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1 mai 2013

Une Créature de rêve

La série Code Lisa a bercé notre adolescence. Quand nous avons appris qu'un remake du film de John Hughes à l'origine de la série et tourné en 85 était en branle, nous nous sommes dits qu'il était temps d'enfin le regarder ! On connait tous l'histoire (en tout cas Poulpard et moi) : Gary et Wyatt, deux nerds, risées de leur bahut, n'arrivent à rien avec les filles. Rien de rien ! Un soir d'ennui, ils décident donc d'inventer la femme de leur rêve sur l'ordinateur surpuissant à 1Mo de RAM de Wyatt. Après moult éclairs, une sublime créature débarque alors dans leur chambre comme par magie, exauçant tous leurs vœux, même les plus humides...

C'est donc à John Hughes, le fameux spécialiste du cinéma adolescent américain des années 80, que l'on doit cette idée ma foi toute bête mais diablement excitante, une variation du mythe de Frankenstein, revue et corrigée à la sauce teens et sexy. Le film, hélas, a terriblement vieilli, à l'image de son actrice principale, devenue une sorte de tract vivant anti chirurghie esthétique. Une Créature de rêve (en VO : Weird Science) a de bien nombreux défauts, liés en partie à son époque. La garde-robe des années 80 est une infamie, notamment sur une femme bien faite lorsque la tenue se veut aguichante. Le film est mal rythmé et trop rarement marrant, à l'exception d'une ou deux répliques surprenantes de vulgarité et du personnage de Chet, ici campé par un Bill Paxton sous tension (autre star au casting : Robert Downey Jr. en loubard très laid). A partir de son idée de départ, le scénario part dans tous les sens, quitte à nous perdre complètement en route, et se conclut n'importe comment. En bref, on est très très loin du meilleur de John Hughes, même si nous sommes contents d'avoir comblé cette lacune. 

Malgré cela, il faut reconnaître à John Hughes qu'il connaît bien son sujet. Il tient plutôt compte des réalités adolescentes, dans les limites imposées par une comédie tout public. Les ados du film n'ont que deux idées en tête : faire la fête et triquer. Son film est très tendancieux et n'occulte rien des envies sexuelles des personnages envers la femme créée. La première chose que font Gary et Wyatt après l'apparition de Lisa est de prendre une douche avec elle pour mieux la contempler dans son plus simple appareil. On devine alors qu'ils ont le sexe tellement dur qu'il pourrait fendre un chêne centenaire. D'autres allusions équivoques et des détails clairement craspecs parsèment le film et nous font régulièrement relever la tête à l'heure où les comédies pour adolescents sont tout ce qu'il y a de plus sage, totalement aseptisées et sans aucun esprit transgressif.

La série produite dans les années 90 et diffusée par France 2 était quant à elle tout ce qu'il y a de plus politiquement correct. Elle donnait cependant suffisamment d'idées pour mettre un adolescent en ébullition. Il faut dire que Vanessa Angel était une vraie tigresse. L'actrice avait trouvé le rôle de sa vie (on ne la recroisera ensuite que chez les frères Farelly). La série proposait un véritable festival sons et lumières pour tout amateur de belles pépés. Vanessa Angel apparaissait dans les tenues les plus affriolantes et plaçait la plupart des épisodes sur orbite, en particulier ceux de la première saison. Face à ça, on ne pouvait que serrer les dents et les poings en pensant à Wyatt qui, astuce scénaristique ridicule car pas du tout crédible, avait décidé de mettre des gardes fous pour empêcher tout abus d'ordre sexuel avec ou sur la créature. Bien conscient d'ailleurs qu'il s'agissait d'une question à vite évacuer, Lisa apparaissait nue mais censurée dès le tout premier épisode. Les scénaristes étaient ainsi immédiatement soulagés et délestés d'un épineux problème. Poulpard, quant à lui, maudit encore ces maudites barres noires...

Joel Silver, qui produira le remake, nous a promis une comédie interdite au moins de 18 ans, comme Very Bad Trip et 21 Jump Street. De quoi faire peur dans notre époque sclérosée, sachant que les deux comédies suscitées sont aussi subversives qu'un disque de Laurent Voulzy. Nous n'en attendons donc rien. Mais nous sommes tout de même curieux de connaître l'identité de celle qui sera condamnée à nous faire fantasmer et devra nécessairement correspondre aux rêves adolescents de son époque. Qui succédera à la sympathique Kelly LeBrock et à l'inoubliable Vannesa Angel ? On redoute Mila Kunis, Jennifer Lawrence ou Megan Fox, qui feraient perdre tout espèce d'intérêt au projet, et on conseille d'autres noms comme Amber Heard ou Jean Galfione. Petite requête perso : MEW... Mais dans le fond, on sait bien qu'un tel remake aurait plutôt dû être réalisé par Marc Dorcel ou John B. Root pour XXIst Sextury...


Une Créature de rêve de John Hughes avec Anthony Michael Hall, Kelly LeBrock, Ian Mitchell-Smith et Bill Paxton (1985)

8 décembre 2011

Tess

Comme vous pouvez le constater depuis le début de notre dossier spécial consacré à Roman Polanski, c'est mon acolyte Rémi qui s'est attelé à la plupart des articles, non sans brio. Il faut aussi préciser qu'il s'est emparé des meilleurs films, ne me laissant plus que les miettes. Les miettes nauséabondes de la filmographie du maître Polanski... "King in the castle, king in the castle !" Alors histoire de l'aider un peu, j'ai proposé des idées sur ce que pourraient être mes contributions... La haute opinion que je me fais de mon talent transparaît dans les lignes suivantes, elle est à votre disposition ci-dessous.

Mes parents, éleveurs de brebis, ont une chienne qui s'appelle Tess, en référence au film éponyme de Roman Polanski. C'est un bon chien de travail, un fidèle chien de berger, limité mais dévoué, doté d'un pelage roux unique en son genre qui le fait passer pour un renard aux yeux des plus miros d'entre nous. Si c'était un être humain, elle ressemblerait très probablement à Elizabeth Tchoungui mais sûrement pas à Nastassja Kinski aka Tess dans le film Tess. Un film tourné par Polanski pour définitivement clore dix années de marasme et rendre un vibrant hommage posthume à la regrettée Sharon Tate, l'amour de sa vie (love life), dont Tess d'Urberville était le roman préféré. Un réalisateur qui, deux années plus tôt, avait perdu la notion du bien et du mal et douloureusement franchi la ligne jaune (the thin red line) avec une adolescente de 13 ans. On s'était promis de ne pas en parler.


La Tess de Roman Polanski.

Bref, j'ai un chien qui porte le nom d'un film de Polanski. Bref, ce chien est roux et un peu con. Bref, c'est pas le premier nom à la con que je donne à l'un de mes pléthoriques animaux domestiques. Bref, la série Bref me rend fou ! Retour du côté des clébards. La chienne Tess prend progressivement la relève de Clint, elle-même nommée ainsi en hommage à l'illustre maire de Carmel, Californie, et plus précisément à cause du film La Relève avec Charlie Sheen. Car Clint, qui est une femelle malgré son nom, était déjà la relève d'un clébard débile mais particulièrement affectueux nommé Graham du fait de la comptine "Ams Tram Gram Pic et Pic et Colégram", ces chiens étant tous de la race Border Collie (prononcer "colé", d'où le jeu de mots récurrent). Graham était lui-même la relève de Hopterre 2, rendu fou par le petit Poulpard aka Brain Damage, qui lui lançait des cailloux sur la tronche en éloignant sa gamelle. Conseil parental : quand votre gosse, à peine âgé de 4 ans et haut comme trois pommes, s'en prend de façon effroyablement méthodique et sournoise à des animaux sans défense, ce n'est pas bon signe du tout et cela laisse présager du pire. Conseil de berger : ne jamais donner le même nom à deux chiens, même quand ils ne sont pas contemporains. Hopterre, premier du nom, (1974-1981 - mort auto-empoisonné, "Curiosity killed the dog" en l'occurrence), était probablement le meilleur chien de troupeau du monde. Il était donc certain qu'Hopterre 2 (1982-1996 - il est mort comme il est né : aveugle et incontinent) allait décevoir. Mes parents, qui avaient de vains espoirs de ressusciter le talent de leur défunt compagnon, ont commis là leur plus grande erreur professionnelle. Si on ne prend pas en compte la fois où mon paternel a accidentellement, se défend-il, tué net un agneau en lui administrant un coup du lapin latéral avec une barrière en bois ; et si on passe l'éponge sur l'épisode scabreux survenu en été 85, célèbre dans la famille pour ce que l'on appelle "l'expérience interdite" qui a condamné quinze valeureux agneaux bons pour l'abattoir ou, comme disait ma mère, "15 fois 500 balles !" ("500 balles" étant le nom qu'elle donne indistinctement à tout agneau, tandis que "congélo" est plutôt le nom du veau. On ne juge pas la famille.)


Clint, le 23 avril 2006, au top de sa forme.

Revenons à notre Clint, LE chien qui m'a marqué et qui aujourd'hui va péniblement vers ses 13 ans. Nous préférons l'appeler Clintou et nous avons pris l'habitude de lui réinterpréter toutes les chansons du répertoire musical mondial en son honneur, en remplaçant toutes les paroles par des "tout" ou encore "tout pour ma Clintou". A la base de cette folie créatrice, le tube de Michel Polnareff, Tout pour ma chérie, qui devient : "Tout tout, pour ma Clintou, ma Clintou / Tout tout, pour ma Clintou, ma Clintou / ad vitam eternam". Quand on lui chante ce refrain diabolique en se tapant les mains sur les cuisses, ma Clintou, mon toutou si doux, devient tout fou ! Seule chanson qui résiste à ce chamboulement parolier, la célébrissime ballade Only you, qui met Clintou en position "offerte", à la Sasha Grey, tout en la faisant couiner, à la Kyla Cole, au rythme langoureux de cette chanson qui a mis des millions de femmes en cloque mode d'emploi. Bref.


Kyla Cole, dans son bleu de travail.

Bref, on a aussi des chats. Ils ont, eux aussi, été les victimes de notre cinéphilie d'adolescents à peine influencés par notre père fan number one d'Hitchcock et de Vin Diesel. Nous n'avons pas appelé nos chats Vanille, Canelle, Grisette, Horny Housewives, Minette, Toupac Shakur, Mistigri, Félix ou encore Ciboulette. Non, nous avons choisi de leur donner des noms de films d'horreur histoire de les blinder face à une vie difficile dès la naissance : mise bas du haut d'une botte de foin ronde et mort prématurée en tous genres (flaque d'eau trop profonde, poules belliqueuses, renards aux aguets, facteur pressé, mère indigne et bergère malthusienne). Ainsi, nous avons eu la chance et la joie d'accueillir Critters, Gremlins, Freddy, Alien, Alien 2, Alien 3, Leviathan (surnommé "Leviathos le chat portos" - no offence), Panic, Toxic, Copycat, Se7en, Piranhas 3D, Prince des Ténèbres, Jack Nicholson. On voulait appeler un chat Les Diaboliques, mais le problème c'est que c'était au pluriel. Plusieurs chats se sont appelés Koukol en référence à l'inoubliable personnage de vampire trisomique du film de Polanski ! Cette tradition était moins originale et brillante qu'on le pensait quand on a appris avec stupéfaction que nos voisins en faisaient autant. On a découvert ça quand on s'est rendu compte que notre matou Alien allait régulièrement casser la gueule de l'efflanqué Predator, le chat jamaïcain du voisin, dans un crossover avant l'heure qui ne ménageait pas nos tympans. Récemment, nous avons décidé de passer au foot. Notre mâle dominant s'appelle Yohan Demont (le footeux lensois dont on est tous persuadé d'avoir croisé la teub glabre sang et or chez Marc Dorcel) et son principal rival, constamment en alerte, n'est autre qu'Alou Diarra, chat sentinelle dont les stats personnelles restent de haute volée malgré un début de saison en demi teinte.

Pour en revenir à Tess, c'est quand même un chouette chien et ma maman m'assure que ça deviendra un "très bon chien".


Tess de Roman Polanski avec Natassja Kinski (1979)

30 mars 2010

The Road

On l'attendait depuis si longtemps, depuis toujours en fait. Je ne me souviens pas d'un moment de ma vie où je ne l'ai pas attendu. Et plus le temps passait, plus je l'attendais, et plus je désespérais de le voir un jour. Ce film, c'était un rêve de gosse pour moi. Une utopie. Je me disais prêt à embrasser les pieds de celui qui daignerait le réaliser. Et enfin ça y est, nous y voilà, il y a quelques semaines j'entends dire que quelqu'un l'a fait, que quelqu'un l'a finalement réalisé, il existerait... Le biopic filmé officiel de The Toad, le champignon de Mario Kart. Eh bien non. Détrompez-moi, détrompez-vous. Il n'en est rien. À une lettre près, c'est un tout autre film que nous avons sous les yeux. Faut dire que c'est un collègue à moi qui avait mal lu l'annonce avant de me prévenir de la surprenante sortie au cinéma d'une adaptation ciné de la vie de l'étonnant champignon de Paris roi des circuits. Un triste collègue qui se fait surnommer "Papa", comme Ernest Hemingway, et Dieu sait qu'il faut se méfier des hommes qui se font surnommer "Papa".



À quand ? À quand le film premier et définitif sur Toad (prononcez "To-had"), le noble personnage du plus mémorable jeu de kart indémodable au monde ? On a eu droit aux tristes biopics de Mario et Luigi, plombiers Siciliens à moustaches et sans saveur. Notamment dans pléiade de films pornos dits "classiques" de la période faste de Marc Dorcel, le producteur trash surnommé "Médusa" du fait de ses mille yeux et de son chibre supposé ressembler à un serpent de mer, le magna du porno franchouillard que ces deux nains vivant chaque jour la queue dans la main, anti-héros idéaux, fascineront et hanteront jusque dans sa tombe. Tombe dont il soulèvera peut-être le couvercle avec son nœud, comme le célèbre Bali Balo. On a aussi subi la biographie filmée de l'odieux Yoshi, le dernier dinosaure, certainement passé "au travers" de l'extinction de sa race par les grâces d'une petitesse notoire et d'une ressemblance troublante avec Orson Welles. Mais rien sur Toad, l'amant illégitime de la Princesse Daisy, le protagoniste le plus sombre et le plus torturé de Mario Kart à égalité, à la limite, avec Koopas Troopas. Rien, rien, rien sur Toad, le champion des champignons, le plus vermoulu des myco-nimbus frais émoulus, le cèpe humain, le gland du volant, mycosique comme pas deux. Je n'ai appris la supercherie qu'une fois devant le film, que je brûlais d'impatience de découvrir au point de tout de suite le télécharger en dvd.rip quelques semaines après sa sortie en BlueDiscRay.



Quelle ne fut pas ma déception en découvrant l'ouverture insipide du film de John Hillcoat, accablé devant mon poste de télé où je m'étais préparé à voir le chef-d'œuvre de l'année, entouré d'une entrée, d'un plat et d'un dessert unanimement concoctés à base de chanterelles, avec l'idée derrière la tête de fumer les champignons qui fleurissent entre mes doigts et dans la raie de mon énorme cul. Au final je n'ai pas touché aux superbes mets que je m'étais préparés mais j'ai tout de même humé mes propres corps étrangers, minutieusement râpés au préalable, pour supporter l'un des films les plus déprimants de l'année qui a cru m'apprendre qu'un cataclysme plane au-dessus de nos têtes et que dans l'apocalypse l'homme serait un loup pour l'homme, et auquel j'ai répondu par une pluie de pets-de-nonnes farcis et extraordinairement fumeux. Avec tout de même une pointe de regret à l'égard de l'acteur Viggo Mortensen, qui n'a jamais aussi bien porté son nom : Viggo Mort-en-scène. Admirez le jeu de mot. On a de la peine et presque du respect pour lui, pour une seule raison: c'est le seul comédien qui a accepté de paumer 10 kilos et de s'émacier sa propre tronche d'ange avec un marteau et un burin pour un triste rôle sans en sortir avec l'Oscar du meilleur acteur sur sa cheminée. Il m'a fait d'autant plus de chagrin qu'il m'a rappelé mon propre frère, Joséba, qui a récemment subi le même traitement morbide pour ressembler aujourd'hui à un cadavéreux, mais lui c'est juste parce qu'en ce moment ça va pas.
 
 
Quoiqu'il en soit et pour en revenir à La Route (véritable chemin de traverse, ou bourbier, me concernant), la mise en scène du film s'est avérée aussi plate que mon esprit s'est révélé créatif et putride, enfumé par les champignons hallucinogènes que j'ai dénichés entre mes orteils des pieds. En revanche j'ai largement pu m'identifier à un personnage principal au moins aussi con que moi et parce qu'en dépit d'une aprèm passée au macdo du coin j'avais presque plus les crocs que le héros et son idiot de fils réunis. En définitive le seul effet que le film aura eu sur moi aura été de me filer l'envie de faire des croques-en-pattes à ma femme dès qu'elle est rentrée d'une soirée pyjus passée toute seule enfermée par mes soins dans notre chambre à coucher, pourtant je suis un gentleman, sage comme une image, doux comme un charme, un vrai clebs de garde, mais j'étais légèrement à fleur de peau après avoir subi l'influence d'un film qui érige la mère de famille en chienne urbaine et après la déception terrible de n'avoir pas encore vu le long métrage de mes rêves, le spin-off tant attendu de Mario Kart qui fera la part belle à Toad le champ'.


The Road de John Hillcoat avec Viggo Mortensen et Robert Duvall (2009)