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21 décembre 2020

Suburbicon

Personne ne s'étonnera de voir apparaître au générique de fin, sous la mention "Scénario torché par...", les noms des frères Coen, Jamel et Ethan Coen. On reconnaît bien leur griffe tout au long de Suburbiencon, signé George Clooney, qui se veut une farce satirique, un véritable brûlot grinçant, cruel, cinglant, contre l'american way of life des années 50, les WASPs détraqués, le simulacre du rêve amérindien, le miroir aux alouettes de la middle class blanche propre sur elle, les quartiers résidentiels conformistes de l'Amérique profonde ségrégationniste raciste, etc. Vous connaissez la rengaine. Le seul problème, au-delà du fait qu'on commence à la connaître, l'histoire, c'est que les frères Coen et sieur Clooney oublient de nous faire rire, quitte à rire putain de jaune pisse, et que la couleur jaune est plutôt passée dans le stabylo avec lequel ils ont surligné jusqu'à la trame leurs trois idées.





De quoi s'agit-il ? Le personnage principal, Gardner Lodge (Matt Damon), est une sorte de copie 2.0 du Jerry Lundegaard (William H. Macy) du Fargo des frères Coen. Je dis 2.0 parce que c'est une expression merdique que j'utilise rarement, donc pour changer un peu, et aussi parce que le Gardner Lodge de Suburbicon est tout aussi crétin que son homologue d'il y a vingt ans, mais beaucoup moins innocent. Leurs trajectoires sont assez semblables (petits bureaucrates minables, pères de famille foireux, pris à la gorge par leur partenariat avec des malfrats et enchaînant les bévues jusqu'au bain de sang, pour résumer), mais on a moins de pitié pour le personnage interprété par Matt Damon, qui se révèle assez détestable à tous les étages, et notamment avec son fils. Le contraste n'en est que plus grand entre ce cocon familial blanc comme neige en apparence, où rien ne dépasse et ne détonne (Julianne Moore, en blonde à la peau d'albâtre, incarne à la fois l'épouse et la belle-sœur de Gardner), mais pourri jusqu'à la moelle (adultère, meurtre avec préméditation, arnaque aux assurances, et même ! rendez-vous compte, sado-masochisme, ici on aime à se fouetter le cul avec des raquettes de ping-pong dans le sous-sol, quelle horreur...), et la maison voisine. 





Car tout le propos du film est là. De nouveaux voisins débarquent au début du film, et ils sont noirs. Aussitôt, l'ensemble du quartier se ligue contre ces nouveaux arrivants, demande à les expulser, fait ériger une clôture autour de leur maison, campe toute la nuit devant leur porte pour les pousser à partir et ainsi de suite. Cette haine raciste contre d'innocents citoyens américains est doublement aveugle puisque c'est elle qui permet au foyer de Gardner Lodge d'abriter (plus ou moins discrètement) toutes les pires saloperies sans que personne s'en aperçoive. On a bien compris l'idée. Et si elle n'est pas inintéressante au début du film, quand le film tombe tout à coup dans le sordide (deux hommes envahissent la maison et s'en prennent à ses habitants), dans un mélange des genres cher aux frères Coen, elle devient rapidement très lourde, tout le film reposant sur ce montage alterné entre le cauchemar qui se déroule en silence sous le toit de la famille blanche et le boucan que fait la meute des citoyens racistes devant la demeure assiégée de la famille noire. Et le film de se conclure sur les deux petits garçons, l'un blanc, l'autre noir, dont les maisons sont détruites (l'une de l'intérieur, l'autre de l'extérieur), jouant ensemble à se lancer une balle de base-ball par-dessus une clôture dans un beau message d'espoir. Tout un symbole. Officiellement la balle de base-ball la plus lourde du monde.


Suburbicon de George Clooney avec Matt Damon, Julianne Moore, Noah Jupe et Oscar Isaac (2017)

23 février 2015

Safe

Cela commence par un petit rhume a priori anodin. Et puis il y a cette sensation de fatigue, persistante, encombrante, usante. Les médecins sont pourtant affirmatifs : Carol White (Julianne Moore) est en parfaite santé. Tout devrait rentrer dans l’ordre avec un peu de repos. Elle est « surmenée » disent-ils. Nouvellement installée dans une banlieue chic du nord de Los Angeles avec son fils et son mari, un cadre supérieur peu attentionné, Carol White mène pourtant une existence bien confortable, apparemment éloignée de tout stress. Face au psychiatre qu’elle finira par aller consulter, elle se présentera comme une « femme d’intérieur » travaillant sur « la décoration de sa maison », quand elle a du temps libre prendra-t-elle le soin de préciser. En réalité, sa vie est à peu près totalement vide. Son quotidien est fait d’allers-retours vers le centre commercial et le pressing, de jardinage et de séances d’aérobic. Son mariage est stable, mais austère, froid, dépourvu de réelle intimité émotionnelle. Son fils, d’une présence fantomatique, est en fait son beau-fils, issu du mariage précédent de son mari. Ses amies existent et elle les voit régulièrement, mais leur amitié est distante, superficielle, éteinte.




On comprend assez vite que c'est sa vie stérile et transparente qui a rendu Carol malade. Elle en était inconsciente, mais c'est son corps qui a sonné la révolte. Elle devient peu à peu allergique à tout ce qui l'entoure : les gaz d'échappement des voitures, les textiles chimiques de son nouveau canapé, les bombes aérosol, l'encre des journaux... Tout cela l'agresse et dérègle progressivement sa vie douillette, si lisse et si nette, morte. Elle s’enfonce dans sa dépression et personne ne saura lui venir en aide. Les spécialistes qu’elle va voir s’avèrent tous incapables d’identifier son mal, et paraissent toujours peu concernés, insensibles. Incomprise, la jeune femme décide alors d'entrer dans un drôle d'institut : un endroit étrange et déconnecté de tout, coincé en bordure d’un désert, qui accueille les victimes des maladies que l’on suppose liées à l'environnement. Ces malades forment une petite communauté vivant en autarcie, chapeautée par un homme a priori sensible et perspicace, donnant régulièrement des discours rassembleurs. Ce centre est le lieu idéal, paraît-il, pour se ressourcer, moralement et physiquement...




On pourrait qualifier Safe, film étonnant et singulier, qui nous rappelle la vivacité du cinéma indépendant des années 90, de « thriller psychologique », mais cette appellation en surprendrait plus d’un étant donné le rythme particulier du film. L'angoisse est pourtant bel et bien au rendez-vous. Le réalisateur, Todd Haynes, dont il s’agissait du second long métrage, a une manière assez fascinante de nous montrer le lent processus de décomposition et d'isolement de son personnage principal. Il procède par touches imperceptibles, en creux. Il apporte notamment un soin particulier à la bande-son, silencieuse et principalement faite des bruits de fond issus du quotidien de l’héroïne, peu à peu dérangeants, envahissants, énervants. La première partie du film, c'est-à-dire jusqu’à ce que l’héroïne entre dans l'institut isolé, est de loin la plus réussie et maîtrisée. Le découpage est harmonieux, le ton, lent, déploie une force tranquille, sereine, sûre de parvenir à ses fins. Il ne se passe pratiquement rien, l’action est réduite à des petits riens sans importance, mais un malaise diffus sourd de chaque plan et devient de plus en plus évident. Les incidents paraissent d’abord anodins, mais à mesure qu'ils s'accumulent l'inquiétude s'installe. Todd Haynes cultive une tension insidieuse, gênante, bizarre. Julianne Moore, idéale dans ce rôle, est d’abord une petite femme tirée à quatre épingles, figée dans un coin de l’image, perdue dans des décors vides, immenses et sans vie. Puis elle devient progressivement une plante desséchée, agonisante, sur laquelle l’ultime plan du film, glaçant, finira par se focaliser, en nous laissant à peine espérer un sursaut de vie.




La seconde partie est un peu trop longue et peine à retrouver la force de la première heure du film. Mais Todd Haynes y dépeint toujours assez brillamment le fonctionnement de l’institut étrange et quasi sectaire où Julianne Moore a trouvé refuge. Il nous montre avec talent et sans aucune lourdeur l’endoctrinement sournois qu’y exerce son grand gourou. Le cinéaste ne porte cependant aucun jugement, il se contente de décrire froidement la capacité de séduction de ce type d’organisation, dont le responsable est un personnage ambivalent, parfaitement joué par Peter Friedman, qui tenait là un rôle pourtant pas évident et pour lequel il fallait nécessairement trouver le ton juste, un équilibre délicat. Entre deux de ses discours, l’un des malades du centre raconte à son voisin une anecdote à propos de l’un de ses proches : un type chez qui rien ne clochait, en pleine santé, tout à fait normal, mais qui, dès qu’il mettait les pieds dans une grande surface, était soudainement pris de sanglots et déprimait complètement, au point de penser au suicide. C’était systématique. Pour retrouver son état normal, il suffisait à ce drôle d’individu de sortir du centre commercial. Cette anecdote, sournoisement placée là par Todd Haynes, l'air de rien, m’a beaucoup parlé. Je me suis totalement reconnu en ce pauvre homme qui perd ses moyens dès qu’on a la sale idée de le traîner dans un centre commercial, car cela m'arrive très souvent aussi. Les supermarchés me rendent malade ! Safe, film visionnaire et plus que jamais d'actualité, m’a laissé une drôle d’impression !


Safe de Todd Haynes avec Julianne Moore, Peter Friedman, Xander Berkeley et April Grace (1995)

6 décembre 2014

Hunger Games - La Révolte : Partie 1

Francis Lawrence... Putain... Dans ce blog on a déjà évoqué à de nombreuses reprises nos griefs contre ce type qui ne semble pas savoir faire de films autrement que comme des merdes (c'est pas une légende...). Le plus triste dans tout ça, c'est de voir que Francis Lawrence n'évolue pas et qu'il réalise ce nouveau film comme tous ses précédents. Il n'y pas d'améliorations dans son travail, il ne progresse pas, il fait toujours la même merde, avec l'air toujours aussi fier... Il doit avoir un glaucome ou déjà être aveugle, ou au moins borgne, voire miro avec -12 à chaque œil pour imaginer des plans aussi nazes. Il dirige sans doute les acteurs de loin avec de grands gestes... A moins qu'il ne soit tout simplement pas présent sur le plateau. Peut-être est-il muet et tente-t-il de se faire comprendre par des signes du majeur, ou bien c'est un timide doublé d'une couille molle qui se cache derrière son moniteur... Le seul truc qui le réjouit dans son travail doit être de hurler "Action !" dans son mégaphone près de l'oreille rougie de Jennifer Lawrence (cela expliquerait la tronche qu'elle tire tout le long du film). Son visage et le sourire béat qu'il affiche constamment sont probablement le signe d'une carence hormonale ou affective, ou sa satisfaction de ne pas avoir encore été démasqué pour ses CV truqués et son incompétence notoire. Il n'a pas l'air méchant, c'est sûrement un bon copain pour aller boire des bières ou aider à déménager en urgence. Mais pourquoi lui refile-t-on régulièrement des budgets de 200 millions de dollars pour mettre en boîte un nouveau blockbuster pour ados et participer ainsi à la crétinisation absolue du cinéma américain contemporain ?


"Si je dis rien et que je hoche la tête en souriant, ça devrait passer... Arrête de triturer ta fermeture éclair bordel ! Je stresse, je stresse mais j'ai pas grand chose à craindre à ma droite, il est aussi con que son frère... Et la pintade à ma gauche, tout le monde la prend pour ma fille, alors on se serre les coudes... pas les couilles LOL !... Concentre-toi putain !"

Mais attention, bien que notre ami Francis Lawrence ait une grande part de responsabilité dans cette débâcle qu'est "Hunger Games 3 partie 1 Les Révoltés du Bounty", il serait injuste de faire porter le chapeau à lui seul dans ce désastre long de 2h03, dont on voit s'écouler les minutes avec une lassitude accablée. Non, il est vraiment loin d'être l'unique couillon à blâmer. D'abord parce qu'il faut nécessairement se mettre à plusieurs pour concevoir un aussi gros étron (par exemple, pour ruiner Je suis une Légende, Lawrence a grandement bénéficié des deux expressions faciales de Will Smith et du boulot de quelques torche-papier au scénario), ensuite parce chaque composante du film participe avec entrain à la catastrophe.

Une pensée pour ceux qui ont flingué leurs carrières (voire plus...) avec cette saga en bois...

Les scénaristes ont fait un boulot impressionnant pour aider Lawrence dans sa quête de l'étron ultime, car atteindre ce niveau de nullité s'apparente à de l'art, m'est avis. Ils ont écrit le scénario sur un seul post-it qui a été brûlé par la suite. On me dit que c'est l'adaptation de la première partie d'un livre. Alors dans ce cas, soit le livre est une grosse purge, soit les deux scénaristes (aidés par l'auteure dans leur immense tâche !) ont choisi d'adapter les deux premières pages du livres. D'un point de vue strictement objectif, c'est cette dernière façon de faire qui serait la plus honnête car ce serait bien la première partie d'Hunger Games 3 qui serait adaptée. Mais ne comptez pas sur moi pour aller voir les 166 autres parties à 125 millions de dollars de budget mettant en image les 332 pages restantes ! C'est simple, le film dure deux heures et il ne s'y passe globalement rien. Il est rempli de vides et d'états d'âmes pour faire patienter (raquer) le spectateur (le consommateur abruti) jusqu'à l'année prochaine. Et si les invraisemblances affligeantes constatées dans le film sont les mêmes dans le livre, alors c'est un sacré bouquin de merde que l'histoire des Hommes finira par oublier, enterré sous un tas de fumier, où il trouvera enfin son utilité : nourrir les microorganismes du sol dans un retour à la terre salvateur...


Quand Katniss part se battre "sur le terrain", elle n'emporte qu'une dizaine flèches...

Pour résumer quand même le film, voilà la totalité de l'histoire en quelques phrases : Katniss Everdeen (J-Law) vient d'être secourue par les rebelles du District 13 à la tête desquels se trouve le fantôme de Julianne Moore aidée par Philip Seymour Hoffman (ce rôle a eu sa peau). On lui demande de devenir le symbole de la rébellion car elle est méga populaire suite aux Hunger Games 1 et 2. Après réflexion, elle accepte à condition qu'on aille libérer Peeta (son mec) et les autres anciens vainqueurs des Jeux de la Faim retenus prisonniers au Capitole (la capitale de ce monde hideux, j'imagine). Peeta est libéré facilement par une équipe de choc (l'héroïne n'ayant pas été invitée à participer à l'assaut !) mais, piqué par une abeille (sic !), il est devenu fou ! Il tente de tuer Katniss par strangulation mais, malgré le temps de réaction digne d'un paresseux tridactyle des 10 personnes qui trainaient dans les parages, il échoue dans sa triste tentative d'assassinat. Fin.


Cette scène inutile se déroule au début du film dans l’hôpital de fortune du District 8. J-Law rend visite aux malades, elle est filmée pour la propagande des rebelles, elle fait des "propaclips". Tout l’hôpital sera rasé par les méchants juste parce qu'elle s'y est pointée sans discrétion. Belle, l'héroïne...

Pour illustrer une histoire aussi colossalement minable et débile, le casting s'est mis au diapason. Il est d'une nullité insultante et aide avec une détermination farouche Francis Lawrence dans sa tentative de réaliser l'ultime navet capable de rendre jaloux Uwe Boll. Entre les acteurs confirmés et multi-récompensés qui viennent toucher leur cachet en éructant des lignes de dialogues insipides tout en regardant d'un œil mort la caméra car ils savent qu'ils flinguent leur respectabilité contre quelques liasses de billets verts, et les jeunes acteurs affligeants, J-Law en tête (elle joue comme si elle s'était pris une torgnole avant chaque prise), le spectacle est consternant et risible. Le pire est peut-être atteint avec l'acteur qui joue Peeta (traduit par "Puta" en espagnol et "Chawarma" en turque selon mes sources), celui dont J-Law est amoureuse, qui joue un traitre, mais en fait non, car il a été empoisonné (par une abeille donc...) pour devenir fou et tuer sa copine lors de leurs retrouvailles, tout ça pour suivre le plan machiavéliquement bête et foireux du grand méchant du film, un Donald Sutherland qui a probablement eu un gros redressement fiscal pour se retrouver là. En plus de ressembler à un mauvais acteur belge, Peeta doit donc jouer la folie, enchainé à un lit dans un pièce capitonnée dans l'une des ultimes scènes de cette daube, et à ce moment-là on a vraiment pitié pour lui. Notons aussi la présence de Liam Hemsworth, le frère de Thor avec lequel il partage un jeu d'acteur et une palette émotionnelle extrêmement limités.


L'héroïne fout un bordel monstre chez les rebelles et provoque la mort de nombreux innocents pour aller sauver ça. Et non ce n'est pas une photo du remake gay de Basic Instinct...

Le meilleur acteur de ce film n'est pas un humain, c'est une pauvre bête maltraitée. Je dis pauvre bête alors qu'il s'agit d'un chat roux. Et tout le monde sait que les chats roux sont l'engeance du diable, les envoyés de Belzébuth sur Terre, des créatures qui n'hésiteraient pas à venir vous crever les yeux dans votre sommeil gratos. Eh bien on finit par à avoir pitié d'un tel animal, maltraité et affublé d'un rôle très ingrat dans ce film. Un faire valoir qui se retrouve fourré par l'héroïne dans un gros sac lors de la visite de son ancienne maison, puis reçoit tout un tas d'objets et souvenirs sur la tronche sans moufter : cadre photo, couteaux de cuisine, salière, épices, planche à découper... Il reste des heures caché dans ce sac sous tous ces ustensiles avant d'en être enfin sorti pour retrouver sa maitresse (accessoirement la sœur de l'héroïne). Il sert aussi de pirouette scénaristique afin de mettre en danger inutilement la petite sœur de J-Law lors d'une scène de bombardement-évacuation à pleurer d'inutilité et de longueur.


Il paraît qu'il était noir et blanc dans les deux premiers films... Peut-être que le bombardement du District 12 (anéantissant tout apport de minerais et de charbon dans la capitale soit dit en passant) l'a rendu roux...

Enfin, un grand merci aux producteurs de ce massacre de masse sans qui tout cela n'aurait pu se faire. Un grand bravo d'avoir initié une telle purge, recruté les personnes adéquates à chaque étape du processus de création pour parvenir à un tel niveau de médiocrité, et pour s'être fait une montagne de dollars avec ce gros tas de merde qu'est Hunger Games 3 part 1, paragraphe 2, couplet 5, verset 7, ligne 2... On ne parlera pas de la direction artistique ni des effets spéciaux à part pour dire qu'ils participent de manière significative (p < 0,05) à la laideur et à la médiocrité du film.


Hunger Games - La Révolte : Partie 1 de Francis Lawrence avec Jennifer Lawrence, Liam Hemsworth, Julianne Moore, Philip Seymour Hoffman, Donald Sutherland... (2014)

4 juin 2014

Maps to the Stars

Rarement une bande-annonce aura aussi bien annoncé un film. Si vous n'avez pas encore vu Maps to the Stars, prenez la bande-annonce, faites-la tourner en boucle pendant deux heures, et vous aurez une bonne idée de l’expérience que constitue le visionnage de ce film terriblement ennuyeux, vulgaire, cynique, bête et, par-dessus le marché, souvent laid. A l’image, et l’équation n’avait rien d’obligatoire, des personnages, tous plus creux les uns que les autres, la mise en scène est sans aucun intérêt (sauf sur un ou deux plans égarés dans une uniformité qui finit par les avaler, au point qu’on serait bien en peine de s’en rappeler précisément même au sortir de la salle). Les acteurs font leur boulot, mais leurs personnages sont tellement irritants, hideux, haïssables, unanimement débiles et tarés, que ceux qui les incarnent en deviennent insupportables à leur tour (pompon à Julianne Moore, que nous aimons pourtant beaucoup, mais qui joue là une actrice vieillissante refusant de vieillir, grimée en une sorte de Madonna d’aujourd’hui au rabais, et qui le fait comme elle peut mais sans briller).




Les personnages, surchargés de défauts, sont tous complètement psychotiques (du traumatisme personnel bien gras aux enfants nés du péché d’adultère, le ver est dans la pomme et n’en sortira pas), et le fait qu’ils évoluent dans le milieu bien malsain d'Hollywood leur ajoute une couche de névrose supplémentaire. Sauf que Cronenberg ne dit rien sinon, d’abord, d’énormes clichés déjà dits mille fois sur le fameux miroir aux alouettes du star-system et sur les dérives du show-business : tout y est question de fric, de drogue, de cul (dégueulasse si possible), de violence imbécile, et pour illustrer tout ça, Julianne Moore se fait malaxer l’anus par son maître de yoga (John Cusack) pour exorciser, entre autres, un complexe d’infériorité vis-à-vis d'une mère actrice morte dans un incendie ; un enfant-star (Evan Bird), qui à douze ans touche des millions de dollars et couche avec ses concurrentes féminines, flingue un chien à bout portant pour jouer ; Julianne Moore, encore, danse comme une abrutie pour fêter la mort du fils de sa concurrente ; Julianne Moore toujours largue d’horribles pets sur les chiottes, en présence de sa bonniche, en s’écriant que ça chlingue à mort, et ainsi de suite... Cronenberg, que son immémoriale investigation de la chair et de l’intestin grêle ne porte pas toujours vers les meilleurs cieux, n’estime apparemment pas être allé assez loin dans la lourdeur puisqu’il fait aussi tuer son actrice vieillissante à coups de statuette des Oscars, quand la bonniche, incarnée par (une assez remarquable) Mia Wasikowska, grille un plomb à force de se faire insulter et marcher dessus par une patronne qui, en prime, vient de se faire monter par son fiancé sous ses yeux. Dans une spirale sans fin de name dropping pathétique, Cronenberg croit original de nous dire ensuite que l’horreur, déjà dépeinte par Wilder ou Aldrich en leur temps, a débordé les frontières hollywoodiennes, que les chauffeurs de limousine en font aussi partie (auto-clin-d’œil assez triste, c’est le Robert Pattinson de Cosmopolis qui tient le rôle), et que la jeunesse dans son ensemble est pourrie, vérolée par des rêves de gloire illusoires et par des parents incestueux et horribles.




Le film évoque immanquablement Mulholland Drive et finit ainsi de s’enterrer dix pieds sous terre. Il rappelle aussi, outre le propre cinéma de Cronenberg, le dernier film en date de Martin Scorsese, Le Loup de Wall-Street, en faisant le portrait univoque, définitif, sarcastique et ricanant d’une époque sinistre, où les cyniques sont convaincus et fiers d’avoir insolemment gagné, où les salauds ne se cachent plus, où la vulgarité a tout contaminé et où la jeunesse, à qui l’on a dressé pour uniques totems le pouvoir et la violence, n’a plus qu’une chance de liberté : le suicide. Les deux films partagent le projet de nous faire subir, durant d’interminables minutes, et sans interruption, des horreurs pures et simples, de nous confronter à une misère contemporaine sans faille, totale, sans espoir. Et même si Cronenberg est peut-être plus directement critique vis-à-vis de ce qu’il montre, ne laissant planer aucun doute sur son opinion quant à la situation, restent deux films morbides et désespérants, qui se contentent de faire le portrait de toute les saloperies qui nous entourent, que l’on connaît déjà pour y être empêtrés jusqu’au cou chaque jour, un portrait esthétiquement peu brillant de surcroît et qui a l’immense tort, à nos yeux, de ne proposer strictement aucun contrepoint. Les deux cinéastes plient leurs films au sordide absolu des personnages qu’ils déploient sans faire preuve d’une once d'humanisme, préférant dérouler avec complaisance la longue démonstration d’une corruption généralisée, et dresser un constat pontifiant et satisfait.




Saïd Ben Saïd a aussi produit le très médiocre Passion de Brian De Palma. Espérons pour lui qu’il ne soit pas de ces producteurs qui, comme au temps de l'âge d'or notamment, imprimaient leur patte sur les films, parce que les derniers rejetons de Cronenberg et de De Palma sont aussi bêtes, froids et mauvais l’un que l’autre. On se dit surtout qu’il ne fallait pas forcément se déranger… Noble ambition que vouloir produire les derniers films de ces cinéastes adulés sur le retour, mais il est des projets qu’il vaut mieux laisser congeler dans la tronche de leurs auteurs, et sur lesquels les fans gagneraient à fantasmer jusqu’à la nuit des temps. Quand bien même on ne l’avait pas adoré, Cosmopolis laissait espérer un vrai réveil de la part de celui qui s’était totalement endormi sur les débats de Freud et de Jung dans A Dangerous Method ; la déception est d’autant plus lourde de le voir s’enfoncer dans une satire datée, facile et sans âme.


Maps to the Stars de David Cronenberg avec Julianne Moore, Mia Wasikowska, John Cusack, Robert Pattinson et Evan Bird (2014)

25 mai 2014

The Hours

Nouvelle variation sur la vie et l’œuvre de l'écrivaine Virginia Woolf, après le fameux biopic Woolf avec Jack Nicholson, mi-écrivaine mi-loup-garou, dans le rôle titre, The Hours raconte et entremêle le parcours de trois femmes. Virginia Woolf en personne, écrivaine soi-disant folle et carrément dépressive (incarnée par Nicole Kidman à l'époque bénie où le plastique et la laideur sur son visage étaient encore à peu près amovibles) ; une lectrice (Julianne Moore) de son grand roman Mrs Dalloway, bien décidée à abandonner son mari (John C. Reilly), son fils et son petit pavillon de banlieue sous peine d'y crever d'ennui ; et enfin une incarnation moderne de ladite Mrs Dalloway (Meryl Streep), new-yorkaise homosexuelle pleine de regrets, et notamment sentimentaux, vis-à-vis d'un peintre (Ed Harris) lui-même homosexuel et sur le point de décéder du sida. Allons-y Alonzo, dans le merdier existentiel, et crescendo !




Stephen Daldry, adaptant le roman d'une femme sur une femme, et à travers elle sur toutes les femmes, n'a peut-être cru s'adresser qu'aux femmes, et a sans doute jugé judicieux de ce fait de ponctuer un certain nombre de ses séquences parfaitement académiques de nombreux inserts sur des gestes de cuisine. Tel dialogue tendu entre Virginia et sa cuisinière est ainsi rythmé par un gros plan sur un oeuf cassé sur le bord d'un récipient, tel dialogue entre Meryl Streep et Jeff Daniels fait soudain place à une autre coquille d’œuf que l'on jette à la poubelle, et ainsi de suite. On a parfois l'impression de regarder Top Chef avant l'heure, et que ce qui relie les femmes par-delà les époques tient non seulement dans leur farouche envie de mourir mais aussi dans l'omelette.




Certes le noble projet de Woolf était de faire tenir l'existence d'une femme dans une seule journée, et la cuisine devait (forcément et tristement) y tenir une bonne place, mais on peut s'interroger, concernant l’œuvre de Stephen Daldry, sur ces inserts à répétition et sur la récurrence du motif de l’œuf cassé. Cette lubie du cinéaste est à la fois le signe d'un esprit relativement cohérent, de l'ordonnancement pépère d'un film trop sage, et l'unique manifestation d'une forme de folie au sein de ce carcan de propreté. Le montage fragmenté, qui passe d'une femme à l'autre, au lieu de rompre le classicisme de l'ouvrage, le renforce. On a l'impression pénible de suivre une de ces séries contemporaines qui n'ont de cesse de passer d'un portrait à un autre, d'une névrose à la suivante, d'un bloc de féminité vérolé à son voisin, pour satisfaire la tentation du zapping et noyer l'esprit dans un flot parfaitement continu d'images plates reliées entre elles par leur platitude même et par une musique constante et mélancoliquement galopante signée Philip Glass (comme elle aurait pu être signée Danny Elfman, mais c’eût été pire... alors que les Baha Men étaient frais et dispo avec leur tube Who let the dogs out ? Woolf, Woolf Woolf). L'horripilant Desperate Housewives est loin malgré tout, notamment parce que nous sommes en présence de trois vraies et belles actrices en lieu et place des cataplasmes vulgaires de l'ignoble série star des années 2000, parce qu'en outre le propos sur les tourments féminins, humains, venant en bonne partie d'une grande écrivaine, est autrement pertinent, et parce qu'à la fin, quand même, une brève mais réelle émotion pointe enfin.


The Hours de Stephen Daldry avec Nicole Kidman, Julianne Moore, Meryl Streep, Ed Harris, Jeff Daniels et Claire Danes (2001)

19 mars 2014

Carrie, la vengeance

Bien que n'ayant aucun attachement particulier à l'original signé John Boorman avec ses fameux splitscreens et ses références permanentes au maître du suspense, aka Kubrick, sans oublier sa scène fétiche dite du "crucifix dans l'anus", nous avons fini une soirée devant cette énième resucée infâme, dont le working title était "Remake #00094857383221". Pour ceux qui ignorent encore l'histoire de Carrie : dans la petite ville de Castle Rock (Ontario), la jeune Carrie, qui a grandi sous les chicken wings d'une mère poule, subit la petite blague de trop de la part de ses camarades de classe, assez taquins. Elle se rend alors compte qu'un surplus d'adrénaline provoque chez elle des dons de télékinésie et de psychothérapie. De fil en aiguille, la mère croyante de Carrie tricote des pulls à sa fille, mais ça ne suffit plus à calmer les sautes d'humeur de la lycéenne qui, lors du bal de fin d'année, et après une ultime farce de ses camarades enjoués, finit par se venger de tous dans un bain de sang démesuré.


Julianne Moore, que diable es-tu venue faire dans cette galère ? Nathalie Kosciusko-Morizet était faite pour le rôle !

Cette histoire, qui dégénère à vue d’œil et dresse un portrait au vitriol de l'adolescence américaine, est sortie du plumeau du King. John Boorman l'a adaptée au cinéma pour pasticher, à la sauce post-moderne et dadaïste, son modèle de toujours, le célèbre "Kub". Kimberley Peirce quant à lui l'a reprise pour nous servir une soupe à la grimace cinématographique, une bouillabaisse filmique dépourvue du moindre intérêt, dont la seule tentative - actualiser l'humiliation en la faisant passer par les écrans de téléphones portables et autres écrans géants du traditionnel bal de fin d'année, et en profiter pour suggérer la mise en abyme écranique générale du merdier (Kub via Boorman via Pierce) - se solde par un échec cuisant. Récemment on a cloué au mur un type qui s'est amusé à torturer un chat innocent. Rappelons aux parigots et aux cons en général que ce fameux animal torturé, Toxic le chat, lancé en l'air contre des parpaings dans des vidéos qui ont fait le tour du web, n'est pas un cas isolé. Quinze fois par minute en moyenne (source IPSOS), d'autres chats du même acabit meurent sous les coups d'enfants désœuvrés de proche banlieue ou des campagnes les plus reculées. Parfois même il advient que des chats de bonne famille meurent intoxiqués après avoir simplement gobé le poisson rouge aux yeux globuleux qui, faute d'apports nutritionnels journaliers, surnageait depuis une paye à la surface de l'aquarium familial. 


Chloë Grace Moretz a été désignée Scream Queen grâce à Kimberley Peirce, quant à elle depuis longtemps consacrée Screen Gouine.

C'est précisément la tragédie qui est arrivée au chat d'un ami à nous, appelé "Henri portrait d'un sérial killer" (c'était le nom de son chat, pas le sien !). Son bestiau de compagnie a vu là une aubaine incroyable de bouffer du poisson pour la première fois de sa vie, et en prime ça tombait un vendredi. Le greffe n'a pas eu son week-end... Il est mort en un éclair. L'animal a eu ce soubresaut qu'ont les félins à chaque déglutition, sauf que ce spasme fut aussi celui de sa mort. A peine passée la glotte, le poisson's poison l'a laissé pour mort. Mais ce qu'on a reproché au bourreau de youtube, ce jeune homme qui, comme tant d'autres, a décapsulé un chat, mais qui a eu l'idée de le faire devant sa webcam pour devenir une star, et ce dont le monde entier s'est ému dans un bel élan collectif (chacun ses sources d'indignation...), c'est que la chose ait été filmée et montrée. Or, si l'on applique la jurisprudence "Toxic le chat", le Carrie, la vengeance de Kimberley Peirce, étant précisément un objet filmé, mérite lui aussi l'opprobre et la crucifixion.


Carrie, la vengeance de Kimberley Peirce avec Chloé Grace Moretz et Julianne Moore (2013)

26 décembre 2013

Don Jon

Après un tel film, la logique voudrait que Joseph Gordon-Levitt fasse profil bas pendant un bon moment. Mais la logique, vous savez... On espère en tout cas que les velléités de cinéaste du jeune acteur seront mises en veilleuse indéfiniment. Car, à l'évidence, JGL n'a rien, rien à dire, rien à montrer et donc rien à faire derrière une caméra. Son premier film est d'une nullité inouïe en plus d'être révélateur d'une absence totale de personnalité, à moins que celle-ci se caractérise avant tout par une bêtise et une vulgarité à toute épreuve, ce que ses nombreuses fans auront bien du mal à avaler... C'est en tout cas ce que Don Jon laisse à penser et, étant donné le sourire béat qu'affiche la vedette du début à la fin dans son rôle d'obsédé qu'il doit croire très osé, on a aucun mal à s'imaginer que le bonhomme est tout à fait fier de lui. Ça fait peine à voir.




Joseph Gordon-Levitt a donc voulu nous livrer son film sur les hommes d'aujourd'hui, "l'homo sapiens youpornus" ou "la génération Jizzhut", comme je regrette de l'avoir lu sur internet ; cet homme occidental, à l'environnement saturé d'images aguicheuses ou obscènes, à la recherche du plaisir facile et immédiat, disponible en quelques clics. Cet homme qui se retrouve confronté à de grandes désillusions quand il comprend que les femmes ne correspondent pas aux attentes façonnées par le porno dont il s'abreuve. Ici, Don Jon (Joseph Gordon-Levitt donc) rencontre la dénommée Barbara Sugarman (Scarlett Johansson). Étant donné le look de ladite Barbara et son patronyme ridicule, on imagine d'abord que le bienheureux Don Jon est bel et bien tombé sur une véritable actrice porno, là, à sa portée, trouvée dans cette boîte qu'il hante toutes les nuits en quête du coup d'un soir.




Mais non. Malgré son extrême vulgarité, ses tenues ignobles, son maquillage abject et, pour faire plus simple, son allure douteuse, Scarlett Johansson, qui n'a jamais été aussi laide, incarne une jeune femme propre sur elle attendant encore le prince charmant. Gordon-Levitt essaie donc longuement de s'intéresser à ce décalage entre les fantasmes et les espoirs des deux personnages, mais il n'en tire strictement rien. Et quand Barbara surprend Don Jon en train de regarder du porno sur son sacro-saint MacBook, c'en est fini. Leur amour naissant se désintègre d'un seul coup. Le jeu ridicule de Scarlett Johansson n'aide pas à rendre la réaction de son personnage plus compréhensible et crédible ; Don Jon est immédiatement sommé de débarrasser le plancher. Alors on passe à autre chose, comme Don Jon justement, qui oublie tout du jour au lendemain, pour les tâches de rousseur (ou de putréfaction ?) de la triste Julianne Moore...




L'idée d'axer son scénario sur un pur tocard dont la vie serait parasitée par son obsession pour la pornographie pourrait donner lieu à un film au moins un peu amusant, à des situations forcément comiques. Il n'en est rien. Joseph Gordon-Levitt nous propose seulement une galerie de personnages sans vie, auxquels on ne croit pas une seconde, la palme revenant à la petite sœur toujours collée à son portable. Le tout est accompagné par quelques numéros d'acteurs pathétiques (il faut voir Tony Danza en faire des tonnes dans la peau du papa rital macho, c'est véritablement insupportable) qui s'agitent tour à tour dans une succession de scènes abrutissantes car menées sur un rythme intenable via un montage proprement dégueulasse. Très vite, les petites idées de l'apprenti réalisateur lassent terriblement et forment un ensemble ingérable, sans aucune tenue. Son film réussit à ne ressembler à rien et à la fois à tout, à tout ce qu'on ne veut plus voir, à n'importe quelle saloperie indé se croyant un peu subversive.




Étant donné le sujet, on pourrait flirter avec les plus grasses comédies d'Apatow, et c'est peut-être l'impression que l'on peut furtivement ressentir quelques fois, mais les tentatives d'humour sont beaucoup trop timorées pour situer clairement le film dans cette catégorie-là. On pourrait s'attendre à une sorte de Shame autoproclamé plus "fun" et "cool", puisque la sexualité de l'omniprésent Don Jon est tout de même assez préoccupante, mais la chose est traitée de façon si superficielle qu'on ne peut finalement pas rapprocher les deux films. Au bout du compte, c'est surtout à une de ces romcoms minables que le film s'apparente. Après quelques égarements, Don Jon finit par trouver chaussure à son pied, et c'est là tout l'enjeu d'un (très) long métrage à la morale grotesque ; un enjeu il est vrai un peu tardif dans un film terriblement mal rythmé et achalandé. Le pire, c'est que Joseph Gordon-Levitt a l'air sincère, il semble croire en ce qu'il fait et en ce qu'il nous raconte. Il doit considérer très touchante et très juste la romance putride qu'il invente entre son personnage d'obsédé sexuel et cette vieille femme endeuillée, jouée par la fantomatique Julianne Moore, dans un rôle de détraquée imprévisible mais drôle comme on en croise des wagons dans l'indiewood. C'est terriblement déprimant, vraiment, et même plutôt embarrassant car, devant tout ça, on se sent souvent assez gêné pour l'acteur.




Au générique, Joseph Gordon-Levitt adresse ses remerciements à Rian Johnson, Christopher Nolan et Steven Spielberg. Du beau monde... Le premier aurait aiguillé celui qu'il a dirigé dans Looper pendant l'écriture du script, corrigeant notamment ses nombreuses fautes. Le second aurait vivement encouragé l'acteur à passer derrière la caméra et l'aurait accueilli à sa table de façon anormalement régulière entre février et avril 2012. Quant au troisième, on espère sincèrement qu'il n'y est pour rien ou qu'il a simplement prêté l'une de ses casquettes. 


Don Jon de Joseph Gordon-Levitt avec Joseph Gordon-Levitt, Scarlett Johansson, Julianne Moore et Tony Danza (2013)

1 mars 2011

Tout va bien ! The Kids Are All Right

Ce film insipide a eu droit à sa petite nomination à l'Oscar du meilleur film. Chaque année ou presque, c'est la même chose, un ou deux petits films typiquement "indés" sont nommés pour la récompense suprême de ce cinéma américain en perdition mais qu'il est visiblement de bon ton d'aduler et de regarder avec envie dans les médias français. Les exemples de ces films indés dont on se souvient le mieux sont Juno et Little Miss Sunshine. Mêmes ingrédients, même recette, même succès. Ces films doivent également avoir pour modèle ultime le sinistre American Beauty de Sam Mendes, un véritable Academy Award Winner de bien triste mémoire qui nous a tous, un jour ou l'autre, pourri deux heures de notre vie, et que nous avions déjà bien épinglé dans nos pages. Mais revenons donc à ce film de Lisa Cholodenko, une cinéaste qui ne ressemble aucunement au mannequin slave que son patronyme nous laisse espérer et qu'on imagine aisément homosexuelle. Cholodenko s'intéresse effectivement dans son dernier rejeton à une petite famille recomposée de lezbdos des suburbs californiens.


Lisa Cholodenko nous montre fièrement le nombre d'idées qu'elle a déjà eues

Au début du film, alors que notre patience et notre espoir sont encore gonflés à bloc, on se dit que cette histoire de père biologique (Ruffalo) dont l'arrivée bouleverse la vie d'une petite famille homoparentale (Julianne Moore, Annette Bening et leurs deux ados) va peut-être donner quelque chose de drôle, de surprenant, d'original, d'amusant. Que nenni que diable ! Tout est cousu de fil blanc, et il ne se passe jamais rien ! Rien ! Nenni ! Alors certes, le couple de lesbiennes est assez crédible, ce qui est déjà pas mal dans un film ricain merdeux et ce qui a également valu une nomination à l'Oscar pour Annette Bening cette année. Certes (en trivia de tous les diables), la propre fille de Steven Spielberg a un petit rôle dans ce film. Mais à part ça... A part ça ! On retrouve évidemment beaucoup des tics habituels des films "indés", dont bien entendu de la musique omniprésente avec, en tête, David Bowie, décidément très en vogue dans ce genre de films, mais aussi des choses plus récentes comme Deerhoof, Fever Ray ou Tame Impala. Quiconque peut donc, comme d'habitude, s'amuser à prendre ce film pour un blind-test long d'une heure et demie. Là où cela devient moins amusant, c'est lorsque ces références se font plus directes, avec notamment une scène de repas tétanisante où Annette Bening et Mark Ruffalo reprennent en chœur Joni Mitchell. "Ow no how pinkeuzoïde, if you some gafftasste some grododendron, yé". Si vous vous êtes envoyé cette scène, vous pouvez tranquillement considérer que vous avez survécu à ce qui doit être l'un pires moments de cinéma de l'an passé. At ease !


Petit aperçu d'une de ces interminables "scènes de bouffe" dans lesquelles rien ne nous est épargné, ni même le "moment cure-dent"

D'ailleurs, à propos de scène "de repas", il faut aussi savoir que ce film en est tout particulièrement farci. Ça doit être un record. Du jamais vu ! On voit sans arrêt les protagonistes bouffer leurs plats dégueulasses tout en échangeant des banalités confondantes. Doit bien y avoir six scènes "de repas" et Dieu sait que c'est insupportable d'admirer tous ces acteurs qui font semblant de mastiquer et de retourner leurs langues dans leurs bouches de la même façon. C'est vraiment à se demander s'ils ont déjà bouffé un jour pour se rendre compte que ça ne se passe pas comme ça et qu'on ne ressemble certainement pas à ça quand on mange... Et merde, on ne mange pas la bouche ouverte ! Mes cousins me le font encore, et c'est une tragédie de bouffer face à eux depuis tout ce temps. Voir ça dans ce film me rappelle ces moments terribles. Il y a aussi dans ce terrible film deux ou trois scènes dites de "brossage de dents" et, comme d'habitude, sans dentifrice, mais les personnages font tout de même semblant de cracher leurs glaires dans le lavabo à la fin. Je ne sais pas vous, mais moi, face à ce triste spectacle, je vois en infra-rouge ! Évidemment, on ne ferait pas attention à ces détails s'il se passait par ailleurs des choses intéressantes à l'écran. Mais comme il ne se passe quasiment rien, on se surprend à se mettre en boule pour des atrocités qu'on a déjà vues et subies mille fois ailleurs. Ce film, qui se veut très profond, ne vaut pas mieux qu'un épisode quelconque de Desperate Housewives qu'on aurait rallongé d'une heure.


L'acteur de gauche a l'air de mater son assiette en se disant "Ras-le-bol de ces plats bio végétalo-lezbdos, quid de ma virilité ?"

Non content d'être un bon gros tas de fumier, The Kids are All Right se termine aussi de façon assez hideuse en prônant une morale tristement douteuse. En gros : une famille se doit nécessairement de rester recroquevillée sur elle-même pour survivre. Mark Ruffalo est donc bien gentiment prié d'aller voir ailleurs, alors que tout le monde s'est pourtant véritablement attaché à lui, au point que chacun a pu goûter à son mastodonte d'irrésistible latino du middle-west. Enfin, comment parler de ce film sans évoquer ce terrible plan sur les gambas flétries de Julianne Moore ? La plus célèbre des actrices rouquines hollywoodienne perd ici le peu de sex-appeal qui lui restait à l'orée de ses 70 balais, et elle va sans doute traîner comme un boulet cette image effroyable tout le reste de sa carrière. Une image qui n'est pas près de me quitter. Si vous m'avez bien suivi jusque-là, vous avez pu deviner que Julianne Moore incarne une lesbienne. Or, c'est bien connu : les lesbiennes ne font pas gaffe à leurs corps, se négligent totalement, s'habillent comme des loques et ne s'épilent pas. CQFD Josée Dayan ! Cela semble être un fait mais c'est tout de même étonnant qu'une lesbienne (Cholodenko) dresse un tel portrait de son propre camp. Elle se tire une balle dans le pied, soit. Pour Lisa "2 de QI" Chodolenko, lorsqu'on ne s'épile pas, nos jambes se putréfient littéralement et deviennent immanquablement d'une couleur violacée, tout en se recouvrant d'abjects poils noirs, chose d'autant plus étonnante chez une pure redhead comme Roger Moore. Très franchement, c'est un des trucs les plus laids que j'ai vus de ma vie.


Argh !!!

Film indé oblige, on a aussi droit à quelques scènes de baise assez explicites entre Marco Ruffalo et Michael Moore, où les deux acteurs semblent littéralement "prendre leurs pieds", violacés pour Julianne, couvert de poils crépus pour Marco. Au tout début du film, on devine aussi Moore administrer ce que l'on appelle communément un "cuni lingus" à une Annette Bening qui n'en demandait pas tant et qui semblait encore ignorer être une "femme fontaine" de premier ordre. Après plus de 20 ans de vie commune, ça laisse pantois quant à l'amour que se portent ces deux personnages incapables de savoir que l'une a des mollets violets et que l'autre fait du "glorious rain" dès qu'on la titille un peu. Face à tout ça, on se réjouit forcément d'être dans un film "indé" ricain. C'est dingue ce qu'ils osent faire, montrer, suggérer. Moi qui suis abonné à BangBros, ForcedBabySitters et SpankWire, je n'en croyais pas mes mirettes. Tu parles... Crève Lisa Cholololenko, retourne jouer au tennis ! Toi et tes deux idées, vous pourrez même pas faire un double !


Vraisemblablement surpris par son propre cobra et l'intensité du plaisir ressenti, Mark Ruffalo "descend du train en marche" afin de ne pas indisposer l'actrice pas tout à fait ménopausée par un jet malencontreux

Je terminerai ma critique par une petite trivia de derrière les fagots, en constatant qu'il est plutôt paradoxal qu'Annette Bening joue une lezbdo, elle qui est en réalité mariée au plus gros "serial queutard" du tout Hollywood en la personne de Warren Beatty. Warren Beatty, cet acteur redoutable qui affirme à longueur d'interviews qu'il a dégommé plus de 3000 femmes et enfants tout au long de sa vie, and counting. Glaçant...


Tout va bien, The Kids Are All Right de Lisa Cholodenko avec Annette Bening, Julianne Moore et Mark Ruffalo (2010)

22 janvier 2009

Assassins

Super film de Dick Donner. C'est l'histoire d'une amitié entre deux assassins. C'est la rencontre entre celui qui à l'époque était l'homme fort du cinéma Américain : Stallone, qui s'est toujours présenté en disant "Deux L pour voler, deux N pour niquer, deux poings pour taper" ; et celui qui à la même époque était l'homme fort du cinéma ibérique : Antonio Bandera, qui venait de s'illustrer dans Desperado, film qui m'a rendu totalement desesperado. Le côté assassin des deux héros de ce buddy-movie est largement laissé dans l'ombre pour nous conter une belle histoire d'amitié façon Jerry Schatzberg. Rien ne nous est épargné des plus infimes épisodes de la vie que peuvent partager deux colocataires en bons termes. Ainsi le film s'ouvre sur la séquence dite de la "lettre".




Antonio Banderas est accoudé à une table, tâchant de rédiger une lettre à la femme qu'il aime dans un sinueux mélange d'espagnol et d'anglais qu'il baragouine en voix off. Tandis qu'il nous baratine avec son salmigondis informe, un autre son nous parvient du hors-champ et vient se mêler aux mots d'amour en esperanto malmené de Banderas. C'est le bruit que fait l'immense jet de pisse de Stallone projeté avec force passion au beau milieu de la cuvette des chiottes. Faut dire que Stallone pisse du coude droit et chie du gauche depuis son opération ratée du cul vouée au départ à augmenter la musculature de sa nuque. "Pourquoi t'as toujours besoin de pisser au milieu du chiotte ?" s'exclame Banderas, agacé, en renouant le bandeau qui tient ses cheveux. "Comme ça je me sens exister" répond Stallone, avec sa voix habituelle de castrat. Et ça n'est que le début. Il est capital de parler de cette scène où Stallone lit un magazine de motos, affalé à la table de la salle à manger, observé par un Banderas pantois et oisif qui essaie tant bien que mal de faire prendre conscience à son nouveau meilleur pote qu'il est en train de lire des descriptifs de cylindres et qu'il est vraiment trop con.




En fait Banderas a réclamé un rôle d'intellectuel pour briser son image, et c'est ça que Donner lui a offert sur un plateau. Pour avoir l'air brillant, il fallait forcément un partenaire diablement con à Banderas pour s'illustrer un peu par son jeu de mimes. Après mille et une nuits d'auditions pour dénicher le plus con des acteurs possibles, c'est Stallone qui a monopolisé la parole, enregistré sur des bandes de casting qui resteront à jamais scellées sous clef dans un coffre en marbre. L'intéressé déblatérait longuement "on tape" sur ses opinions politiques et ses ambitions concernant la Maison Blanche. Il paraîtrait que dans cette vidéo, filmée par un directeur de casting HS et insomniaque, Stallone faisait des déclarations prémonitoires quant aux événements du 11 septembre. Il aurait aussi annoncé le krach boursier de cette année. Mais il faut pas oublier qu'il parlait aussi d'une invasion extra-terrestre pour janvier 2007, de la naissance d'un crotale géant au cœur du Pentagone, d'une déferlante de criquets dans l'État du Michigan et de l'émergence de l'Atlantide, entre deux pronostics Superbowl foireux. On l'interrompt pas l'homme aux trois mètres de barbaque, mais on ne l'écoute pas toujours non plus. Il a bien deux ou trois éclairs de génie par ci par là (les plus sceptiques parleront d'heureux hasards), mais il est quand même vraiment à la masse. Il a un bon moteur mais y'a personne au volant. D'ailleurs quand il a été invité au Grand Journal de Denisot, Stallone a passé deux journées dans la "boîte à questions", s'alimentant en bouffant son propre bras hypertrophié pour continuer à répondre à toutes les questions. C'était la première fois qu'on lui en posait. Il n'a pas appuyé une fois sur le buzer permettant de zapper la question. Ils ne l'ont jamais sorti de là, ils ont retiré la boîte à questions de son emplacement d'origine et il est resté assis au milieu à attendre de nouvelles questions. Il s'est bien assoupi à un moment, mais pour redémarrer le lendemain, au taquet.




Alors ce rôle lui va comme un gant dans cette scène où il jette des dés pipés pour noter ses résultats et s'enorgueillir dès qu'il tire un 6, sous le regard implorant de Banderas. Quand il tire un 5 il est tout de même content, mais il ne manque jamais de rappeler que c'est tout de même moins bien qu'un 6. Et Banderas quitte lentement la pièce pour mettre un terme à cette séquence de haute volée. La scène la plus marquante reste celle où Stallone s'en va faire sa déclaration à sa bienaimée, interprétée par Julianne Moore. Il la retient par le bras (celui qu'elle a dans le plâtre depuis ce jour) tandis qu'elle s'apprête à grimper dans le bus. Et il lui dit, avec sa voix d'enfant, qu'il aimerait être avec elle, que même quand elle est là il lui semble qu'elle est un peu absente. Elle lui répond qu'elle a déjà quelqu'un mais qu'elle voudrait bien baiser avec Stallone si son copain peut mater. Alors on voit Stallone, dépité, choqué, terrassé, qui encaisse la vérité sur celle qu'il idéalisait, sur la fille de Roger Moore, et derrière lui la vitrine d'un magasin explose, sans doute happée par l'aspiration du courant d'air provoqué par le mouvement de Stallone, qui d'un geste un peu brusque essaye d'attraper une mouche qui lui tournait autour depuis le début de la séquence.




Un peu plus loin dans le film, Stallone finira par accepter la proposition de Julianne Moore, et il ira la baiser sous les yeux alanguis de son mari. Ce dernier va alors assister à la mort de son épouse avant d'appeler la police, pour demander à un commissaire s'il doit porter plainte contre Stallone et déclarer que sa femme est morte "sous les coups" de ce dernier. Il dira: "C'était des coups de bite, mais quand même, elle en est morte !" Dans la discussion téléphonique avec les autorités, le mari éploré évoquera plusieurs fois ces coups de bites rythmés par le chant d'un colibris enroué. C'est à voir. Cette scène est à voir. Le film se clôt sur une partie de foot dans laquelle des gamins innocents se font marraver par Stallone et Banderas, venus leur chiper leur ballon rond pour le martyriser tant et plus. Stallone est vêtu d'un maillot du PSG floqué au nom du célèbre Raï, qui une fois élargi par les épaules démesurées de l'acteur, dignes de l'envergure d'un goéland en plein vol, s'étire atrocement et devient "Radio Audiophonie Italienne".


Assassins de Richard Donner avec Antonio Banderas, Sylverster Stallone et Julianne Moore (1995)