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11 janvier 2014

L'Art de séduire

Oh je vous vois venir : "Mais pourquoi il nous parle de ça ?". Parce que Julie Gayet est à fond dans l'actu et que je n'ai aucun scrupule. Adios et à jamais, éthique de blogueur ciné... L'actrice, selon Closer, succèderait à Marilyn Monroe dans le cercle des actrices devenues maîtresses de présidents. Passionnant. La vraie question, c'est pourquoi ai-je maté ça... C'est tout con. Ma compagne m'a demandé de lui mettre un "film à la con". En même temps c'est pas ce qui se fait de pire, ça se regarde, y'a quelques petites choses plaisantes, mais globalement c'est quand même pile poil un "film à la con" et j'étais dans le sujet. L'affiche en dit déjà long. Mathieu Demy est assez chouette pourtant, et c'est peut-être un acteur sous-exploité. Il a une scène très réussie, quand il prend son premier verre en terrasse avec Julie Gayet, où son personnage est nullissime en terme de rencontre et de drague et n'arrête pas de dire des trucs ultra cons sur un ton encore plus con qui finit par faire marrer. On aurait aimé que le comédien reste sur cette lancée mais le scénario n'a pas dû le motiver, ni lui donner envie de s'amuser ou d'être heureux, et on le comprend.



Le film raconte l'histoire d'un jeune psy célibataire assez frappé pour faire des photos de poissons morts et - y a-t-il un rapport ou non - incapable de faire le premier pas vers la femme qu'il aime, et vers les femmes en général. Il demande à l'un de ses patients, un génie de la séduction à qui personne ne résiste (Lionel Abelanski ?), de l'aider à draguer n'importe qui dans la rue pour pouvoir faire face à son rêve : Julie Gayet. En fait il s'avère assez rapidement que le personnage incarné par Gayet est une conne finie, complètement névrosée et désagréable, et le héros finira en fait avec une fille délurée, extravertie et définitivement horripilante, draguée par hasard à la terrasse d'un café (Valérie Donzelli). Il lui aura fallu essuyer toutes les humiliations de la part de Gayet pour en avoir enfin ras-le-bol d'être traité comme un torche-cul et pour se rendre compte que la débile rencontrée sans le faire exprès et repoussée jusque là lui correspondait en réalité davantage, vu qu'elle est tarée.



L'histoire est alors tellement grossière, cousue de fil blanc et chiante comme tout, que la relative légèreté de ton du début s'évanouit vite au profit des poncifs accablants de la petite comédie franchouillarde typique sur des blaireaux lunaires et loufoques, pathétiques surtout, qu'on a envie de baffer un grand coup. L'Art de séduire a un titre de film d'Emmanuel Mouret, les acteurs d'un Mouret (en tout cas pour Demy et à fortiori pour Julie Gayet, qui jouait dans le bon Un Baiser s'il vous plaît), un même goût pour les malaises sentimentaux et autres situations improbables, et l'ambition de développer un récit aussi touchant qu'amusant et décalé, sauf qu'au final ce n'est même pas du sous-Mouret. A vrai dire, alors que tout nous y conduit sur le papier, on ne pense même jamais au cinéma de l'auteur de Fais-moi plaisir ! et de L'Art d'aimer devant ce téléfilm mollasson qui, il faut bien le dire, est un strict navet. La seule chose positive à retirer de L'art de séduire c'est que beaucoup de scènes, et notamment les premières rencontres de Demy avec Gayet et Donzelli, se passent en terrasses de petits bars ensoleillés, et avec ces ciels gris de janvier qui nous accablent, on se dit que ce sera cool quand il fera plus beau.


L'Art de séduire de Guy Marzaguil avec Mathieu Demy, Julie Gayet, Valérie Donzelli et Lionel Abelanski (2011)

28 août 2012

Fair-Play

Ce film débute par une partie de squash. Un match de 40 minutes en temps réel entre Jérémie Rénier et Eric Savin, dont on ne perd pas une miette ni une goutte de sueur, voire de sang, car Jérémie Rénier sue du sang sous nos yeux dans cette rencontre à couteaux tirés entre deux tarés du tennis en salle. A partir de 20 minutes de film on se demande sur quoi on vient de mettre la main : est-ce un film expérimental radicaliste ? un canular ? le film de vacances de Rénier leaké sur le net par un fan malade ? Impossible à dire. Peut-être n'est-ce que le prolongement pour Lionel Bailliu de son premier court-métrage, tourné un an plus tôt et intitulé Squash ? Le réalisateur, passionné par ce sport qu'il trouvait particulièrement cinégénique, a sans doute voulu marquer les esprits comme Scorsese en son temps avec The Big Shave mais en réalisant de son côté The Big Squash.


On dirait trop Gollum non ?

Quand il affirmait que les plus grands cinéastes étaient entièrement résumés dans leur premier film, François Truffaut ignorait que sa si juste théorie se verrait paraphée et signée avec un jusqu’au-boutisme morbide par le dénommé Lionel Bailliu, qui a récemment contacté Gérard Jugnot pour jouer dans son prochain film : Squash toujours. L'ex pilier de l'équipe du Splendid ne dénoterait pas dans la liste des acteurs fétiches de Bailliu puisque Fair-Play compte déjà dans ses rangs les plus grandes stars actuelles du cinéma des années 2000, à savoir Benoît Magicmel et Marion Cotillard (deux vedettes qui ont le nez creux donc), livrant une prestation plutôt sceptique dans ce film qui se veut un brûlot contre les méthodes de recrutement qui ont cours à notre époque dans les grandes entreprises. Le pitch : un patron dégénéré et facho teste ses futurs employés en leur imposant une série d'épreuves de survie. Il les défie au corps à corps dans une multitude de sports non-olympiques en pistes noires, où ils sont toujours à deux doigts de laisser leur peau (activités que l'on pratique possiblement durant les vacances, d'où le lien avec la thématique du dossier) : escalade, rafting, golf etc.


Ma parole que c'est Gollum !

Fair-Play est sorti en septembre 2006, on l'a vu quelques mois plus tard, début 2007, le temps qu'un illuminé le foute sur la toile et c'était fait. Depuis on n'a cessé de le citer lors de nos sessions critiques, et même lors de soirées lambda autour d'un feu de camp où chacun devait s'échanger des petites horreurs pour faire peur aux autres. Pas étonnant dans un sens vu que Fair-Play est le Délivrance français, à ceci près que Bailliu n'est pas Boorman (même défoncé aux oméga 3 et à la vitamine D) et que les randonneurs ne sont pas pris pour cibles par des autochtones trépanés mais par un horrible boss. Si le classique de Boorman est un film pour le moins détonnant voire dérangeant, celui de Bailliu est uniquement désagréable à s'en tirer une balle dans la tête. Quand on l'a découvert on n'avait pas encore mis en place notre fameuse règle des 16 minutes : "Si en 16 minutes tu ne m'as pas fait marrer je te vire de mon lecteur dvd à tout jamais". Cette règle, d'une efficacité redoutable, nous a posé quelques problèmes pour des œuvres pas du tout destinées à la comédie, par exemple pour les films des frères Dardenne, mais face à un OVNI comme Fair-Play cette règle est primordiale, même si on peut se laisser tétaniser au point de ne pas pouvoir en décrocher les yeux par cet objet filmique unique au monde et proprement pourri.


"Mon précieux..."

Le film est certes parfois satisfaisant pour ceux qui aiment voir Marion Cotillard en train de souffrir, mais même les plus haineux envers la starlette de pacotille se lasseront extrêmement vite de ce long métrage ignoble, dont on aimerait se rappeler quand on nous demande ce qu'on a vu de pire dans notre vie. Le réalisateur étant depuis complètement tombé aux oubliettes, on peut se dire que la stratégie de Bailliu n'a pas porté ses fruits. Blague à part, connaissez-vous une seule star nommée Lionel (à part Jospin) ? Ah si, y'a bien Lionel Abelansky. La place reste donc à prendre ! Sérieusement vous en trouvez ou pas ? Y'a rien... Si vous en trouvez : ilaose.leblog@gmail.com


Fair-Play de Lionel Bailliu avec Jérémie Rénier, Marion Cotillard, Eric Savin et Benoît Magimel (2006)

27 mars 2011

Mademoiselle Chambon

Ça fait un bail maintenant que j'ai vu ce film. Si j'en parle aujourd'hui c'est en partie pour parler d'autre chose que du film que j'ai vu hier soir, Mon beau-père et nous. Or comme mon souvenir remonte pas mal je suis partagé entre mon impression du moment et ce que je ressens maintenant en y repensant... Je me souviens qu'au début du film j'ai eu un peu de mal à me laisser prendre par l'histoire, sans doute à cause du rythme, mais rapidement j'étais dedans. Je me suis déchaussé et j'ai laissé Stéphane Brizé faire sa pli. En parlant de Stéphane Brizé, je dois dire que ce film m'a plus touché que Je ne suis pas là pour être aimé, même si j'ai du mal à dire pourquoi. Peut-être que c'est dû à l'histoire : le violon au lieu du tango et Vincent Lindon qui s'éloigne d'Aure Atika pour Sandrine Kiberlain au lieu d'Anne Consigny qui s'éloigne de son mari pantouflard, Lionel Abelanski, pour le vieux Patrick Chesnay. Pat Chesnay je l'adore, je lui voue même un culte, d'ailleurs il l'ignore mais je le considère comme mon oncle, mais sa moustache jaune-orangé devrait logiquement être un rempart au sentiment amoureux d'une femme. En tout cas sur le moment j'ai trouvé Mademoiselle Chambon assez beau et émouvant.


Kiberlain ravive en moi le fantasme de la maîtresse d'école qui se rappelle qu'elle est une femme et qu'elle a des besoins un peu cracra comme tout le monde.

En y repensant aujourd'hui j'avoue ne plus très bien me souvenir du film, comme s'il n'avait rien de réellement très marquant. On l'oublie un peu facilement et on doute de le revoir un jour. Rien n'est moins sûr. Il faut dire que le film a quelques défauts. C'est vrai que le couple adultère manque un peu de conversation pour qu'à la fin, quand Lindon s'immobilise dans le hall de gare, on soit véritablement saisi par son doute et sa douleur. Mais les deux personnages sont quand même liés par beaucoup plus (la musique, leurs passions et quelques paroles) que dans la majorité des films actuels dont les amants s'unissent follement en se débarrassant de leurs époux et épouses respectifs sans être liés par autre chose qu'une simple fringale sexuelle (un triste exemple parmi d'autres : le Partir de Catherine Corsini). Et puis tout au long du film de Brizé on voit que les sentiments des personnages les rendent discrets, muets, un peu autistes : ils ont toujours beaucoup de mal à faire des phrases, il y a des blancs dans leurs échanges. C'est la conséquence de leur amour naissant et interdit et ça les empêche inévitablement d'avoir de longs dialogues. Donc l'un dans l'autre tout cela tient debout et se regarde sans déplaisir, notamment grâce à une nouvelle interprétation hallucinante de Vincent Lindon.


 Même quand il a fini de bosser il est encore au boulot.

En général voir les personnages d'un film pratiquer leur soi-disant métier est assez superficiel et superflu, à part quand il s'agit d'un polar où il est assez nécessaire que l'on suive le héros dans son boulot de flic. Mais il n'est pas rare que les réalisateurs insèrent dans leur film une ou plusieurs séquences uniquement vouées à nous représenter l'acteur dans l'exercice des fonctions du personnage qu'il incarne quand cela n'a pourtant pas d'intérêt probant. Pire, ça sonne généralement terriblement faux. Mais quand l'acteur c'est Vincent Lindon, rien n'est plus pareil, et l'on sent une protubérance germer en-dessous de notre ceinture en le voyant dégonder une fenêtre et changer un carreau. Car son personnage travaille chez Carglass et tombe comme un cheveu sur la soupe quand Kiberlain a besoin de changer la fenêtre de son appartement. Alors on sent le poids de l'expérience, l'odeur de la sueur, on voit la couleur du talent lorsque Lindon, qui s'est entraîné à la chose selon les méthodes radicales de l'Actors Studio et de Stanislavski, change une fenêtre. Une fenêtre qui n'oubliera jamais ce moment privilégié et le contact délicat des mains calleuses du bellâtre. Cet homme est un Dieu de l'acting, c'est un éphèbe doublé d'un putain de génie.


Lindon fait naître en moi le fantasme du maçon bourru au grand cœur, aussi tendre que puissant, aussi doux que fêlé. Jean Gabin peut aller se rhabiller.

Le film se conclut sur une chanson de Barbara. De la même façon que Barbara chantait de la variété avec une élégance et une délicatesse qui élevaient ses chansons un peu au-delà des basses prétentions de la chanson populaire habituelle, le film de Stéphane Brizé est un petit film, d'une modestie absolue, d'une simplicité biblique, parfaitement lisible, mais qui s'élève sereinement au-dessus de sa condition par son brin d'intelligence, et par l'effet bienheureux d'une certaine grâce qui naît en de timides instants : comme quand la caméra subjective se substitut au regard de Vincent Lindon quand il s'approche de la porte de la chambre où Sandrine Kiberlain est endormie. Le cadre reste un certain moment sur le visage de la femme avant ce tant attendu mouvement de caméra descendant le long du corps de l'actrice au gré de ce chaste désir de l'homme qui l'admire. Ou comme cette attente avant qu'il ne finisse par lui prendre la main alors qu'ils écoutent le morceau de violon ; ou encore la larme brillante et discrète qui se suspend sur l'œil de l'acteur (on rêverait alors d'être soi-même une petite larme salée ou n'importe quel filet de morve pendu au blair de Lindon) puis qui coule le long de sa joue quand il est dans la voiture, à la fin, et qu'elle l'attend sur le trottoir. Il faut dire aussi que ce qui fait une grande partie de la modeste réussite de ce film, de sa justesse (à tous niveaux), c'est le talent immense des acteurs, y compris de Kiberlain ou, tenez-vous bien, d'Aure Atika, eh oui. J'aurais donné sans hésiter le César du meilleur acteur à Vincent Lindon pour ce rôle, comme chaque année.


Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain et Aure Atika (2009)

11 février 2008

Reviens-moi

Atonement (salement retitré "Reviens-moi" en français) est le second film de Joe Wright après Orgueil et préjugés, sorti il y a peu. Joe Wright semble donc se faire un plaisir d'adapter des œuvres romantiques britanniques à l'écran et pour ce faire d'appeler sous les drapeaux la charmante Keira Knightley. Son nouveau long métrage est désormais en course pour l'Oscar du meilleur film. Je n'ai pas vu Orgueil et préjugés mais je me suis lancé dans ce film-là les yeux fermés. Allez savoir pourquoi. Il est étonnant que j'aie pu accorder ma confiance à Joe Wright, ayant souvent souffert la littérature romantique britannique et n'aimant guère les films de radasses.




Car oui, c'est un film de radasses. Comprenez un film de mamans, plein de romantisme, d'amours impossibles, de lutte des classes, de beaux paysans bien bâtis et de belles aristocrates curieuses d'apprendre ce que c'est qu'une bite, de grandes guerres qui séparent les amants éplorés et ainsi de suite. Et cependant j'ai plutôt apprécié ce film. Il faut ici introduire un élément assez convainquant. Vous l'aurez pigé, il s'agit de Keira Knightley. Le début du film nous la dévoile sortant de l'eau en sous-vêtements, presque nue. Puis Joe Wright, décidément attaché à faire de moi un de ses acolytes, se fait un devoir de filmer sous toutes les coutures les pieds de la belle, qu'elle a jolis. C'est un bon point, un très bon point pour m'achopper. Keira Knightley est d'une beauté assez remarquable dans ce film, et le regard que le réalisateur porte sur elle n'y est pas pour rien. Sans parler du talent d'actrice assez sobre mais notoire de la jeune femme. En plus d'être assez jolie, Knightley détient quelque-chose dans sa gracieuse et mince silhouette qui convient tout à fait à ce genre d'histoires où une femme subit des évènements qui la rendent totalement impuissante. L'acteur principal, James McAvoy, est également sympathique : suffisamment charismatique pour qu'on s'attache à lui, il n'est pas non plus de ces bellâtres complètement lisses qui polluent généralement ce type de films. Les acteurs sont globalement bien choisis, même quand ils changent en fonction de l'âge du personnage, tout ça reste très cohérent ; et ils sont tous impeccables dans leurs rôles.




La mise en scène n'est pas dégueulasse. Le dirlo photo a donné tout ce qu'il avait, une rumeur court selon laquelle il aurait même refusé son cachet pour acheter plus de bougies avec l'argent. Il y a en outre un long plan séquence au milieu du film qui, contrairement à beaucoup d'autres récemment (par exemple ceux, interminables, de Children of Men), semble avoir été fait sans l'aide (en tout cas trop appuyée ou trop visible) de Photoshop. Il n'est pas uniquement là pour donner un moyen au réalisateur d'exposer mochement son savoir-faire et d'étaler sa pseudo virtuosité. C'est d'ailleurs un des rares films où la débâcle de 41 à Dunkerque est montrée dans toute son ampleur, ou montrée tout court d'ailleurs. Je ne pense qu'à Week-end à Zuydcoote de Verneuil.... Ici un long plan séquence montre l'arrivée du soldat McAvoy sur la plage, et donne de l'événement une vision assez étrange, un peu romancée. On voit les soldats aller et venir, jouer et chanter, dans une approche assez édulcorée de ce que fut ce chapitre de la bataille de France, quand bien même l'arrivée du personnage principal est censée se faire entre deux raids atrocement meurtriers de la luftwaffe. Mais je crois me souvenir de la même ambiance en demi-teinte, tantôt réaliste tantôt idyllique dans le film de Verneuil. Et puis on peut penser, à la décharge du film, que c'est la vision de romancière de la vieille dame de l'épilogue qui nous est montrée, puisque ce passage du film est le fruit de son roman, comme nous l'apprenons à la fin. Cette séquence entre chien et loup est d'ailleurs opposable à la scène de l'hôpital en Angleterre, que la vieille femme a réellement vécue et qui s'avère très crue et très violente. À noter, car je parle de la scène de l'hôpital et cela m'y fait penser, un rôle de soldat Belge donné à Jérémie Rénier, qui a droit à sa longue scène d'agonisant, puis deux rôles de civils français donnés à Lionel Abelanski et Michel Vuillermoz...




Ceci étant dit n'allez pas croire que j'ai apprécié le film pour sa seule comédienne, si attrayante soit-elle. Non le récit est rondement mené et on ne s'ennuie pas une seconde malgré les 2 heures que dure le film. Le montage est chaotique, les ellipses sont légion (l'histoire se déroule sur bien des années) et il est quelques fois vaguement difficile de savoir quel flashback répond à quel flashforward quand comme moi on a un peu de mal avec tout ce qui est gros bordel narratif. Encore quelque chose que je supporte peu habituellement mais qui ne m'a pas plus dérangé que ça ici. Parce que le récit est prenant. C'est l'histoire d'un amour salement contrarié par la jalousie d'une petite sœur puis rendu tragiquement impossible par la guerre. Et à dire vrai les mouvements narratifs d'avant en arrière, comme d'ailleurs le grand romanesque de la tragédie, sont appréciables en ce sens que le film parle d'une fiction. Tout ça, c'est du roman, et c'est le principe même du film. Au début, la petite fille qui va ruiner l'amour naissant de sa grande sœur achève l'écriture de sa première pièce de théâtre, elle veut devenir écrivaine. Et tandis qu'elle cherche sa mère dans toute la maison, un thème musical s'installe qui reviendra tout au long du film, dont le rythme est donné par le claquement mélodieux des touches d'une machine à écrire. Et ça n'est pas seulement original, ça vaut à Joe Wright quelques jeux osés sur ces sons alliés à la lumière. Et si ce thème revient tout au long du film c'est parce qu'à la fin la petite fille devenue vieille dame est invitée sur un plateau de télévision pour y raconter son dernier livre auto-biographique (ou plutôt "autofictif") que nous venons de "lire" pendant 2 heures et où la fiction s'est largement immiscée dans la réalité pour des raisons que vous connaîtrez en voyant le film. C'est donc une petite surprise que cet Atonement, qui s'annonçait comme un strict mélo pour les mamans et autres mémés mais fait l'effort de sortir de sa petite catégorie.


Reviens-moi (Atonement) de Joe Wright avec James McAvoy et Keira Knightley (2007)