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11 juillet 2015

Celeste and Jesse Forever

J'aimais bien Rashida Jones. Pour moi, c'était un hymne au métissage, soit tout l'opposé de Maya Rudolph. Rappelons que son père n'est autre que Quincy Jones, surnommé "Q", le célèbre trompettiste, arrangeur, compositeur et producteur audiovisuel américain qui a su mettre les blacks en vedette : Le Cosby Show, Le Prince de Bel Air, Oh Happy Days. Quant à sa mère, il s'agit d'une actrice blonde platine d'origine irlandaise et russe qui n'a jamais percé, mais qui s'est faite percer. Leur croisement a donc donné deux filles agréables à regarder, parmi lesquelles Rashida Jones, que l'on a tous découverte dans The Office où elle éclipsait presque Jenna Fischer. Bref, on l'aimait bien, mais ça, c'était avant de voir ce film atroce. Celeste and Jesse Forever m'a mis la rage dès son générique d'ouverture. Rashida Jones en est la scénariste, l'actrice principale et la productrice exécutive. Si elle avait su tenir une caméra, elle l'aurait également réalisé.




Rashida Jones joue une working girl trentenaire égoïste, habitant dans une villa de 800m², avec toujours à la main une tasse de café ou un verre de vin rouge. Elle incarne le comble de l'insupportable. Le stéréotype de la gonzesse que l'on veut fracasser (pas de misogynie ni d'appel à battre les femmes ici, ça aurait été un humain mâle avec les mêmes attitudes, il aurait constitué le stéréotype du gonze qui se fait fracasser). Elle est pleine de tics dégueulasses, d'expressions et d'intonations qui rendraient fou même un psychologue spécialisé dans le traitement du syndrome de la Tourette. L'idée du film, l'idée de Rashida Jones, qu'elle mûrit depuis 15 ans en pensant que ça ferait un putain de film, c'est de commencer sa comédie romantique par ce qui est d'ordinaire son dernier acte : la séparation, que l'on sait temporaire, du couple, avant sa réconciliation sur l'oreiller.




Les dix premières minutes du film, nous voyons donc Celeste et Jesse mener une vie idyllique de couple : discussions de tout et de rien, bastons de regards complices, échafaudage de plans sur la comète, échanges de private joke capables de rendre les célibataires endurcis encore plus endurcis... Lors d'une scène de repas au restaurant avec un couple d'amis, le lièvre est levé : ils sont séparés depuis 6 mois mais continuent à traîner ensemble au quotidien, ce qui met mal à l'aise leurs amis, au point de quitter la table brusquement (véridique). Le film débute donc en quelque sorte là où la plupart des "romcoms" ont déjà fait un sacré bout de chemin. Le générique d'ouverture (une série de vignettes pestilentielles de leur vie amoureuse passée) nous a peut-être semblé épargner les trois quarts du film, mais après ces 10 minutes, il reste 1h20 ! Jesse et Celeste, qui s'entendaient comme cul et chemise, Jesse et Celeste, qui avaient l'air d'être faits l'un pour l'autre, s'étaient séparés car Celeste veut que le père de ses enfants gagne au moins 10 kilos de dollars chaque semaine, possède une belle bagnole (minimum 5 places, de préférence un SUV) et ait un compte en banque qui génère des intérêts massifs. On invente rien, voici le portrait du père idéal selon Rashida Jones, diplômée de Harvard.




Pendant tout le film, on voit Rashida Jones "multiplier" les conquêtes pour essayer de faire réagir Jesse, qui de son côté se retrouve rapidement en ménage avec une bombe atomique venue de Hollande. Quand Rashida Jones rencontre un guignol qui est le sosie foiré de Harry Connick Jr., celui-ci se présente à elle comme possesseur d'une automobile, d'un compte courant et d'un fax, et ça marche ! Entre temps, elle rencontre toutes sortes d'individus plus ou moins psychopathes, dont un qui décide de se masturber frénétiquement contre elle dès le premier soir. Cela pourrait donner une scène très excitante (dans nos esprits dérangés par 15 années de permissivité débridée sur internet), cela donne en réalité envie d'éteindre la télé et de changer de hobby en se réfugiant, par exemple, dans la boustifaille. Au fur et à mesure que le film passe, Celeste se rend évidemment compte qu'elle est toujours amoureuse de Jesse et quand elle apprend que ce dernier va avoir un enfant avec une autre femme, elle voit rouge ou, comme dirait son père, "elle voit black".




Le schéma classique de la comédie romantique hollywoodienne est respecté à la lettre, malgré le point de départ a priori transgressif et des acteurs que l'on croyait moins moisis que d'habitude. A la fin du film, nous sommes toutefois pris à revers : Celeste et Jesse ne se remettront jamais ensemble (à moins d'une scène post-générique qu'on a zappée), la morale de l'histoire étant que pour se séparer une bonne fois pour toutes, il faut marquer le coup, et signer au plus vite les papiers du divorce dans un cabinet d'avocats agréés. Il est possible de rester amis, à une condition, et je la rappelle : signer les papiers du divorce fissa. Si on n'est pas mariés, il suffit de signer un papier quelconque. Est-il possible de rester amis après s'être séparés ? Après qu'il se soit séparé pour de mauvaises raisons, est-il possible pour un couple de se reformer ? Est-il possible ? Que sais-je ? Ces questions ne trouveront donc jamais de réponse définitive. La seule chose qui me vient après avoir vu ce film, c'est l'expression "So help me God".




Je m'attendais à un film certes axé sur une histoire d'amour, mais possiblement drôle, puisqu'on y retrouve tout de même Andy Samberg dans le premier rôle masculin. On sait cet homme-là capable de faire rire. Il le prouve depuis des années au Saturday Night Live et il a su concrétiser sur grand écran ce potentiel comique dans des films tels que Hot Rod ou Crazy Dad. Ici, il fait un sort à sa carrière cinématographique. Il creuse un trou sans bruit, il enterre sa carrière, il la recouvre de terre discrètement. Puis fait caca sur le monticule de terre fraîchement retournée, sans s'essuyer. Nous aimons toujours Andy Samberg, car on aime plus durablement quelqu'un qui nous a fait rire qu'une tocarde simplement bien balancée. Nous maintenons notre confiance en Andy Samberg, car il maîtrise le difficile exercice de faire rire les gens de bon cœur tandis que Rashida Jones n'a pour elle que son cul, remplaçable par 10 millions d'autres. Je sais, c'est moche, mais vu la façon dont Rashida Jones représente les femmes dans son film, c'est pas cher payé.




Ce film rappelle inévitablement Friends With Kids de Jennifer Westfeldt, puisque l'on y croise les mêmes problématiques de trentenaires plein aux as, individualistes et, surtout, ultra cons. On y retrouve une même morale puante, un même portrait glaçant d'une certaine société occidentale vue à travers la lorgnette d'un(e) débile mentale dont on a envie de briser chaque os, en commençant par le coccyx. C'est le genre de films qui, s'ils sont vus par quelques djihadistes, peuvent nous faire comprendre pourquoi certains d'entre eux pètent un câble au point de vouloir nous balancer des avions sur le coin de la gueule. Ces "romcoms" font plus de mal à la planète que l'ont fait la colonisation et la décolonisation. Au point même de faire craindre de rencontrer un jour le sentiment amoureux.




Une scène donne particulièrement envie de taper sur tout ce qui bouge. Filmée dans un célèbre "plan américain serré" (celui qui consiste à cadrer le visage juste au-dessus des sourcils et en-dessous des lèvres, à ne pas confondre avec le "gros plan américain" qui englobe le front et le "gros plan américain serré" qui ne cadre que les yeux), Rashida Jones dégueule un discours atroce lors du mariage de deux personnages secondaires tellement peu étoffés qu'on ne savait même pas qu'ils étaient ensemble. Ce plan révèle les séquelles d'une adolescence difficile chez les Jones : une peau burinée par l'acné et le soleil (qui font rarement bon ménage), des dents du fond criblées de plomb, sans vie, des joues creusées par l'anxiété, un nez en piste de ski de bosses, le témoignage impitoyable d'insomnies chroniques sous les yeux, une épilation des sourcils faites "en amateur" (or la seule discipline qui peut avoir de l'intérêt en amateur, c'est le porno) et, enfin, un menton fuyant toute responsabilité. Quant à son discours, c'est une succession de lieux communs où son personnage ramène tout à elle, plus égocentrique et haïssable que jamais. Ce film ne fera pas date.


Celeste and Jesse Forever de Lee Toland Krieger avec Rashida Jones, Andy Samberg, Emma Roberts et Elijah Wood (2013)

1 août 2012

Friends With Kids

Matez l'affiche et vous aurez une idée assez précise de toute la profondeur de ce film que l'on doit entièrement à la dénommée Jennifer Westfeldt, actrice principale, scénariste, co-productrice et réalisatrice. Je l'avais déjà croisée dans la série 24, où elle jouait une traître de la cellule antiterroristes. Kiefer Sutherland lui réservait le traitement qu'elle mérite : un coup de poing dans le foie suivi d'un pouce indien pour l'endormir à tout jamais, ou au moins jusqu'à la fin de la saison. Par je ne sais quel miracle, cette actrice de pacotille s'est vue accorder les moyens de mettre en image son scénario de malheur où se bousculent ses plus grandes peurs de trentenaire insupportable qui, parvenue à la moitié de son existence, fait le point sur sa petite vie sentimentale et familiale, éloignée de tout autre problème matériel ou financier. Jennifer Westfeldt accouche ainsi d'un film somme toute très personnel où elle s'attaque à toutes les grandes questions existentielles qui la travaillent actuellement, avec l'ambition, à peine voilée, de réaliser le film-vérité de toute une génération de trentenaires aisées. Sous ses allures trompeuses de comédie faussement légère, Friends With Kids est donc un véritable catharsis auquel participe assez joyeusement toute une petite bande d'acteurs rigolos, plus ou moins en vogue et déjà stars des petits écrans américains, de Kristen Wiig (Mes Meilleurs Amies) à Jon Hamm (Mad Men), en passant par l'hideuse Maya Rudolph (Saturday Night Live) et la starlette Megan Fox (BangBros). J'en profite pour conseiller aux fans de Kristen Wiig, et je sais qu'il en existe bien deux ou trois depuis le retentissant succès de Mes Meilleures Amies, de passer leur chemin. Elle n'est ici que l'ombre d'elle-même et n'a jamais l'occasion de prouver son pétillant talent comique. 
 
 
C'est bien connu, avoir des gosses, ça tue l'amour. Non, ça tue le sexe. C'est le mariage, lui, qui tue l'amour. Comment avoir des gosses et continuer à niquer comme des bêtes tout en restant amoureux ? C'est la grande question qui alarment les deux protagonistes de ce film : Jason (Adam Scott) et Julie (Jennifer Westfeldt), deux célibataires âgés respectivement de 36 et 37 ans, amis depuis la fac, qui alignent facilement les conquêtes sans jamais s'engager sur le long terme ni ressentir de vrais sentiments pour leurs compagnons de jeux sexuels. A l'approche de la quarantaine, Jason et Julie décident, après en avoir rapidement discuté dans l'ascenseur, de faire un enfant ensemble pour qu'ils soient tous deux libérés de cette formalité et puissent ainsi chercher le vrai Amour, chacun de leur côté, sans que celui-ci ne risque ensuite d'être gâché par l'arrivée inévitable d'un encombrant marmot. Et le gosse justement, celui qu'ils comptent avoir et qu'ils auront effectivement, qu'en est-il dans tout ça ? Lors d'un repas de réveillon particulièrement animé, l'un de leurs amis leur fera remarquer qu'ils n'y ont pas beaucoup pensé, mais le sujet est soigneusement évité tout le reste du temps. Tout comme dans l'exécrable Polisse de l'infâme Maïwenn, mais dans une toute autre mesure, évidemment, l'enfant n'est ici qu'un gadget, un prétexte, un outil scénaristique totalement bidon. Les rares fois où le gamin apparaîtra à l'écran pour autre chose que chier ou vomir à la tronche de l'un de ses parents, gag dont Jennifer Westfeldt abuse clairement, son rôle se limitera à celui d'un petit singe nerveux à foutre en cage ou à abattre sans scrupule d'une balle entre les deux yeux. Ce film est donc à classer aux côtés de l'abject Un Heureux évènement dans la catégorie des films à ne surtout pas voir si vous comptez mettre au monde un nouvel être. Mais passons, et revenons à nos moutons : Jason et Julie, leurs petits problèmes de cœur et la brillante solution qu'ils ont trouvée. Mais avant cela, présentons un peu mieux l'amitié qui lie nos deux tourtereaux... 
 
 
Pour vous donner une idée, sachez que leur amitié est telle qu'ils sont capables de passer leur temps à se poser des questions-défis, vous savez, ces questions vicieuses qui, en offrant toujours une seule alternative, nous confrontent forcément à un choix très cornélien. Jason et Julie s'échangent ainsi des questions-défis tout le long du film, sans jamais se lasser de ce petit jeu, tout étonnés qu'ils sont par la correspondance systématique de leurs choix, révélatrice de personnalités totalement complémentaires et de la force sans équivalent de leur si précieuse amitié. Le film s'ouvre même là-dessus. Un intertitre nous apprend qu'il est 4h19 du matin quand Julie fait vibrer l'iPhone de Jason. Celui-ci se réveille difficilement et doit aussitôt choisir : "Mourir mangé par un alligator ou bouffé par un requin ?". "Bouffé par un requin, répond-il sans trop attendre en se frottant les yeux. L'alligator a la spécificité de noyer ses proies avant de les engloutir lentement dans son gros bide. Je préfère donc largement me faire croquer tout cru par un grand blanc. Je n'aurais pas le temps de dire ouf et souffrirait peu. D'après les gens qui l'ont vécue, la mort par noyade est la plus douloureuse de toutes". A l'autre bout du fil, mais toujours dans Manhattan, où nos deux personnages possèdent des gigantesques lofts de 1250m² meublés par des fous de la déco, Julie, hystérique et hilare, s'écrie "Moi aussi ! Moi aussi ! C'est fou ! J'enchaîne ! Préfèrerais-tu clamser demain par coup du lapin dans un accident de voiture brutal ou mourir dans 15 ans des suites d'un long cancer de la queue ?". Alors que le spectateur est déjà à cran, Jason répond aussi sec "Oh t'as pas plus gai comme question ?! Je préfère l'accident de bagnole, et fous-moi la paix jusqu'à demain matin, laisse-moi un peu pioncer. Je te dis A+". Regrettant d'avoir été un peu brusque avec son amie, Jason lui envoie de suite un texto pour arrondir les angles "@+ :-)" (facturé 0.30€ car c'est un portable japonais, les téléphones sont moins chers même si on est perdants sur le forfait). Ce à quoi Julie répond "Comment t'as réussi à faire le signe aceofbase sur ton téléphone ?!", "Faut appuyer sur 1 2 3 pour aller dans le menu avec plein de caractères" renvoie Jason, "T sur que 1 2 3 ça va pas juste taper 1 2 3 ?", "Au pire t'effaces... J'ai besoin de dormir..." rétorque Jason. "Oki bonne nuit à demain. Ou plutôt à tout' car on est déjà demain !". C'est le seul moment du film où Jason haussera un peu le ton face à la débilité à toute épreuve de son amie Julie. Il faut tout de même avouer que ce triste gimmick des questions-défis nous offre quelques échanges sympathiques et, à coup sûr, les plus joyeuses scènes de ce film finalement assez cafardeux. Sachant bien que vous n'irez pas le voir au cinéma et que j'ai déjà su vous couper toute envie de le télécharger illégalement, je vous propose ici un petit florilège de ces questions-défis qui ponctuent le film et lui donnent un peu de son si maigre intérêt. Voici donc un petit best of coolos & gratos de Friends With Kids, monté et arrangé par mes soins. 
 
 
On commence doucement avec cette petite interro orale surprise que Julie impose à Jason alors qu'ils sont tous deux affalés devant la télé, sur leur canapé, en train de déguster une pizza de chez Domino :
"Si tu devais choisir entre avoir la voix et l'accent toulonnais à gerber de Charles Pasqua ou porter l'énorme pustule qui croît un peu plus chaque jour dans le cou dégueulasse de Michel Polac ? - Je préfère porter une tare de Michel Polac plutôt qu'avoir l'accent de ce formidable connard de Charles Pastis, lui répond rageusement Jason en déglutissant sa part de pizza et en zappant sur CNN." Immédiatement après cette première question, la malicieuse Julie, aux neurones en ébullition, pense à un autre défi à la vue d'une pub pour Dior diffusée à la télé, qu'elle soumet aussitôt à son compagnon d'infortune : "Si tu devais choisir entre être le petit ami de Natalie Portman, et tout ce que ça implique : paparazzis, relations sexuelles et prises de becs régulières ou trouver une petite-amie assez jolie qui, pour te distraire, inviterait des copines chez vous et organiserait chaque dimanche soir des orgies lesbiennes avec strapon et sex swing dont tu serais l'unique spectateur tétanisé ? - Sans hésiter, les yeux dans les yeux, pieds et poings liés, la tête dans le guidon, lors d'un saut à l'élastique : Natalie Portman, dont tu sais que je suis le fan number one. Tu es tarée, Julie ! Elle a tout ! lui répond Jason plein d'enthousiasme. - Tu n'as pas réfléchi à tout, mon bon Jason, réplique Julie. Natalie Portman, c'est LA fille chiante par excellence, matée de tous les côtés par des gros vicieux pendant toute la journée, et toi enragé de voir ça... Sans compter les négociations interminables pour qu'elle ne joue pas dans la prochaine daubasse de George Lucas et le fait qu'elle te mette The Shins sur les oreilles toute la journée en te disant "It's going to change your life !", ni ses heures passées dans la salle de bain pour retirer de son sourcil droit ce petit poil qui était en trop... Elle ne fera jamais les courses, mon gros, tu seras son esclave ! Un esclave avec le sourire, certes, mais un putain d'esclave ! Et surtout, elle peut te tromper puis te quitter à chaque instant pour un Benjamin Millepanards de passage, ou tout simplement pour un autre fan disposant d'un kiki plus gros que le tien... Alors qu'une petite copine mignonne qui accepte de caresser sa cousine devant tes yeux ébahis pour ton seul plaisir, c'est HUGE jack off man !!" Alors qu'un long blanc très inhabituel entre les deux personnages suit ce dernier échange, un gargouillement d'estomac terrible rompt le silence et sort l'intarissable Julie de sa tranquillité : "Tu choisirais quoi entre chier des bâtons de dynamites allumés et devoir cavaler le plus loin possible après avoir coulé ton bronze ou devoir t'appeler "Butagaz" et trimballer une grosse bombonne de gaz partout où tu vas ? - Sans hésiter, je choisis de couler des bâtons de dynamite allumés, ça me rappelle trop l'inspecteur Roger Murtaugh dans Lethal Weapon 2 coincé sur ses chiottes, l'un des plus grands films de notre temps, à l'exception de beaucoup d'autres, déblatère Jason." Ne laissant aucun répit à son pote, Julie enchaine, tout en se servant un verre de Coca : "Si tu devais choisir entre 27 ans de Cacolac® à volonté, du vrai Cacolac® en bouteilles à décapsuler avec la boucle de la ceinture de sécurité, ou un CDI bien rémunéré chez Aubade® pour tester la tenue, l’élasticité, le palpé et le potentiel seyant et esthétique de leur nouvelle collection de soutiens-gorge sur modèles féminins véritables et avenants, que fais-tu ? demande Julie, manifestement contente de sa trouvaille. - Le CDI à Aubade® sans trop hésiter, rétorque Jason dans la foulée, ce serait le travail idéal et je ferais des heures supp' ! Travailler plus pour palper plus, comme dirait l'autre ! Je préfère nettement les seins au Cacolac, meuf, mets-toi bien ça dans la tronche pour Noël prochain..." Cette tirade implacable clôt les questions-défis de ce coutumier dimanche-pizza-tube passé entre les deux amis à regarder des vidéos d'animaux malades sur Youtube tout en mangeant des spécialités italiennes. Plus tard dans le film, Julie profite d'un moment de calme dans un taxi new-yorkais pour appeler son Jason, et lui sortir à brûle pourpoint, sans "bonjour" ni "comment ça va ?" : "Tu préfèrerais être avec la plus grosse conne de Manhattan mais affublée de la plus grosse, la plus ferme et la plus appréciable paire de seins que tu n'aies jamais vue ou te retrouver avec une très sympathique et intelligente demoiselle affublée d'une poitrine qui ferait passer celles de Keira Knightley et de Charlotte Gainsbourg pour du 110D ? - Ce serait une "grosse conne" au point d'avoir voté Sarko et d'essayer de me convaincre mordicus d'adhérer à l'UMP, tout en étant fan des blagues de Muriel Robin ? demande prudemment Jason. - Oui, et qui ne rirait même pas à tes blagues ! répond alors Julie du tac-o-tac. - Je choisis donc l'avorton de Marina Foïs, la mort dans l'âme, mais sache que tu cumules les mandats de salope en ce moment, et tu sais que c'est interdit par la Constitution !" dit Jason en fermant violemment le clapet de son iPhone. 
 
 
Voici pour ces quelques exemples de questions-défis qui, comme vous l'aurez constaté, sont en général axées autour de l'amour, la mort, l'apparence et le cul, c'est-à-dire les principales préoccupations de nos deux personnages. Pour se débarrasser de l'épineuse question de la naissance de ce gosse qu'ils planifient tous deux d'avoir avant leur quarantième bougie, ils ont un rapport sexuel quelque peu hasardeux en son commencement, mais qui se termine avec chance par une efficace fusion des gamètes mâle et femelle en une cellule unique nommée zygote. Avec bonheur, et sans doute parce qu'on lui a interdit de dépasser les deux heures de film, Jennifer Westfeldt choisit de passer très rapidement les étapes laborieuses et toujours chiantes de la gestation. Dans la séquence suivante, le petit Joe voit donc le jour, sous les yeux ébahis de son père Jason et le regard plus revanchard de sa mère Julie, qui en voudra longtemps au gosse d'avoir distendu son vagin (j'invente rien, je vous le promets !). Les deux trentenaires new-yorkais décident de vivre en colocation le temps que le gamin fasse ses nuits et sache aller seul sur le trône. Leur entourage, constitué de deux couples fatigués dont les sentiments se sont irrémédiablement dégradés depuis la naissance de leur enfant, est totalement sur le cul face à la réussite de leur choix de vie, que tous jugent original et osé. Ils ignorent que Julie est de plus en plus amoureuse de Jason, qui quant à lui ne ressent aucune attirance physique pour elle. "Il était déjà compliqué pour moi d'aller au bout pour donner vie à Joe" dit-il à Julie quand celle-ci lui avoue péniblement son amour, les larmes aux yeux. Prenant sur elle et décidant de réprimer pour de bon ses sentiments, Julie déménage avec le gosse et tente d'oublier Jason, tandis que ce dernier poursuit sa vie nonchalamment, à peine attristé de devoir désormais payer 70$ de taxi pour voir son enfant. 
 
 
Plus tard, Julie rencontre Kurt, incarné par Edward Burns, le sosie officiel de Tony Vairelles. Elle vantera la taille de son sexe pour rendre jaloux Jason, dont on a pu deviner auparavant qu'il possédait un pénis d'enfant. C'est sournois. Fin d'esprit, Jason traitera Kurt de "basketteur nazi", du fait de sa grande taille et de son prénom aux sonorités germaniques. Kurt est l'incarnation de l'homme idéal. Peu causant, diplomate et travailleur, il jouit d'un beau salaire dont il fait profiter ses proches. En outre, Julie rappelle régulièrement qu'il a une teub d'enfer, si grosse qu'il n'est pas du tout gêné par la vétusté d'un vagin devenu moins étroit, moins serré, moins "tight", depuis qu'un gamin hydrocéphale est passé par là. Hélas, Kurt ne se prend pas au jeu des questions-défis et, quand il s'y risque, il négocie l'alternative, discute longuement et fait perdre tout l'intérêt de la chose. De son côté, Jason fait la connaissance de Megan Fox, rencontrée au hasard d'une promenade dans un parc où son labrador, plus lourd et malin qu'elle, lui menait la vie dure. 1m75, 35kg, 80C-40-80 : elle a les mensurations idéales ! On dirait une fillette qui aurait la taille d'une mannequin et des seins d'actrice porno. I-dé-ales ! C'est donc le coup de foudre immédiat. Pour la séduire, Jason lui lance "J'ai vu un panneau à l'entrée du parc. Il est indiqué que cet espace vert est formellement interdit aux bombasses de votre genre. Non mais sérieusement, vous savez que ça ne se fait pas de se trimballer seule dans un parc en plein après-midi, avec une allure et une bouche pareilles ?! Vous risquez de vous faire sauvagement violer". Megan Fox n'avait jamais rien entendu d'aussi beau, elle donne immédiatement son 06 à cet ersatz de Tom Cruise, que l'on avait pourtant apprécié dans Step Brothers, dans le rôle du grand frère de Will Ferrell. 
  
A la fin du film, Julie invite Jason à "la baiser comme elle ne l'a jamais été" (sic !), histoire de lui prouver par A + B qu'il a changé et qu'il ressent désormais une réelle attirance physique pour elle. Le film atteint alors un sommet de romantisme hollywoodien. Le spectateur a la gorge serrée, très ému de voir ces deux personnages enfin ensemble, réciproquement amoureux, après avoir passé 1h30 à les voir se tourner autour, se jouer des tours et se tuer de questions-défis d'outre-tombe pour mieux tester leur amitié sans faille. Jason, très ému aussi, est encore sous le choc puisqu'il vient à peine de faire sa grande déclaration d'amour à Julie, tardive mais salutaire. Il trouve tout de même la lucidité de prévenir sa dulcinée que la meilleure façon de lui montrer qu'elle l'excite bel et bien serait tout simplement d'éjaculer le plus précocement possible. Julie ne veut rien entendre et lui répète "Je te dis que je veux être baisée comme je ne l'ai jamais été, je veux être baisée comme je ne l'ai jamais été". C'est alors que Jason fait appel à ses connaissances acquises en garde à vue (plus tôt dans le film, il vole un pot de confiture et, coincé par les flics, passe une heure au commissariat où il sympathise avec quelques prisonniers) et, après quelques coups de fil, accueille dans la chambre conjugale une bande de blacks fraîchement échappés de taule, montés comme des ânes et remontés comme des pendules. Écran noir, générique. Jennifer Westfeldt sera vraisemblablement baisée comme elle ne l'a jamais été. A nous d'imaginer ce que l'on veut pour se venger de guêpiers tels que ce film.

 
Friends with Kids de Jennifer Westfeldt avec Jennifer Westfeldt, Adam Scott, Maya Rudolph, Jon Hamm, Kristen Wiig, Edward Burns et Megan Fox (2012)