
Children of men que les français ont eu la mauvaise idée de traduire "Les fils de l'homme". Or il s'agit bien des "enfants des hommes", à ne pas confondre avec le film anglais riche en testostérone Sons of Man avec Wesley Snipes (prononcez Snipès du fait de ses origines cubaines) dans la peau d'un tueur à gage contraint de liquider toute sa famille pour un simple contrat, le seul film qui s'ouvre par la phrase "putain de contrat" et qui se termine sur la phrase "métier de merde".
Petit topo sur le film : On est en l'an deux mille et quelques de notre ère, la planète est encore plus pourrie qu'aujourd'hui et les femmes ne peuvent plus enfanter. L'espèce humaine est devenue stérile et court à sa perte. Que sont devenus les enfants des hommes ?

Retour sur le titre. Retour sur le genèse d'un titre. Car tout est dans le titre : Children of men. Ce titre est si riche de sens qu'on a décidé d'en faire un papier. Être les enfants des hommes, c'est un héritage commun et irrémissible. Le film tâche de nous dépeindre cet héritage pas très catholique. La planète est sans le sou. La planète est la cible de tous les terroristes. La planète est stérile. Il y a plusieurs millions d'années les dinosaures ruled the earth, aujourd'hui, après seulement quelques milliers d'années de propriété de la planète Terre par l'homme, celui-ci, dans le futur X dépeint par Cuaron, touche à sa fin. Les enfants des hommes ont hérité d'une terre sacrée et déjà par trop abîmée, et il leur incombe de la sortir du trou. La première des choses pour ce faire reste de ne pas clamser tout de suite autant que faire se peut. Tous les maux du monde actuel sont présents et exacerbés dans le futur Y que Cuaron dresse sous nos yeux esbaudis. Le cinéaste Mexicain Alphonso Curaon fait preuve d'un pessimisme alarmant mais hélas de rigueur : terrorisme journalier, guerre quotidienne, immigration zéro/migration totale, pollution générale atteignant le point de non-retour, délabrement des eaux et des os, contamination de l'air, etc. On ne peut pas dire tout le reste. Dîtes-vous bien que tout est là. Clive Owen passe même une demi heure du film dans un embouteillage, pour que rien des tracas de chaque jour ne nous soit épargné dans cette fin du monde aux accents orwelliens où la publicité d'un monde nouveau est permanente.
Là où le titre est intéressant, c'est qu'il dit tout. Il dit tout, du tout au tout. Il est à la fois espoir et angoisse. Espoir : Children, l'enfance, synonyme d'espoir toujours. Angoisse : Of men, l'héritage nauséabond (comme dans Of mice of men, clin d'œil appuyé à J. Steinbeck, auteur social et charitable de la charité humanitaire et du romantisme à fleur de peau made in the US of A). La légende raconte qu'une fois le titre trouvé, Alphonson Cabron avoua que lorsqu'il trouva le titre du film tout le boulot était fait. C'était ni fait, mais à faire. Il hésita même à le tourner du coup. Le titre dit tout, notre article aide à ne pas le comprendre. C'est l'anti-Piège de cristal, titre qui n'en dit pas assez puisque dans le film de McTiernan, piège il y aura, de cristal aussi, mais pas que, des pièges et des cristaux, par scène y'en a un wagon, un pacson. C'est aussi un contre-exemple des 400 coups, titre qui lui en dit trop, puisque dans le film seuls une demi-douzaine de coups sont bel et bien à l'écran. Children of men est donc le titre parfait.
Le titre français : Les Fils de l'homme, homme sans majuscule, est caduc.
*Belly = ventre, wood = bois, Bellywood est donc la contraction linguistique des termes Hollywood et bellybutton (nombril). C'est cette nouvelle mouvance du cinéma Américain qui confond humanisme et humanitaire, un cinéma très replié sur lui-même, qu'on pourrait presque rapprocher du mouvement musical "shoegaze" en indierock, qui consiste à mater ses pompes en plein solo guitare.
Children of Men d'Alphonso Cuaron, avec Clive Owen et Julianne Moore (2006)