une balle dans le crâne : c'est du réchauffé, du déjà vu et revu des milliers de fois ! Et c’est d’un chiant tellement carabiné que ça m'emmène direct aux chiottes du Teoz Eco histoire de me vider de mon courroux quitte à me tordre les boyaux de manière irrémédiable…


Cette image résume deux effondrements de carrière imminents

Je vous dis tout ça alors que j'ai vu l'intégralité de ce film en un quart d'heure, en accélérant un max. Il a fait fondre la batterie de mon EeePC qui pédale dans la choucroute dès qu'il s'agit de passer des vidéos en avance rapide. Du coup, ce film m'a non seulement fait paumer 15 mn de mon temps mais peut-être environ 2 heures d'autonomie à la batterie de mon mini ordi. Résultat, j'ai passé les deux dernières heures de mon voyage à zieuter le décolbard de la vieillarde obèse assise en face de moi. Faute de mieux, j'étais en train de traverser la banlieue de Thionville !


London Boulevard de William Monahan avec Colin Farrell et Keira Knightley (2011)

26 février 2011

Never let me go

Never let me go est le nouveau film de Mark Romanek, un réalisateur américain peu prolifique et plus connu pour ses nombreux clips remarqués (dont Closer de Nine Inch Nails). C’est à lui que l’on doit Photo Obsession, un sympathique thriller où un Robin Williams transfiguré, aux abois et plus inquiétant que jamais, incarnait un psychopathe accro du polaroid qui s’en prenait à une petite famille trop tranquille. Ayant apprécié ce film, j’étais curieux de découvrir le nouveau rejeton de Romanek qui s’est cette fois-ci attaqué à l’adaptation d’un bouquin dystopique de Kazuo Ishiguro apparemment très apprécié, sorti en 2005 dans son pays et un peu plus tard en France sous le titre Auprès de moi toujours. J’avais également envie de voir ce film du fait de son pitch mystérieux. L’histoire démarre dans l’Angleterre des années 50, nous suivons trois enfants d’un pensionnat où, dès leur plus jeune âge, nous leur apprenons qu’ils sont de simples clones avec une espérance de vie très limitée puisque leur existence est seulement destinée à donner des organes à l'ensemble de la population dans le cadre d'une organisation gouvernementale.


L'un de mes cousins issus de germain est le sosie parfait d'Andrew Garfield, sauf qu'il a presque 50 piges, travaille chez Bouygues et a appelé sa fille Sebulba

Le film est découpé en trois parties, comme le livre j’imagine. La première se déroule donc pendant l’enfance de ces trois personnages ; la seconde, durant la fin de leur adolescence et leur passage à l'âge adulte. La troisième et dernière partie correspond à celle à partir de laquelle notre trio est enfin séparé, et où chacun devient soit un « accompagnateur » soit un « donneur ». Un « donneur », je présume que vous aurez deviné ce que c’est, inutile de vous faire un dessin... Quant à un « accompagnateur », c’est quelqu’un d’un peu privilégié qui peut vivre légèrement plus longtemps parce qu’il a été choisi pour aider les donneurs à être « utiles » jusqu’au bout, en leur permettant d’effectuer le nombre maximal de dons tout en les accompagnant dans leur souffrance passive et jusqu’à leur mort inévitable. Glauque de chez glauque, tout ça, en effet… Mais le film est pourtant intriguant dans le sens où il est d’une certaine légèreté et n'est pas spécialement plombant malgré l’histoire très cafardeuse qu’il nous raconte. Il se laisse facilement regarder, tout intrigués que nous sommes face à ces destins tragiques qui nous sont décrits en détails et face à ce monde injuste qui nous est quant à lui dépeint tout en zones d’ombres, de façon très partielle. Devant le film, on n’a donc aucun mal à croire que le bouquin de base doit être intéressant et sans doute très chouette. Mais pour ce qui est du film à proprement parler, c’est plus difficile à dire… S’il n’est pas mauvais, il manque à l'évidence quelque chose. Il y a déjà un manque de rythme évident, mais il y a d'autres choses que je ne saurai étrangement pas précisément décrire qui font de ce film une légère déception ; et si on regarde tout ça sans jamais souffrir, on a tout de même bien du mal à véritablement se passionner pour ce qui se déroule à l’écran, et notamment pour la romance contrariée assez lourdingue qui nous est contée.


Les jeunes ont le droit de se balader dans la campagne anglaise à condition de porter des bottes

En réalité, s’il y a bien une chose qui brille tout particulièrement dans ce film, c’est son actrice principale : Carey Mulligan. Certes, je la trouve plutôt jolie, mais ça n’est pas là où je veux en venir et je tenterai pour une fois d'être un peu plus original que ça, car ça n’est pas seulement son charme singulier, aussi discret qu'éclatant, qui est tout à fait frappant dans Never let me go. L’actrice apparaît ici parfaitement choisie. Il y a quelque chose d’assez fascinant qui se dégage de son visage sans âge, à la fois presque enfantin et proche de la vieillarde typiquement anglaise. Elle est idéale dans ce rôle où, à moins de trente piges, elle semble avoir connu toutes les peines du monde, et être déjà, de fait, à la fin de sa vie. La jeune actrice anglaise porte littéralement le film sur ses frêles épaules, alors qu'elle n'est pourtant que la troisième étoile d'un casting de choix, puisque l'on trouve à ses côté Keira Knightley, qu'on ne présente plus, et Andrew Garfield, au sommet de sa gloire naissante depuis son rôle dans The Social Network et futur Spider-Man. Si ces derniers ne font pas tache et sont également très bien choisis, ils sont quelque peu éclipsés par Carey Mulligan. C'est bel et bien elle qui nous captive et nous permet de suivre ce film de bout en bout. De là à dire qu'elle tient même auprès du spectateur son rôle d'accompagnateur, il n'y a qu'un pas... Un film finalement assez peu mémorable, dont la plus belle idée réside dans le regard intense et doux, désespéré et innocent, de son actrice principale pour qui l'avenir, contrairement à son personnage, s'annonce des plus radieux.


Never let me go de Mark Romanek avec Carey Mulligan, Andrew Garfield et Keira Knightley (2011)

12 novembre 2008

Wanted : choisis ton destin

Je fais le topo. Timur Bekmambetov, je ne suis pas ton nègre. Je ne vais pas écrire ton script à ta place sur ce blog. Timur Bekmambetov, tu as choisi ton destin. Quant à l'acteur principal de ton film, le dénommé James McAvoy, après avoir tutoyé le meilleur du ciné grand public avec Atonement, il a décidé en jouant dans ton film de se forger une crédibilité artistique, un palmarès d'acteur, il a décidé de se choisir un destin, qui aura pris la forme d'une balle tirée dans son pied. Après avoir joué dans Le monde de Narnia chapitre 1 tome 2 partie 3 verset 4: Le lion, la sorcière blanche, l'armoire magique, le golden compas et le seigneur des anneaux d'Harry Potter (prisonnier d'Azkaban), McAvoy a lu les scripts de Dark knight (pour le rôle du Joker), de There will be blood (pour le rôle finalement attribué à Jerry Lee Lewis), et de No country for old men (pour le rôle de Javier Bardem). McAvoy a déclaré au micro d'ABC News, en pleine cérémonie de remise des Oscars, une larme au bord de l'œil tandis que Javier Bardem brandissait son trophée: "J'ai choisi Wanted pour faire plaisir à mes enfants. Mon plus jeune fils, qui est complètement con et fan du comic book, m'a dit et répété : 'Papa ça ne se rate pas Wanted, fais-le pour moi'. J'avais déjà fait Narnia pour cette raison là. Systématiquement, après un an de tournage, je rentre chez moi les bras en cœur, la bouche en croix, quelques goodies et le dvd de mon nouveau film dans la valise, et pour tout remerciement mes enfants disent de mes films qu'ils sont pourris". Triste sort que celui de ce McAvoy. Dernièrement on a vu le nom de McAvoy sur la working list de High School Musical 2, la suite du 1, le prequel du 3. Au bas de son contrat, à côté de sa signature, on pouvait voir ce smiley : " : ( ".
 
 
Wanted : choisis ton destin de Timur Bekmambetov avec James McAvoy, Angelina Jolie et Morgan Freeman (2008)

13 mars 2008

The Notebook

Atteinte de la maladie d'Alzheimer Allie (Gena Rowlands) vit en maison de retraite. Tous les jours un autre vieux nommé Noah (Sam Shepard) vient lui lire la même histoire. Cette histoire c'est la leur, qu'Allie a couchée sur carnet quand elle a appris qu'elle était malade, pour que Noah la lui lise encore et encore et qu'elle ne l'oublie pas. À grands coups de flashbacks on retrouve donc Allie (Rachel McAdams) dans les années 30, jeune fille issue d'une famille extrêmement riche dans le sud alabamesque des États-Unis, éperdument amoureuse d'un beau jeune homme de basse condition, Noah donc (Ryan Gosling), dont sa mère tâche de l'éloigner sachant qu'il est pauvre et qu'elle veut que sa fille se marie par intérêt, comme elle, et qu'elle ait une vie aussi pourrave que la sienne. Ainsi sont-ils séparés non seulement par des beaux-parents ignobles, mais aussi par les obligations de la jeune étudiante qu'est Allie et par la guerre, qui lui prend Noah. Mais à la fin du conflit, alors qu'Allie s'apprête à épouser un avocat, elle tombe sur une photo de Noah dans le journal, qui vient de gagner Roland-Garros (cocorico), et décide d'aller le retrouver. Leur amour est intact et ils n'auront de cesse de le consommer. Mais Allie fera des allers et retours entre ses deux hommes, incapable de prendre une décision, avant de finalement choisir Noah avec qui elle passera le reste de sa vie jusqu'à ce que la mémoire les sépare.


Faut vraiment aller au cinéma voir des navets pour admirer des trépanés tout heureux de se prendre un gros gisclar sur le kloss

C'est l'histoire la plus chiante qui soit. C'est un film pour mamans mais c'est le dernier échelon du genre. C'est le Atonement du pauvre, y'a qu'à voir les actrices des deux films pour en voir les symptômes : alors que Keira Knightley nous refilait la chair de poule dans l'autre film, ici Rachel McAdams à deux voies nous donne quelque haut-le-cœur. Chacun sait que la plus ennuyeuse et convenue des histoires peut accoucher d'une grande œuvre d'art, et que ça n'est qu'une question de traitement, si l'on peut dire. Mais ne comptez pas là-dessus avec Nick Cassavetes. Si Roland Barthes a écrit Le degré zéro de l'écriture, ici Nick Cassavetes signe fièrement le degré zéro de la mise en scène. Ce film est d'une platitude, d'un mièvre, d'une petitesse sans frontières. Avant chaque scène, chaque dialogue, chaque plan, on sent venir, on imagine ce qui pourrait suivre de plus évident et de plus bête, car nous sommes nous-mêmes bien peu de choses (c'est mon amie la rose qui me l'a dit ce matin), et on n'est jamais déçu, on y a bien droit, inlassablement. Quand il n'arrive pas à le mettre en scène Nick Cassavetes raconte un élément de l'histoire en voix off. En réalité le générique d'ouverture donne le ton : une très longue suite de plans de paysages et d'oiseaux en vol au ralenti, filmés avec un filtre rouge écarlate sanguinolent sur fond de violons dégoulinants. Quand on est le fils de John Cassavetes, qu'on a la chance de réaliser un film grâce à cette filiation bienheureuse, et qu'on tourne une chiure pareille, on a encore moins le droit au pardon. En plus ce pauvre type traîne sa mère, la grande Gena Rowlands, dans la merde en lui refilant le pire rôle possible, ça c'est ce qu'on appelle un fils illégitime. Un gros bâtard.


The Notebook (N'Oublie jamais) de Nick Cassavetes avec Ryan Gosling, Rachel McAdams, Gena Rowlands, et Sam Shepard (2004)

11 février 2008

Reviens-moi

Atonement (salement retitré "Reviens-moi" en français) est le second film de Joe Wright après Orgueil et préjugés, sorti il y a peu. Joe Wright semble donc se faire un plaisir d'adapter des œuvres romantiques britanniques à l'écran et pour ce faire d'appeler sous les drapeaux la charmante Keira Knightley. Son nouveau long métrage est désormais en course pour l'Oscar du meilleur film. Je n'ai pas vu Orgueil et préjugés mais je me suis lancé dans ce film-là les yeux fermés. Allez savoir pourquoi. Il est étonnant que j'aie pu accorder ma confiance à Joe Wright, ayant souvent souffert la littérature romantique britannique et n'aimant guère les films de radasses.




Car oui, c'est un film de radasses. Comprenez un film de mamans, plein de romantisme, d'amours impossibles, de lutte des classes, de beaux paysans bien bâtis et de belles aristocrates curieuses d'apprendre ce que c'est qu'une bite, de grandes guerres qui séparent les amants éplorés et ainsi de suite. Et cependant j'ai plutôt apprécié ce film. Il faut ici introduire un élément assez convainquant. Vous l'aurez pigé, il s'agit de Keira Knightley. Le début du film nous la dévoile sortant de l'eau en sous-vêtements, presque nue. Puis Joe Wright, décidément attaché à faire de moi un de ses acolytes, se fait un devoir de filmer sous toutes les coutures les pieds de la belle, qu'elle a jolis. C'est un bon point, un très bon point pour m'achopper. Keira Knightley est d'une beauté assez remarquable dans ce film, et le regard que le réalisateur porte sur elle n'y est pas pour rien. Sans parler du talent d'actrice assez sobre mais notoire de la jeune femme. En plus d'être assez jolie, Knightley détient quelque-chose dans sa gracieuse et mince silhouette qui convient tout à fait à ce genre d'histoires où une femme subit des évènements qui la rendent totalement impuissante. L'acteur principal, James McAvoy, est également sympathique : suffisamment charismatique pour qu'on s'attache à lui, il n'est pas non plus de ces bellâtres complètement lisses qui polluent généralement ce type de films. Les acteurs sont globalement bien choisis, même quand ils changent en fonction de l'âge du personnage, tout ça reste très cohérent ; et ils sont tous impeccables dans leurs rôles.




La mise en scène n'est pas dégueulasse. Le dirlo photo a donné tout ce qu'il avait, une rumeur court selon laquelle il aurait même refusé son cachet pour acheter plus de bougies avec l'argent. Il y a en outre un long plan séquence au milieu du film qui, contrairement à beaucoup d'autres récemment (par exemple ceux, interminables, de Children of Men), semble avoir été fait sans l'aide (en tout cas trop appuyée ou trop visible) de Photoshop. Il n'est pas uniquement là pour donner un moyen au réalisateur d'exposer mochement son savoir-faire et d'étaler sa pseudo virtuosité. C'est d'ailleurs un des rares films où la débâcle de 41 à Dunkerque est montrée dans toute son ampleur, ou montrée tout court d'ailleurs. Je ne pense qu'à Week-end à Zuydcoote de Verneuil.... Ici un long plan séquence montre l'arrivée du soldat McAvoy sur la plage, et donne de l'événement une vision assez étrange, un peu romancée. On voit les soldats aller et venir, jouer et chanter, dans une approche assez édulcorée de ce que fut ce chapitre de la bataille de France, quand bien même l'arrivée du personnage principal est censée se faire entre deux raids atrocement meurtriers de la luftwaffe. Mais je crois me souvenir de la même ambiance en demi-teinte, tantôt réaliste tantôt idyllique dans le film de Verneuil. Et puis on peut penser, à la décharge du film, que c'est la vision de romancière de la vieille dame de l'épilogue qui nous est montrée, puisque ce passage du film est le fruit de son roman, comme nous l'apprenons à la fin. Cette séquence entre chien et loup est d'ailleurs opposable à la scène de l'hôpital en Angleterre, que la vieille femme a réellement vécue et qui s'avère très crue et très violente. À noter, car je parle de la scène de l'hôpital et cela m'y fait penser, un rôle de soldat Belge donné à Jérémie Rénier, qui a droit à sa longue scène d'agonisant, puis deux rôles de civils français donnés à Lionel Abelanski et Michel Vuillermoz...




Ceci étant dit n'allez pas croire que j'ai apprécié le film pour sa seule comédienne, si attrayante soit-elle. Non le récit est rondement mené et on ne s'ennuie pas une seconde malgré les 2 heures que dure le film. Le montage est chaotique, les ellipses sont légion (l'histoire se déroule sur bien des années) et il est quelques fois vaguement difficile de savoir quel flashback répond à quel flashforward quand comme moi on a un peu de mal avec tout ce qui est gros bordel narratif. Encore quelque chose que je supporte peu habituellement mais qui ne m'a pas plus dérangé que ça ici. Parce que le récit est prenant. C'est l'histoire d'un amour salement contrarié par la jalousie d'une petite sœur puis rendu tragiquement impossible par la guerre. Et à dire vrai les mouvements narratifs d'avant en arrière, comme d'ailleurs le grand romanesque de la tragédie, sont appréciables en ce sens que le film parle d'une fiction. Tout ça, c'est du roman, et c'est le principe même du film. Au début, la petite fille qui va ruiner l'amour naissant de sa grande sœur achève l'écriture de sa première pièce de théâtre, elle veut devenir écrivaine. Et tandis qu'elle cherche sa mère dans toute la maison, un thème musical s'installe qui reviendra tout au long du film, dont le rythme est donné par le claquement mélodieux des touches d'une machine à écrire. Et ça n'est pas seulement original, ça vaut à Joe Wright quelques jeux osés sur ces sons alliés à la lumière. Et si ce thème revient tout au long du film c'est parce qu'à la fin la petite fille devenue vieille dame est invitée sur un plateau de télévision pour y raconter son dernier livre auto-biographique (ou plutôt "autofictif") que nous venons de "lire" pendant 2 heures et où la fiction s'est largement immiscée dans la réalité pour des raisons que vous connaîtrez en voyant le film. C'est donc une petite surprise que cet Atonement, qui s'annonçait comme un strict mélo pour les mamans et autres mémés mais fait l'effort de sortir de sa petite catégorie.


Reviens-moi (Atonement) de Joe Wright avec James McAvoy et Keira Knightley (2007)