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12 mai 2024

Riddle of Fire

Persuadés d'avoir acheté des tickets pour Nipples of Fire, force est de reconnaître que nous avons été cueillis à froid et que nous nous attendions à un tout autre spectacle. Il faut dire que celui-ci nous a été recommandé par notre "éducateur", et nous ne connaissons que trop bien son passif avec le cinéma pour adultes pour avoir été trop longtemps en concurrence avec lui lors de la course à la zappette des premiers samedis du mois, à l'époque où Philippe Vandel, notre "guide spirituel", occupait une place si chère dans nos cœurs (à 12 ans, nous nous habillions déjà d'un t-shirt XXS à l'effigie des Stones sous une veste de costard noire, un jean taille basse et des converses blanches). Les conseils de notre "grand frère", on s'en méfie depuis cette sinistre époque où, seul pourvoyeur de films empruntés au vidéo-club, celui qu'on devait appeler "l'aïeul" choisissait systématiquement, parmi la pléthorique offre de films en tous genres, les romcoms d'un autre âge signées Edward Burns, rangées dans le rayon "daubasses", ce qui correspondait alors à ce qui se faisait de pire en termes de cinéma d'auteur indépendant américain. La trace laissée par Ed Burns dans l'histoire du 7ème art équivaut celle du lisboète et soi-disant footballer avant-centre Vitinha dans le cœur des olympiens de la cité phocéenne. Heureusement, celui que l'on considère comme une souche pour nous et notre évolution sur cette terre, aka toujours notre éducateur spé, Ra'lex "The Rock" de son prénom, a visé un peu plus juste et un peu plus haut avec Riddle of Fire, film pour enfants qu'il est allé voir sans les siens, en bon père dépourvu d'autorité (mais quel éducateur modèle : c'est bien simple on lui doit tout, y compris d'avoir échappé à la zonzon quelques fois - il y est allé pour nous, lui et son cœur gros comme aç).




Qu'est-ce qui est fragile, mignon, éphémère et s'essouffle vite ? Un bouledogue français ? Ousmane Dembélé ? Un joli coquelicot ? C'est vrai mais pas seulement. Ajoutez à cela le premier long métrage de Weston Razooli dont nous vous déconseillons fermement de checker la ganache sur google tant il a un physique instable capable de tirer sur les nerfs les plus solides. Ce n'est pas un hasard s'il s'est lui-même attribué le rôle du gros débile de service dans son film. Son apparition coïncide d'ailleurs avec la grosse chute de tension de Riddle of Fire, qui démarrait plutôt très bien, sachant nous emporter avec sa petite bande de gosses très sympathiques, partie à l'aventure équipée de motocross et de pistolets à air à la recherche des ingrédients de la tarte aux myrtilles préférée de leur maman malade dans le seul but de décrocher le mot de passe débloquant la télé et permettant à la joyeuse petite bande de s'éclater sur un jeu vidéo. A partir du moment où leur course folle croise celle d'une bande de braconniers à la solde d'une sorcière taxidermiste, le rythme du film patine, on commence à trouver le temps long, tout devient plus laborieux et l'absence de vrai gag n'aide pas à se passionner pour les tribulations de tous ces personnages faiblards qui gravitent autour des gosses. 




Un tel film aurait dû savoir limiter ses ambitions à 1h15 de pellicule bien tassée et sans faux-col, histoire d'avoir plus de chances de rester sur le bel élan initial et de ne jamais ennuyer. Au contraire, il perd son temps et nous donne l'opportunité de regretter ses faiblesses, comme celle de s'inscrire tambours battants et sans retenue dans la mouvance nostalgique actuelle, alignant les références et allusions aux classiques du film pour enfants des années 80, des Goonies à Princess Bride en passant par Stand by Me ou Beyond The Green Door. Le tout filmé en pellicule kodak et sans mise au point, sur fond de dungeon synth à fond les ballons, cette musique électronique inspirée des jeux vidéos RPG à l'ambiance médiévale des années 80 et 90, autant d'emballages qui en rajoutent une louche dans le registre de la connivence générationnelle. 




Néanmoins, le film, pour toujours rattaché à notre éduc spé (qui a pourtant grandi dans les années 60, dans une ferme isolée de l'Aude, et n'a jamais tenu une manette ou un joystick de sa vie), et vu dans les meilleures conditions possibles (à savoir une salle archi vide, tempérée, la petite sacoche de car-en-sac dans la poche, le pistolet à air comprimé à la ceinture, le t-shirt Atari qui va bien, les Converse sur le siège de devant, un mister freeze dans chaque bouche, le walk-man autoreverse branché sur Tangerine Dream temporairement mis sur pause - ce qui ne change rien -, la version longue du Silmarillion dans la banane, la casquette "I want to believe" vissée au crâne, le scoubidou au poignet), suscite très clairement notre bienveillance et notre critique est positive. Vous chercherez peut-être à lire entre les lignes, à les espacer avec un logiciel word, interligne 4,5, pour trouver des compliments, ou à ne garder que la première majuscule de chaque phrase pour déceler un point positif (on va vous épargner, ça donnerait un truc du genre : "UALNV"... soit quetchi, c'est même pas une sous-marque Décathlon), mais pas la peine, si on le dit, ça suffit. Comme dirait cette teubée achevée d'Oudéa Castera, réduisant tout le 1984 d'Orwell à du pipi de chat : nous n'avons pas menti, quand bien même la réalité nous donne tort.


Riddle of Fire de Weston Razooli avec Skyler Peters, Phoebe Ferro et Charlie Stover (2023)

29 septembre 2014

Dos au mur

Après une journée fatigante, j'éprouvais le besoin naturel mais difficilement avouable de me "vider la tronche" devant un film peu exigeant intellectuellement parlant. J'ai donc fait le pari Dos au mur en espérant avoir affaire à un thriller efficace et divertissant. Hélas j'ai encore une fois assez rapidement regretté mon choix. Malgré un pitch a priori correct et des retournements de situation parfois un brin inattendus au début, Dos au mur est un vrai faux caper movie qui peine très vite à maintenir l'attention. On imagine pourtant aisément qu'il y a quelques années, ce scénario basique mais astucieux aurait pu accoucher d'un film honnête et capable de nous faire passer un bon moment. S'il avait été réalisé dans les années 80 ou 90, Dos au Mur aurait sans doute été porté par un acteur charismatique et cool, d'une part, et il aurait forcément été ponctué par quelques touches d'humour bienvenues, que le doublage français aurait su magnifier. Aujourd'hui, on a simplement droit à un thriller mollasson et ultra premier degré, qui se prend au sérieux du début à la fin et échoue totalement à nous scotcher au fauteuil.




Niveau casting, on se tape le si fade Sam Worthington dans le rôle principal du couillon agrippé et la toujours transparente Elizabeth Banks dans celui de la négociatrice chargée de lui faire quitter sa corniche. Gravitent autour d'eux des personnages sans saveur campés sans conviction par l'effroyable Jamie Bell, le navrant Edward Burns et le pauvre Ed Harris (subir ce film est d'ailleurs uniquement la triste occasion de constater que ce si sympathique acteur a pris un sacré coup de vieux récemment). Un top model latino apparemment peu intéressée par le 7ème art, nommée Génesis Rodriguez, tente aussi d'apporter une petite touche sexy à ce long métrage et ne cesse d'agiter ses seins devant la caméra. Avec un peu de discernement, on notera que la taille de ses deux atouts est considérablement grossie par des Wonderbra surpuissants qui me feraient moi-même passer pour une bombe. A part ça, circulez, il n'y a rien à voir.




Petit retour sur le titre : Dos au mur, en version française, Man on a ledge, "l'homme sur un rebord", en version originale. Désormais, à Hollywood, les titres sont à l'image des films : tout ce qu'il y a de plus terre-à-terre et premier degré. Il n'y a aucun aspect métaphorique ou imagé à y déceler. Quand il y a un double-sens possible, il paraît totalement fortuit. Un film ayant pour titre "L'homme sur un rebord" nous mettra forcément en présence d'un homme passant tout le film sur le rebord d'un bâtiment, littéralement. A la belle époque, il aurait pu s'agir d'un superbe film noir, qui sait. Sam Worthington est ici suspendu sur la corniche du 36ème étage d'un building de Manhattan et menace de se jeter dans le vide. Il passe près de 2h à faire des petits pas chassés très disgracieux et à s’agripper à l'aide de ses bras, s'abîmant les ongles au passage, par des mouvements assez ridicules, dignes d'une petite bestiole apeurée, comme si l'acteur craignait réellement pour sa vie. En VF, "Dos au mur" respecte tout à fait l'esprit du titre original puisque Worthington passe également tout le film dos au mur. Rien de plus logique. Pour être totalement fidèle au scénario, le film devrait même avoir pour titre complet "L'homme dos au mur sur un rebord" ou "Man back to the wall on a ledge". Et pourquoi pas ?




Ces titres idiots ont au moins le mérite d'être tout à fait à l'image des films. Pas de place pour la complexité et encore moins pour la poésie. Non, il faut tout de suite annoncer aux spectateurs de quoi il s'agit exactement, pour ne jamais prendre le risque de le tromper sur la marchandise. Dans Buried, on suivra les mésaventures d'un type enterré. Un exemple choisi parmi tant d'autres.* C'est tout de même dommage. Vous imaginez si Die Hard, aka Piège de Cristal, s'était appelé "Barefoot and stuck with terrorists in a building" ? Quequoi... Ce n'est que lorsqu'il s'agit de remakes que le risque de désorienter le public en changeant le titre du film freine les décideurs et prend l'avantage sur la règle consistant à coller au plus près du scénario. Ainsi, And Soon the Darkness n'a pas bougé, alors qu'il aurait cette fois-ci été sans doute plus judicieux de l'intituler "Two hot curvy babes in bikinis sugaring the pill get chased by morons" et être pour le coup totalement fidèle au déroulé de l'histoire. C'est un peu long, certes, mais avec un titre pareil, moi je suis installé au premier rang dès l'avant-première du film, les lunettes 3D solidement vissées sur le nez !




*A ce propos, si vous connaissez d'autres exemples, justement, n'hésitez pas à me les communiquer, soit en commentaire à cet article, soit en me les envoyant par mail à l'adresse électronique indiquée sur la page "A propos". Vos nouveaux apports me permettront d'étayer un peu mon propos, d'appuyer et renforcer mon argumentation. Cette petite note est un appel à l'aide.


Dos au mur d'Asger Leth avec Sam Worthington, Elizabeth Banks, Jamie Bell, Genesis Rodriguez et Ed Harris (2012)

1 octobre 2013

The Informant !

Un soir, je suis allé voir The Informant ! de Steven Soderbergh, avec Matt Damon. Je ne vous en ferai pas une critique succincte, je préfère vous retranscrire le mail envoyé à la personne qui m'avait recommandé ce film, à savoir mon ainé Alexandre (Ralex pour les intimes) :

Mon beau R'alex,
Je pense qu'avec The Informant j'ai vécu une véritable expérience d'indifférence cinématographique, tant je ne me suis jamais senti un tant soit peu concerné par l'histoire, les enjeux du film et le destin du personnage. J'ai attendu que le temps passe sans apprécier la moindre minute de ce film, ce qui est un exploit. J'ai cherché l'humour des situations, j'ai essayé de comprendre pourquoi le gros(tesque) Matt Damon était soi-disant au sommet de son art (au sommet de son poids oui !). Pourtant je savais que Steven Soderbergh = traquenard, je le savais ! J'y suis allé pourtant, malgré le fait que je sais que tes goûts cinématographiques sont souvent atypiques (She's the One, et toute la filmographie d'Edward Burns en tant que director, parce que quand même il joue dans Il faut sauver le soldat Ryan, ne l'oublions pas, je ne l'oublie pas et personne ne l'oublie ici, c'est un peu son seul fait d'armes si on peut s'exprimer ainsi). Donc voilà, il est d'ailleurs évident que ta mauvaise recommandation m'a empêché de "conclure", ou tout du moins de "passer à l'étape supérieure" avec la personne qui m'accompagnait. J'espère que tu es conscient que tu es en partie responsable du prolongement de mon célibat, voire de sa perpétuation, et par là même de mon marasme. Une responsabilité partagée avec M. Soderbergh.
Ton jeune frère dorénavant dépourvu d'avenir sentimental. :(




Triste film.

P.S. : Malgré ce faux-pas presque rédhibitoire, j'ai conclu !


The Informant ! de Steven Soderbergh avec Matt Damon (2009)

1 août 2012

Friends With Kids

Matez l'affiche et vous aurez une idée assez précise de toute la profondeur de ce film que l'on doit entièrement à la dénommée Jennifer Westfeldt, actrice principale, scénariste, co-productrice et réalisatrice. Je l'avais déjà croisée dans la série 24, où elle jouait une traître de la cellule antiterroristes. Kiefer Sutherland lui réservait le traitement qu'elle mérite : un coup de poing dans le foie suivi d'un pouce indien pour l'endormir à tout jamais, ou au moins jusqu'à la fin de la saison. Par je ne sais quel miracle, cette actrice de pacotille s'est vue accorder les moyens de mettre en image son scénario de malheur où se bousculent ses plus grandes peurs de trentenaire insupportable qui, parvenue à la moitié de son existence, fait le point sur sa petite vie sentimentale et familiale, éloignée de tout autre problème matériel ou financier. Jennifer Westfeldt accouche ainsi d'un film somme toute très personnel où elle s'attaque à toutes les grandes questions existentielles qui la travaillent actuellement, avec l'ambition, à peine voilée, de réaliser le film-vérité de toute une génération de trentenaires aisées. Sous ses allures trompeuses de comédie faussement légère, Friends With Kids est donc un véritable catharsis auquel participe assez joyeusement toute une petite bande d'acteurs rigolos, plus ou moins en vogue et déjà stars des petits écrans américains, de Kristen Wiig (Mes Meilleurs Amies) à Jon Hamm (Mad Men), en passant par l'hideuse Maya Rudolph (Saturday Night Live) et la starlette Megan Fox (BangBros). J'en profite pour conseiller aux fans de Kristen Wiig, et je sais qu'il en existe bien deux ou trois depuis le retentissant succès de Mes Meilleures Amies, de passer leur chemin. Elle n'est ici que l'ombre d'elle-même et n'a jamais l'occasion de prouver son pétillant talent comique. 
 
 
C'est bien connu, avoir des gosses, ça tue l'amour. Non, ça tue le sexe. C'est le mariage, lui, qui tue l'amour. Comment avoir des gosses et continuer à niquer comme des bêtes tout en restant amoureux ? C'est la grande question qui alarment les deux protagonistes de ce film : Jason (Adam Scott) et Julie (Jennifer Westfeldt), deux célibataires âgés respectivement de 36 et 37 ans, amis depuis la fac, qui alignent facilement les conquêtes sans jamais s'engager sur le long terme ni ressentir de vrais sentiments pour leurs compagnons de jeux sexuels. A l'approche de la quarantaine, Jason et Julie décident, après en avoir rapidement discuté dans l'ascenseur, de faire un enfant ensemble pour qu'ils soient tous deux libérés de cette formalité et puissent ainsi chercher le vrai Amour, chacun de leur côté, sans que celui-ci ne risque ensuite d'être gâché par l'arrivée inévitable d'un encombrant marmot. Et le gosse justement, celui qu'ils comptent avoir et qu'ils auront effectivement, qu'en est-il dans tout ça ? Lors d'un repas de réveillon particulièrement animé, l'un de leurs amis leur fera remarquer qu'ils n'y ont pas beaucoup pensé, mais le sujet est soigneusement évité tout le reste du temps. Tout comme dans l'exécrable Polisse de l'infâme Maïwenn, mais dans une toute autre mesure, évidemment, l'enfant n'est ici qu'un gadget, un prétexte, un outil scénaristique totalement bidon. Les rares fois où le gamin apparaîtra à l'écran pour autre chose que chier ou vomir à la tronche de l'un de ses parents, gag dont Jennifer Westfeldt abuse clairement, son rôle se limitera à celui d'un petit singe nerveux à foutre en cage ou à abattre sans scrupule d'une balle entre les deux yeux. Ce film est donc à classer aux côtés de l'abject Un Heureux évènement dans la catégorie des films à ne surtout pas voir si vous comptez mettre au monde un nouvel être. Mais passons, et revenons à nos moutons : Jason et Julie, leurs petits problèmes de cœur et la brillante solution qu'ils ont trouvée. Mais avant cela, présentons un peu mieux l'amitié qui lie nos deux tourtereaux... 
 
 
Pour vous donner une idée, sachez que leur amitié est telle qu'ils sont capables de passer leur temps à se poser des questions-défis, vous savez, ces questions vicieuses qui, en offrant toujours une seule alternative, nous confrontent forcément à un choix très cornélien. Jason et Julie s'échangent ainsi des questions-défis tout le long du film, sans jamais se lasser de ce petit jeu, tout étonnés qu'ils sont par la correspondance systématique de leurs choix, révélatrice de personnalités totalement complémentaires et de la force sans équivalent de leur si précieuse amitié. Le film s'ouvre même là-dessus. Un intertitre nous apprend qu'il est 4h19 du matin quand Julie fait vibrer l'iPhone de Jason. Celui-ci se réveille difficilement et doit aussitôt choisir : "Mourir mangé par un alligator ou bouffé par un requin ?". "Bouffé par un requin, répond-il sans trop attendre en se frottant les yeux. L'alligator a la spécificité de noyer ses proies avant de les engloutir lentement dans son gros bide. Je préfère donc largement me faire croquer tout cru par un grand blanc. Je n'aurais pas le temps de dire ouf et souffrirait peu. D'après les gens qui l'ont vécue, la mort par noyade est la plus douloureuse de toutes". A l'autre bout du fil, mais toujours dans Manhattan, où nos deux personnages possèdent des gigantesques lofts de 1250m² meublés par des fous de la déco, Julie, hystérique et hilare, s'écrie "Moi aussi ! Moi aussi ! C'est fou ! J'enchaîne ! Préfèrerais-tu clamser demain par coup du lapin dans un accident de voiture brutal ou mourir dans 15 ans des suites d'un long cancer de la queue ?". Alors que le spectateur est déjà à cran, Jason répond aussi sec "Oh t'as pas plus gai comme question ?! Je préfère l'accident de bagnole, et fous-moi la paix jusqu'à demain matin, laisse-moi un peu pioncer. Je te dis A+". Regrettant d'avoir été un peu brusque avec son amie, Jason lui envoie de suite un texto pour arrondir les angles "@+ :-)" (facturé 0.30€ car c'est un portable japonais, les téléphones sont moins chers même si on est perdants sur le forfait). Ce à quoi Julie répond "Comment t'as réussi à faire le signe aceofbase sur ton téléphone ?!", "Faut appuyer sur 1 2 3 pour aller dans le menu avec plein de caractères" renvoie Jason, "T sur que 1 2 3 ça va pas juste taper 1 2 3 ?", "Au pire t'effaces... J'ai besoin de dormir..." rétorque Jason. "Oki bonne nuit à demain. Ou plutôt à tout' car on est déjà demain !". C'est le seul moment du film où Jason haussera un peu le ton face à la débilité à toute épreuve de son amie Julie. Il faut tout de même avouer que ce triste gimmick des questions-défis nous offre quelques échanges sympathiques et, à coup sûr, les plus joyeuses scènes de ce film finalement assez cafardeux. Sachant bien que vous n'irez pas le voir au cinéma et que j'ai déjà su vous couper toute envie de le télécharger illégalement, je vous propose ici un petit florilège de ces questions-défis qui ponctuent le film et lui donnent un peu de son si maigre intérêt. Voici donc un petit best of coolos & gratos de Friends With Kids, monté et arrangé par mes soins. 
 
 
On commence doucement avec cette petite interro orale surprise que Julie impose à Jason alors qu'ils sont tous deux affalés devant la télé, sur leur canapé, en train de déguster une pizza de chez Domino :
"Si tu devais choisir entre avoir la voix et l'accent toulonnais à gerber de Charles Pasqua ou porter l'énorme pustule qui croît un peu plus chaque jour dans le cou dégueulasse de Michel Polac ? - Je préfère porter une tare de Michel Polac plutôt qu'avoir l'accent de ce formidable connard de Charles Pastis, lui répond rageusement Jason en déglutissant sa part de pizza et en zappant sur CNN." Immédiatement après cette première question, la malicieuse Julie, aux neurones en ébullition, pense à un autre défi à la vue d'une pub pour Dior diffusée à la télé, qu'elle soumet aussitôt à son compagnon d'infortune : "Si tu devais choisir entre être le petit ami de Natalie Portman, et tout ce que ça implique : paparazzis, relations sexuelles et prises de becs régulières ou trouver une petite-amie assez jolie qui, pour te distraire, inviterait des copines chez vous et organiserait chaque dimanche soir des orgies lesbiennes avec strapon et sex swing dont tu serais l'unique spectateur tétanisé ? - Sans hésiter, les yeux dans les yeux, pieds et poings liés, la tête dans le guidon, lors d'un saut à l'élastique : Natalie Portman, dont tu sais que je suis le fan number one. Tu es tarée, Julie ! Elle a tout ! lui répond Jason plein d'enthousiasme. - Tu n'as pas réfléchi à tout, mon bon Jason, réplique Julie. Natalie Portman, c'est LA fille chiante par excellence, matée de tous les côtés par des gros vicieux pendant toute la journée, et toi enragé de voir ça... Sans compter les négociations interminables pour qu'elle ne joue pas dans la prochaine daubasse de George Lucas et le fait qu'elle te mette The Shins sur les oreilles toute la journée en te disant "It's going to change your life !", ni ses heures passées dans la salle de bain pour retirer de son sourcil droit ce petit poil qui était en trop... Elle ne fera jamais les courses, mon gros, tu seras son esclave ! Un esclave avec le sourire, certes, mais un putain d'esclave ! Et surtout, elle peut te tromper puis te quitter à chaque instant pour un Benjamin Millepanards de passage, ou tout simplement pour un autre fan disposant d'un kiki plus gros que le tien... Alors qu'une petite copine mignonne qui accepte de caresser sa cousine devant tes yeux ébahis pour ton seul plaisir, c'est HUGE jack off man !!" Alors qu'un long blanc très inhabituel entre les deux personnages suit ce dernier échange, un gargouillement d'estomac terrible rompt le silence et sort l'intarissable Julie de sa tranquillité : "Tu choisirais quoi entre chier des bâtons de dynamites allumés et devoir cavaler le plus loin possible après avoir coulé ton bronze ou devoir t'appeler "Butagaz" et trimballer une grosse bombonne de gaz partout où tu vas ? - Sans hésiter, je choisis de couler des bâtons de dynamite allumés, ça me rappelle trop l'inspecteur Roger Murtaugh dans Lethal Weapon 2 coincé sur ses chiottes, l'un des plus grands films de notre temps, à l'exception de beaucoup d'autres, déblatère Jason." Ne laissant aucun répit à son pote, Julie enchaine, tout en se servant un verre de Coca : "Si tu devais choisir entre 27 ans de Cacolac® à volonté, du vrai Cacolac® en bouteilles à décapsuler avec la boucle de la ceinture de sécurité, ou un CDI bien rémunéré chez Aubade® pour tester la tenue, l’élasticité, le palpé et le potentiel seyant et esthétique de leur nouvelle collection de soutiens-gorge sur modèles féminins véritables et avenants, que fais-tu ? demande Julie, manifestement contente de sa trouvaille. - Le CDI à Aubade® sans trop hésiter, rétorque Jason dans la foulée, ce serait le travail idéal et je ferais des heures supp' ! Travailler plus pour palper plus, comme dirait l'autre ! Je préfère nettement les seins au Cacolac, meuf, mets-toi bien ça dans la tronche pour Noël prochain..." Cette tirade implacable clôt les questions-défis de ce coutumier dimanche-pizza-tube passé entre les deux amis à regarder des vidéos d'animaux malades sur Youtube tout en mangeant des spécialités italiennes. Plus tard dans le film, Julie profite d'un moment de calme dans un taxi new-yorkais pour appeler son Jason, et lui sortir à brûle pourpoint, sans "bonjour" ni "comment ça va ?" : "Tu préfèrerais être avec la plus grosse conne de Manhattan mais affublée de la plus grosse, la plus ferme et la plus appréciable paire de seins que tu n'aies jamais vue ou te retrouver avec une très sympathique et intelligente demoiselle affublée d'une poitrine qui ferait passer celles de Keira Knightley et de Charlotte Gainsbourg pour du 110D ? - Ce serait une "grosse conne" au point d'avoir voté Sarko et d'essayer de me convaincre mordicus d'adhérer à l'UMP, tout en étant fan des blagues de Muriel Robin ? demande prudemment Jason. - Oui, et qui ne rirait même pas à tes blagues ! répond alors Julie du tac-o-tac. - Je choisis donc l'avorton de Marina Foïs, la mort dans l'âme, mais sache que tu cumules les mandats de salope en ce moment, et tu sais que c'est interdit par la Constitution !" dit Jason en fermant violemment le clapet de son iPhone. 
 
 
Voici pour ces quelques exemples de questions-défis qui, comme vous l'aurez constaté, sont en général axées autour de l'amour, la mort, l'apparence et le cul, c'est-à-dire les principales préoccupations de nos deux personnages. Pour se débarrasser de l'épineuse question de la naissance de ce gosse qu'ils planifient tous deux d'avoir avant leur quarantième bougie, ils ont un rapport sexuel quelque peu hasardeux en son commencement, mais qui se termine avec chance par une efficace fusion des gamètes mâle et femelle en une cellule unique nommée zygote. Avec bonheur, et sans doute parce qu'on lui a interdit de dépasser les deux heures de film, Jennifer Westfeldt choisit de passer très rapidement les étapes laborieuses et toujours chiantes de la gestation. Dans la séquence suivante, le petit Joe voit donc le jour, sous les yeux ébahis de son père Jason et le regard plus revanchard de sa mère Julie, qui en voudra longtemps au gosse d'avoir distendu son vagin (j'invente rien, je vous le promets !). Les deux trentenaires new-yorkais décident de vivre en colocation le temps que le gamin fasse ses nuits et sache aller seul sur le trône. Leur entourage, constitué de deux couples fatigués dont les sentiments se sont irrémédiablement dégradés depuis la naissance de leur enfant, est totalement sur le cul face à la réussite de leur choix de vie, que tous jugent original et osé. Ils ignorent que Julie est de plus en plus amoureuse de Jason, qui quant à lui ne ressent aucune attirance physique pour elle. "Il était déjà compliqué pour moi d'aller au bout pour donner vie à Joe" dit-il à Julie quand celle-ci lui avoue péniblement son amour, les larmes aux yeux. Prenant sur elle et décidant de réprimer pour de bon ses sentiments, Julie déménage avec le gosse et tente d'oublier Jason, tandis que ce dernier poursuit sa vie nonchalamment, à peine attristé de devoir désormais payer 70$ de taxi pour voir son enfant. 
 
 
Plus tard, Julie rencontre Kurt, incarné par Edward Burns, le sosie officiel de Tony Vairelles. Elle vantera la taille de son sexe pour rendre jaloux Jason, dont on a pu deviner auparavant qu'il possédait un pénis d'enfant. C'est sournois. Fin d'esprit, Jason traitera Kurt de "basketteur nazi", du fait de sa grande taille et de son prénom aux sonorités germaniques. Kurt est l'incarnation de l'homme idéal. Peu causant, diplomate et travailleur, il jouit d'un beau salaire dont il fait profiter ses proches. En outre, Julie rappelle régulièrement qu'il a une teub d'enfer, si grosse qu'il n'est pas du tout gêné par la vétusté d'un vagin devenu moins étroit, moins serré, moins "tight", depuis qu'un gamin hydrocéphale est passé par là. Hélas, Kurt ne se prend pas au jeu des questions-défis et, quand il s'y risque, il négocie l'alternative, discute longuement et fait perdre tout l'intérêt de la chose. De son côté, Jason fait la connaissance de Megan Fox, rencontrée au hasard d'une promenade dans un parc où son labrador, plus lourd et malin qu'elle, lui menait la vie dure. 1m75, 35kg, 80C-40-80 : elle a les mensurations idéales ! On dirait une fillette qui aurait la taille d'une mannequin et des seins d'actrice porno. I-dé-ales ! C'est donc le coup de foudre immédiat. Pour la séduire, Jason lui lance "J'ai vu un panneau à l'entrée du parc. Il est indiqué que cet espace vert est formellement interdit aux bombasses de votre genre. Non mais sérieusement, vous savez que ça ne se fait pas de se trimballer seule dans un parc en plein après-midi, avec une allure et une bouche pareilles ?! Vous risquez de vous faire sauvagement violer". Megan Fox n'avait jamais rien entendu d'aussi beau, elle donne immédiatement son 06 à cet ersatz de Tom Cruise, que l'on avait pourtant apprécié dans Step Brothers, dans le rôle du grand frère de Will Ferrell. 
  
A la fin du film, Julie invite Jason à "la baiser comme elle ne l'a jamais été" (sic !), histoire de lui prouver par A + B qu'il a changé et qu'il ressent désormais une réelle attirance physique pour elle. Le film atteint alors un sommet de romantisme hollywoodien. Le spectateur a la gorge serrée, très ému de voir ces deux personnages enfin ensemble, réciproquement amoureux, après avoir passé 1h30 à les voir se tourner autour, se jouer des tours et se tuer de questions-défis d'outre-tombe pour mieux tester leur amitié sans faille. Jason, très ému aussi, est encore sous le choc puisqu'il vient à peine de faire sa grande déclaration d'amour à Julie, tardive mais salutaire. Il trouve tout de même la lucidité de prévenir sa dulcinée que la meilleure façon de lui montrer qu'elle l'excite bel et bien serait tout simplement d'éjaculer le plus précocement possible. Julie ne veut rien entendre et lui répète "Je te dis que je veux être baisée comme je ne l'ai jamais été, je veux être baisée comme je ne l'ai jamais été". C'est alors que Jason fait appel à ses connaissances acquises en garde à vue (plus tôt dans le film, il vole un pot de confiture et, coincé par les flics, passe une heure au commissariat où il sympathise avec quelques prisonniers) et, après quelques coups de fil, accueille dans la chambre conjugale une bande de blacks fraîchement échappés de taule, montés comme des ânes et remontés comme des pendules. Écran noir, générique. Jennifer Westfeldt sera vraisemblablement baisée comme elle ne l'a jamais été. A nous d'imaginer ce que l'on veut pour se venger de guêpiers tels que ce film.

 
Friends with Kids de Jennifer Westfeldt avec Jennifer Westfeldt, Adam Scott, Maya Rudolph, Jon Hamm, Kristen Wiig, Edward Burns et Megan Fox (2012)