Affichage des articles dont le libellé est Charlton Heston. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Charlton Heston. Afficher tous les articles

23 octobre 2019

L'Île au trésor

Bizarrement, ce téléfilm de 1990 est peut-être la meilleure adaptation du classique de R.L. Stevenson, auquel il est très fidèle. Les décors sont bien choisis (en particulier l'auberge de l'Amiral-Benbow, le fortin sur l'île, le passage sous la cascade où se manifeste la voix d'un fantôme), l'action est portée par une sympathique bande-son aux tonalités irlandaises, et surtout le casting est réussi. L'acteur le moins convainquant, c'est finalement le jeune Christian Bale dans le rôle de Jim Hawkins, un peu trop grand peut-être, un peu trop serein, impassible même, et sûr de lui, avec sa voix de basson. Le jeune acteur, qui avait déjà officié, et avec plus de talent, dans L'empire du soleil, peine aussi (mais il n'est peut-être pas seul fautif) à exprimer ce mélange de crainte et de fascination, de mépris et de sympathie, qui caractérise la relation du jeune Hawkins au vieux Silver dans le roman. Mais pour le reste des personnages, on y est. 





Outre Charlton Heston, grinçant à souhait devant la caméra de son fiston en Long John, le trio d'acteurs qui interprète le Dr. Livesey, Trelawney et le capitaine Smollet, est au poil, un certain Nicholas Amer, par ailleurs abonné aux séries TV (j'entends par là qu'il a joué dans un million d'entre elles, pas qu'il capte OCS) s'avère très bon dans le rôle du formidable Ben Gunn, mais surtout, présents tous deux quelques minutes seulement et néanmoins inoubliables dans leur rôle, Oliver Reed, dans la peau de Billy Bones, et Christopher Lee, dans celle de Pew l'aveugle, marquent les esprits (du moins marquèrent durablement celui de l'enfant que je fus).





C'est d'ailleurs le début du film qui est le plus réussi. Avec ce défilé de pirates, la bande de Flint, dans l'auberge de Jim et sa mère, et ce Billy Bones, vieux loup de mer gueulard et malade, accroché à son coffre et à son épée comme un naufragé, tout bouffi d'alcool et d'angoisse, constamment sur le qui-vive, en attente de la fameuse "tache noire" que bientôt lui remettra l'aveugle Pew. Deux beaux plans scandent cette grande introduction, celui où Bones apparaît tel un fantôme scrutant l'horizon sur le replat d'un rocher, et cet autre où Jim, Trelawney et Livesey découvrent l'Hispaniola, le navire déjà infesté de pirates qui les conduira vers l'île éponyme. C'est un plan simple, qui ne montre pas la mer comme une pure menace (ça c'était le précédent), mais comme une promesse où couve la menace. Tout le roman d'aventure est là. Dans ces deux plans. On aurait aimé en voir davantage dans le genre, mais c'est déjà pas mal.


L'Île au trésor de Fraser Clarke Heston avec Charlton Heston, Christian Bale, Oliver Reed et Christopher Lee (1990)

24 octobre 2015

Le Bazaar de l'épouvante

Parmi les très nombreuses adaptations de Stephen King, il y en a une que l'on oublie trop facilement quand il s'agit de citer les plus réussies : celle réalisée en 1993 par le dénommé Fraser Clarke Heston, Le Bazaar de l'Epouvante. Je n'ai pas lu le livre et j'ai vu ce film il y a des années, quand internet n'existait pas et que je scrutais de près les programmations des fameux Jeudis de l'angoisse d'M6 pour m'offrir quelques frissons, mais j'en garde un si bon souvenir que j'ai bien envie de vous en dire quelques mots. Déjà, ça n'est pas dans toutes les sombres adaptations du King que l'on croise un tel casting. Jugez du peu : Ed Harris, auquel il restait encore quelques cheveux et qui avait à l'époque toute l'étoffe d'un héros, Max Von Sydow, l'incontournable acteur bicentenaire qui a parcouru tout l'éventail du cinéma mondial, Bonnie Bedelia, la  femme de John McClane qui était alors au top de ses formes et au zénith de sa carrière, et enfin Amanda Plummer, fille et sosie de Sir Christopher Plummer, rien que ça. Derrière la caméra, et derrière un abominable nom à rallonge, se cache en réalité le fils de Charlton Heston, un type peu intéressé par le cinéma mais qui comptait bien profiter des ficelles de papa pour concrétiser son rêve d'enfance : mettre en image son bouquin préféré.





Dès les premières minutes du générique, on est dedans. Je me souviens de ces plans flottant autour d'une énorme Mercedes noire en route vers Castle Rock. A l'intérieur, un conducteur pour l'instant invisible derrière les vitres teintées mais dont la présence se fait déjà menaçante car accompagnée d'une musique grandiloquente qui en envoie plein les tympans. Ce n'est pourtant qu'un vieil homme apparemment sympathique et inoffensif que l'imposant carrosse amène. Un antiquaire de métier, bien décidé à installer son petit commerce dans la ville mythique du King. Son enseigne, "Needful Things", est le titre original du film et du bouquin. Chaque habitant de la ville y trouvera son bonheur, l'objet rêvé et recherché depuis longue date, pour une somme dérisoire. Au lieu d'argent, l'as de la brocante demande souvent un petit service à son client, un simple tour à jouer, un petit message à déposer à un autre habitant du village... Mais sous leurs apparences anodines, ces petits tours (saloper le linge étendu du voisin, pisser sur le seuil de sa porte, poster des commentaires insultants sur son blog ciné...) dressent progressivement les habitants les uns contre les autres et ravivent des tensions enfouies. Seul le shérif, Ed Harris, se méfiera des ruses de cet antiquaire obnubilé par l'idée de foutre la merde partout où il passe car il n'est autre que... le Diable himself !





Avant d'accepter ce rôle, Max Von Sydow avait déjà pratiquement tout joué. Tout. Un exorciste, un chevalier, un chien, un aveugle, une pelle, un joueur d'échec, un druide, un paysan, un loup, un chien d'aveugle... Bref, tout. Mais jamais Max Von Sydow n'avait incarné le Diable en personne. L'acteur au mille visages estimait qu'il tenait là une belle occasion pour rompre définitivement avec son image d'exorciste efficace qui lui collait à la peau. Il faut savoir qu'à l'époque, le grand Max recevait tous les jours des coups de fil de parents impuissants et désespérés lui demandant de pratiquer son art dans la chambre de leurs enfants possédés. Celui que l'on surnomme "le Caméléon immortel" n'a pas hésité une seconde quand Fraser Heston lui a proposé ce rôle, c'était une main tendue, inespérée. Avec sa petite mine innocente, son sourire en coin, tantôt malicieux tantôt incrédule, il était le choix idéal pour incarner Lucifer. Rien ne laisse à penser qu'il est le Mal incarné, si ce n'est ces ongles dégueulasses et interminables qu'il se plaît à frotter un peu partout et lui permettent d'aller chercher des crottes de nez de concours. Max Von Sydow est un des grands atouts du film, il faut bien le souligner.





On aime à penser que le Diable roule en Mercedes et n'a rien de mieux à foutre qu'aller se paumer dans des petits villages pour y semer patiemment la discorde. Comme ça, modestement. Par petites touches. La prochaine fois, il s'attaquera peut-être à une agglomération dépassant le millier d'habitants, qui sait ? C'est typique du King une idée comme ça. C'est terriblement con mais on accroche ! Et comment parler de ce film sans passer par son meilleur moment : la toute fin. Le Bazaar de l'épouvante a la chic idée de finir en apothéose, ce qui était une qualité à laquelle j'étais tout particulièrement sensible quand j'étais adolescent. Le final est explosif. Après que l'on ait découvert la réelle identité de l'antiquaire, en fouillant notamment dans son grenier où traînait un tas d'archives louches comme des unes de vieux journaux célébrant l'Anschluss ou la victoire de la RFA en 82 contre la bande à Platoche, un habitant de Castle Rock voit rouge et décide de faire sauter la boutique. Mais Max Von Sydow ressort indemne de l'incendie. Les dernières minutes nous le montrent surgir des flammes, narguer la foule de villageois venue admirer le feu d'artifices, puis annoncer, le poing levé, "24 octobre 2015. Retenez bien cette date. A cette date, je rappliquerai de nouveau, et ça sera pas du propre... Ma parole, je jure, la prochaine fois, je vous fais la miiiiiiiiiiisère. Vous pourrez pas dire que je ne vous avais pas prévenu !". Après ce discours riche en menaces, le Diable claudique vers sa grosse Mercedes noire, la démarre laborieusement, et met les voiles. Si la fin est la même dans le bouquin de 666 pages du King, on peut avoir la rage. Mais au bout d'un petit film d'horreur sans prétention, l'effet est garanti !


Le Bazaar de l'épouvante de Fraser Clarke Heston avec Max von Sydow, Ed Harris, Bonnie Bedelia et Amanda Plummer (1993)

19 août 2013

Armageddon

1998 aura été pour tout le monde un bel été. "Roger tu me broies l'épaule !". Rappelez-vous... Du fait de ces deux mois festifs où bonne humeur rimait avec "black, blanc, beur", il y a certains événements moches qui n'ont pas été pointés du doigt comme il se doit, certains excès de vitesse sont passés sous le radar à cause de la joie qui régnait à cette époque-là. En regardant Armageddon y'avait qu'à fermer les yeux (dans les bleus), ou les plisser un peu, pour voir Zizou dans le rôle principal. A l'heure où Pain and Gain est curieusement attendu par nos confrères comme le "must see" de la rentrée 2013, il est bon de rappeler les méfaits de son auteur, Michael "1 plan/1 seconde" Bay. Réalisateur des deux Bad Boys, de The Rock, de Pearl Harbor, ou plus récemment des trois Transformers, Michael Bay est surtout connu pour son art du placement de produits (on dénombre une cinquantaine de marques apparentes par film). Publicitaire décomplexé, Bay est aussi un pyromane avéré. Il a été démontré que ses films engrangent plus ou moins de pognon selon le nombre d'explosions à l'écran. Face à toutes ces statistiques édifiantes nous sommes longtemps restés muets. Que dire de cet homme si cynique qu'il semble lui-même revendiquer de vivre dans le vice. C'est le capitalisme le plus crasseux et assumé. Celui qui te prend un billet d'une main et qui appuie sur le détonateur de la mine placée au préalable sous ta semelle de l'autre.




Petite description physique du bonhomme : véritable cheval humain, Michael Bay porte un jour sur deux des vêtements échancrés jusqu'au nombril pour laisser admirer son torse glabre. Il a accueilli avec reconnaissance le vote des députés français du 23 avril 2013. Ses cheveux sont sublimes, sa permanente impeccable, sa raie toujours droite (nous parlons bien de celle de ses cheveux). Quand un cinéaste ressemble à un tel éphèbe, à un catcheur svelte, il a encore plus de choses à prouver. Mais pire que tout, Michael Bay n'a pas d'âme. Pas davantage que son producteur et mentor, Jerry Bruckheimer, son quasi sosie en bien plus morbide. Ces deux hommes font le mal autour d'eux, sans scrupules, et nous sommes les spectateurs éloignés de leurs crimes. Tout être humain sur Terre est supposé se trouver à cinq personnes de tout autre congénère, et pourtant nous ne sommes même pas à dix personnes d'un fan de Michael Bay. Enfin, on l'espère. On ne connaît pas le jardin secret de certains de nos pigistes.




La même année, en mai, sortait Deep Impact de Mimi Leder (?), basé sur une histoire quasi-similaire. Sauf que dans ce film-là les personnages passent la moitié du film à pleurer et l'autre à regarder un météore s'écraser sur eux. Le météore tombait dans l'océan et se contentait de faire monter le niveau des eaux, engloutissant tous les gens vivant à moins de 200 mètres au-dessus du niveau de la mer sous le regard embêté de tous les autres. Dans Armageddon au contraire, toute l'intrigue consiste à envoyer une troupe de bras cassés sur la caillasse volante pour y creuser un puits afin d'y balancer une tête nucléaire qui aura un impact suffisamment profond sur la météorite pour au moins la faire dévier de sa trajectoire, au mieux la faire exploser en mille morceaux. Les plus attentistes, défaitistes, fatalistes se sont retrouvés dans Deep Impact, les autres, activistes, interventionnistes, optimistes, se sont rués sur Armageddon par milliers. A l'époque, nous étions en CM1/CM2 (plus exactement en "classe passerelle", soit "chez les cons" comme disaient nos pères), et la classe était divisée en deux clans ennemis. Deux façons de voir les choses. Ou plus exactement les fans de Téa Leoni contre ceux de Liv Tyler.




A noter que c'est le seul film où Bruce Willis meurt à la fin. Les chipoteurs vont nous tendre une pancarte "Six Sense", sauf que dans le film de Shyamalan, il a beau s'en rendre compte à la fin, il meurt au début (désolé pour les trois Népalais qui n'ont pas encore vu le film). Willis meurt peut-être aussi à la fin du Chacal, où il est opposé à un Dick Gere survolté, mais il n'est pas le héros de ce film et de toutes façons vous n'y auriez pas du tout pensé. Autour de la star, qui était alors sur un nuage, Michael Bay a eu le blair de placer un chapelet d'acteurs incongrus histoire de ratiboiser large : Ben Affleck, qui était alors tout au fond, Steve Buscemi, pour attraper quelques pigistes indés, Owen Wilson, pour les précogs qui sentaient qu'il finirait en haut de l'affiche malgré sa tronche de freak, Michael Clarke Duncan, pour attirer les fans d'animaux, Billy Bob Thornton, pour plaire aux fumeurs de oinjs, Udo Kier, pour séduire les nordiques et les teutons et, last but not least, oldie but still goodie, Charlton Heston, en narrateur voix-off, une arme braquée sur la tempe du mixeur, pour les amateurs de vieilleries et d'auto-justice. Côté femmes il faudra se contenter de Liv Tyler, qui n'a accepté de jouer qu'à la condition que son père drogué et fossilisé puisse vociférer à la fin du film sur fond de soleil couchant.




Il faut dire que toute cette fine équipe, si c'est du bonheur sur le papier, sur le plateau c'est la chierie totale. Imprimée sur pellicule c'est de l'or, en coulisses c'est la chienlit. En dehors des petits blocs de nano-secondes situés entre les mots "Action" et "Cut", les acteurs s'insultaient et se tournaient le dos. Ils ne se sont jamais recroisés depuis, sauf erreur de leur part, et il y en a eu pas mal. Michael Clarke Duncan et Charlton Heston jouent par exemple tous les deux dans La Planète des singes de Tim Burton, et tous deux sans maquillage. Le second était là en caméo clin d’œil au film original, le premier était là en clin d’œil tout court. Quant à nous, nous ne sommes plus jamais retournés voir un film de Michael Bay au cinéma. On avait passé l'âge. On était déjà trop vieux, on avait 12 ans.


Armageddon de Michael Bay avec Bruce Willis, Steve Buscemi, Liv Tyler, Billy Bob Thornton, Udo Kier, Ben Affleck, Owen Wilson, Michael Clarke Duncan et Charlton Heston en off (1998)

23 novembre 2011

Lord of War

Andrew Niccol a deux prénoms dont un très mal orthographié et ça n'est pas la seule raison que nous avons de le conchier. Petit point sur l'actu : pourquoi parlons-nous de lui ? Parce qu'il sort un nouveau film ! Depuis 1997 et Bienvenue à Gattacca des tas de gens n'arrêtent pas de répéter : "Putain si ça se peut le prochain Niccol il va être aussi bien que Bienvenue à Gaccacca ! On attend qu'il remette ça !". Et depuis 1997 Andrew Niccol enchaîne les déceptions. Il déçoit. Et il décevra encore avec Time Out. Justin Timberlake aura beau danser sur tous les plateaux télé du PAF, ça ne fera pas oublier son film. Niccol décevra comme il avait déçu avec Lord of War, ce film qui dès le générique annonçait la couleur en présentant l'existence entière d'une cartouche de fusil, depuis sa fabrication en manufacture jusqu'à son atterrissage dans la tronche d'un gosse africain. On aurait préféré que la balle finisse son parcours dans le flan d'un coyote famélique, comme dans Red Dead Redemption, notre nouveau jeu préféré sur Playstation 3. Ce plan en vue subjective d'une balle, dans une séquence en accéléré qui nous raconte toute sa vie, est digne d'un de ces spots publicitaires du gouvernement voués à refroidir l'envie de faire un ride sans permis avec trois grammes dans le sang : il veut choquer avec les armes qu'il dénonce.



C'est le principe des images dégueulasses sur les paquets de clopes censées nous vacciner contre l'envie irrépressible de fumer. Eh bien le résultat est identique. Quand on découvre une telle image gerbante de poumon éclaté, de dents à la Jaws (on finirait avec une mâchoire de requin à force de fumer des cigarettes ?), d'yeux morts à la Steve Buscemi et ainsi de suite, on s'empresse de détourner le regard du papelard pour vite se saisir de son cendar et s'enfumer la gueule à la Gainsbarre. Devant l'intro de Lord of War, c'est idem, on éteint vite son téléviseur et on va dans l'armoire de papa (qui porte bien son nom puisque c'est une vraie armurerie) chercher le 22 long rifle poussiéreux de pépé qui va bien, avec l'envie d'aller se payer un ou deux clébards fatigués dans la rue, commencer par dégommer des pigeons et finir par des vieillardes.



Que dire de plus sur ce film sinon que cette introduction digne d'un jeu vidéo pourri n'aurait pas dû avoir de suite, ça aurait dû s'arrêter là et on aurait tout pigé de la toute petite idée politique d'Andrew Niccol. En jouant là-dedans Nicolas Cage s'est doté du bagage humanitaire nécessaire à tout artiste engagé de pacotille et d'Hollywood qui veut pouvoir se regarder dans la glace quand il dépense ses milliards en 60 secondes chrono dans des bagnoles à la con. C'est tout bénéf pour Cage : il se montre engagé sans débourser un kopeck, au contraire même, puisqu'il a été grassement payé pour le rôle, à hauteur de 20 millions de dollars minimum par scène. Cage n'a pas besoin d'adopter 300 malgaches comme Angelina Pas Jolie et Brid Patt pour prouver qu'il aime les blacks. La prochaine fois, Cage, ne te fais pas chier à tourner dans une saloperie, inscris-toi directement à la National Rifle Association, aux côtés de tes potes morts Charlton Heston, John Wayne et Clint Eastwood.


Lord of War d'Andrew Niccol avec Nicolas Cage (2006)

13 février 2008

Ben-Hur

Dans le Ben-Hur de William Wyler, il y a l'immense bataille navale avec Charlton Heston et les galériens, il y a Jack Hawkins en Quintus Arrius, père adoptif de Judah Ben-Hur, il y a la vallée des lépreux où croupissent Cathy O'Donnell et sa mère, il y a le Cheik Ilderim et ses quatre chevaux blancs portant le nom des étoiles Antares, Aldebaran, Altaïr et Rigel, il y a la surpuissante course de chars qui oppose le héros juif au tribun Messala, et puis il y a le Roi Mage Balthazar, Joseph de Nazareth, et Jésus Christ, qui apparaît comme une icône, jamais filmé de face, sans visage, désincarné, dont on ne voit que le dos ou qu'une partie du corps, qui n'est qu'une vignette. L’œuvre originale du Général Lew Wallace, et le film de William Wyler à sa suite, ont pour sous-titre "A tale of the Christ". C'est un récit du christ, une histoire du Christ, et ça n'est qu'un sous-titre. Jésus Christ n'apparaît que par allusions, il est à l'origine du film, le traverse, le sous-tend, mais son visage n'existe pas. Le Christ est un courant d'air. La même légende que l'Harmonica (Charles Bronson) qui se glissait dans puis hors du cadre de Sergio Leone.




Une légende qui s'imprime sur une unique vignette persistante au sein d'une vaste mythologie. C'est ce que doit être Jésus Christ au cinéma et il n'a jamais été aussi génialement représenté que par William Wyler ici, en filigrane d'une fresque superbe et gigantesque. Il est une légende qui en habite une autre, une vignette parmi une série d'icônes spectaculaires, composantes d'une mythologie qui remporte plus d'Oscars qu'il n'y a de commandements, et dont les décors magnifiques sont en carton-pâte, au service d'une fiction improbable mais fascinante. Ben-Hur est un grand film, et je l'aime grandement.


Ben-Hur de William Wyler avec Charlton Heston, Jack Hawkins et Cathy O'Donnell (1959)