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29 novembre 2013

Lone Ranger

Anecdote vraie mais peu connue : Gore Verbinski se rendait tous les jours sur le plateau de Lone Ranger avec des sacs pleins de billets de banque histoire de parvenir à répandre d'une manière ou d'une autre 250 millions de dollars de budget devant la caméra. L'homme était dans un fauteuil avant d'entamer ce film, il venait de réaliser trois épisodes de Pirates des Caraïbes, glanant là près de quatre milliards de dollars de recette et entrant dans le cercle très fermé des réalisateurs les plus rentables du moment, aux côtés de James Cameron, Peter Jackson, Tyler Dupres (le black qui fait des comédies pour blacks qui marchent à mort auprès des blacks) ou Michael Bay. D'où le budget pharaonique alloué au dénommé Goré, réalisateur d'origine malgache, par le studio Walt Disney. Verbinski, tous les matins, en arrivant sur son plateau au guidon d'une trottinette à mille dollars pièce tout en chantonnant le fameux air Still D.R.E. de Dr Dray feat Snoop Doggy Dog, répétait à chacun de ses collaborateurs : "J'ai un boulevaaaaaaaaaard pour détrôner Spielberg".




A regarder le film, on imagine pourtant un conflit d'intérêt entre d'un côté les producteurs de Walt Disney, qui ont manifestement exigé que Verbinski signe un nouveau film d'attraction, un Pirates des Caraïbes bis au farwest, avec son lot de gags à tiroirs bon enfant et de scènes d'action rocambolesques menées par un Johnny Depp grand guignol et cabotin condamné à jouer les Jack Sparow encore un long moment, et de l'autre côté le cinéaste, désireux de s'inscrire dans le genre du western et de le marquer de son empreinte, en signant ce qu'on nous a vendu comme un condensé de tous les films du genre (on s'en tape encore les cuisses), citant sans vergogne Il était une fois dans l'ouest, Le Bon, la brute et le truand ou La Prisonnière du désert, et présentant un certain nombre de scènes violentes baignées par une photographie très sombre et très stylisée. Le film a donc le cul entre deux chaises, et on passe d'une scène où les deux héros tombent d'un train qui déraille à pleine vitesse dans un déluge d'effets spéciaux monstrueux pour se retrouver assis en tailleur avec la banane au milieu des débris, comme dans un cartoon à la con (là où il ne devrait rester d'eux qu'une vague trainée de boyaux même pas identifiable par le FBI), à une autre scène où le méchant du film, reconnaissable à ses cicatrices faciales et à son air mauvais, taille les oreilles au frère du héros, lui fait un sourire mexicain, le viole, lui fait un enfant puis l'étripe. De là, on revient comme si de rien n'était à une nouvelle séquence s'adressant aux nouveaux nés où Johnny Depp, aka Tonto, dialogue avec son cheval comme s'il s'agissait de Petit Tonnerre de Brest dans Yakari. Ce mélange ne prend pas.




Au crédit de Gore Verbinski - et pour prouver notre grandeur d'âme face à un homme qu'on aurait tout de même envie d'éjecter d'un train - il faut reconnaître que le réalisateur a tenté de donner une certaine ampleur à son récit en le dotant d'un schéma narratif pas totalement dégueulasse fait d'allées et venues entre le farwest et le San Francisco des années 30, où un gamin visite un musée dédié à la conquête de l'ouest et, après être passé devant des reconstitutions de grizzlis, de bisons, de rhinos et de dinos, se retrouve nez à nez avec la statue de cire d'un "bon sauvage", qui tout à coup prend vie et se met à lui raconter son histoire. Il s'agit de Johnny Depp grimé en vieil indien, tel Dustin Hoffman dans Little Big Man. Cette introduction nous charmerait presque. D'autant que tous les retours au présent dans le musée sont autant de respirations dans le défilé à la fois exténuant et mal rythmé des aventures de Tonto Scefo et de son copain Ranger. Car le film, en dehors de ça, a tout d'un jeu vidéo effréné et exténuant, surtout dans la dernière scène, festival pyrotechnique où deux trains fous foncent à toute berzingue côte à côte pendant vingt minutes (on se demande pourquoi les ouvriers du chemin de fer naissant se sont à ce point emmerdés à construire deux voies parallèles à dix pas l'une de l'autre sur des kilomètres de distance...), tandis que le Lone Ranger, monté sur son canasson blanc, galope sur le toit des wagons tel Schwarzy dans True Lies, et que Johnny Depp, sorte de Buster Keaton indien (pour lui faire un énorme compliment qu'il ne méritera jamais) passe d'un train à l'autre (les deux machines étant, rappelons-le, lancées à toute allure à flanc de montagnes) en empruntant une immense échelle... Ne cherchez pas.




Durant ce type de scène on repense tout particulièrement aux calmes interludes dans le musée, et on essaie de se dire que Gore Verbinski est peut-être en fait animé de bonnes intentions, mais on pouvait aussi dire ça de Joseph Staline en 1927, et cela ne le dédouane pas d'avoir joué un rôle plus que sombre dans l'histoire du XXème siècle, et d'avoir passé par pertes et profits quelques millions d'usagers. Staline disait : "Un mort, c'est un drame, un million de morts, c'est des stats, un milliard, c'est tout bénéf !". Gore Verbinski s'est fendu d'une réplique du même acabit lors de l'avant-première de Rango en France, au micro de Didier Allouch : "Perdre un euro, c'est un drame, en perdre un million, c'est des stats, en perdre un milliard, c'est tout bénéf !". On ne sait quelle est la part de génie ou d'inconscience qui se cache derrière de telles théories, toujours est-il que Verbinski finit par apparaître comme un anti-capitaliste de première. On est heureux de constater que l'homme ne renie pas son sang communard, hérité de ses arrières-grands-parents polonais, avant que toute la famille Verbinski, qui avait flairé le projet d'Hitler avant l'heure, ne plie les voiles vers Madagascar. Au final, si on refait toute sa vie, on prend Gore Verbinski en affection, car ce communiste parti à Hollywood pour dilapider les fonds des grands studios dans des mascarades cinématographiques de grande ampleur est enfin parvenu à ses fins avec Lone Ranger, qui a coûté près de 500 millions de dollars (marketing inclus, on n'ajoute jamais assez le budget marketing, et Depp est une pompe à fric extraordinaire, y compris pour accorder des interviews toutes connes, affublé de deux montres à chaque poignet, trois foulards, quatre chemises superposées et cinq paires de lunette sur le nez) pour n'en rapporter que 270 en comptant large, worldwide. On appelle ça faire "broken arrow" et ça mérite un petit coup de chapeau. Notre plus grand souhait serait maintenant que Gore Verbinski s'attaque au genre des films de super-héros pour le ravager, tel Jan de Bont, autre européen à la solde du Kremlin infiltré à Los Angeles, qui suicida en son temps le genre des films de maison hantée pour une bonne décade au moins.


Lone Ranger de Gore Verbinski avec Johnny Depp, Armie Hammer et Helena Bonham Carter (2013)

4 novembre 2012

Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl

Ce n'est peut-être pas la bonne affiche, prévenons les fans courroucés, mais il faut dire que c'est la même pour chaque épisode à quelques mots près écrits en taille 2 sous le titre de la franchise et nous n'avons pas nos carreaux sur le nez pour vérifier. Un jour ou l'autre on devait se confronter à la saga des Pirates of the carabayans, cette série qui a engrangé peut-être plus de dix milliards de pesos si on additionne les recettes de chaque épisode, et qui a fait de Johnny Depp l'idole de nos filles après avoir été celui de nos mères (soit le pied tendre favori de trois générations de vagins). Il faut dire qu'il est boloss cet homme-là, avec son petit charme de gitan fréquentable. Les jeunes filles sont souvent frétillantes à l'approche de mâles faussement dangereux, au soufre de pacotille. On a tous connu des gars comme ça au collège, ceux qui s'étaient tailladé le sourcil d'un coup de rasoir idéalement placé et que les filles prenaient pour des petites frappes, des têtes brûlées aventurières, alors qu'ils avaient juste eu l'idée précieuse de se fendre l'arcade avec le rasoir Gillette pro-glide de papa un beau matin, d'une cicatrice en forme d'éclair qui ne manquait jamais d'atteindre sa cible : le cœur des jeunes femmes naïves. En réalité ces garçons-là rentraient chez eux pour déguster le petit goûter préparé par une mamie-gâteau avant d'aller jouer dans leur bac à sable perso. Quant à nous, nous n'avions pas de cicatrice sourcilière... mais nous ne le devions qu'à une adresse inégalable face aux arts martiaux et autres objets contondants quand, au moment de rentrer dans la tanière paternelle, on devait éviter un ou deux coups de machette dès la porte passée, papa étant un peu échaudé par l'énième défaite de l'équipe de France contre la RDA. Puis quand il se penchait sur nos devoirs c'était pour nous asséner quelques problèmes mathématiques "pour les nuls" selon ses dires, du genre : "Sachant qu'un cœur humain au repos bat à 65 pulsations minute et que celui d'un enfant de ton âge poursuivi par son père muni d'un jerricane d'essence et d'une allumette incandescente peut monter jusqu'à 365 pulsations seconde, combien de kilomètres peux-tu parcourir avec ton cartable sur le dos avant de nous faire un bel infarctus sous les applaudissements de toute la sagrada familia ?" Après la fin de la question notre père enchaînait en hurlant à toute allure un compte à rebours diabolique : "5 ! 4 ! 3 ! 2 ! 1 ! Cours connard !"


Trop boloss...

Retour au film. Que nous propose Goré Verbinski ? Quel est le programme établi par ce polonais docile et sans avis qu'Hollywood est allé piocher en Europe de l'Est dans une chasse à l'homme top secrète portant le nom de code : "Seeking the most obsequious human being on earth" ? Comment surtout croquer en quelques lignes ce film pour s'en débarrasser et repartir sur les cas Depp, Bloom et Knightley, qui nous intéressent bien plus que ce triste manège filmé. Car Verbinski s'est donc contenté d'aller à Disney Land, de payer un pack de coupons pour autant d'attractions gratuites à sa bande d'acteurs et de les filmer sur les radeaux en plastique du parc forain le plus cher du monde. Après Chris Noonan qui avait osé adapter l'attraction Babe le cochon devenu berger dans son film Babe le cochon devenu berger, Goré Verbinski a pensé (enfin, pensé, on a pensé pour lui, Verbinski n'a jamais pensé et on a tendance à appliquer la politique des auteurs avec zèle sur ce coup-là) qu'une attraction plus attractive pourrait récolter bien plus de deniers et donner lieu à une avalanche de films reproduits à la chaîne sur le même modèle avec à peine quelques nouveautés à chaque nouvel épisode, ici des fantômes de pirates, là des vampiros lesbos, ci-contre des méduses libidineuses et autres sirènes nymphomanes, et ça n'a pas loupé.


L'une des meilleures scènes d'action du film.

On se réjouit aujourd'hui que la saga soit enfin en stand by, bien qu'on sache de source sûre que ce n'est qu'une pause temporaire et que le reboot guette. En attendant ce sont les carrières des acteurs vedettes de ce show insupportable qui sont en jet-lag. On a déjà épinglé Johnny Depp à plusieurs reprises et toujours avec le même plaisir, ce plaisir qu'on peut éprouver quand on se nettoie d'une envie de tout casser. Que dire de plus sur son cas, sur son look de malade, sur ses lunettes fumées, sur ses cheveux fumés, sur ses habits fumés aussi et sur le lardon fumé qui se cache à l'intérieur de son caleçon de pirate ? Qu'ajouter sur son immonde carrière surtout ? Notre homme se vante d'être un homme-livre capable de jongler entre les projets, et se targue d'une filmographie où l'on trouve de tout et surtout de la merde. Entre deux épisodes des Carabayans, Depp s'en va faire le mariole chez le Jean-Louis David américain du miséreux, aka Tim Burton. Puis après s'être ravitaillé chez son fournisseur de marie-jeanne, Emir Kusturica, il va pavaner chez Jarmusch, Mann, Polanski ou Gilliam, choisissant ses réalisateurs avec un soin de sociopathe, obsédé par l'idée fixe de plaire à tout le monde et d'assurer ses arrières, qui donne surtout envie de ne plus le voir filmé, à tout jamais. Opportuniste à la manque, toujours apprêté au poil près, c'est le Yann Barthès du ciné. Sauf que lui ne reste pas tanqué dans son vieux combo costard/converse passé de mode depuis 99. Il est passé par tous les looks possibles et imaginables, du string-bretelles à la Borat au bleu de travail taché de cambouis en passant par le costard trois pièces classique surmonté d'un Stetson ou la tenue gothique avec bonnet de bain, et tout ça histoire encore une fois de plaire à strictement tout le monde au moins une fois, quitte à perdre autant de fans qu'il en gagne à chaque nouveau relooking extrême.


Johnny Depp ne sort jamais sans ses trois mini foulards savamment superposés autour du cou pour ne pas attraper un rhume, et un quatrième accroché à la ceinture, parce qu'avec toutes ces couches de fringues il transpire comme un porc et doit essuyer la sueur qui tombe au bout de ses doigts huileux.

Dans ce film magique et aux côtés de Depp, dans son ombre, il y avait Orlande Bloom, natif d'Orlando dans le Colorado, l'éternel Legolas (ne pas prononcer le "s" final, avis aux fans, Tolkien de son vivant l'a dit et répété et vu comment il s'est fait chier à inventer un langage ce serait triste de voir que ses premiers fans le traînent dans la boue au quotidien) du Seigneur des Anneaux (ne pas faire la liaison entre "des" et "anneaux", cf. Tolkien himself) et l'éternel idole des androgynes. Promis à un avenir brillant, l'acteur n'en revient toujours pas d'être au casting des deux franchises les plus juteuses des années 2000, regrettant de ne pas avoir prêté ses traits d'elfe à un éventuel Robin dans la trilogie Batman moisie de sieur Nolan, lui qui l'appelait chaque matin en disant : "Mais je suis un peu pédé !... J'adore Christian Bale !... Je passe niquel dans une combi moulante !... Mais le vert me va très bien... Mais puisque je n'aurai même pas à m'entraîner pour le rôle ni à faire de sport du fait de mon expérience chez Peter Jackson en tant que Legola...". En définitive, Orlande Bloom n'obtient aucun rôle depuis ElisabethTown et vient de se faire remarquer, à la manière de Raymond Domenech, en allant pointer au Pôle Emploi pour être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi et avoir les transports gratuits, lui qui a de gros oursins dans les poches à défaut d'avoir des arbalètes dans le dos et des yeux derrière la tête, comme son éternel double fictionnel dans la trilogie de l'anneau. Nous n'ouvrirons pas Wikipédia pour vérifier la filmo de ce type histoire de ne pas pleurer pour le reste de la journée. Moins désœuvrée que son camarade Legola, Keira Knigthley avait son petit charme dans ce film, un charme qui s'est ensuite volatilisé au fil des ans et des tournages. Ayant tourné avec Joe Wright ou avec Cronenberg, elle aura eu un peu plus de pif que son pote elfe pourtant réputé pour son odorat de malade. Un pif tout relatif puisque lorsqu'on jette un œil plus attentif à sa carrière on y trouve des déchets non-recyclables du style London Boulevard ou Last Night. Keira Knightley a décidé de tout miser sur sa carrière et c'est pas de veine parce que si sa carrière était une famille ce serait la famille Adams, à base d'oncles fétides et de cousins machins.


Keira Knightley, pirate des calories.

Goré Verbinski s'en sort mieux que les seconds couteaux de sa trilogie en bois (devenue une tétralogie grâce à Rob Marshall, un réalisateur particulièrement dangereux, auteur entre autres de l'infamie nommée Nine). Après le troisième volet, il nous a raconté l'histoire de Rango, un caméléon pistolero toujours incarné par Depp, véritable caméléon de la mode et de l'acting. Est-ce qu'on peut parler de métafilm ? Peut-être pas. En tout cas le film a remporté un fier succès et a installé Goré Verbinski (qui enchaîne les gros coups médiatiques mais que personne ne connaît pour autant) dans le petit monde du western. Le réalisateur hollywoodien prépare en effet un nouveau film du genre, en prises de vue réelles cette fois-ci, toujours avec Depp au premier rang, qui semble déjà très original puisqu'il raconte l'histoire d'un Texas Ranger masqué luttant contre l'injustice et la criminalité, accompagné de son fidèle destrier Maïwenn et de son ami indien Tony Gatlift. On attend Goré au tournant.


Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl de Gore Verbinski avec Johnny Depp, Orlando Bloom, Keira Knigthley et Geoffrey Rush (2003)