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1 avril 2015

Predestination

Ce film est probablement le plus gros mindfuck de l'histoire des histoires. Amateurs de spoilers, réunissez-vous autour de cet article. Que nous racontent les frères Spierig en adaptant ce texte de Robert Heinlein ? Au départ, on se croirait dans un caper movie de base. Le héros, interprété par un Ethan Hawke de retour du diable vauvert, est censé être renvoyé dans le passé pour empêcher le so called "Feu follet", surnom d'un terroriste dynamiteur, de faire sauter un bâtiment. On nage donc, littéralement, en plein caper movie. Mais très vite, une scène de troquet sous influence pagnolesque, qui dure une bonne demi heure, brise l'horizon d'attente d'un spectateur en quête de repères, qui a depuis un bail entamé une séance de rameur devant sa télé. On apprend dans cette scène, grâce à l'inénarrable Ethan Hawke, passé de démineur à serveuse le temps d'un raccord, lancé dans une discussion à bâtons rompus avec Leonardo DiCaprio, que le film a largué les amarres et préférera la réflexion à l'action. Les frères Spierig en ont sous la godasse, et semblent vouloir nous dire : "On va moins vous faire suer des barres que vous tuer l'esprit".


Face à face entre deux éphèbes des années 90 : Leonard DiCaprio trinque avec Ethan Hawke. Quand il mate le film, Brad Pitt se demande pourquoi il n'a pas été invité.

Qu'en est-il, au fond, de Predestination ? C'est l'histoire d'une personne qui est tout à la fois, sans le savoir, sa propre mère et son propre père, ainsi que son propre amant, puis son propre enfant, et enfin son propre chien, du fait de plusieurs boucles temporelles imbriquées. Si vous avez du mal à y croire et à comprendre, ne regardez pas le film, car il ne va pas vous aider du tout, mais relisez simplement notre résumé, qui est clair comme de l'eau de roche. Si Bob Heinlein le lisait, il opinerait sans doute du chef, comme un vieux sage, avançant une lippe satisfaite, heureux que des années de travail soient aussi bien résumées. Voyageurs du temps, touristes de l'horloge, prenez garde à également tracer la route dans l'espace, à voyager verticalement et horizontalement, sous peine de tomber amoureux de vous-mêmes, de vous interpénétrer, de vous accoucher et de vous tenir en laisse. Les frères Spierig, qui sont sans doute eux-mêmes un seul et unique individu, ont le mérite de donner un nouveau souffle à toutes les réflexions engendrées par ce type de récits de science-fiction philosophique. Ils ont en revanche le tort d'avoir pondu une sacrée daube. Face à ce film, on se demande sans cesse si c'est du génie ou de la pure infamie, et pas mal de scènes font pencher la balance du mauvais côté. 


Ethan Hawke stipule dans chacun de ses contrats qu'il viendra avec ses propres habits et qu'il s'habille chez GrouchO: friperie RetrO, 39 rue Peyrolières.

Saluons tout de même le courage des deux kamikazes qui ont réalisé ce film, quitte à en sortir cramés et fâchés à vie avec la dynastie Heinlein. Ces deux connards ont toute notre sympathie. Et leur acteur-star, Ethan Hawke, a plusieurs pieds-à-terre intra-muros chez les auteurs de ce blog. On tient quand même à réparer une injustice. Celui qu'on a surnommé le Cary Grant des années 90 grâce à Bienvenue à Gattacca, où il marche sur l'eau, et au Cercle des poètes disparus, où il est beau comme un cœur, essuie aujourd'hui plusieurs quolibets. Beaucoup d'anciens fans le maltraitent, faisant de lui un exemple d'acteur ayant mal vieilli. Il a vieilli, certes, admettons. Mal ? Uma Thurman aimerait pouvoir en dire autant. Peu de starlettes des années 90 trimballent encore autant de classe qu'Ethan Hawke. Prenez les actrices de Friends, Courteney Cox, Jennifer Aniston, l'actrice préférée des américains, donc du monde entier, voire Matthew Pery. Toutes sont devenues des armoires à pharmacie ambulantes. Mais Matthew Perry, on le laisse tranquille, simplement parce qu'il n'est plus under the radar. A contrario, rappelons qu'Ethan était l'an passé à l'affiche de Boyhood, neuf nominations aux Oscar et film préféré de Barack Obama... Qui dit mieux ? 


 Drôle de scène post-générique où Ethan Hawke étreint une grosse aubergine, qui n'est autre que lui-même devenu légume.

Certes, il n'est pas toujours irréprochable. Par exemple dans The Purge, où il porte la moustache, sauf dans une scène... Un matin, Ethan s'est présenté sur le plateau rasé à blanc, un sourire d'écolier en bandoulière, l'envie de bien faire au rendez-vous. Le producteur l'a dévisagé et a pointé son index sous son nez l'air de dire : "What the fuck ? Qu'est-ce que tu nous as fait ? Trente ans de carrière, jamais vu ça !" Mais comment lui en vouloir ? Quand on tourne quatre films par an, dont deux de Richard Linklater et deux des frères Spierig, on ne peut pas toujours s'y retrouver et apporter le bon cartable. Sans compter qu'Ethan Hawke a un autre job à temps plein, celui de plaque tournante. Il sert de parabole entre le Mexique et le continent nord-américain. Voisin de Dick Linklater à Austin, les deux hommes partagent une passion envahissante pour tout ce qui fume et qui rend jouasse. D'ailleurs, tout le monde s'est esbaudi du projet Boyhood, film tourné sur quinze ans, alors que le tournage s'adaptait simplement au planning-maison de Linklater et à son rythme de vie très "cool". Nul doute que la ganja tournoyait aussi sur le plateau de Predestination. A ce propos, oubliez Las Vegas Parano et Inherent Vice, vous tenez là THE stoner movie.


Predestination des frères Spierig avec Ethan Hawke, Sarah Snook et Noah Taylor (2014)

13 mars 2013

40 ans : Mode d'emploi

La petite vie de Judd Apatow, acte IV. En 2005, Apatow nous avouait sans la moindre honte qu'à 40 ans, il n'avait pas encore vu ni touché le loup. Deux ans plus tard, il se servait d'un film pour annoncer à sa femme qu'il l'avait mise enceinte et en profitait pour nous partager ses craintes sur la gestation et sa future paternité. En 2009, avec une régularité de métronome, Apatow interrogeait le public sur son incapacité à faire rire, via Funny People, une thérapie à 75 millions de dollars, un film lucide qui lui a sûrement fait du bien, et c'est tant mieux pour lui. On attendait tous un film en 2011, mais c'était sans compter sur l'échec monumental de Funny People, qui a eu l'heureux effet de ralentir les velléités d'Apatow metteur en scène. Un mogul des studios lui aurait déclaré "Tu peux filmer ça" en lui pointant son majeur. Apatow, dont la carrière en tant que producteur avait été couverte de succès dans les années 2000, se retrouvait en plein doute en tant qu'auteur. Qu'allait-il faire ensuite ?




Apatow, c'est un peu comme Microsoft avec les claviers et les souris, s'il n'était que producteur, on le respecterait pour son travail. Ceci dit, rappelons tout de même qu'Apatow a aussi produit un sacré tas de merdes. Mais il a participé à Anchorman, Ricky Bobby, Walk Hard, Step Brothers, bref, autant de films qui permettent de lui pardonner pas mal d'écarts de conduite. Reconnu comme un auteur crucial du cinéma américain des années 2000 par certains critiques qui sont définitivement trop à la recherche de la nouvelle star, souvent considéré comme l'étendard du renouveau de la comédie US par les cinéphiles en manque de guides, il est nécessaire de rappeler l'indigence du cinéma personnel d'Apatow, particulièrement frappant dans son dernier opus. Cet homme est décidément bien plus doué quand il s'agit simplement de placer ses billes dans les oeuvres drolatiques portées par de vrais génies du rire, à commencer par Will Ferrell, tout en s'écartant au maximum du travail créatif. 




Un film comme 40 ans : Mode d'emploi est pourtant encore l'occasion de constater qu'Apatow a des thèmes, des problématiques clairement identifiables, autour desquels il tourne, en rond, depuis maintenant des années, dans un circuit fermé parfaitement cohérent qui dégage une vieille odeur de pieds sales. Car il faut voir à quel point tout ça est creux, sonne faux et, accessoirement, est toujours terriblement laid à regarder. Son nouveau film fait presque mal aux yeux. Et comme c'est long, comme c'est bête, comme c'est naze... Le titre français est méprisable mais pleinement mérité. On prend en pleine poire ses petits tracas de quarantenaire détestable, soucieux d'être encore au top sexuellement, de gagner un tas de fric pour remplir sa grosse berline BMW, de pas trop se faire bouffer par ses gosses. En outre, en engageant sa femme dans le premier rôle et ses deux filles pour des rôles également importants, Judd Apatow ne fait que rendre son petit film encore plus insupportablement égocentrique, plus recroquevillé sur lui-même que jamais. Il passe encore 2h20 à nous montrer son nombril en s'imaginant que celui-ci est infiniment drôle et intéressant à regarder.




Leslie Mann, sa femme, n'a pas l'étoffe d'un premier rôle. Triste fantôme qui traverse les comédies américaines depuis des années, ce n'est certainement pas un hasard si seul son époux a la gentillesse de l'embaucher pour la hisser enfin en tête d'affiche. Son visage trop fade, ses expressions toutes faites sorties des plus vilaines sitcoms et son manque absolu de charme en font une actrice totalement incapable de captiver son audimat. Apatow a beau la filmer sous tous les angles, nous dévoiler son anatomie jusque dans les moindres recoins, jusqu'au bout des tétons, ça ne marche pas, rien n'y fait. Elle exaspère. Apatow la met dans les situations sexuelles les plus suggestives, en la faisant par exemple réaliser une fellation soudaine et bienvenue à son mari qui n'en demandait pas tant, cela nous fait le même effet que de savoir avec qui couche NKM. Jusqu'au générique de fin, la souffrance de la voir presque de tous les plans est telle qu'on espère voir débarquer une vraie actrice, capable de faire rire et d'émouvoir, pour la remplacer et la bouter définitivement hors champ. En vain. A côté de ça, on doit plutôt supporter une Megan Fox qui passe pour LA bonnasse ultime, regardée par tous et toutes avec envie. Hé ben...




Face à Leslie Mann, on retrouve un habitué : le si pâle Paul Rudd, qui joue donc un ersatz de Judd Apatow. On apprécie Paul Rudd pour son rôle dans Anchorman. Avouons qu'il a une tête sympathique et qu'on aurait sans doute envie de taper la discussion avec lui si on le croisait. Mais reconnaissons aussi qu'il n'a pas du tout les épaules assez larges pour camper le rôle principal d'une "comédie" de 2h20 (avec les films signés Apatow, j'hésite toujours à appeler ça des comédies tant les rires sont rares au profit d'une psychanalyse de trottoir). Paul Rudd est ici traîné dans la boue dans des situations grotesques et embarrassantes : quid de cette scène où, les quatre fers en l'air, dépourvu du moindre slip, l'intimité réduite à néant, il demande sans ambages à Leslie Mann de lui inspecter le trou de balle ? L'acteur n'arrive pas à rendre son personnage attachant et, pire encore, ne sort jamais grandit de telles situations, qu'il échoue systématiquement à rendre un tant soit peu amusantes. Il semble subir le film et être la marionnette pathétique de son ami réalisateur. Quand il lâche une série de pets sur le lit conjugal au visage de sa femme, on éprouve quasiment de la pitié pour lui. On aime la loyauté de l'acteur envers son pote réalisateur, beaucoup d'autres auraient refusé de participer à une telle mascarade, mais après un tel film, on ne peut s'empêcher d'avoir une idée encore plus cruelle du talent réel de Paul Rudd. Vivement Anchorman 2 pour qu'il puisse revenir au niveau d'estime que nous lui portions.




Les rares scènes ou moments drôles sont entièrement dus à des acteurs en roue libre, au pouvoir comique réel, mais cantonnés à des rôles toujours très secondaires, décoratifs. On est ainsi ravis de retrouver la fameuse "grosse de Mes Meilleures Amies" qui agit ici telle de la dynamite dans un ensemble d'une extrême fadeur. Melissa McCarthy a deux scènes seulement, les deux meilleures du film, de loin. L'actrice, une petite boule de haine intenable, y laisse complètement aller son talent nerveux pour l'improvisation comique. On aurait aimé que cela dure plus longtemps. L'une de ces scènes est d'ailleurs si supérieure au reste qu'on en retrouve les rushs au générique final, terrible aveu final de lucidité de la part d'Apatow, conscient qu'il tient là le seul moment réellement poilant. Albert Brooks, le vilain de Drive, surprend quant à lui dans le rôle d'un père totalement irresponsable, un personnage aux répliques souvent inattendues et toujours placées avec tact, avec le sérieux et la conviction qui caractérisent les plus grands malades. L'acteur nous rappelle qu'il a commencé par le stand-up avant de finir poignardé sur un parking. On peut hélas regretter que son personnage soit justement réduit à ces petites répliques, et qu'il n'ait même pas une scène pour nous combler et nous faire pleinement goûter sa verve comique toujours vivace, dont il ne peut que donner des aperçus assez frustrants. Notons toutefois que cet acteur est un véritable moteur diesel qui part très doucement, de manière assez laborieuse, pour finir littéralement en roue libre, au meilleur de sa forme.


 

Inutile d'aborder le sujet même du film, c'est-à-dire la crise existentielle de la quarantaine selon Docteur Apatow. C'est à peu près aussi profond qu'une émission télévisée présentée par Arthur. Si des gens se reconnaissent là-dedans et sont touchés par les états d'âme dépeints par Apatow et exprimés à travers ses personnages lamentables, j'ai simplement beaucoup de peine pour eux. Son film rappelle voire martèle la tagline ridicule de la série Cougar Town dans laquelle Courteney Cox essaye péniblement de trouver une nouvelle jeunesse : "40 is the new 20". 40 ans : Mode d'emploi ne donne pas envie d'atteindre les 40 ans, il donne simplement envie de rien. Il fait partie de ces films, parmi les plus déprimants, qui nous abandonnent plein d'idées noires et avec une piètre opinion de l'être humain dans sa globalité. Je suis mort quatre fois en matant ce film. Une fois toutes les 30 minutes.


40 ans : Mode d'emploi de Judd Apatow avec Leslie Mann, Paul Rudd, Albert Brooks, Jason Segel, Megan Fox, Maude Apatow et Iris Apatow (2013)

25 avril 2011

Scream 4

Nous avons donc droit à un nouveau Scream, plus de dix ans après la sortie du troisième opus qui était supposé avoir clôt la saga sans éclat. Une bonne idée motive-t-elle ce retour en fanfare ? Pas vraiment, puisque si Scream 2 suivait les soi-disant règles d'une suite et Scream 3 celles du "dernier acte d'une trilogie", celui-ci donne tout simplement l'occasion d'un remake du premier épisode, avec tout ce que cela implique. Il s'agit donc plutôt d'un retour aux sources : Scream 4 renoue avec le ton référentiel puis auto-référentiel des deux premiers opus et les procédés a priori bienvenus de mise en abyme qui font l'originalité de cette saga horrifique. Dès ses premières scènes d'introduction gigognes, qui apparaissent au bout du compte comme le moment le plus osé et le plus amusant du film, Scream 4 se présente comme la copie conforme des Stab, cette série de films d'horreur ridicules tirés des sinistres évènements survenus à Woodsboro dont le personnage campé par Neve Campbell est l'éternelle survivante. Scream 4 met ainsi le spectateur pointilleux dans une drôle de position dès cette introduction suicidaire...


Le regard éternellement taquin du vétéran Wes Craven, ce prof de philo reconverti en cinéaste, spécialisé dans l'horreur par défaut et non par vocation

Comment pourrait-on en effet dire du mal d'un film qui se moque à ce point de lui-même mais aussi de nous autres, ses propres spectateurs ? Peut-être en regrettant que Scream 4 se contente justement de n'être que cette auto-caricature pathétique, alors que, tout naïf que je suis, j'espérais que Wes Craven aille au-delà, et qu'il finisse enfin par surprendre véritablement. Hélas... Le bonhomme est coutumier du fait et ce n'est pas à 70 ans passés qu'il allait changer. Ce bon vieux Wesley Earl Craven a effectivement toujours démontré qu'il était un adepte de la mise en abyme. Cela pouvait notamment se voir dès le premier Freddy, où l'on avait parfois du mal à faire la distinction entre rêve et réalité, et le cinéaste allait plus loin dans l'ultime épisode de la saga originelle, celui qui porte justement pour titre dans sa version française Freddy sort de la nuit. Dans ce film sorti en 1994, le fameux croque-mitaine à la main droite acérée et au célèbre pull à rayures se montrait désireux de sortir de la fiction et choisissait pour cela de s'en prendre directement à son créateur, Wes Craven (dans son propre rôle donc), et à l'ensemble du casting du film original. Mais là encore, le film n'allait pas vraiment au bout de son intéressante idée de départ et, d’après mes souvenirs, finissait par répéter bêtement la même recette que les précédents opus. Hé bien c’est exactement la même chose qui arrive à ce quatrième Scream, où (ceux qui redoutent les spoilers, sautez la fin de ce paragraphe !) nous avons finalement droit au sempiternel duos de tueurs auxquels on ne croit pas une seconde et qui, lors d’un final lourdingue retombant comme un soufflé, nous expliquent le pourquoi et le comment d’un tel carnage. L’impression de déjà-vu était le risque d’un tel procédé, elle annule ici tout effet de surprise et, pire encore, ne manque pas de provoquer un agacement certain. Si, pour conclure le film, on avait simplement eu droit à un nouvel effet de mise en abyme jusqu’au-boutiste nous révélant cette fois-ci un Wes Craven au regard narquois, tranquillement installé sur son canapé face à sa téloche, mettant fin à son propre film via sa télécommande avant de s'en moquer ouvertement, j'aurais trouvé ça autrement plus réussi. La boucle aurait été bouclée, le film se terminant comme il a commencé. Et cela aurait été un joli pied-de-nez du cinéaste vieillissant adressé à son public et à sa propre filmographie. J'imagine malheureusement qu'un tel scénario est inimaginable dans un film destiné à s'emparer du box office et ne devant donc pas trop décontenancer son audience. Un public dont il ose pourtant se moquer allègrement...


Toute la fine équipe est de retour pour ce film, dont l'inénarrable David Arquette, que l'abus d'alcool a curieusement très bien conservé, le gars n'a pas bougé d'un poil !

Au-delà du fait que le choix des acteurs fait sens (en autres, la charmante Emma Roberts et le hideux Rory Culkin apparaissent particulièrement bien choisis pour camper ces deux individus cherchant désespérément à se faire un prénom, la première étant la nièce de Julia Roberts et le second le frérot de Macaulay), la chose la plus intéressante de Scream 4 est clairement ce sado-masochisme étrange dont il fait preuve. Il aime se tirer une balle dans le pied en se foutant des Stab dont il est pourtant la réplique exacte ; et, dans le même temps, il se moque de son public de jeunes gens plus ou moins abrutis. Bien qu'il s'aventure plus souvent que ces prédécesseurs dans la parodie pure, Scream 4 n’est en réalité rien d’autre qu’un slasher de plus, peut-être plus efficace que la moyenne (ce qui n’est pas véritablement un compliment), mais finalement pas beaucoup plus malin. Un film justement destiné à ce jeune public dont il épingle les travers, sans réelle méchanceté toutefois : ces gros accros aux réseaux sociaux, toujours scotchés à leurs écrans de portables ou d'ordinateurs, qui s’envoient des films comme Windows lance en douce des programmes inutiles, en fond de tâche, sans réellement les mater, y trouvant par exemple autant de prétextes pour des jeux à boire. C'est une démarche pour le moins cynique et contradictoire qui ne grandit pas spécialement le film de Wes Craven, mais qui lui donne paradoxalement une certaine singularité... Malgré ses défauts, j'imagine que Scream 4 satisfera sans aucun mal les moins regardants, dont les personnages à l'écran sont des reflets. D'où l'assurance d'une suite prochaine, en cas de bons résultats au box-office. Et donc Scream 5 (ou 5cream, pour anticiper), serait alors le remake de Scream 2 et son ou ses tueurs y suivraient les règles communes aux remakes de suite ? Ouais... Pas obligé non plus de le tourner, Wes.


:-(

Je ne peux écrire une critique de ce film sans réserver quelques lignes à l'actrice Courteney Cox, que l’on pourrait sans forcer son imagination renommer Courteney Botox. Je vais vous faire une confession de derrière les fagots : ado, je faisais partie de cette petite minorité de téléspectateurs de Friends qui disaient préférer Monica à Rachel. Mais c’était sincère : elle était alors l'incarnation de mon idéal féminin, je préférais la brune aux yeux bleus que la bombe H aux tétons aux aguets. Maintenant je kiffe les deux, je dégommerais même Chandler. Mais je m'écarte du sujet. Mes premières navigations sur internet avaient souvent pour but de zieuter quelques photos d’elle et je le reconnais sans honte (quoique...). Dans Scream 4, je ne sais pas si c’est pour correspondre à son personnage de vieille garce aux dents qui rayent le parquet qu’elle a choisi de ressembler à un sac plastique Leclerc géant, mais j’en doute fortement ! Je crois plutôt que l’on assiste au spectacle tragique et bien connu d’une actrice qui a été très belle et qui, dans la peur de vieillir (et, d'après elle, de s'enlaidir), en vient à commettre l’irréparable. Emmanuelle Béart Syndrome ! Courteney Cocks semble à présent venir d’une autre planète. Et là encore, ça n’est pas du tout compliment, il ne faut pas l’interpréter dans le sens « une telle beauté vient d’ailleurs ». Non, bien au contraire. Ce serait plutôt un extra-terrestre dans le genre de ceux qu'on doit éjecter dans l'espace par le sas d'aération pour pas qu’il nous bouffe tout cru. A un moment du film, son personnage en vient à porter le fameux masque du tueur pour passer incognito. Hé bien sachez que c’est à ce moment précis que l’actrice fout le moins les j’tons et que sa tronche correspond le plus à celle d’une femme de son âge lambda. Dans Scream 4, c'est la nouvelle tronche de Cox qui m'a le plus captivé, ça, et l’œil gauche bizarroïde d'Emma Roberts. Ça fait toujours un petit pincement au cœur quand on constate d'un seul coup la dégringolade terrible d'une idole passée, et je vous prie de bien vouloir m’excuser d’avoir dû vous en parler…


Scream 4 avec Neve Campbell, Emma Roberts, David Arquette, Courteney Cox, Rory Culkin et Hayden Pannetiere (2011)