Affichage des articles dont le libellé est Philip Glass. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Philip Glass. Afficher tous les articles

2 avril 2016

The Revenant

C'est donc comme ça qu'il faut filmer désormais. Il faut faire des films en fish-eye, en plans-séquences tournoyants, en contre-plongée, truffés de moments de bravoure (comme ce long plan qui grimpe la montagne à reculons depuis le bord escarpé du fleuve, au début du film, qui nous crie "Visez-moi la prouesse !"), et ne tourner que durant "l'heure bleue", quand les animaux de la nuit se la ferment et juste avant que ceux du jour ne s'ébrouent, l'heure où les loups-garous ont le plus la trique. Le chef op' de Terrence Malick, Emmanuel Lubezki, le virtuose, a donc commis un massacre supplémentaire et voit son "style" érigé en modèle par l'académie des Oscars, puisqu'il a obtenu trois fois de suite le prix de la meilleure photographie. On a de nouveau droit à ses effets signatures détestables : mille et un plans en contre-plongée totale sur les arbres, par exemple, ou bien, dans quelques scènes de rêverie horribles, dignes des pires flashbacks sentimentaux dégoulinants de Gladiator, ces sempiternels et tristes plans sur un personnage béat devant les rayons du soleil, autant de clichés morbides qu'on ne peut plus blairer depuis longtemps, qui sont aussi tristes et usants que la mode des films aux teintes uniformément bleu gris...




The Revenant est donc visuellement à couper le souffle, dans le pire sens de l'expression, mais il est avant tout d'une lourdeur extrême. Tout ce qui faisait le charme, la force, la richesse d'un film comme Le Convoi sauvage, basé sur la même histoire (celle du trappeur Hugh Glass, salement blessé par un grizzly en 1823, qui parvint à rejoindre son bivouac à Pincou-les-bains, distant de plus de 300km, en moins de six ans et en rampant), fout le camp au profit d'une bête histoire de vengeance opposant Leo DiCaprio et Tom Hardy. Le premier s'étant fait sodomiser par un ours, le second l'abandonne à son sort après avoir tringlé son fils. Par suite de quoi, Leo DiCaprio met tout en œuvre pour rattraper le coupable et se l'esprofondir, après 2h50 de galère où rien n'est rendu palpable de la difficulté des épreuves traversées par le héros ni de la distance séparant les espaces arpentés pour mettre la main sur un simple connard. Car c'est bien à cela que se résume l'antagoniste de Hugh Glass (grand-père de Philip Glass, qui malheureusement ne signe pas, de ses dix doigts de fée, longs et véloces, la bande originale du film). Le héros, bon, généreux, fort, courageux et à l'écoute de la nature, traque son ennemi, un fumier intégral, couard et cupide, jusqu'à ce qu'ils se larguent quelques dizaines de balles et de coups de couteau au bord de l'eau...




DiCaprio, l'acteur le plus apprécié du moment, s'est retrouvé en top tendance pendant deux semaines suite à son Oscar et à sa petite diatribe contre l'environnement. Et pourtant, si on a beaucoup déblatéré sur les difficultés du tournage en conditions extrêmes (il faudrait chialer pour eux alors que personne ne leur avait rien demandé jusqu'à preuve du contraire), c'est bien la faune et la flore des coins perdus où Iñarritu est allé planter sa caméra et son bivouac qui ont le plus trinqué. Il s'agit d'écosystèmes extrêmement fragiles, où la vie ne tient qu'à un fil, grâce à un équilibre millénaire vite perturbé par une présence étrangère aussi délicate soit-elle. Et c'est pas les gros sabots pleins de merde d'Iñarritu, ou la petite gueule enfarinée et bouffie de DiCaprio, ni la putain de bouche à pipe de Tom Hardy qui auront su préserver l'anonymat dans un tel contexte. En d'autres mots, la caravane du film, ultra nomade, a démoli tous les paysages qu'elle a traversés. Lubezki et Iñarritu, emportés dans leur grand délire maniaco-dépressif et égocentrique, se sont lancés dans des kilomètres de route et de vol pour trouver le pin parfait, le galet idéal, la brindille de rêve, la feuille de chêne la mieux dessinée, le champignon hallucinogène le plus dément, la fougère la plus velue, la toile d'araignée la plus symétrique, le grain de sable le plus fin, l'indien d'Amérique le moins mort. En bref, si DiCaprio se montre au fait de l'actu ciné et environnementale, il ferait mieux de balayer devant ses propres pompes et de changer plus régulièrement la litière d'Iñarritu.


The Revenant d'Alejandro Gonzalez Iñarritu avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Lukas Haas et Domhnall Gleeson (2016)

25 mai 2014

The Hours

Nouvelle variation sur la vie et l’œuvre de l'écrivaine Virginia Woolf, après le fameux biopic Woolf avec Jack Nicholson, mi-écrivaine mi-loup-garou, dans le rôle titre, The Hours raconte et entremêle le parcours de trois femmes. Virginia Woolf en personne, écrivaine soi-disant folle et carrément dépressive (incarnée par Nicole Kidman à l'époque bénie où le plastique et la laideur sur son visage étaient encore à peu près amovibles) ; une lectrice (Julianne Moore) de son grand roman Mrs Dalloway, bien décidée à abandonner son mari (John C. Reilly), son fils et son petit pavillon de banlieue sous peine d'y crever d'ennui ; et enfin une incarnation moderne de ladite Mrs Dalloway (Meryl Streep), new-yorkaise homosexuelle pleine de regrets, et notamment sentimentaux, vis-à-vis d'un peintre (Ed Harris) lui-même homosexuel et sur le point de décéder du sida. Allons-y Alonzo, dans le merdier existentiel, et crescendo !




Stephen Daldry, adaptant le roman d'une femme sur une femme, et à travers elle sur toutes les femmes, n'a peut-être cru s'adresser qu'aux femmes, et a sans doute jugé judicieux de ce fait de ponctuer un certain nombre de ses séquences parfaitement académiques de nombreux inserts sur des gestes de cuisine. Tel dialogue tendu entre Virginia et sa cuisinière est ainsi rythmé par un gros plan sur un oeuf cassé sur le bord d'un récipient, tel dialogue entre Meryl Streep et Jeff Daniels fait soudain place à une autre coquille d’œuf que l'on jette à la poubelle, et ainsi de suite. On a parfois l'impression de regarder Top Chef avant l'heure, et que ce qui relie les femmes par-delà les époques tient non seulement dans leur farouche envie de mourir mais aussi dans l'omelette.




Certes le noble projet de Woolf était de faire tenir l'existence d'une femme dans une seule journée, et la cuisine devait (forcément et tristement) y tenir une bonne place, mais on peut s'interroger, concernant l’œuvre de Stephen Daldry, sur ces inserts à répétition et sur la récurrence du motif de l’œuf cassé. Cette lubie du cinéaste est à la fois le signe d'un esprit relativement cohérent, de l'ordonnancement pépère d'un film trop sage, et l'unique manifestation d'une forme de folie au sein de ce carcan de propreté. Le montage fragmenté, qui passe d'une femme à l'autre, au lieu de rompre le classicisme de l'ouvrage, le renforce. On a l'impression pénible de suivre une de ces séries contemporaines qui n'ont de cesse de passer d'un portrait à un autre, d'une névrose à la suivante, d'un bloc de féminité vérolé à son voisin, pour satisfaire la tentation du zapping et noyer l'esprit dans un flot parfaitement continu d'images plates reliées entre elles par leur platitude même et par une musique constante et mélancoliquement galopante signée Philip Glass (comme elle aurait pu être signée Danny Elfman, mais c’eût été pire... alors que les Baha Men étaient frais et dispo avec leur tube Who let the dogs out ? Woolf, Woolf Woolf). L'horripilant Desperate Housewives est loin malgré tout, notamment parce que nous sommes en présence de trois vraies et belles actrices en lieu et place des cataplasmes vulgaires de l'ignoble série star des années 2000, parce qu'en outre le propos sur les tourments féminins, humains, venant en bonne partie d'une grande écrivaine, est autrement pertinent, et parce qu'à la fin, quand même, une brève mais réelle émotion pointe enfin.


The Hours de Stephen Daldry avec Nicole Kidman, Julianne Moore, Meryl Streep, Ed Harris, Jeff Daniels et Claire Danes (2001)

1 novembre 2013

L'Autre Rive

Deux jeunes frères vivent seuls avec leur père dans une vieille baraque perdue dans le sud des États-Unis. Déscolarisés depuis la mort de leur mère, ils consacrent leur quotidien à aider leur paternel dans son petit élevage de cochons ou dans l'entretien de la maison. En pleine adolescence et doté d'un fort caractère, l'aîné des deux frères (Jamie Bell) a régulièrement des problèmes avec les autorités du coin et entretient des rapports assez conflictuels avec son père (Dermot Mulroney). Quant au cadet (Devon Allan), tout juste âgé d'une petite dizaine d'années, il souffre d'une drôle de maladie qui le fait avaler tout et n'importe quoi pour le vomir dans la foulée. Plus fragile et rêveur, il passe son temps à lire quand il n'est pas occupé avec son grand frère. Leur petite vie va être bousculée par l'arrivée impromptue de leur oncle (Josh Lucas), fraîchement sorti de prison, et dont on comprendra assez vite qu'il est très intéressé par d'anciennes pièces d'or mexicaines dont aurait hérité son frère... Voici donc le point de départ de ce film dont j'ignorais totalement l'existence jusqu'à ce que je tombe par hasard sur l'extrait de la critique signée Mia Hansen-Løve tirée des Cahiers du Cinéma de janvier 2005 : « L'Autre Rive balance entre sagesse et férocité. Mais ce qui ne bouge pas, c'est la transparence poétique de ses personnages. Transparence unifiant la matière hétérogène d'un film hanté par les mythes et les récits primitifs ; et qui permet de prendre en charge le dialogue avec un "grand classique" (La Nuit du Chasseur) en l'articulant à un inconscient aussi chargé que dans le plus atteint des David Lynch. » Quelques lignes écrites par une cinéaste pour laquelle j'ai beaucoup d'estime et qui m'ont donc aussitôt donné envie de voir le film de David Gordon Green...




En le découvrant, je n'étais pas déçu et, surtout, j'étais tout à fait persuadé qu'il s'agissait du premier long métrage de son auteur. On a en effet typiquement l'impression d'être face à l’œuvre d'un jeune cinéaste américain sous influence, à la recherche d'un style propre, et tâtonnant un peu, essayant des choses et d'autres, parfois avec bonheur, d'autres fois un peu moins... On est en tout cas en présence d'un réalisateur assez audacieux, désireux d'affirmer son caractère et visant à donner à son film une identité visuelle forte et originale. Dès les premières minutes du film, nous sommes servis, et nous avons droit à quelques dérèglements inattendus dans la mise en scène. Arrêts sur images, inversions des couleurs, effets de solarisation, ralentis, longs fondus au noir... Des effets assez osés et surprenants, qui donnent immédiatement un cachet très particulier à L'Autre Rive. Durant le reste du film, ils se feront un peu plus rares et ne réapparaîtront que lors de moments clés, souvent pour appuyer la tension des situations, toujours avec un certain à-propos et sans jamais tomber dans l’esbroufe. Dès le générique, et à la vue du grain de l'image, on a également la nette impression d'être devant un film d'un autre âge, d'une autre époque, lorgnant surtout vers les glorieuses années 70 du cinéma américain. Rien de très désagréable, finalement... Rien de véritablement génial non plus, mais des petites idées largement suffisantes pour donner une vraie singularité à ce film et faire en sorte qu'il ressemble à très peu d'autres, malgré une filiation assez évidente et pleinement assumée. Produit par Terrence Malick, le film de David Gordon Green rappelle clairement les premières œuvres du vieux texan, en particulier Badlands (ce qui, soit dit en passant, n'est pas du tout pour me déplaire tant le premier long métrage de Malick occupe une place à part dans ma trajectoire cinéphile personnelle). Plus évident encore, et comme vous l'aurez peut-être remarqué dès la lecture du pitch, l'ombre du classique de Charles Laughton plane sur ce film, sans pour autant lui donner l'air d'un remake déguisé. 



 
David Gordon Green s'accorde d'abord un temps rare et précieux pour nous dépeindre la vie de cette petite famille et la personnalité des différents protagonistes, en s'appuyant sur des acteurs impeccables, à commencer par le jeune Jamie Bell, tout bonnement excellent. Dans cette première partie qui s'étend longuement, le cinéaste parvient à développer une ambiance très captivante, mise en évidence par une photographie sublime et par la musique très inspirée de Philip Glass, dont le style participe lui aussi à rappeler le cinéma de Terrence Malick. Suite à une scène décisive, très attendue mais néanmoins très réussie durant laquelle L'Autre Rive prend temporairement des allures de thriller d'action ultra efficace, le récit bifurque vers une sorte de road movie intimiste où nous suivons la fugue improvisée et l'errance fragile des deux frères livrés à eux-mêmes. Le réalisateur démontre alors un vrai talent pour filmer des populations délaissées, ces marginaux que croise le duo en fuite, traversant un univers tout en décalage, où semble se cacher un drame derrière chaque mur, chaque être. La fin indécise, dont on ne peut pas vraiment dire s'il est résolument pessimiste ou clairement optimiste, entretient l'impression curieuse à laquelle le cinéaste s'est appliqué à donner vie durant tout le film. 




Plutôt emballé par cette découverte et désireux de savoir ce que David Gordon Green avait fait d'autre, je suis donc allé me renseigner sur internet. J'ai alors appris avec stupeur que j'avais déjà vu trois de ses films : All The Real Girls, qui est, d'après mes souvenirs, une banale romance indé baignée dans une lumière instagram, et le combo Délire Express/Votre Majesté, deux insupportables comédies estampillées "Apatow". Après avoir notamment produit le remarquable Shotgun Stories de son très doué ami Jeff Nichols, David Gordon Green s'est donc tourné vers la comédie potache... Sans doute aveuglé par l'appât du gain, il est ainsi simplement devenu l'un des yes-men de la galaxie Apatow (ou plus précisément de son autre pote Danny McBride, présent dans tous ces films). Je n'avais pas tenu un quart d'heure devant Délire Express et à peine plus longtemps devant Votre Majesté. J'apprenais également que L'Autre Rive n'était pas son premier film mais le troisième. Drôle de filmographie... Espérons à présent que David Gordon Green revienne au cinéma plein de belles promesses de ses débuts. Sait-il que ses modèles ne se sont jamais laissés aller à de telles égarements ? Nous voulons vraiment croire aux échos positifs qui entourent ses deux nouveaux films, Prince of Texas et Joe, et nous les regarderons avec espoir !


L'Autre Rive de David Gordon Green avec Jamie Bell, Devon Allan, Josh Lucas et Dermot Mulroney (2004)

15 juin 2009

Home

Actualité oblige, nous nous devions de mater Home, le film de YAB, et de vous en toucher un mot. YAB c'est Yahn Arthus-Bertrand, aussi appelé YABI-YABON ou encore L'IlYAB et l'Odysée. Le petit trublion de la scène écologique française, et donc de la scène politique de notre pays. Il avait déjà foutu son grain de sable dans l'élection de 2007 en dévoilant, pendant l'entre-deux tours, les kilos de papier cul épuisés par Ségolène Royal chaque jour et le nombre de phoques abattus pour décorer ses lèvres. Il avait prononcé la fameuse phrase "Pas très écolo tout ça Ségo", au micro d'un Pujadas depuis longtemps de droite. De quoi filer un coup de pouce à celui qui est désormais marié à celle qui s'est fait refaire la tronche dès son 25ème anniversaire parce qu'elle s'était découvert une fossette, ride dite "d'expression", quand elle riait*.



YAB est le Français préféré des Français, ce qui tend à faire de lui un gros connard. Petit retour en arrière sur YAB, qu'on confond trop souvent avec beaucoup d'autres. YAB c'est l'Île au trésor, c'est Faut pas rêver, c'est Talachia, c'est Téléfoot et c'est Ushuaïa. A la télé y'en a que pour lui, et c'est sur ce "média" qu'il a d'abord voulu rendre les gens sensibles à son souci majeur : l'écologie. Même si pour téléfoot, il s'est permis un petit écart, en signant les "Z'insolites" chaque semaine, où il cherchait avant tout à concilier ses deux passions : l'humour british et le ballon rond. Ce fan incorrigible des Monty Python s'est ensuite fait remarquer de tous en signant le best-seller des années 2000, le bouquin le plus vendu en librairie du 21ème siècle : Ma mère vue du ciel. Un classique des fêtes des pères. Le cadeau qu'on a tous offert à notre paternel. Il est aussi célèbre pour avoir animé Le Vrai journal pendant des années sur la chaîne cryptée ; pour avoir présenté des objets métalleux en plastoque et autres inventions foireuses à Philippe Gildas (prononcez comme Poelvoorde: "Guildaze") dans Nulle Part Ailleurs ; pour avoir littéralement servi la soupe à Dechavanne (aka "K2R") dans toutes ses émissions ; et pour avoir gagné ses galons de trouble-fête auprès du grand public en promenant sa gueule rousse à la Kidman sur toutes les tribunes de la demi-révolution de Mai 68. Yahn Arthus-Bertrand, YAB, après avoir signé l'idée originale de la série télé JAG, a enfin lâché son sac-à-dos, ses doc marteens et sa caméra portative qui ont fait les belles heures d'Ushuaïa Nature, pour se lancer dans le cinéma militant, sérieux, de propagande, à échelle mondiale. C'est là qu'on en vient à Home, dont le sous-titre n'est autre que "Home Alone, Maman j'ai pas loupé l'avion vu que je suis calé dedans et que je prends des photos de ton gros cul vu d'ici, les sourcils collés à l'hublot".Lien

A la copie, préférez l'original, allez voir du côté de Koyaanisqatsi. A Jean-Michel Jarre, préférez Philip Glass. A YAB préférez les sous de Coppola. Dommage tout de même pour les Verts. Si Koyaanisqatsi était sorti en même temps que Home ils auraient fait 40% aux dernières élections eurockéennes au lieu de 20% (20% X 2).


*Si je vais en taule pour ça, j'irai ganté de noir et avec un sourire fendu sur le visage.


Home de Yahn Arthus-Bertrand avec Jacques Gamblin (2009)