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15 décembre 2013

Happiness Therapy

C'est l'histoire de deux camés par la vie qui se trouvent. A ma gauche, Bradley Cooper, qui fut élu à l'époque "homme le plus beau du monde". A ma droite, Jennifer Lawrence, propulsée par l'opération du Saint-Esprit "femme la plus cool du monde". Elle remporta aussi l'Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle et ceci restera dans l'histoire comme le plus gros hold-up à mains désarmées de l'histoire du monde, et en particulier des Oscars, qui chaque année sont pourtant d'énormes braquages en strass et paillettes. Ces deux success story humaines incarnent pourtant à l'écran deux personnages enfoirés par la vie. L'un est bipolaire, a perdu son travail, sa maison et sa femme, qui le trompait. L'autre est veuve, à l'âge de 14 ans, et possède un caractère extravagant et imprévisible à croquer, dont on nous vante l'originalité alors que c'est le lot de tous les personnages de ce cinéma faussement indépendant américain actuel qui sent le fumier, cet "indiewood" morbide piloté entre autres par les frères Weinstein, ces deux enflures. 




Et bien sûr nos antihéros bien typiques vont apprendre à se trouver, cautériser leurs plaies respectives, s'aimer et trouver dans un spectacle de danse parfaitement raté mais ultra touchant le premier accomplissement de la nouvelle vie qui s'offre à eux. Le film culmine évidemment lors du concours final où les deux abîmés s'agitent mochement sur un mix des White Stipes et de West Side Story, entre autres, revus et corrigés par Monsieur Danny Elfman (n'avez-vous jamais eu cette curiosité bizarroïde de taper "Danny Elfman" dans Google Images ? Une photo de l'homme en dit long sur son œuvre). La chorégraphie coiffée-décoiffée des deux écorchés vifs nous pousse à hurler "CALL 911 !", d'autant qu'elle est hachée par un montage à la hallebarde qui sauve, comme dans toutes les comédies musicales hollywoodiennes récentes (rappelez-vous Nine), des comédiens tout sauf danseurs, et fait penser, a posteriori, qu'on n'a peut-être pas passé de si mauvais moments devant #DALS.




Ce film indépendant à l'eau de rose, réalisé par David O. Russell, cinéaste transparent que l'on confond un jour avec Michel Gondry (I <3 Huckabees), un autre avec Darren Aronofsky (The Fighter) et ici avec Jason Reitman (l'auteur des pires romances indés putréfiées comme Juno, Up in the Air, Young Adult), est un mix de Flashdance et Rain Man. Avec un poil plus de chance ou un type moins morose derrière la caméra on aurait eu droit à "Flashman", un nouveau super-héros autiste mais putain d'à l'aise sur le dancefloor. Sauf qu'on a juste eu droit à une grosse saloperie qui a rapporté plus de 236 millions de dollars pour un coût officiel de "seulement" 21 millions, ce qui nous laisse pantois et installe David O. Russell dans un fauteuil avant la sortie assez attendue, avec ses mille bande-annonces par semaine, de American Bluff. 




Logiquement, un film comme ça peut trouver son salut dans les acteurs qui forment le couple d'amoureux que l'on doit forcément aimer. Et si la logique a pris, puisque les deux sex-symbols à l'affiche comptent parmi les égéries de l'époque, elle n'a pas fonctionné des masses sur nous, qui ne voyons là qu'un bellâtre sorti de l'Actor's Studio et faisant des pieds et des mains pour s'acheter une crédibilité, et une greluche qui a obtenu le rôle à la dernière seconde, qui agite ses formes pour éveiller nos instincts les plus primaires et dont le "naturel" rend les journalistes gagas, elle qui passe pour un label rouge au milieu de steaks recomposés tels que Megan Fox ou Jamie Foxx. Entre les deux, Bob De Niro, sur lequel nous aurons la politesse de ne rien dire, d'autant que ce n'est pas dans ce film qu'il paraît le plus perdu, c'est dire...




PS. Rech. trad. CDI, plein temps, anglais-français, français-anglais, pour traduire le titre original du film : Silver Linings Playbook. Smic horaire. 10% CP. Femme de préférence, 14-36 ans.


Happiness Therapy de David O. Russell avec Bradley Cooper, Jennifer Lawrence et Robert De Niro (2013)

1 mai 2013

Une Créature de rêve

La série Code Lisa a bercé notre adolescence. Quand nous avons appris qu'un remake du film de John Hughes à l'origine de la série et tourné en 85 était en branle, nous nous sommes dits qu'il était temps d'enfin le regarder ! On connait tous l'histoire (en tout cas Poulpard et moi) : Gary et Wyatt, deux nerds, risées de leur bahut, n'arrivent à rien avec les filles. Rien de rien ! Un soir d'ennui, ils décident donc d'inventer la femme de leur rêve sur l'ordinateur surpuissant à 1Mo de RAM de Wyatt. Après moult éclairs, une sublime créature débarque alors dans leur chambre comme par magie, exauçant tous leurs vœux, même les plus humides...

C'est donc à John Hughes, le fameux spécialiste du cinéma adolescent américain des années 80, que l'on doit cette idée ma foi toute bête mais diablement excitante, une variation du mythe de Frankenstein, revue et corrigée à la sauce teens et sexy. Le film, hélas, a terriblement vieilli, à l'image de son actrice principale, devenue une sorte de tract vivant anti chirurghie esthétique. Une Créature de rêve (en VO : Weird Science) a de bien nombreux défauts, liés en partie à son époque. La garde-robe des années 80 est une infamie, notamment sur une femme bien faite lorsque la tenue se veut aguichante. Le film est mal rythmé et trop rarement marrant, à l'exception d'une ou deux répliques surprenantes de vulgarité et du personnage de Chet, ici campé par un Bill Paxton sous tension (autre star au casting : Robert Downey Jr. en loubard très laid). A partir de son idée de départ, le scénario part dans tous les sens, quitte à nous perdre complètement en route, et se conclut n'importe comment. En bref, on est très très loin du meilleur de John Hughes, même si nous sommes contents d'avoir comblé cette lacune. 

Malgré cela, il faut reconnaître à John Hughes qu'il connaît bien son sujet. Il tient plutôt compte des réalités adolescentes, dans les limites imposées par une comédie tout public. Les ados du film n'ont que deux idées en tête : faire la fête et triquer. Son film est très tendancieux et n'occulte rien des envies sexuelles des personnages envers la femme créée. La première chose que font Gary et Wyatt après l'apparition de Lisa est de prendre une douche avec elle pour mieux la contempler dans son plus simple appareil. On devine alors qu'ils ont le sexe tellement dur qu'il pourrait fendre un chêne centenaire. D'autres allusions équivoques et des détails clairement craspecs parsèment le film et nous font régulièrement relever la tête à l'heure où les comédies pour adolescents sont tout ce qu'il y a de plus sage, totalement aseptisées et sans aucun esprit transgressif.

La série produite dans les années 90 et diffusée par France 2 était quant à elle tout ce qu'il y a de plus politiquement correct. Elle donnait cependant suffisamment d'idées pour mettre un adolescent en ébullition. Il faut dire que Vanessa Angel était une vraie tigresse. L'actrice avait trouvé le rôle de sa vie (on ne la recroisera ensuite que chez les frères Farelly). La série proposait un véritable festival sons et lumières pour tout amateur de belles pépés. Vanessa Angel apparaissait dans les tenues les plus affriolantes et plaçait la plupart des épisodes sur orbite, en particulier ceux de la première saison. Face à ça, on ne pouvait que serrer les dents et les poings en pensant à Wyatt qui, astuce scénaristique ridicule car pas du tout crédible, avait décidé de mettre des gardes fous pour empêcher tout abus d'ordre sexuel avec ou sur la créature. Bien conscient d'ailleurs qu'il s'agissait d'une question à vite évacuer, Lisa apparaissait nue mais censurée dès le tout premier épisode. Les scénaristes étaient ainsi immédiatement soulagés et délestés d'un épineux problème. Poulpard, quant à lui, maudit encore ces maudites barres noires...

Joel Silver, qui produira le remake, nous a promis une comédie interdite au moins de 18 ans, comme Very Bad Trip et 21 Jump Street. De quoi faire peur dans notre époque sclérosée, sachant que les deux comédies suscitées sont aussi subversives qu'un disque de Laurent Voulzy. Nous n'en attendons donc rien. Mais nous sommes tout de même curieux de connaître l'identité de celle qui sera condamnée à nous faire fantasmer et devra nécessairement correspondre aux rêves adolescents de son époque. Qui succédera à la sympathique Kelly LeBrock et à l'inoubliable Vannesa Angel ? On redoute Mila Kunis, Jennifer Lawrence ou Megan Fox, qui feraient perdre tout espèce d'intérêt au projet, et on conseille d'autres noms comme Amber Heard ou Jean Galfione. Petite requête perso : MEW... Mais dans le fond, on sait bien qu'un tel remake aurait plutôt dû être réalisé par Marc Dorcel ou John B. Root pour XXIst Sextury...


Une Créature de rêve de John Hughes avec Anthony Michael Hall, Kelly LeBrock, Ian Mitchell-Smith et Bill Paxton (1985)

13 mars 2013

40 ans : Mode d'emploi

La petite vie de Judd Apatow, acte IV. En 2005, Apatow nous avouait sans la moindre honte qu'à 40 ans, il n'avait pas encore vu ni touché le loup. Deux ans plus tard, il se servait d'un film pour annoncer à sa femme qu'il l'avait mise enceinte et en profitait pour nous partager ses craintes sur la gestation et sa future paternité. En 2009, avec une régularité de métronome, Apatow interrogeait le public sur son incapacité à faire rire, via Funny People, une thérapie à 75 millions de dollars, un film lucide qui lui a sûrement fait du bien, et c'est tant mieux pour lui. On attendait tous un film en 2011, mais c'était sans compter sur l'échec monumental de Funny People, qui a eu l'heureux effet de ralentir les velléités d'Apatow metteur en scène. Un mogul des studios lui aurait déclaré "Tu peux filmer ça" en lui pointant son majeur. Apatow, dont la carrière en tant que producteur avait été couverte de succès dans les années 2000, se retrouvait en plein doute en tant qu'auteur. Qu'allait-il faire ensuite ?




Apatow, c'est un peu comme Microsoft avec les claviers et les souris, s'il n'était que producteur, on le respecterait pour son travail. Ceci dit, rappelons tout de même qu'Apatow a aussi produit un sacré tas de merdes. Mais il a participé à Anchorman, Ricky Bobby, Walk Hard, Step Brothers, bref, autant de films qui permettent de lui pardonner pas mal d'écarts de conduite. Reconnu comme un auteur crucial du cinéma américain des années 2000 par certains critiques qui sont définitivement trop à la recherche de la nouvelle star, souvent considéré comme l'étendard du renouveau de la comédie US par les cinéphiles en manque de guides, il est nécessaire de rappeler l'indigence du cinéma personnel d'Apatow, particulièrement frappant dans son dernier opus. Cet homme est décidément bien plus doué quand il s'agit simplement de placer ses billes dans les oeuvres drolatiques portées par de vrais génies du rire, à commencer par Will Ferrell, tout en s'écartant au maximum du travail créatif. 




Un film comme 40 ans : Mode d'emploi est pourtant encore l'occasion de constater qu'Apatow a des thèmes, des problématiques clairement identifiables, autour desquels il tourne, en rond, depuis maintenant des années, dans un circuit fermé parfaitement cohérent qui dégage une vieille odeur de pieds sales. Car il faut voir à quel point tout ça est creux, sonne faux et, accessoirement, est toujours terriblement laid à regarder. Son nouveau film fait presque mal aux yeux. Et comme c'est long, comme c'est bête, comme c'est naze... Le titre français est méprisable mais pleinement mérité. On prend en pleine poire ses petits tracas de quarantenaire détestable, soucieux d'être encore au top sexuellement, de gagner un tas de fric pour remplir sa grosse berline BMW, de pas trop se faire bouffer par ses gosses. En outre, en engageant sa femme dans le premier rôle et ses deux filles pour des rôles également importants, Judd Apatow ne fait que rendre son petit film encore plus insupportablement égocentrique, plus recroquevillé sur lui-même que jamais. Il passe encore 2h20 à nous montrer son nombril en s'imaginant que celui-ci est infiniment drôle et intéressant à regarder.




Leslie Mann, sa femme, n'a pas l'étoffe d'un premier rôle. Triste fantôme qui traverse les comédies américaines depuis des années, ce n'est certainement pas un hasard si seul son époux a la gentillesse de l'embaucher pour la hisser enfin en tête d'affiche. Son visage trop fade, ses expressions toutes faites sorties des plus vilaines sitcoms et son manque absolu de charme en font une actrice totalement incapable de captiver son audimat. Apatow a beau la filmer sous tous les angles, nous dévoiler son anatomie jusque dans les moindres recoins, jusqu'au bout des tétons, ça ne marche pas, rien n'y fait. Elle exaspère. Apatow la met dans les situations sexuelles les plus suggestives, en la faisant par exemple réaliser une fellation soudaine et bienvenue à son mari qui n'en demandait pas tant, cela nous fait le même effet que de savoir avec qui couche NKM. Jusqu'au générique de fin, la souffrance de la voir presque de tous les plans est telle qu'on espère voir débarquer une vraie actrice, capable de faire rire et d'émouvoir, pour la remplacer et la bouter définitivement hors champ. En vain. A côté de ça, on doit plutôt supporter une Megan Fox qui passe pour LA bonnasse ultime, regardée par tous et toutes avec envie. Hé ben...




Face à Leslie Mann, on retrouve un habitué : le si pâle Paul Rudd, qui joue donc un ersatz de Judd Apatow. On apprécie Paul Rudd pour son rôle dans Anchorman. Avouons qu'il a une tête sympathique et qu'on aurait sans doute envie de taper la discussion avec lui si on le croisait. Mais reconnaissons aussi qu'il n'a pas du tout les épaules assez larges pour camper le rôle principal d'une "comédie" de 2h20 (avec les films signés Apatow, j'hésite toujours à appeler ça des comédies tant les rires sont rares au profit d'une psychanalyse de trottoir). Paul Rudd est ici traîné dans la boue dans des situations grotesques et embarrassantes : quid de cette scène où, les quatre fers en l'air, dépourvu du moindre slip, l'intimité réduite à néant, il demande sans ambages à Leslie Mann de lui inspecter le trou de balle ? L'acteur n'arrive pas à rendre son personnage attachant et, pire encore, ne sort jamais grandit de telles situations, qu'il échoue systématiquement à rendre un tant soit peu amusantes. Il semble subir le film et être la marionnette pathétique de son ami réalisateur. Quand il lâche une série de pets sur le lit conjugal au visage de sa femme, on éprouve quasiment de la pitié pour lui. On aime la loyauté de l'acteur envers son pote réalisateur, beaucoup d'autres auraient refusé de participer à une telle mascarade, mais après un tel film, on ne peut s'empêcher d'avoir une idée encore plus cruelle du talent réel de Paul Rudd. Vivement Anchorman 2 pour qu'il puisse revenir au niveau d'estime que nous lui portions.




Les rares scènes ou moments drôles sont entièrement dus à des acteurs en roue libre, au pouvoir comique réel, mais cantonnés à des rôles toujours très secondaires, décoratifs. On est ainsi ravis de retrouver la fameuse "grosse de Mes Meilleures Amies" qui agit ici telle de la dynamite dans un ensemble d'une extrême fadeur. Melissa McCarthy a deux scènes seulement, les deux meilleures du film, de loin. L'actrice, une petite boule de haine intenable, y laisse complètement aller son talent nerveux pour l'improvisation comique. On aurait aimé que cela dure plus longtemps. L'une de ces scènes est d'ailleurs si supérieure au reste qu'on en retrouve les rushs au générique final, terrible aveu final de lucidité de la part d'Apatow, conscient qu'il tient là le seul moment réellement poilant. Albert Brooks, le vilain de Drive, surprend quant à lui dans le rôle d'un père totalement irresponsable, un personnage aux répliques souvent inattendues et toujours placées avec tact, avec le sérieux et la conviction qui caractérisent les plus grands malades. L'acteur nous rappelle qu'il a commencé par le stand-up avant de finir poignardé sur un parking. On peut hélas regretter que son personnage soit justement réduit à ces petites répliques, et qu'il n'ait même pas une scène pour nous combler et nous faire pleinement goûter sa verve comique toujours vivace, dont il ne peut que donner des aperçus assez frustrants. Notons toutefois que cet acteur est un véritable moteur diesel qui part très doucement, de manière assez laborieuse, pour finir littéralement en roue libre, au meilleur de sa forme.


 

Inutile d'aborder le sujet même du film, c'est-à-dire la crise existentielle de la quarantaine selon Docteur Apatow. C'est à peu près aussi profond qu'une émission télévisée présentée par Arthur. Si des gens se reconnaissent là-dedans et sont touchés par les états d'âme dépeints par Apatow et exprimés à travers ses personnages lamentables, j'ai simplement beaucoup de peine pour eux. Son film rappelle voire martèle la tagline ridicule de la série Cougar Town dans laquelle Courteney Cox essaye péniblement de trouver une nouvelle jeunesse : "40 is the new 20". 40 ans : Mode d'emploi ne donne pas envie d'atteindre les 40 ans, il donne simplement envie de rien. Il fait partie de ces films, parmi les plus déprimants, qui nous abandonnent plein d'idées noires et avec une piètre opinion de l'être humain dans sa globalité. Je suis mort quatre fois en matant ce film. Une fois toutes les 30 minutes.


40 ans : Mode d'emploi de Judd Apatow avec Leslie Mann, Paul Rudd, Albert Brooks, Jason Segel, Megan Fox, Maude Apatow et Iris Apatow (2013)

1 août 2012

Friends With Kids

Matez l'affiche et vous aurez une idée assez précise de toute la profondeur de ce film que l'on doit entièrement à la dénommée Jennifer Westfeldt, actrice principale, scénariste, co-productrice et réalisatrice. Je l'avais déjà croisée dans la série 24, où elle jouait une traître de la cellule antiterroristes. Kiefer Sutherland lui réservait le traitement qu'elle mérite : un coup de poing dans le foie suivi d'un pouce indien pour l'endormir à tout jamais, ou au moins jusqu'à la fin de la saison. Par je ne sais quel miracle, cette actrice de pacotille s'est vue accorder les moyens de mettre en image son scénario de malheur où se bousculent ses plus grandes peurs de trentenaire insupportable qui, parvenue à la moitié de son existence, fait le point sur sa petite vie sentimentale et familiale, éloignée de tout autre problème matériel ou financier. Jennifer Westfeldt accouche ainsi d'un film somme toute très personnel où elle s'attaque à toutes les grandes questions existentielles qui la travaillent actuellement, avec l'ambition, à peine voilée, de réaliser le film-vérité de toute une génération de trentenaires aisées. Sous ses allures trompeuses de comédie faussement légère, Friends With Kids est donc un véritable catharsis auquel participe assez joyeusement toute une petite bande d'acteurs rigolos, plus ou moins en vogue et déjà stars des petits écrans américains, de Kristen Wiig (Mes Meilleurs Amies) à Jon Hamm (Mad Men), en passant par l'hideuse Maya Rudolph (Saturday Night Live) et la starlette Megan Fox (BangBros). J'en profite pour conseiller aux fans de Kristen Wiig, et je sais qu'il en existe bien deux ou trois depuis le retentissant succès de Mes Meilleures Amies, de passer leur chemin. Elle n'est ici que l'ombre d'elle-même et n'a jamais l'occasion de prouver son pétillant talent comique. 
 
 
C'est bien connu, avoir des gosses, ça tue l'amour. Non, ça tue le sexe. C'est le mariage, lui, qui tue l'amour. Comment avoir des gosses et continuer à niquer comme des bêtes tout en restant amoureux ? C'est la grande question qui alarment les deux protagonistes de ce film : Jason (Adam Scott) et Julie (Jennifer Westfeldt), deux célibataires âgés respectivement de 36 et 37 ans, amis depuis la fac, qui alignent facilement les conquêtes sans jamais s'engager sur le long terme ni ressentir de vrais sentiments pour leurs compagnons de jeux sexuels. A l'approche de la quarantaine, Jason et Julie décident, après en avoir rapidement discuté dans l'ascenseur, de faire un enfant ensemble pour qu'ils soient tous deux libérés de cette formalité et puissent ainsi chercher le vrai Amour, chacun de leur côté, sans que celui-ci ne risque ensuite d'être gâché par l'arrivée inévitable d'un encombrant marmot. Et le gosse justement, celui qu'ils comptent avoir et qu'ils auront effectivement, qu'en est-il dans tout ça ? Lors d'un repas de réveillon particulièrement animé, l'un de leurs amis leur fera remarquer qu'ils n'y ont pas beaucoup pensé, mais le sujet est soigneusement évité tout le reste du temps. Tout comme dans l'exécrable Polisse de l'infâme Maïwenn, mais dans une toute autre mesure, évidemment, l'enfant n'est ici qu'un gadget, un prétexte, un outil scénaristique totalement bidon. Les rares fois où le gamin apparaîtra à l'écran pour autre chose que chier ou vomir à la tronche de l'un de ses parents, gag dont Jennifer Westfeldt abuse clairement, son rôle se limitera à celui d'un petit singe nerveux à foutre en cage ou à abattre sans scrupule d'une balle entre les deux yeux. Ce film est donc à classer aux côtés de l'abject Un Heureux évènement dans la catégorie des films à ne surtout pas voir si vous comptez mettre au monde un nouvel être. Mais passons, et revenons à nos moutons : Jason et Julie, leurs petits problèmes de cœur et la brillante solution qu'ils ont trouvée. Mais avant cela, présentons un peu mieux l'amitié qui lie nos deux tourtereaux... 
 
 
Pour vous donner une idée, sachez que leur amitié est telle qu'ils sont capables de passer leur temps à se poser des questions-défis, vous savez, ces questions vicieuses qui, en offrant toujours une seule alternative, nous confrontent forcément à un choix très cornélien. Jason et Julie s'échangent ainsi des questions-défis tout le long du film, sans jamais se lasser de ce petit jeu, tout étonnés qu'ils sont par la correspondance systématique de leurs choix, révélatrice de personnalités totalement complémentaires et de la force sans équivalent de leur si précieuse amitié. Le film s'ouvre même là-dessus. Un intertitre nous apprend qu'il est 4h19 du matin quand Julie fait vibrer l'iPhone de Jason. Celui-ci se réveille difficilement et doit aussitôt choisir : "Mourir mangé par un alligator ou bouffé par un requin ?". "Bouffé par un requin, répond-il sans trop attendre en se frottant les yeux. L'alligator a la spécificité de noyer ses proies avant de les engloutir lentement dans son gros bide. Je préfère donc largement me faire croquer tout cru par un grand blanc. Je n'aurais pas le temps de dire ouf et souffrirait peu. D'après les gens qui l'ont vécue, la mort par noyade est la plus douloureuse de toutes". A l'autre bout du fil, mais toujours dans Manhattan, où nos deux personnages possèdent des gigantesques lofts de 1250m² meublés par des fous de la déco, Julie, hystérique et hilare, s'écrie "Moi aussi ! Moi aussi ! C'est fou ! J'enchaîne ! Préfèrerais-tu clamser demain par coup du lapin dans un accident de voiture brutal ou mourir dans 15 ans des suites d'un long cancer de la queue ?". Alors que le spectateur est déjà à cran, Jason répond aussi sec "Oh t'as pas plus gai comme question ?! Je préfère l'accident de bagnole, et fous-moi la paix jusqu'à demain matin, laisse-moi un peu pioncer. Je te dis A+". Regrettant d'avoir été un peu brusque avec son amie, Jason lui envoie de suite un texto pour arrondir les angles "@+ :-)" (facturé 0.30€ car c'est un portable japonais, les téléphones sont moins chers même si on est perdants sur le forfait). Ce à quoi Julie répond "Comment t'as réussi à faire le signe aceofbase sur ton téléphone ?!", "Faut appuyer sur 1 2 3 pour aller dans le menu avec plein de caractères" renvoie Jason, "T sur que 1 2 3 ça va pas juste taper 1 2 3 ?", "Au pire t'effaces... J'ai besoin de dormir..." rétorque Jason. "Oki bonne nuit à demain. Ou plutôt à tout' car on est déjà demain !". C'est le seul moment du film où Jason haussera un peu le ton face à la débilité à toute épreuve de son amie Julie. Il faut tout de même avouer que ce triste gimmick des questions-défis nous offre quelques échanges sympathiques et, à coup sûr, les plus joyeuses scènes de ce film finalement assez cafardeux. Sachant bien que vous n'irez pas le voir au cinéma et que j'ai déjà su vous couper toute envie de le télécharger illégalement, je vous propose ici un petit florilège de ces questions-défis qui ponctuent le film et lui donnent un peu de son si maigre intérêt. Voici donc un petit best of coolos & gratos de Friends With Kids, monté et arrangé par mes soins. 
 
 
On commence doucement avec cette petite interro orale surprise que Julie impose à Jason alors qu'ils sont tous deux affalés devant la télé, sur leur canapé, en train de déguster une pizza de chez Domino :
"Si tu devais choisir entre avoir la voix et l'accent toulonnais à gerber de Charles Pasqua ou porter l'énorme pustule qui croît un peu plus chaque jour dans le cou dégueulasse de Michel Polac ? - Je préfère porter une tare de Michel Polac plutôt qu'avoir l'accent de ce formidable connard de Charles Pastis, lui répond rageusement Jason en déglutissant sa part de pizza et en zappant sur CNN." Immédiatement après cette première question, la malicieuse Julie, aux neurones en ébullition, pense à un autre défi à la vue d'une pub pour Dior diffusée à la télé, qu'elle soumet aussitôt à son compagnon d'infortune : "Si tu devais choisir entre être le petit ami de Natalie Portman, et tout ce que ça implique : paparazzis, relations sexuelles et prises de becs régulières ou trouver une petite-amie assez jolie qui, pour te distraire, inviterait des copines chez vous et organiserait chaque dimanche soir des orgies lesbiennes avec strapon et sex swing dont tu serais l'unique spectateur tétanisé ? - Sans hésiter, les yeux dans les yeux, pieds et poings liés, la tête dans le guidon, lors d'un saut à l'élastique : Natalie Portman, dont tu sais que je suis le fan number one. Tu es tarée, Julie ! Elle a tout ! lui répond Jason plein d'enthousiasme. - Tu n'as pas réfléchi à tout, mon bon Jason, réplique Julie. Natalie Portman, c'est LA fille chiante par excellence, matée de tous les côtés par des gros vicieux pendant toute la journée, et toi enragé de voir ça... Sans compter les négociations interminables pour qu'elle ne joue pas dans la prochaine daubasse de George Lucas et le fait qu'elle te mette The Shins sur les oreilles toute la journée en te disant "It's going to change your life !", ni ses heures passées dans la salle de bain pour retirer de son sourcil droit ce petit poil qui était en trop... Elle ne fera jamais les courses, mon gros, tu seras son esclave ! Un esclave avec le sourire, certes, mais un putain d'esclave ! Et surtout, elle peut te tromper puis te quitter à chaque instant pour un Benjamin Millepanards de passage, ou tout simplement pour un autre fan disposant d'un kiki plus gros que le tien... Alors qu'une petite copine mignonne qui accepte de caresser sa cousine devant tes yeux ébahis pour ton seul plaisir, c'est HUGE jack off man !!" Alors qu'un long blanc très inhabituel entre les deux personnages suit ce dernier échange, un gargouillement d'estomac terrible rompt le silence et sort l'intarissable Julie de sa tranquillité : "Tu choisirais quoi entre chier des bâtons de dynamites allumés et devoir cavaler le plus loin possible après avoir coulé ton bronze ou devoir t'appeler "Butagaz" et trimballer une grosse bombonne de gaz partout où tu vas ? - Sans hésiter, je choisis de couler des bâtons de dynamite allumés, ça me rappelle trop l'inspecteur Roger Murtaugh dans Lethal Weapon 2 coincé sur ses chiottes, l'un des plus grands films de notre temps, à l'exception de beaucoup d'autres, déblatère Jason." Ne laissant aucun répit à son pote, Julie enchaine, tout en se servant un verre de Coca : "Si tu devais choisir entre 27 ans de Cacolac® à volonté, du vrai Cacolac® en bouteilles à décapsuler avec la boucle de la ceinture de sécurité, ou un CDI bien rémunéré chez Aubade® pour tester la tenue, l’élasticité, le palpé et le potentiel seyant et esthétique de leur nouvelle collection de soutiens-gorge sur modèles féminins véritables et avenants, que fais-tu ? demande Julie, manifestement contente de sa trouvaille. - Le CDI à Aubade® sans trop hésiter, rétorque Jason dans la foulée, ce serait le travail idéal et je ferais des heures supp' ! Travailler plus pour palper plus, comme dirait l'autre ! Je préfère nettement les seins au Cacolac, meuf, mets-toi bien ça dans la tronche pour Noël prochain..." Cette tirade implacable clôt les questions-défis de ce coutumier dimanche-pizza-tube passé entre les deux amis à regarder des vidéos d'animaux malades sur Youtube tout en mangeant des spécialités italiennes. Plus tard dans le film, Julie profite d'un moment de calme dans un taxi new-yorkais pour appeler son Jason, et lui sortir à brûle pourpoint, sans "bonjour" ni "comment ça va ?" : "Tu préfèrerais être avec la plus grosse conne de Manhattan mais affublée de la plus grosse, la plus ferme et la plus appréciable paire de seins que tu n'aies jamais vue ou te retrouver avec une très sympathique et intelligente demoiselle affublée d'une poitrine qui ferait passer celles de Keira Knightley et de Charlotte Gainsbourg pour du 110D ? - Ce serait une "grosse conne" au point d'avoir voté Sarko et d'essayer de me convaincre mordicus d'adhérer à l'UMP, tout en étant fan des blagues de Muriel Robin ? demande prudemment Jason. - Oui, et qui ne rirait même pas à tes blagues ! répond alors Julie du tac-o-tac. - Je choisis donc l'avorton de Marina Foïs, la mort dans l'âme, mais sache que tu cumules les mandats de salope en ce moment, et tu sais que c'est interdit par la Constitution !" dit Jason en fermant violemment le clapet de son iPhone. 
 
 
Voici pour ces quelques exemples de questions-défis qui, comme vous l'aurez constaté, sont en général axées autour de l'amour, la mort, l'apparence et le cul, c'est-à-dire les principales préoccupations de nos deux personnages. Pour se débarrasser de l'épineuse question de la naissance de ce gosse qu'ils planifient tous deux d'avoir avant leur quarantième bougie, ils ont un rapport sexuel quelque peu hasardeux en son commencement, mais qui se termine avec chance par une efficace fusion des gamètes mâle et femelle en une cellule unique nommée zygote. Avec bonheur, et sans doute parce qu'on lui a interdit de dépasser les deux heures de film, Jennifer Westfeldt choisit de passer très rapidement les étapes laborieuses et toujours chiantes de la gestation. Dans la séquence suivante, le petit Joe voit donc le jour, sous les yeux ébahis de son père Jason et le regard plus revanchard de sa mère Julie, qui en voudra longtemps au gosse d'avoir distendu son vagin (j'invente rien, je vous le promets !). Les deux trentenaires new-yorkais décident de vivre en colocation le temps que le gamin fasse ses nuits et sache aller seul sur le trône. Leur entourage, constitué de deux couples fatigués dont les sentiments se sont irrémédiablement dégradés depuis la naissance de leur enfant, est totalement sur le cul face à la réussite de leur choix de vie, que tous jugent original et osé. Ils ignorent que Julie est de plus en plus amoureuse de Jason, qui quant à lui ne ressent aucune attirance physique pour elle. "Il était déjà compliqué pour moi d'aller au bout pour donner vie à Joe" dit-il à Julie quand celle-ci lui avoue péniblement son amour, les larmes aux yeux. Prenant sur elle et décidant de réprimer pour de bon ses sentiments, Julie déménage avec le gosse et tente d'oublier Jason, tandis que ce dernier poursuit sa vie nonchalamment, à peine attristé de devoir désormais payer 70$ de taxi pour voir son enfant. 
 
 
Plus tard, Julie rencontre Kurt, incarné par Edward Burns, le sosie officiel de Tony Vairelles. Elle vantera la taille de son sexe pour rendre jaloux Jason, dont on a pu deviner auparavant qu'il possédait un pénis d'enfant. C'est sournois. Fin d'esprit, Jason traitera Kurt de "basketteur nazi", du fait de sa grande taille et de son prénom aux sonorités germaniques. Kurt est l'incarnation de l'homme idéal. Peu causant, diplomate et travailleur, il jouit d'un beau salaire dont il fait profiter ses proches. En outre, Julie rappelle régulièrement qu'il a une teub d'enfer, si grosse qu'il n'est pas du tout gêné par la vétusté d'un vagin devenu moins étroit, moins serré, moins "tight", depuis qu'un gamin hydrocéphale est passé par là. Hélas, Kurt ne se prend pas au jeu des questions-défis et, quand il s'y risque, il négocie l'alternative, discute longuement et fait perdre tout l'intérêt de la chose. De son côté, Jason fait la connaissance de Megan Fox, rencontrée au hasard d'une promenade dans un parc où son labrador, plus lourd et malin qu'elle, lui menait la vie dure. 1m75, 35kg, 80C-40-80 : elle a les mensurations idéales ! On dirait une fillette qui aurait la taille d'une mannequin et des seins d'actrice porno. I-dé-ales ! C'est donc le coup de foudre immédiat. Pour la séduire, Jason lui lance "J'ai vu un panneau à l'entrée du parc. Il est indiqué que cet espace vert est formellement interdit aux bombasses de votre genre. Non mais sérieusement, vous savez que ça ne se fait pas de se trimballer seule dans un parc en plein après-midi, avec une allure et une bouche pareilles ?! Vous risquez de vous faire sauvagement violer". Megan Fox n'avait jamais rien entendu d'aussi beau, elle donne immédiatement son 06 à cet ersatz de Tom Cruise, que l'on avait pourtant apprécié dans Step Brothers, dans le rôle du grand frère de Will Ferrell. 
  
A la fin du film, Julie invite Jason à "la baiser comme elle ne l'a jamais été" (sic !), histoire de lui prouver par A + B qu'il a changé et qu'il ressent désormais une réelle attirance physique pour elle. Le film atteint alors un sommet de romantisme hollywoodien. Le spectateur a la gorge serrée, très ému de voir ces deux personnages enfin ensemble, réciproquement amoureux, après avoir passé 1h30 à les voir se tourner autour, se jouer des tours et se tuer de questions-défis d'outre-tombe pour mieux tester leur amitié sans faille. Jason, très ému aussi, est encore sous le choc puisqu'il vient à peine de faire sa grande déclaration d'amour à Julie, tardive mais salutaire. Il trouve tout de même la lucidité de prévenir sa dulcinée que la meilleure façon de lui montrer qu'elle l'excite bel et bien serait tout simplement d'éjaculer le plus précocement possible. Julie ne veut rien entendre et lui répète "Je te dis que je veux être baisée comme je ne l'ai jamais été, je veux être baisée comme je ne l'ai jamais été". C'est alors que Jason fait appel à ses connaissances acquises en garde à vue (plus tôt dans le film, il vole un pot de confiture et, coincé par les flics, passe une heure au commissariat où il sympathise avec quelques prisonniers) et, après quelques coups de fil, accueille dans la chambre conjugale une bande de blacks fraîchement échappés de taule, montés comme des ânes et remontés comme des pendules. Écran noir, générique. Jennifer Westfeldt sera vraisemblablement baisée comme elle ne l'a jamais été. A nous d'imaginer ce que l'on veut pour se venger de guêpiers tels que ce film.

 
Friends with Kids de Jennifer Westfeldt avec Jennifer Westfeldt, Adam Scott, Maya Rudolph, Jon Hamm, Kristen Wiig, Edward Burns et Megan Fox (2012)

14 mars 2012

Like Crazy

Alors que le film avait commencé depuis vingt bonnes minutes, j'ai ressenti le besoin d'être un peu éclairé et j'ai donc prié ma compagne de bien vouloir m'en résumer l'histoire. Elle m'a aimablement expliqué qu'il s'agissait d'un jeune couple qui tombe amoureux et qui se retrouve séparé pour une sombre histoire de visa, le jeune gars étant américain et la fille étant anglaise. Ils sont donc amenés par la force des choses à tenter d'entretenir ce qu'on appelle une "long distance relationship". Après un si complet et exact résumé du scénario de cette romance idiote, j'ai très naturellement demandé à ma compagne "Mais comment as-tu fait pour tout comprendre ?!", elle m'a simplement répondu "Bah je regarde le film moi, toi t'as le nez vissé sur ton smartphone, à jouer à Abduction World Attack". J'ai ensuite pu suivre le reste du film plus sereinement.



I Want You I Need You I Love You I Miss You Like Crazy m'est donc apparu comme une version rajeunie du film Green Card de Peter Weir, qui traitait déjà du thème des sans-papiers. Rappelez-vous : un Gérard Depardieu intenable et aux abois essayait de passer outre son interdiction de séjour sur le sol américain pour mieux batifoler à sa guise avec la belle Andie MacDowell. Résultat : un film assez chiant qui se terminait en eau de boudin à l'aéroport de Roissy, et une nomination à l'Oscar du meilleur acteur à la clé pour Gérard Depardieu, qui n'était pas encore le sombre connard adipeux qu'il semble être devenu aujourd'hui. Le plus tristement franchouillard des acteurs est ici remplacé par le dénommé Anton Yelchin, un jeune comédien d'origine russe, très touche-à-tout, découvert par le grand public dans Le Complexe du castor, où il jouait un ado en pleine crise, mais aussi aperçu plus tôt dans Benjamin Button, où il incarnait un vieillard aux portes de la mort interné dans la même maison de retraite que Brad Pitt. Le physique androgyne et atypique de cet acteur natif de Tchernobyl en avril 1986 lui permet de jouer un peu tout et de se glisser dans la peau de personnages de tout âges, de 7 à 77 ans, quels que soient leur sexe. Dans Like Crazy, on sera tout de même un peu étonné, au début du film, de voir qu'un acteur avec une sévère calvitie a été choisi pour jouer un lycéen (même si on imagine quelques redoublements, ça gêne un peu). Le personnage campé par Boris Yelchin devient ensuite ébéniste, fabricant de chaises en bois, et on y croit alors un peu plus. Face à lui, Felicity Jones, une actrice aux dents de devant dignes d'un canasson amoché, mais toutefois pas désagréable car assez éloignée des canons actuels. Quoique... Si c'est pour se taper un chameau fatigué à l'écran, je préfère autant un film avec Jessica Biel ou Megan Fox. Bref, je conclurai donc ce paragraphe en affirmant que le casting ne constitue pas le point fort de ce film.



La réalisation du dénommé Drake Doremus ne rattrape pas ce défaut, elle est tout à fait anodine. On relèvera toutefois que le réalisateur au pseudonyme ridicule est particulièrement friand des jump cuts et qu'il aime cadrer ses personnages à moitié cachés derrière des pans de murs ou des encablures de portes. C'est fort laid. On remarquera également qu'avec son scénario machiavélique, Like Crazy combine deux sujets actuellement très en vogue dans ce genre de films à l'eau de rose : les relations à distance et les premières amours. Pourquoi est-ce à la mode ? Sans doute parce que ça doit causer au public ciblé par ces films : les jeunes adultes, prêts à chialer leurs races devant les mésaventures de personnages suffisamment creux et lisses pour que n'importe qui puisse se projeter en eux. En réalité, Like Crazy est un pur "film pour radasses", comme le dit si bien mon père, avant de glavioter entre mes pieds.



Au bout du compte, un problème administratif à la con aura eu raison de cette romance minable et deux personnages secondaires (de bien tristes pions au service d'un scénario moisi) auront été jetés pour rien. Car il faut préciser que l'amour unissant les deux personnages principaux est si crazy qu'il ne les empêche pas d'aller niquer à droite à gauche quand le temps d'attente entre chaque séjour passé ensemble en Angleterre est un peu trop long. Pendant que le gars se trouve une meuf facile qui l'aide volontiers dans son atelier de chaises en bois, la gonzesse ne va pas chercher bien loin et se laisse tranquillement conquérir par son voisin de palier. Tout ça parce que Monsieur ne veut pas vivre en Angleterre, trop occupé à vendre des chaises en bois à L.A. "J'ai un bon business là-bas !" n'arrête-t-il pas de répéter. Non mais sans blague... Tiens, à ce propos, le titre du film vous fait tiquer, vous aussi ? Je vous explique : à un moment, le vieux type offre une grosse chaise en bois Ikea à sa meuf, sur laquelle il a gauchement gravé "Like crazy". Une triste chaise en bois, assez lourde et imposante, que la pauvre jeune fille se trimballe sous le bras durant tout le film, car, vous comprenez, elle est le symbole de cet amour fou.



Et pour ne rien gâcher à la fête, ce film m'a carrément foutu dans la merde. Pendant tout le film, ma compagne s'est mise à me demander "Quand est-ce que tu m'offres un bracelet ? Quand est-ce que tu m'offres des fleurs ? Quand est-ce que tu me fabriques une chaise ? Quand est-ce que tu répares l'autre que tu as ruinée y'a deux mois ? Quand est-ce que tu fais ci ? Quand est-ce que tu fais ça ?". Je ne pouvais rien répondre, de toute façon je n'avais pas le temps, puisque les questions se succédaient trop vite et les scènes lui donnant l'occasion de m'enterrer aussi ! Comme par exemple cette vilaine scène où l'on voit nos deux tourtereaux boire des bouteilles de champagne au goulot, lors de leur lune de miel. "Nous on pourrait même pas faire ça vu que tu n'aimes pas le champagne..." s'est alors plaint ma compagne. Guilty as charged de ne pas aimer le champagne ! Ni quasiment aucune boisson gazeuse à l'exception du Coca, de l'Orangina et de la Blanquette de Limoux (je suis une tafiole). Je n'aime pas le champagne, je n'aime pas le goût du champagne, ça me donne l'impression de boire de l'air rance. Venir à bout d'une simple coupe est pour moi un supplice. C'est grave, docteur ? Putain de film !


Like Crazy de Drake Doremus avec Anton Yelchin, Felicity Jones, Jennifer Lawrence et Charlie Bewley (2012)

22 février 2012

Out of Africa

On ne rappelle jamais assez le sous-titre français de Ouste of Africa : "Souvenirs d'Afrique". Comme quoi le film paysagiste s'annonce un brin. Ce film il faut l'avoir vu. C'est un instant classic de nos mémés, de nos mamans, et de nos tantes. Pas de nos filles en revanche, qui préféreront Robert Pattinson à Robert Redford, comme quoi, les jours s'en vont, rien ne demeure. Pourtant c'est un des films phares de Redford, car c'est un Pollack-Redford et y'en a pas tant que ça ! Ils en ont fait quoi ? Deux ? Peu importe. Toujours est-il qu'ils sont amis et que ce film-là c'est celui qui les réunit le mieux. La preuve, c'est que Redford a conquis le monde avec un rôle à peine écrit, et qu'on sent l'amour que le cinéaste porte à son comédien dans chaque plan qui le met en valeur. Pollack est tellement subjugué par les traits virils, symétriques et ténébreux du blond platine le plus célèbre d'Hollywood qu'il en a oublié de lui écrire un rôle. Qui est Redford dans ce film ? Un chasseur. Autant que mon tonton Alain, bucco-rhodanien de souche et qui a déménagé dans l'Aveyron il y a une dizaine d'années pour y trouver un véritable Battlefield Earth (c'est le nom qu'il a donné à son lieu-dit), afin d'y chasser le sanglier et autres gibiers à quatre pattes. N'ayant rien tiré depuis dix piges, il s'entraîne sur les chats du voisin. Dieu sait que jamais je n'arriverais à torcher un film de deux heures sur mon tonton, que j'adore au demeurant. Pourtant j'aurais le titre : "Bowling for Rieupeyroux". Bref, dans ce film le personnage de Redford manque de relief. A ce titre, la quatrième de jaquette de mon dvd en dit plus long sur son personnage que les 154 min. env. que dure le film : "aventurier idéaliste". Concrètement on se retrouve à l'image avec un type pas très bavard, qui comprend les noirs, qui séduit les femmes par son côté taciturne (qu'elles prennent pour de la sagesse et de l'assurance), et qui a besoin, tous les week-ends, après avoir trempé son biscuit cinq jours durant dans des demoiselles de tous morphotypes, de se faire un petit safari en tête à tête avec son fusil. C'est pour ça qu'il n'a pas envie de s'attacher à une femme, quand bien même il serait amoureux d'elle.


Dans ce film Robert Redford pète amoureusement au visage de Meryl Streep

Et c'est là qu'entre en scène Meryl Streep. Pour le tocard d'aujourd'hui, cette grande actrice, actuellement à l'affiche de La Dame de fer, c'est une vieillarde qui brigue tous les oscars en jouant dans des films chiants en costume cravate. Quid de Julia & Julia, de Mamma Mia !, ou du Diable s'habille en Prada. Mais n'oublions pas qu'avant ça elle s'intéressait au cinéma. On se rappelle de son rôle de biche dans The Deer Hunter, ou de sa voix de Blue Mecha dans AI Intelligence Artificielle. Bon ok elle a fait que dalle à part le Cimino et un Woody Allen. Certains sauveront aussi Kramer contre Kramer ou le très mièvre Sur la route de Madison, mais sans déconner ça fait pas lourd. Pourtant j'avoue, je l'aime bien. Elle incarne ici une aristo Danoise légèrement colonialiste et délestée d'une bonne partie de son blé par ses amants qui, après une déception amoureuse, se marie avec un type qu'elle n'aime pas et le suit en Afrique où elle monte une grande ferme. Affaiblie par la syphilis, qu'elle contracte grâce à son époux putanier, et désolée quand son médecin lui apprend qu'elle ne pourra jamais avoir d'enfant, elle tombe néanmoins dans les bras de Bob Redford qui, bien que fou amoureux d'elle, refuse la vie à deux pour mieux s'adonner à sa passion pour les safaris, Firefox et Netscape. A la toute fin du film, que je vous spoile ni une ni deux, elle apprend par texto que son amant idéal est mort au cours d'une chasse. Tout est là pour nous ruiner, même la jaquette, qui est sans merci. Mais Meryl Streep porte Out of Africa sur son dos et c'est un semi-remorque de bons sentiments, de cheveux au vent, de musique enivrante et de jolis plans sur des paysages de rêve, le tout filmé dans un académisme forcené. A tel point que quand on regarde le film avec le commentaire audio du réalisateur, on entend seulement Sidney Govou énumérant les valeurs de plan qu'il a enchaînées dans son film : gros plan, plan moyen, plan d'ensemble, plan amerloc, tout y passe. De toute façon Pollack on s'en rappelle surtout pour son caméo dans Fauteuils d'orchestres, où il formait un duo de fou avec Valérie Lemercier, duo qu'on aurait aimé retrouver dans mille autres buddy movies. Mais pour en revenir à Meryl Streep, il faut bien dire qu'elle fait son taff dans ce film et qu'elle le fait bien. C'est non seulement une bonne actrice mais une sacrée belle femme, n'en déplaise aux fans de Megan Fox et de Lindsay Lohan.


Puis il lui lave amoureusement sa tignasse...

Out of Africa est le seul film (ex-aequo avec Adèle Blanc-Sec) qui soit basé sur 5 romans différents : "Ouste of Africa", "Shadows on the grass", "Letters from Princesse Erika", "Peter Schmeichel : the life of a goalkeeper" et "Silence Will Smith". A chaque fois qu'on relit le quatrième de couverture du dvd, on a l'impression de redécouvrir l'histoire de ce film qui fut pendant longtemps le premier fournisseur de fonds d'écran de Windows et qui a le mérite de nous faire voyager gratis. Si j'étais Doc Gyneco, enfin médecin quoi, je mettrais ce film en boucle dans ma salle d'attente. C'est et ça restera le film le plus long de l'histoire du cinéma, pas dans les faits, mais dans le ressenti.


Out of Africa de Sidney Pollack avec Meryl Streep et Robert Redford (1985)

9 juillet 2011

Transformers

Transformers 3 est sorti la semaine dernière. Je ne l'ai pas vu et je ne le verrai jamais. J'ai survécu seulement une fois à un festival pyrotechnique et épileptique de Michael Bay ou Jerry Bruckheimer (je les confonds tout le temps). C'était pour The Island, que j'avais vu au cinéma, et les rondeurs de Scarlett Johansson n'y étaient pas pour rien. J'étais bien faible, je le suis un peu moins depuis, et ce n'est pas Rosie Huntington-Whiteley, la nouvelle starlette que tente d'imposer ce blockbuster minable, qui va me faire changer d'avis. J’ai lu quelque part que Transformers 3 : la face cachée de ma lune (dans son titre intégral) était, je cite, « le meilleur film d’invasion depuis des lustres ». Ça m’a fait rire. Rire jaune. Car cela m’a rappelé une triste aventure que j’ai justement vécue en matant Transformers premier du nom, qui était, lui aussi, un film d’invasion. Dites-moi si je me trompe mais je crois bien qu'il est toujours plus ou moins question d’extra-terrestres métalleux qui s’immiscent dans nos bagnoles, les transforment en robots géants et tentent de prendre le dessus sur nous autres humains. Or, personnellement, je ne peux vous parler de Transformers sans vous faire le récit de mon évasion…



C’était au début de l’été, il y a 2 ou 3 ans. Suite à une sale engueulade avec une ex, je m’étais retrouvé enfermé chez ses parents, mes beaux-parents d’alors, plus exactement dans la chambre hi-tech de son petit frère, feu mon neveu. Bref, je vous la fais courte et je vous épargne les détails. Âgé de 15 ans mais mentalement de 4, son petit frère était LE fan français hardcore des films Transformers. Il en faut bien un. Il était tellement crétin que c’est moi qui lui ai appris qu’au départ, c’est des jouets en plastique, même pas en métal, puis une série télé d'animation. Les murs de sa chambre étaient recouverts de posters, il en existe mille différents pour chacun de ces films, c'est impressionnant ; il y avait aussi de nombreuses photos grand format de Shia LaBeouf et Michael Bay s’enlaçant. Par contre, assez curieusement, il n'y avait pas la moindre trace du cul rebondi et des seins raffermis par le collagène de Megan Fox. Enfin, passons.



Me voici donc coincé dans la piaule de Brian, fermée à clé par sa conne de sœur, accessoirement ma nièce. Après avoir épluché tous ses comics et démonté ses figurines des Chevaliers du Zodiaque, j’ai eu la sale idée de m’envoyer un dvd. J’avais le choix entre différentes éditions de Transformers. Au hasard, j'ai mis Transformers édition prestige, celle comprenant un vieux morceau de carrosserie censé appartenir à Optimus Prime, le chef robot-bagnole, et, semble-t-il, un poil de couille de Shia LaBeouf en bonus. Au début ça allait vu que je ne suis pas sujet aux crises d'épilepsie et que j'apprécie les engins pneumatiques. En outre, je me disais que mon petit neveu (depuis disparu) allait bien finir par venir récupérer son iPod dans sa piaule, et abréger mon calvaire par la même occasion.



Puis le film s'est mis à m'attaquer le cerveau directement, sans avertissement. J'étais comme tétanisé face à ce spectacle interminable d'une débilité sans limite. Pour ne pas avoir de problèmes supplémentaires, je ne voulais pas m'en prendre à son matos home cinéma dernier cri, dont je ne comprenais plus le fonctionnement. Après avoir bien observé mon environnement, j'ai alors compris la véritable nature de la pièce dans laquelle j'étais enfermé. Il s'avérait que le gosse avait choisi d'élire domicile dans la "panic room" de la demeure gigantesque de ses parents paranos, sans doute après avoir fait le forcing pendant tout un été. Si vous m'avez bien suivi, ses parents ne sont autres que mon frère et sa conne de femme, des gros fachos, des connards qui ont refusé de prendre le grand virage de la démocratie pourtant initié par les Athéniens voilà 2500 ans, perfectionné par Staline et Mao Tsö-Tong il y a peu !



Pour sortir de cette pièce sans fenêtre dotée seulement d'un soupirail, je vous raconte pas. J'ai tout essayé. Inutile de s'en prendre à la porte blindée en contre-plaqué, je me suis déboîté l'épaule gauche en fonçant dessus une première fois et l'épaule droite une seconde. J'ai alors eu une idée sur laquelle je n'aurais, en temps normal, pas misé un dollar. Mais j'étais dans un état second, c'est l'instinct de survie qui a parlé. Sur la table de chevet du gosse, il y avait trois bakugan, un réveil multifonctions, une étoile ninja, un canard vibrant, des knackis et, surtout, du pain de mie Harry's. J'ai alors repensé à Laurent Fiocconi, ancien membre de la French Connection, celle qui a inspiré William Friedkin, un port-de-boucain malin qui s'était évadé de la prison haute sécurité de West Street à New York en 1974, par reproduction de clés à l’aide de mie de pain. Imaginez la suite... Par amalgame j'ai depuis ce jour une reconnaissance et une gratitude infinie à l'égard d'Harry's Roselmack. Une fois que j'avais réussi à prendre l’empreinte de la serrure avec la mie bien poisseuse de son pain, j'ai pu me fabriquer une clé avec le mécanisme du réveil et l'étoile ninja. C'est ainsi que j'ai réussi à me sauver de cette panic room infernale et à échapper à ce film qui ne l'est pas moins. "Le meilleur film d'invasion" ? Tu parles !



Sur ce, je vous laisse, je m'envole pour Londres assister à l'avant-première mondiale d'Harry's Potter et tenter de pécho Hermione et sa croupe de feu, histoire de mêler mon sang au sien dans ma chambre des secrets !


Transformers de Michael Bay avec Shia LaBeouf, Megan Fox, Tyrese Gibson, Jon Voight, John Turturo et Josh Duhamel (2007)