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13 décembre 2018

Mon Garçon

Le gamin de Guillaume Canet et Mélanie Laurent se fait enlever dans une réserve indienne alors qu'il était en colonie de vacances. A bout, Guillaume Canet décide de mener l'enquête lui-même et part, désespéré, à la recherche de son fils dans les beaux paysages enneigés du Vercors. Voici le pitch de Mon Garçon, le cinquième long métrage de Christian Carion à qui l'on doit également Une Hirondelle a fait le printemps, Joyeux Noël et En Mai, fais ce qu'il te plaît (du coup, moi, j'ai pas maté son film !). Bien qu'il ne sache pas monter à cheval, Christian Carion est Chevalier de la Légion d'honneur. Il fait partie de ces grands mystères du cinéma français, ces réalisateurs médiocres tout de même capables d'attirer dans leurs projets des "vedettes" (notez les guillemets). Guillaume Canet, Michel Serrault, Mathilde Seigner, Mélanie Laurent, Diane Krüger, Dany Boon, Emir Kusturica, Willem Dafoe, Alexandra Maria Lara, Niels Arestrup, Olivier Gourmet... tous ces gens ont défilé devant la caméra de Christian Carion, se mettant au service de ses scénarios minables, parfois même à plusieurs reprises. Comment est-ce possible ? Je laisse la question en suspend...





Mon Garçon nous propose donc d'assister à la détresse de Guillaume Canet. Bien décidé à gagner des oinps auprès de son ex-femme, sa rage lui ordonne de se faire justice lui-même. Nous le suivons donc dans son entreprise, très américaine, de vengeance. Après avoir repéré une voiture présente dans deux vidéos amateurs prises lors du départ en colonie du gamin, il retrouve immédiatement la piste des kidnappeurs à partir de la plaque d'immatriculation. Facile. Une fois arrivé au domicile du kidnappeur, nous avons droit à une scène mémorable de torture au chalumeau administrée par un Guillaume Canet enragé sur un pauv' type qui tient à garder le silence et ne livre aucune info, lui qui n'est qu'un maillon sans importance d'un vaste système de trafic de gosses. Cette scène-là vaut le coup car elle nous offre le spectacle d'un acteur poussé dans ses derniers retranchements. C'est la troisième collaboration entre Canet et Carion. Le réalisateur a demandé à son acteur d'improviser chacun de ses dialogues, chacune de ses réactions, selon le contexte et la situation. Quand Canet a vu ce poste de soudage équipé Oxyflam, son sang n'a donc fait qu'un tour : il s'est mis à menacer sa victime de lui cramer le ièp après lui avoir retiré, difficilement, sa godasse. Avant cela, l'acteur avait bien essayé de le faire causer par la menace verbale dans des interjections riches en insultes mais sans effet notable. "Enculé de ta race tu vas me dire où est mon garçon !" On remarque alors que Guillaume Canet insulte volontiers les races de ses semblables et qu'il est alors particulièrement ridicule.





Autre scène, plus tôt dans le film, autre performance de choix : celle de Mélanie Laurent qui, anéantie par la disparition de son fils et navrée par les agissements de son ex-mari, se met à hurler contre lui, après que celui-ci s'en soit pris à son nouveau compagnon (résultat des courses : deux côtes cassées et un séjour à l'hosto) qu'il accusait d'être dans le coup. Mélanie Laurent perd alors sa voix et se met à crier des dialogues infâmes en flirtant avec les ultrasons. Quiconque matera ce film avec son animal de compagnie au pied du canapé le verra fuir la pièce en toute hâte devant un spectacle aussi pénible pour leurs sensibles oreilles. Recherchant visiblement le réalisme à tout prix, Mélanie Laurent en oublie notre bien-être et prouve de nouveau toute sa bêtise. La dernière partie du film nous propose de voir Canet dégonfler un pneu de 4x4 (c'est long...) puis s'en prendre à chaque ravisseur à coups de club de golf. Quand il retrouve enfin son gosse, on se dit putain... tout ça pour ça ? Pour une telle erreur de la nature ? Pour cet avorton à peine humain ?





Alors que l'on croit avoir assisté au pire, Mon Garçon se conclut sur une scène surréaliste dans laquelle toute la petite famille est réunie au grand complet et joue ensemble au frisbee, dans un très joli décor immaculé et ensoleillé que Chris Carion croit embellir encore en filmant à contre-jour, le soleil inondant le cadre. Plus ridicule encore : Mélanie Laurent et Guillaume Canet commentent chacun de leurs lancers via des dialogues improbables ! "Oh, de la main gauche, joliiiii !", dit un Canet débordant d'un enthousiasme très forcé à son fils si problématique, heureux qu'il soit atteint de la même pathologie que lui. "Magnifique échange... C'est ce qu'on appelle un magnifique échange" ajoute Laurent, hilare sans motif valable, et Canet de répondre un incompréhensible "Elle va écrire des bouquins ta mère maintenant...". Ça laisse vraiment sans voix ! "J'ai eu un peu peur quand même..." précise ensuite Canet après avoir manqué de recevoir le frisbee en travers la gueule. C'est surréaliste !





Cette scène finale échappe aux mots. La légende raconte que la petite troupe devait initialement jouer au cerf-volant mais, face à l'absence total du moindre courant d'air le jour du tournage, le gamin a proposé le frisbee ! Quand on voit le résultat à l'écran, nous ne pouvons que nous réjouir que les éléments se soient mobilisés contre ce film. L'arrivée des flics vient conclure ce douloureux épilogue comme pour nous rappeler que nous sommes devant un film français et non américain : ils embarquent Guillaume Canet, qui a tout de même laissé trois ou quatre cadavres dans son sillage pour récupérer son morbac... Dans la catégorie "film français avec un acteur constamment à cran et en roue libre cherchant à se faire justice lui-même", Mon Garçon se pose là mais n'arrive tout de même pas à la cheville de Blanc Comme Neige, ce sommet d'humour involontaire porté par la frénésie d'un François Cluzet au top de sa forme.


Mon Garçon de Christian Carion avec Guillaume Canet et Mélanie Laurent (2017)

11 mars 2018

La Doublure

Tout a déjà été dit sur le onzième film (j'ai compté !) de Francis Veber, son dernier succès au cinéma avant sa chute finale, le remake complètement raté de L'Emmerdeur. Et puisque tout a déjà été dit et redit sur La Doublure, j'aimerais aujourd'hui me focaliser uniquement sur la prestation de Dany Boon. L'acteur ch'ti campe ici le rôle du colocataire de Gad Elmaleh (Gad Elmaleh et Dany Boon, réunis dans un seul et même appartement, cela devrait être interdit par la loi), ce même Gad Elmaleh qui, pour vous faire un court rappel du scénario particulièrement tordu signé Veber, est amené à devoir héberger sous son toit la boombastique Alice Taglioni et faire semblant d'être en couple avec elle afin de tirer Daniel Auteuil d'une mauvaise passe en échange d'une grosse somme d'argent. Je m'arrête là avec l'histoire, j'ai déjà mal à la tête. Bref. Boon joue donc Richard, un pur zonard, voiturier de son état au même titre qu'Elmaleh, qui passe son temps libre devant la télé et ses jeux vidéos, les pieds sur la table basse, une main sur la télécommande, l'autre dans son paquet de chips. Disons-le tout net : ce rôle paraît taillé sur mesures pour Dany Boon qui en profite pour nous livrer sa plus marquante prestation à l'écran, très justement saluée par l'Académie des Césars via une nomination pour le meilleur second rôle masculin. 




Il faut aussi préciser que Dany Boon incarne ici un grand frustré du cul, un obsédé sexuel de premier plan, totalement incapable de gérer ses émotions dès qu'il voit une jolie meuf et encore pire quand il se retrouve face à un morceau de choix comme Alice Taglioni, alors au faîte de son sex appeal. Et là encore, tout colle parfaitement : Francis Veber a choisi l'acteur idéal. C'était deux ans avant le succès des Ch'tis, à une époque où Dan' Boon pouvait encore accepter d'être un second couteau et d'apparaître en tout et pour tout cinq minutes à l'image. Veber avait vu juste. Parce que, disons-le tout net, Dany Boon a aussi cette très rare particularité de ressembler à une bite. Une vieille bite usée par la main, fatiguée d'avoir trop peu servi. Son front ridé évoque une grosse couille trop longtemps restée calfeutrée dans son caleçon poisseux, ses yeux vitreux et cernés rappellent deux tristes glands mal décalottés, ses cheveux dégueulasses font immanquablement penser à des poils pubiens aussi drus que sales, sa mine toujours décomposée ranime automatiquement nos souvenirs de bite déconfite et malheureuse. A son physique naturel si avantageux pour incarner un tel rôle, le comédien ajoute son talent pur. C'est bien simple, dès lors que Boon fait face à une actrice, il paraît littéralement suer du liquide séminal par les tempes et dégouliner de testostérone impuissante. On se croirait face à une triste queue flétrie, un énorme gland humain tuméfié, tétanisé devant une apparition divine, condamnée à lui échapper. En contre-champ, on devine toute la gêne d'Alice Taglioni, tout de même honorée de l'NRJ Ciné Award de la Meilleure Actrice pour ce travail. Même en expirant tout l'air présent dans ses poumons, l'actrice si bien équipée apparaît comme une menace terrible pour son vis-à-vis. Dany Boon excelle en pine pathétique. Son meilleur rôle. Il est tout simplement parfait. Il aurait amplement mérité son César. Ou au moins un NRJ Ciné Award lui aussi...


La Doublure de Francis Veber avec Dany Boon, Gad Elmaleh, Alice Taglioni, Virginie Ledoyen et Daniel Ateuil (2006)

9 mars 2018

Raid dingue

Il était temps. Depuis des années Dany Boon, le ch'ti exilé à Los Angeles, chiale et se plaint de ne pas se voir remettre la moindre petite statuette signée César alors qu'il gagne seulement des millions d'euros avec ses films merdiques. L'injustice est réparée. Le pauvre homme, lésé pendant tant d'années, a obtenu ce qu'il réclamait. Son caprice a porté ses fruits. Et il est venu récupérer sa médaille en toute modestie, se fendant d'une ou deux petites piques ironiques, du genre "Ah ben quelle surprise !" et autres "Je vous remercie... euh non en fait c'est pas vous que je remercie". Et pourtant si, c'est bel et bien la pathétique Académie des César, qui ajoute la démagogie à la longue liste de ses défauts, qu'il fallait remercier pour ce prix. Le public, lui, il faut le remercier pour les millions d'euros, pas pour la statuette, parce qu'on ne lui a pas demandé son avis. Le seul mérite de ce film, c'est le nombre d'entrées en salles, conditionné par un matraquage promotionnel hallucinant. Mais chacun sait que tous les gens qui vont voir un film en salle en sortent comblés et ravis. C'est comme au resto, il suffit d'entrer dans un établissement pour s'être régalé. Moi, par exemple, j'ai vu Bienvenue chez les ch'tis en salle, et même si c'est vachement mieux que Raid dingue, je préférerais m'arracher un testicule que donner une voix (encore eût-il fallu qu'on nous demande de voter...) à Danny Boon pour lui décerner quelque récompense que ce soit. Raid dingue obtient à peine plus de la moyenne sur Allociné ou IMDB. Ce qui demeure fascinant, outre que Dany Boon réclame le beurre, l'argent du beurre et le cul du spectateur, outre que l'Académie cède à son délire et lui offre sur un plateau ce qu'il réclame comme un crétin, c'est que Dany Boon lui-même ne meure pas de honte en recevant un "César du public" pour un film que le public, en dehors de deux ou trois allumés, n'aurait jamais songé à nommer si on lui avait demandé de citer son film préféré de l'année. Un film mal rythmé, pénible, pas marrant pour un sou, que j'ai vu sans lui rétribuer le moindre centime. Le pouvoir des César ? Le métier de blogueur ciné ? Je ne sais pas... Mais Raid dingue est une très sombre merde, couleur charbon, ce qui est signe de maladie grave. Vivement l'année prochaine, circa février, quand Boon viendra chercher son deuxième César du public consécutif pour La ch'tite famille, probablement toujours dépourvu du moindre sentiment de honte. En attendant que la France commence à se lasser de l'accent, du mot "biloute", des bons sentiments débiles, des comédies en plâtre et de la singulière odeur d’égout qui se dégage de tout ça.


Raid dingue de Dany Boon avec Dany Boon, Alice Pol, Florent Peyre, Michel Blanc, Yvan Attal et Anne Marivin (2016)

25 novembre 2017

Un Jour dans la vie de Billy Lynn

Ang Lee, dont la filmographie ne m'avait jusqu'alors jamais vraiment attiré, vient de me surprendre très agréablement : il a sans doute signé, dans l'indifférence générale, le plus grand film américain sur la guerre en Irak. Une guerre qui, il est vrai, n'avait pas été spécialement gâtée par le septième art, malgré la légendaire réactivité d'Hollywood qui, via des réalisateurs divers et variés, a très vite accouché d'une tripotée de drames intimistes tiédasses (tels The Messenger ou Grace is Gone), de pamphlets engagés lourdingues (comme par exemple Dans la vallée d'Elah de Paul Haggis) ou tout simplement de publicités à peine déguisées au patriotisme insupportable (l'abject Du Sang et des larmes de Peter Berg avec Mark Wahlberg, voire l'hagiographie douteuse signée Clint Eastwood de l'American Sniper, Chris Kyle).




Le cinéaste taïwanais expatrié aux Etats-Unis s'est quant à lui emparé du sujet avec une intelligence et une habileté remarquables en choisissant de nous raconter le bref retour aux pays d'un soldat honoré pour avoir porté secours à son sergent lors d'une bataille en Irak. Billy Lynn (Joe Alwyn) et sa bande sont réquisitionnés pour apparaître lors du grand spectacle de la mi-temps du Superbowl où l'héroïsme américain sera glorifié sous les hourras du public, au beau milieu des feux d'artifices et des déhanchements des Destiny's Child. Une journée au programme bien chargé durant laquelle le jeune homme revivra des moments traumatisants vécus en Irak et des scènes familiales, notamment auprès de sa sœur (Kristen Stewart) qui insiste pour qu'il ne reparte pas au front.




Ces différents flashbacks se fondent toujours merveilleusement bien dans le récit, Ang Lee usant d'effets visuels très simples et toujours à-propos. Son film, qui paraît nous raconter une petite parenthèse dans la vie du soldat, ce bref retour glorieux en Amérique, nous raconte donc infiniment plus. Le cinéaste parvient de façon étonnante à traiter de sujets très délicats et lourds (le traumatisme des soldats, la médiatisation et l'instrumentalisation de la guerre par le gouvernement américain, les différentes motivations de cette guerre, les décalages entre la perception des soldats et la vision qu'on vise à donner au peuple, etc), sans jamais épargner ses jeunes personnages, qui prennent réellement vie à l'écran et dans lesquels nous croyons immédiatement. Ça relève presque du miracle !




Billy Lynn a été tourné en 4K, en 3D et en 120 images par secondes par un réalisateur toujours au faite des dernières innovations. Quand on le découvre sur sa télé dans des conditions optimales, ça donne simplement une image très claire, lumineuse, riche en détails, vivante, quasi palpable. Mais c'est évidemment la mise en scène d'Ang Lee qui fait toute la différence et nous plonge avec talent dans cette journée si particulière et ces souvenirs douloureux. Le cinéaste apparaît ici complètement inspiré par son scénario, en pleine possession de ses moyens ; sa mise en scène est maîtrisée de bout en bout, virtuose. Elle accompagne parfaitement son discours et atteste de ce regard d'une rare intelligence et d'une grande acuité qu'il porte sur l'Amérique. Le film est limpide, d'une fluidité exceptionnelle, tout coule naturellement, tout s'enchaîne superbement. Le climax attendu, correspondant à ladite mi-temps très spectaculaire au milieu du stade durant laquelle le soldat revit par bribes l'affrontement en Irak, produit un effet terrible et s'impose facilement comme l'un des plus grands moments de cinéma de l'année.




Les acteurs sont tous irréprochables. Le casting, révélateur d'un savoir-faire digne d'un Spielberg des grands jours, nous propose une réunion savamment dosée d'inconnus projetés au premier plan, de stars en embuscade et de revenants oubliés. Joe Alwyn, pour la première fois au cinéma, est très bien choisi en Billy Lynn. Son visage juvénile et son regard énigmatique parviennent à exprimer toute la complexité et l’ambiguïté des situations qu'il traverse malgré lui. Les fans de Vin Diesel seront ravis de retrouver la vedette musclée dans un rôle de sergent qui lui va comme un gant et dans un film un brin plus malin qu'à l'accoutumée. Kristen Stewart apparaît quant à elle assez peu à l'écran mais ça fait toujours plaisir de la croiser et ce nouveau rôle est encore une preuve de toute son intelligence pour gérer sa carrière avec cohérence et choisir judicieusement dans quoi elle tourne. Du côté des revenants, on retrouve Chris Tucker qui fait sa part du job dans le rôle d'un agent constamment au téléphone, et surtout Steve Martin, à contre-emploi, parfait et glaçant en hommes d'affaire méprisable.




Qu'un tel film ait pu être traité ainsi au moment de sa sortie est d'une tristesse infinie. Qu'il n'ait pas plu outre-Atlantique, là où American Sniper a battu tous les records, est d'une désolante logique, quand bien même les "critiques" (si on peut parler de critiques là-bas, étant donné le niveau...) auraient dû essayer de faire leur possible pour mettre en lumière ce film. Mais il est encore plus dommage qu'en France, le long métrage d'Ang Lee ait seulement pu bénéficier d'une cruelle sortie technique. Il faut dire que le même jour, déboulait en salles le nouveau Dany Boon... Bien heureusement, gageons que le temps saura rendre justice à Ang Lee et remettre son oeuvre à sa vraie place. Car Un Jour dans la vie de Billy Lynn est un grand film, digne de tous les honneurs.


Un Jour dans la vie de Billy Lynn d'Ang Lee avec Joe Alwyn, Garrett Hedlund, Vin Diesel, Steve Martin et Kristen Stewart (2017)

26 février 2016

Lolo

J’ignore exactement pourquoi, mais jusqu’à présent, j’avais encore une sorte de vieille foi en Julie Delpy. J’ignore d’ailleurs aussi comment se maintient cette aura qui entoure l’actrice-réalisatrice, cette côte qu’elle se trimballe, cette réputation qui la précède ? Elle a joué dans quelques bons trucs y'a longtemps, certes, mais ça date, et ça ne pèse pas bien lourd à côté de ce qu’elle nous inflige depuis une dizaine d’années derrière la caméra. J’avais plutôt accroché à 2 Days in Paris en 2007, mais je pense qu’il vaut mieux ne plus jamais croiser ce film sous peine de s’en vouloir à mort d’avoir apprécié… Son film suivant, La Comtesse, était prometteur sur le papier mais, à l'écran, plutôt foiré. Après ça est venu Le Skylab, une horreur pas possible qui a commencé chez nous à faire carrément vaciller toute confiance en l’artiste, voire à éveiller un soupçon de rancœur à son endroit (on n'inflige pas ça à son public sans un retour de bâton dans la tronche). Mais je croyais à un mauvais virage précédant un bon coup de volant direction le bitume. Que dalle. Avec Lolo, Julie Delpy accélère en pleine chicane à la Ayrton Senna. J’ai donc décidé de faire une croix sur elle, en tout cas en tant que cinéaste : sans moi.


Cesse de creuser la Delp', t'es au fond.

Lolo (rien que le titre… et on a droit à tous les caméos du monde, sauf au seul qu'on attend, celui de Lolo Blanc) est une infamie. Et Julie Delpy ne perd pas une seconde pour nous dégoûter de son travail. Dès la première scène, on a envie de se tailler les veines : Karin Viard et Delpy herself, deux vieilles amies, sont dans un bain, en thalasso, à Biarritz. Je vous retranscris le tout premier dialogue, car il faut bien se rendre compte :

« Bon c’est quoi ce bain là ?
- Ca bouge la graisse tout en raffermissant les chairs, c’est bon pour ce qu’on a.
- On a quoi ?
- Ben 45 ans.
- Rah mais c’est un bain de bactéries. Quand je pense à tous ceux qui ont dû pisser dans ce truc aujourd’hui.
- Non mais t’es folle, personne pisse dans ces bains.
- AH c’est quoi ce jet, là, juste dessous, ça me rentre dans la chatte. C’est nul…
- Ben non c’est fait exprès.
- J’aime pas ça.
- Ah moi j’aime bien, ça me masse la chaaaaatte, ça me relaxe. Ca fait combien de temps que t’as pas baisé ?
(…)
- Non mais t’as raison, je ne suis pas normale. Moi j’aimerais me trouver un mec avec qui je pourrais partager des vrais moments de vie.
- Putain dis pas des phrases pareilles, ça me donne envie de me flinguer. »


 Inutile de gonfler les pecs, elle t'étale... C'est nul comme remarque, mais c'est pile poil dans le ton de ce que les personnages s'envoient toutes les deux secondes à la face (à coups de "grosse bite", gros cul", etc.).

Delpy en est encore là. A nous dire que les femmes c’est aussi ça, que c’est comme les hommes, que ça parle de bite et de chatte, que ça aime le cul, et que c’est libre d’être grossier. Mais on est libre aussi d’avoir de l’humour, et de ne pas être ultra lourd. Delpy n’est peut-être pas au courant. Voire, soyons fous, de ne pas écrire des trucs aussi bêtes et plats, et de construire des personnages qui ne sont pas obligatoirement de gros clichés insupportables, sinon des enflures de première. Les deux personnages sont non seulement des clichés de la femme de 45 ans divorcée qui aime et déteste ses gosses, aime et déteste son gros cul, aime et déteste les hommes et la bite, mais aussi, très vite, de la parisienne hautaine et névrosée qui travaille dans la mode et qui donne de formidables envies de coup de pied au cul à la moindre phrase. Delpy a dû se dire qu’en tartinant ainsi ses parisiennes, elle pourrait d’autant plus frapper sur les pèquenauds provinciaux (ou l’inverse). Quand en finira-t-on avec ces comédies françaises populaires dépourvues d’humour (Le Skylab, donc, mais aussi Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ?, Radiostars, Sous les jupes des filles, 100% cachemire, Comme des frères, et tant d’autres) qui font leur beurre en tapant sur X pour avoir le droit de taper sur Y, qui excusent tout un chacun d’être détestable ou minable parce que le voisin l’est aussi, qui brossent des séries de portraits d’enfoirés pour peupler des films misérables à tous les étages ?


 Après le poids des mots...

Imaginez le même dialogue, en substance, dans la bouche de deux mecs de presque 50 ans divorcés. Ils sont dans un jacuzzi, l'un d'eux s'étonne de ce truc qui lui aspire le sexe, l'autre lui répond : « Rah moi j'adore, ça me suce le zooooooob... », puis on enchaîne : A aimerait partager des vrais moments de vie avec une femme et B lui annonce tout net qu'il est à deux doigts de se faire les veines dans la baignoire en entendant ça. Imaginez. Delpy se croit sans doute maligne, mais ce qu'elle écrit vaut à peine les pires moments d'un film de gros beaufs comme Le Cœur des hommes 3. Et encore j'suis large...


... le choc des tofs.

Et tout est à l’avenant. Dans la deuxième scène, Delpy, Viard et Larnicol (ancienne des Robin des Bois, qui apparaît dans deux scènes pour servir la soupe aux deux autres), sont assises en terrasse et rencontrent deux Biarrots (dont Boon, qui joue de plus en plus mal) forcément lourdingues, car ce sont des provinciaux. Ils viennent de pêcher un gros thon qu’ils font tomber sur la belle robe de la parisienne Delpy. Et dès qu’ils ont tourné le dos, les trois copines décident qu’elles vont se les faire, car « plus ils sont cons, mieux ils baisent ». Les clichés sur les ploucs de province s’accumulent dans la scène suivante, une petite fête dont les parisiennes ont envie de déguerpir à peine arrivées car les guirlandes et la sangria font trop pitié. Puis Delpy va causer à Dany Boon le gros beauf (= il a un tablier et fait cuire les grillades). Dans une ellipse qui laisse à penser que les scènes coupées du dvd doivent durer 12 heures, on comprend que Boon et Delpy se sont mis ensemble lors de cette soirée ringarde et ont vécu pendant 10 jours dans un porno amateur. Puis on retrouve nos deux personnages (Delpy et Viard), à bord du train du retour pour Paris, où Delpy raconte à sa copine comment Boon lui a léché la chatte pendant 10 jours, y compris pendant ses règles, et les deux abruties de mimer un cunilingus de façon extrêmement voyante et bruyante, le tout devant une bourgeoise coincée foutue sur le siège d’à côté comme un pur faire-valoir bien pratique pour assurer au spectateur que les deux héroïnes sont décomplexées, libres et vulgaires et qu’elles ont bien raison de l’être.


Si y'en a un seul parmi vous qui parvient encore à endurer ça dans le calme, qu'il se manifeste, ça m'intéresse, pour les stats.

Dans la même scène, petite vanne sur les handicapés, qui choque évidemment la bourgeoise, mais que le personnage de Karin Viard justifie par une allusion finaude à Intouchables. Une comédie lourde et crétine en salue une autre. Ce n’est pas tout ce que salue Delpy d’ailleurs, qui n’arrête pas de placer ses personnages devant la télé ou dans des expositions à Beaubourg pour citer les films qu’elle aime. Au lieu d’aller piocher des images dans sa dvdthèque, qu’elle salit (d’ailleurs, dans le film, elle et son fils planquent de la beuh dans des boîtiers dvds, dont celui d’Easy Rider, c’est d'un fin...), Delpy ferait mieux de soigner les siennes. Ou plutôt, et surtout, son scénario, qui est une vraie merde. Tout tourne autour de la guerre entre Boon et Vincent Lacoste, qui joue le fils de Delpy. Quand Boon monte à Paris pour bosser (il est ingénieur informaticien pour le Crédit Rural…), son idylle avec Delpy s’intensifie, même si la vie parisienne lui pose quelques soucis (notamment les portiques du métro, car pour un type qui vient de Biarritz, soit un gros con, maîtriser le portique du métro c’est comme ramener Apollo 13 à Cap Canaveral). Or le fils de Delpy, qui a 20 piges, va consacrer sa vie à foutre en l’air le couple, car il veut sa maman pour lui tout seul (beaux plans sur des œufs dans un coquetier qui évoquent les seins de la mère, ou une paire de grosses couilles… allez piger). En fait il faut retirer 30 ans aux personnages adultes, qui agissent et pensent comme des adolescents trépanés (faut voir Delpy qui, apercevant une réaction cutanée sur la poitrine de Boon, le paysan malpropre, demande à son médecin de lui prescrire 36 tests pour détecter les maladies vénériennes), et 10 piges au gamin de Delpy (qui tient un journal colorié au feutre et fout du poil à gratter sur les chemises de son beau-père pendant tout le film). Erreur de casting généralisée. A commencer par la réalisatrice. Mettez-moi ça au chômage… ça de plus ou de moins, au point où on en est… Et puis elle, au moins, elle l'a bien cherché.


Lolo de Julie Delpy avec Julie Delpy, Danny Boon, Karin Viard et Vincent Lacoste (2015)

22 octobre 2013

Micmacs à tire-larigot

Ça en a la couleur, ça en a l'odeur, ça en a la texture, ça en a l'aspect, mais ce n'est pas de la pisse, c'est bien de la merde. Pure chienlit que ce film. En 2009 déjà, après seulement trois films réalisés en solo, cinq réalisations en comptant les films faits avec Caro, l'univers de Jeunet tournait plus à vide que jamais, l'ancien réalisateur de pubs et de clips n'avait déjà plus aucun tour dans son vieux sac quetchua troué et ne faisait que se répéter, voire se parodier lui-même. Avec Micmacs à tire-parigot, Jeunet s'est foutu de sa propre gueule, paraphant et signant sa propre fin. Pourtant, et la sortie de son nouveau film l'affirme, Jeunet n'est pas fini, ou alors au pipi, d'où la couleur principale de ses longs métrages : le jaunâtre, ici porté à un degré d'horreur inégalé. L'homme n'est en odeur de sainteté que dans le hall of fame perso et bien rance d'Albert Dupontel, autre réalisateur frenchy maniéré et plein de tocs, d'ailleurs souvent directement empruntés au cinéma de Jeunet.


 Les films de Jeunet, des films "riches visuellement" selon Dupontel Albert.

Sauf qu'avec ce cru 2009, on est au-delà du toc, ça n'a même plus de nom, on est au-delà de la "recette", du "système". Tout y est : les filtres vert bouteille et/ou jaune caca d'oie, les personnages complètement débiles, le goût affirmé et exagéré pour tout ce qui peut être minable et bancal, moche et boiteux, un scénario immonde, une mise en scène désolante et des vannes plus que pourries. Avec tout ça, on cherche quel est l'innocent sur le plateau qui ne mérite pas d'aller passer douze ans sur les bords de la Kolyma. Sombre, sombre chose que ce film qui a fait un bide sans équivalent au box office et qui aurait mérité pire (si pire était possible). L’œuvre ressemble grosso modo à ses personnages, vilains, trépanés (Dany Boon), soi-disant doués pour un truc ridicule au point de ne faire que ça en boucle (des gadgets ; des calepins d'expressions franchouillardes pour Omar Sy, pitoyable ; du cirque). Ah ça, ils sont uniques en leur genre, y'a pas à dire ! Ce film c'est le remake de Freaks sauf que le réalisateur fait partie de la troupe. La phrase leitmotiv du script, la voici : "C'EST DE LA RéCUP' !". La messe est dite.


Micmacs à tire-larigot de Jean-Pierre Jeunet avec Dany Boon, Omar Sy, Julie Ferrier, André Dussollier, Yolande Moreau, Michel Cremades et Dominique Pinon (2009)

18 octobre 2013

Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain

Film avec date de péremption, et pour le coup ultra périmé. On vous propose aujourd'hui un regard décalé sur un film retardé, un film d'attardé en vert et rouge, un film qui a fait passer Mathieu Kassovitz pour un boloss, ne l'oublions jamais, lui qui a chipé le rôle au pied levé à Pierre Richard, qui avait encore un problème de chaussures dépareillées le jour du casting et qui ne s'est donc pas pointé. Ce film, on l'a tous bien aimé à sa sortie, il faut savoir faire preuve d'honnêteté. Si Twitter avait existé à l'époque le film se serait retrouvé en top tendance pendant trois mois, le Petit Journal de Yann Barthès aurait fait des micro-trottoirs sentant le trottoir pour donner l'avis de trois vieilles illuminées et de deux adolescentes trépanées sur le film tout en se foutant ouvertement de leurs gueules. Sauf qu'en fait si ce film sortait aujourd'hui il ne ferait pas 8 millions d'entrées mais seulement 80 000 (en comptant large), parce que c'est le film d'une époque, sorti pile au bon moment avec son portrait rétro d'un Montmartre bourré de bons sentiments et baigné par la musique rance, franchouillarde et déprimante à souhait de Yann Thiersen. Jeunet a eu le pif de faire sortir son manifeste jambon-beurre tout en accordéons juste après France 98, dans un éphémère pays black/blanc/beur de pacotille où tout était possible et qui aimait se regarder le nombril en faisant du reubeu de service l'épicier sympa, du black un absent de marque et des visages pâles de purs crevards fiers de connaitre par cœur la fine fleur de tous les dictons gaulois, car glanant via ce petit manuel du bon français parlé un ticket aller-retour gratos pour tirer une autiste blanche comme neige.



C'est l'ancêtre de la série Bref, le film des petits plaisirs (quoi de mieux dans la vie que faire des ricochets ? Jeunet répond "Que dalle !", lui qui a sans doute réalisé le film de chevet de la famille Delerm au grand complet), le film des petits riens, un catalogue d'anecdotes à la con, des "j'aime, j'aime pas" à n'en plus finir... Avec cette ribambelle de goûts et de dégoûts bien idiots et bien communs, Jeunet s'est assuré que tout le monde puisse s'identifier sans forcer, comme savent le faire les rédacteurs d'horoscopes, ou les administrateurs de ces "pages" facebook et les auteurs de ces tweets à la con que tout le monde "like", "retweet" et "+1" à qui mieux mieux, du genre : "J'aime l'odeur de la colle et de l'essence, et j'aime bien l'odeur du gazon fraîchement coupé, par contre je déteste mais alors je déteste l'odeur de la merde". Ca me rappelle mon tonton Scefo, qui m'a annoncé, tout fier, à propos de mon petit cousin de 3 ans : "Il est très propre fils, il supporte pas d'avoir le cul huileux". Ce qui m'a beaucoup surpris vu qu'en général moi j'adore ça. Putain tonton... Jeunet a aussi fait un fond de commerce des questions cons, et on en retient une, qui demande combien de couples sont en train de se dégommer en ce moment même à Paris, avec une galerie d'illustrations gentillettes de femmes en train de jouir sous les impacts péniens de leurs époux ou amants. Bizarrement toutes sont bien traitées et heureuses, tout ceci se passe dans une atmosphère de félicité complète, alors qu'on sait trop bien que la plupart du temps ce n'est que ruines et désolation : on ne parle pas forcément de viols ou d'agressions, encore que, mais d'actes consentis et néanmoins voués à mettre à mal la survie du couple sur le long terme si un effort de réflexion est fait lors de la phase post-coïtum, qui peut se révéler néfaste pour l'amour propre du sujet et pour celui voué au conjoint. Et pourquoi, alors que Paris est la capitale des appartements loués en airbnb à des tournages porno, ne voit-on pas au moins une femme penchée sur une table de salon en verre (pour permettre au caméraman filmant la scène des angles impossibles en contre-plongée et en apnée), le pied d'un mec appuyé sur la nuque ? Même sans caméra et sans production, certains types se laissent emporter par la passion et par tout ce porno à profusion sur le web, et alors le cerveau reptilien prend le pas sur toute inhibition et sur toute galanterie, et en pareilles circonstances si l'homme est un loup pour l'homme il en devient surtout un pour la femme.



Qui ne s'est pas amusé à reproduire cette autre anecdote du film où Tautou prend son nain de jardin en photo devant tous les monuments du monde grâce à des montages photoshop afin de bercer d'illusions son père sénile, mais en remplaçant le nain de jardin par son propre gland ? Honte à moi si je suis le seul à avoir envoyé ça à la fille que je convoitais à l'époque, mais j'avais douze ans, lâchez-moi. Un seul critique, Serge Kaganski, a su s'élever contre ce film à sa sortie, et pour de plutôt mauvaises raisons. Pourquoi ne pas avoir tout simplement mis en avant la médiocrité de la mise en scène, la minceur de l'histoire, l'iniquité des personnages, la présence de Dominique Pinon, l'usage des filtres, le sur-jeu des comédiens et ainsi de suite ? Le seul acteur qui s'en tire c'est Rufus, qui joue tout de même sous un pseudo. Ce film, c'était le summum de Jeunet, la concrétisation d'un style, la prolongation d'un court métrage réalisé à six ans, Foutaises (titre assez visionnaire), et contenant déjà tout Jeunet, dans lequel on voyait Dominique Pinon dire "j'aime ci et j'aime pas ça" pendant vingt-cinq minutes. Dans ce petit film prémonitoire, ressorti en bonus sur le dvd d'Amélie Poulain par un Jeunet plus opportuniste que jamais, et qui depuis ne cesse de répéter ses tics et ses tocs en espérant tirer le jackpot une seconde fois, Dominique Pinon se plaint notamment de la goutte d'eau qui remonte de la cuvette quand il la torpille d'un étron trop sec, le séant éclaboussé par sa propre merde. Jeunet faisait alors un gros plan sur le visage vineux de Dominique Pinard assis en tailleur sur les chiottes et grimaçant au moment de recevoir une vague énorme suite à un déchargement terrible en off... tout ça parce que le même Pinon adore aussi ouvrir lentement l'opercule du pot de nutella de 750 grammes spécial Noël en écoutant le chuintement que cela produit, et casser la croûte de la crème brûlée avec le dos de sa petite cuillère, ou encore s'enfoncer directement des flambys entiers dans le gosier. Tu m'étonnes qu'en bouffant les œufs avec la coquille pour le petit croustichoc sensas' que ça promet sur le palais ce mec-là chie des bombonnes de merde à défragmentation, de véritables mortiers de fèces qui lui inondent le dos.



Ce film c'est tout Jeunet. Caro avait alors foutu les voiles, disparu à tout jamais, planqué dans l'annuaire entre mille et une "caro(line)" anonymes. Jeunet a notamment voulu refaire son miracle, son bunker de la dernière rafale, amasser un second pactole avec Micmacs à tire-parigot : Dany Boon dans le rôle principal, et Omar Sy qui essayait déjà de sortir du SAV. Toujours ce sens du casting payant, à condition qu'il paye... Rappelons que sur le tournage d'Amélie Poulain Jeunet a su se brouiller avec Jamel Debbouze, l'ami de tous, l'homme le plus consensuel du PAF. Quand vous demandez des nouvelles de J-P Jeunet à Jamel il vous balance sa seule main valide dans la figure, puis la seconde aussi, mais en prenant de l'élan pour qu'elle tombe sur vous comme une vieille liane. Malheureusement pour Jeunet cet autre film tout vert et jaune bourré à craquer de petites idées rachitiques n'est pas tombé au bon moment, et a logiquement fait un four sans nom. Jean-Pierre Jeunet s'en est donc pris au téléchargement illégal, alors qu'aucun quidam n'a même eu l'idée de mettre son navet en partage. Il s'est adressé aux critiques auxquels il reprochait de ne faire que critiquer au lieu de mettre la main à la patte, bref il nous a sorti tous les fondamentaux de la langue de pute et de la gueule de bois, allant jusqu'à reprocher à la Fox de ne pas avoir correctement remasterisé le bluray de son Alien 4, qui n'est pourtant qu'une parodie de lui-même. Nous faisons partie des nombreux fans de la saga qui ont acheté le coffret de la tétralogie et qui ont utilisé les deux skeuds "bonus" et "film" de l'opus Jeunet pour en faire des répulsifs à corbeaux afin de protéger les cerisiers de nos parents. Ces épouvantails son et lumière sont d'une efficacité redoutable car les ornithorynques ne supportent pas les reflets verts et jaunâtres de ce film pisseux. Pied de nez à Hitchcock, expert en séduction, qui avait su faire un chef-d’œuvre de l'effroi avec des volatiles alors qu'on fout les j'tons à des oiseaux avec une horreur de film. Jean-Pierre Jeunet, sache que toute ta filmographie orne nos cerisiers, et tu en serais sans doute ravi, toi qui adores les anecdotes à la mords-moi-le-noeud, les gadgets à tiroirs, les histoires de petits riens, mais que dis-tu quand les petits riens en question sont tes films bectés par des piafs survoltés, grossis aux OGM par nos parents qui eux aussi deviennent fous à cause de tes films diffusés en imax dans leurs champs ?


Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet avec Audrey Tautou, Mathieu Kassovitz, Jamel Debbouze, Rufus, Yolande Moreau, Armelle, Dominique Pinon, Isabelle Nanty (2001)

7 avril 2013

Astérix et Obélix au service de Sa Majesté

Ce film-là, on ne peut pas l'aborder frontalement. On est obligé de le prendre à rebours, par des chemins de traverse, de choisir des angles précis. S'attaquer à la mise en scène, au scénario, aux décors ou aux effets spéciaux serait trop long, ou trop rapide. Mais les acteurs... Plusieurs questions se posent, presque toutes restent en suspens. Nous sommes, avouons-le, un peu perdus et désemparés après la projection privée de ce film, et avons bien du mal à coucher tout ça sur le papier. D'abord, il faut savoir que cet épisode d'Astérix pâtit cruellement de l'absence de Christian Clavier dans le rôle titre (ça, c'est juste pour qu'on soit les seuls à l'avoir dit, on n'en pense pas un traître mot). Du côté des personnages, Panoramix manque également à l'appel, élément central de la BD il est ici condamné au hors-champ. Qu'on nous enlève le chef du village, qu'on nous prive du barde, qu'on nous supprime le poissonnier, mais pas Panoramix ! C'est l'âme de l’œuvre d'Uderzo et Goscinny. C'est la raison d'être des aventures d'Astérix & Obélix. Alors pourquoi ?... Peut-être à cause d'une malédiction qui planerait sur ce rôle depuis la première adaptation de la bande dessinée. Tous les acteurs qui ont prêté leurs traits fatigués au célèbre druide sont aujourd'hui six pieds sous terre, du pourtant fringuant Sim au tonitruant Claude Piéplu en passant par l'unique et inimitable Smaïn : toutes ces personnalités sont parties pour le dernier continent, terrassées par le rôle. Jouer dans cette saga semble épuisant pour les nerfs. Il faut voir la tronche que tire Edouard Baer, d'ordinaire pétaradant. Il est aveuglé par un maigre filet de lumière dans les scènes en extérieur, affichant l'air du déterré qui n'a pas pioncé de la semaine, ou du sniffeur de coke qui voit la vie en noir de chez noir. Il faut voir aussi l'allure fatiguée de Fabrice Luchini, qui paraît avoir 10 ans de plus, même s'il nous offre le meilleur César ever, malgré sa performance minable. 




Ça fait tellement longtemps qu'on attendait de voir Edouard Baer en Astérix... On en était tout fébriles ! A ce propos, saviez-vous qu'Edouard Baer est le seul acteur de la célèbre saga à avoir interprété deux rôles distincts ? Il était déjà Otis dans le second épisode, le chef-d’œuvre oxydé de Chabat. Hélas, nous sommes extrêmement déçus par le traitement réservé au personnage d'Astérix dans ce nouvel opus. Cœur de la BD, véritable poumon des travaux dessinés d'Uderzo, il est ici réduit à une espèce de pervers sexuel qui ne pense qu'à se vider les bourses dans la première anglosaxone venue. Dolores Chaplin doit d'abord faire face à ses avances, puis c'est au tour de la pâle Charlotte Le Bon d'être assaillie par une drôle de teub auréolée d'une moustache blonde remplie d'irréductibles morpions gaulois. Edouard Baer n'a pas l'air dans le coup. Il joue comme s'il était en état d'arrestation pour détention de stupéfiants de classe A. Pourquoi n'ont-ils pas pris un vrai nain pour faire Astérix ? Mimi Mathy était dispo, et pas besoin de la teindre ! Warwick Davis, l'éternel Willow, l'inoubliable Leprechaun, a également un agenda 2012-2013 vierge de toute espèce d'annotation, il était dispo... 




Petit tour d'horizon du cas Depardieu. Son nez ressemble à un vié fatigué, dans un sens comme dans l'autre. Soit l'on y voit deux couilles énormes et glabres surmontées d'une verge qui s'épanouit au milieu de son front, très satisfaite d'être astiquée à chaque fois que l'acteur hausse les sourcils par à-coups. Soit, à l'inverse, on considère ses "narines" comme les deux sphères d'un gland de dinosaure à l'urètre bien dégagé, suspendu dans le vide, dans l'attente d'une nouvelle cible facile lui tournant le dos à la hâte. Une chose est sûre, l'acteur-star parti dans le froid fout vraiment mal à l'aise. 




Un petit mot sur Gillaume Gallienne, qu'on nous avait présenté comme la seule satisfaction de ce ratage total, comme la dynamite humaine de ce film mort-né, comme le vent de fraîcheur soufflant sur le cinéma français. Il est aussi enjoué que tout le reste du cast, c'est à dire qu'il donne l'impression que sa carte bleue a été piratée et qu'on a effectué un retrait en Roumanie d'un million d'euros sur son compte courant et que l'on a vidé son PEL sans préavis. Gallienne, sociétaire de la Comédie Française, participe activement à l'enculage de la bonne humeur du spectateur. On a juste envie de lui foutre un énorme coup de pied au cul. En parlant de cul, celui de Charlotte Le Bon a visiblement tapé dans l’œil de Laurent Tirard, le pur nullard aux manettes de ce fiasco, désormais expert dans l'adaptation des œuvres de Goscinny (il avait déjà réalisé Le Petit Nicolas), au grand dam de ce dernier, qui danse le smurf non-stop dans sa tombe au Père Lachaise. 




Autre interrogation sur le casting : pourquoi n'ont-ils pas mis un vrai black à la vigie du bateau de pirates ? Certes Mouss Diouf est mort et Giant Coucou aussi, mais il restait Omar Sy (seul bémol à sa présence, de taille toutefois, rajouter un million de dollars de budget au film pour l'entendre rire, et un million supplémentaire pour embaucher Fred, car Omar ne tourne jamais un film sans son acolyte sur le plateau, ou au moins en coulisses), il y avait aussi Fabrice Eboué (mais pas assez noir à notre goût), Alex Descas (mais c'est pas tout à fait le genre), et Pascal Légitimus (qui a toutefois pâli avec l'âge). Bref, en fin de compte on comprend. Dans le même ordre d'idée, pourquoi est-ce que l'immigré qu'ils raccompagnent à la frontière est un blanc couvert de cirage et non un vrai black ? Là encore, on ne sait pas. Ceci dit on n'y perd pas totalement au change. Seul rayon de soleil dans ce foutoir ignoble : le dénommé Atmen Kelif, éternel fauteuil voltaire d'Edouard Baer, véritable faire-valoir de son maître, figurant à vie, fantôme du cinéma français (à tel point qu'il n'est que trop rarement crédité et trop rarement payé pour son travail). Qui se souvient d'Atmen Kelif dans Mon Pote ? L'intermittent du spectacle militant est ici très bon dans le rôle du petit paki immigré à moustache, dont l'accent suffit à faire sourire lors de sa première apparition. C'est bien la seule fois que l'on a souri devant ce film, alors ça méritait d'être souligné.




On doit parler des BB Brunes, mais on aimerait plutôt leur faire la peau et leur couper les oreilles. Il n'y a bien que Depardieu qui semble réellement prendre son pied lors du concert final, mais rappelons que c'est très probablement le fait de son addiction connue, reconnue et avérée à la bibine et à tout ce qui relève du liquide fermenté. Le film se termine sur cette drôle d'image arrêtée où on le voit mimer avec ses poings diaboliques une double fellation surprise. L'acteur avait clairement la baraka. Mais les milliards que coûte cette seule performance improvisée de fin de tournage valaient-ils d'être brûlés ? Rappel du coût de ce film : 60 000 000€ soit $80 000 000, ce que la rédaction de ce blog gagnera en 600 siècles (on est deux rédac' chefs, et pas mal de secrétaires). Au box office, le film s'est écrasé lamentablement en réussissant à faire moins que tous les précédents opus. Sincèrement, on ne pense pas que la 3D sauve le truc.




P.S. : Pas un mot sur Dany Boon, Gérard Jugnot ou Valérie Lemercier. Transformez ce silence en un immense mollard qui aurait son nom dans le Guiness Book et qui serait balargué avec un sourire (ce qui n'est pas évident à réaliser) dans la direction de ces êtres dépourvus d'âme depuis qu'ils l'ont vendue au diable. Enfin, quand même un petit mot sur Dany Boon, sachant que sa prestation, d'une durée totale de 10 minutes, ponctuée en tout de trois lignes de dialogue, lui a été rétribuée la coquette somme de 600 000€...


Astérix et Obélix au service de Sa Majesté de Laurent Tirard avec Edouard Baer, Gérard Depardieu, Guillaume Gallienne, Fabrice Luchini, Charlotte Le Bon, Catherine Deneuve, Valérie Lemercier, Dany Boon, Atmen Kélif et d'autres zonards (2012)

8 juin 2011

Papa

C'était le deuxième film de Pulpipi, après la parodie de biopic Casablanca Driver qui avait fait quelques émules. Voulant se forger une image de cinéaste crédible et offrir à Alain Chabat son Tchao Pantin, Maurice Barthélémy sortait de la comédie avec un road movie dramatique, oscillant entre le larmoyant et la comédie familiale. Le résultat c'est un film d'une heure et dix minutes qui se prend au sérieux et qui nous prend le chou bien qu'il se veuille modeste et simple avec sa petite Renault 5 poussiéreuse dans le premier rôle. Dans le second rôle, le gros Chabat plus vrai que nature, Monsieur tout-le-monde en jean moule-bite, affublé de tous ses pires défauts : points noirs, cheveux gras, démarche de quinqua. Il accomplit tous les gestes obligés du type qui fait un trajet trop long en bagnole. Qui du gars qui se surprend à ouvrir la fenêtre pour sauver son passager de l'asphyxie par le pet, qui de celui qui règle cent fois son rétro pour mieux apercevoir le décollebac de la meuf au volant de la voiture qui le double, qui de celui qui, au péage, fait tomber sa pièce et doit l'attraper sous sa roue, en se contorsionnant pour ouvrir sa portière, mais sans l'ouvrir complètement car elle est bloquée par la borne, et lui-même l'est par sa ceinture, obligé de se détendre et de lâcher la pédale de frein au risque de se rouler sur les doigts tandis que 2000 routiers barraqués et tatoués ont déjà la rage derrière.



Quid de celui qui à la station essence se paye, fier de lui, et à 70 centimes la tasse, un bon café avec supplément de sucre bien mérité après 9 heures de route, et constate que son gobelet n'est rempli qu'au tiers, pire, qu'un tiers de ce tiers est un bloc de sucre figé au fond du récipient, lui rappelant immédiatement le fond de ses chaussettes. Qui n'a pas fait une partie endiablée mais quand même chiante sur la fin de Pyramide avec son chiard impatienté par le trajet ? Qui n'est pas tombé en panne sous des trombes d'eau sur la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute, contraint de s'abriter du déluge avec son manteau pour aller téléphoner à un connard depuis la borne située trois kilomètres plus loin ? Qui n'a pas eu envie d'étriper son propre moutard en se cognant le petit doigt contre le genou moite de ce dernier au moment de passer la cinquième, après bien sûr le tête à queue occasionné par ce petit contre-temps ? Bref, tout y est, tout y passe dans ce petit guide du routard illustré. Pour faire un film pareil, si prolixe en détails au plus proche des petites gens, il faut nécessairement qu'il soit un peu autobiographique. Donc, si j'en tire de trop hâtives conclusions, je dirais que s'il n'est pas vraiment boxeur, Barthelemy s'identifie en tout cas à un type qui a buté son fils. Car c'est ça qui se trame derrière cette histoire de bagnoles et de petites cylindrées. Entre quatre vannes qui tombent forcément à plat et que la bande-annonce avait déjà révélées, condensées sur trente secondes, Barthélémy nous fusille l'esprit avec cette histoire de deuil impossible teinté de culpabilité et cette relation homme-fils crevante.



Le soupçon d'autofiction déguisée est alimenté par le caméo, à la toute fin du film, de Judith Godrèche, alias Madame Pulpipi et désormais Pulpipi à la ville comme l'écran, qu'Alain Chabal et son fils retrouvent enfin en quittant leur bagnole adorée après un voyage de 180 jours autour du monde pour retrouver le chemin des filets. Le deuil est une pilule plus facile à avaler pour cette femme propre sur elle qui, étant enceinte d'un troisième enfant doté d'après l’échographie d'un siège rehausseur collé au cul, a moins de mal à oublier. Elle est d'autant plus sereine que son compte en banque n'est pas dévalisé par les 40000 euros de péage que Chabat a déboursé d'un bout à l'autre du film. A la fois c'est peut-être parce qu'elle voit arriver Chabat au lieu de Barthélémy que Godrèche a l'air si jouasse à la fin du film, oubliant son rôle par la même occasion. Chabat est vraiment très très laid quand on le regarde bien sous certains angles (je me permets ce coup bas car ce rôle sérieux et "mignon" a contribué à me le rendre détestable), mais à côté de Barthélémy, c'est un boulevard. Godrèche a pour ligne de conduite de s'enfiler tous les comiques très petits et puant le pipi de la place publique : de Dany Boon à Barthélémy et à quand Mimie Mathy ? Ce film m'a tout de même ému, notamment quand on voit Chabat verser une larme dans le rétro, derrière ses lunettes de soleil, car il m'a rappelé ma propre vie. Quand mon chien Über-Jason est mort, mon père a dit : "Je vais faire un ride en bagnole", il n'est jamais revenu...


Papa de Maurice Barthélémy avec Alain Chabat et Judith Godrèche (2005)

12 novembre 2010

Swing Vote

Je n'ai pas vu ce film. Je ne le verrai jamais. Pourquoi ? Parce que j'en ai rien à foutre, comme tout le monde. C'est sûrement une comédie dramatique sportive comme seuls les ricains en ont le secret, un petit navet des familles destiné à remplir les bacs les plus mal achalandés sur le marché de Moissac le mardi matin, un pur "direct to dvd". Donc je le ne verrai pas et je n'en parlerai pas non plus. Dans ce cas pourquoi l'avoir choisi comme prétexte à cet article en forme d'éloge à Kevin Costner ? Pour son affiche. Visez un peu cette star du troisième âge qui fait la sortie des collèges au volant de sa Fiat Punto pour ramasser tout ce qui bouge. Avec une pareille gueule d'ange on lui donnerait le Bon Dieu sans confession alors que c'est le dernier des taulards. Jetez de nouveau un œil à ce sourire de gendre idéal, de papa poule, de grand-père à tomber par terre. Qui ne rêve pas de coucher avec lui ? Qui n'a jamais rêvé de se l'envoyer ? Moi j'en ai déjà rêvé et j'en rêve encore. J'aimerais me le "faire". Comme tout le monde. Ma petite sœur de 7 ans et ma mémé Visite (c'est son prénom) de 95 balais rêvent idem de se faire marrave par ce mec. Et moi itou. Preum's !



C'est de lui dont je veux parler et quitte à trouver un film étendard pour en causer autant prendre Swing Vote, dont le poster met si bien Costner en avant. Kevin Costner est une des mes idoles, et elles se comptent sur les doigts de la main. Je dirais que si mon majeur est Mel Gibson, l'idole parmi mes idoles, mon annulaire doit être Kevin Costner. Le reste de mes crayons se partagent la vedette entre Eric Rohmer, Marcel Proust et Shaggy. Si j'ai choisi le majeur et l'annulaire pour Mel Gibson et Kevin Costner, c'est que ces deux doigts-là sont particulièrement liés. Essayez de remuer votre majeur sans faire trembler votre annulaire : impossible. Ne le faîtes pas trop longtemps quand même, c'est l'erreur qu'a commise Claude Lelouch et depuis ses mirettes continuent de faire l'aller-retour. Pour en revenir à mes crayons, Mel Gibson a droit au plus grand de mes doigts, certes, celui que je tends à qui mieux mieux, mais Costner s'en tire avec le doigt qui porte l'alliance, et quand je parle de Costner je pense carrément à l'Allianz Arena, le stade multicolore du Bayern München. Si Gibson et Costner sont liés, c'est qu'ils ont suivi sensiblement le même parcours. D'abord stars de cinoche addicts aux tapis rouges qu'ils ont l'habitude de fouler en high heels, objets de tous les fantasmes sexuels de la planète, véritables godes humains, ils ont ensuite su passer à la mise en scène, et avec audace. C'est chose rare... Qui d'autre ? Clint Eastwood ? Michel Blanc ? Clint Eastwood ? Dany Boon ? Guillaume Canet ? Mais dans le cas de Gibson/Costner, ça n'est pas vain. Parce que leurs films, joués ou réalisés, sont de petits voire de grands chef-d'œuvres.



Kevlar Costner... Tout ce que je peux dire c'est wow. Kevin Costner définit le mot "acteur". Je veux dire, jetez un œil à ses sept derniers chef-d'œuvres. Il est LARGEMENT meilleur que n'importe quel autre acteur. Je supporterais pas d'être n'importe quel autre acteur quand Kevin est à l'affiche. Il a mis un sacré paquet de gens au chômage après une si belle carrière. Et le petit roi du comeback fracassant frappe encore ! J'ai pas vu Swing Vote mais sa performance dans Coast Guards était clairement sa meilleure depuis Waterworld. Ce film m'a fait aimer les gardes-côtes comme Bodyguard m'avait fait aimer les noirs. Souvenez-vous de la phrase de Hugh Grant sur le tapis rouge, qui déclarait : "Je vous demande de faire chapeau bas devant un professionnel prêt à jouer avec ces gens-là". Une fois par mois, je grille une après-midi de clebs devant les 4h30 de la version longue de Dances with wolves. J'allume un feu de camp au milieu de mon appart', j'éparpille un peu de foin autour de moi, je m'assieds sur une cagette et je laisse venir. J'admire Kevin dans ce film plus que dans tout autre, tantôt barbu tantôt lisse comme une couille, sympathisant avec les natifs Sioux et autres Pieds-tendres du Nord de l'Amérique. Costner a eu l'idée de ce film en renversant une famille d'indiens (la famille de Wes Studi) avec le pare-choc pare-buffles de son 4X4 Cherokee lors d'une virée de pêche à la grenade sur le territoire sacré d'une réserve d'Apaches. Le résultat, c'est une fresque inoubliable sur la conquête de l'Ouest et sur le génocide des indiens d'Amérique avec la musique inoubliable de John Barry pour requiem. Avec son premier film derrière la caméra, Costner s'inscrivait directement dans la lignée d'Howard Hawks et sa Captive aux yeux verts, à la suite du Little Big Mac d'Arthur Penn, dans la course à la vérité historique sur le massacre sans procès des Indiens par l'envahisseur blanc violent et xénophobe. Peut-être le plus beau film de l'histoire du cinéma ? Sept oscars à la clé, de quel droit le Titanic en méritait-il quatre de plus ? De quel droit ? D'où ?



Que dire qui n'ait pas déjà été dit sur Postman ? Tout, puisque rien n'a jamais été écrit sur ce film. Et pourtant c'est un excellent film. Pour sa seconde réalisation, Costner fait encore plus ambitieux puisqu'après s'être retourné avec brio sur la genèse d'une nation ("birth of a nation", en anglais) il s'aventure dans l'anticipation futuriste d'un monde où l'homme se fait rare et où un général d'armée auto-consacré gouverne en despote. Tel est le pitch de Postdam. Sur fond de décor futuriste et apocalyptique à la Mad Max, Kevin Costard nous raconte en fait une fois de plus la naissance d'une nation, la sienne, avec l'invention à retardement du Pony Express. Kevin "hard-boiled" Costner a encore frappé. Je sais que je dois être le seul, mais j'aime Postamn.



Open Range, le film suivant de notre étoile, m'a complètement largué. J'ai adoré le gameplay de Max Payne mais adapté au far west et sans pouvoir prendre les manettes je n'ai pas été séduit outre mesure. En fait ce qui me déçoit dans ce film c'est que Costner retourne à ses premières amours, le western, mais son nouvel opus fait très pâle figure comparé à son tout premier masterpiece. Et pourtant y'a Bob Duvall au casting. Néanmoins, même quand il foire complètement, Costner sait ravir ses fans et je suis le premier sur la liste. Au beau milieu du film il y a une scène d'averse dans la petite bourgade où nos cow-boys séjournent le temps de siffloter une bière bien tassée et sans faux col à la terrasse du saloon. Il pleut, il pleut et les chemins de terre qui servent de rue sont vite détrempés pour se transformer en énormes torrents de boue. Un fleuve rouge remplace alors les petites artères calmes du bourg et nos héros sont contraints de démonter le saloon pour en récupérer les planches qui leur serviront de ponts afin de passer d'un trottoir à l'autre sans se noyer dans le fleuve merdeux créé ex-nihilo par une averse imprévue qui sépare désormais les deux côtés de la rue pour aller se jeter directement dans le pacifique. Costner est si inventif ! Il est si débordant d'imagination que c'est une folie furieuse de création qui s'empare de lui à la moindre occasion. Ou quand une simple averse permet à Costner de faire un remake déguisé du célèbre Et au milieu coule une rivière, réalisé quelques années plus tôt par son rival et modèle dans la conquête du cœur des dames et des mecs : Robert Redford. Mais la séquence nous évoque aussi Titanic. Encore et toujours l'ombre de ce vieux James Cameron qui plane sur notre idole, l'enflure qui a volé 4 oscars à Costner en 1990.



Kevin Costner est mon idole. Je n'ai pas encore vu Modoc, son dernier rejeton, qui n'est pas encore sorti. Il s'agirait d'un biopic sur la vie du peintre Pollock. Ed Harris (autre grand acteur/réalisateur), ayant déjà tourné le biopic de l'artiste-peintre, Kevin Costner a semble-t-il décidé de ne pas renoncer et de mettre en scène sa vision personnelle de la vie du fameux artiste qui peignait avec ses doigts en changeant le titre pour de simples questions de copyright. Ou bien s'agit-il d'un préfixe semblable à celui de "mocumentaire" ? Costner aurait mis en scène une charge contre l'illustre peintre qui peignait littéralement avec ses mokos ? Autre exemple de la hardiesse de Costner, il choisit le titre "Modoc" malgré les conseils de ses distributeurs français, qui l'ont averti des dangers de choisir un titre pareil, triste synthèse des mots "Médoc" et, précisément, "Moko", jugés par le CNC comme faisant partie des 10 mots les moins vendeurs en tête d'affiche des cinémas multiplexes de l'hexagone, juste derrière "vié", "teuch" et "zgegos" (aux États-Unis une enquête prouve que les mots bannis des frontons des multiplexes sont "black", "booty" et  "on wheels").



Je vous demande de vous lever pour cet icône du cinématographe, cet homme qui résume à lui seul le 7ème Art, ce prix nobel du sexe et de la paix : Cabin Costner, l'homme qui, dernière défiance, ose tourner le dos et son gros cul d'enfer (taffé en salle de muscu pour être immortalisé dans le plus beau plan de Danse avec les leups) à ce cinéma-là qui l'a fait, pour se consacrer corps et âme à sa gratte, à son banjo et à son gros micro.


Swing Vote de Joshua Michael Stern avec Kevin Costner (2008)