3 février 2015

Salem's Lot

Mini-série signée Tobe Hooper et adaptée d'un roman de Stephen King, Salem's Lot a ensuite été regroupée en un film de 3h07 qui, malgré sa longueur, passe comme une lettre à la poste, grâce entre autres à un charme discret mais constant et à un rythme accueillant. On entre dans cette histoire du King et on s’y plaît. Tout repose sur l’ambiance de cette petite ville de Salem que nous visitons en même temps que Ben Mears (David Soul), de retour au bercail après une longue absence. On voyage lentement entre les habitants de la bourgade : ce couple au bord de la rupture, madame trompant son mari bedonnant avec le patron de l'agence immobilière où elle travaille ; ce flic à la petite semaine qui bouffe des sandwichs et des donuts entre deux interrogatoires (et rappelle les enquêteurs bonhommes de Twin Peaks - et autant dire, quitte à être seul sur ce coup, que je me sens mieux devant la petite série de Tobe Hooper que devant celle, cultissime, de David Iench) ; cet enfant passionné par le paranormal ; ou encore ce vieil homme étrange qui vit dans la maison hantée du coin (celle qui terrifie notre héros depuis toujours, au point qu'il semble être revenu sur les lieux uniquement pour en finir avec elle), et qui ne cesse d'annoncer la venue d'un estimé collègue, attendu de pied ferme pour ouvrir avec lui son petit magasin d'antiquaire et, on s'en doute déjà, bien plus que ça.




Salem's Lot est un film télé de vampires assez simple en soi, et peu prodigue en véritables coups de théâtre, mais qui pourtant ne cesse d’étonner, à sa modeste mais bien efficace façon. Et notamment par son art de réinventer les vampires. Ils contaminent les innocents du village la nuit, en venant se présenter à leur fenêtre, flottant lentement dans les airs, sans précipitation aucune, et attirant leurs proies par un regard lumineux envoûtant avant de venir, presque délicatement, les prendre au cou. Cette belle idée de croiser, si l’on peut dire, et notamment dans la première partie du film, un récit de vampires avec l’univers des contes (on ne peut s'empêcher de penser à Peter Pan), éloigne le film des codes du genre, à tel point, Tober Hooper tardant à filmer une morsure proprement dite, que l’on met un certain temps, après avoir déjà vu des disparus venir se présenter à la fenêtre de leurs proches, à se rappeler du titre français du film, Les Vampires de Salem, et de la véritable nature de ceux que l'on avait fini par prendre pour de simples fantômes surgis d'entre les morts pour hanter, sans velléité maléfique, les nuits des vivants.




Certains effets spéciaux sont évidemment un peu grossiers, mais comme dans certains des plus beaux films gothiques de Roger Corman, la délicatesse de la réalisation et la sincérité que l’on sent derrière tout cela évitent, ou devraient logiquement éviter, les rires du spectateur. Les quelques apparitions de vampires un rien grotesques (façon marionnette surgissant d'une boîte à chapeau) sont en outre contrebalancées par toutes celles qui fonctionnent à merveille. Par exemple celle du jeune enfant, première victime du « maître vampire » (un Nosferatu pur jus, à la peau bleue de toute beauté), qui vient faire crisser ses ongles contre les carreaux de la fenêtre de son grand frère. Ce dernier est d'ailleurs au cœur d'une belle scène lui aussi quand, contaminé à son tour puis retrouvé mort, un des villageois l'exhume et le découvre, allongé dans sa tombe, inanimé certes, mais les yeux jaunes grands ouverts. Sans oublier, toujours du côté des personnages diaboliques, l'antiquaire du coin, le sublime James Mason, avec sa voix aussi élégante que traînante et son bel accent aristocratique, qui livre là une prestation à sa mesure, en serviteur raffiné du mal.




Les autres acteurs s’en tirent plutôt bien aussi. C'est vrai de tous ces seconds rôles que l’on aime toujours recroiser (Elisha Cook Jr. en tête, dans le rôle d'un poivrot, ou Fred Willard, le patron de Ron Burgundy dans Anchorman, idéal en petit directeur d'agence immobilière). C'est vrai aussi de David Soul, dans le premier rôle (qui jouera, presque dix ans plus tard, dans une autre mini-série particulièrement chère à mon cœur et elle aussi dotée d'un casting quatre étoiles : Le Secret du Sahara). Sans oublier Bonnie Bedelia, l’éternelle ex-femme de John McLane dans Die Hard. A force d’incarner madame tout-le-monde aux côtés de Bruce Willis dans la saga initiée par McTiernan en 88, magnifiée par lui en 95, et depuis complètement tombée en ruines, elle finissait par ressembler à madame dégun. Elle est ici ô combien plus ravissante, certes avec dix ans de moins, et plus captivante, à l’image de cette mini-série horrifique dont elle est la touche féminine non-négligeable.




Film-fleuve, Salem's Lot se laisse apprécier en toute simplicité et réserve son lot de scènes mémorables, via de bien petites choses a priori : une simple caisse en bois, étrangement glaciale, transportée dans un camion ; une conversation entre un vieux prof et son ancien élève autour d’une table de restaurant recouverte d’une de ces nappes à carreaux rouges et blancs dont les américains ont le secret ; ou encore un type, laissé raide mort sur son lit dans la scène précédente, retrouvé assis dans une chaise la scène suivante, les mains sur les accoudoirs, immobile, le regard fixe et terrifiant. Autant de beaux moments qui font le sel de cette plongée de trois heures dans un huis-clos aux mesures d'un village condamné, Salem, qui n'est plus le berceau des sorcières (ni de la "chasse aux sorcières" des années MacCarthy, comme dans la sublime pièce d'Arthur Miller, The Crucible), mais bien celui de vampires shakespeariens, obstinés à venir charmer et posséder leurs proies en flottant, faussement innocents, à leur balcon.


Salem's Lot de Tobe Hooper avec David Soul, Bonnie Bedelia, James Mason, Fred Willard, Elisha Cook Jr., Lance Kerwin, Lew Ayres, Julie Cobb, George Dzundza, Ed Flanders, Geoffrey Lewis et Kenneth McMillan (1979)

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